Nadal plus fort que tous les autres avant lui ?

borgNadalComme d’habitude, chaque fois qu’un joueur de tennis domine tous les autres, on dit que c’est le meilleur de l’histoire…une histoire que peu connaissent réellement, ce qui leur fait dire des banalités. Et ce n’est pas ce qu’écrivent les internautes qui prouvent le contraire, et ce dans tous les sports. Cela dit, le fait que Nadal ait gagné 8 fois à Roland-Garros est un cas unique dans la longue histoire du tennis, et cela est indiscutable. Pour trouver trace d’une telle domination sur terre battue, il faut remonter à Bjorn Borg, le célèbre joueur suédois des années 70 et du début des années 80, avec 6 victoires à Roland-Garros.  Et si l’on regarde les autres surfaces, nous trouvons le joueur américain Sampras et le Suisse Roger Federer qui, l’un et l’autre, ont remporté à 7 reprises le tournoi de Wimbledon. Tout cela depuis les débuts de l’ère open (1968).

Avant cette date, seuls 4  joueurs ont remporté 7 fois le même tournoi majeur, à savoir l’Américain Bill Tilden entre 1920 et 1929 (7 fois vainqueur aux Internationaux des Etats-Unis qui ne s’appelaient pas encore l’US Open), l’Américain William Larned qui a remporté 7 fois les Internationaux des Etats-Unis entre 1901 et 1911, le Britannique William Renshaw qui l’a emporté à 7 reprises à Wimbledon entre 1880 et 1889, et un autre Américain, Richard Sears, qui a gagné ses 7 tournois majeurs aux Etats-Unis entre 1881 et 1887. Autant dire, pour les quatre derniers joueurs cités (avant l’ère open),  à une époque où le tennis était bien loin d’être ce qu’il est aujourd’hui, ce qui empêche toute comparaison.

A contrario, le fait que les professionnels n’aient pas pu jouer avec les amateurs ou considérés comme tels avant 1968, a fait que des joueurs comme Gonzales, Rosewall ou Laver n’avaient aucune chance de réaliser ce qu’ont réalisé Borg, Sampras, Federer ou Nadal à Roland-Garros ou Wimbledon. Or, ne l’oublions pas, Laver a fait le grand chelem à deux reprises en 1962 et 1969, ce qui indique que pendant tout ce laps de temps il aurait à coup sûr engrangé nombre de tournois du grand chelem, d’autant que 3 des 4 tournois majeurs se jouaient sur herbe. La remarque vaut aussi pour Pancho Gonzales, à qui j’ai consacré un article sur ce site. Voilà pourquoi il est prudent de ne pas faire de comparaisons trop rapides, même s’il n’est pas interdit d’avoir une opinion. Et beaucoup d’entre nous, anciens champions ou joueurs du dimanche, sont convaincus que Nadal est le joueur qui a le plus exercé sa domination sur la terre battue dans l’histoire du tennis, avec Bjorn Borg.

Effectivement, en voyant jouer Nadal, comme autrefois Borg, à la Porte d’Auteuil ou ailleurs (Monte Carlo, Rome ou Hambourg), on ressent comme une impossibilité pour l’adversaire de le battre à la régulière. Nadal, comme Borg dans les années 70, est capable de gagner en 3 sets secs une finale de Roland-Garros, en affrontant un des deux ou trois meilleurs sur cette surface. Ce fut le cas avec Federer à plusieurs reprises, comme avec Ferrer dimanche dernier, comme ce le fut pour Borg contre des joueurs comme Vilas ou Gerulaitis, lesquels étaient pourtant très forts sur cette surface. Oui, il y a quelque chose d’inexorable dans la réussite de Rafael Nadal à Roland-Garros, à tel point qu’on peut envisager froidement de le voir remporter « Roland » à 10 reprises. N’oublions pas qu’il n’a que 27 ans ! Certes il a subi de nombreux problèmes avec son genou gauche, mais rien ne dit qu’il ne jouera pas encore deux ou trois ans à son niveau d’aujourd’hui. Certes aussi, quand on a vu le match contre Djokovic en demi-finale du dernier Roland-Garros, on peut se dire que sa marge est moins importante qu’elle ne l’était en 2008 ou en 2010, mais Djokovic n’a-t-il pas atteint son apogée ?

Revenons maintenant sur deux joueurs qui ont marqué leur époque dans les 50 dernières années, à savoir Bjorn Borg, dont j’ai déjà évoqué le nom, et Roy Emerson, cet Australien que personne ou presque ne connaît alors qu’il a remporté 12 tournois du grand chelem, dont 6 fois les Internationaux d’Australie. Borg, dès son arrivée sur le circuit, a fait preuve de qualités physiques exceptionnelles, ce qui explique qu’il ait pu exprimer sans défaillance son jeu lifté, jeu qui nécessite une forte dépense physique. Elles lui ont aussi permis d’être un des joueurs qu’il est très difficile de déborder sur un court, comme Nadal aujourd’hui. Et comme Nadal, ces qualités physiques sont aussi au service d’une volonté, d’une obstination même, qui fait l’admiration de tous ceux qui s’intéressent à ce jeu. Vous me direz que le fait de ne jamais renoncer, de se battre jusqu’à l’extrême limite de ses forces, est le propre des très grands champions, mais Borg l’avait peut-être un tout petit peu plus que les autres.

La preuve en 1980, quand il remporta son cinquième Wimbledon (8-6 au cinquième set) face à Mac Enroe, avec un tie-break interminable (18-16), alors que l’Américain jouait sur sa surface favorite. Et puisqu’on parle de surface, c’est pour le moment la principale différence entre Nadal et Borg, à savoir que Borg était aussi le meilleur sur herbe à sa grande époque, ayant su adapter son jeu à cette surface sur laquelle on joue peu, notamment grâce à un puissant service et un jeu au filet, peut-être pas au niveau des meilleurs volleyeurs, mais tout de même efficace. Dommage qu’il ait échoué à plusieurs reprises en finale de l’US Open (4 fois entre 1976 et 1981), car il avait réellement la possibilité d’être le troisième joueur à enlever le grand chelem (après Donald Budge en 1938 et Rod Laver en 1962 et 1969).

