La grande différence entre Cavendish et Van Looy
Publié : 21 mai 2012 Filed under: cyclisme | Tags: cavendish, championnat du monde, Giro, piste, Tour de France, van looy, Vuelta 3 Commentaires »
A 27 ans, Mark Cavendish est incontestablement le meilleur routier-sprinter de son époque. Personne n’oserait le nier. Si pour le moment il n’a gagné qu’une grande classique, Milan San Remo (en 2009), en revanche il a déjà été champion du monde, l’an passé, et a ramené le maillot vert du Tour de France à Paris (2011) et celui du Tour d’Espagne (2010). Tout cela après une carrière professionnelle qui a commencé en 2007, ce qui signifie que le jeune homme n’a pas perdu de temps. A son palmarès il faut aussi ajouter deux titres de champion du monde à l’américaine (2005 et 2008) sur la piste, ce qui explique en partie la supériorité qu’il manifeste dans les arrivées au sprint, notamment par rapport à la plupart des autres routiers-sprinters qui sont loin d’avoir sa formation et ses habitudes de pistard. D’ailleurs, quelle que soit l’équipe dans laquelle il court, et quel que soit « le train » qui l’emmène, il s’impose avec la même dérisoire facilité, comme il vient de le démontrer ces derniers jours dans le Giro, avec ses trois victoires d’étapes.
Pour autant peut-on comparer Cavendish avec les grands routiers-sprinters de l’histoire ? Certainement pas, parce que ce qui le différencie d’un Rik Van Looy par exemple, lui aussi presqu’imbattable au sprint à son époque, ou de coureurs comme Van Steenbergen, Fred De Bruyne, Miguel Poblet ou André Darrigade, c’est qu’ils se faisaient un devoir de terminer les grands tours auxquels ils participaient. Tous les coureurs que je viens de citer se savaient inférieurs en montagne aux grands cracks de leur époque, mais aussi à bon nombre d’autres champions qui n’avaient pas leur notoriété, mais pas question pour eux de déserter une épreuve ou de s’en désintéresser au moment où les difficultés s’annonçaient.
D’ailleurs, comme leur objectif était aussi de triompher au classement par points, il leur fallait impérativement passer les étapes de montagne pour pouvoir gagner ce classement. Et pourtant, à cette époque, les délais étaient calculés au plus juste dans la mesure où la bagarre se déclenchait parfois très tôt entre les meilleurs, ce qui pénalisait d’autant les non-grimpeurs. Force est de constater que de nos jours, dans les grandes épreuves par étapes, la bagarre (si bagarre il y a) se situe essentiellement dans les derniers kilomètres, voire même dans les derniers hectomètres de l’étape, surtout en l’absence d’Alberto Contador, qui est le seul des grands champions capable de gagner un Giro ou un Tour avec du panache. Il suffit de comparer le Giro de l’an passé avec celui de cette année!
Et puisque je parle de panache, profitons-en pour revenir sur Mark Cavendish…qui en est totalement dépourvu, sans que cela ne gêne grand-monde, preuve que les gens qui disent aimer le vélo ne connaissent rien à son histoire. Car enfin, même si l’on sait qu’en Italie il y a longtemps eu des poussettes, surtout pour les coureurs italiens, voir Cavendish se laisser pousser en montant un col qui n’a rien d’effrayant, comme le Passo della Cappella dans la sixième étape du Giro, a quelque chose d’inconvenant, surtout pour un champion du monde. Cela dit, il n’a pas fait cette année (pas encore) ce qu’il avait fait l’an passé, à savoir abandonner le Tour d’Italie avant les grandes étapes de montagne, comme l’ont fait d’autres sprinters tels que Goss, vainqueur de la troisième étape, ou Renshaw, Haedo et Démare, qui eux n’ont rien gagné sur ce Giro.
Mais, au fait, est-ce vraiment la faute des coureurs s’ils ont ce comportement ? Sans doute pas. En tout cas ce n’est pas que de leur faute, car les organisateurs ont aussi leur part de responsabilité dans ces comportements bizarres pour ceux qui aiment le vélo. Par exemple l’an passé, quand les organisateurs du Tour de France ont repêché un grand nombre de coureurs, comme Cavendish, à l’issue de l’étape arrivant au sommet du Galibier. Certes, s’ils avaient éliminé les coureurs arrivés hors délai, cela aurait singulièrement amoindri le peloton puisqu’en tout 88 coureurs étaient dans ce cas, mais la course aurait été plus régulière, ne serait-ce que celle concernant le classement par points…que Cavendish n’aurait jamais dû gagner. Est-il normal que Rojas, le champion d’Espagne, ait été privé de ce maillot vert, alors qu’il avait fait l’effort d’arriver dans les délais au contraire de Cavendish, qui a misé sur la mansuétude des commissaires pour le conserver ? Certainement pas. Et après on viendra nous faire la leçon sur l’éthique, concernant les infimes quantités de clembutérol trouvées dans les urines de Contador lors du Tour 2010, qui en aucun cas ne pouvaient améliorer ses performances !
Fermons la parenthèse pour revenir à Rik Van Looy, sans doute un des plus grands champions de l’histoire du cyclisme, dans les dix premiers au classement des plus beaux palmarès depuis 1945. D’abord Rik Van Looy courait à la fois les classiques, toutes les classiques, et pas seulement celles qui lui convenaient. Il est vrai qu’elles lui convenaient toutes…puisqu’il est le seul à les avoir toutes gagnées, exploit unique que même Eddy Merckx n’a pas réalisé. Ensuite il participait aux grands tours et s’y illustrait. Pour mémoire je rappellerais qu’outre ses 32 victoires d’étapes (7 dans le Tour, 12 dans le Giro et 13 dans la Vuelta), Rik Van Looy a terminé quatrième du Giro en 1959, troisième de la Vuelta en 1959 et 1965, et dixième du Tour de France 1963. Même s’il n’était pas assez fort en montagne pour battre les spécialistes des grandes épreuves par étapes, c’était un champion complet, ce que ne sera jamais Cavendish…qui n’est qu’un remarquable routier-sprinter.
S’il fallait d’ailleurs apporter la preuve de la grande classe de Van Looy, nous l’aurions à travers deux des plus beaux épisodes de sa vie de coureur professionnel. Tout d’abord lors du championnat du monde 1961, sur le circuit très sélectif de Berne, Van Looy réussit à s’imposer au nez et à la barbe des meilleurs coureurs à étapes. Et parmi ceux-ci, il y avait cette année-là le jeune Raymond Poulidor, qui avait remporté en mars Milan San-Remo, et trois mois plus tard le championnat de France. Et compte tenu de la dureté du circuit proposé aux coureurs, beaucoup avaient fait de Poulidor le favori de ce championnat du monde, à commencer par son directeur sportif, Antonin Magne, qui s’était imposé sur ce circuit en 1936. Et il s’en fallut de peu que notre Poupou national confirme ce pronostic, notamment quand il démarra comme un fou dans la dernière côte du circuit.
Ce jour-là en effet, sans un très grand Rik Van Looy, Poulidor aurait revêtu le maillot arc-en-ciel, mais précisément c’était sans compter sur « l’Empereur d’Hérentals » comme on surnommait Henri Van Looy, qui au prix d’un effort inouï réussit à revenir sur Poulidor, emmenant avec lui une quinzaine de coureurs qu’il battit évidemment au sprint, dont l’Italien Defilippis qui termina second juste devant Poulidor. On imagine aisément qu’une telle prouesse est hors de portée d’un coureur comme Cavendish qui, pour être champion du monde, ne peut que bénéficier d’un circuit totalement plat. En fait, ce qui réunit les deux hommes, c’est leur rapidité dans les derniers 200 mètres d’une course, et une équipe à leur totale dévotion pour préparer les sprints. Dans le cas de Van Looy, c’était l’équipe Faema, que l’on avait appelé sa « garde rouge » en raison de la couleur des maillots, équipe composée en majorité de Flandriens comme lui.
Autre épisode qui montre à quel point Rik Van Looy était beaucoup plus qu’un sprinter, son Tour de France 1963. Un Tour qu’il avait préparé avec minutie pour essayer de jouer sa chance au classement général. En fait, il ne put faire illusion pour le maillot jaune que jusqu’à la grande étape pyrénéenne arrivant à Luchon, dans laquelle il perdit un quart d’heure. En revanche, outre ses quatre victoires d’étape, il accomplit un exploit dont personne ne le croyait capable compte tenu de son gabarit (avec ses lourdes cuisses) dans l’étape de Chamonix, où s’est joué le Tour de France. Ce jour-là, Rik Van Looy s’empara de la troisième place de l’étape derrière…Anquetil et Bahamontes, mais à seulement 18 secondes de ces deux coureurs luttant pour la victoire finale, et devant des bons grimpeurs comme l’Espagnol Perez-Frances et l’Allemand Junkermann. Il confirmait son résultat de la veille entre Grenoble et Val d’Isère, par les cols de la Croix-de-Fer et de l’Iseran, où il avait terminé l’étape à la quatrième étape devant Perez-Frances, Battistini, Anquetil, A. Desmet, Junkermann, Gimmi et Bahamontes.
