Les arbitres de rugby m’ont rendu parfois bien malheureux…mais aussi très heureux !

Et bien non, le XV de France n’a toujours pas remporté un titre mondial. Troisième finale, et troisième finale perdue, mais force est de reconnaître que ça se rapproche. Il ne manquait qu’un point. Certes un point c’est beaucoup, mais c’est quand même très peu, si l’on considère que l’arbitrage a quand même beaucoup aidé les Néo-Zélandais…qui toutefois méritaient le titre pour l’ensemble de leur œuvre pendant cette Coupe du Monde. Voilà je n’en dirai pas plus sur cette finale que la France méritait cent fois de gagner, et qui n’a pas donné une bonne image du rugby néo-zélandais que, pourtant, j’ai toujours apprécié. Mais là c’était trop de pression, presque malsaine, à l’image du traitement infligé à Parra par McCaw. Et quand je lis sur le site web de l’Equipe, que le New Zealand Herald évoque sur son  site une possible fourchette de Dussautoir sur McCaw pendant la finale, je suis carrément écoeuré par cette presse néo-zélandaise qui confond presque le rugby avec la guerre. Non, il faut savoir raison garder, le rugby doit rester un sport, et si possible un sport de gentlemen, fut-il joué par des voyous.

Revenons à présent sur cette Coupe du Monde 2011 pour noter, comme l’a dit A. Penaud dans l’Equipe, que le point qui a manqué au XV de France « symbolise sûrement tout ce qui n’a pas été construit durant quatre ans ». Je suis évidemment d’accord avec cet ancien grand joueur, mais j’ajouterais que le dernier avatar de l’ère Lièvremont fut de refuser encore une fois de faire jouer Parra à son vrai poste…pour ne pas vouloir choisir entre lui et Yachvilli. Quelle constance dans l’incompréhensible, d’autant qu’en tant qu’ancien international, Lièvremont savait bien que Parra n’était pas à sa place à l’ouverture, alors qu’on avait dans l’effectif un vrai, un grand demi d’ouverture, Trinh-Duc, et qu’il y avait même comme remplaçant éventuel Doussain, demi d’ouverture de formation, installé à la mêlée par Elissalde au Stade Toulousain depuis l’année passée.  Cela prouve quand même un certain empirisme de la part de Lièvremont et ce, jusqu’au dernier match de la Coupe du Monde. Certes aujourd’hui, suite à cette finale, il est encensé par tous ceux qui le clouaient au pilori après le match contre les Tonga, mais il y a quand même eu pendant ces quatre ans des manques criants dans cette équipe, sans parler de cette manie de faire opérer les joueurs à un autre poste que celui qu’ils occupent habituellement. 

Les All Blacks, par exemple, ont remplacé, ou plutôt essayé de remplacer Carter par un vrai demi d’ouverture, ce qui était logique. Certes il peut y avoir des circonstances qui font qu’on peut utiliser un joueur à un poste plutôt qu’un autre, mais cela ne peut être que ponctuel. Il peut aussi arriver qu’un sélectionneur ait à se disposition deux supers joueurs à un même poste, auquel cas il est tentant pour lui de faire jouer les deux à des postes où l’adaptation sera facile, comme centre et ouvreur, ou encore arrière et ailier. A ce propos, je me rappelle quand j’étais très jeune avoir vu les Anglais aligner en même temps deux ouvreurs au talent exceptionnel, Richard Sharp et B. Risman, ce dernier placé au centre. Cela dit, cette association ne dura que le temps d’un tournoi (1961), Sharp finissant par s’imposer, et devenir un des plus grands numéros 10 de l’histoire.  J’ai aussi en mémoire le positionnement au poste de centre de Tony O’Reilly, l’Irlandais, un ailier comme le rugby en a peu connu, avec un succès très mitigé. Cela étant, il peut aussi y avoir des joueurs capables d’opérer à divers postes sans que cela n’affecte leur rendement. Parmi eux je citerais Martine, Gachassin, Maso, Aguirre, Blanco, et plus près de nous Michalak et Elissalde, pour ne citer que des joueurs des lignes arrière, ce qui n’empêche pas qu’ils ne furent jamais aussi bons qu’installés à leur poste de prédilection.

Fermons la parenthèse, pour se rappeler un évènement qui fut jugé considérable à l’époque, et qui n’est pas sans rappeler l’aventure que vient de vivre le XV de France, à savoir le premier grand chelem de l’équipe de France dans le Tournoi des 5 Nations en 1968. Curieusement, jamais la France n’avait réussi à réaliser le grand chelem jusque-là, même si elle passa très près en 1955. Cette année-là en effet, le XV de France avait remporté trois victoires successives dans le Tournoi, et rencontrait le Pays de Galles à Colombes pour ce qui était attendu comme la consécration d’une saison exceptionnelle où la France, après avoir nettement battu l’Ecosse à Colombes (15-0), puis l’Irlande (5-3) et l’Angleterre (16-9) chez elles, n’avait plus qu’à dominer les Gallois pour remporter seule le Tournoi pour la première fois, et réaliser du même coup le grand chelem. Hélas, contre toute attente, notre équipe commandée par Jean Prat fut battue par Galles (16-11), après toutefois avoir joué toute la seconde mi-temps à 14, suite à une blessure au genou du troisième ligne aile Domec. Et on allait attendre l’année 1968 pour remporter enfin quatre victoires, ce que même la super équipe de Mias en 1959 ou celle de Moncla en 1960, ou encore celle de Crauste en 1966, n’avait pas réussi à faire.

En 1968 donc, nous étions en pleine  guerre  picrocholine entre tenants d’une équipe offensive avec Gachassin à l’ouverture, et les autres préférant la sécurité avec les frères Camberabero à la charnière, Guy étant aussi un buteur exceptionnel. Tout cela laissant penser à certains, qu’avec les Camberabero on pouvait mettre n’importe qui dans la ligne de  trois-quarts. On commença donc le 13 janvier par un match à Murrayfield contre l’Ecosse, que la France remporta (8-6) grâce à une transformation du bord de la touche de Guy Camberabero dans un vent tourbillonant…et à la maladresse des buteurs Ecossais. Cela nous fait beaucoup penser à la demi-finale du XV de France face aux Gallois à la Coupe du monde  cette année. Ensuite, sous la pression de l’opinion, les sélectionneurs changèrent de charnière pour jouer contre l’Irlande à Colombes, en sélectionnant à la place des Camberabero, la paire improvisée Maso en 10 et Fouroux en 9. Mais une blessure de Maso dans la semaine précédant le match, obligea les sélectionneurs à rappeler Gachassin, et pour garder de l’homogénéité à la charnière on décida de titulariser J.H. Mir à la mêlée, pour reconstituer la paire de demis du F.C. Lourdes, en lieu et place de Fouroux. Quel tact de la part des sélectionneurs ! Surtout si l’on songe que  sans la blessure de Maso, on allait avoir comme demis deux joueurs qui n’avaient jamais joué ensemble. Comprenne qui pourra !

