Le PSG, ce nouveau riche dérangeant…

uefaAujourd’hui je ne vais pas trop me fatiguer pour écrire un article (le trois cent unième), car je vais reprendre presque  intégralement une réponse que j’ai faite à propos d’un billet de Bruno Roger-Petit (Sport 24) sur le Fair Play Financier. Au passage je précise que c’est le seul forum sur lequel je glisse quatre ou cinq fois par an une réponse, tellement les interventions sur lesdits forums sont affligeantes de bêtises et font ressortir le manque de culture de la plupart des intervenants. C’est la raison pour laquelle j’en profite pour dire que sur mon site les commentaires sont sélectionnés, ce qui évite d’y lire poncifs et stupidités.

Fermons cette longue parenthèse introductive et parlons de nouveau de ce ridicule Fair Play Financier, tant vanté par Michel Platini, qui montre à quel point l’UEFA est influencée par les suggestions des clubs historiques, avec une mention spéciale pour le Bayern Munich, qui a beaucoup de mal à accepter l’irruption du PSG parmi les « grands d’Europe ». Et pourtant le PSG est un club sans problème, sans dette, bref un club que les Allemands devraient apprécier…s’il ne devenait pas un rival encombrant. Il est vrai que dans notre singulier pays, certains soi-disant amateurs de foot préfèrent les clubs étrangers, et ils sont plus nombreux qu’on croit. Il y en a même qui, sur les forums, disent « nous » (ridicule!!!) en parlant de Manchester United, du Real, du Barça, d’Arsenal ou de la Juventus, ce qu’ils ne font jamais ou presque pour les clubs de Ligue 1.

Amusant comme les Français n’aiment pas le PSG! J’ose espérer que ce n’est pas parce que les ressources de ce club proviennent de l’étranger. D’ailleurs ce ne serait pas logique, car l’actionnaire majoritaire de Manchester Utd est américain. J’ose espérer aussi que ce n’est pas parce que le PSG est un club opérant en Ligue 1, ce championnat tellement décrié…par les Français. Il paraît que le niveau y est très bas, et le spectacle très souvent nul. Pour le spectacle je veux bien, même si quelques clubs (Lorient par exemple) jouent un joli football, mais la Ligue 1 est loin d’être un championnat aussi facile qu’on le dit, et j’en ai pour preuve les difficultés qu’ont connues des joueurs comme Moutinho ou Falcao, ce dernier marquant beaucoup moins à Monaco qu’auparavant à l’Atlético Madrid.  Autre preuve, le jugement de Carlo Ancelotti, qui est mieux placé que quiconque pour apprécier la difficulté de notre championnat, lui qui, avec son armada de vedettes, avait dû subir la loi de Montpellier pour sa première demi-saison au PSG.

Certes les clubs français ont eu le tort de négliger la Coupe UEFA, seule la LdC les intéressant…parce que beaucoup plus lucrative. Mais il faut aussi comprendre les dirigeants de nos clubs, très étroitement surveillés par la DNCG, ce qui n’est pas le cas partout. Il y a aussi les différences de charges fiscales etc. Tout cela pour dire qu’en France, contrairement à d’autres pays, la plupart de nos clubs de Ligue 1 jouent chaque année pour leur survie avec le risque de descente en Ligue 2, ce qui explique les tactiques défensives de nombre d’équipes. Et oui, un club qui perd de l’agent et qui est trop endetté en Ligue 1 subit les foudres de la DNCG!

Le PSG (comme Manchester City) n’a évidemment pas ce type de problème, parce que son actionnaire est richissime…ce qui dérange les clubs "historiques". On a toléré un temps l’irruption de Chelsea, mais on ne veut pas que le phénomène se répande trop, car la très lucrative Ligue des Champions paraît être une chasse gardée. Et il ne faut pas que le gâteau soit partagé en trop de parts, d’autant que cela pourrait donner des idées à d’autres investisseurs argentés. Pourtant le football y gagnerait, sachant que dix ou douze prétendants à la victoire en LdC ce serait mieux que trois ou quatre.

On me fera remarquer que l’AS Monaco en 2004 a été finaliste de la LdC contre le FC Porto. Certes, mais c’était en 2004. On me fera aussi remarquer que l’Atlético Madrid a été finaliste cette année, mais on oublie que l’Atlético ne pourrait pas opérer en Ligue 1 en raison de ses dettes. En revanche l’Atlético Madrid n’a pas l’air pour le moment dans la ligne de mire de l’UEFA, pas plus que les clubs russes qui offrent des salaires extraordinaires aux joueurs, en ce qui concerne le fameux FPF. Manchester United n’y est même pas du tout, ce qui lui a permis de dépenser  200 ou 250 millions pour se renforcer (bravo le FPF!), malgré ses dettes, alors que le PSG, qui n’a pas de dette, n’a pas le droit de dépenser…son argent. Pire encore, si un équipementier octroie 100M d’euros à un club comme Manchester United c’est normal. Si le PSG reçoit de l’argent d’un très gros sponsor, on le divise par deux. Encore bravo!

Un dernier mot enfin : comment le PSG (ou Manchester City) pourrait-il s’inscrire parmi les très grands clubs si son palmarès reste vierge de victoires en LdC? Or, chacun sait que pour gagner la LdC il faut à la fois de l’expérience et un effectif qualitatif et quantitatif surdimensionné. Pour avoir cela le PSG aurait dû recruter un ou deux fuoriclasse de plus, et ne pas être limité par le nombre de joueurs inscrits. A cause du FPF il n’a pas pu se renforcer comme il l’aurait voulu. Et le plus cocasse est qu’il lui a été nécessaire d’avoir recours à un artifice pour recruter Aurier. Oui, le club le plus riche de la planète, du moins celui qui est susceptible de disposer des plus importantes ressources grâce à son actionnaire, est obligé de quémander un prêt au Toulouse FC pour Aurier. On croit rêver…et pourtant nombre de Français trouvent cela normal, ce qui n’est pas le cas, ou beaucoup moins, à l’étranger. Au fait les Français méritent-ils un club comme le PSG?