Et pour bien montrer qu’il avait encore des réserves, il terminera dans les dix premiers de l’étape contre-la-montre entre Arbois et Besançon (54 km), certes loin de Jacques Anquetil (3mn 53s), mais à seulement 19 secondes de Poulidor. Autant d’exploits inimaginables pour Cavendish, qui en outre ne gagnera jamais une Flèche Wallonne ou un Liège-Bastogne Liège, et sans doute pas davantage un Tour des Flandres, ni un Paris-Roubaix. Bien sûr on va me rétorquer que le cyclisme a évolué, et que les coureurs ne peuvent plus réaliser les exploits que l’on accomplissait dans les années cinquante ou soixante. Peut-être, mais le cyclisme reste le cyclisme, et il y avait à cette époque comme de nos jours des grimpeurs, des sprinters et des rouleurs, mais la différence est qu’aujourd’hui un sprinter se contente de gagner des sprints, un rouleur de gagner des courses contre-la-montre et un grimpeur des courses à étapes…à quelques exceptions près, toutefois.
Parmi celles-ci je citerais Cancellara, quadruple champion du monde et champion olympique contre-la-montre, mais aussi vainqueur d’un Tour de Suisse et de plusieurs grandes classiques (Paris-Roubaix à deux reprises, Tour des Flandres et Milan San-Remo) ou encore Alberto Contador, meilleur grimpeur du peloton et capable de battre Cancellara dans une étape contre le chrono dans le Tour de France (2009). Il est vrai que ces deux coureurs sont à mes yeux les deux seuls qui puissent être comparés aux plus grands champions du passé, catégorie dans laquelle Van Looy a pleinement sa place, mais pas du tout Cavendish. En écrivant cela, j’ai l’impression que je ne vais pas me faire que des amis ! Tant pis, parce que la légende du vélo ne s’est pas faite avec des coureurs au registre limité.
Michel Escatafal
Merckx ou la frénésie de la victoire
Publié : 19 mars 2012 Filed under: cyclisme | Tags: cyclisme, Giro, merckx, piste six-jours, Tour de France Laisser un commentaire »
Voilà une information qui va faire plaisir à tous les amateurs de vélo : les organisateurs du Giro ont créé un Panthéon de la gloire du Tour d’Italie, plus grande épreuve à étapes de la saison cycliste juste après le Tour de France. Et qui ont-ils choisi pour être le premier membre ? Eddy Merckx lui-même, quintuple vainqueur de l’épreuve (1968, 70, 72, 73, 74), le plus italien des Belges puisqu’il a fait presque toute sa carrière dans des formations italiennes (Faema, Faemino, Molteni), du moins à l’époque de ses plus grands succès, entre 1968 et 1976.
Eddy Merckx, c’est le coureur qui affiche le plus beau palmarès du cyclisme international ( voir article intitulé « Palmarès vélo des grandes épreuves sur route »). On peut même dire qu’il est très nettement au-dessus de tous les autres coureurs, parce que son palmarès comporte 11 grands tours, 27 classiques, 3 titres de champion du monde sur route, plus celui conquis chez les amateurs, et le Grand Prix des Nations en 1973. Aucun autre coureur, pas même Hinault, Anquetil ou Coppi ne peut se comparer à lui en ce qui concerne le palmarès sur route, auquel il faut aussi ajouter de nombreux succès sur la piste, comme par exemple dix-sept six-jours (la plupart avec Patrick Sercu) ou encore deux titres de champion d’Europe à l’américaine (ancêtre du championnat du monde qui a vu le jour en 1995). En fait il ne lui manque sur la piste qu’un titre mondial en poursuite…mais il n’a jamais participé au championnat du monde. S’il l’avait voulu il aurait à coup sûr remporté plusieurs titres, comme il l’a prouvé en 1973 en remportant le tournoi de poursuite d’Amsterdam. Enfin, il ne faut surtout pas oublier son record du monde de l’heure battu à Mexico, en octobre 1972, son heure sans doute la plus merveilleuse en même temps que la plus dure, à l’issue d’une saison où il avait remporté le Tour de France, le Giro, Milan-San Remo, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche Wallonne et le Tour de Lombardie.
Oui, aucun autre coureur n’a gagné autant de courses que lui, et plus encore autant de grandes courses, ce qui explique que beaucoup d’amateurs de vélo le considèrent comme le meilleur coureur de tous les temps. Rappelons qu’au cours de sa carrière il a participé à 1800 courses sur route et qu’il en a gagné 525, soit le chiffre monstrueux de 29 % de courses gagnées. C’est ce qui explique qu’on l’ait surnommé « le Cannibale », car s’il a remporté autant de succès c’est aussi parce qu’il avait un désir effréné de gagner la moindre course. Alors, même s’il est difficile de faire des comparaisons, peut-on considérer qu’il fut le meilleur des meilleurs ? Peut-être, même si pour ma part je pense que Coppi était légèrement devant lui en valeur absolue, ne serait-ce qu’en raison du fait qu’il fut le plus grand grimpeur que le cyclisme ait connu, tout en étant aussi fort rouleur que Merckx ne le fut. Cela dit, c’est une opinion toute personnelle, et je conçois que l’on puisse contester mon jugement, tellement Eddy Merckx fut brillant entre 1968 et 1976, sans parler de la difficulté de faire des comparaisons à vingt ans d’intervalle.
Il a en effet réalisé tellement d’exploits qu’il est très difficile d’en faire ressortir quelques uns. Essayons malgré tout, même si l’exercice est ardu. D’abord il faut reconnaître qu’il avait la panoplie complète du grand routier, à la fois grimpeur, rouleur et sprinter. Car grimpeur il était, même s’il a eu des difficultés face à des escaladeurs comme Fuente, Ocana qui lui infligea une sévère défaite dans la montée d’Orcières Merlette lors du Tour de France 1971 (Merckx arriva avec 8mn 42s de retard) , ou encore Thévenet qui le domina pendant le Tour de France 1975 à Saint-Lary, Pra-Loup et le lendemain dans l’Izoard. Il n’empêche, en 1969, Merckx accomplit un exploit qui restera à jamais dans la légende du Tour de France, lors de la dix-septième étape Luchon-Mourenx-Ville-Nouvelle par le Tourmalet et l’Aubisque. Ce jour-là, le magnifique champion belge s’offrit 140 km d’échappée en solitaire après avoir attaqué dans le Tourmalet, sous une chaleur caniculaire, pour franchir la ligne d’arrivée avec huit minutes d’avance sur ses premiers poursuivants…malgré une terrible défaillance dans les derniers kilomètres.
C’est ainsi qu’il remporta le premier de ses cinq Tours de France, avec une avance de 17mn 54s sur le second, Pingeon, et 22 mn 13s sur le troisième, Poulidor. Un exploit à la Coppi, reconnaissons-le, même s’il n’avait pas la facilité du campionissimo ou du Suisse Hugo Koblet. Au contraire, il écrasait les pédales vautré sur sa bicyclette, mais si le style laissait à désirer l’efficacité y était. Il se faisait mal, mais surtout il faisait encore plus mal aux autres. En tout cas, dans ce Tour de France 1969, il remporta tous les maillots distinctifs, le jaune bien sûr, mais aussi le vert du classement par points et celui du meilleur grimpeur. L’année précédente, en 1968, il gagna son premier Giro remportant aussi le grand prix de la montagne, ce qui montre que s’il n’était pas un pur grimpeur, il était quand même très efficace dès que la route s’élevait.
C’était aussi un formidable rouleur contre-la-montre, comme en témoignent les multiples victoires qu’il remporta dans les épreuves à étapes, en plus du Grand Prix des Nations en 1973 (véritable championnat du monde c.l.m. à l’époque). Mais Merckx était aussi un rouleur d’échappée, comme disaient les commentateurs belges, ce qui n’est pas toujours la même chose. Cela étant, on ne compte plus les victoires qu’il remporta en solitaire, comme par exemple lors d’un inoubliable Paris-Roubaix en 1973. Cette année-là Eddy Merckx fut très grand dans « la reine des classiques », puisqu’il l’emporta après une chute où il avait percuté un photographe, ce qui ne l’empêcha pas de lacher Roger De Vlaeminck à un peu plus de 40 kilomètres de l’arrivée. Et lâcher De Vlaeminck dans Paris-Roubaix relève de l’exploit, quand on sait que ce dernier remporta l’épreuve à quatre reprises entre 1972 et 1977.
Ce même De Vlaeminck qui battit « le Cannibale » au sprint en 1975, avec qui il était échappé en compagnie de deux autres coureurs (Dierickx et Demeyer). Mais l’exploit de cette course ce fut Merckx qui le réalisa, dans la mesure où il creva à sept kilomètres de l’arrivée, ce qui aurait condamné tout autre coureur que lui. Et bien non, sa rage de vaincre était tellement forte qu’il réussit à revenir sur ses compagnons d’échappée, essayant même de les lâcher dès la jonction établie, pour finalement échouer d’un rien pour la victoire. Quelle furia, et pour nous, spectateurs ou téléspectateurs, quel plaisir des yeux !