Parlons à présent de Roy Emerson, joueur atypique s’il en était, dont on disait de lui qu’il était quasiment toujours au top de sa forme. Ce fils de fermier, qui avait un poignet de fer acquis selon ses dires en faisant la traite des vaches, à qui on avait construit un court dans le ranch familial,  était le type même du grand joueur australien, avec d’énormes qualités athlétiques, une technique complète, un grand service et une belle volée. Certains de ses contemporains lui ont  reproché de s’être forgé un extraordinaire palmarès à bon marché (en préférant rester un amateur marron) grâce au passage des meilleurs amateurs au professionnalisme, mais ce jugement était injuste dans la mesure où il était très dangereux même pour un Rod Laver.

Ainsi, en 1961, après avoir battu Fraser et Laver, blessés, ce qui lui avait permis de s’imposer aux internationaux d’Australie, il allait l’emporter  à Forest-Hills, où se déroulaient les internationaux des Etats-Unis, en battant en finale Laver en 3 sets. En outre nul n’oubliera qu’il n’a perdu qu’un seul simple en finale de la Coupe Davis (contre Santana en 1965), alors qu’il a participé à 9 finales. Enfin, c’était aussi, comme tous les cracks australiens, un remarquable joueur de double, avec notamment 10 finales consécutives à Roland-Garros et 6 victoires avec des partenaires différents. Et à l’époque, les meilleurs jouaient le double ! Bref, un immense joueur qui a inscrit 26 fois son nom au palmarès des 4 grands tournois (simple et double). A la fin de sa carrière il deviendra un entraîneur réputé, coachant notamment l’ex-joueuse prodige américaine, Tracy Austin.

Michel Escatafal


Le Dauphiné, une épreuve incontournable dans la grande histoire du vélo (2)

dauphinéPartie 2

Créé en 1947, le Critérium du Dauphiné Libéré devenu aujourd’hui Le Critérium du Dauphiné appartient au patrimoine du cyclisme mondial. Pour beaucoup de connaisseurs c’est même la plus belle course à étapes après les grands tours, parce qu’elle rassemble en huit jours tous les ingrédients d’une grande course à étapes, avec  un prologue, des étapes planes, un grand contre-la-montre, et de très belles étapes de montagne qui n’ont rien à envier à celles du Tour de France. Et c’est ainsi depuis pratiquement la création de l’épreuve, ce qui explique que l’on trouve parmi ses lauréats la plupart des grands noms qui ont fait l’histoire du vélo. En fait seuls manquent au palmarès les campionissimi, Coppi et Bartali, qui participaient chaque année au Giro, les Suisses Koblet et Kubler qui privilégiaient le Tour de Suisse, ou encore Laurent Fignon qui dans ses grandes années (1984 et 1989) avait disputé lui aussi le Tour d’Italie, sans oublier Alberto Contador, mais ce dernier a encore le temps pour inscrire son nom au palmarès.

Les Français y ont souvent brillé, ce qui est normal, mais surtout au cours des premières éditions. En effet, il aura fallu attendre 1956 pour voir la victoire d’un étranger, le Belge Alex Close, qui succédait au palmarès à Louison Bobet, lequel  l’avait emporté en 1955 avec le maillot de champion du monde sur les épaules, devant un coureur qui allait beaucoup faire parler de lui l’année suivante en remportant le Tour de France, Roger Walkowiak, ce qui suffit à démontrer que ce dernier était un champion. Louison Bobet fut d’ailleurs le premier des très grands champions à remporter le Critérium du Dauphiné, comme le feront plus tard Anquetil, Poulidor, Merckx, Ocana, Thévenet, Hinault, Lemond, Herrera, Mottet, Indurain, Vinokourov, Armstrong, Valverde et les deux derniers vainqueurs, Wiggins et Froome. A noter que depuis l’an 2000, l’épreuve a été remportée à deux reprises  par le Français Christophe Moreau (2001 et 2007). C’est tellement rare de nos jours de voir un Français triompher dans une grande course à étapes que cela mérite d’être signalé !

Comme toutes les grandes épreuves, le Dauphiné aura connu de nombreux faits d’armes qui ont leur place dans la grande histoire du vélo. Parmi ceux-ci le premier qui vient à l’esprit est la victoire de Jacques Anquetil en 1965, qui réalisa sans doute à cette occasion son plus bel exploit en terminant vainqueur du Dauphiné à Grenoble le samedi,  et en remportant le lendemain Bordeaux-Paris. Ensuite il y a Bernard Hinault, qui certes connut dans cette épreuve une de ses plus grandes désillusions, quand il fut battu par le Colombien Ramirez en 1984 (année qui suivit son opération du genou), mais qui s’y s’imposa en 1977 en entrant dans la légende après avoir côtoyé l’enfer.  Tout le monde, du moins ceux qui sont nés peu après la deuxième guerre mondiale, se rappellent de ce plongeon dans un ravin de la descente du col de Porte. Nombreux aussi furent ceux qui pensèrent en voyant cette cabriole, à la chute de Roger Rivière dans le col du Perjuret lors du Tour de France 1960, chute qui mit fin à l’âge de 24 ans à la carrière du  plus extraordinaire rouleur de l’histoire du cyclisme. Heureusement Hinault s’en tira avec quelques égratignures, qui ne l’empêchèrent nullement de remporter l’épreuve.

En évoquant Roger Rivière, nous rappellerons qu’il eut le temps de participer au Dauphiné en 1959, où il prit la troisième place derrière deux excellents coureurs français, Raymond Mastrotto, le Taureau de Nay, vainqueur en 1962 mais aussi trois fois second, et Henry Anglade qui cette année-là  tutoyait les cimes puisqu’en plus de sa victoire au Dauphiné, il fut aussi champion de France sur route, et deuxième d’un Tour de France qu’il eut remporté à coup sûr si Anquetil et Rivière ne s’étaient pas ligués contre lui…pour favoriser la victoire de Federico Bahamontes.