Michel Escatafal


Un plateau royal pour cette Vuelta 2014

Vuelta 14Après-demain ce sera le départ du Tour d’Espagne, troisième grand tour de la saison cycliste sur route, avec cette année un plateau royal à faire pâlir d’envie le Tour de France de cette année, surtout après les chutes de Froome et Contador qui, il faut bien le dire, ont tué tout suspens sur l’issue de la course. En fait la seule incertitude dans le résultat final résidait dans le risque d’accident que suscite toute compétition cycliste, Nibali n’y étant pas davantage à l’abri que les autres malgré son adresse sur un vélo. Cela a permis au coureur italien de se retrouver dans le club des vainqueurs des trois grands tours, et de rejoindre Anquetil, Gimondi, Merckx, Hinault et Contador. Sans vouloir dévaloriser la performance de Nibali dans le Tour 2014, reconnaissons qu’il rentre à peu de frais dans ce club de la « Triple Couronne », d’autant qu’il y figure désormais avec une seule victoire dans chacun des trois grands tours, alors que les autres membres du club comptabilisent 11 victoires pour Merckx, 8 pour Anquetil, 5 pour Gimondi, 10 pour Hinault et 7 pour Contador (je ne tiens pas compte de ses déclassements dans le Tour 2010 et le Giro 2011). Néanmoins personne ne pourra retirer au coureur italien son succès dans le Tour 2014 devant Péraud et Pinot, ce qui situe quand même la vraie concurrence dans cette Grande Boucle, amputée de Froome, Contador, Quintana, mais aussi d’une certaine manière de Joaquim Rodriguez, ce dernier relevant d’une blessure contractée lors du dernier Giro. Au passage, en énumérant ces quatre noms, on s’aperçoit qu’il s’agit des quatre premiers du Tour de France 2013, une année au cours de laquelle Nibali avait remporté le Giro, sans ces quatre coureurs, mais avait été battu par Horner dans la Vuelta. Voilà, je ne suis pas là pour dévaloriser les performances de Nibali, mais simplement pour les restituer dans leur contexte, ce que ne font pas ceux qui ne voient le vélo qu’à travers le seul prisme du Tour de France…et de ses résultats, surtout quand deux Français sont sur le podium.

Revenons à présent à la prochaine Vuelta qui va démarrer samedi avec un plateau vraiment royal, même s’il peut paraître parfois en trompe-l’œil. En tout cas, de tous les meilleurs coureurs actuels, seul sera absent de ce Tour d’Espagne Vicenzo Nibali, auquel on pourrait ajouter Kreuziger puisque le TAS, comme on s’en serait douté,  a confirmé sa suspension en raison d’anomalies sur son passeport biologique. Et oui, c’est ça aussi le vélo : un coureur peut être suspendu même sans contrôle positif, et sans qu’on soit certain de sa culpabilité! Fermons la parenthèse et revenons à la Vuelta pour dire que cette épreuve prend de plus en plus de galon au fur et à mesure des ans, preuve si besoin en était que son changement de date (1995) a pleinement réussi son œuvre, évitant ainsi l’encombrement du printemps avec le Giro, ce qui nuisait fortement à son développement. En tout cas  cette année la participation sera exceptionnelle sur ce Tour d’Espagne, avec des favoris aux noms prestigieux, au point que beaucoup espèrent assister (sans trop y croire) au duel entre Contador et Froome, dont nous avons été privés par la fatalité dans le dernier Tour de France. J’ai écrit « espèrent » parce qu’a priori il n’est pas réaliste d’inscrire Contador parmi les grands favoris. Certes il ne souffre plus apparemment de sa fissure du tibia, séquelle de sa lourde chute au début du dernier Tour de France, mais sa préparation a été fortement contrariée pour une course où l’adversité sera très forte, et le parcours ô combien exigeant avec des cols très difficiles et en grande quantité. Cela étant, si Contador a pris le risque d’être présent sur son tour national, c’est qu’il ne doit pas être si mal, surtout quand on pense aux sacrifices qu’il a fait pour être au top niveau dans le Tour de France, et pouvoir affronter Froome avec des chances de succès.

Froome justement, qui sera là, lui aussi, après ses deux grosses chutes dans les premières étapes du Tour de France, à quel niveau se situe-t-il ? Là est toute la question, même si l’on devine qu’il sera très motivé, et que sa préparation sera sans doute très avancée à défaut d’avoir été idéale. Pour lui, comme pour Contador, l’inconnue c’est sa préparation, car s’il est en bonne forme au départ de l’épreuve, il ne pourra que s’améliorer au fil des jours, et dans ce cas il sera très difficile à battre. N’oublions pas qu’il y aura une étape contre-la-montre de 34,5 km en plein milieu de l’épreuve, après le jour de repos, et ce chrono pourrait faire des différences notables au profit d’un spécialiste comme Froome, sans parler des 10 km le dernier jour à Saint-Jacques de Compostelle, sur un parcours très plat. En fait, comme pour Contador, il faudra attendre la sixième étape avec la première arrivée en côte (à Culbres Verdes) pour avoir une idée précise de leur état de forme. Et si à cette arrivée ils figurent parmi les meilleurs, alors il devrait y avoir du sport dans la deuxième partie de cette Vuelta, avec six arrivées en altitude dont les célèbres Lacs de Covadonga (quinzième étape) et le terrible Puerto de Ancares (la veille de l’arrivée), dont les cinq derniers kilomètres offrent des pentes moyennes de 12%, ce qui ne sera pas pour déplaire à Nairo Quintana, le dernier vainqueur du Giro.

Nairo Quintana est en toute logique le vrai favori de ce Tour d’Espagne. Pourquoi ? D’abord parce qu’il n’a pas beaucoup couru depuis son Giro victorieux, ce qui signifie qu’il a eu le temps de se préparer en toute quiétude pour ce qui est le deuxième grand objectif de sa saison. Ensuite parce qu’on sait qu’il est en forme, comme il vient de le prouver au Tour de Burgos, qu’il a remporté. Certes la concurrence n’y était pas énorme, mais il a gagné, ce qui ne peut qu’ajouter à sa confiance et ses certitudes. En outre le parcours très montagneux de cette Vuelta est tout à son avantage, lui qui est capable d’accompagner très loin dans les cols Froome et Contador à leur meilleur niveau. Enfin il n’a pas de réelle faiblesse contre-la-montre, comme il l’a déjà démontré à plusieurs reprises, face à Froome ou Contador, même s’il leur est légèrement inférieur. Bref, si Quintana est au mieux dès le départ de cette Vuelta, il sera très bien placé pour remporter son second grand tour, alors qu’il a seulement 24 ans. De plus, il aura à sa disposition une équipe Movistar très forte, même si cette équipe Movistar disposera d’un autre leader en la personne de Valverde. Mais qui peut croire que Valverde fera le poids contre Quintana, alors qu’il fut incapable de suivre dans le Tour de France Nibali, mais aussi très souvent Pinot, Bardet ou Péraud ?

Ayant déjà évoqué le nom de Valverde, pour dire que je ne crois en aucun cas à sa victoire, je serais davantage circonspect sur Joaquim Rodriguez. N’ayant pas disputé le Giro et ayant couru le Tour de France en pensant d’abord à se trouver une bonne condition physique en vue de la Vuelta, Rodriguez pourrait être un rival dangereux pour Quintana. Très à l’aise dans les gros pourcentages, puncheur redoutable lors des arrivées en côte, Rodriguez sera à n’en pas douter un outsider très sérieux, d’autant qu’il a poursuivi sa préparation en altitude (Andorre). Néanmoins il va perdre beaucoup de temps sur ses principaux rivaux dans les deux contre-la-montre, et sans doute aussi dès le premier jour sur les 12.6 km du contre-la-montre par équipes à Jerez de la Frontera, les équipes Movistar (Quintana), Sky (Froome) ou Saxo-Tinkoff (Contador) paraissant mieux armées que la sienne.