Quelle furia aussi, après l’humiliation subie sur la fameuse montée vers Orcières-Merlette, dans l’étape suivante qui menait les coureurs d’Orcières à Marseille! Cette étape commençait par une descente de six kilomètres à partir du sommet de Merlette, puis le parcours offrait une déclivité plus douce pendant une centaine de kilomètres, à l’exception d’un obstacle constitué par le petit col de Manse vers le trentième kilomètre. Ce parcours était idéal pour placer une offensive de grande envergure, comme on savait les organiser autrefois, et qui sait ? Mission fut alors donnée par le directeur sportif de la Molteni, Guillaume Driessens, au descendeur le plus intrépide du peloton, le Néerlandais Rinus Wagtmans équipier de Merckx, de foncer dès le départ avec évidemment Merckx et les autres équipiers dans la roue. Wagtmans remplit sa mission à la perfection. Il la remplit d’autant plus facilement qu’Ocana s’était attardé jusqu’au moment du départ pour répondre à une interview.
Et là ce fut la cavalcade folle du groupe Merckx, une cavalcade qui allait durer cinq heures, où Ocana et son équipe allaient avoir la chance de pouvoir compter sur l’équipe Fagor-Mercier qui défendait le maillot vert de Cyrille Guimard…menacé par Eddy Merckx. L’écart entre le groupe de neuf coureurs, emmené par Merckx, et le groupe Ocana, composé d’une quarantaine d’unités, oscilla toute la journée entre 40s et 2mn, pour atteindre à l’arrivée 1mn 56s, ce qui permettait à Ocana de conserver son maillot jaune avec plus de 7 minutes d’avance. Il n’empêche, Ocana venait de comprendre que jamais Merckx n’abdiquerait jusqu’à Paris. En outre cette étape folle menée à une allure extraordinaire, proche de 50 kmh de moyenne, avait fait arriver les coureurs à Marseille très en avance sur l’horaire le plus optimiste, et plus encore avait failli provoquer l’élimination de cinquante coureurs. Pour une étape sans difficulté, quel bilan et quel spectacle ! Mais surtout, on venait de s’apercevoir que Merckx n’était jamais aussi grand que quand on le croyait battu. Pour lui, l’alternative c’était vaincre ou mourir !
Eddy Merckx était tellement fort qu’il suscita aussi la haine chez ses détracteurs, supporters des autres coureurs, comme le crétin qui lui asséna un coup de poing au foie dans le Puy-de-Dôme lors du Tour de France 1975, alors qu’il était à la poursuite de Bernard Thévenet échappé. Parfois c’étaient les organisateurs qui s’y mettaient. En disant cela je pense à ce Giro 1969, qui lui fut volé au bénéfice de son grand rival de l’époque, l’Italien Felice Gimondi, en raison d’un contrôle positif… entaché de tellement d’irrégularités que personne n’y avait cru. Cela dit, de tels comportements n’étaient heureusement pas la règle, et même si les supporters italiens ou français avaient une préférence pour leurs coureurs, la majorité des aficionados respectaient le super champion belge. Quant aux organisateurs, ils étaient très heureux d’avoir un animateur comme Eddy Merckx dans chacune de leurs épreuves, ce qui était une garantie de spectacle. Lui-même en arrivait presque à comprendre la frustration de ceux qui voulaient le voir tomber de son piédestal…à force de le voir gagner. « Je laissais dire les gens. J’avais l’habitude de la jalousie », affirmera-t-il plus tard, presque fataliste.
Mais si Eddy Merckx fut grand, ce fut aussi par son approche de la course, et là encore on peut faire la comparaison avec d’autres coureurs du passé comme Coppi ou Louison Bobet, pour ne citer qu’eux. Rien n’était laissé au hasard dans sa préparation, notamment en ce qui concerne le matériel. Merckx était même un maniaque sur ce plan, comme en témoigne le fait qu’il ait eu chez lui une pièce spéciale ou séchaient ses multiples boyaux, afin d’augmenter leur résistance. Il avait aussi, comme tout grand champion qui se respecte, une garde rapprochée avec des équipiers totalement dévoués à sa cause, qui n’hésitaient pas à affirmer fièrement : « Avec Eddy, nous savons où nous allons, et chacun y trouve son compte ». Cette attitude des équipiers est d’ailleurs la marque des plus grands. Nous l’avons connu par le passé avec Coppi, Bobet, Van Looy, Anquetil et, après Merckx, avec Hinault, Indurain ou plus près de nous Armstrong et Contador.
Ces quelques mots sur la carrière d’Eddy Merckx ne sont à l’évidence qu’un pâle résumé de toutes ses victoires, petites ou grandes*, et de sa contribution à la légende du vélo. Et pour ne rien gâcher, après avoir mis fin à sa carrière en 1978 (un an trop tard sans doute) à l’âge de 33 ans, il a su réussir sa reconversion en devenant un important fabricant de cycles, connu dans le monde entier. Oui, vraiment Eddy Merckx est un grand Monsieur, et les amateurs de vélo ne peuvent que lui dire merci pour les spectacles qu’il leur a offerts.
Michel Escatafal
*Champion du monde amateurs (1964), champion du monde professionnel (1967,71,74), Tour de France (1969,70,71,72,74), Tour d’Italie (1968,70,72,73,74), Tour d’Espagne (1973), Tour de Suisse (1974), Milan-San Remo (1966,67,69,71,72,75,76), Paris-Roubaix (1968,70,73), Liège-Bastogne-Liège (1969,71,72,73,75), Tour des Flandres (1969,75), Flèche Wallonne (1967,70,72), Tour de Lombardie (1971,72), Gand-Wevelgem (1967,70,73), Amstel Gold Race (1973,75), Paris-Nice (1969,70,71), Dauphiné Libéré (1971), Tour de Romandie (1968), Grand Prix des Nations (1973), Record de l’heure (1972).
Fausto Coppi : champion des champions du vingtième siècle
Publié : 26 février 2012 Filed under: cyclisme | Tags: coppi, Giro, Tour de France, vélo Laisser un commentaire »
Dans l’histoire du sport il y a quelques figures mythiques et légendaires qui resteront à jamais comme les références absolues de leur discipline. Et bien entendu, plus ce sport est universel et plus grande est la gloire de ceux qui ont contribué à sa légende. Ils ne sont d’ailleurs pas très nombreux…parce qu’on n’arrive pas à leur trouver de défaut dans l’exercice de leur métier, ce qui permet de gommer leur imperfection d’humain. D’ailleurs, pour la postérité, ils sont considérés comme des demi-dieux, sorte d’Heraclès des temps modernes.
Pour ma part je ne citerais que Pelé, le footballeur brésilien, Ray Sugar Robinson le boxeur américain, et Fausto Coppi, le champion cycliste italien. Certes quelques autres monstres sacrés méritent aussi une place à part (Merckx, Hinault, Fangio, Senna, Blanco, Marciano, Mohammed Ali, Leonard, Owens, Elliot, Carl Lewis, El Guerrouj, Bekele, Bolt, Phelps, Di Stefano, Laver, Federer, Pancho Gonzales, Michael Jordan, Tiger Woods, Loeb, etc.), mais Pelé, Robinson et Coppi avaient incontestablement une autre dimension.
Aujourd’hui je vais parler de Fausto Coppi , né le 15 septembre 1919 à Castellania dans le Piémont, et décédé le 2 janvier 1960 à Tortona, victime de la malaria après un séjour en Haute-Volta (Burkina Faso aujourd’hui), en compagnie de quelques autres grands champions (Géminiani, Anquetil, Rivière, Anglade, Hassenforder), où il avait pu sacrifier à la chasse, sa grande passion. Oui déjà cinquante deux ans et, même si à l’époque j’avais à peine 13 ans, je m’en souviens comme si c’était hier. Déjà j’étais fou de vélo, entre autres grâce aux exploits de Fausto Coppi, et c’est avec tristesse que j’avais assisté à la lente agonie cycliste du champion qui n’en finissait plus d’achever une carrière extraordinaire, la plus belle à coup sûr de l’histoire à cette époque.
Et pourtant cette carrière tellement brillante, sur la route comme sur la piste, avait été interrompue pendant plus de deux ans (1943 à 1945) en raison de la deuxième guerre mondiale à laquelle il participa comme soldat, ce qui lui valut d’être fait prisonnier et d’attraper une première fois la malaria. En outre cette période où le monde était à feu et à sang avait provoqué, évidemment, l’arrêt des plus grandes compétitions du calendrier (Tour de France, Giro, classiques, championnats du monde).
Quelle serait l’ampleur du palmarès de Coppi sans la guerre ? Personne ne peut le dire avec certitude, mais il est vraisemblable qu’il aurait remporté en plus de tout ce qu’il a gagné plusieurs Tours d’Italie, Tours de France, Tours de Suisse, quelques grandes classiques et le championnat du monde sur route. Sans doute serait-il tout près d’Eddy Merckx au nombre de grandes courses gagnées, avec toutefois une très grande différence de concurrence. N’oublions pas que la fin des années 40 et le début des années 50 ont regorgé de très grands champions, comme Bartali, Koblet, Kubler, Magni, Bobet et Van Steenbergen, pour ne citer qu’eux. Jamais Merckx n’a eu à affronter une telle pléiade de concurrents hors norme. Il en sera de même pour Hinault quelques années plus tard.
