Tours de France 1960 et 2014 : que de similitudes !

riviereAvant de commencer mon article sur le Tour de France, je voudrais, une nouvelle fois, souligner le décalage qu’il peut y avoir sur les sanctions à propos du dopage. En effet, il y a quelques jours le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) a décidé de confirmer les 18 mois de suspension requis contre les athlètes jamaïcains, Asafa Powell (ex recordman du monde du 100m) et Sherone Simpson (championne olympique du relais 4x100m en 2004), sanction demandée par la fédération jamaïcaine d’athlétisme. Pour mémoire les deux sprinters avaient été contrôlés positifs à un stimulant (oxilofrine) lors des championnats de Jamaïque en juin 2013. Pour mémoire aussi, je rappellerais que ce même TAS avait infligé 2 ans de suspension à Contador pour une quantité tellement infime d’anabolisant, que celle-ci n’aurait pas été détectée par la quasi-totalité des laboratoires de la planète. Passons !

En parlant de Contador cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le Tour de France de cette année, en espérant que je ne porterai pas la poisse à son leader, Nibali, comme ce fut le cas pour les deux grands favoris de ce Tour, Froome et Contador, ce qui nous a privé d’une confrontation qui, j’en suis sûr, aurait été digne de celles ayant opposés Coppi et Koblet dans le Giro 1953, Anquetil et Poulidor dans le Tour de France 1964 ou Hinault et Fignon dans ce même Tour en 1984. Et oui, le sort est parfois cruel pour les sportifs, et la chute dans le vélo est inhérente à ce sport, comme les ennuis mécaniques pour le sport automobile. Cela dit, maintenant que les deux grands favoris sont hors course, il ne reste plus que Nibali pour faire l’unanimité sur le nom du futur vainqueur. Il est d’autant plus favori qu’il a une avance conséquente sur Richie Porte (Sky), ce qui lui assure une certaine marge de sécurité, mais aussi parce que jusqu’à présent il a fait preuve d’une forme et d’une autorité digne des meilleurs leaders.

Néanmoins, le Tour n’est pas fini, car si Nibali a fait le trou en tête du classement général, son avance est loin de le mettre à l’abri d’une défaillance ou d’un « coup de moins bien » dans les Alpes et surtout les Pyrénées en troisième semaine. Rappelons que Nibali a 2mn23s d’avance sur Porte, 2mn47s sur Valverde, 3mn01s sur Bardet, 3mn12s sur Gallopin et 3mn47s sur Pinot, nos trois Français étant en embuscade derrière le trio présumé le plus fort de ce Tour à présent amputé de ses deux grandes stars. Cela peut leur ouvrir de sacrés perspectives à nos Frenchies, non seulement pour le podium, mais aussi pour la victoire finale, car Romain Bardet semble en très grande forme, et n’a pas le poids de la course sur les épaules. En outre, pour ceux qui ont la mémoire courte, je rappellerais que Nibali semblait avoir course gagnée l’an passé au Tour d’Espagne, avant de craquer finalement devant Horner en troisième semaine. Nibali est certes un coureur complet, mais il n’a pas les talents de grimpeur de Froome et Contador, et pas davantage leur talent de rouleur.

Toutefois la logique voudrait que ce soit Nibali qui l’emporte, ce qui lui permettrait de rejoindre le club très fermé des vainqueurs des trois grands tours (Anquetil, Merckx, Gimondi, Hinault et Contador). Pas mal pour un coureur qui n’est ni un super grimpeur, ni un grand rouleur ! En fait, pour moi, j’assimilerais Nibali à un autre coureur italien, Gastone Nencini, vainqueur du Giro en 1957 (battant Louison Bobet de 19s) et du Tour de France 1960. Comme Nibali aujourd’hui, Gastone Nencini était un remarquable descendeur. Comme Nibali, bien qu’étant un excellent grimpeur, Nencini n’était pas du niveau en montagne des meilleurs escaladeurs, Charly Gaul, Federico Bahamontes ou même Louison Bobet dans ses meilleures périodes. Comme Nibali enfin, il était loin d’être aussi fort c.l.m. que Louison Bobet, Jacques Anquetil , Ercole Baldini ou…Roger Rivière, sans doute le meilleur rouleur de l’histoire du cyclisme (triple champion du monde de poursuite en 1957, 1958 et 1959, et imbattable c.l.m. sur des distances inférieures à 80 km). Et pourtant il remporta le Tour de France en 1960…mais avec une ombre sur cette victoire à cause de l’accident de Roger Rivière dans la descente du col du Perjuret.

Revenons donc en arrière pour évoquer ce Tour 1960, auquel nous fait irrésistiblement penser celui de cette année. D’abord, en 1960, celui qui aurait pu être un des trois grands favoris, Jacques Anquetil, qui venait de gagner le Giro (premier Français à réaliser cet exploit), avait décidé de ne pas tenter le doublé Giro-Tour, ayant fini le Tour d’Italie très éprouvé, tout comme le vainqueur du Tour 1958, Charly Gaul, qui avait aussi beaucoup souffert dans le Giro, après avoir été malade dans la Vuelta (à l’époque au printemps). Du coup, ce Tour de France semblait promis à Roger Rivière, après une première expérience dans la Grande Boucle l’année précédente, où il avait terminé quatrième, en grande partie par la faute d’un marquage aussi stupide que ridicule avec Jacques Anquetil, lequel ne supportait pas d’être dominé c.l.m. par son jeune rival.

Bref, Roger Rivière semblait avoir le champ libre pour triompher dans ce Tour 1960. Il y avait bien Anglade, qui avait terminé second du Tour 1959 derrière Bahamontes, mais chacun savait qu’Anglade concèderait de nombreuses minutes au fantastique rouleur stéphanois dans les étapes chronométrées. Hélas, le sort allait être cruel pour Roger Rivière, au point de faire perdre au cyclisme celui qui aurait pu et dû être la grande vedette de son époque, plus peut-être encore que Jacques Anquetil, car, comme je l’ai dit précédemment, il était meilleur que le Normand contre-la-montre, et sans doute aussi bon grimpeur. Et oui, cette descente du col du Perjuret nous a privés d’un remake de Coppi et Bartali dans les années 40 et 50 !

Dès les premières étapes, Rivière allait faire preuve d’autorité dans ce Tour en remportant le c.l.m. de Bruxelles (28 km). Ensuite, après avoir vu Anglade passer à l’attaque et prendre le maillot jaune à Saint-Malo, Rivière allait s’imposer le lendemain à Lorient et reléguer Anglade, son coéquipier de l’équipe de France, à près d’un quart d’heure. Il gagnera de nouveau une étape entre Mont-de-Marsan et Pau, si bien qu’après avoir passé les Pyrénées il ne comptait qu’une minute 38s de retard sur Nencini à l’arrivée de l’étape Toulouse-Millau. Un retard dérisoire en pensant aux 83 km c.l.m. de fin de Tour, où Nencini aurait concédé au moins 4 minutes au champion du monde de poursuite. Hélas pour Roger Rivière, il y aura cette chute due, sans doute, à un péché d’orgueil de notre nouveau « campionissimo », ce dernier refusant de laisser Nencini prendre quelques secondes d’avance dans la descente du Perjuret, alors qu’il aurait été tellement plus sage d’attendre la fin de la descente et de reprendre tranquillement l’Italien dans la plaine. Résultat, Rivière dérapa sur les gravillons d’un virage et bascula, avec son vélo, par-dessus le muret de protection. Gravement atteint à la colonne vertébrale, ce sera la fin de la carrière du plus doué des poursuiteurs. Et à la suite de cet accident, Nencini atteindra Paris sans le moindre problème pour remporter son second grand tour.

Un dernier mot enfin pour montrer à quel point il y a eu des similitudes entre ces deux Tours de France de 1960 et 2014, y compris sur le plan de l’histoire. Le Tour, en effet, passa cette année-là à Colombey-les-Deux-Eglises avec un spectateur célèbre : le général de Gaulle lui-même. Du coup, la course s’arrêta un instant, et les directeurs du Tour de France, Jacques Goddet et Félix Lévitan, présentèrent au général le maillot jaune, Gastone Nencini, le porteur du maillot vert, Jean Graczyk et le vainqueur du Grand Prix de la Montagne, Imerio Massignan. Cette fois, c’est l’actuel président de la République qui a rendu hommage aux célèbres « poilus » du Chemin des Dames. 1960-2014, que de ressemblances…jusqu’à présent. Espérons quand même que le premier Français soit mieux classé cette année, qu’il le fut en 1960, puisque Raymond Mastrotto, surnommé le Taureau de Nay, finit à la sixième place. Quelque chose me dit que Romain Bardet devrait faire mieux, beaucoup mieux même…et qui sait ? Pour rappel, le dernier Français vainqueur du Tour s’appelle Bernard Hinault, et c’était en 1985. Presque 30 ans ! Insupportable !

Michel Escatafal


Tout ce qui est excessif est dérisoire…y compris sur le football

Silva-LuizAujourd’hui c’est le 14 juillet, jour de fête nationale en France, mais aussi jour de deuil en Amérique du Sud ( le mot n’est pas trop fort même si ce n’est que du football), plus particulièrement en Argentine et, même encore au Brésil, avec une nouvelle fois la démonstration de l’imbécillité des amateurs de foot sud-américains, notamment les Brésiliens, fous de joie parce que les Argentins ont été vaincus en finale de la Coupe du Monde, hier soir, par les Allemands. Comme si cela pouvait les consoler de leurs déboires ! Autre démonstration de cette sottise, les commentaires des pseudos techniciens français à propos de David Luiz et Thiago Silva, oubliant simplement que la charnière centrale ne fait pas à elle seule une équipe, surtout quand celle-ci manque cruellement de grands joueurs. J’y reviendrai plus tard, puisque c’est en grande partie le sujet de mon article.