Après les coureurs que je viens de citer il y a des outsiders comme Rigoberto Uran, deuxième du Giro, mais loin de Quintana. C’est un coureur complet, mais pas assez fort en montagne ou dans les contre-la-montre pour être considéré comme un favori légitime. La remarque vaut aussi pour le dernier vainqueur de la Vuelta, le vétéran Américain Horner (bientôt 43 ans) qui avait battu l’an passé, à la surprise générale, Nibali qui sortait pourtant d’un Giro victorieux. Autre outsider, Cadel Evans, même si le vainqueur du tour 2011 subit l’irréparable outrage de ses 37 ans. Ne faisons pas trop fi des chances de Talansky, vainqueur heureux du dernier Dauphiné, mais loin du niveau des grands cracks en montagne. En fait les chances infimes d’un coureur comme Talansky se résument, comme pour sa victoire dans le Dauphiné, à un heureux concours de circonstances. La remarque vaut aussi pour Van den Broeck, Kelderman, Dan Martin ou Aru, voire Thibaut Pinot. Dans cette Vuelta 2014 il y a trop de concurrence pour qu’un outsider l’emporte…sauf accident. La bagarre va sans doute être terrible, surtout si Contador et Froome ne perdent pas trop de temps dans les dix premiers jours. Du coup, le Tour de France de cette année, comme le Giro, doivent être regardés avec objectivité, à savoir avec deux vainqueurs trop au-dessus de leurs concurrents pour pouvoir faire des projections réalistes sur le niveau de leurs dauphins…ce qui ne minimise en rien les performances d’Aru (troisième du Giro) ou de Péraud et Pinot dans la Grande Boucle.

Michel Escatafal


Cette merveilleuse Muriel Hurtis …

muriel hurtisLa France vient de vivre ces derniers jours un de ces moments de joie comme seul le sport peut en apporter. Il s’agit bien sûr des championnats d’Europe d’athlétisme, où les Français ont réussi « un carton » comme jamais cela n’était arrivé dans l’histoire de notre athlétisme. Certes, comme nous sommes en France, on va nous faire remarquer que ce n’était « que » des championnats d’Europe, mais les mêmes oublient que certaines médailles sont en réalité des médailles mondiales, pour la simple raison que dans plusieurs disciplines les Européens sont les meilleurs, ou un Européen est le meilleur ou parmi les tous meilleurs (concours hommes et femmes, Mo Farah, Renaud Lavillenie, Mahiédine Mekhissi…). Voilà pourquoi il faut se réjouir, comme les plus anciens amateurs d’athlétisme se sont longuement réjouis des 14 médailles (dont 4 en or avec Jazy, Bambuck, Madubost et le 4x100m) récoltées aux championnats d’Europe 1966. Tout cela pour dire qu’on aurait tort de bouder notre plaisir, d’autant que la France se situe juste derrière la Grande-Bretagne au tableau des médailles, cette dernière l’emportant grâce à ses 12 médailles d’or contre 9 à la France. Cela dit, sur la piste les Français ont récolté davantage de médailles que les Britanniques, puisqu’on a retiré de façon aussi injuste que ridicule la médaille d’or de Mahiédine Mekhissi au 3000m steeple. Bref, nos Bleus qui ont fait retentir aussi souvent la Marseillaise, dans le stade mythique de Zurich, ont bien mérité l’accueil très chaleureux de leurs supporters et l’hommage rendu par François Hollande à l’Elysée.

Je ne vais évidemment pas m’étendre sur les résultats de cette équipe de France, largement commentés par les journaux ou les sites spécialisés, mais je voudrais quand même souligner l’extraordinaire dernier tour de Mahiédine Mekhissi dans le 1500m, un dernier tour qui a fait l’admiration de Sebastian Coe et Michel Jazy, deux des plus grands milers de l’histoire, ou encore de Medhi Baala (double champion d’Europe du 1500m, médaillé d’argent mondial et médaillé de bronze olympique) qui, lui aussi, sait de quoi il parle quand il affirme qu’il n’y a pas « beaucoup de gars capables de courir le dernier tour en moins de 50s ». En fait on ne sait d’ailleurs pas exactement le temps qu’aurait pu réaliser Mekhissi dans son dernier tour s’il avait été à la lutte, car il a commencé à se relever à 80 m de la ligne qu’il a franchie au ralenti, ce qui explique qu’il n’ait  été chronométré « qu’en » 52s7. Pour mémoire je rappellerais que Coe avait été chronométré lors de son dernier tour du 1500m des J.O. de Los Angeles (1984) en 51s, à la lutte avec  Steve Cram, autre fameux coureur de 1500m. Cela dit, quelles sont les limites de Mekhissi sur 1500m ? Sans doute à un très haut niveau, et ce serait intéressant de le voir faire une saison pleine sur la distance…ce qui ne risque pas d’arriver, car le 3000m steeple est la distance sur laquelle il a remporté ses plus beaux succès et obtenu son meilleur résultat chronométrique (il est recordman d’Europe). En outre, je suis certain qu’il est persuadé de pouvoir enfin obtenir l’or olympique sur le steeple à Rio de Janeiro, malgré l’omniprésence des Kenyans.

Autre dernier tour d’anthologie, celui de Floria Gueï dans le relais 4x400m victorieux de ces championnats d’Europe. Décidément nos athlètes avaient une envie extraordinaire de se battre, et Floria Gueï en a apporté une preuve supplémentaire, elle qui avait  encore plus de 20m de retard dans la ligne opposée, mais qui y a cru jusqu’au bout, ce qui au passage a ridiculisé le commentateur de France Télévision, toujours prompt à tirer des conclusions trop rapides sur une épreuve. Fermons la parenthèse, pour souligner que Floria Gueï a couru son 400m lancé en 49s7 soit environ 50s4 départ arrêté, un niveau très supérieur à son meilleur temps individuel (51s42). Cela signifie que si elle renouvelle ce type de course dans l’avenir, elle peut espérer entrer en finale du 400m lors des prochains championnats du monde ou des Jeux olympiques de Rio, et devenir  un de nos grands atouts pour le futur relais 4x400m, après la retraite de Muriel Hurtis.