Peut-être est-ce pour cela que, cinquante deux ans plus tard, le mythe Coppi existe toujours, l’amour des fans étant nourri d’une génération à l’autre. Il est vrai que Coppi incarne un modèle absolu, tellement absolu que les coureurs actuels, y compris les plus jeunes, ne prononcent son nom qu’avec infiniment de respect. Peut-être aussi que sa mort absurde lui a donné un supplément de sacralité, et a contribué à enrichir encore un peu plus une légende où l’épopée et le tragique se côtoyaient, mais où celui que l’on appelait “le campionissimo” finissait toujours par triompher. Cela avait permis à l’ancien apprenti charcutier de Novi Ligure de découvrir les plaisirs de la vie de star, comme nous dirions aujourd’hui, sans oublier les rencontres avec les grands du monde de son époque : Orson Wells, Maurice Chevalier…et Winston Churchill, comme je l’ai découvert en lisant la Gazzetta dello Sport.
Il fut aussi à sa façon une sorte de précurseur, n’hésitant pas au début des années cinquante à afficher son amour pour Julia Occhini, appelée aussi la Dame Blanche, après avoir quitté son épouse légitime, véritable crime dans l’Italie de l’immédiate après-guerre. Mais surtout il l’avait été par son comportement dans le métier de coureur cycliste. Il avait senti l’importance du personnel médical autour de lui, de la diététique avec une alimentation équilibrée, de l’entraînement en montagne, autant de choses banales de nos jours, mais inédites à l’époque.
Enfin, on ne le soulignera jamais assez, c’était un homme généreux au vrai sens du terme, ce qui lui permit de recevoir l’affection et le respect de tous, à commencer par ses pairs, les autres coureurs. Et pourtant, dans ses grands jours, beaucoup l’ont maudit tellement il semblait facile là où les autres « finissaient à pied » comme on dit dans le jargon du vélo. Cela dit, sa supériorité était telle parfois que celui qui arrivait second derrière lui considérait cela comme une victoire. Ce fut notamment le cas de Maurice Diot à l’issue de Paris-Roubaix en 1950. Bref, pour moi comme pour beaucoup d’autres sportifs et amateurs de sport, Fausto Coppi a été et restera sans doute pour l’éternité « le meilleur des meilleurs ».
Michel Escatafal
Bernard Hinault, le campionissimo français (2)
Publié : 11 décembre 2011 Filed under: cyclisme | Tags: coppi, Fignon, Giro, hinault, merckx, Tour de France 1 Commentaire »Partie 2 : Une blessure et une opération qui changent tout…sauf le maintien au sommet
Après son opération du genou, Hinault va changer d’équipe pour courir à partir de 1984 dans une formation montée de toutes pièces par Bernard Tapie, sous le nom de La Vie Claire, avec Koechli comme entraîneur, la rupture avec Guimard étant définitivement consommée, ce dernier pensant que Le Mond et Fignon peuvent prendre la relève. Cette fois Hinault avait « son équipe » avec pour l’encadrer un entraîneur, et non plus un directeur sportif. Néanmoins il quittera Guimard et l’équipe Renault certes sans regret, mais en conservant un minimum de lien affectif avec celui à qui il devait autant que ce qu’il lui avait apporté, ce qui lui faisait dire : « Au fond, il me doit autant que je lui dois ». En tout cas pour B. Hinault, homme de défi, le challenge était important, à commencer par celui de prouver qu’il n’était pas fini malgré son opération. Et le moins que l’on puisse est que ses retrouvailles avec le peloton ne furent pas aussi brillantes que ses admirateurs l’espéraient. A Paris-Nice par exemple, il fut dominé par Kelly autant dans le Ventoux qu’au col d’Eze, chose impensable un an auparavant. Et s’il fallait une preuve de sa nervosité et de son impatience à côtoyer de nouveau les sommets, nous l’avons dans le fait qu’il fit le coup de poing avec des hommes des chantiers navals de la Ciotat et des mines de Gardanne, alors que ceux-ci voulaient simplement essayer de se faire entendre pour tenter désespérément de sauver leur emploi. Un geste idiot qu’il a sans doute longuement regretté par la suite.
La suite de la saison ne fut pas un long fleuve tranquille, avec une victoire aux Quatre Jours de Dunkerque, mais un échec cuisant lors du Dauphiné pour avoir surestimé ses forces face au grimpeur colombien Ramirez. En effet, après avoir dominé ce dernier dans la première étape de montagne, au lieu de se contenter de gérer….comme Guimard le lui aurait demandé, il décida de nouveau d’attaquer, ce qui lui valut une terrible défaillance, et la perte d’une victoire qui lui était promise. Toutefois cette bataille contre lui-même qu’il avait livré dans le Dauphiné lui avait fait comprendre qu’il n’était pas fini, mais aussi qu’il souffrirait dans le Tour de France plus qu’il n’avait jamais souffert, sauf au moment de son abandon en 1980. Et il souffrit d’autant plus qu’il avait en face de lui un de ses anciens coéquipiers qui allait le « maltraiter » comme il ne l’avait jamais été, et comme il ne le sera plus jamais. A ce moment, il faut reconnaître que seul le plus grand Hinault, celui de 1978 à 1982, aurait pu dominer Laurent Fignon, dont Hinault connaissait parfaitement les possibilités depuis ses victoires dans le Critérium International, le Tour 1983, mais aussi par l’aide qu’il lui avait apporté au Tour d’Espagne cette même année.
Et de fait Fignon, sortant d’un Giro que Moser lui avait volé et qui venait de conquérir le titre de champion de France, s’était montré impérial dans ce Tour de France 1984, écrasant la concurrence y compris Bernard Hinault, comme seuls pouvaient le faire un Anquetil, un Merckx ou un Hinault à son meilleur niveau. Et pourtant ce ne fut pas faute d’attaquer, car quand on s’appelle Hinault on ne prend pas le départ pour faire deuxième. Après tout, après avoir fait le Giro, Fignon pouvait avoir un jour sans, et dans ce cas…En réalité Laurent Fignon n’aura pas un seul moment de faiblesse, et Hinault terminera à la deuxième place, mais un magnifique second qui était désormais convaincu qu’il retrouverait un niveau lui permettant de regagner un jour le Tour de France ou le Giro. Et il allait le montrer, en gagnant coup sur coup en fin de saison le Grand prix des Nations, en dominant Kelly et en améliorant son propre record, puis le Tour de Lombardie seul détaché. C’était la résurrection du Blaireau, ou plutôt le retour à sa vraie place, la première. Il était peut-être un peu moins fort qu’avant, mais cela suffisait pour qu’il redevienne le maître.
Et il allait le redevenir l’année suivante, en 1985, en offrant à son équipe et à Tapie un retentissant doublé Giro-Tour dont personne n’était sûr un an auparavant qu’il pourrait de nouveau le réaliser, de nombreux sceptiques pensant même, comme la presse italienne, que « Bernard Hinault avait dit tout ce qu’il avait à dire ». En fait, au cours des deux années qui lui restaient à courir, il allait profiter de sa carrière comme sans doute aucun crack de son espèce n’a réussi à le faire. Il savait qu’il était encore au top, comme il savait qu’il était capable de rester à ce niveau jusqu’à la fin de la saison suivante, date de son arrêt programmé et définitif de la compétition. Ainsi il allait pouvoir savourer en 1985 et 1986 le plaisir d’être à la fois son patron, et de se maintenir au sommet de la hiérarchie…avant de pouvoir enfin profiter de la vie, une vie qu’il voulait à la campagne dans sa ferme, mais aussi avec d’autres activités tournant autour du vélo, parce que c’est quand même le domaine qu’il connaissait le mieux, et parce que son nom était gravé en lettres d’or dans l’histoire du cyclisme.
Mais n’anticipons pas, et revenons au début de l’année 1985, avec tout d’abord l’arrivée d’un coéquipier américain, Greg Le Mond, qui sera chargé d’assurer la relève quand Hinault tirera sa révérence. Ce jeune coureur américain était très doué, sans doute le plus doué de la nouvelle génération avec Fignon, et son transfert de Renault à la Vie Claire, l’équipe d’Hinault, allait faire grand bruit. Pourquoi ? Parce que c’était aussi une opération marketing pour Tapie, et Hinault lui-même semblait fasciné par les Etats-Unis où il s’était rendu en 1981, accueilli par la famille de Greg Le Mond, et en 1982 où il était invité pour conseiller les organisateurs du futur Tour of America. Avec ce renfort, Hinault était convaincu qu’il pouvait de nouveau réaliser le doublé Giro-Tour, ce qui sera son grand objectif avec, accessoirement, le championnat du monde. Cela voulait dire qu’il n’allait pas « faire le début de saison ». Et effectivement il ne le fit pas, sans doute en partie à cause des conditions météo exécrables en Europe, y compris en Espagne où il s’était rendu afin de s’entraîner dans de meilleures conditions, ce qui lui valut d’attraper une bronchite qui le contraignit à se soigner chez lui, à Quessoy. Et quand il reprit la compétition, ce fut pour abandonner quasiment dans toutes les épreuves auxquelles il participa (Het-Volk, Tirreno, Gand-Wevelgem). Pour qu’il termine enfin une course, il faudra attendre les classiques ardennaises, donc la fin du mois d’avril. Il y eut ensuite un léger mieux sur le Tour de Romandie, même s’il fut loin de s’employer à fond ne serait-ce qu’en raison du froid qui sévissait sur la Suisse à cette époque. Bref, un hiver et un printemps qui laissaient quelques doutes sur la capacité d’Hinault à remporter de nouveau le Giro.