Mais avant de parler football et Coupe du Monde, je voudrais revenir sur deux sportifs français qui ont fait (un peu) la une des journaux ces derniers jours. Il s’agit de Christophe Lemaitre et Camille Muffat. Pour Lemaitre, l’affaire est entendue, ce n’est pas lui le grand sprinter que notre athlétisme attend depuis si longtemps, à savoir depuis la retraite de… Roger Bambuck à la fin des années 60 (voir mon article sur ce site « Lemaitre fera-t-il mieux que Bambuck ? A voir… ». L’autre sportif, ou plutôt sportive, Camille Muffat qui, à 25 ans, met un terme à une carrière déjà extrêmement brillante, mais qui aurait pu l’être beaucoup plus encore sans cette décision beaucoup trop prématurée, surtout en pensant au motif invoqué, un différend avec son entraîneur, Fabrice Pellerin. De quand datait les différents avec ce technicien? Personne n’en sait trop rien parmi les observateurs, mais c’est sans doute un problème récurrent qui a fini par prendre le dessus sur toute ambition future, notamment les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016.

Cette décision de Camille Muffat est d’autant plus surprenante que cette jeune femme a vraiment l’air très équilibrée, comme elle en a toujours fait la preuve dans et hors des bassins. Je n’ai pas été très surpris par les décisions qu’avait prises en son temps Laure Manaudou, autre star de notre natation, mais en revanche Camille Muffat cela m’interpelle. Ne connaissant rien au milieu de la natation, je ne vais pas juger Fabrice Pellerin, mais cela ne m’empêche pas de faire le rapprochement avec la décision de Yannick Agnel de quitter avec fracas le même entraîneur, pour s’exiler aux Etats-Unis avec le succès que l’on sait. Peut-être tout simplement que Pellerin n’est qu’un remarquable technicien, oubliant que ses nageurs ou nageuses, qu’il a connus à 10 ou 12 ans à Nice…ont grandi. Et c’est d’autant plus vraisemblable que, comme Camille Muffat, Yannick Agnel est un jeune homme qui lui non plus ne fait pas la une des magazines people, comme le fit ou le fait encore (mais on s’en moque totalement à présent) Laure Manaudou.

En tout cas le sport français, si peu riche en grands champions dans les sports les plus médiatisés, va perdre une nageuse encore très jeune, qui a détenu deux records du monde (400 et 800m en petit bassin), qui a été championne du monde (400m en petit bassin), quatre fois championne d’Europe (petit bassin), et surtout qui a remporté 3 médailles au J.O. de Londres (or sur 400m, argent sur 200m  et bronze avec le relais 4x200m). Une nageuse aussi qui est l’archétype de l’exemple du sportif à la « tête bien faite », comme aurait dit Montaigne. J’aurais pu aussi parler du Tour de France, mais comme il reste encore deux semaines de course, j’aurais tout le temps pour évoquer cette Grande Boucle, qui a perdu son principal favori, ou plutôt un des deux favoris (Froome), parce que Contador semble être vraiment de nouveau à son meilleur niveau. Si c’est le cas, sauf accident ou maladie, il remportera son huitième grand tour, ce qui le rapprochera encore un peu plus de Merckx et Hinault.

Reste maintenant à évoquer la Coupe du Monde de football qui vient de s’achever, à l’issue d’une saison harassante où nombre de grands joueurs n’étaient plus à leur meilleur niveau, les joueurs, de plus en plus sollicités par leurs clubs, n’étant pas des robots. Certes on me fera remarquer que la moitié des joueurs du Bayern, qui après leur titre mondial en clubs sont allés jusqu’en demi-finale de la Ligue des Champions, font aussi partie de cette équipe d’Allemagne qui a remporté le titre de championne du monde pour la quatrième fois, mais il faut quand même noter que le Bayern se promène littéralement en Bundesliga, comme aucun autre grand club ne peut le faire ailleurs, que ce soit en Angleterre, en Espagne, en Italie, au Portugal ou en France. Cela étant,  toujours à propos des joueurs du Bayern, il y a aussi un autre élément important dans cette victoire allemande : le Bayern de Munich est le principal fournisseur de la Mannschaft, puisque 5 joueurs du Bayern étaient hier soir dans l’équipe qui a battu l’Argentine en finale de la Coupe du Monde hier soir (Neuer, Lham, Boateng, Schweintsteiger, Muller). Aucune autre grande sélection ne peut se comparer à l’Allemagne sur ce plan, preuve que, même si le football a évolué, pour remporter des titres avec la sélection nationale, mieux vaut s’appuyer sur une ossature de club, comme ce fut le cas précédemment pour l’Espagne et le FC Barcelone. Et si besoin était d’en faire un supplément de démonstration, regardons où en est l’équipe d’Angleterre, malgré ses nombreux clubs très riches et multi titrés en compétition de clubs.

Cela dit, est-ce que l’Allemagne mérite son titre? Oui et non, parce que cette équipe n’est quand même pas du niveau de certaines qui l’ont précédée, notamment celle de 1974 (Beckenbauer, Gerd Muller, Hoeness, Netzer, Breitner etc.). Ensuite, hier soir, elle a eu la chance de tomber sur une équipe d’Argentine qui pourra s’en vouloir éternellement de n’avoir pas converti les trois ou quatre grosses occasions qu’elle s’est procuré. En écrivant cela, je pense d’abord à Higuain, qui nous a fait une réplique de l’occasion qu’avait eu Dugarry en 1998, en finale contre le Brésil, à la différence que l’Equipe de France n’avait pas eu le temps de ressasser cette maladresse de notre avant-centre parce qu’elle avait gagné 3-0. Mais plus encore qu’Higuain, qui n’est pas un super joueur, pas plus que Palacios, et sans doute qu’Aguerro, beaucoup moins efficient que Lavezzi dans un style différent, je pense surtout à Messi, qui a raté son match et même sa Coupe du Monde.

Cela n’a pas empêché la FIFA de lui octroyer le titre de meilleur joueur, ce qui s’assimile à une drôlerie, alors que Di Maria, James Rodriguez, Lahm ou quelques autres auraient davantage mérité cette distinction. En citant le nom de Di Maria, c’est sans doute lui qui a le plus manqué à cette solide équipe d’Argentine, nombre d’observateurs objectifs et connaisseurs affirmant qu’avec lui, l’Argentine aurait fini par l’emporter. En tout cas il aurait à coup sûr mieux fait qu’Aguerro, et il aurait mis terriblement en danger la défense allemande par les brèches qu’il aurait créées. Autre cocasserie, pourquoi l’AS Monaco dépense-telle autant d’énergie à chercher un gardien pour concurrencer Subasic…alors qu’elle avait sous la main un des deux ou trois gardiens qui ont été les plus remarquables pendant ce Mondial brésilien ? Le football est vraiment peuplé de mystères !

Un dernier mot enfin, dans le même registre, pour évoquer Thiago Silva et David Luiz, à propos desquels ont lit tout et n’importe quoi, en notant au passage que si le Brésil avait été éliminé par le Chili, personne ne se poserait de questions sur le futur duo en défense du PSG. Tout juste aurait-on dit que, comme Messi et Ronaldo, Thiago Silva avait évolué à un niveau inférieur à se réputation. En revanche tout le monde dirait que David Luiz est bien le crack annoncé. Puis est venu le match contre l’Allemagne (défaite 7-1) et celui contre les Pays-Bas pour la médaille de bronze (défaite 3-0), et là ces deux joueurs sont devenus des tocards. "Tout ce qui est excessif est dérisoire", comme disait Beaumarchais! Et c’est d’autant plus vrai que le Brésil a survécu jusqu’en demi-finale grâce à sa défense centrale et à Neymar, qui animait à lui seul l’attaque brésilienne.

Problème, contre l’Allemagne, ni Neymar (blessé) ni Thiago Silva n’étaient là, laissant David Luiz désespérément seul. Certes ce magnifique joueur, technicien et lutteur de premier ordre, a sans doute besoin d’avoir près de lui le Thiago Silva du Milan AC, de sa première saison au PSG ou de la Coupe des Confédérations 2013 gagnée par le Brésil, mais c’est quand même un grand joueur. En outre les milieux du PSG, Motta, Verratti ou Cabaye,et Matuidi ne sont pas ceux du Brésil, totalement inexistants. Du coup David Luiz, à qui Scolari avait confié le brassard de capitaine en demi-finale,  s’est cru obligé d’essayer de jouer les sauveurs, ce qui était impossible face à des formations aussi bien organisées que l’Allemagne et les Pays-Bas.

Oui, décevant de voir tant de gens démolir allègrement deux joueurs qui appartenaient, il y a moins d’un mois encore, au Gotha du football. Cristiano Ronaldo a-t-il réussi sa Coupe du Monde? Réponse : non. Et Messi, comme je l’ai écrit précédemment ? Réponse : non. Si Zidane n’avait pas marqué deux buts en finale en 1998 au Stade de France, sa Coupe du Monde aurait-elle été une réussite? Réponse : non. N’oublions pas qu’il n’a pas été décisif jusqu’en finale, et qu’il fut même expulsé contre l’Arabie Saoudite! Et pourtant c’était Zidane. Platini en 1986 fut, lui aussi, l’ombre de lui-même au Mexique, manquant même son tir au but…et je pourrais continuer ainsi longtemps, y compris en parlant de Di Stefano (qui vient de rejoindre le paradis des footballeurs ces derniers jours), totalement transparent en 1962 au Chili. Bref, je crois que le système médiatique est en train de s’emballer à propos de Thiago Silva et David Luiz, qui ont très mal fini une compétition qui, dans leur pays, devait leur revenir. Problème, il y avait quatre ou cinq autres équipes, voire même plus, dans cette Coupe du Monde, y compris l’Equipe de France, qui avaient davantage de grands joueurs que le Brésil ou qui étaient mieux équilibrées et organisées. Alors, sachons raison garder, et si le PSG récupère Di Maria, comme apparemment ce sera le cas, le club francilien aura une équipe très, très forte. Et, comme l’a dit Courbis, s’il le faut Marquinhos jouera défenseur central et D. Luiz au milieu…où il est tout à fait excellent.