Muriel Hurtis justement, je veux en parler car elle est le troisième élément de cette merveilleuse trilogie de sprinteuses que nous a offert la Guadeloupe, après Marie-Jo Pérec et Christine Arron (voir mon article sur ce site Marie Jo Pérec et Christine Arron, nos merveilleuses divas des pistes). Hélas Muriel, comme ses amies avant elle, vient de disputer sa dernière compétition, et on ne reverra plus sa grande silhouette sur les pistes, où elle a brillé de mille feux depuis une quinzaine d’années. Une carrière très longue qui a réellement commencé au niveau international en 1999, avec la médaille d’argent du 4x100m des championnats du monde en compagnie de Kathia Benth, Patricia Girard et Christine Arron, juste derrière les Bahamas. Ensuite ce sera une succession de grandes performances sur les pistes du monde entier avec une médaille d’argent aux championnats d’Europe en salle sur 200m (en 2000), puis l’année suivante l’argent aux championnats du monde dans le relais 4x100m, avant d’exploser sur le plan individuel en 2002. Cette année-là en effet, Muriel Hurtis allait démontrer toute sa classe en remportant l’or aux championnats d’Europe en salle sur 200m, mais aussi deux titres européens en plein air sur 200m et au 4x100m. L’année 2003 sera celle de la confirmation avec un titre de championne du monde en salle sur 200m (suite au déclassement pour dopage de Michelle Collins), puis une médaille de bronze sur 200m aux championnats du monde à Saint-Denis (là aussi grâce au déclassement de Kelly White qui l’avait emporté), et la médaille d’or du relais 4x100m à ces mêmes championnats du monde en compagnie de Patricia Girard, Sylviane Félix et Christine Arron, qui fit sans doute ce jour-là la plus belle ligne droite de sa carrière, prenant le bâton avec un mètre de retard sur la championne du monde, Torri Edwards, dans le dernier relais et franchissant la ligne avec un mètre d’avance. Mais si Christine Arron put accomplir cet exploit, c’est aussi parce que Muriel avait accompli une extraordinaire ligne opposée en deuxième relayeuse, ce qui n’était pas une surprise pour les amateurs et connaisseurs d’athlétisme, dans la mesure où Muriel Hurtis, remarquable spécialiste du 200m, avait aussi réalisé 10s96 sur 100m en 2002. Ensuite, aux J.O. d’Athènes en 2004, elle terminera sur la troisième marche du podium du relais 4x100m avec  Sylviane Félix, Christine Arron et Véronique Mang qui avait remplacé Patricia Girard au départ.

Ce sera son dernier podium dans les grandes compétitions internationales jusqu’aux championnats d’Europe en salle (en 2011) dans le relais 4x400m. Oui je dis 4x400m, puisque Muriel Hurtis a décidé en 2010 de monter sur 400m, où sa longue et puissante foulée devait faire merveille. Hélas, elle avait beaucoup perdu de sa vitesse de base et, de fait, ne sera qu’une bonne spécialiste française sur sa nouvelle distance, son meilleur temps se situant à 51s41 (en 2010). Cela ne l’empêchera pas de rester une excellente relayeuse et d’aider ses jeunes compatriotes, notamment Marie Gayot et Floria Gueï, à progresser sur 400m et à s’approcher des podiums, comme en témoigne la quatrième place prise aux championnats du monde 2013. Mais le plus beau restait à venir sur 400m, avec cette magnifique victoire remportée dimanche dernier en compagnie de Marie Gayot, Agnès Raharolahy et Floria Gueï, qui, d’un coup, a presque acquis la notoriété d’un Marc Raquil, avec cette ligne droite stratosphérique, coiffant pour cinq centièmes la dernière relayeuse ukrainienne, laquelle s’en voudra toute sa vie d’avoir relâché son effort dans les derniers mètres, pensant avoir course gagnée. Elle a bien fait de commettre cette erreur, car, de ce fait, Muriel Hurtis quitte la scène athlétique par la grande porte, ce qui est mille fois mérité.

Michel Escatafal


Une soirée d’athlétisme à la fois gaie, triste…et honteuse

mekhissi

Pour les amateurs d’athlétisme français  ce fut hier soir une bien triste soirée, même si nous avons eu le plaisir de voir nos athlètes remplir leur panier de médailles, avec notamment l’or pour Compaoré, qui a parfaitement suppléé l’absence du champion du monde Tamgho, mais aussi pour Kowal au 3000m steeple…bien qu’il ait terminé second de la finale. Et oui, il peut arriver dans le sport au plus haut niveau que le premier ne le soit pas réellement, pour des raisons que la raison ignore. Je ne parle évidemment pas des cas de dopage où, selon les sports, on fait tout et parfois n’importe quoi. Kreuziger, par exemple dans le cyclisme, n’a pas été contrôlé positif, mais il est quand même suspendu…à cause de son passeport biologique. Fermons la parenthèse, et revenons à la soirée d’hier soir aux championnats d’Europe d’athlétisme où l’on a assisté à la disqualification…de deux athlètes français, qui ne recevront pas leur médaille. Ces deux athlètes s’appellent Bascou et Mekhissi, le premier ayant remporté la médaille de bronze sur 110m haies, et le second ayant gagné l’or en se promenant sur 3000m steeple, réussissant un exploit inédit sur la distance en l’emportant pour la troisième fois consécutive, et en étant, pendant quelques heures, le seul Français ayant été titré à trois reprises aux "Europe". En parlant d’exploit,  certains vont trouver que j’exagère,  parce que Mekhissi est tellement au-dessus de tout le monde en Europe sur le 3000m steeple, que cela n’est pas vraiment une performance exceptionnelle pour lui, qui a déjà été deux  fois médaillé d’argent aux Jeux Olympiques (2008 et 2012),  mais aussi deux fois médaillé de bronze aux championnats du monde (2011 et 2013), chaque fois derrière un ou deux Kenyans.

Mais quel péché a donc commis Mekhissi pour qu’on prenne la très lourde décision de lui enlever son titre gagné sur la piste ? Il a enlevé son maillot à la sortie du dernier virage, pour le porter à la main jusqu’à l’arrivée…ce qui est interdit par le règlement. Dans un premier temps les juges ont pris la même décision qu’au football quand un joueur enlève son maillot pour célébrer un but, à savoir un carton jaune. C’était une décision intelligente, qui montrait à Mekhissi qu’on ne peut pas faire n’importe quoi sur une piste, y compris pour exprimer sa joie. En fait ces juges ont surtout noté que Mekhissi s’était promené dans la dernière ligne  droite avec 20 ou 25 mètres d’avance, et que notre champion n’avait en rien gêné le bon déroulement de la course. Jusque-là rien à dire. Comme d’ailleurs il n’y a rien à dire sur la disqualification de Bascou au profit de Pascal Martinot-Lagarde, par ailleurs très décevant, car Bascou avait mordu sa ligne voire même un peu plus, ce qu’il a reconnu volontiers. Cela étant, dans une compétition plus importante encore, les championnats du monde, on se rappelle qu’en 1999, à Séville, Stéphane Diagana termina deuxième du 400m haies derrière l’Italien Mori, qui ne fut pas disqualifié alors qu’en demi-finale il avait couru un instant dans le couloir de Diagana, récidivant en finale en mordant la ligne. Malgré deux réclamations françaises le titre fut quand même attribué au hurdler italien. Cette décision avait d’ailleurs choqué beaucoup de monde, y compris en Italie, puisque Dionisi, l’ancien grand champion italien, avait encouragé les responsables français à porter réclamation après la finale.