 Cela dit, la France remporta ce match (16-6) grâce à deux essais magnifiques marqués par Campaes et Dauga. En revanche la prestation du pack fut plutôt quelconque, comme contre l’Ecosse, malgré quelques grands noms dans ses rangs comme Christian Carrère le capitaine, mais aussi Dauga, Spanghero, Cester ou Gruarin. Allait-on malgré tout faire confiance à cette équipe qui venait de remporter deux victoires de suite pour jouer à Colombes contre l’Angleterre ? Et bien non, parce qu’entre temps il y avait eu un match où le XV de France était opposé à une sélection du Sud-Est, lors d’une rencontre à Grenoble disputée dans le cadre des festivités des Jeux Olympiques. Et le XV de France fut battu 11-9, ce qui amena les sélectionneurs à modifier la moitié de l’équipe pour le match contre l’Angleterre. On rappela les frères Camberabero, en plaçant Gachassin…au centre à la place de Trillo, et en remplaçant toute la première ligne, avec comme talonneur un certain Yachvilli (père de Dimitri), Dauga faisant aussi les frais de ce bouleversement remplacé par Plantefol.

Ce fut un match bizzare que les Français remportèrent avec beaucoup de chance, après avoir été menés 6-3 à la pause. Heureusement les Français savaient encore attaquer, et après une attaque classique avec l’arrière Claude Lacaze  intercalé qui alla jusqu’à l’aile de Campaes, celui-ci décocha un coup de pied de recentrage que Gachassin récupéra dans l’en-but.  Avec la transformation de Guy Camberabero, et deux drops de Lacaze et Lilian Camberabero, les Français remportèrent ce match (14-9). Mais les Anglais pouvaient être frustrés…par l’arbitrage, M. Laidlaw (Ecossais) ayant refusé deux essais aux Anglais, l’un pour un en-avant qu’il fut sans doute le seul à voir, et l’autre qui aurait dû être accordé, l’ailier anglais ayant glissé jusque dans l’en but. Comme quoi, il est arrivé que l’arbitre soit de notre côté, comme du reste lors du match France-Nlle Zélande en 2007. Cela dit, revenons au Tournoi 1968 pour constater que le XV de France, après cette troisième journée, était seul en tête avec trois victoires. Plus qu’une et c’était le grand chelem !

Allait-on de nouveau bouleverser l’équipe pour ce dernier match ou garder la même ? En fait, il y aura trois changements, avec d’abord l’arrivée de Greffe au poste de troisième ligne centre ce qui eut pour effet de déplacer  W. Spanghero comme flanker. Ce changement était dicté par les circonstances, puisque Salut était blessé. En revanche on décida de changer la paire de centres du match contre l’Angleterre, Gachassin-Lux, pour la remplacer par une association Maso-Dourthe. Les Français n’étaient pas favoris face à une équipe galloise où l’on découvrait une paire de demis, Edwards-Barry John, dont beaucoup disent qu’elle fut la meilleure de l’histoire du rugby. Certes ces deux pépites n’étaient pas encore au niveau auquel elles allaient évoluer les années suivantes, certes aussi l’équipe galloise était loin d’être au niveau de certaines de ses devancières, mais le match se jouait à Cardiff où il était toujours difficile de gagner. En outre, ce jour-là le terrain était boueux et le vent était de la partie, et chacun savait que les Français n’aimaient guère ce type de conditions pour pouvoir s’exprimer. D’ailleurs à la mi-temps les Gallois menaient 9-3, grace à un essai (qui valait trois points à l’époque) de leur ailier Ken Jones, et à deux pénalités. Mais ce jour-là les dieux du rugby étaient avec nous, les Gallois manquant deux pénalités faciles face au vent, alors que les Français réussissaient à marquer deux essais par Carrère, suite à un drop contré de Lilian Camberabero, et par ce même Lilian Camberabero, les deux étant toutefois entachés de hors-jeu des avants français. Guy Camberabero complétant le score par un drop et une pénalité. C’était quasiment du 100% pour les Camberabero !

Malgré tout les Français avaient eu beaucoup de réussite, et pouvaient dire une nouvelle fois merci à l’arbitre, le même que contre l’Angleterre.  Mais le grand chelem était enfin réalisé, une première depuis 1906 pour le XV de France. C’est pour cela qu’il ne faut pas désespérer pour le titre de champion du monde, parce qu’un jour ou l’autre la France enlèvera la Coupe du Monde, et comblera ce vide dans son palmarès. Le plus étonnant est que ce premier grand chelem fut réalisé avec une équipe somme toute moins forte que celles que j’ai évoqué précédemment, celles de 1955, 1959, 1960 ou encore celle de 1966, avec l’épisode de la fameuse passe de Gachassin à Darrouy rabattu par le vent sur Stuart Watkins, qui permit aux Gallois de l’emporter sur le score de 9 à 8…comme cette année en demi-finale de la Coupe du Monde, mais cette fois avec un résultat inversé. Et pour compléter la comparaison entre l’équipe vainqueur du grand chelem en 1968, et l’équipe battue dimanche en finale de la Coupe du Monde, on dira aussi que le XV de France finaliste de 2011 était sans doute moins fort que celui de 1987, ou encore que celui qui s’inclina en 1995 sur des décisions arbitrales très controversées en demi-finale  contre le vainqueur, l’Afrique du Sud, pays organisateur. Finalement l’arbitre c’est une fois d’un côté et une fois de l’autre ! C’est pour cela que je n’aurais pas dû me mettre en colère contre M. Joubert,

Michel Escatafal


L’histoire nous prouve qu’il ne faut pas désespérer du XV de France

J’ai vu hier  matin le match du XV de France contre les Iles Tonga…et j’ai été déçu comme tout le monde par le triste spectacle que nous ont offert  les Bleus. Je n’arrive pas à comprendre qu’en  quatre ans le sélectionneur Marc Lièvremont n’ait pas réussi à dégager un noyau d’une vingtaine de joueurs indiscutables pour former une équipe. Je n’arrive pas non plus à accepter de voir des joueurs sur le terrain ayant l’air perdus, faute d’un véritable plan de jeu comme toute grande équipe se doit d’en développer. J’ai eu  mal aussi hier après-midi en voyant des joueurs toulousains, jouant chaque semaine en top 14, être extrêmement performants comparés à certains joueurs qui sont en Nouvelle-Zélande, même si au fond de moi je n’étais pas mécontent de voir le Stade Toulousain étriller Clermont grâce à la prestation des « oubliés » de la sélection.