Michel Escatafal


C’était il y a 60 ans…dans le Tour de France

bobetAvant de parler du Tour de France 2014, je voudrais simplement souligner que je suis scandalisé par certains propos de Martin Fourcade, double champion olympique du biathlon, mais qui reste un parfait inconnu pour le commun des sportifs mortels. Pourquoi ce courroux contre Fourcade ? Tout simplement parce qu’il veut lui aussi jouer au donneur de leçons à propos du dopage (après tout pourquoi pas!), en y incluant aussi le cyclisme…et cela je ne le supporte plus. Il emploie les mots de « criminel » en évoquant ceux qui se dopent, et, pire encore, souhaite la suspension à vie pour ceux qui sont contrôlés positifs. Rien que ça ! Et pour clôturer le tout il finit par s’en prendre à Jalabert, dont je rappelle qu’il n’a jamais été contrôlé positif. Tout cela est trop gros, et je suis stupéfait de voir que si peu de monde ait condamné les propos de ce spécialiste d’un sport qui, tout autant que le vélo, a souffert de son lot d’affaires par le passé.

Je voudrais simplement rappeler à Fourcade, quels que soient les nobles sentiments qui l’habitent,  deux faits qui démontrent qu’il s’est montré extrêmement imprudent dans ses jugements : le premier, le plus récent, c’est le contrôle positif de Darel Impey, coureur sud-africain de la formation Orica Green Edge, à un produit masquant appelé probénicide, qu’il aurait ingurgité avant …le championnat d’Afrique du Sud contre-la-montre. Une compétition d’une importance toute relative quand on connaît le niveau global du cyclisme professionnel sud-africain. Une compétition aussi qui a eu lieu le 6 février, et dont il a reçu la notification le 23 juin dernier. Plus remarquable encore, les contrôles qu’il a subis les 8 et 9 février n’ont pas été anormaux, contrairement à celui du 6 février. De quoi avoir des doutes, sauf pour Fourcade sans doute, puisque le contrôle d’Impey a été positif. Le règlement, c’est le règlement ! Mais quelle serait la réaction de Fourcade, s’il lui arrivait la même mésaventure qu’à Contador ou Rodgers, contrôlés positifs avec quelques picogrammes de clenbutérol, pour avoir ingéré de la viande contaminée ou autre complément alimentaire ?

A ce propos, on observera que Rodgers, comme de très nombreux sportifs, a été ensuite blanchi par les instances du cyclisme avec la bénédiction de l’Agence Mondiale Antidopage, alors que Contador a subi une terrible punition, se voyant privé de deux ans de victoire…pour une faute que même l’ex-président de l’UCI, P. Mac Quaid,  a reconnu très aléatoire, au point d’avoir quelques remords sur le recours au Tribunal Arbitral du Sport après l’acquittement du Pistolero par la fédération espagnole. Cela dit, pour Fourcade, les fans de cyclisme devraient être privés de Contador à jamais…pour une faute qu’il n’a jamais commise. Désolé Monsieur Fourcade, mais nous sommes très nombreux à vouloir profiter de la présence de Contador dans le cyclisme, nombre inversement proportionnel à ceux qui sont au courant de vos exploits, lesquels méritent davantage considération auprès du public. Néanmoins, personne (ou presque) ne niera que la célèbre « giclette » du Pistolero est infiniment plus spectaculaire qu’une séance de tir en biathlon.

Voilà pour la mise au point que je voulais faire sur les propos de Martin Fourcade, aussi décalés que ceux de l’épouse de Froome parlant d’ex-dopé à propos de Contador, pour une supposée faute dérisoire. En évoquant le nom de Froome, cela nous ramène immédiatement au départ du prochain Tour de France, qui aura lieu du 5 au 27 juillet 2014. Un Tour qui, a priori, devrait se résumer à un duel entre Froome et Contador, l’un essayant de remporter sa deuxième Grande Boucle, et l’autre sa quatrième. J’ai bien dit sa quatrième, car sur le bitume Contador a déjà remporté 3 Tours de France. Désolé, je me répète peut-être, mais Contador a gagné 7 grands tours (3 Tours de France, 2 Tours d’Italie, 2 Tours d’Espagne). Peut-il en gagner un huitième en juillet ? Pour ma part, après sa démonstration dans le dernier Dauphiné, je l’en crois capable même si son équipe n’est pas au niveau de celle de Froome.

Elle sera meilleure qu’au Dauphiné, mais, sans Kreuziger, je crains que l’équipe de Contador soit assez nettement en-dessous de l’armada Sky, surtout si les circonstances faisaient prendre très tôt le maillot jaune à Contador. On a vu qu’au Dauphiné l’équipe Sky, à défaut de remporter la victoire, peut parfaitement faire perdre le plus dangereux rival de son leader. Rappelons-nous qu’en 2009, même en étant quelque peu isolé au sein de l’équipe Astana, Contador avait tiré un gros avantage du travail de son équipe…au bénéfice supposé d’Armstrong. Cela précisé, comme ce site est en partie consacré à l’histoire du sport, je voudrais rappeler en quelques phrases les principaux évènements du Tour de France 1954, à une époque où le meilleur coureur du monde sur route était un Français. Ce champion s’appelait Louison Bobet, et il allait faire la transition entre le grand Fausto Coppi et Jacques Anquetil, le coureur breton ayant gagné cette année-là, en plus du Tour, le championnat du monde sur route (voir mon article (Solingen, le chef d’œuvre de Louison Bobet) à la manière du Campionissimo.

La première chose à souligner à propos de l’édition 1954 de la Grande Boucle, c’est la courte vue, en ce qui concerne l’avenir du vélo, de la Fédération Française de cyclisme, laquelle refusa que les Italiens viennent courir le Tour de France avec une publicité sur les maillots. Résultat, faute d’Italiens, les trois grands favoris du Tour étaient le vainqueur de l’année précédente, Louison Bobet, et les deux Suisses Kubler et surtout Hugo Koblet, lequel avait grandement favorisé dans le Giro qui s’était achevé quelques semaines auparavant la victoire de son ami, lui aussi suisse, Carlo Clerici. Cette armada suisse ressemblait sur le papier à celle de Froome cette année, sauf que Froome est l’incontestable leader de son équipe, ce qui n’était pas le cas de Koblet dans l’équipe entraînée par Alex Burtin. Ce dernier en effet, contrairement à Dave Brailsford (directeur sportif de la Sky) qui a préféré laisser Wiggins à la maison, n’avait pas voulu se passer d’un ancien vainqueur de l’épreuve (Kubler l’avait emporté en 1950).

Pour tout le monde à l’époque, les Suisses allaient finir par s’imposer car ils avaient la loi du nombre en qualité avec Koblet, Kubler, Clerici, Schaer, Bobet étant accompagné par des équipiers a priori moins forts que les coureurs au maillot rouge avec la croix blanche. Problème pour les Suisses, à force de mener grand train dans les étapes de plaine, ils finirent par s’imposer des efforts aussi inutiles que pénalisants, et surtout firent le jeu de Louison Bobet en distançant tous les grimpeurs avant la montagne, les rendant peu dangereux au classement général. En plus Kubler, qui avait 33 ans, n’avait plus son punch d’antan, et surtout Koblet ne cessait de laisser quelques doutes sur un retour à son état de grâce des années 1950, 1951 ou du Giro 1953. Enfin, pour couronner le tout, ce même Koblet fut victime de nouveau d’une chute dans la descente de l’Aubisque, presque au même endroit que l’année précédente, dans la descente du Soulor. C’en était trop pour que les Suisses puissent battre Bobet, le nouveau maître du cyclisme sur route. Ce dernier, en effet, arriva à Luchon avec une avance de dix minutes sur Kubler et Schaer, Bauvin ( de l’équipe régionale du Nord-Est-Centre) s’emparant du maillot jaune porté par le Néerlandais Wagtmans.

Bauvin était un bon coureur, mais évidemment il n’avait pas la moindre chance d’inquiéter Louison Bobet. Il sera d’ailleurs proprement exécuté par l’équipe de France entre Albi et Millau, Bobet se chargeant de porter l’estocade dans l’Izoard (étape Grenoble-Briançon), un de ses deux cols de référence avec le Ventoux. Au total Bobet s’imposa avec 15mn49s sur Kubler, second, et 21mn46s sur Schaer, troisième. Les Suisses n’auront quand même pas tout perdu, puisqu’en plus d’être deux sur le podium, comme on dit aujourd’hui, ils gagneront le classement par équipes, sans oublier le maillot vert ramené à Paris par Kubler. Quant à Bauvin, il finira à la dixième place, ce qui était honorable. Il fera mieux en 1956, en terminant deuxième du Tour derrière Walkowiak, remportant aussi en 1958 le Tour de Romandie. Il deviendra un des piliers de l’équipe de France à l’époque des équipes nationales, et sera même décisif dans la victoire en 1957 de Jacques Anquetil.