Hier soir pour Mekhissi le contexte était très différent, même si, comme tout le monde, je me suis dit que Mahiédine Mekhissi ne savait pas quoi trouver pour se faire remarquer, sachant qu’il n’y avait aucune arrogance de la part de notre athlète. Simplement il savait qu’il entrait dans l’histoire, même si les championnats d’Europe ont lieu à présent tous les deux ans contre quatre à l’époque de Chromik (années 50) Roelants (années 60) ou Malinowski (années 70), ce dernier étant avec Mekhissi le seul à avoir remporté deux titres européens sur le steeple. Il n’empêche, notre Français, par ailleurs recordman d’Europe et le seul qui puisse parler d’égal à égal avec les Kenyans, ne méritait en aucun cas la disqualification qui l’attendait. Cela dit, ce que je trouve le plus affligeant c’est à la fois la réaction de nombre de Français sur les forums (ah les forums !!!), et bien sûr la réclamation de la délégation espagnole, espérant profiter de cette bourde de Mekhissi pour récupérer une breloque…en bronze. Minable, pour ne pas dire misérable attitude des responsables espagnols sur place à Zurich ! Tout ce déshonneur pour récupérer une place de troisième. Que vaut réellement de nos jours  une médaille de bronze européenne ? Cela vaut-il la peine de se ridiculiser à ce point ? Et si j’emploie le mot « ridiculiser » c’est parce qu’en lisant le site de Marca, je constate que nombre d’amateurs d’athlétisme espagnols sont eux-mêmes choqués par cette réclamation, un forumer intelligent (il y en a !) affirmant que ce qui arrive à Mekhissi est injuste, et que l’attitude de Mullera (celui qui a récupéré le bronze) est triste et fait de la peine, parce qu’il sait que cette médaille il ne l’a pas gagnée, et, pire encore, cela pourrait le poursuivre pour toujours.

On peut aussi se demander, et cela s’adresse aux juges, dans quel état sera Kowal (le nouveau champion d’Europe)  sur le podium, sachant qu’il était le plus heureux des hommes avec sa médaille d’argent conquise sur la piste, au point d’avoir fait profiter de son bonheur à tous les téléspectateurs en demandant en mariage sa compagne ? Oui, parfois le sport est cruel, avec les chutes (Contador au Tour de France), ou les blessures. En écrivant cela, je pense à Tamgho, à Compaoré qui a remporté le titre européen hier soir après avoir subi tant de galères à cause de nombreux ennuis de santé, à Diniz qui est à présent le seul Français titré aux championnats d’Europe à trois reprises (50km marche) ou Jimmy Vicaut, qui aurait survolé le 100m à ces championnats d’Europe, sans cette blessure à la cuisse qui l’a privé d’un titre aussi certain que celui de Mekhissi sur 3000m steeple, Vicaut étant le seul sprinter européen capable de rivaliser avec les Jamaïcains et les Américains. Raison de plus pour ne pas priver ces sportifs méritants de titres gagnés sur la piste, après tant de sacrifices pour atteindre leur Graal. Cela étant, pour de nombreux juges tout cela ne compte pas, car le règlement c’est le règlement…ce qui ne fut pas et n’est pas toujours le cas partout. Néanmoins, avant de conclure, qu’on se rassure, j’aime toujours beaucoup l’Espagne, même si quelques dirigeants de ce pays se sont déshonorés hier soir avec cette stupide réclamation.

Michel Escatafal


Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 2)

jazybaalaAyant déjà parlé de Michel Jazy, je vais à présent évoquer brièvement sa carrière, en notant d’abord qu’il eut la chance d’être choyé par le directeur de l’Equipe, lui-même ancien athlète, Gaston Meyer. Celui-ci en effet le fera engager par Jacques Goddet, patron du journal, comme typographe, avec des horaires aménagés pour qu’il puisse s’entraîner autant qu’il le fallait pour devenir le crack que l’on pressentait. Et de fait, on n’allait pas être déçu, même si sa carrière aurait dû être encore plus brillante. Certes brillante elle le fut, mais on aura toujours trois regrets au sujet de Jazy, à savoir son échec à Tokyo en finale d’un 5000m olympique où il était de très loin le plus fort, son refus de courir le 1500m à ces mêmes J.O. de Tokyo en 1964, alors qu’il l’aurait emporté à coup sûr, et son absence sur les tablettes du record du monde sur les distances olympiques. Certains vont me trouver bien exigeant avec un des plus grands milers de l’histoire, mais c’est normal compte tenu des qualités de ce surdoué.

Néanmoins il aura laissé une belle trace dans le gotha de l’athlétisme en ayant été deux fois champion d’Europe (1500m en 1962 et 5000m en 1966), médaille d’argent sur 1500m aux J.O. de Rome, recordman d’Europe du 1500m à trois reprises, recordman d’Europe du 5000m à trois reprises également, mais aussi recordman du monde du mile, du 2000m (premier et dernier records qu’il a battus en 1962 et en 1966) , du 3000m, des 2 miles et du relais 4x1500m. C’est magnifique, mais cet athlète racé et élégant, aurait pu et dû faire mieux encore. D’ailleurs si Jazy avait 25 ou 28 ans aujourd’hui, il serait ou aurait déjà été à coup sûr champion olympique, car à cette époque il était un des très rares sportifs français à être le meilleur dans sa discipline. Hélas, à Tokyo, il n’a pas su résister à la pression qui l’entourait, d’où son obstination à ne pas vouloir courir le 1500m par peur de la défaite, alors que celui qui fut champion olympique, le Néo-Zélandais Peter Snell, déjà vainqueur du 800m, a toujours affirmé qu’il n’y aurait pas participé si Jazy avait choisi cette distance, d’autant que ce dernier venait de réussir à l’entraînement des temps largement supérieurs sur 1200m à ceux qu’il avait fait auparavant.

En fait à ce moment Jazy bénéficiait pleinement de son entraînement sur 5000m, tout en ayant conservé sa vitesse de base (il était aussi un des meilleurs sur 800m) et son fameux finish dans les 300 derniers mètres. A propos de Snell, c’est lui qui détenait le record du monde du mile quand Jazy le battit en juin 1965 à un niveau quasiment équivalent aux 3mn35s6 d’Elliot sur 1500m. A cette occasion Michel Jazy  réussit, en battant ce record mythique, sans doute son plus grand exploit, bien aidé il est vrai par ses lièvres, Kervéadou et deux autres de grand luxe, Jean Wadoux et Michel Bernard. Résultat le record de Snell (3mn54s1) fut battu de 5/10 de seconde.