Je ne suis d’ailleurs pas le seul à affirmer que si Jauzion, Poitrenaud ou autres David jouaient en équipe de France, le Stade Toulousain serait complètement décapité, malgré le talent de Mac Allister, Bézy, Nyanga et leurs copains restés au pays, mais cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de regrets, même si je sais bien que ces joueurs auraient du mal à être aussi performants dans le XV de France, parce que l’environnement dans leur club est beaucoup plus favorable à leur épanouissement. J’enrage enfin de voir à quel point Lièvremont se moque du monde en faisant venir Doussain, demi d’ouverture de formation, en Nouvelle-Zélande…pour ne pas le faire jouer, obligeant Elissalde à rechausser les crampons au risque d’y laisser sa santé, préférant mettre Parra à l’ouverture en remplacement de Skrela.

On nous dit que Parra a démarré sa carrière chez les jeunes à l’ouverture, soit. Mais depuis qu’il opère en Top 14 il joue à la mêlée, poste où il est très bon sans être d’ailleurs exceptionnel. Cela étant, preuve que quelque chose ne va pas dans cette équipe de France, cette dernière ne dispose comme buteurs que des deux  demis de mêlée Parra et Yachvilli…ce qui signifie qu’on n’a pas pu essayer une charnière avec Trinh-Duc et Doussain à la mêlée, poste où il opère depuis ses débuts en équipe première au Stade Toulousain (l’an passé à la place de Kelleher), parce que Doussain  n’est pas un vrai buteur en club. Par parenthèse c’est un argument qui ne tient pas nécessairement, dans la mesure où Doussain sait aussi botter. En outre, quand on a confié le rôle de buteur à Parra en équipe de France, il n’était pas le buteur attitré de son club de Bourgoin. Cela dit, certains vont dire qu’avec Wisnieski, excellent buteur et véritable ouvreur, le problème serait  plus simple. Ouf, j’espère que vous avez suivi, car tous ces commentaires à l’emporte-pièce ne font que démontrer à quel point c’est le capharnaüm dans le XV de France !

Et pourtant je pense que le XV de France peut encore être sacré champion du monde dans trois semaines. Comment puis-je m’avancer à ce point ? D’abord parce que le rugby a moins de dix nations qui comptent dans le monde. Ensuite pour des raisons objectives tenant au tirage des phases finales et au déroulement de la compétition, avec d’un côté l’hémisphère Nord et de l’autre l’hémisphère Sud. Enfin parce que l’histoire du XV de France est suffisamment riche pour nous faire savoir que ce dernier n’est jamais aussi performant que lorsqu’on l’a enterré, comme s’il avait besoin d’être au fond du trou pour redevenir une équipe, voire même parfois une grande équipe, comme en témoigne la victoire sur le Pays de Galles lors du dernier Tournoi après la déroute contre l’Italie. Grande équipe, je ne sais pas si notre XV national actuel peut espérer mériter un jour ce qualificatif, car manifestement une grande équipe comporte en son sein de grands ou de très grands joueurs, figurant parmi les meilleurs du monde. C’était le cas de l’équipe de 58-59 avec les Lourdais et Lucien Mias, comme c’était le cas en 1966 avec notamment  Gachassin, les Boniface, Darrouy, Dauga, Spanghero emmenés par Crauste, ou comme en 1977 avec Aguirre, Bertranne, Sangali, et le meilleur pack que nous ayons peut-être jamais possédé (Skrela, Rives, Bastiat, Palmié, Imbernon, Paparembored, Paco, Cholley) sous les ordres de Fouroux.

En parlant de Fouroux, cela me permet de faire la liaison avec l’aventure de l’équipe de France en 1987, dont il était le sélectionneur, lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande et en Australie, en rappelant que c’était la première fois qu’était organisée cette compétition, ce qui m’autorise à rendre hommage à Albert Ferrasse, l’ancien président de la FFR, qui avait beaucoup œuvré pour sa naissance. Continuons dans l’histoire en rappelant que Jacques Fouroux avait déjà été un grand capitaine, à défaut d’être un grand joueur, et que son emprise sur les hommes était très importante. Sur le plan des résultats, quand l’équipe de France était arrivée à la Coupe du Monde, elle venait de réaliser le grand chelem, en faisant l’admiration des Britanniques, lesquels estimaient que « seuls les Français sont touchés par cette inspiration qui parfois confine au génie ». Evidemment on n’a jamais dit pareille chose à propos de l’équipe de Lièvremont. Dans son équipe, surtout celle du dernier Tournoi et celle qui opère actuellement en Nouvelle-Zélande, il n’y a pas l’équivalent derrière de Blanco, Sella, Charvet, Lagisquet, Mesnel ou Berbizier. En fait il n’y a qu’au niveau du pack, et encore, que l’on puisse espérer soutenir la comparaison. Ce n’est pas suffisant, on en conviendra.

Pour autant, le début de la Coupe du Monde en 1987 ne fut pas brillant, avec un match nul contre l’Ecosse, qui  permettait à notre équipe d’éviter la Nouvelle-Zélande en quart de finale. Néanmoins le XV de France n’avait dû son salut qu’à une transformation manquée de Gavin Hastings à la dernière minute, et au fait qu’il ait marqué trois essais contre deux aux Ecossais, pourtant loin d’être des foudres de guerre. Au match suivant, les Français n’avaient pas non plus fait grosse impression  en dominant la Roumanie  sur un score très lourd (55-12), des Roumains que les Irlandais avaient écrasée peu avant (60-0). Ce fut l’occasion pour Fouroux, qui n’était pas Lièvremont, de mettre dans le bain D. Camberabero, qui avait remplacé au pied levé Lafond blessé juste avant le départ. Ce même Camberabero, ouvreur de formation mais capable de jouer à l’arrière ou à l’aile, allait lors du match suivant remporté contre le Zimbawe (70-12) marquer 30 points, et battre le record de son père Guy (27) établi contre l’Italie vingt ans auparavant. Cela dit, cette victoire ne rassurait personne tellement les Français avaient gâché d’occasions.

Le moins que l’on puisse dire est que nos Bleus n’avaient pas vraiment convaincu jusque là, mais ils étaient qualifiés  pour les quarts de finale où ils allaient affronter  les Fidji, équipe qui comportait dans ses rangs quelques bons joueurs, notamment l’ailier Damu et surtout l’ouvreur Koraduadua. Match a priori facile, un peu comme les Tonga hier, que les Français remportèrent, mais au prix de quelques souffrances dues à de nombreuses errances en défense, notamment la paire de centre Mesnel-Sella qui n’avait jamais joué ensemble à ce poste. Comme quoi, même avec un grand talent, il faut quand même avoir joué ensemble un minimum, et mieux vaut jouer à son poste. Or Mesnel était d’abord un ouvreur…mais n’était pas botteur, ce qui avait incité Fouroux à faire jouer Laporte à l’ouverture. Finalement le XV de France battit les Fidji (31-16) en ayant marqué quatre essais, mais notre équipe n’avait absolument pas rassuré les supporters, lesquels se demandaient à quelle sauce allaient être mangé nos Tricolores contre l’Australie en demi-finale. Ils se trompaient lourdement !