Michel Escatafal


Parker et Diaw, ces merveilleux ambassadeurs du sport français!!!

parker et diawEn pleine Coupe du Monde de football il faut un certain courage pour parler d’autre chose que football, mais c’est cela l’avantage d’avoir un site puisqu’on peut y écrire ce que l’on veut. Je vais toutefois dire deux mots de cette Equipe de France de football qui réalise un début de Coupe du Monde ébouriffant. Pour les plus anciens, cela leur rappelle le début de la Coupe du Monde en Suède (1958) avec beaucoup de buts marqués sous l’impulsion du duo Kopa-Fontaine. Certes nous n’avons pas dans cette équipe un pareil duo, mais notre équipe nationale dispose d’un collectif comme elle en a rarement eu, au point que le sélectionneur suisse et ancien entraîneur du Bayern, Hitzfeld, estime que la France est « l’une des équipes qui peuvent aller très loin dans ce tournoi », les Français étant pour lui « supérieurs à des équipes comme l’Angleterre et l’Italie ».

Il aurait pu ajouter qu’en fait notre équipe a été supérieure à toutes les autres à ce jour, sauf peut-être l’Allemagne, ce que confirme David Trezeguet en affirmant que « la France a été l’équipe la plus forte » jusque-là. On notera au passage que Benzema aurait pu être l’incontestable héros de la soirée s’il avait converti le pénalty accordé par l’arbitre en première mi-temps, et si ce même arbitre avait validé son but inscrit à la dernière seconde du match. Cela me fait penser au but refusé à Cisowski en 1956 contre la grande Hongrie de Puskas, Kocsis et Csibor, l’arbitre ayant sifflé la fin du match au moment où le ballon allait franchir la ligne de but. Dommage au passage qu’il n’y ait pas eu la Goal-Line Technology, parce que certains témoins pensaient que le but était valable ! Voilà pour la partie football, à la fois très actuelle et historique.

Et pour bien montrer qu’il n’y a pas que le football, je vais aussi écrire quelques mots sur le vélo, la saison de cyclisme battant son plein à l’approche du Tour de France. Un Tour de France où cette année on pourrait peut-être avoir un scénario très différent de celui de l’an passé, tant Alberto Contador semble avoir retrouvé de sa superbe. Le Pistolero est de retour, et c’est tant mieux pour le spectacle ! Cela dit, outre cette confirmation, il y a quand même eu les problèmes d’allergie de Froome qui ont fait couler beaucoup d’encre, parce que ce problème de santé au Tour de Romandie (qu’il a gagné) a été réglé avec diligence grâce à une Autorisation à usage thérapeutique (AUT) délivrée avec l’aval de l’UCI, et par la suite de l’AMA, sans que les règles écrites par l’UCI aient été vraiment respectées. C’est du moins ce que j’ai cru lire un peu partout.

Et cela me gêne énormément, parce qu’un coureur comme Franck Bouyer a été interdit de course pendant plus de deux ans, faute d’obtenir une AUT pour traiter la narcolepsie dont il souffre, le traitement figurant sur la liste des produits interdits. Comprenne qui pourra ! Je pourrais dire la même chose du contrôle positif de Contador pendant le Tour de France 2010, où l’on avait découvert une quantité infime de clembutérol dans ses urines le second jour de repos, tellement infime que les coureurs ou sportifs assurant avoir mangé de la viande contaminée après cet incident ont été blanchis. Contador lui a été suspendu deux ans suite à la demande de l’UCI et de l’AMA, et privé (sur les tablettes de l’UCI) de ses victoires notamment au Giro 2011, malgré aucun contrôle positif dans l’épreuve, et au Tour de France 2010. Comprenne qui pourra, là aussi ! Cela étant, pour les aficionados du vélo, Contador a remporté sept grands tours dont les deux épreuves que l’UCI et l’AMA lui ont retirés, alors que Riis, par exemple, a conservé le bénéfice de sa victoire dans le Tour de France 1996…malgré ses aveux de dopage. Comprenne qui pourra !

Comprenne qui pourra aussi, que les médias et ceux qui disent aimer le sport de compétition dans notre pays ne considèrent pas Tony Parker comme le sportif français numéro un. Que faut-il de plus pour admettre que ce qu’a fait Tony Parker, depuis bientôt 15 ans, est tout simplement extraordinaire? Et en plus c’est un fanatique du maillot bleu frappé du coq, allant même jusqu’à payer pour jouer dans notre équipe nationale. Qui peut en dire autant à part deux ou trois basketteurs comme Nicolas Batum ou Boris Diaw, ce dernier étant le complice de TP depuis 1998 ? Ce n’est pas la peine de donner la réponse, tellement nous la connaissons, sauf évidemment pour des sports peu ou pas du tout médiatisés, donc pour des champions totalement inconnus. Au passage, j’en profite pour souligner le remarquable état d’esprit de nos basketteurs vedettes, parce que même s’ils gagnent beaucoup d’argent rien ne les oblige à porter le maillot de l’Equipe de France, surtout au sortir d’une saison harassante dans un des championnats les plus importants du monde, tous sports collectifs confondus, plus particulièrement si leur franchise NBA est allée loin dans la course aux playoffs.

Tout cela pour dire que j’ai regardé les finales NBA, et que je me suis régalé, même si je ne connais pas ce sport sur le plan technique. J’ai notamment regardé les tous derniers matches sur beIN Sport en différé, parce que Parker et Diaw figuraient dans l’équipe, qui plus est en étant titulaires. A ce propos j’en profite pour écrire que, parmi la douzaine de Français en NBA, il y en a quatre ( Parker, Diaw, Noah, Batum) qui ont un temps de jeu important et sont de vrais stars, et un cinquième, Fournier, qui commence à se faire une place de choix dans son équipe (Nuggets de Dever). Pas mal pour un sport qui, en France, fait figure de parent pauvre dans les médias ! En tout cas, quelle magnifique Equipe de France si ces joueurs décident de jouer le prochain championnat d’Europe, peut-être en France, et ensuite les Jeux Olympiques à Rio de Janeiro ! Cependant il faut déjà savoir si Noah consentira à porter de nouveau le maillot bleu, comme en 2011, ce qui n’est pas sûr du tout, le fils de Yannick étant loin de faire de l’Equipe de France une priorité. Comme disent certains : « Plus américain que lui, tu meurs » ! Heureusement que les quatre autres ne sont pas comme lui, Parker, Diaw et Batum ayant été de toutes les dernières batailles de notre équipe nationale, laquelle, rappelons-le, sera en lice pour une médaille à Rio en 2016, au complet ou pas. Après tout elle a bien remporté le titre européen sans Noah, et Fournier cette année a semble-t-il franchi un cap avec les Nuggets en ayant marqué à deux reprises plus de 25 points…ce qui ne nous empêche pas de souhaiter que Joakim Noah participe aux Jeux Olympiques dans deux ans.

Cette projection sur l’avenir me permet de faire la transition avec ce que je voulais écrire à propos de Parker et Diaw. D’abord si, comme c’est vraisemblable, la France se qualifie pour les J.O. de 2016, elle sera très forte, je le répète, avec une motivation encore exacerbée de la part de Tony Parker et Boris Diaw, pour qui ce sera sans doute la fin de leur carrière internationale. Ensuite Batum et Fournier auront deux ans de plus et donc plus d’expérience. Donc on peut imaginer, sans trop rêver, que la France 2016 égale au moins celle de 2000 avec ses Rigaudeau, Sciarra, Sonko, Foirest, Bilba, Weis ou Julian. Notre équipe, en effet, surtout avec Noah, sera meilleure sur le papier que celle de 2000, alors que rien ne dit que les Américains de 2016 seront aussi forts que ceux de 2000. N’oublions pas qu’à un peu plus de 4 minutes de la fin de la finale des J.O. en 2000, les Français n’étaient menés que de 4 points, avant de s’incliner finalement de 10 points (85-75) ! N’oublions pas aussi que les Argentins, avec Ginobili (coéquipier aux Spurs de San Antonio de Parker et Diaw), ont été champions olympiques, les Américains terminant troisièmes après avoir été battus en demi-finale par les Argentins (89-81). N’oublions pas non plus que les Espagnols, en 2012 aux J.O. de Londres, ont fait mieux que résister (100-107) aux cracks américains que sont LeBron James, Kobe Bryant, Carmelo Anthony, Chris Paul ou Kevin Durant, après avoir perdu de 11 points en 2008. Bref, l’armada française à Rio sera très forte et qui sait ?

Justement, si Parker et Diaw pouvaient être médaillés d’or aux J.O., ou au minimum médaillés, quel extraordinaire parcours pour les deux complices de l’INSEP en 1998! Eux qui ont été ensemble champions d’Europe junior en 2000, puis médaillés de bronze aux championnat d’Europe en 2005, puis médaillés d’argent à ces mêmes championnats d’Europe en 2011 et enfin champions d’Europe en 2013. A cela s’ajoutent pour Parker quatre bagues de champion NBA (2003-2005-2007-2014) et une bague pour Diaw cette année avec les Spurs de San Antonio. Fantastique carrière pour l’un, devenu huitième passeur de l’histoire des playoffs NBA devant M. Jordan et douzième scoreur devant Magic Johnson et Pippen, et magnifique pour l’autre. Et ce n’est pas fini, car ils n’ont que 32 ans ! A ce propos, je suis très heureux que Parker fasse l’impasse cette année pour le championnat du monde, car son corps a grand besoin de repos, à force d’aligner les doubles saisons NBA et Equipe de France, surtout en jouant minimum 25 à 30 mn à chaque match en NBA et un peu plus en Equipe de France. Comment a-t-il pu tenir autant de saisons avec un tel régime de stakhanoviste ! Qu’il se repose cette année, en attendant les deux grosses échéances qui l’attendent en 2015 et 2016.

