Quel est le meilleur coureur cycliste de l’histoire ?

Pour autant qu’on connaisse le cyclisme il est très difficile de faire l’esquisse d’un classement des plus grands champions de tous les temps, même en prenant en compte le palmarès de tous les coureurs ayant couru ou recouru depuis 1945 jusqu’à nos jours.  Le palmarès a l’avantage de donner une indication, car il marque très précisément la présence du coureur au plus haut niveau…de son époque. Il suffit pour cela de sélectionner les plus grandes courses figurant au calendrier depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, en attribuant des coefficients pour les grands tours, ce qui nous permettra de faire des comparaisons assez fiables. Quelles sont ces épreuves ? Tout d’abord les trois grands tours, France, Italie et Espagne, plus le Tour de Suisse. Ensuite il y a les classiques incontournables telles que Milan San-Remo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, Paris-Tours et le Tour de Lombardie. Puis on ajoute le championnat du monde sur route, et le Grand Prix des Nations que l’on doit  fusionner avec le championnat du monde contre-la-montre dès l’apparition de celui-ci (1994).

A ce propos, il faut préciser tout de suite qu’aucun champion n’a remporté toutes ces épreuves, y compris Merckx qui n’a jamais gagné Paris-Tours. Et d’ailleurs y aura-t-il un jour un coureur capable de gagner au moins une fois toutes ces courses ? J’en doute, tellement « ce grand chelem » ressemblerait à un exploit qui paraît de nos jours de plus en plus impossible, le cyclisme ayant  beaucoup évolué depuis l’époque de Merckx, au point d’être devenu un sport universel, avec non seulement des coureurs venant de toute l’Europe, mais aussi avec des Américains du Nord, du Sud, sans oublier des champions venant d’Europe de l’Est ou d’Asie dans les pays appartenant autrefois à l’ex-Union Soviétique (Kazakhstan, Ukraine, Azerbaïdjan etc.), ou encore des  Japonais, des  Malais, et bien sûr des Australiens et des Néo-Zélandais. Bientôt il y aura aussi dans le peloton professionnel des Africains, lesquels organisent déjà plusieurs épreuves prenant de plus en plus d’importance chaque année, notamment  la Tropicale Amissa Bongo.

Si l’on doit insister autant sur cette universalisation, c’est pour bien montrer que de nos jours la compétition est d’une sévérité extrême qui, par la qualité des coureurs composant le peloton, nous rapproche de l’époque dorée de la fin des années 40 et des décennies 50 et 60. C’est la raison pour laquelle les meilleurs coureurs actuels (Contador, Cancellara, Schleck, Basso, Nibali, Menchov, Sanchez, Vinokourov, Evans), même s’ils sont loin d’avoir le palmarès des anciens, n’ont  pas à rougir de la comparaison avec les précédents maîtres du peloton, y compris les plus grands. Si nous disons cela c’est aussi pour démontrer qu’à travers ces comparaisons entre générations, il faut tenir compte de la concurrence de plus en plus exacerbée qui sévit dans les grandes courses. Cette concurrence oblige en outre les coureurs à choisir leurs objectifs, d’autant que les intérêts commerciaux suivent la courbe de l’universalisation, avec la présence de grands groupes (banques, industries, services) sponsorisant les équipes, quand ce n’est pas tout simplement un pays, comme c’est le cas pour le Kazakhstan (Astana).

Bien entendu cette richesse en termes de qualité oblige les observateurs  à en tenir compte, s’il l’on veut pouvoir faire un essai de comparaison entre les plus grands. Et c’est pourquoi nombreux sont ceux qui pensent que le plus grand coureur de tous les temps s’appelle Fausto Coppi. Il était quasiment imbattable contre-la-montre, personne ne pouvait le suivre en montagne sauf Gino Bartali, et il allait assez vite au sprint surtout après 250 km de course…si on avait réussi à le suivre. En outre il est sans doute avec Roger Rivière le plus grand poursuiteur de l’histoire. Qui peut espérer se comparer à Coppi ?

Merckx, le plus beau palmarès de tous, mais il n’avait pas les qualités d’escaladeur d’un Coppi malgré quelques coups d’éclat comme dans le Tour de France 1969 (étape de Mourenx). La preuve que Merckx n’était pas un pur grimpeur nous l’avons à travers ses confrontations avec Fuente et plus encore avec Luis Ocana (voir Tour de France 1971 à Orcières-Merlette). Cela dit Merckx, comme plus tard Hinault, était un super champion tout terrain, à la fois grand rouleur, très bon grimpeur, et doué d’une belle pointe de vitesse à l’issue de courses très difficiles. C’est ce qui explique la richesse et la variété de son palmarès, comme celui de Bernard Hinault à l’étage juste en dessous.