Deux autres coureurs français auront marqué l’histoire du Critérium du Dauphiné, un peu plus tôt, deux coureurs qui ne furent pas parmi les plus grands du peloton, mais deux routiers de grande valeur, Jean Dotto et Nello Lauredi. Jean Dotto, surnommé  « Le vigneron de Cabasse », vainqueur d’un Tour d’Espagne (1955) et deux fois vainqueur du Dauphiné en 1952 et 1960, était avant tout un excellent grimpeur, ce qui explique en grande partie sa réussite dans une épreuve où la montagne a toujours été très présente. Nello Lauredi  pour sa part a inscrit trois fois son nom au palmarès, en 1950, 1951 et 1954, ce qui en fait le recordman de l’épreuve à égalité avec Bernard Hinault, Ocana, et Charly Mottet, lui aussi vainqueur en 1987, 1989 et 1992.  Nello Lauredi, outre ses performances dans le Dauphiné, est surtout resté dans l’histoire par sa victoire d’étape à Béziers dans le Tour de France 1953, au nez et à la barbe de Louison Bobet qui, en tant que leader de l’équipe de France, avait demandé qu’on lui amenât le sprint pour gagner l’étape et conquérir la minute de bonification. Problème, Lauredi n’avait jamais réellement admis le leadership de Bobet, et ce jour-là il était tellement fort que Bobet n’a pas pu le déborder, ce qui lui vaudra pour un certain temps  l’inimitié farouche du coureur breton.

Un dernier mot enfin, pour parler d’un évènement datant de 1971 que nombre de suiveurs ont oublié, mais qui allait avoir son importance quelques semaines plus tard dans le Tour de France. Luis Ocana sortait d’un Tour d’Espagne qu’il avait disputé sans trop forcer, et se préparait à affronter sur les routes du Dauphiné le grand Eddy Merckx lui-même qui, après avoir remporté Milan-San Remo et Liège-Bastogne-Liège en mars et avril, venait tout juste de dominer le Trophée des grimpeurs au Creusot.  Or dans ce Dauphiné, Eddy Merckx faillit bien être battu pour la première fois de sa carrière « à la régulière » par Luis Ocana, seul coureur de sa génération à pouvoir inquiéter le « cannibale » dans les courses à étapes.

Luis Ocana, en effet, était passé à l’attaque dans la grande étape de montagne, et Merckx avait été décroché peu avant le sommet du col du Granier. Hélas pour Ocana, la pluie sauva le crack belge du naufrage, Ocana ne s’exprimant jamais aussi bien que dans la chaleur. Cela étant, même si finalement Ocana dut s’incliner dans ce Dauphiné face à Merckx, il avait acquis définitivement la certitude qu’il pouvait battre Merckx dans le Tour de France, d’autant plus qu’il ne lui était guère inférieur contre la montre. Les faits lui donneront raison quelques semaines plus tard dans la fameuse étape du Tour qui arrivait à Orcières-Merlette, où Ocana infligea à Merckx une terrible défaite, celui-ci arrivant près de neuf minutes après « l’Espagnol de Mont-de-Marsan ».

Michel Escatafal


Le Dauphiné Libéré, épreuve incontournable dans la grande histoire du vélo (1)

froomePartie 1

Le Critérium du Dauphiné, avec sa riche histoire et son parcours très escarpé, est devenu incontournable dans le Pro-Tour, et presque un passage obligé pour nombre de coureurs avant le Tour de France. C’est généralement l’épreuve qui permet de faire le point sur les favoris du Tour de France, plus encore que le Tour de Suisse qui a lieu à peu près à la même époque, mais à la participation généralement moins riche. Je reviendrai plus tard sur l’histoire du « Dauphiné » comme on l’appelle, mais avant je veux évoquer l’édition qui s’est achevée dimanche dernier, et qui a consacré l’énorme supériorité de Christopher Froome et l’équipe de Sky. Une supériorité tellement manifeste qu’elle inspire à certains coureurs du peloton des remarques amères. Ainsi Pierrick Fédrigo, vainqueur entre autres succès d’un championnat de France (2005) et d’un Critérium International (2010), n’a pas peur de comparer (journal Sud-Ouest lundi) l’équipe Sky à l’US Postal en s’écriant : « La domination de l’équipe Sky, c’est écœurant. J’ai l’impression d’être revenu dans les années Armstrong, lorsqu’on passait toute la journée dans les roues à subir, sauf si l’on avait réussi à prendre une échappée… En ce moment, c’est toujours le même scénario ».

En parlant de Fédrigo, j’ai envie aussi de mettre en exergue le comportement de Thomas Voeckler, décidément le plus représentatif des coureurs français, qui après sa fracture de la clavicule suite à une chute dans l’Amstel Gold Race, a réussi a remporter une étape, ce qui a permis de sauver l’honneur des Français, lesquels en avaient bien besoin après ce que certains appellent déjà l’affaire Rolland…qui n’en serait pas une. Passons, car le problème aujourd’hui est que les coureurs ne peuvent plus se soigner correctement, à cause des multiples interdictions qui leur sont imposées par les contrôles antidopage. A côté de cela, on constate chaque semaine ou chaque mois que de nombreux coureurs ont réussi pendant très longtemps à passer entre les mailles du filet avant de se faire prendre…ce qui n’est pas toujours le cas.

En tout cas la question qui se pose est bel et bien : qui pourra battre Froome dans le Tour ? A priori, sur ce qu’on a vu dans le Dauphiné, la réponse est : personne. Pas même Contador me direz-vous ? Je ne sais pas, aurais-je envie de répondre, car l’équipe Sky est vraiment très, très impressionnante. N’oublions pas que cette équipe est aussi celle de Richie Porte, qui a terminé à la deuxième place de ce Dauphiné…ce qui en dit long sur la supériorité de l’équipe britannique. Et il n’y avait pas Wiggins, le vainqueur du dernier Tour de France qui, d’ailleurs, ne défendra pas son titre à partir du 29 juin. C’est dire la force de Sky, en notant qu’ils savent quand même transformer des bons coureurs en leaders, comme en témoigne la métamorphose de Porte, bon équipier chez Saxo-Bank, et aujourd’hui leader de rechange chez Sky, vainqueur de Paris-Nice en début d’année.