En évoquant les J.O. de 2016, j’espère que ce sera lui le porte-drapeau de la délégation française, et qu’on lui offrira cet ultime témoignage de reconnaissance, témoignage qu’on lui a refusé injustement en 2012. Quel autre star de notre pays passe sa vie à crier sa fierté d’être français, capable de faire des heures d’avion pour aller encourager ses copains de l’Equipe de France, comme il a annoncé qu’il le ferait au mois de septembre prochain lors de la Coupe du Monde en Espagne ? Certes en écrivant ces lignes je sais bien que je suis à contre-courant de tout ce qui s’écrit en ce moment sur le sport, puisqu’il n’y a que le football qui compte dans notre pays, mais je trouve injuste qu’on ne parle pas suffisamment des exploits de nos basketteurs, comme j’avais trouvé injuste que personne ou presque ne s’intéresse à la victoire d’Amélie Mauresmo à Wimbledon en 2006…en pleine Coupe du Monde de football, où la France fut finaliste contre l’Italie, Zidane terminant sa carrière sur un coup de tête aussi inutile que dévastateur pour l’équipe dont il était le capitaine et la figure emblématique. Ah ce « coup de boule » ! Combien de fois l’a-t-on passé et repassé sur les chaînes de télévision ? Triste constat des aberrations de notre système médiatique ! J’arrête là mon propos, car certains de mes lecteurs vont trouver que l’âge me rend aigri, ce qui n’est pas vrai. Cela dit, personne ne m’empêchera d’affirmer que Tony Parker et Boris Diaw sont les deux sportifs français qui méritent le plus d’être cités en exemple aux yeux de la jeunesse de notre pays, pour l’ensemble de l’œuvre qu’ils accomplissent depuis 2002. Et en plus, ils ont trouvé un successeur en la personne de Nicolas Batum !

Michel Escatafal


Contador–Froome comme Hinault-Fignon en 1984 ?

Froome contadorS’il y a bien un sport, au même titre d’ailleurs que la Formule1, qui se nourrit  de grandes rivalités, c’est bien le cyclisme. Et cette année il semble que le vélo retrouve tous les ingrédients d’une lutte extraordinaire entre deux champions que tout semble opposer, à l’exception de capacités exceptionnelles sur la route. Cette rivalité aurait pu et dû exister depuis 2012, mais l’UCI a infligé à Contador en 2010 une peine à la fois terrible et injuste, comme seul le vélo sait en administrer à ses coureurs. Pas la peine de rappeler que Contador est tombé pour quelques traces infimes de clembutérol…qui n’auraient pas été détectées si le contrôle avait été fait à Chatenay-Malabry. Et oui, cela personne ne le dit, mais cette affaire qui  a causé de gros dégâts à l’image du cyclisme, a touché aussi encore plus profondément le Pistolero, au point que l’on rappelle sans cesse au crack espagnol cet épisode. Même l’épouse de Froome y est allée de son couplet sur cette affaire, parlant à propos de Contador "d’un ancien dopé", ce qui d’ailleurs n’est pas la meilleure chose qu’elle ait pu écrire, tellement son mari est suspecté par un nombre considérable de gens connaissant ou pas le vélo sur route. Il faut dire que même un directeur sportif comme Martinelli (Astana) trouve que les attaques du coureur britannique sont « monstrueuses » voire « surnaturelles ».

On lui laisse la paternité du choix de ses mots, mais une chose est sûre, et je le répète : Froome est un coureur à part, et cela pour plusieurs raisons. La première vient du fait qu’il n’a rien fait dans sa carrière jusqu’en septembre 2011 (à l’âge de 26 ans et demi), où il aurait dû remporter la Vuelta s’il ne s’était pas mis au service de Wiggins. Tous les grands champions du vélo ont éclaté avant 25 ans, ce qui me fait dire au passage que Quintana a tout pour devenir un très grand champion. Ensuite Froome a un gabarit très particulier, notamment une maigreur extrême, qui ne l’empêche nullement d’être aussi puissant que Cancellara ou Martin les deux références du contre-la-montre de ces dernières années. Son style enfin, qui ne correspond à aucun des canons habituels du vélo, avec notamment cette fréquence de pédalage hallucinante qu’il est capable de développer sur de très longues distances en montagne. Et c’est cela qui semble le plus impressionner les connaisseurs du cyclisme, au point qu’on se demande comment Contador a pu résister aux attaques de Froome dans la montée du col de Béal, alors que Contador est peut-être enfin redevenu Contador. Un Contador qui, en 2009 ou 2010 ou même en 2011 au Giro, aurait laissé Froome à plus de cinq minutes dans la montée de l’Alpe d’Huez ou dans celle de l’Etna.

Cette évocation de faits très récents me fait une transition toute trouvée pour ce dont je voulais parler aujourd’hui, à savoir le grand duel entre Froome et Contador, sans doute le premier que l’on ait connu à ce niveau depuis 1984, entre Fignon et Hinault. Comme en 1984, il y a un coureur installé depuis longtemps au firmament du vélo. Pour mémoire Hinault avait à ce moment 30 ans, et avait dû supporter les affres d’une saison 1983 tronquée, suite à une opération au genou après une Vuelta où il avait tellement usé de ses forces que sa saison s’arrêta là. En ce sens Contador a été l’an passé dans la même situation, à cause de sa suspension entre fin 2011 et 2012. En revanche, en cette année 1984, Laurent Fignon avait 24 ans, et avait derrière lui au moment du Tour de France, une victoire dans le Tour 1983 et une deuxième place au Giro d’Italia…qu’il aurait dû remporter. On notera à ce propos que Laurent Fignon fait bien partie des plus grands cracks du cyclisme sur route et que, contrairement à Froome et d’une certaine manière à Armstrong pour les courses à étapes, il s’est révélé très tôt. Fermons la parenthèse, et revenons au duel entre les deux hommes en 1984, en sachant que tout le monde pensait, comme nous le pensons aujourd’hui avec Froome et Contador, que la victoire reviendrait au plus jeune des deux.

En ce qui concerne le match entre Froome et Contador, j’ai la crainte, hélas, car je préfère de très loin  Contador, que Froome ne soit imbattable. Certes Contador peut le suivre dans les cols, même si ce n’est pas si évident, mais de là à le battre il y a un pas que je ne franchirais pas. Et ce n’est pas la montée de Béal lundi dernier dans le Dauphiné qui nous dira le contraire, parce que si Contador a pu suivre Froome, il lui était impossible de contrer le coureur britannique. Dans ce cas, à supposer que les deux hommes fassent jeu égal dans la montagne lors du prochain Tour de France, ce sont les pavés de Roubaix et le contre-la-montre de Bergerac qui feront la différence. Quel est le meilleur sur les pavés ? Difficile à dire, les deux hommes n’ayant quasiment aucune référence sur ce type de route, mais les coureurs de classe savent s’adapter. Espérons que ce ne soit pas la malchance qui les départage, car ce serait dommage. Reste le contre-la-montre de Bergerac, et là, clairement, c’est Froome le meilleur, même si Contador demeure un très bon rouleur. Dans ce cas, impossible d’imaginer une victoire de Contador sauf si Froome n’est pas très bien en troisième semaine, alors que Contador est généralement bon à ce moment du Tour. A ce propos, je suis stupéfait qu’on ait pu imaginer que Contador ait pu se doper avec du clembutérol pendant le Tour 2010, alors que justement il n’a jamais été aussi décevant en dernière semaine de la Grande Boucle. Je ne sais pas ce qu’il a pris ou mangé lors de la journée de repos à Pau, mais cela n’a eu aucun effet sur ses performances, au contraire dirais-je.

Revenons à présent sur son duel avec Froome dans le prochain Tour de France pour souligner qu’en plus de la difficulté à vaincre le Britannique, y compris en montagne, Froome peut compter sur une équipe Sky surpuissante, meilleure que toutes les autres, notamment Saxo-Tinkoff ou Astana. On a pu s’en apercevoir cet après-midi encore, quand Porte et Nieve se sont relayés pour rattraper Contador qui s’était échappé à la faveur d’une descente. Cela étant, il avait quand même bien piégé Froome, et cela a dû lui donner le moral. En outre, il a prouvé qu’il était prêt à exploiter la plus petite faiblesse du Britannique. Après tout, arrivera bien un jour, s’il est vraiment humain comme il ne cesse de le crier, où il ne sera pas bien, et dans ce cas ses adversaires, à commencer par Contador, ne lui feront aucun cadeau.