Passons à présent à Mehdi Baala, qui fut le vrai successeur de Jazy dans le cœur des Français. Déjà il y a toujours eu une similitude dans l’allure entre les deux champions. Mais la comparaison ne s’arrête pas là, car Baala comme Jazy était aussi un remarquable coureur de 800m. La preuve, il a porté très haut le record de France du kilomètre (en 2003) avec un temps de 2mn13s93, mais aussi celui du 800m en 1mn43s15 (à Rieti en 2002). Il a d’ailleurs réussi son premier exploit en 2000, quelques semaines avant les Jeux Olympiques de Sydney, en réalisant le doublé en Coupe d’Europe 800-1500m, alors qu’il n’avait pas encore 22 ans. A cette occasion Jazy avait dit qu’il « semble paré de tous les dons » et on en aura la confirmation en août, quand il réalisa 3mn32s02 à Zurich sur 1500m, ce qui en faisait un outsider pour les J.O. Et même s’il ne termina qu’à la quatrième place, il n’aura surtout pas à rougir de cette performance dans la mesure où il aura joué sa chance jusqu’au bout, laissant les médailles au Kenyan Ngeny, qui avait battu le super favori El Guerrouj (Maroc), la médaille de bronze revenant à un autre Kenyan devenu ensuite américain, Lagat. Dans cette épreuve où le vainqueur réalisa 3mn32s07, Baala termina au pied du podium (3mn34s14) après avoir suivi le trio de tête jusqu’au milieu de la ligne droite.

Au passage, on notait qu’il était déjà le meilleur européen, ce qu’il allait confirmer aux championnats d’Europe en 2002, où il s’empara de son premier titre international. Mais la grosse confirmation, on l’aura l’année suivante, en 2003, où lors des championnats du monde au Stade de France il s’empara de la médaille d’argent, après avoir résisté jusqu’au bout au maître El Guerrouj (4 fois champion du monde du 1500m, champion olympique du 1500 et du 5000m, en plus d’avoir battu les records du monde du 1500m, du mile et du 2000m). Tout cela nous laissait espérer des lendemains qui chantent, mais, comme pour les hurdlers Caristan, Diagana et Doucouré, Baala devra composer avec les blessures tout le reste de sa carrière. Cela ne l’empêchera pas de devenir champion d’Europe pour la deuxième fois en 2006 et de récupérer la médaille de bronze du 1500m aux J.O. de Pékin (2008), suite au déclassement pour dopage de Ramzi.

Ce sera son chant du cygne, mais sa carrière s’honore aussi d’un record de France du 1500m (3mn28s98 en septembre 2003) à trois centièmes du record d’Europe de Cacho, le champion olympique du 1500m à Barcelone. Il arrêtera sa carrière en 2011, et, entre autres activités, conseillera d’autres athlètes, par exemple Tamgho, et fera profiter les amateurs d’athlétisme de ses compétences sur la chaine beIN SPORTS. Qui sait, il aura peut-être le plaisir de commenter la victoire de Mekhissi sur 1500m, si par bonheur ce dernier fait le doublé avec le 3000m steeple, épreuve que sauf accident il remportera pour la deuxième fois, ce qui serait une performance inédite sur la distance.

Michel Escatafal


Le 1500m, une distance qui réussit bien aux athlètes français (partie 1)

bernardMardi prochain, 12 août, vont commencer les championnats d’Europe d’athlétisme à Zurich, autrefois considéré comme l’égal aujourd’hui des championnats du monde, en rappelant toutefois que jusqu’en 1983 les championnats du monde n’existaient pas, en rappelant aussi que jusqu’en 1991 deux énormes forteresses, l’URSS et la RDA, jouaient dans la même cour que les Etats-Unis, ce qui n’est plus le cas de nos jours. Fermons cette parenthèse historique pour évoquer une distance mythique de l’athlétisme, le 1500m, sur laquelle plusieurs Français ont brillé, depuis Henri Deloge (très bon aussi sur 5000m), médaillé d’argent aux J.O. de 1900, ou encore Roger Normand, médaillé de bronze aux championnats d’Europe 1934, Patrick El Mabrouk, médaillé d’argent aux championnats d’Europe 1950, Jean Wadoux recordman d’Europe en 1970 (3mn34s) à qui il a simplement manqué une pointe de vitesse un peu supérieure pour être imbattable sur 1500m et 5000m, Driss Maazouzi (médaillé de bronze du 1500m aux championnats du monde 2001 et champion du monde en salle en 2003) jusqu’à Mahiedine Mekhissi (double médaillé d’argent aux J.O. en 2008 et 2012 sur 3000m steeple et champion d’Europe en salle du 1500m en 2013), qui figure parmi les grands favoris du 1500m à Zurich. Rien que cette énumération en dit plus que tous autres commentaires sur l’apport de l’athlétisme français à cette distance, que beaucoup considèrent comme la plus prestigieuse après le 100m. J’en profite à ce propos pour rappeler que j’avais écrit il y a 3 ans Les grands milers : partie 1et Les grands milers : partie 2.

Après avoir évoqué les médaillés français des grands championnats, je vais plus particulièrement parler de ceux qui ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de notre athlétisme, à savoir Jules Ladoumègue, Michel Bernard, Michel Jazy et Medhi Baala. Quatre athlètes qui ont porté très haut nos couleurs, et qui figurent parmi les plus grands milers de l’histoire. Jules Ladoumègue d’abord, que je n’ai évidemment pas connu, mais à propos duquel on parle et on écrit encore avec vénération, bien qu’il soit mort depuis plus de 40 ans (1973). Ladoumègue en effet fut un exemple à plusieurs titres, y compris pour des motifs qui paraissent de nos jours complètement surannés…parce que touchant au professionnalisme. Pour mémoire, il fut interdit de compétitions en mars 1932 alors qu’il n’avait que 26 ans, ce qui brisa de fait une carrière qui n’en était pas encore à son apogée. C’est pour cela qu’on parla à son propos « d’athlète martyr », comme ce fut le cas aussi, la même année (olympique), pour un autre immense champion, le Finlandais Paavo Nurmi.

Ladoumègue était une sorte de virtuose du 1500m, à la fois fragile et tourmenté comme le sont souvent les grands artistes, mais athlète racé, doué de longues jambes, ce qui lui permettait de disposer d’une foulée ample, idéale pour le demi-fond. Tous ces dons athlétiques allaient l’amener à devenir le premier athlète à passer sous la barre des 3mn50s au 1500m (3mn49s2 en 1930), lors d’une tentative de record du monde où il battit notamment le futur champion olympique, l’Italien Beccali. Preuve que sans cette suspension, Ladoumègue aurait bel et bien été champion olympique, après sa médaille d’argent obtenue quatre ans plus tôt à Amsterdam. Ladoumègue a aussi été recordman du monde du kilomètre (2mn23s3/5), du mile (4mn9s1/5) et du 2000m (5mn21s4/5). Bref, un des plus glorieux champions que notre athlétisme ait connu, avec, comme je l’ai dit, la dimension tragique qui s’est attaché à ce personnage qui deviendra plus tard journaliste à l’ORTF. Aujourd’hui il serait un consultant très recherché par les chaînes de télévision, au même titre que Diagana, même s’il n’avait pas fait d’études au contraire de l’ancien champion du monde du 400m haies.