Cette fois Fouroux avait retrouvé tous ses joueurs, et alignait sa meilleure équipe* avec Mesnel à l’ouverture et Didier Camberabero à l’aile, avec la charge de buteur. Je ne vais pas décrire cette rencontre dont j’ai déjà parlé dans un précédent article, sauf pour souligner que ce fut un match exceptionnel, que nombre d’observateurs ont qualifié de « match du siècle ». Une rencontre indécise jusqu’au bout, puisque le score était de  21-21 à la soixante quatrième minute, puis 24-24 à l’issue de la première minute des arrêts de jeu, avec une égalisation pleine de sang-froid de Camberabero. Mais ce n’était pas fini car les Français, sur une relance depuis leurs quarante mètres, allaient marquer un essai ou la presque totalité de l’équipe avait touché le ballon, Blanco finissant le travail en plongeant tout près du drapeau de touche, ce qui n’empêcha pas Camberabero de transformer cet essai extraordinaire. La France était en finale contre la Nouvelle-Zélande en ayant battu à Sydney l’Australie chez elle, une équipe d’Australie avec ses Campese, Herbert, Lynagh, Farr-Jones, Poidevin, Campbell et Lawton, une équipe qui allait remporter la Coupe du Monde quatre ans plus tard. Quel exploit monumental !

Il l’était tellement que les Français de Fouroux et du capitaine Dubroca avaient déjà disputé leur finale avant la vraie contre les Néo-Zélandais. Les deux équipes se présentaient en ce 20 juin 1987 avec leur équipe type.  Les All Blacks qui jouaient chez eux, avaient un profond désir de revanche après avoir été nettement battus (16-3) à Nantes en novembre de l’année précédente. En fait  on y a cru jusqu’à la mi-temps atteinte sur le score de 9 points à 3, les Français marquant sur la seule pénalité tentée par Camberabero juste avant la mi-temps. Des Français qui avaient souffert d’un arbitrage pour le moins très sévère en deux occasions, ce qui permit à Fox,  le buteur néo-zélandais, de réussir deux pénalités très importantes. En revanche en deuxième mi-temps, les All Blacks ont fait parler leur classe avec des joueurs comme Kirwan, Fox, Kirk, Michael Jones, Shelford, les deux Whetton ou le talonneur Fitzpatrick,, mais aussi leur cohésion, et leur condition physique. Ils marquèrent trois essais contre un aux Français, lesquels allaient en outre se faire pénaliser pour de trop nombreuses fautes. Les Néo-Zélandais qui n’avaient pas beaucoup souffert pour battre les Gallois, étaient beaucoup plus frais que les Français qui avaient bataillé jusqu’à la dernière minute contre les Australiens, et aussi sans doute un peu plus forts.

L’histoire peut-elle se répéter au moins jusqu’au 23 octobre ? Difficile à envisager a priori, mais pas impossible, car les adversaires du XV de France  ne sont pas non plus d’une grande sérénité, y compris les All Blacks. Ces derniers vont devoir se passer jusqu’à la finale de Carter, et sans doute en quart de finale de leur emblématique capitaine Mac Caw. Or, sans ces deux joueurs, les Blacks ne sont plus tout à fait les Blacks. Ensuite l’Australie a paru très poussive et sans solution contre l’Irlande en match de poule.  Enfin si les Français battent les Anglais, ils rencontreront en demi-finale  le vainqueur du match entre l’Irlande et le Pays de Galles. Angleterre, Irlande, Galles, aucun adversaire n’ayant de quoi effrayer des Français habitués à les rencontrer et même à les battre le plus souvent, sauf peut-être les Anglais. Quant aux Sud-Africains et autres Argentins, eux non plus n’ont pas paru irrésistibles en phase de poule. Bref, c’est un tableau très ouvert pour la France, et ce ne serait pas une grande surprise de les retrouver en finale. N’oublions pas que notre pack est très fort en mêlée, et que nos adversaires concèdent beaucoup de pénalités dans ce secteur. Et si Parra et Yachvilli sont loin d’être les meilleurs demis de la planète rugby, ils ont un pourcentage de réussite excellent dans les tirs au but. Alors, qui sait ? Après tout il n’est pas interdit de rêver.

Michel Escatafal

*Equipe de France 1987 en demi-finale et en finale de la Coupe du Monde : Blanco ; D. Camberabero, Sella, Charvet, Lagisquet ; Mesnel, Berbizier ; Erbani, Rodriguez, Champ ; Condom, Lorieux ; Garuet, Dubroca, Ondarts.


La renaissance de “la Celeste”

L’Uruguay est un des rares pays qui ont remporté plusieurs fois la Coupe du Monde de football. Sur ce plan le football uruguayen a un avantage sur le nôtre, mais apparemment c’est n’est plus le seul, car l’âge d’or du football uruguayen qui semblait passé depuis longtemps, est peut-être en train de renaître, comme en témoigne sa victoire hier soir face au Paraguay en finale de la Copa America, l’équivalent en Amérique du sud du Championnat d’Europe des Nations. L’Uruguay, petit pays de 3,5 millions d’habitants comptant 187.500 licenciés, soit quasiment 12 fois moins que chez nous, a la particularité de faire partie des « grands du football » presque depuis l’avènement de ce sport, ce qui est loin d’être le cas du football français. Son équipe est appelée la Celeste, avec son maillot rayé bleu ciel et blanc et ses shorts et bas noirs.  Compte tenu de son palmarès, elle est connue dans le monde entier car, outre ses 2 victoires en Coupe du Monde, elle a aussi remporté 15 Copas America, et 2 fois les Jeux olympiques en 1924 et 1928, ce qui en a fait la meilleure équipe de la décennie 1920-1930, et le pays de football le plus titré toutes compétitions confondues…devant l’Argentine et le Brésil.

A l’époque il faut noter que les J.O. avaient valeur de championnat de monde, puisque la première édition de la Coupe du Monde eut lieu en 1930. Elle fut organisée en Uruguay…et fut remportée par la sélection uruguayenne. L’Uruguay affiche donc des références qui en font un des trois grands pays de football d’Amérique du Sud, avec les incontournables Brésil et Argentine, peu brillants dans cette Copa America. Enfin, comme ses deux voisins, elle a compté quelques uns des plus grands joueurs de tous les temps, même s’ils sont moins connus que les Brésiliens Didi, Pelé, Zico ou Ronaldo ou les Argentins Kempes, Maradona ou Messi. Rien que dans les années 20 ou 30 des joueurs comme Scarone ou Andrade furent sans doute les deux meilleurs joueurs de cette époque, et figurent parmi les plus grands joueurs du vingtième siècle, sans oublier le buteur patenté que fut Jose Pedro Cea qui marqua 13 buts en 27 sélections entre 1923 et 1932. Comme Scarone et Andrade, il remporta le Coupe du Monde 1930 et fut deux fois champion olympique en 1924 et 1928.