Pas plus qu’Hinault n’en aurait fait à Fignon en 1984, si d’aventure ce dernier avait eu une petite défaillance…qu’il n’a jamais eu. Dans ce cas la défaite du Blaireau était inévitable. Et pourtant comme l’a fait Contador aujourd’hui sur le Dauphiné, Hinault a attaqué plusieurs fois avant de finalement s’avouer vaincu. Hinault était constamment tourné vers l’offensive, plus encore quand il a compris qu’il n’était plus tout à fait le Bernard Hinault du Stelvio 1980, de Liège-Bastogne-Liège ou du championnat du monde à Sallanches la même année. Mais il ne voulait pas se l’avouer, et quitte à perdre il fallait le faire en attaquant. Ainsi il perdit un Dauphiné bêtement en 1984, après son opération, au profit du Colombien Martin Ramirez, pour avoir voulu pousser son avantage, alors qu’il avait course gagnée. Comme au Tour 1986, qu’il aurait gagné s’il avait géré son avance face à Le Mond son équipier, au lieu de se laisser griser dans le Tourmalet pour le panache. En revanche en 1984, dans le Tour de France, il sentit pour la première fois de sa carrière qu’il avait en face de lui quelqu’un de plus fort, ce qui l’incita à attaquer à maintes reprises, parce que « quand on s’appelle Hinault, on ne prend pas le départ d’une telle course (le Tour de France), la plus belle de toutes,  avec l’ambition de faire deuxième ». Et malgré tous ses efforts il termina à la deuxième place, ce qui était pour lui un échec, même si une deuxième place après son opération avait plutôt de quoi le réjouir d’une performance qui annonçait son grand retour, pour la fin de la saison (victoires au Tour de Lombardie et au Grand Prix des Nations) et l’année suivante avec son doublé Giro-Tour.

Cette attitude d’Hinault en 1984, je suis persuadé que Contador l’aura dans le prochain Tour de France, car Contador est redevenu Contador, alors que l’an passé tout le monde l’enterrait. En fait, comme je l’ai écrit précédemment, cette misérable affaire de clembutérol l’avait anéanti, et tout le temps passé à se défendre et à se battre contre ses détracteurs, l’UCI et l’AMA, l’avait inconsciemment contraint à être moins coureur cycliste. Aujourd’hui, après un hiver calme, le Pistolero est de retour. Ce retour sera-t-il victorieux face à Froome?  Peut-être pas, sans doute pas, mais avec un tel assaillant il ne faut jurer de rien. Bernard Hinault lui-même avait reconnu qu’en 1982, une de ses meilleures années, « si certains avaient osé attaquer » il n’aurait peut-être pas ramené le maillot jaune à Paris, ses adversaires ayant eu peur « des contres », ce en quoi « ils ont eu tort ». Alors pourquoi pas une bonne surprise avec Alberto Contador, même si c’est du 20 ou 30 contre un. Je serais tellement content qu’il remporte son quatrième Tour de France ! Oui j’ai bien écrit son quatrième Tour de France, son huitième grand tour, n’en déplaise à l’UCI et ses palmarès ridicules (pas de vainqueur du Tour entre 1999 et 2005, ni au Dauphiné 2002 et 2003).

Michel Escatafal


Avec Quintana, Uran et Betancur, l’Eldorado retrouve ses racines colombiennes

herreraquintanaAprès la victoire du Canadien Ryder Hesjedal il y a deux ans, cette année le Tour d’Italie a été remporté par un Colombien, Nairo Quintana, devant un de ses compatriotes Rigoberto Uran, ce qui tend à démontrer, si besoin en était, que le cyclisme est désormais un sport planétaire, ce qui fut loin d’être le cas auparavant. On pourrait aussi ajouter la victoire dans les deux derniers Tours de France des Britanniques Wiggins et Froome, ce qui n’était jamais arrivé jusqu’en 2012. Et cette domination britannique dans la Grande Boucle pourrait se poursuivre encore cette année, Froome étant le grand favori de la prochaine édition, même s’il semble avoir moins de marge cette année avec le retour au sommet de Contador. Quel changement par rapport à ce qui se passait dans le monde du vélo jusqu’au début des années 80.

En effet, jusqu’à cette époque, les palmarès du cyclisme étaient composés uniquement de coureurs issus de quelques pays d’Europe Occidentale, à savoir la France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, puis les Pays-Bas, la Suisse, le Luxembourg, et un peu plus tard l’Allemagne. Il faut dire que jusqu’à ce moment le monde était divisé en deux parties bien distinctes, l’Est sous domination soviétique et l’Ouest sous domination américaine et européenne (Europe occidentale). Et entre ces deux parties, il y avait dans le sport et le cyclisme une différence majeure : l’une (l’Occident) avait adopté depuis très longtemps le professionnalisme pour ses grands sports, et l’autre (pays sous influence soviétique) avait maintenu un strict amateurisme…de façade, puisque ces sportifs appartenaient pour la plupart à l’armée ou à un service de l’Etat, et qu’à ce titre ils passaient leur temps à s’entraîner, avec de multiples avantages pour les meilleurs d’entre eux (appartement, voiture, voyages etc.).

Cela dit, sur le plan des compétitions, les amateurs n’avaient pas le droit de rencontrer les professionnels jusque dans les années 70. C’est ce qui explique qu’on n’ait eu au palmarès des grandes épreuves du cyclisme que des représentants des pays d’Europe de l’Ouest. D’ailleurs à l’âge d’or du cyclisme (fin des années 40 et décennie 50), les langues du peloton étaient essentiellement l’italien et le français. Coppi, pour ne citer que lui, savait très bien parler français. En outre, compte tenu du fait que les coureurs couraient pour la plupart dans des équipes de marques françaises ou italiennes, ils apprenaient nécessairement la langue d’un de ces deux pays. Tout cela pour dire que même si on parle d’âge d’or pour le cyclisme dans l’immédiate après-guerre, parce qu’il y avait plusieurs très grands champions qui se sont affrontés en même temps (Bartali, Coppi, Bobet, Koblet, Kubler, Magni, Van Steenbergen, De Bruyne…), il manquait quand même au cyclisme sur route une dimension universelle qu’il n’a acquis qu’à partir des années 80, avec l’avènement des coureurs du continent américain et après la chute du communisme. Je dis au cyclisme sur route, parce que sur piste il y avait davantage d’universalité, même si cela ne concernait que quelques coureurs, par exemple les Britanniques Harris et Peacock, l’Australien Patterson ou l’Argentin Batiz.

Cette mondialisation du cyclisme fut en fait très rapide, comme s’il avait suffi d’enclencher le mouvement pour que ce sport s’universalise à grande vitesse. D’abord il y a eu l’impact de la télévision qui a permis au Tour de France de s’imposer comme un des plus grands évènements sportifs chaque année. En termes d’audience, sur le plan mondial, le Tour se situe juste derrière les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football…à la différence que le Tour de France a lieu chaque année en juillet et non tous les quatre ans. Même s’il n’a pas la même audience, le Giro est aussi retransmis par nombre de grandes chaînes dans le monde, et c’est à présent aussi le cas pour la Vuelta, à un degré encore inférieur. Ensuite, comme je l’ai dit précédemment, il y a eu la chute de l’Union Soviétique, qui a permis à la Russie et aux pays qui étaient sous influence soviétique d’adopter la démarche du sport professionnel, et donc d’exporter ses champions sur les épreuves emblématiques du cyclisme, évolution déjà amorcée dans les années 70 et 80.

Dès les années 70, très exactement en 1973 lors du Tour du Luxembourg, puis en 1974 à Paris-Nice, quelques amateurs des pays de l’Est sont venus se frotter aux meilleurs professionnels. Et ceux qui s’intéressaient au vélo à l’époque se rappellent comment en 1974 le Polonais Szurkowski, champion du monde amateur, tint tête à Eddy Merckx lui-même, notamment dans l’étape Toulon-Draguignan, où il termina devant le crack belge. On se souvient aussi que dans la quatrième étape (Saint-Etienne-Orange), il termina troisième au sprint derrière les très rapides Leman et Van Linden. Dans l’étape Seillans-Nice, il fit encore mieux, battu au sprint par le seul Van Linden, Merckx arrivant cinquième. Au classement général enlevé par Zoetemelk devant Santy et Merckx, il termina à une honorable vingt-huitième place à 13 mn 18s, un rang derrière son équipier Janusz Kowalski, les deux Polonais devançant des coureurs aussi connus que Raymond Delisle, Gerben Karstens ou J.M. Fuente.

Certes on me dira que les Polonais s’étaient particulièrement préparés pour cette épreuve, qui marquait en revanche le tout début de saison pour les pros, mais force fut de constater que les meilleurs amateurs avaient le potentiel pour rivaliser avec les meilleurs professionnels occidentaux. Certains allèrent même jusqu’à prétendre qu’il faudrait peu de temps pour que les meilleurs amateurs soient les meilleurs tout court. En réalité ceux-là faisaient preuve d’un optimisme exagéré, car ce ne fut pas le cas, même si le Tchécoslovaque Jiri Skoda, qui avait été autorisé à quitter son pays pour rejoindre les rangs professionnels, obtint la deuxième place au Tour de l’Avenir derrière Charly Mottet en 1984, et se classa à plusieurs reprises à des places honorables au Grand Prix des Nations. Même si le Soviétique Soukoroutchenko remporta deux Tours de l’Avenir, en 1978 et 1979, devant les meilleurs amateurs occidentaux. Même si l’Allemand de l’Est Olaw Ludwig, longtemps le meilleur coureur amateur, vainqueur du Tour de l’Avenir 1983, fera plus tard une belle carrière professionnelle (vainqueur notamment de l’Amstel). Même si le Polonais Lech Piasecki, champion du monde amateur en 1985, devint un des meilleurs rouleurs du peloton (remportant aussi le titre mondial en poursuite chez les professionnels).

Oui, malgré tout cela, et en dépit d’un mode de détection très poussé qui favorisait l’éclosion des meilleurs coureurs, aucun coureur originaire de l’Est européen, autrefois communiste, ne figure parmi les plus grands champions de l’histoire à part Ullrich. Toutefois, quand on regarde les palmarès des grands tours depuis cette époque, on s’aperçoit que les Russes ont gagné trois fois le Giro ( Berzin en 1994, Tonkov en 1996 et Menchov en 2009), et une fois la Vuelta ( Menchov encore en 2007), sans oublier la victoire du Kazhak Vinokourov dans cette même Vuelta en 2006.  La remarque vaut aussi pour les classiques avec notamment Eric Zabel, autre natif de l’Allemagne de l’Est, vainqueur de quatre Milan-San Remo, trois Paris-Tours et de l’Amstel Gold Race,  Des performances de loin supérieures à celles de…la France dont la dernière victoire dans le Tour remonte à 1985 (Hinault), dans le Giro à 1989 (Fignon) et à la Vuelta en 1995 (Jalabert).