Pourtant l’équipe Saxo-Tinkoff de Contador aura fière allure dans le prochain Tour de France avec des coureurs comme Kreuziger, Roche  et Rogers pour épauler leur leader. Mais, même en considérant que Contador ira en s’améliorant jusqu’au départ du Tour, même en considérant que le Pistolero est un attaquant redoutable en montagne…et ailleurs, comme il l’a prouvé dans la dernière Vuelta, même en considérant qu’il n’est jamais aussi fort que dans la deuxième partie d’un grand tour, bref même en étant optimiste, il paraît difficile de le considérer comme le favori du prochain Tour de France…ce qui n’est peut-être pas plus mal pour lui, car cela va lui enlever beaucoup de pression, ainsi qu’à son équipe. Là c’est le supporter qui parle, et ce même supporter a quand même le secret espoir que les pronostics soient inversés à l’arrivée sur les Champs-Elysées.

Michel Escatafal


France et Brésil, une belle histoire d’amour dans le sport

france-brésil 1958prost sennaEntre la France et le Brésil il y a une union presque fusionnelle en sport, les deux pays ayant été souvent confrontés, notamment dans deux sports hyper médiatisés, le football et la Formule1. Si j’écris cela, c’est parce que l’équipe de France de football va rencontrer samedi soir la Seleçao, avec toutes ses vedettes opérant en France (Thiago Silva, Lucas) et dans les autres pays européens. Il se trouve d’ailleurs que la France et le Brésil sont deux nations parmi les plus fortes du football. La France, on l’oublie trop souvent, a remporté au moins une fois toutes les compétitions majeures de ce sport (Coupe du Monde 1998, Championnat d’Europe des Nations en 1984 et 2000, Coupe des Confédérations en 2001 et 2003 et Jeux Olympiques en 1984). Quant au Brésil, c’est 5 victoires en Coupe du Monde (1958, 1962, 1970, 1994, 2002), plus 8 succès en Copa America, et 3 en Coupe des Confédérations (1997, 2005 et 2009). En revanche, malgré la richesse de son réservoir en très grands joueurs, jamais l’Equipe du Brésil ne fut médaille d’or aux Jeux Olympiques.

Pour nous Français, notamment les plus de 60 ans, on retiendra plus particulièrement la première victoire brésilienne en 1958, acquise en battant en demi-finale l’Equipe de France emmenée par Kopa, mais aussi Fontaine, Piantoni, Vincent, Kaelbel et Jonquet. C’est d’ailleurs lui qui fut le véritable héros (malheureux) de cette fameuse demi-finale, qui opposait les deux meilleures équipes de la compétition, d’autant qu’au moment de la blessure de Jonquet, son arrière central, victime d’un choc avec Vava, l’avant-centre brésilien, le score était de 1 à 1. Cela voulait dire que rien n’était fait, et la manière dont Fontaine avait marqué son but à Gilmar, le gardien brésilien, laissait penser que les Français auraient pu en marquer d’autres s’ils avaient pu jouer à égalité de chances. N’oublions pas qu’à l’époque il n’y avait pas de remplacement possible, ce qui signifie que la France a joué à 10 pendant une heure. Imaginons que ce soit l’inverse qui se soit produit et que, dans le choc, ce soit Vava qui ait été blessé. On peut penser que les Brésiliens auraient été beaucoup moins dangereux, et que les Français, déjà très forts en attaque (23 buts marqués), auraient eu encore plus de facilité pour défier la défense brésilienne. La France aurait sans doute gagné la Coupe du Monde.

Avec des si, on pourrait faire beaucoup de choses, mais la réalité est là. Cela dit, je reste persuadé que si la Hongrie n’avait pas été envahie par les troupes soviétiques en 1956, provoquant l’exil de ses meilleurs attaquants, c’est elle qui aurait gagné la Coupe du Monde en Suède en 1958. Fermons la parenthèse, pour dire que depuis cette époque il y a eu de nombreux France-Brésil…et la France l’a souvent emporté. Par exemple lors de la Coupe du Monde 1986, que nous aurions dû gagner, la France avait éliminé le Brésil aux tirs au but. Qui ne se souvient  du dernier tir de Luis Fernandez prenant à contre-pied le gardien brésilien, et propulsant la France en demi-finale où elle se fera éliminer par l’Allemagne, pourtant beaucoup moins forte. Parions que si la France n’avait pas joué sa prolongation contre le Brésil, elle eut gagné malgré la méforme de Platini à ce moment.

Bien entendu, nous ne pouvons pas éviter de parler de cette fameuse finale du Stade de France en 1998, où les Français s’imposèrent (3 à 0) avec deux buts de la tête de Zidane, offrant à notre pays la Coupe du Monde. Cette victoire qui fit chavirer tout un peuple dans le bonheur, fut un des deux plus grands succès d’une équipe bâtie par Aimé Jacquet à partir de 1996. Il est même permis de dire que l’équipe qui remporta deux ans plus tard le championnat d’Europe des Nations (en 2000) fut, au même titre que la Hongrie des années 50, le Brésil de 1970 ou l’Espagne de 2008-2010, une des plus grandes équipes de tous les temps. Il faut noter enfin qu’en 2006, c’est encore une fois l’équipe de France, emmenée par un Zidane des grands jours, qui élimina le Brésil de la Coupe du Monde en ¼ de finale, alors que les Sud-Américains étaient, comme d’habitude, les grands favoris de l’épreuve. Au total, si nous regardons bien, il y a bien longtemps que le Brésil ne bat plus la France en compétition officielle.