Mais l’Uruguay fut aussi un énorme réservoir de grands joueurs dans les années 50, dans la foulée de sa victoire à la Coupe du Monde 1950, où elle avait battu le Brésil chez lui, dans le match décisif qui se disputait au Maracana. On imagine la peine du peuple brésilien qui n’a toujours vécu que par, pour, et avec le football. Parmi ces super joueurs, on peut citer Ghiggia, Miguez, Maspoli, Andrade (homonyme du meilleur joueur des années 20), Varela et sans doute le plus doué de tous, Schiaffino (photo). Ce dernier a fait ensuite les beaux jours du Milan AC entre 1954 et 1960 et de l’AS Roma jusqu’en 1962. Il a aussi eu la particularité, comme Ghiggia (12 sel. Uruguay et 5 pour l’Italie), d’avoir été international pour son pays d’origine l’Uruguay (21 fois), mais aussi pour son pays d’adoption l’Italie (4 fois). A l’époque il était permis de porter le maillot de plusieurs pays, même en ayant joué la Coupe du Monde. Ensuite dans les années 60 et 70 la grande vedette fut un gardien, à l’époque le meilleur au monde, Mazurkiewicz.

Evidemment l’Uruguay n’a plus aujourd’hui de joueurs de ce calibre, mis à part deux ou trois joueurs, notamment Forlan, l’attaquant de l’Atlético de Madrid, qui fut désigné comme meilleur joueur de la Coupe du Monde 2010 et co-meilleur buteur (5 buts), dont l’AS Nancy-Lorraine n’avait pas voulu après un essai de quelques mois (bravo !), lequel remplace dans le cœur des Uruguayens Enzo Francescoli, que les Français ont bien connu dans les années 80, puisqu’il a joué quatre ans au Racing entre 1986 et 1989, et un an à Marseille entre 1989 et 1990, avant d’aller exercer ses talents en Italie à Cagliari et au Torino. C’était un magnifique technicien, reconnu de tous y compris de Zidane, qui a donné à son fils le prénom de Francescoli, Enzo. Mais Forlan n’est plus aujourd’hui l’hirondelle faisant le printemps, car il a reçu le renfort de Luis Suarez (24 ans) qui a joué à l’Ajax d’Amsterdam, avec qui il fut champion des Pays-Bas (2011), mais aussi sacré meilleur buteur des Pays-Bas en 2010 avec 35 buts, avant de partir en janvier dernier à Liverpool. Un autre attaquant figure aussi parmi les excellents joueurs uruguayens, le Napolitain Cavani qui a marqué 26 buts en 35 matches dans le dernier championnat d’Italie

Malgré tout le gisement de footballeurs uruguayens semble quelque peu tari, par rapport aux années 20, 30 ou 50, contrairement à celui de ses voisins sud-américains, Brésiliens et Argentins. Cela ne veut pas dire pour autant que la Celeste ne compte pas quelques bons joueurs, en dehors de Forlan, Suarez ou Cavani, mais à l’image de Diego Perez qui a joué à Monaco ils ont généralement des difficultés à s’imposer dans les clubs européens de haut niveau. Bref, a priori pas de quoi faire trop peur à leurs adversaires, sud-américains ou autres, à part précisément la paire Forlan-Suarez, susceptible de causer de sérieux tourments aux meilleures défenses. En tout cas les Argentins, avec toutes leurs vedettes (Messi, Higuain, Aguero, Tevez, Zanetti, Burdisso, Mascherano, G. Milito…) ont pu s’apercevoir dans la Copa America qui vient de s’achever, que cette équipe était solide, à défaut d’être géniale. Et les joueurs qui la composent sont d’autant plus motivés qu’ils doivent montrer leur valeur aux yeux des recruteurs européens.

Michel Escatafal


Le roi Pelé a réalisé l’idéal du footballeur

Alors que nous sommes dans les phases finales de la Copa America (équivalent du championnat d’Europe des Nations en Amérique),  je vais parler d’un  footballeur d’origine sud-américaine, à coup sûr le meilleur de tous, le roi Pelé lui-même. Pelé avait tous les dons qu’un footballeur puisse espérer avoir. Il n’y avait pas un domaine où on puisse lui trouver un défaut sur un terrain de football. Il paraît même qu’à l’entraînement il lui arrivait de se muer en gardien de buts, et il y était fort brillant. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Pelé reste la référence absolue en matière de football, même si nombre de jeunes ne l’ont jamais vu jouer ailleurs que sur des vidéos, et encore. Pour les plus jeunes, Zidane est déjà dépassé par Messi ou Cristiano Ronaldo, alors on imagine pour Pelé ! Et pourtant, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, plus communément appelé le roi Pelé, a quand même marqué 767 buts en 831 matches officiels, beaucoup plus que tous ceux que l’on peut considérer comme ses rivaux pour le titre officieux de plus grand footballeur de l’histoire.

En effet , en regardant de près les statistiques, on s’aperçoit que l’Hispano-Argentin Di Stefano, meilleur joueur de la décennie 50, a marqué 502 buts en 658 matches officiels, que Cruyff, le roi de la décennie 70, en a marqué  330 en 579 matches, et que Platini et Maradona qui se sont partagés le titre de meilleur joueur dans la décennie 80 en ont marqué respectivement  356 (665 matches) et 353 (679matches).  En fait parmi les joueurs du 20è siècle qui peuvent être comparés à Pelé en terme de rayonnement sur le terrain, un seul a des statistiques se rapprochant de celles de l’artiste brésilien, Ferenc Puskas, qui fut la figure de proue de la grande équipe de Hongrie des années 50, dont certains disent qu’elle est la seule qui puisse être comparée aux équipes du Brésil de 1958 et plus encore sans doute de 1970. Des joueurs actuels, seul Lionel Messi peut espérer rejoindre en termes de statistiques la plupart de ces grands anciens, à l’exception toutefois de Puskas et Pelé bien sûr. A ce propos, on peut penser que Messi sera bien à la fin de sa carrière un monstre sacré comme les joueurs que je viens de citer, plus encore que Cristiano Ronaldo. 

Et cela nous ramène à Pelé et à sa carrière en rappelant qu’en plus de tous les buts qu’il a marqué, il a gagné trois Coupes du Monde (1958,1962 et 1970), plus de multiples titres au Brésil et aux Etats-Unis. Il aurait même pu remporter une quatrième Coupe du Monde, si les défenseurs chargés de le marquer ne l’avaient pas maltraité, au point de le blesser gravement lors de la Coupe du Monde 1966 en Angleterre. Pour mémoire on rappellera que le Brésil fut éliminé en poule éliminatoire lors de cette épreuve, mais Pelé n’avait pu disputer le deuxième match, et avait été sérieusement blessé contre le Portugal par un certain Morais, qui avait achevé le travail du Bulgare Jetchev. Voilà deux joueurs qui sont passés tristement dans l’histoire de la Coupe du Monde ! Cela dit, sans leur chercher la moindre excuse, Pelé était tellement fort qu’il était le plus souvent inarrêtable à la régulière.  En outre à l’époque on était moins sévère avec les défenseurs, et les cartons jaunes n’existaient pas encore, puisqu’ils ont été utilisés pour la première fois à la Coupe du Monde 1970.