Un peu plus tôt, ce furent les Colombiens qui débarquèrent sur le Tour de France. Les Colombiens, habitués aux longues montées dans leur pays montagneux ne pouvaient qu’être d’excellents grimpeurs, mais certains n’étaient pas que cela. Ainsi Cochise Rodriguez battit le record de l’heure amateur en 1970 avec 47,553 kilomètres. Rodriguez signa son premier contrat pro en 1973 dans l’équipe Bianchi, célèbre pour avoir eu dans ses rangs un certain Fausto Coppi. Contrairement à ce que beaucoup s’imaginent la Colombie a toujours été un pays de cyclisme, tant au niveau du cyclisme sur route (les célèbres Clasicas) que sur piste, où de nombreuses réunions ont été et sont organisées à Bogota, Cali ou Medellin. La Colombie se passionnait depuis longtemps pour les courses européennes, grâce aux journaux sportifs du pays et aux chaînes de radio, au point qu’en 1983 on prétendit que la quasi totalité de la population détenant un transistor était à l’écoute de la retransmission d’une étape de montagne dans les Pyrénées, un des terrains de chasse favoris des Colombiens. Et l’année suivante la ferveur sera encore plus grande avec l’arrivée sur le Tour de l’inamovible vainqueur du Clasico RCN, la plus grande épreuve par étapes de Colombie, Lucho Herrera, le meilleur coureur colombien de l’histoire jusqu’en 2014, et le premier amateur à  remporter une étape du Tour de France.

Herrera, né à Fusagasuga, ville située à 1600m d’altitude, avait passé sa jeunesse entre la culture des fleurs (on l’appelait le « petit jardinier ») et le vélo, sport pour lequel il était éminemment doué. La preuve, en 1982, pour sa première apparition en Europe, il finira le Tour de l’Avenir à la quatrième place, remportant l’étape de Morzine. Ensuite il s’illustrera dans cette même épreuve en 1984, avec son équipe colombienne Café de Colombie-Varta, s’imposant dans l’étape de l’Alpe d’Huez. Un grand grimpeur était né, digne des meilleurs escaladeurs du passé. Il remportera même le Tour d’Espagne, en 1987, puis le Dauphiné Libéré en 1988 et 1991, A ces performances il faut ajouter une cinquième place dans le Tour de France en 1987.

Bref un très beau palmarès, qui complétait celui des Colombiens à cette époque, avec notamment la victoire dans le Dauphiné en 1984 de Martin Ramirez devant….Hinault. Et puis tout le monde se souvient du doublé historique à Lans-en-Vercors pour Parra et Herrera dans le Tour de France 1985. Fabio Parra finira deuxième du Tour d’Espagne en 1989, derrière Delgado, et troisième du Tour de France en 1988. Hélas pour les Colombiens, ils ont longtemps végété depuis cette époque, avec la disparition de l’équipe Café de Colombia, mais aujourd’hui une génération extrêmement brillante avec l’avènement de Rigoberto Uran (deux fois second du Giro en 2013 et 2014), de Carlos Betancur (dernier vainqueur de Paris-Nice) et surtout de Nairo Quintana qui, à 24 ans, vient de gagner son premier grand tour avec le Giro qui vient de s’achever, cet exploit faisant suite à sa seconde place lors du dernier Tour de France, ce qui laisse présager sa domination quand Contador et Froome auront deux ou trois ans de plus.

En revanche les Américains n’ont pas cessé d’être des acteurs majeurs du cyclisme international depuis une trentaine d’années, au point que dans le peloton la langue la plus utilisée est l’anglais. L’aventure commença avec Jonathan Boyer, qui fit réellement connaître le cyclisme sur route professionnel aux Etats-Unis, et qui montra la voie à ses prestigieux successeurs, Greg Le Mond, double champion du monde (1983 et 1989) et triple vainqueur du Tour (1986 ,1989, 1990), puis Andy Hampsten, vainqueur du Giro en 1988 et du Tour de Suisse en 1986 et 1987, et enfin Lance Armstrong, champion du monde en 1993 et septuple vainqueur du Tour de France (1999 à 2005), un record qui n’est pas prêt d’être battu. Ces trois coureurs sont évidemment les meilleurs, mais, contrairement aux Colombiens, les Américains vont devenir des acteurs incontournables du paysage cycliste sur route.

Aujourd’hui les coureurs américains sont partout, et figurent parmi les meilleurs coureurs de classiques (Tyler Farrar), de courses à étapes (Van Garderen) et contre-la-montre avec Taylor Phynney. Ce dernier, surdoué de la piste (double champion du monde de poursuite en 2009 et 2010 et médaillé d’argent du km), est devenu un grand espoir de la route (médaillé d’argent du championnat du monde c.l.m.), et ne manquera pas de collectionner les victoires dans les années à venir. Et si l’on ajoute à ces Américains des Etats-Unis, les voisins canadiens, comme Steve Bauer à la fin des années 80 et à présent Ryder Hesjedal, on comprend pourquoi le vélo est devenu un sport dont on parle à présent en Amérique du Nord, même si tous ces coureurs, sauf Le Mond et Armstrong, sont plus connus en Europe qu’en Amérique. En tout cas, que de progrès accomplis par l’Amérique du Nord depuis le voyage de Cyrille Guimard avec Bernard Hinault pendant l’hiver 1980-81, chez Greg Le Mond au Nevada, celui-ci signant son premier contrat pro en présence de ses parents alors qu’il n’avait pas 20 ans.

Reste maintenant pour le vélo à s’exporter en Asie et en Afrique, et la boucle sera bouclée, puisqu’il y a longtemps qu’il s’est imposé en Australie et en Nouvelle-Zélande. L’Australie nous a même envoyé des coureurs comme Cadel Evans, champion du monde (2009) et vainqueur du Tour de France (2011), mais aussi Matthew Goss et Simon Gerrans, vainqueurs de Milan-San Remo et Liège-Bastogne-Liège cette année pour Gerrans, ces coureurs ayant été les successeurs notamment de Phil Anderson, qui fut en 1981, le premier Australien à porter le maillot jaune du Tour de France, et qui a notamment remporté le Dauphiné Libéré et le Tour de Suisse en 1985, plus l’Amstel en 1983 et Créteil Chaville (Paris-Tours) en 1986. Espérons qu’en Asie, avec la récente création d’épreuves World Tour, les Chinois connaîtront le même succès qu’en athlétisme, même si cela n’a pas été le cas pour le moment, pas plus qu’au Japon ou en Afrique. Il n’empêche, personne n’oserait dire aujourd’hui que le vainqueur du Tour ou du Giro en 2025 ne sera pas un Japonais, un Chinois ou un Sénégalais. Qui aurait parié sur une victoire américaine dans le Tour de France en 1981 quand Boyer devint le premier Américain à prendre le départ de la Grande Boucle ? Personne, et pourtant depuis 1986 l’hymne américain a retenti dix fois sur les Champs-Elysées, contrairement à la Marseillaise qu’on n’a plus entendu depuis 1985, comme je l’ai souligné précédemment.

Michel Escatafal


Jonny Wilkinson au Panthéon du rugby et des numéros 10

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Avant de parler de ces monstres sacrés que furent Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp et Barry John, prédécesseurs de Jonny Wilkinson au Panthéon des demis d’ouverture, revenons d’abord en quelques lignes sur la finale du Top 14, samedi soir, qui a permis au RC Toulon de réaliser un fantastique doublé, premier club français à réaliser cet exploit avec des équipes anglaises participant à la compétition. Au passage, on observera que les Toulonnais ont fait beaucoup mieux que l’autre finaliste de la Coupe d’Europe, les Saracens, ceux-ci ayant été battus par Northampton après prolongations, à l’issue d’une finale extrêmement disputée (24-20). Fermons la parenthèse pour noter que Jonny Wilkinson aura eu la fin de carrière qu’il méritait, en soulevant avec ses copains toulonnais le fameux Bouclier de Brennus, au terme d’un match où il aura réussi à titre personnel un sans-faute, tant au pied (15 points) qu’à la main. Que rêver de plus pour l’artiste anglais, symbole d’une équipe cosmopolite, où brillent de mille feux les internationaux français, anglais, italiens, argentins, sud-africains, australiens et néo-zélandais (en tout une demi-douzaine de champions du monde) ?

A ce propos j’en profite pour dire que ce qu’a construit Mourad Boudjellal depuis son arrivée au club il y a moins de dix ans est tout à fait admirable, ce qui donne à notre Top 14 une visibilité que les gens de la Fédération sont bien incapbles d’offrir à notre rugby. En écrivant cela je pense aussi à ceux qui ont un siècle de retard, et qui discutent sur le fait de savoir si le RC Toulon est encore une équipe française, un peu comme en football le Paris Saint-Germain. Quel débat ridicule, comme celui à propos des soi-disant « valeurs » qui s’attachent à des clubs qui ont dans leur effectif nombre de grands joueurs internationaux…appelés mercenaires par ces censeurs de pacotille. En tout cas, quand on a vu la rage de vaincre d’un Umaga, d’un Gregan, d’un Mehrtens, d’un Oliver ou d’un SB Williams, et de nos jours d’un Wilkinson, d’un Hayman, d’un Botha, d’un Ali Williams, d’un Giteau ou des frères Armitage, on se dit que le rugby français a bien de la chance d’avoir un président de club qui a su trouver les ressources pour faire venir des joueurs de ce calibre, suffisamment motivés pour remonter de Pro D2 en Top 14, et ensuite remporter des titres.