Et en Formule 1, est-ce que la France a souvent battu le Brésil ? En fait les seuls vrais duels entre Français et Brésiliens se résument surtout à ceux ayant opposé Prost à Senna entre 1988 et 1990, c’est-à-dire avec des machines identiques ou très proches. Il y a bien eu des duels entre Prost et Piquet au début des années 1980 mais, quelle que soit la qualité de ce dernier, il se situait un ton en dessous d’Alain Prost, même s’il fut quand même triple champion du monde. D’ailleurs quand Piquet eut à affronter Mansell chez Williams, puis ensuite Schumacher, il eut beaucoup de difficultés. Or Mansell chez Ferrari avec Prost n’exista pas, le Français se montrant nettement supérieur.

D’ailleurs aucun équipier ne résista à Prost durant sa carrière sauf un : Ayrton Senna. Là ce fut un duel atteignant des sommets extraordinaires entre deux des 5 ou 6 plus grands champions de tous les temps. Résultat ? Senna prit nettement le dessus en qualifications, preuve si besoin en était qu’il fut sans doute le pilote le plus rapide sur un tour qui ait jamais existé (avec peut-être Jim Clark dans les années 60). En course en revanche, il n’y eut pas de domination franche entre ces deux supers pilotes. Prost était en effet très rapide sur la durée d’une course, et l’écart avec Senna diminuait au fil des tours, sauf si la piste était mouillée. En tout cas, entre 1988 et 1990, Prost fut champion en 1989, Senna en 1988 et 1990, et chaque fois avec un écart de points minime. Depuis cette époque bénie pour la Formule 1, nous n’avons jamais retrouvé de duels de cette intensité et de ce niveau.

Michel Escatafal


La Celeste, l’équipe la plus titrée du football mondial

celesteNombre de gens s’interrogent pour savoir comment un pays de la taille de l’Uruguay, dont l’équipe nationale est le prochain adversaire de l’équipe de France ce mercredi à Montevideo, 83 ans après y avoir disputé la première Coupe du Monde (dans l’indifférence générale chez nous), a pu obtenir autant de bons résultats tout au long de son histoire footballistique, une histoire qui la place parmi les plus grandes nations du football mondial, et parmi les trois grands pays d’Amérique du Sud, terre bénie de la balle ronde. L’Uruguay est, en effet, un des rares pays qui ont remporté à plusieurs reprises la Coupe du Monde de football. Sur ce plan le football uruguayen a un avantage sur le nôtre, mais apparemment ce n’est plus le seul, car l’âge d’or du football uruguayen qui semblait passé depuis longtemps, est peut-être en train de renaître. En témoigne sa victoire face au Paraguay en finale de la Copa America 2011, l’équivalent en Amérique du sud du Championnat d’Europe des Nations, un an après avoir atteint les demi-finales de la Coupe du Monde en Afrique du Sud.

L’Uruguay, petit pays de 3,5 millions d’habitants comptant 187.500 licenciés, soit quasiment 12 fois moins que chez nous, a la particularité de faire partie des « grands du football » presque depuis l’avènement de ce sport, ce qui est loin d’être le cas du football français. Son équipe est appelée la Celeste, avec son maillot bleu ciel au col blanc orné de quatre étoiles, et ses shorts et bas noirs.  Pourquoi quatre étoiles ? Parce que son palmarès compte, outre ses deux victoires en Coupe du Monde (1930-1950), deux autres aux Jeux Olympiques en 1924 et 1928, auxquelles il faut ajouter quinze Copas America, tout cela faisant de l’Uruguay la meilleure équipe de la décennie 1920-1930, et le pays de football le plus titré toutes compétitions confondues…devant l’Argentine et le Brésil.

A l’époque il faut noter que les J.O. avaient valeur de championnat de monde, puisque la première édition de la Coupe du Monde eut lieu en 1930. Elle fut organisée en Uruguay…et fut remportée par la sélection uruguayenne. Comme ses deux grands rivaux sud-américains,  les incontournables Brésil et Argentine, l’Uruguay a compté quelques uns des plus grands joueurs de tous les temps, même s’ils sont moins connus que les Brésiliens Didi, Pelé, Zico ou Ronaldo ou les Argentins Kempes, Maradona ou Messi. Rien que dans les années 20 ou 30, des joueurs comme Scarone ou Andrade furent sans doute les deux meilleurs joueurs de cette époque, et figurent parmi les plus grands joueurs du vingtième siècle, sans oublier le buteur patenté que fut Jose Pedro Cea qui marqua 13 buts en 27 sélections entre 1923 et 1932. Comme Scarone et Andrade, il remporta la Coupe du Monde 1930 et fut deux fois champion olympique en 1924 et 1928 avec une sélection commandée par José Nasazzi, surnommé « le grand capitaine », l’équivalent aujourd’hui d’un Thiago Silva, élu aussi meilleur joueur de la Coupe du monde 1930.

Mais l’Uruguay fut aussi un énorme réservoir de grands joueurs dans les années 50, dans la foulée de sa victoire à la Coupe du Monde 1950, où elle avait battu le Brésil chez lui, dans le match décisif qui se disputait au Maracana devant 173.850 spectateurs. On imagine la peine du peuple brésilien qui n’a toujours vécu que par, pour, et avec le football. Parmi ces super joueurs, on peut citer le véloce Ghiggia, Miguez (27 buts en 39 sélections), le remarquable gardien Maspoli, le demi Andrade (homonyme du meilleur joueur des années 20), Varela et sans doute le plus doué de tous, le redoutable milieu-attaquant Schiaffino. Ce dernier a fait ensuite les beaux jours du Milan AC entre 1954 et 1960 et de l’AS Roma jusqu’en 1962. Il a aussi eu la particularité, comme Ghiggia (12 sélections pour Uruguay et 5 pour l’Italie), d’avoir été international pour son pays d’origine l’Uruguay (21 fois), mais aussi pour son pays d’adoption l’Italie (4 fois). A l’époque il était permis de porter le maillot de plusieurs pays, même en ayant joué la Coupe du Monde, comme ce fut le cas pour le merveilleux défenseur central du Real Madrid qu’était José Santamaria (sélectionné pour l’Uruguay et l’Espagne). Ensuite dans les années 60 et 70 la grande vedette fut un gardien, à l’époque le meilleur au monde, Mazurkiewicz.