Cette Coupe du Monde fut aux dires des observateurs sans doute la plus belle de toutes celles qui furent jouées jusque-là, et peut-être même après. Cette équipe du Brésil était vraiment flamboyante avec ses Carlos Alberto, Brito, Everaldo, Clodoaldo, Gerson, Jairzinho (qui jouera plus tard à l’OM), Tostao, Rivelino et Pelé. Elle battit d’ailleurs en finale une grande équipe d’Italie sur un score sans appel (4-1). Je dis grande équipe d’Italie, car la Squadra azzura comptait dans ses rangs un excellent gardien, Albertosi, mais aussi Burgnich, Faccheti, Mazzola, Domenghini, Rivera, et deux buteurs de grand talent Boninsegna et Riva. Autant de joueurs qui figurent parmi les légendes du Calcio. Cette équipe d’Italie avait d’ailleurs éliminé l’Allemagne de Beckenbaueur, lequel joua une partie du match avec le bras en écharpe, Seeler, Overath, Grabowski et le jeune Muller qui deviendra un buteur de légende (701 buts en 763 matches officiels). A ce propos je ne connais que Kocsis et Fontaine pouvant offrir un rapport de buts aussi impressionnant comme buteur.

Cela dit le Brésil était-il réellement plus fort qu’en 1958, où il avait pulvérisé en finale (5-2) la Suède de Gren, Hamrin, Liedhom, Skoglund et  Gustavsson ? Je crois pouvoir répondre oui sans réserves, dans la mesure où le Brésil 1970 n’avait jamais été réellement inquiété pendant cette Coupe du Monde, ce qui ne fut pas le cas en 1958, où il avait été tenu en échec en matches de poule par l’Angleterre (0-0), où il avait battu petitement en quart de finale le Pays de Galles, et surtout où il avait pleinement bénéficié de la blessure de Jonquet avant la mi-temps dans son match en demi finale contre la France, alors que le score était à parité à ce moment (1-1). Que se serait-il passé si la France avait pu jouer au complet toute la partie ? Nul ne le sait, car à cette époque l’attaque française avec Fontaine, Kopa et Piantoni ( le fameux trio Fo Ko Pi) marquait but sur but. En tout cas, réduits à 10 (remplacement à l’époque non autorisé), nos Bleus ont succombé sous les assauts de Didi, Garrincha et Pelé qui, ce jour-là (24 juin à Stockhom), marqua 3 buts. Il récidivera presque en finale contre la Suède, puisqu’il inscrira deux des cinq buts brésiliens.

Cette Coupe du Monde 1958 venait en effet de voir l’avènement d’un prodige de 17 ans, qui allait très rapidement surpasser les plus grands talents de l’époque (Di Stefano, Kopa, Puskas, Didi, etc.). Je ne parlerai pas beaucoup de la Coupe du Monde 1962, même si Pelé l’a gagnée, parce qu’il n’a participé qu’à un match et un peu plus, s’étant blessé lors du second match contre la Tchécoslovaquie… que le Brésil retrouvera et battra en finale (3-1). Ce jour-là Pelé n’était pas présent sur le terrain, mais le football brésilien était tellement riche en grand talents que le remplaçant de Pelé, Amarildo, fit des merveilles, la formation carioca pouvant compter en outre sur l’ossature de l’équipe 1958 avec Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Zito, Didi, Vava, Zagalo et l’extraordinaire Garrincha, sans doute un des plus fameux dribbleurs de l’histoire du football. Et oui, en évoquant Pelé c’est toute une partie de la grande histoire du football qui défile sous nos yeux, d’autant que sa vraie carrière a duré une vingtaine d’années, période pendant laquelle il a aussi fait les beaux jours de Santos (963 buts en 659 matches), son club de toujours, du moins pendant sa vraie carrière, avant de s’exiler aux Etats-Unis au Cosmos de New-York.

Michel Escatafal


Où va le XV de France?

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs. C’est toujours la même chose chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Lièvremont on sait déjà qu’il partira après la Coupe du Monde. Et puis, il est quand même plus valorisant d’être à la tête d’une équipe qui gagne !

Bientôt la Coupe du Monde va commencer,  et le sélectionneur et ses adjoints viennent de faire leurs derniers choix avant la grande aventure, et le moins que l’on puisse dire est que ces choix ont été loin de faire l’unanimité. Quels sont les critères qui ont guidé Lièvremont, que certains n’hésitent pas à comparer à Domenech, ce qui est loin d’être flatteur ? A priori il a essayé de marier des joueurs expérimentés et d’autres qui le sont beaucoup moins, comme s’il voulait en même temps préparer  la Coupe du Monde de 2015. J’en profite pour dire que la France, qui pourtant dispose d’un gros réservoir de joueurs de talent, est la seule des grandes nations du rugby à n’avoir jamais gagné la Coupe du Monde, au contraire de l’Afrique du Sud et l’Australie qui l’ont gagné deux fois, et de la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre qui l’ont emporté une fois. Donc il faudra bien que la France finisse par la gagner à son tour, si elle veut toujours figurer parmi les nations qui comptent dans le rugby international, ce qui toutefois apparaît extrêmement problématique pour la prochaine édition en Nouvelle-Zélande, en septembre et octobre.

A ce propos, Marc Lièvremont se sait attendu au tournant pour cette Coupe du monde, d’autant qu’il a commis la même erreur que Laporte avant la précédente (en 2007), en multipliant les essais pendant quatre ans (81 joueurs utilisés tout au long de son mandat dont 37 nouveaux internationaux), pour arriver à composer une équipe dont les éléments ont finalement peu joué ensemble. Par exemple sous l’ère Laporte, qui a duré huit ans, on a composé une quarantaine de charnières différentes, alors qu’au Stade Toulousain opérait une paire de demis que le monde entier nous enviait avec Elissalde et Michalak. On avait fait le même reproche à Laporte pour les trois-quarts centres ou pour la troisième ligne. Bref, aucune ligne vraiment directrice, alors que l’Angleterre par exemple avait été championne du Monde en 2003, en utilisant quasiment la même équipe et le même système de jeu pendant quatre ans.

D’ailleurs toutes les grandes équipes du passé reposaient sur une base de ce type, soit parce que les joueurs opéraient dans le même club (cas des Lourdais dans les années 50), ou parce que l’équipe était composée majoritairement des mêmes joueurs pendant plusieurs années, cas de l’équipe de Fouroux en 1977, qui avait remporté le Tournoi des Cinq Nations avec les mêmes quinze joueurs. Il n’y a pas de secret dans le rugby : on a beau avoir les meilleurs joueurs du monde, il faut de la cohésion sinon les résultats ne seront pas au rendez-vous. Il est quand même frustrant de n’avoir pas remporté « notre Coupe du Monde » en 2007, alors que le Quinze de France valait bien l’Afrique du Sud, et surtout alors qu’il avait disposé de presque dix semaines de préparation.