Quant à Anquetil, comme plus tard Indurain et Armstrong, ils étaient avant tout des coureurs de grands tours (17 Tours de France à eux trois), mais leur palmarès est peu étoffé en ce qui concerne les classiques, contrairement à Coppi, Merckx, Hinault et même Bartali. Anquetil est considéré, encore de nos jours, comme le meilleur rouleur parmi tous ces cracks avec ses 9 grands prix des Nations, mais là aussi il faut relativiser car il fut  battu dans les contre-la-montre du Tour de France 1959 par Roger Rivière, ce dernier étant obligé d’interrompre sa carrière (à 24 ans) suite à sa chute dans le Tour de France 1960. Combien de grands tours Rivière aurait-il gagné sans cette chute ? Nul ne le sait, mais il était au moins aussi doué qu’Anquetil, et il était imbattable contre le chrono sur des distances inférieures à 70 km. En tout cas la descente du col du Perjuret  nous a privé de sacrés passes d’armes entre ces deux champions exceptionnels (4 records de l’heure à eux deux).

Fermons la parenthèse, pour constater que même en retournant le problème dans tous les sens, désigner le champion des champions de l’histoire du vélo reste un exercice surréaliste. Cela dit, voici le classement des 12 premiers coureurs en se basant uniquement sur le palmarès des grandes courses : Merckx, Hinault, Coppi, Anquetil, Bartali, Armstrong, Gimondi, Indurain, Kelly, Van Looy, Bobet et De Vlaeminck. Toutefois, en essayant d’être le plus objectif possible, en tenant compte de paramètres comme la concurrence ou même la guerre, on devrait mettre Coppi, Merckx, Hinault, Bartali, Anquetil, Bobet, Gimondi, Armstrong, Indurain et Van Looy qui fut, avant Merckx, le roi des classiques. Deux autres coureurs extraordinairement doués mais à la carrière très courte, Koblet et Rivière, mériteraient de faire partie de cette galaxie. Un dernier mot enfin, si sa carrière ne s’arrête pas suite à son contrôle anormal dans le dernier Tour de France, Contador à moins de 28 ans figure déjà dans au 14è rang derrière Moser (13è) et devant Van Steenbergen (15è). En outre  il est un des 5 coureurs à avoir réalisé « la Triple Couronne » (les 3 grands tours) avec Anquetil, Gimondi, Merckx et Hinault.

Conclusion, il est sans doute impensable de comparer des coureurs comme Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Indurain ou Armstrong et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord,  chaque époque a son champion, mais il y a des périodes où les grands étaient très nombreux. Par exemple dans les années 50, Coppi a dû affronter dans les grands tours Koblet, Bobet, Kubler, Magni, sans oublier Bartali même si ce dernier était vieillissant. En revanche, à la notable exception d’Ullrich ou Basso, aucun coureur ne pouvait réellement rivaliser avec  Armstrong sur le Tour de France. Cela dit, à part le Tour de France, que faisait Armstrong pendant le reste de la saison ? Peu de choses, si on compare l’activité qu’avaient un Coppi, un Merckx ou un Hinault qui gagnaient des classiques au printemps, le Giro et le Tour ensuite, le Championnat du Monde, le Grand Prix des Nations contre-la-montre, sans oublier le Tour de Lombardie.

Michel Escatafal


5 Commentaires on “Quel est le meilleur coureur cycliste de l’histoire ?”

  1. Dam2P dit :

    Merci pour cet excellent article. J’aurais bien vu également une mention au sujet de carrière étonnante de Jannie Longo.

    • msjsport dit :

      Merci à vous. Pour Jeannie Longo j’en parlerai un peu plus tard, dans le cadre d’un billet sur les femmes dans le sport français. Elle mérite effectivement un hommage particulier.

  2. BATTAIS dit :

    merckx hinault coppi bartali anquetil binda indurain bobet … Je pense que les plus grands sont là à 1 ou 2 exceptions

  3. Billy Jean-Pierre dit :

    Pour moi, le plus grand de tous les temps, c’est Eddy Merckx… , il n’y a qu’à consulter son palmarès, c’est très impressionnant. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelait “le cannibale”

  4. james Moreno dit :

    Bravo ! Article bien pensé et bien écrit. l n’y a pas grand chose à rajouter. Tous les noms sont là …et dans l’ordre.


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