Aujourd’hui l’Uruguay n’a plus autant de joueurs de ce calibre, mais de temps en temps elle révèle un très grand joueur, comme par exemple Forlan, ancien attaquant de l’Atlético de Madrid qui opère aujourd’hui à l’Internacional de Porto Alegre (Brésil), qui fut désigné comme meilleur joueur de la Coupe du Monde 2010 et co-meilleur buteur (5 buts), un joueur dont l’AS Nacy-Lorraine n’avait pas voulu après un essai de quelques mois (bravo !). Forlan a remplacé dans le cœur des Uruguayens Enzo Francescoli, que les Français ont bien connu dans les années 80, puisqu’il a joué quatre ans au Racing entre 1986 et 1989, et un an à Marseille entre 1989 et 1990, avant d’aller exercer ses talents en Italie à Cagliari et au Torino. C’était un magnifique technicien, reconnu de tous y compris de Zidane, qui a donné à son fils le prénom de Francescoli, Enzo. Mais Forlan n’est plus aujourd’hui l’hirondelle faisant le printemps, car il a reçu le renfort de Luis Suarez (26 ans) qui a joué à l’Ajax d’Amsterdam, avec qui il fut champion des Pays-Bas (2011), mais aussi sacré meilleur buteur des Pays-Bas en 2010 avec 35 buts, avant de partir à Liverpool, et peut-être de rejoindre cet été le Real Madrid. Un autre attaquant uruguayen figure aussi parmi les meilleurs attaquants du monde, Cavani, qui a marqué 104 buts en 139 matches avec l’équipe de Naples, et qui est convoité par les plus grands clubs européens, notamment le Paris Saint-Germain.

Malgré tout le gisement de footballeurs uruguayens semble quelque peu tari, par rapport aux années 20, 30 ou 50, contrairement à celui de ses voisins sud-américains, Brésiliens et Argentins. Cela ne veut pas dire pour autant que la Celeste ne compte pas quelques bons joueurs, en dehors de Forlan, Suarez ou Cavani, mais à l’image de leur capitaine Lugano, qui a joué au Paris Saint-Germain, ils ont généralement des difficultés à s’imposer dans les clubs européens de haut niveau. Bref, a priori pas de quoi faire trop peur à leurs prochains adversaires français, à part précisément la paire Suarez-Cavani, susceptible de causer de sérieux tourments aux meilleures défenses. Cela étant, il ne faudra pas que l’équipe de Didier Deschamps prenne l’Uruguay à la légère, car cette formation est solide, à défaut d’être géniale. En outre, les joueurs qui la composent seront d’autant plus motivés qu’ils doivent montrer leur valeur aux yeux des recruteurs européens.

Michel Escatafal


Un beau mais triste week-end quand même…

Le CromAu lieu d’écrire l’histoire d’un beau week-end de sport, j’en suis réduit à parler aussi d’une triste fin de semaine. Certes, étant amateur de vélo, je ne peux que me réjouir d’avoir vu enfin Nibali montrer l’étendue de son talent dans un Giro que, sans Contador et Froome, il a dominé de la tête et des épaules. Nibali pour moi, est un mélange de Gastone Nencini et Laurent Fignon, à la fois magnifique attaquant et routier très complet, capable de suivre les meilleurs en montagne très longtemps, intrépide descendeur et très bon rouleur. Autant de qualités capables de le propulser dans les années à venir (il n’a que 28 ans) au firmament de son sport, c’est-à-dire en enlevant la « triple couronne » (victoire dans le Tour, le Giro et le Vuelta) rejoignant ainsi Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador. Voilà, bravo à Nibali, et qu’il continue à courir dans l’esprit qui l’anime, pour le plus grand bonheur des fans du vélo ! Et bravo aussi à la Colombie, qui est en train de retrouver une place qu’elle n’avait plus depuis la glorieuse époque de Lucho Herrera, et autre Parra et Ramirez, avec de jeunes coureurs comme Uran et Betancur, respectivement deuxième et cinquième du classement général du Giro, sans oublier les exploits avant la course italienne de Henao et Quintana, ce qui permet à la Colombie de se hisser au premier rang des nations devant l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne…loin devant la France (8è).

Autre moment important du week-end, le Grand prix de Monaco…qui ne mérite pas l’importance qu’il a dans l’esprit des sponsors, du moins si l’on enlève le stras et les paillettes. En tout cas Rosberg a fait un beau vainqueur (trente ans après son père), à l’arrivée de cette longue procession qu’a été cette course ô combien fastidieuse. Une course émaillée d’incidents tous plus regrettables les uns que les autres, sans parler de l’affaire des essais privés effectués par Mercedes avec la complicité de Pirelli, dont l’écurie allemande aurait pleinement tiré profit. Si c’est le cas, effectivement, cela montre que la Formule 1 reste une discipline où tous les coups sont permis pour arriver à gagner. Reste à savoir si la FIA ne sanctionnera pas Mercedes suite à la réclamation déposée par Red Bull et Ferrari, parce que le règlement sportif a été quand même transgressé dans cette affaire.

Pour revenir au grand prix lui-même, comme je l’ai évoqué précédemment, la course a été particulièrement insipide, en plus d’être interminable à cause des incidents ou accidents qui ont affecté plusieurs pilotes, notamment Perez et Grosjean. A ce propos, autant on peut excuser un pilote qui fait une faute et qui tape le rail, autant le comportement en course de certains est totalement irresponsable. A commencer par celui de Perez qui, après avoir failli sortir Alonso et sérieusement ferraillé avec son équipier Button, a tenté une manœuvre complètement suicidaire sur Raikkonen, ce qui a entraîné la crevaison d’un pneu du pilote finlandais. Ceux qui me lisent sur ce site savent que j’apprécie tout particulièrement Raikkonen, mais si je cite Perez de manière aussi défavorable, c’est parce que j’étais sûr de ce qui allait arriver à Raikkonen, et ce depuis le moment où, d’une manière incompréhensible, les commissaires ont obligé Alonso à rétrograder d’une place…après que celui-ci ait été obligé de « sauter » la chicane sous peine de s’accrocher avec Perez. Il est certain qu’entre Alonso et Raikkonen, rien de tout cela ne se serait passé, comme en témoigne le grand nombre de tours que l’un, Alonso, a fait derrière l’autre, Raikkonen.