On comprend aisément la fierté de ce président de club atypique, quand il racontait après la remise du Bouclier de Brennus : « En deux ans, on a gagné trois titres, soit autant que le club en 100 ans. C’est magnifique pour la ville et magnifique pour le club ».Bravo aussi à Bernard Laporte, tellement décrié quand il était sélectionneur du XV de France, malgré des résultats à faire pâlir d’envie ses successeurs (Lièvremont et Saint-André), et qui a su fédérer, avec ses adjoints (Mignoni et Delmas) toutes ces stars et en faire une équipe très soudée, comme l’a si bien noté Alexandre Menini, joker médical (pilier gauche) qui était totalement inconnu il y a trois mois, et qui se retrouve aujourd’hui champion d’Europe, champion de France et sélectionné dans le XV de France… à 30 ans. Mieux qu’Alfred Roques au même âge ! Reste quand même à égaler l’extraordinaire pilier cadurcien des années 1950 et 1960.

Et maintenant, après avoir souligné encore une fois la classe sur et hors du terrain de Jonny Wilkinson, son humilité, sa retenue dans le succès comme dans la défaite, l’admiration qu’il suscite chez ses partenaires…et ses adversaires, comme en témoigne l’attitude des joueurs castrais après la finale, tellement dignes dans la défaite en participant à leur manière à l’hommage rendu à Wilkinson, je vais à présent évoquer les monstres sacrés auquel je compare le merveilleux ouvreur anglais. Des monstres sacrés qui ont marqué à leur manière leur époque, celle-ci étant évidemment très différente de celle d’aujourd’hui, faute d’avoir eu la chance de connaître le professionnalisme, ce qui a parfois privé très tôt le rugby de leur immense talent, leur carrière s’arrêtant alors qu’ils étaient encore très jeunes, sauf pour Jack Kyle.

En parlant de cet ouvreur irlandais, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer la figure de Jack Kyle, dont certains disaient à son époque qu’il était peut-être le meilleur joueur irlandais de l’histoire, grande vedette (on ne disait pas star chez nous à ce moment) de l’équipe d’Irlande qui remporta le grand chelem en 1948. C’était un ancien élève d’un lycée protestant, opérant au North of Ireland F.C., avant de devenir plus tard le docteur Kyle.  Il savait tout faire avec un ballon de rugby dans les mains, y compris buter  s’il le fallait. Si je dis cela c’est parce qu’il ne fut jamais le buteur attitré de l’équipe d’Irlande pendant les onze années que dura sa carrière internationale, entre 1947 et 1958. Celle-ci démarra dans le Tournoi contre l’équipe de France, qu’il avait affrontée l’année précédente à une époque où notre équipe n’avait pas encore réintégré le concert international, suite à sa rupture avec les Britanniques en 1931, ces derniers accusant le championnat de France d’être trop violent et de faits de professionnalisme. Jack Kyle, aux dires de Jean Prat qui l’avait bien connu, était à la fois un remarquable meneur de jeu, sachant surtout créer des occasions pour ses partenaires, et un joueur au pied de grand talent. Il fut un des premiers à utiliser avec efficacité les chandelles pour mettre le feu dans les défenses adverses, chose aujourd’hui banale dans le rugby professionnel, mais Kyle fut une sorte de précurseur à son époque. C’était aussi un excellent défenseur, ce qui prouve qu’il était un ouvreur très complet.

Autre remarquable demi d’ouverture dans les années 50, le Gallois Cliff Morgan. Il entra dans l’équipe du Pays de Galles un peu plus tard, très exactement en 1951 dans un match du Tournoi…contre l’Irlande de Jack Kyle.  Très vite Morgan s’imposa comme un très grand demi d’ouverture, dans un style différent de celui de Kyle. Ses crochets étaient déroutants, et il en usait tellement que parfois il en abusait. En fait son seul défaut était de vouloir trop en faire. Il n’empêche,  dans ses grands jours l’ouvreur gallois était diabolique. Les Français s’en aperçurent à plusieurs reprises, plus particulièrement en 1957, dans un match où nos tricolores furent héroïques mais où ils durent s’incliner contre des Gallois supérieurement emmenés par un Cliff Morgan superbe. Il arrêtera sa carrière très tôt, à l’âge de 28 ans (en 1958), alors que son talent était intact. En tout cas ces deux joueurs ont largement dominé la décennie 1950 à leur poste. La preuve, on parle encore d’eux à l’occasion. En fait le seul concurrent qu’ils auraient pu avoir à cette époque…jouait au centre la quasi totalité du temps, n’opérant à l’ouverture qu’à l’occasion : il s’appelait Roger Martine. Il suffit de lire le compte rendu du match opposant la France à l’Irlande en 1955, pour en être convaincu. Ce jour-là en effet, Roger Martine soutint largement la comparaison avec Jack Kyle, du moins jusqu’à sa blessure à l’épaule au début de la deuxième mi-temps…qui allait sans doute coûter à la France le grand chelem dans son match contre Galles, Martine ayant joué le match contre les Gallois en étant insuffisamment remis de cette blessure.

Autre grand ouvreur britannique, l’Anglais Richard Sharp. Un surdoué parmi les surdoués, capable de démanteler n’importe quelle défense sur une de ses percées dont il avait le secret.  Ce fut le cas en 1960, lors d’un match à Colombes, où les Anglais obtinrent le match nul contre l’équipe de France, sans doute plus forte que sa rivale anglaise, sur un coup de génie de son ouvreur.  Celui-ci en effet réussit une magistrale percée, suite à une balle perdue en mêlée par les Français, donnant à son centre Weston l’essai du match nul…empêchant la France de réaliser le grand chelem. Sharp  ne comptera que 14 sélections internationales dans sa carrière, mais il laissera le souvenir d’un très grand joueur. En tout cas il m’a beaucoup marqué, puisqu’après Roger Martine ce fut ma seconde idole dans le rugby, celui pour qui je me prenais à cette époque avec un ballon ovale dans les mains.

Un peu plus tard, j’ai eu une profonde admiration pour un autre ouvreur gallois, Barry John, un des plus grands talents que le rugby ait connus,  un demi d’ouverture  qui forma avec l’immortel Gareth Edwards la plus emblématique des paires de demis de l’histoire du rugby. C’est peut-être à lui que je comparerais Wilkinson, si justement je devais faire une comparaison. Barry John fut surnommé The King lors de la tournée des Lions britanniques en 1971 en Nouvelle-Zélande, tellement il fut brillant dans le jeu et au pied. Il a largement contribué à faire de l’équipe galloise du début des années 70 une des équipes du vingtième siècle, au même titre que les équipes de France entre 1958 et 1960, ou encore que celle des  All Blacks en 1987. Barry John avait tout pour lui, et savait absolument tout faire avec un ballon de rugby. Remarquable buteur, il était aussi un génial inspirateur des lignes arrière galloises. Il le démontra par exemple dans les matches contre l’équipe de France en 1971 et 1972.

Dans le Tournoi 1971, à Colombes, c’est Barry John qui réussit à marquer un essai qui devait tout à sa classe, après que son pack eut réussi à ravir la balle sur introduction de Max Barrau, notre demi de mêlée. Avec Barry John à la baguette, accompagné de Gareth Edwards, les Gallois faisaient preuve d’une sérénité, d’un sang-froid et d’une maturité exceptionnelles. La classe de sa paire de demis donnait aux Gallois l’illusion qu’ils étaient imbattables. Et ils l’étaient effectivement,  puisqu’ils remportèrent tous leurs matches du Tournoi des Cinq Nations en 1971 et 1972. Ils l’étaient aussi avec  les Lions, équipe dont l’ossature était entièrement galloise, puisqu’ils remportèrent  en 1971 leur série de tests en Nouvelle-Zélande, développant un jeu qui enchanta tous les observateurs de cette nation phare du rugby mondial.

En 1972, Barry John crucifia de nouveau  les Français en marquant quatre pénalités, mais aussi en déployant une maîtrise sans pareille dans tous les compartiments du jeu. Edwards-John : fera-t-on mieux un jour ? Peut-être pas. En tout cas, s’il y avait eu une Coupe du Monde à cette époque, le Pays de Galles l’aurait à coup sûr emporté au moins une fois. Barry John n’aura jamais été champion du monde, contrairement à Jonny Wilkinson, mais son nom restera à jamais gravé dans la légende du rugby, un sport qu’il a abandonné très tôt (à 27 ans en 1972) alors qu’il était au sommet de son art. Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp, Barry John : voilà une belle galerie de portraits de demis d’ouverture britanniques qui ont brillamment marqué leur époque. Je crois être assez objectif pour affirmer que Jonny Wilkinson a toute sa place dans cette galerie, qui le met en bonne compagnie dans la mémoire des amoureux du rugby, y compris des Français. Et pourtant jamais notre équipe de France n’avait connu pareil bourreau, tant en Coupe du Monde que dans le Tournoi. Nous lui pardonnerons d’autant plus volontiers qu’il est devenu le plus français des joueurs anglais, et qu’il nous aura fait profiter de son talent dans le Top 14 pendant cinq ans. Merci et bravo à Mourad Boudjellal (président du RCT) d’avoir cru en lui en 2009, alors que certains pensaient que sa carrière était finie !

Michel Escatafal


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