Toutefois, compte tenu de la présence de Greg Le Mond au départ de ce Tour d’Italie, Paul Koechli le coach de la Vie Claire n’était pas très inquiet…d’autant qu’Hinault ne l’était pas, persuadé qu’il allait remporter son troisième Giro, reconnaissant toutefois que si Le Mond était meilleur, l’équipe courrait pour lui. En fait, on n’allait pas tarder à s’apercevoir qu’Hinault était le plus fort, après un prologue moyen (sixième à 15 secondes de Moser). En effet dès la quatrième étape, sur les hauteurs de la Selva di Gardena, Hinault s’échappa en compagnie de Baronchelli, Visentini et Lejarreta, reléguant Le Mond à 1mn20s et Moser et Saronni beaucoup plus loin encore. Le maillot rose fut pris par Visentini, mais chacun savait que le Giro était déjà presque terminé. Et de fait dans l’étape c.l.m. de 38 km, entre Capou et Maddaloni, Hinault battit Moser de 53 secondes, Visentini étant beaucoup plus loin (1mn42s). Hinault récupéra le maillot rose et le conserva jusqu’à la fin sans le moindre problème. Il était le premier Français, et le seul encore aujourd’hui, à avoir remporté trois fois le Giro. Il ne lui restait plus qu’à réaliser le doublé avec le Tour de France pour montrer qu’il était redevenu le numéro un du cyclisme sur route.
Il allait le prouver d’autant plus facilement que son grand rival de l’année passée, Laurent Fignon, était absent en raison d’une opération au tendon d’Achille qui allait le handicaper pendant plusieurs saisons, au point qu’il ne redeviendra plus jamais ce qu’il fut dans le Tour 1984. Mais revenons à Bernard Hinault qui prit le maillot jaune dès le prologue, pour le laisser ensuite aux sprinters, avant de le reprendre lors de la huitième étape, devant Le Mond à deux minutes et demie. Le suspens n’existait plus d’autant que lors de la première grande étape de montagne, à Pas-des-Morgins, il partit en compagnie du Colombien Herrera, remarquable grimpeur, pour finir d’écraser la concurrence, Le Mond étant second du classement général à l’issue de cette étape à quatre minutes, et Roche à six minutes. Le Tour semblait bien fini, et chacun s’attendait à une longue progression vers Paris, avec peut-être un de ces exploits dont le Blaireau savait nous gratifier pour le plaisir. Hélas, il chuta à Saint-Etienne et franchit la ligne d’arrivée ensanglanté et meurtri de partout. Comment récupérer d’une pareille cabriole, d’autant qu’on sut peu après qu’il avait été victime d’une double fracture du nez ? Et bien, en souffrant tant et plus, notamment dans l’étape du Tourmalet et de l’Aubisque, où il dut s’accrocher pour résister aux attaques de Stephen Roche. Il résista d’autant mieux que Le Mond joua le jeu de l’équipe. Hinault venait de gagner son cinquième Tour de France et de réaliser son second doublé Giro-Tour ! Que demander de plus ? Rien, au point qu’il avait perdu toute sa motivation pour le championnat du monde et le Grand Prix des Nations. Mais il était revenu presque à son niveau de 1982.
Restait à accomplir en 1986 sa dernière saison, la der des ders. Mais pour Hinault cette année ne pouvait pas être une tournée d’adieu, même si dans son esprit (du moins il l’affirma) c’est Le Mond qui devait gagner le Tour de France, un Le Mond rejoint dans l’équipe La Vie Claire par un jeune espoir, américain lui aussi, du nom d’Hampsten. Ce jeune homme de vingt-quatre ans était avant tout un remarquable grimpeur, qui avait dominé les Colombiens chez eux en montagne, qui avait remporté une étape de montagne du Giro l’année précédente, et qui allait remporter le Tour de Suisse 1986, quelques semaines avant le départ du Tour. Et puisque nous en sommes aux résultats, on notera qu’Hinault commença sa saison par deux succès significatifs en Espagne, le Trophée Luis Puig et le Tour de Valence. Ensuite il participa notamment aux Quatre Jours de Dunkerque et au Tour Midi-Pyrénées. Il était donc prêt pour le Tour de France, un Tour très montagneux qui ne pouvait que lui convenir, même s’il était théoriquement là pour aider Greg Le Mond.
Etait-ce bien vrai ? Personne ne peut le dire avec certitude, d’autant qu’il prévenait son jeune équiper qu’il n’aurait pas droit à l’erreur, auquel cas il roulerait pour son propre compte. Reconnaissons que c’était un peu ambigu comme recommandation pour quelqu’un qui voulait jouer l’équipier modèle. En tout cas il fallait que son partenaire fût vraiment solide pour remporter ce Tour, car Hinault lui fit très peur lors de la première étape pyrénéenne entre Bayonne et Pau, où le Blaireau prit plus de quatre minutes à ses principaux adversaires, reléguant Le Mond à 5mn25s au classement général…avant de presque tout reperdre le lendemain à la suite d’un coup de folie, le Blaireau attaquant comme un fou dans la descente du Tourmalet en partant seul à 80 km de l’arrivée avant de se faire rejoindre au bas de la descente de Peyresourde, et de se faire lâcher irrémédiablement par Le Mond qui allait arriver seul à Superbagnères. Ensuite Le Mond s’emparera du maillot jaune au sommet du Granon, et remportera le Tour avec 3mn25s d’avance sur Hinault, après que les deux hommes eussent atomisés leurs adversaires dans la montée de l’Alpe d’Huez. Le Mond avait donc remporté ce Tour de France, mais Hinault avait montré qu’il était sans doute aussi fort que lui, surtout quand on pense qu’à Superbagnères Hinault avait perdu 4mn39s. Hinault avait-il oui ou non aidé Le Mond à gagner son premier tour ou son orgueil l’a-t-il perdu ? Personne ne le saura jamais à part Hinault lui-même, lequel pouvait toujours dire que le scénario mis en place pour ce Tour avait fonctionné à merveille, puisque l’équipe La Vie Claire avait remporté les deux premières places, plus le maillot à pois pour Hinault. Et puis pour bien montrer qu’il était toujours au plus haut niveau, Hinault finira sa carrière en Amérique, sur une victoire dans la Coors Classic, cette Amérique qui venait pour de bon de s’éveiller au cyclisme avec Greg Le Mond, puis Hampsten qui remportera le Giro en 1988 en plus d’un autre Tour de Suisse en 1987, avant l’avènement d’un super champion, Lance Armstrong, vainqueur de sept Tours de France et d’un championnat du monde.
Telle fut la carrière de Bernard Hinault, meilleur coureur français de l’histoire, plus beau palmarès du cyclisme derrière Eddy Merckx (voir sur ce site Palmarès vélo des grandes épreuves sur route). Etait-il plus fort ou moins fort que Merckx ou Coppi, les trois hommes étant généralement considérés comme les meilleurs de l’histoire ? Sur le plan des aptitudes pour les courses à étapes, le meilleur fut sans doute Coppi, car jamais aucun grimpeur ne se hissa à son niveau. Hinault était très fort en montagne aussi, comme Merckx, mais à un cran sensiblement inférieur à celui du Campionissimo. Pour les courses d’un jour on peut considérer que Merckx était peut-être le meilleur, mais là on ne juge que sur le palmarès, car le Coppi de la Flèche Wallonne et de Paris-Roubaix en 1950, ou le Hinault de Liège-Bastogne-Liège 1980, n’avaient rien à envier aux plus beaux exploits du coureur belge. Contre-la-montre, nous les mettrons à égalité, tout comme sur le plan du caractère ou de l’ambition. Enfin au sprint Hinault était sans doute le plus redoutable des trois, même si Merckx était difficilement battable après 250 km de course, le campionissimo étant là en retrait par rapport à ses successeurs. Enfin sur piste, Coppi et Merckx se situaient à peu près au même niveau, Hinault étant assez loin des deux autres. Et cela m’amène à dire que si Hinault devait avoir un regret dans sa carrière, c’est justement de ne jamais s’être attaqué au record de l’heure. Malgré tout Hinault a bien sa place au Panthéon des meilleurs coureurs cyclistes avec Coppi et Merckx.