Mais revenons au présent, et celui-ci fait plus en plus peur aux nombreux supporters du XV de France. Pourquoi cette peur ? Tout simplement parce qu’il semble que Lièvremont ait voulu continuer dans ses errements, en bricolant une sélection plutôt qu’en la composant, dans la droite ligne de ce qu’il a fait lors de la dernière tournée d’automne et dans le dernier Tournoi, lors duquel nous avons reçu une mémorable déconvenue contre …l’Italie. En effet, après s’être passé des Toulousains au cours des tests d’automne, avec les résultats que l’on connaît, notamment une défaite historique contre l’Australie qui, pourtant, n’est sans doute pas la meilleure équipe de l’hémisphère Sud, il a semblé faire machine arrière, en annonçant la sélection de sept joueurs toulousains parmi les trente sélectionnés pour débuter le tournoi contre l’Ecosse. Et puis, au moment de composer la sélection qui allait jouer contre le XV du Chardon le samedi, il n’y avait plus que trois titulaires parmi les joueurs du Stade Toulousain, le sélectionneur se privant même dans son équipe de départ d’un des meilleurs centres de l’histoire du rugby français, Yannick Jauzion, même si ce dernier n’est plus tout à fait le même qu’il y a trois ou quatre ans. Cela étant l’Irlandais O’Driscoll, autre fameux trois-quart centre, a lui aussi vieilli, et il reste un indiscutable titulaire de l’équipe d’Irlande.

Pourquoi une telle décision de la part de Lièvremont à l’époque ? La réponse la voici : «Je ne veux pas faire un copier-coller du jeu toulousain. Je ne suis pas sûr qu’au niveau international, ce soit un gage de réussite ». Voilà une belle sentence, sauf que le Stade Toulousain vient de remporter le titre de champion de France, dont il était l’indiscutable leader (Top 14) au début du Tournoi des Six Nations, et qu’il s’est qualifié pour les demi-finales de la Coupe d’Europe, qu’il aurait dû gagner comme l’année précédente. Ajoutons aussi que le Stade Toulousain est entraîné par un certain Guy Novès, dont le palmarès d’entraîneur s’orne de neuf titres de champion de France et quatre titres européens, avec comme adjoint pour les avants Yannick Bru, et pour les lignes arrière J.B. Elissalde, ancien capitaine et maître à jouer du Stade Toulousain et du XV de France, et jugé par ses pairs comme un grand technicien du jeu. Autant de références que ne peut pas vraiment revendiquer Marc Lièvremont !

Tout cela doit bien faire rire la presse étrangère, d’autant que celle-ci connaît la valeur du Stade Toulousain, meilleure équipe de club de l’histoire de notre rugby avec le F.C. Lourdes des années 50, qui lui-même n’a pas toujours eu les faveurs des sélectionneurs de l’époque. En tout cas, en prévision de cette Coupe du monde, Lièvremont n’a pas construit une équipe, et surtout n’a pas donné à l’Equipe de France une vraie ligne directrice dans le jeu. Pire même, je ne vois toujours pas ce qu’on pourrait mettre à son crédit, contrairement à son prédécesseur Bernard Laporte, lequel avait réussi à faire en sorte que le rugby français ne subisse plus les foudres des arbitres à cause de son indiscipline.

En fait ce qu’on entend sans cesse dans la bouche du sélectionneur et des joueurs, ce sont des mots tels que : « Il va falloir relever la tête et essayer de travailler », comme l’a dit Morgan Parra après la déroute contre l’Australie en novembre dernier. L’ennui c’est que même en essayant de travailler, cela ne fera pas courir plus vite Parra, lequel n’a pas confirmé cette saison les espoirs placés en lui, au point que nombre de connaisseurs auraient préféré voir le jeune numéro 9 de Toulouse, Doussain (élève d’Elissalde), à sa place ou à tout le moins être sélectionné. Tout cela pour dire que depuis quatre ans Lièvremont a eu tout le temps de former une équipe, quitte à rajouter à doses homéopathiques des joueurs qui se révèlent, et de rester sur une ligne directrice bien définie, en s’inspirant de ce qui se fait de mieux en club dans notre pays. C’est le rôle premier du sélectionneur. Cela dit, en tant que supporter du XV de France, j’espère que malgré les absences de joueurs comme Poitrenaud, Jauzion, Fritz, mais aussi Bastareaud, Thion ou Malzieu, les Français se comporteront mieux que dans le dernier Tournoi, et au moins aussi bien lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande qu’à celles de 1987 (finalistes, après un match d’anthologie contre l’Australie), et de 1999 après une victoire en demi-finale contre les All Blacks. On peut toujours rêver !

Michel Escatafal


A quoi tient le destin d’un homme ou d’une équipe ?

A quoi tient le destin sportif d’un homme ou d’une équipe ? A peu de choses finalement,  et pourtant on peut passer de l’anonymat à la légende et à la postérité sur un simple fait banal, par exemple en étant victime d’une blessure et chacun sait qu’elle relève de la vie de tout compétiteur. Quel est le sport où la crainte d’une blessure n’existe pas ? Pour ma part, je n’en connais pas. Certes il y a des joueurs, des athlètes à qui cela arrive plus souvent qu’à d’autres, mais tous ont cette épée de Damoclès sur la tête. Et puis, si la blessure n’est pas suffisante, il y a la chute pour les cyclistes tant sur la route que sur la piste, et hélas on vient de s’en apercevoir dans le Giro avec la mort du jeune Weylandt. Parfois aussi, on peut profiter de cette blessure pour prendre la place d’une autre,  et réaliser des exploits auxquels on ne songeait pas auparavant.

Ce fut le cas notamment au cours de la première Coupe du Monde de Rugby en 1987. A ce propos, la France n’a pas inventé beaucoup de sports, au contraire de la Grande-Bretagne à qui l’on doit entre autres le football, le tennis, le golf et le rugby, mais elle a le don de susciter la création de grandes épreuves continentales ou planétaires. Pour n’en citer que trois, il y a eu la Coupe du Monde de football (idée de Jules Rimet), la Coupe d’Europe des clubs Champions (idée de Gabriel Hanot), et la Coupe du Monde de Rugby (idée d’Albert  Ferrasse). A noter d’ailleurs que ces épreuves que nous créons, nous les gagnons rarement ou jamais, contrairement aux Anglais.

En 1987 cette Coupe du Monde, disons-le, n’avait guère attiré une grosse attention des médias à une époque où le rugby était encore un sport semi-professionnel, pour ne pas dire amateur. On en parlait parce que l’équipe de France y participait, mais le rugby, comme c’est encore le cas, souffrait d’une audience planétaire extrêmement réduite. En fait, il y a une douzaine de nations dans lesquelles le rugby est un sport qui compte : les 4 nations britanniques, la France et à un degré moindre l’Italie, puis l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Iles Fidji, les Tonga et l’Afrique du Sud qui en 1987 était interdite de compétition à cause de l’apartheid. Depuis cette époque l’Argentine a rejoint le groupe des nations majeures, grâce à une génération exceptionnelle de joueurs opérant tous en Europe. Mais quand cette génération se sera éteinte, qu’adviendra-t-il du rugby argentin ? Finira-t-il comme le rugby roumain dont l’équipe nationale a si souvent mené la vie dure au XV de France dans les années 60?