Et c’est là toute la différence entre un très grand pilote, comme le sont Raikkonen et Alonso, et des pilotes certes rapides comme Perez et Grosjean, mais manquant cruellement de discernement au point de gâcher nombre de courses qu’ils finissent avant l’heure. Ce fut de nouveau le cas hier avec Grosjean qui a harponné sévèrement Ricciardo, lequel avait le malheur…de se trouver devant lui, ce qui vaudra au pilote franco-suisse de partir au prochain grand prix avec une pénalité de dix places sur la grille, pénalité qu’aurait dû également subir Perez, curieusement oublié par les commissaires. Dommage, cela l’aurait peut-être calmé, même si l’on ne se refait pas. La preuve, Perez comme Grosjean ont vilipendé leur victime, les accusant de ne pas leur avoir cédé la place qu’ils revendiquaient, oubliant que la Formule 1 n’est pas du stock-car, oubliant aussi que des comportements puérils peuvent fausser le championnat du monde. L’an passé Alonso avait perdu gros à cause de Grosjean à Spa, et là c’est Raikkonen qui perd 9 points précieux dans sa lutte avec Vettel. Lamentable ! En tout cas que Grosjean se méfie avec toutes ces bourdes à répétition, d’autant que son écurie, Lotus, est en grande difficulté financière, et que son avenir ne paraît pas assuré pour rester au plus haut niveau.

Autre moment fort du week-end, la qualification du RC Toulon et du Castres Olympique pour la finale du championnat de France. Un des deux clubs sera champion 20 ans après son dernier titre (Castres en 1993 et Toulon en 1992)…et je pense que ce sera le RC Toulon, sur la dynamique actuelle de l’équipe. Pour ma part j’en serais très heureux, même si je ne serais pas déçu si le Castres Olympique finissait par l’emporter. Après tout ils ont battu l’équipe qui était présentée comme « l’ogre » du championnat et de la Coupe d’Europe, l’ASM Clermont, un ogre qui manifestement n’avait plus faim en cette fin de saison, ou qui était un colosse au pied d’argile. Sans doute un peu des deux, notamment sur le plan mental.

Des Clermontois qui ont peut-être cru trop vite qu’ils allaient réaliser un doublé inédit pour un club français, sur le vu de leurs prestations depuis le début de la saison tant en championnat qu’en Coupe d’Europe, épreuve où ils étaient invaincus. Problème, être invaincu en compétition régulière ne garantie nullement qu’on puisse gagner aussi en phases finales. Cela dit, je ne suis nullement surpris de l’issue de cette saison de Top 14, et il est probable que ce que les Clermontois n’ont pas été capables de réaliser, ce fameux doublé Coupe d’Europe-Top 14 contre lequel le grand Stade Toulousain a échoué à plusieurs reprises, les Toulonnais le feront avec leur formidable armada internationale, appuyé sur la botte prolifique de Jonny Wilkinson.

Enfin, dernier moment de tristesse de ce week-end, la pitoyable exclusion du quatrième gardien de but du PSG, Ronan Le Crom, lors du match contre Lorient. Même les joueurs de Lorient ont supplié l’arbitre de ne pas donner un carton rouge à Le Crom, carton d’autant moins justifié qu’il n’était pas dernier défenseur. Quand les arbitres de football de Ligue 1 comprendront-ils que les vedettes des soirées de championnat ne sont pas eux, ce qui par parenthèse n’est jamais le cas au rugby, même si les arbitres se trompent aussi parfois ? Pourquoi à un quart d’heure de la fin du match, de la fin du championnat, alors que le résultat était acquis, alors aussi que le Crom (presque 39 ans), qui jouait son dernier match professionnel, n’avait été nullement violent dans l’action qui a amené le pénalty, pourquoi l’arbitre n’a-t-il pas fait preuve de la plus petite once d’intelligence sur ce coup ? Vraiment, il y a des moments où le sport finit par dégoûter ses plus ardents défenseurs, et j’en fais partie. Et ce ne sont pas les commissaires de F1 qui vont me réconcilier avec les instances arbitrales ! Finalement je suis bien content d’avoir découvert le sport grâce à un ballon ovale. Ah le rugby !!!

Michel Escatafal


Michalak, encore un surdoué controversé…en France

MichalakEt si l’on continuait à parler rugby après la victoire de Toulon en Coupe d’Europe, après aussi une finale 100% française ! Aujourd’hui je voudrais évoquer le cas d’un joueur parmi les plus controversés de notre rugby national, Frédéric Michalak. Au fait, pourquoi est-il controversé ? Tout simplement parce qu’il a la grande classe, et dans notre pays un joueur de très grande classe, surtout s’il opère dans les lignes arrières fait rarement l’unanimité. Il suffit de se rappeler, pour les plus anciens, tout ce qu’ont enduré les frères Boniface en leur temps, puis Jean Gachassin quand il est passé à l’ouverture, mais aussi Jo Maso, ou encore Max Barrau, demi de mêlée qui fit l’admiration des All Blacks eux-mêmes, sans oublier Richard Astre, Jérôme Gallion, autre numéro 9 de grand talent qui fit partie de l’équipe qui triompha des Néo-Zélandais chez eux pour la première fois (14 juillet 1979) dans l’histoire du XV de France, ni Alain Caussade, demi d’ouverture de Lourdes et du XV de France, qui lui aussi appartint à l’équipe victorieuse des All Black en 1979, et tant d’autres encore, comme Didier Codorniou, Didier Camberabero, et plus près de nous Jean-Baptiste Elissalde, tous ces joueurs ayant pour particularité d’être des surdoués.