Michel Escatafal
Bernard Hinault, le campionissimo français (1)
Publié : 6 décembre 2011 Filed under: cyclisme | Tags: coppi, Fignon, Giro, hinault, merckx, Tour de France Laisser un commentaire »Partie 1 : une arrivée très rapide au sommet
1954 aura été une grande année pour le cyclisme français, avec la plus belle saison de Louison Bobet, vainqueur du Tour de France et du championnat du monde, mais aussi parce qu’elle vit la naissance (14 novembre 1954 à Yffiniac dans les Côtes d’Armor) de celui qui allait devenir le campionissimo français, Bernard Hinault. Ce dernier en effet, domina le cyclisme mondial à la fin des années 70 et au début des années 80 comme aucun autre coureur ne l’avait fait, à part Eddy Merck une dizaine d’années auparavant. En outre, à la différence du grand champion belge, Bernard Hinault se retira de la compétition, à l’âge de 32 ans (9 novembre 1986), en étant toujours au sommet de son sport. Et parler de sommet n’est pas un vain mot, puisqu’il remporta sa dernière vraie course, la Coors Clasic aux Etats-Unis, et termina cette année-là à la deuxième place du Tour de France, avec le maillot de meilleur grimpeur sur le dos. A ce propos, tout le monde se rappelle cette fameuse ascension de l’Alpe d’Huez en compagnie de Greg Le Mond, son équipier américain de la Vie Claire qui portait le maillot jaune, ascension qu’ils terminèrent la main dans la main après avoir laissé la concurrence jouer le rôle de comparse. Certes il fut plus fort encore, beaucoup plus fort même en maintes autres occasions dans sa carrière, mais si j’ai parlé en premier de cet exploit c’est pour bien montrer que quelques mois avant sa retraite définitive, « le Blaireau » comme on l’a surnommé était encore un très grand coureur, capable de gagner le Tour de France, ce qu’il aurait réussi à faire sans un de ces péchés d’orgueil dont les supers champions sont coutumiers.
Voilà pour le décor de cet article que j’écris avec infiniment de plaisir, tellement Bernard Hinault fut pour moi une idole absolue dans les années 80, peut-être même l’homme qui m’a le plus impressionné depuis le temps que je m’intéresse au sport. J’avais tellement d’admiration que je souffrais en même temps que lui, notamment dans les pires moments de sa carrière avec cette blessure due à ce maudit nodule derrière le genou droit, qui l’a privé de quelques grandes victoires supplémentaires même si cette blessure, pour grave qu’elle fût, ne lui fit pas perdre plusieurs saisons à l’âge de sa plénitude sportive. Mais avant de parler de sa carrière commençons par évoquer son enfance, qui fut sans histoire dans une famille d’agriculteurs bretons à Yffiniac. C’est là que le jeune Bernard fit ses premières armes comme cycliste sur un vélo qui servait aussi à son frère, en escaladant la dure côte de l’Eglise. C’est là aussi qu’il apprit la valeur de l’argent, puisqu’il paya son premier vélo avec son travail d’apprenti électricien. Cela lui permit aussi d’aller prendre sa licence au C.O. Briochin. Désormais sa voie était tracée : il sera coureur et voguera vers la gloire.
En 1972, il remporte son premier titre de champion de France, le Premier Pas Dunlop à Arras, le rêve de tous les jeunes débutants, et il ponctua sa saison en remportant 19 victoires. Il faut dire qu’Hinault avait la chance d’être extraordinairement doué pour le vélo, étant déjà à l’époque à l’aise dans les côtes, mais aussi contre-la-montre (victoire dans le Grand Elan Breton toutes catégories) et au sprint. Et quand on regarde l’histoire du vélo on se rend compte que rares, très rares, furent ou sont les coureurs capables de briller dans tous les domaines de la route. Ensuite, en 1973, il fit son service militaire dans l’infanterie de marine à Sissonne, et non au Bataillon de Joinville comme la logique l’aurait voulue. Et ce ne fut pas sans importance, car il revint de l’armée en ayant pris dix kilos superflus, alors qu’il s’apprêtait à passer professionnel l’année suivante. Mais, comme il était encore très jeune, il ne passa pro qu’à la fin de l’année, après avoir terminé deuxième de la Route de France, et avoir été champion de France de poursuite et champion de Bretagne du kilomètre.
C’est sur les conseils de Robert Le Roux, animateur du C.O. Briochin, qu’il alla rencontrer l’ancien champion du Monde Jean Stablinski, directeur sportif de l’équipe Gitane, qui l’engagea aussitôt et lui fit faire ses premiers pas en professionnels en 1974, le temps de terminer second de l’étape contre-la-montre et cinquième au classement final de la réputée Etoile des espoirs. Pour un coup d’essai, c’était un coup de maître, et la promesse que la France tenait avec lui le successeur de Louison Bobet et Jacques Anquetil. Ce fut aussi une année très positive pour B. Hinault…parce qu’il se maria avec Martine. En revanche sa saison 1975 sera chaotique, faute d’avoir eu la chance qu’on lui fixât des objectifs précis, ce qui ne l’empêchera pas de terminer à la sixième place du Grand prix des Nations, qui était à l’époque le véritable championnat du monde contre-la-montre. Heureusement pour lui, en 1976, Bernard Hinault rencontre Cyrille Guimard et ce sera le début d’une association glorieuse qui durera jusqu’en 1983. Avec Guimard, Bernard Hinault va apprendre son métier, et notamment apprendre à courir. Guimard de son côté sentait qu’il tenait un joyau comme en rêve chaque directeur sportif. Et, dès 1976, Hinault collectionna les victoires dans les courses françaises, par exemple le Tour du Limousin, le Tour de l’Aude, ou encore Paris-Vimoutiers, sans oublier un nouveau de titre de champion de France de poursuite. Il se paiera même le luxe de disputer au grand Merckx la place de cinquième au championnat du monde d’Ostuni remporté par Maertens.
L’année suivante, 1977, allait être celle de la consécration au plus haut niveau. Après s’être classé sixième de Paris-Nice, il va remporter en solitaire sa première grande classique, Gand-Wewelgem, après trente kilomètres d’échappée en solitaire. Quelques jours plus tard il s’impose dans Liège-Bastogne-Liège en battant au sprint son compagnon d’échappée Dierickx, après que les deux hommes eurent éliminés des coureurs comme Merckx, De Vlaeminck, Maertens ou Thurau. Excusez du peu ! Cette fois plus de doute, la France tenait son nouveau crack. Et pour bien montrer qu’il était un coureur complet il allait s’imposer dans le Dauphiné Libéré à l’issue d’une épreuve où il battra à la régulière les deux derniers vainqueurs du Tour de France, Van Impe (1976) et Thévenet (1975), non sans s’être fait une énorme frayeur dans la descente du col de Porte. Je m’en souviens comme si c’était hier, car l’épreuve était retransmise à la télévision. Hinault détaché après être passé en haut du col de Porte avec 1mn 40s d’avance sur Thévenet et Van Impe, rata un virage et tomba dans un ravin.
La peur en direct, d’autant que chacun des amoureux du vélo pensa immanquablement à la chute, dans le Tour de France 1960, d’un autre super crack fauché à l’orée de sa carrière, Roger Rivière. Heureusement, Hinault s’en sortit avec des ecchymoses, les branches ayant stoppé sa chute, alors que le vélo était tout en bas. Il repartit tout de suite après, et même en frisant la crise de nerf dans la montée de la Bastille, il finit par s’imposer avec 1mn20s d’avance sur Van Impe, et remporta son premier Dauphiné. Au passage, il faut souligner qu’il avait déjà remporté au sprint la première étape devant Eddy Merckx. Du coup chacun se disait que notre nouveau héros pouvait s’imposer dans le Tour de France, mais Guimard, voulant ménager son diamant, refusa qu’il y participe, laissant le champ libre à Thévenet. Il finira la saison en terminant huitième du championnat du monde, piégé par Moser et Thurau, mais remportera le Grand prix des Nations en pulvérisant tous ses adversaires, dont Zoetemelk second à plus de trois minutes et Thévenet à huit minutes et demie. Quelle saison !
Et nous voilà arrivés en 1978, année qui allait être celle de la confirmation. On savait à présent qu’Hinault était un fuoriclasse comme disent les Italiens. C’était déjà un super rouleur, il avait montré ses aptitudes en montagne en dominant au Dauphiné des grimpeurs du calibre de Van Impe et Thévenet, et il avait prouvé aussi qu’il était très rapide au sprint, capable de battre n’importe qui à l’emballage final. Restait à vérifier qu’il avait la résistance pour remporter un grand tour. Et cela tombait bien puisqu’il allait s’aligner à la Vuelta et au Tour de France. Son début de saison avait commencé doucement avec une deuxième place à Paris-Nice, une des rares courses qu’il n’a pas remporté, et une victoire dans le Critérium National. Puis arriva la Vuelta…qu’il écrasa de toute sa classe, à la fois dans les contre-la-montre et en montagne. Il venait de remporter son premier grand tour, et cette fois nous avions bien confirmation qu’il était devenu un très grand coureur. Il lui fallait simplement confirmer dans le Tour de France, après avoir conquis comme à la parade un titre de champion de France.