Fermons la parenthèse pour dire qu’en 1987, la concurrence n’était pas féroce dans cette Coupe du Monde, et l’accès au ¼ de finale facile. D’ailleurs en matches de poule  les Français avaient été médiocres, arrachant tout juste le match nul contre l’Ecosse grâce à un coup de génie de Blanco, ce qui nous permettait d’éviter les All Blacks en ¼ de finale. On avait juste passé 70 points au Zimbabwe, match au cours duquel Didier Camberabero, fils de son père Guy et neveu de Lilian, marqua 30 points, ce qui constitue le record pour les Français en match international.

Si je parle de Didier Camberabero, c’est parce qu’il n’avait pas été sélectionné pour cette Coupe du Monde, mais comme un joueur (Bérot)  s’est blessé juste avant le début de la compétition, il a fallu le remplacer et ce fut lui qui fut choisi. Ensuite, même s’il disputa le match contre le Zimbabwe, il n’aurait sans doute jamais été titulaire si un autre joueur (Bonneval) ne s’était blessé durant la compétition. Alors on choisit de le faire jouer pour ses talents de buteur, et on le plaça au poste d’ailier avec le n°14 pour la demi-finale contre l’Australie à Sydney. Et là il réussit son chef d’œuvre, lui l’ouvreur de toujours, lui le joueur dont on ne voulait pas, lui l’appelé de dernière minute. Il sera même le héros d’un match qui restera peut-être le plus accompli que le Quinze de France ait produit, en réussissant presque tous ses coups de pied et en participant largement au jeu à un poste qui n’était pas le sien.

Il suffit de décrire le dernier essai d’Australie- France qui ouvrait à la France les portes de la finale de la Coupe du Monde 1987. Nous sommes dans les arrêts de jeu,  Berbizier sort le ballon d’une mêlée dans les 30 mètres français, le transmet à Blanco en position de demi d’ouverture qui fait une passe peu précise et sans doute un peu en avant à Didier Camberabero qui, malgré tout, réussit à récupérer le ballon et donne ce que l’on appelle un coup de pied de recentrage sur lequel se précipitent un Français et un Australien, lesquels manquent tous deux le ballon. Résultat, celui-ci dans la confusion est récupéré par les Français qui se le transmettent de main en main avec une percée de Charvet  en bout de ligne à droite.

 Celui-ci, au moment d’être pris, se retourne et redonne le ballon à Berbizier qui fait une longue passe sautée pour Lagisquet en position de centre qui perce à nouveau, se retourne, et fait une passe reprise légèrement en avant par Rodriguez. Ensuite ce dernier transmet le ballon à Blanco qui, après une course irrésistible de 20 mètres, aplatit en coin tout près du poteau gauche. Cet essai, transformé du bord de la touche par Camberabero, donne à la France la victoire par 30 à 24.

Au total, une dizaine de joueurs différents ont touché le ballon, dont certains comme Blanco étaient au départ et à la fin de l’action. Tout y était : l’intensité, la dextérité, la chance aussi, pour ce que beaucoup appelleront l’essai du siècle. Des essais du siècle il y en aura beaucoup d’autres, dont un à Twickenham marqué par Saint-André en 1993 sur un coup de génie de… Didier Camberabero.  Finalement ce joueur, beaucoup décrié à son époque, qui jouait avec une perruque à la place des cheveux qu’il avait perdus très tôt, restera dans l’histoire du Quinze de France comme un de ceux qui auront le mieux symbolisé l’esprit du rugby français.

Autre cas plus ancien, datant de la Coupe du monde 1958 en Suède, d’un joueur de football peu connu sur le plan international, et qui allait devenir une des grandes stars de son époque, Just Fontaine. En fait celui qui devait être titulaire auprès des Kopa, Piantoni et autres Vincent, s’appelait René Bliard (attaquant du Stade de Reims). Malheureusement pour lui, celui-ci se blessa juste avant la Coupe du Monde, et laissa donc le champ libre à Fontaine. Certes ce dernier était considéré comme un excellent buteur, mais il avait surtout fait ses  preuves sur le plan national, avec l’OGC Nice et  surtout le Stade de Reims, en remportant le titre de meilleur buteur du championnat pour la saison 1957-1958 (34 buts). La suite allait être tout simplement prodigieuse, le trio Fontaine, Kopa, Piantoni provoquant l’admiration des Suédois pendant la Coupe du Monde, au même titre que les Garrincha, Didi, Vava et Pelé  chez les Brésiliens.

Cela commença par une victoire sur le Paraguay (7-3) avec 3 buts de Fontaine. Celui-ci allait de nouveau marquer contre la Yougoslavie (2 buts) au cours du deuxième match de poule, puis allait inscrire un des deux buts de la victoire contre l’Ecosse pour la qualification. Ensuite en ¼ de finale la France battra l’Irlande du Nord (4-0) avec 2 buts de Fontaine. Puis viendra le fameux match contre le Brésil en demi-finale, avec le but de Fontaine sur passe de Kopa, inscrit à la 8è minute, qui permettait de remettre les deux équipes à égalité, Vava ayant marqué dès la 2è minute. Les Français furent certes privés de finale par les Brésiliens, mais cette défaite était due en grande partie à la blessure de Jonquet, et qui sait ce qui se serait passé si la France avait joué à onze tout son match.

En revanche cette Coupe du Monde n’était pas terminée pour les joueurs français, puisqu’ils devaient disputer le match pour la 3è place, la petite finale. Et là Fontaine fut de nouveau remarquable,  marquant 4 buts aux Allemands, dans un match extraordinaire que la France a remporté par 6 buts à 3. Fontaine aurait même pu marquer un 5è but, si Kopa lui avait laissé tirer un pénalty à la 27è minute. Cela dit à cette époque on ne discutait pas comme aujourd’hui pour tout et rien, et comme Kopa était le tireur attitré de pénalty, c’est tout naturellement lui qui le tira. Malgré tout Fontaine sera un des grands héros de cette Coupe du Monde (avec Kopa comme meilleur joueur), puisqu’il en fut le meilleur buteur avec 13 buts, ce qui constitue toujours le record de l’épreuve, lequel ne sera peut-être jamais égalé ou battu. Et dire que sans cette blessure de Bliard…Toutefois, cette réussite exceptionnelle n’allait pas avoir une longue suite, car Fontaine aura deux fois la jambe cassée en 1960 et 1961, ce qui mettra fin à sa carrière à l’âge de 27 ans. Le destin peut aussi être cruel !

Michel Escatafal


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.