Bien entendu Frédéric Michalak, appartenant à cette catégorie de joueurs exceptionnels, eut droit lui aussi aux multiples controverses dont se gargarisent les Français, qu’ils soient dirigeants, sélectionneurs, journalistes et supporters. C’est la raison pour laquelle il m’arrive de dire que les Gallois Gareth Edwards et Barry John, ou encore Jonny Wilkinson, ont eu la chance de ne pas naître dans notre pays, car je suis persuadé qu’ils auraient souffert de cet ostracisme que l’on manifeste si facilement vis-à-vis des génies du jeu. Et si en plus ils sont aussi élégants que talentueux sur le terrain, alors là c’est la curée pour eux dès leur première faute, surtout si celle-ci coûte la victoire dans le Tournoi, comme en 1966 à Cardiff. Peu importe dans ces cas-là leur apport dans le jeu, ni la faculté qu’ils ont d’électriser le public par leur maestria. Non, on préfère et on préfèrera toujours dans notre pays de bons ouvriers à un magicien du jeu. D’ailleurs, quitte à me répéter, on remarquera que Morgan Parra, pour ne citer que lui, compte plus de 50 sélections à moins de 25 ans, alors qu’il est loin de faire l’unanimité à son poste de demi de mêlée. A ce propos, je ne voudrais qu’on imagine que je fais moi-même ce que je reproche à d’autres, à savoir faire une fixation sur ce joueur. Non, simplement je veux souligner que Parra est loin d’avoir la classe d’un Fred Michalak à la mêlée, et même sans doute d’un Doussain, lequel n’a été qu’une seule fois international à 22 ans, ce qui ne l’empêche pas d’avoir presque supplanté au Stade Toulousain l’Australien Burgess, qui compte 37 sélections avec l’équipe d’Australie.

Fermons cette longue parenthèse et revenons à Frédéric Michalak, pour souligner que ce qui l’a desservi est d’abord sa polyvalence. Michalak est-il un demi d’ouverture ou un demi de mêlée ? Si l’on regarde sa carrière, on serait tenté de dire qu’il est d’abord un demi d’ouverture, sauf qu’à la base c’était plutôt un demi de mêlée. C’est Bernard Laporte qui en a fait un demi d’ouverture en le sélectionnant à l’ouverture du XV de France à l’âge de 20 ans. Il est vrai qu’à ce moment le titulaire du poste à la mêlée dans le XV de France s’appelait Fabien Galthié, et que ce dernier était indiscutable dans l’optique de la Coupe du Monde 2003. Et cette décision allait être très lourde de conséquences pour Michalak et le XV de France.

En effet, elle allait faire de Michalak un demi d’ouverture à la fois au stade Toulousain et dans le XV de France. Le plus amusant à propos du Stade Toulousain, est que l’on avait à l’époque (au milieu des années 2000) une paire de demis composée d’un demi de mêlée reconverti à l’ouverture, Frédéric Michalak, et d’un demi d’ouverture reconverti demi de mêlée, Jean-Baptiste Elissalde…qui par parenthèse redeviendra ouvreur après la signature de Byron Kelleher, le demi de mêlée de l’équipe de Nouvelle-Zélande, ce dont fera les frais Frédéric Michalak, barré et par l’un et par l’autre. A cela s’ajoutent quelques blessures plus ou moins longues qui vont gâcher la vie de notre surdoué, chaque fois au moment où il retrouvait la grande forme. Décidément, on dirait que la vie n’est jamais facile quand on est un génie du jeu, comme s’il y avait une malédiction pour ce type de joueurs !

Après deux séjours en Afrique du Sud, pays dont il est devenu une vedette incontestée, ce qui signifie quand même quelque chose dans cette nation ayant toujours figuré au sommet du rugby mondial, notamment grâce à ses deux titres mondiaux, il reviendra en France, la première fois avec un retour au Stade Toulousain…où on ne l’attendait pas nécessairement comme le messie, et la seconde fois avec une signature au RC Toulon, club dans lequel il a presque retrouvé ses couleurs d’antan, notamment parce qu’il y fut repositionné à la mêlée, en raison évidemment de la prééminence de Wilkinson à l’ouverture. Hélas pour lui, malgré d’excellentes prestations à la mêlée, il sera de nouveau sélectionné dans le XV de France à l’ouverture, le poste de demi de mêlée étant réservé en priorité…à Morgan Parra, même si ce dernier a dû subir la concurrence de Machenaud l’espace de quelques matches en novembre et au début du Tournoi de cette année.

Hélas pour Michalak, j’ai bien peur qu’il en sera ainsi tant que Saint-André sera sélectionneur, s’il est sélectionné (parce qu’il faut s’attendre à tout), Saint-André s’obstinant à ne voir Michalak qu’à l’ouverture, au moment où Laporte lui-même s’est aperçu que c’était avant tout un numéro 9 de grande classe. Résultat, le XV de France continuera ses tâtonnements au niveau de la charnière, ce qui mettra en fureur nombre de supporters de notre équipe nationale, et ce qui nous empêchera de remporter enfin cette Coupe du Monde que nous attendons depuis 1987, la France étant la seule des grandes nations de rugby à ne pas l’avoir gagnée.  Pour mémoire je rappelle que le prédécesseur de Saint-André, Marc Lièvremont, avait aligné en finale de la Coupe du Monde 2011 une paire de demis composée de Yachvilli à la mêlée et Parra à l’ouverture, Michalak n’ayant pas été sélectionné alors pourtant qu’il brillait avec les Sharks sud-africains, étant même le meilleur réalisateur de la Currie Cup. Résultat, victoire en finale de la Nouvelle-Zélande par le plus petit des scores (8-7), alors que les Français étaient les plus forts. A pleurer de rire !!!

Michel Escatafal


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