Et il allait le remporter ce Tour, et de quelle manière ! D’abord cette victoire était tout sauf un évènement, mais des évènements il allait y en avoir ailleurs que dans la course elle-même. Tout d’abord en raison d’une grève restée célèbre à Valence d’Agen, où le maire (J.M. Baylet) alla jusqu’à insulter Hinault, invitant le public à faire de même, ce qu’il ne fit pas trop heureux de voir les coureurs de très près. Résultat, l’étape fut annulée, et le public avait vécu des moments inoubliables. En revanche les organisateurs apprécièrent moins, et tinrent Hinault pour responsable de ce mouvement. Ensuite, second épisode, ce fut la fameuse tentative de tricherie de Pollentier, le maillot jaune, au contrôle antidopage, qui lui valut l’exclusion immédiate du Tour, lequel à partir de là ne pouvait plus échapper à Hinault en raison de sa supériorité contre-la-montre. Cette fois le doute n’était plus permis sur l’avenir de Bernard, sauf à savoir jusqu’où il se situerait en fin de carrière par rapport à Coppi, Anquetil ou Merckx.
L’année 1979 verra la confirmation de la très grande classe du « Blaireau ». Après un début de saison moyen, il s’imposa facilement dans la Flèche Wallonne, au sprint devant Saronni. Ensuite il écrasa de toute sa classe le Dauphiné, puis de nouveau le Tour de France, en s’offrant un show avec Zoetemelk sur les Champs Elysées. Il terminera l’année par une victoire dans le Grand prix des Nations, devant Moser, puis au Tour de Lombardie où il règlera au sprint son dernier accompagnateur, l’Italien Contini. Les Italiens venaient de découvrir un nouveau campionissimo, mais ce titre ils ne le lui attribueront qu’après avoir gagné le Giro. Et justement Guimard a fixé début 1980 trois objectifs à Hinault, à savoir le doublé Giro-Tour, et le championnat du monde à Sallanches sur un circuit qui ne pouvait que lui convenir. Cela dit, entre Hinault et Guimard, il commençait à y avoir du tiraillement…parce qu’Hinault ne s’entraînait pas suffisamment au gré du directeur sportif.
Après une cinquième place à l’Amstel, et une quatrième sur le vélodrome de Roubaix, puis une troisième à la Flèche Wallonne remportée par Saronni, Hinault et Guimard se demandaient quand le Blaireau allait en gagner une belle. Mais, comme Coppi ou Jacques Anquetil en leur temps, Hinault n’était jamais aussi fort que quand il devait démontrer qu’il était le meilleur. Et il allait réaliser, presque par hasard, un de ses plus beaux exploits qui lui laissera un souvenir magnifique sur le plan sportif, mais douloureux pour le restant de ses jours puisque le froid ce jour-là lui a gelé l’extrémité d’un doigt. Dans cette course, Liège-Bastogne-Liège la doyenne des classiques, nombre de coureurs ont abandonné très tôt tellement le temps était mauvais (Saronni, Van Impe, Baronchelli, Pollentier etc.), ce qu’Hinault avait aussi envie de faire. Cent dix abandons après deux heures de course ! Et puis, après avoir changé de vélo et pris des vêtements secs, le Blaireau entra en action et se retrouva seul à 80 km de Liège pour l’emporter avec plus de neuf minutes d’avance sur le second, Kuiper. Vingt et un coureurs seront à l’arrivée de cette course dantesque. Hinault était bien le nouveau Coppi ou le nouveau Merckx.
Il le prouvera en remportant son premier Giro aussi facilement que le Tour de France de l’année précédente, grâce notamment à un numéro d’anthologie avec Bernaudeau, les deux hommes étant partis de loin dans l’étape du Stelvio. Les Italiens, pourtant très chauvins, n’en reconnaissaient pas moins en Hinault un nouveau champion digne du grand Coppi. Il ne lui restait plus qu’à l’imiter en réalisant le doublé avec le Tour de France, ce dont personne ne doutait. Hélas pour lui, il dut s’éclipser en catimini le soir de l’étape à Pau, laissant Zoetemelk remporter enfin le Tour de France, par la faute d’une douleur à un genou qui allait être presqu’aussi célèbre que le nez de Cléopâtre. Heureusement, deux mois plus tard, il réalisera ce que tout le monde considère comme son chef d’œuvre avec le championnat du monde à Sallanches où, là aussi, il allait écrabouiller ses adversaires. Que pouvait-on faire contre un tel adversaire ? Rien. Qui pouvait le battre en étant motivé pour la victoire ? Personne.
Et nous nous retrouvons en 1981, alors qu’Hinault était dans sa vingt-septième année, l’âge de la plénitude. Résultat, avec une équipe rajeunie autour de lui, le Blaireau allait remporter trente deux succès, et pas n’importe lesquels. Il est vrai qu’il avait le maillot de champion du monde sur les épaules, ce qui ne pouvait que l’inciter à se montrer à son meilleur niveau. Après des débuts en douceur, il s’engagea dans le Critérium International bien décidé à le remporter. Il y parviendra au-delà de toute espérance puisqu’il s’imposera dans les trois étapes. Ensuite il se présenta au départ de l’Amstel sans grande ambition, presque décontracté Quelques 250 km plus tard, il réglait au sprint un peloton comprenant De Vlaeminck, De Wolf, Pevenage, Raas et Kelly. Rien que ca ! Mais ce n’était qu’un hors-d’œuvre pour lui, car il voulait gagner Paris-Roubaix. Et malgré trois chutes, dont une à cause d’un petit chien qui traversait la route, Hinault s’imposa au sprint, en prenant la tête aux 400 mètres et résistant jusqu’au bout à De Vlaeminck, encore lui, ou encore De Meyer et Moser. Allait-il se mettre à aimer les pavés ? Non, dit-il, le pavé qu’on lui a donné sur le podium étant destiné à se trouver sur un meuble dans la cave.
La suite de sa saison allait se poursuivre de triomphes en triomphes, d’abord au Dauphiné, puis sur les routes du Tour de France où l’opposition capitula avant même le départ, remportant pas moins de cinq étapes. Il était vraiment au sommet du cyclisme, et l’on commençait à se demander s’il y avait déjà eu un coureur capable d’être le meilleur contre-la-montre, de lâcher les meilleurs grimpeurs en montagne, et de battre les meilleurs sprinters lors d’une arrivée au sprint ? En revanche il lui arrivait en course d’avoir des absences, comme par exemple au championnat du monde où, piégé par ses adversaires principaux, il fut contraint à une chasse solitaire de 24 km…qui lui coûta le titre, car sans cette poursuite il aurait à coup sûr battu au sprint Saronni et Maertens le vainqueur. Mais cette défaite, pour bête qu’elle fût, allait sceller la désunion dans le couple Guimard-Hinault, le premier prétendant que le second n’était pas « un grand stratège », et « qu’il faut toujours être derrière lui pour qu’il ne fasse pas d’erreurs », le second n’appréciant pas cette remarque assassine.
Arrive l’année 1982, avec quelques modifications importantes dans l’équipe, notamment la promotion de Bernard Quilfen, ancien coéquipier, dans l’encadrement de l’équipe, et l’entrée de quelques jeunes coureurs prometteurs comme Jules, Gayant, et un certain Laurent Fignon. Objectif cette année encore, le doublé Giro-Tour. Hinault ne pensait qu’à ça, mais continuait de se quereller avec Guimard pour son manque d’investissement à l’entraînement. Résultat, sa première grande victoire il ne la remporta qu’au Tour de Romandie, ce qui était bon signe pour le Giro qu’il allait gagner en grand champion, sans avoir réellement été inquiété tellement il était fort. Mais ses relations se tendaient de plus en plus avec Guimard, les deux hommes ne se supportant plus, sauf pour partager les lauriers des succès. Et succès il y aura au Tour de France qu’Hinault survolera, ses rivaux ayant déjà abdiqué dès le franchissement des Pyrénées. Cela dit, pour que son triomphe fût encore plus retentissant, il allait battre au sprint tous les routiers-sprinters à l’arrivée sur les Champs-Elysées. Bernard Hinault était à ce moment dans la meilleure période de sa carrière, et cela promettait pour la suite…sauf que les ennuis allaient commencer, ou plutôt recommencer, pour lui dans la première moitié de la saison 1983, juste après une victoire arrachée au Tour d’Espagne au point de ne plus pouvoir courir le reste de la saison.
Pour mémoire on rappellera qu’Hinault était arrivé au départ de cette Vuelta mal préparé (souffrait-il déjà de son genou à l’entraînement ?), et que ses performances allaient s’en ressentir jusqu’à l’étape contre-la-montre en côte de Panticosa. Ce jour-là en effet, Hinault fit sans doute la pire contre-performance de sa carrière, terminant neuvième de l’étape, ce qui le rejetait à plus de trois minutes du leader espagnol Lejaretta. Toutefois cet échec cuisant provoqua un véritable conseil de guerre des coureurs de l’équipe Renault entre eux (donc sans Guimard), avec pour porte-parole Maurice Le Guilloux, qui n’adressait plus la parole à Guimard depuis longtemps, lequel demanda à ses équipiers de se rallier à l’opinion de Laurent Fignon, ce dernier souhaitant qu’on attaque les Espagnols tous les jours, pour les affaiblir avant la montagne, tactique qui permit quelques jours plus tard à Hinault d’écraser tout le monde vers Avila…avec l’ardente complicité de Fignon.