Après Ladoumègue je voudrais évoquer le nom d’un athlète, Michel Bernard, qui n’a jamais eu de médailles mondiales ou européennes, mais qui a eu la malchance de tomber à son époque sur deux surdoués du demi-fond, Herb Elliot et Michel Jazy. Bernard se moquait sans doute des breloques offertes dans les grandes compétitions, sinon il aurait couru différemment. N’oublions pas qu’il a battu à huit reprises Michel Jazy (contre 29 défaites), ce qui doit être souligné, Jazy ayant été la référence du 1500m et du mile entre 1962 et 1965…et qui ne serait sans doute pas devenu ce qu’il fut sans cette rivalité, qui rappelait à la même époque celle du cyclisme entre Anquetil et Poulidor, chacun ayant ses partisans, aussi farouches dans un camp comme dans l’autre. Jazy c’était Anquetil et Bernard c’était Poulidor, la comparaison allant jusqu’à la longévité de Bernard, celui-ci restant encore très compétitif à 40 ans. Fermons la parenthèse et parlons de ce qui restera le plus haut fait d’armes de Michel Bernard, le 1500m des Jeux Olympiques de Rome en 1960, une course folle comme on en voit deux ou trois par siècle.

Ce jour-là, le 6 septembre 1960, en finale du 1500m, Bernard allait nous offrir un morceau d’anthologie de la course à pied, dans une course où l’on retrouvait le gratin du demi-fond mondial avec au départ, outre Jazy et Bernard, des athlètes comme le Hongrois Roszavolgyi (ancien recordman du monde), le redoutable Suédois Dan Waern ou encore le Roumain Vamos, aussi fort sur 1500m que sur 3000m steeple, et surtout Herb Elliot, invaincu sur la distance et qui le restera pour l’éternité. Elliot était évidement le grand favori, mais cela ne suffisait pas à effrayer Bernard qui, dès le coup de feu, se plaça en tête et imprima un train d’enfer. Après un passage aux 400m en 58s2, puis aux 800m en 1mn57s8, ce qui était fou à l’époque, Bernard vit arriver Elliot à sa hauteur pour prendre le commandement de la course, comme il en avait l’habitude. Problème, Bernard refusa de laisser au crack australien la première place. S’en suivit alors un spectacle surréaliste entre les deux milers, aucun des deux ne voulant céder le moindre pouce de terrain à l’autre. Pendant presque 200m, ce fut un coude à coude phénoménal, jusqu’à ce que Bernard finisse par s’incliner.  Cette passe d’armes hallucinante allait d’ailleurs permettre à Elliot de devenir champion olympique en battant le record du monde, avec un temps de 3mn35s6 (qui ne sera battu que sept ans plus tard par Ryun). Elle allait aussi donner à Michel Jazy la joie de remporter la médaille d’argent en pulvérisant son record de France (3mn38s4), alors que Michel Bernard terminait septième en 3mn41s8. Cela étant, pour Michel Bernard la course avait perdu de son intérêt dès qu’Elliot eut raison de lui, affirmant, sans doute avec raison, que sans Elliot il aurait gagné…parce que personne n’aurait osé venir le chercher. Tel était Michel Bernard, personnage légendaire du demi-fond mondial, préférant tout tenter, au-là de toute raison, pour ne pas avoir de regret.

Michel Escatafal


Le 110m haies, une spécialité qui sourit aux Français

drutPMLEn lisant une interview de Jimmy Vicaut, un des principaux favoris du 100m aux prochains championnats d’Europe, je suis très surpris de voir à quel point les sportifs de notre époque sont ignorants du passé. Si j’écris cela c’est parce que ce même Vicaut disait dans cette interview : « Nous avons la meilleure génération du sprint français ». Quelle curieuse affirmation, en pensant à la période entre 1962 et 1968, où nous avions Delecour, Piquemal et Bambuck, en rappelant que Piquemal et Delecour ont été premier et second du 100m lors des championnats d’Europe 1962, mais aussi que Bambuck et Piquemal ont été sur le podium du 100m en 1966 à ces mêmes championnats d’Europe, Bambuck remportant le 200m avec Nallet à la troisième place, que Delecour, Piquemal, Bambuck et Berger ont été champions et recordmen d’Europe du 4x100m, que Bambuck a été double finaliste olympique sur 100m et 200m et médaillé de bronze au relais 4x100m des J.O. de 1968 (avec Delecour, Piquemal et Fenouil) malgré une angine attrapée la semaine du début de la compétition. Mais je pourrais aussi parler du début des années 1990, où Sangouma et Trouabal ont été médaillés d’argent respectivement du 100 et du 200m aux championnats d’Europe à Split (1990), avec Marie-Rose à la troisième place du 100m, ces trois sprinters, plus Morinière, battant le record du monde en finale du 4x100m avec un temps de 37s79…que notre relais actuel composé avec la soi-disant « meilleure génération du sprint français » n’a toujours pas égalé plus de 20 ans après. Voilà, Monsieur Vicaut, il ne faut pas refaire l’histoire en s’imaginant, comme nombre de jeunes gens aujourd’hui, que l’histoire du sport et du monde a commencé il ya dix ans à peine.

Fermons cette longue parenthèse qui m’a servi d’introduction, pour évoquer un peu plus longuement les prochains Championnats d’Europe d’athlétisme qui vont se dérouler du 12 au 17 août prochains à Zurich. Un lieu mythique pour les fans de ce sport, où nombre de grandes performances et de records du monde (Lauer, Hary, Davenpoort, Milburn, Coe, Nehemia, Evelyn Ashford, Mary Decker, Carl Lewis, Reynolds, Kingdom, 4x100m américain, Kiptanui, Gebresselasié, El Guerrouj, Kipketer…et j’en oublie peut-être) ont été réalisés sur une piste que l’on a souvent qualifiée de « miracle », même si ladite piste a changé de nature depuis l’apparition des pistes synthétiques. Cela étant, des grandes performances, nous français en attendons quelques unes de très belles, notamment sur une discipline qui, de tous temps,  fut une des plus prolifiques en médailles dans les divers championnats continentaux ou planétaires, à savoir le 110m haies. Il suffit d’ailleurs de consulter les palmarès olympiques, mondiaux ou européens, pour s’apercevoir que le 110m haies a souvent souri aux hurdlers français, depuis André-Jacques Marie (au début des années 50) jusqu’à ce jour, en passant par Guy Drut, un des trois ou quatre plus grands athlètes de l’histoire de notre athlétisme national,  Caristan ou encore  Ladji Doucouré.

A propos de Doucouré, même s’il peine à revenir à un bon niveau, on peut quand même saluer son investissement, malgré une cascade de blessures qui n’ont cessé de contrarier sa carrière entre 2006 et 2011, en notant qu’il vient de réussir 13s38 dernièrement à Castres (avec vent), après avoir réussi 13s44 peu avant à La Roche-sur-Yon, ce qui aurait pu lui permettre de disputer les Championnats d’Europe…si la France ne disposait pas déjà de trois coureurs de très haut niveau international, dont un, Pascal Martinot-Lagarde, devrait s’attribuer le titre européen à Zurich. N’oublions pas qu’il détient la meilleure performance mondiale de l’année, en 12s95 (à Monaco), ce qui lui a permis de battre le vieux record de France de Doucouré (12s97 en 2005).

En fait seule une chute ou une grosse contre-performance pourrait priver notre champion du titre européen, tellement ses progrès sont évidents cette année. En tout cas le changement dans sa technique de course (sept foulées avant la première haie au lieu de huit), expérimenté avec son ancienne coach, Patricia Girard, qu’il a quitté depuis le mois d’avril pour rejoindre le groupe de Giscard Samba dans lequel figurent aussi son frère aîné Thomas et Cindy Billaud, la nouvelle co- recordwoman de France (12s56 comme Monique Ewange-Epée en 1990), est rien moins qu’une réussite. Certains trouveront un peu cavalier d’avoir quitté Patricia Girard au moment où celle-ci lui a permis d’acquérir une nouvelle technique, mais ce sont les aléas de la condition de coach.

Le frère de Pascal Martinot-Lagarde, Thomas, aura lui aussi une belle chance de médaille à Zurich s’il est au niveau de son record personnel (13s26), tout comme l’autre Français, Dimitri Bascou, dont le record personnel est de 13s25. Qui sait, peut-être aurons-nous un podium 100% français aux prochains Championnats d’Europe, ce qui serait évidemment inédit ? Cela dit, la discipline en France est tellement riche, qu’outre Doucouré, notre délégation sera privée de Garfield Darien, double médaillé d’argent  aux championnats d’Europe (2010 et 2012).   Oui, le 110m haies est bien la distance phare de notre athlétisme, même si nous avons avec Renaud Lavillenie le meilleur perchiste mondial de ces derniers années (champion olympique du saut à la perche en 2012 et recordman du monde depuis cet hiver).

Cela étant, comme ce site est surtout consacré à l’histoire du sport, je voudrais dire quelques mots de nos meilleurs coureurs de 110m haies, dont on a parfois oublié le nom, mais qui ont néanmoins participé à la gloire de l’athlétisme français, à une époque où la Diamont League n’existait pas, mais à une époque où les matches internationaux étaient très nombreux en plus des nombreux meetings qui avaient lieu un peu partout dans le monde. Bref, à une époque où l’athlétisme n’était pas seulement une compétition de championnats, comme c’est le cas de nos jours, depuis l’avènement du professionnalisme.

J’ai déjà parlé d’André-Jacques Marie, champion d’Europe du 110m haies en 1950, mais ensuite il y eut un athlète qui ne remporta jamais un grand championnat, mais qui, en revanche, fut un des meilleurs athlètes européens dans sa discipline pendant presque une décennie. Il s’agit d’Edmond Roudnitska, excellent technicien, qui participa à trois Jeux Olympiques. Il était surtout redoutable avec le maillot de l’équipe de France (vainqueur de tous les matches internationaux auxquels il participa en 1956), comme si ce maillot lui permettait de se surpasser encore davantage qu’en grande compétition individuelle. Dommage qu’il n’ait pas eu la même réussite aux J.O. de Melbourne en 1956, où il fut éliminé en demi-finale en 14s9, après avoir réalisé 14s3 en séries (la médaille de bronze a été obtenue avec 14s1).

 Dix ans plus tard, en 1966, Marcel Duriez sera médaillé de bronze aux championnats d’Europe 1966, derrière Eddy Ottoz, hurdler italien né en France, qui remporta aussi l’or en 1969. Duriez, athlète qui ne s’avouait jamais battu, fut également deux fois finaliste olympique en 1964 (6è) et 1968 (7è). D’une certaine manière, on pourrait dire que Duriez annonçait l’arrivée de Guy Drut au firmament de la discipline en Europe et dans le monde (voir mon article Borzov, Akii-Bua…et Drut aux J.O. de Munich). Drut qui allait devenir tout naturellement champion d’Europe en 1974, deux après avoir réussi l’exploit d’empêcher un triplé américain aux J.O. de Munich en s’intercalant entre l’extraordinaire Milburn et Hill. Quatre ans plus tard, aux J.O. de Montréal, Guy Drut réussira là où Jazy avait échoué en 1964 à Tokyo (sur 5000m), qui plus est en n’étant pas forcément le meilleur, car son second, le Cubain Cabanas, lui était sans doute très légèrement supérieur, Drut souffrant légèrement de la cuisse. Un champion, un immense champion même, car remporter une médaille d’or olympique dans ces conditions ressort presque du miracle. Une victoire qui allait en quelque sorte servir d’exemple à tous les sportifs français.

En 1986, la France allait reprendre sa suprématie européenne sur 110m haies grâce à Stéphane Caristan, hurdler extrêmement doué, mais hélas fragile comme du verre. A 20 ans, en 1984, il terminait déjà à la sixième place aux J.O. de los Angeles, puis remporta l’or aux Jeux mondiaux en salle l’année suivante, avant de s’emparer avec une dérisoire facilité du titre européen en 1986 en 13s20, ce qui constituait un nouveau record d’Europe. La France semblait tenir en lui le successeur de Drut, mais sa fragilité allait perturber sa carrière jusqu’à ce que le professeur Saillant, chirurgien des sportifs, lui conseille de faire des haies basses (400m haies). Et au prix de douloureux efforts, avec un orgueil comme seuls les grands champions peuvent en avoir, il réussira sa reconversion sur 400m haies en devenant finaliste olympique sur 400m haies aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 (7è). Belle performance certes, mais jusqu’où serait-il allé sur les haies hautes ? Nul ne le saura, mais ce dont on est sûr c’est que la fragilité de Caristan nous a privé de bien beaux duels avec le Britannique Colin Jackson, de trois ans son cadet.

L’histoire allait hélas recommencer quelques années plus tard avec Ladji Doucouré, autre athlète super doué et tout aussi fragile que Caristan. Il aura néanmoins le temps, que n’a pas eu Caristan, pour se confectionner un remarquable palmarès qui le rapproche de Drut et le place au deuxième rang de nos plus grands spécialistes du 110m haies. En plus de deux titres européens en salle, c’est surtout son titre mondial remporté en 2005 que l’histoire retiendra, parce que ce titre fut acquis en battant le champion olympique chinois, Liu Xiang, et le quadruple champion du monde américain, Allen Johnson. Doucouré était bien le meilleur des meilleurs cette année-là ! Et comme un bonheur ne vient jamais seul, c’est en excellent sprinter (10s30 au 100m) qu’il lança le relais 4x100m en finale de ces mêmes championnats du monde 2005, un relais qui, pour la première fois, sera sacré champion du monde. Deux titres mondiaux pour notre champion, comme Gatlin, Wariner, Ramzi ou Lauryn Williams ! Dommage que lui aussi n’ait pas connu une carrière davantage exempte de blessures, car il aurait pu être recordman du monde et champion olympique. Cela dit, pour nous Français, il sera un des trois seuls athlètes masculins à avoir conquis un titre de champion du monde, en plus de Teddy Thamgo au triple saut (2013), et Stéphane Diagana sur 400m haies en 1997. Stéphane Diagana qui avait justement commencé sa carrière sur 110m haies, et qui, lui aussi, n’a pas été ménagé par les blessures.

Michel Escatafal


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.