Mais si Hinault avait remporté la Vuelta, ce fut au prix de souffrances terribles, notamment lors de la dernière étape, au cours de laquelle il eut la chance que ses adversaires ne l’attaquent pas, car il n’aurait pas pu répondre. Il lui fallait donc s’astreindre au repos, gommant de son programme le Dauphiné Libéré, avant de décider, après une fausse rentrée au Tour du Luxembourg (abandon à l’issue de ma première étape), de ne pas participer au Tour de France. Cependant, malgré le repos, le nodule et la douleur au genou étaient toujours-là, ce qui incita Hinault à se faire opérer, le Blaireau étant impatient de savoir de quel mal exactement il souffrait, décision prise après un désormais fameux critérium à Callac qu’il ne pourra même pas terminer. On sut plus tard qu’il s’agissait d’une synovectomie du genou droit, opération qui se passera pour le mieux, même si Hinault après 1983, ne sera plus tout à fait le Bernard Hinault d’avant.
Michel Escatafal
Contador est digne des plus grands, mais les Français n’aiment pas les gagnants
Publié : 6 octobre 2011 Filed under: cyclisme | Tags: Contador, cyclisme, Giro, Tour de France 1 Commentaire »
« L’aigle déploya ses ailes et s’envola majestueusement, comme si ce morceau de terre et de laves était trop petit pour lui! Quelle attaque, Messeigneurs, et quel pied de nez à ceux qui ont essayé de le salir, sachant très bien que cet homme était une providence pour le vélo. Oui, Alberto Contador est grand, presqu’ aussi grand que Coppi, sauf qu’il n’a pas un Bartali ou un Koblet pour le rendre encore plus gigantesque. En tout cas les Italiens, beaux joueurs, n’ont pas de superlatifs pour vanter la gloire de celui qui a gagné tous les grands tours qu’il a courus depuis 2007. Même Nibali semblait admiratif, ce qui démontre à tous ceux qui critiquent le Pistolero, que ses pairs n’ont aucun doute sur ses performances. Finalement nous, les amateurs de vélo, avons beaucoup de chance que Dieu ou Dame nature nous offre de temps en temps cet immense plaisir d’assister à une giclette d’un des trois ou quatre sportifs du vingt et unième siècle. Un dernier mot enfin, après une telle démonstration, et quoiqu’il arrive dans ce Giro, Contador a montré qu’il n’avait pas besoin de se doper pour gagner ». En fait pour moi, « Alberto Contador est un immense champion qui joue sobre et juste. Quand l’aigle déploie ses ailes on a l’impression que la route est trop petite pour lui. Mais ses concurrents sont aussi très valeureux, et eux aussi sont des oiseaux capables de voler gaiement et très vite. Sachons jouir sans arrière-pensée du spectacle que nous offrent ces preux chevaliers à l’âme créatrice, dessinant le cadre aimable des joies et des plaisirs des amoureux du vélo ».
Voilà ce que j’écrivais sur Alberto Contador pendant le Giro (le jour de sa victoire à l’Etna) sur le site de Cyclism’Actu, que je recommande à tous les amoureux du cyclisme. Je n’ai évidemment pas changé d’avis, et je revendique mon admiration sans borne pour Contador, comme par le passé pour Coppi, Koblet, Bobet, Rivière, Anquetil, Hinault ou Fignon. Depuis il y a eu le Tour de France, et certains (surtout en France) ont été très heureux de voir Contador perdre un grand tour pour la première fois depuis 2007, oubliant au passage qu’il avait subi trois chutes pendant ce Tour de France, dont une sérieuse ayant causé un fort traumatisme sur un genou, lesquelles ajoutées à la fatigue d’un Giro extrêmement difficile, certains ont même dit démesuré, l’ont privé d’une partie de ses forces vives dans la dernière semaine. Malgré tout il a terminé à la cinquième place, performance d’autant plus méritante que son équipe avait plusieurs de ses membres fatigués par le Giro. Cela dit, malgré tous ces malheurs, à commencer par un début de saison tronqué par une préparation perturbée en raison de cette misérable affaire de clembutérol…toujours pas résolue un an et trois mois plus tard ce qui montre son inanité, il a quand même accompli une belle saison, avec une victoire au Giro, mais aussi au Tour de Murcie, et au Tour de Catalogne. Bref, un bilan tout à fait excellent pour tout autre coureur, mais insuffisant pour « Le Pistolero » dans la mesure où on attendait qu’il fasse le doublé Giro-Tour. On ne prête qu’aux riches !
Ce qui me gêne le plus chez les détracteurs de Contador, c’est qu’on ne veuille pas reconnaître en France que c’est un immense champion, ce qui est reconnu partout ailleurs dans la planète vélo. Les Italiens l’apprécient, les gens du Bénélux le respectent, les Américains ont une admiration sincère pour lui depuis le Tour 2009 et sa cohabitation « musclée » avec Armstrong, autre mal aimé des Français malgré ses sept Tours de France, bref il n’y a qu’en France qu’il soit vilipendé au point d’être sifflé honteusement lors de la présentation du Tour de France en Vendée cette année…ce qui démontre une nouvelle fois que les Français n’aiment pas les gagnants, ce que nous savions depuis très longtemps. La preuve, rappelons-nous l’extraordinaire popularité dans les années 60 de Poulidor par rapport à Anquetil, pour lequel nombre de Français avaient la même aversion qu’ils ont aujourd’hui pour Contador. Le plus terrible est que dans un cas comme dans l’autre on ressent ou on ressentait un sentiment de haine, d’autant plus injustifié qu’il s’agit de sport. Dans le cas de Contador c’est même violent, comme en témoignent les attaques qu’il subit dans notre pays sur les divers forums consacrés au vélo. Et le pire est que ces attaques viennent de gens qui disent aimer le cyclisme…ce qui n’est pas le cas. Quand on aime le cyclisme on respecte les coureurs, et on ne les assassine pas via le clavier d’un ordinateur ou en les sifflant lors de la présentation d’une course.
Chacun a le droit d’avoir ses préférences ou ses affinités vis-à-vis d’un ou plusieurs coureurs, mais on n’a pas le droit de les critiquer comme s’ils avaient commis un crime abominable, soit parce qu’ils ont subi un contrôle anormal ou même positif, ou parce qu’ils ont gagné en profitant de circonstances favorables, lesquelles font partie de la course, ou pour toute autre raison. Cela me fait penser un peu à ce qui est arrivé à Fausto Coppi dans les années cinquante, où les Italiens n’ont pas hésité à le clouer au pilori parce qu’il a eu le malheur de tomber amoureux d’une femme mariée, la célèbre « Dame Blanche ». Et cet amour allait tellement en contrarier certains, qui bien sûr n’avaient jamais eu de liaison extraconjugale durant leur existence, que le lendemain d’un de ses plus beaux triomphes, le championnat du monde 1953 à Lugano, on ne verra plus que Coppi dans les bras de sa belle…alors qu’on aurait dû se contenter de souligner son extraordinaire démonstration de force où il avait laissé son second, Germain Derycke, à plus de six minutes.
Si j’évoque cela, c’est pour montrer la bêtise des gens, une bêtise qui n’empêche pas les superchampions de courir et de briller, sachant trouver au fond d’eux-mêmes la motivation pour surmonter leurs difficultés. Dans le cas de Coppi, en 1953, après un début de saison plutôt terne, il avait remporté le Giro à l’issue d’un des plus beaux duels de l’histoire du vélo, si ce n’est le plus beau, avec Hugo Koblet, mais aussi le championnat du monde et avait même vaincu deux fois en poursuite le champion du monde lui-même, l’Australien Patterson, titré en 1952 et 1953 (sans la présence de Coppi). Alors on va me dire que certains trichent pour réussir leurs performances et d’autres non. On sanctifie certains coureurs alors qu’on en lynche d’autres sans trop savoir pourquoi. C’est une attitude que je n’ai pas parce que je suis fou d’amour pour le cyclisme sur route comme sur piste.
Et si je parle de la piste c’est parce que les gens trouvent normal qu’on n’en parle qu’une fois par an, au moment des championnats du monde, et tous les quatre ans à l’occasion des Jeux Olympiques, seuls évènements retransmis en clair sur les chaînes publiques françaises. En revanche pas la moindre image des autres compétitions de Coupe du Monde. D’ailleurs qui connaît l’existence de la Coupe du Monde de cyclisme sur piste ? Quasiment personne et, pour dire vrai, ceux qui se passionnent pour les doses infimes de clembutérol trouvées dans les urines de Contador se moquent complètement de la piste. D’ailleurs, en France, la moindre information liée au dopage suscite immédiatement des dizaines de commentaires sur les divers forums de sport en général et de cyclisme en particulier, alors que les victoires de Baugé ou de nos sprinters (vitesse par équipe) aux championnats du monde ne suscitent que trois ou quatre commentaires, et aucun à propos de la Coupe du Monde.
Conclusion, il n’ y a rien d’étonnant au fait que la France attende toujours depuis 1985 le successeur de Bernard Hinault au palmarès du Tour de France, depuis 1989 celui de Laurent Fignon au palmarès du Giro, et depuis 1995 celui de Laurent Jalabert au palmarès de la Vuelta, sans parler du championnat du monde sur route que la France n’a pas gagné depuis la victoire de Brochard en 1997. Et en poursuite, spécialité où les Français ont beaucoup brillé (Anquetil, Rivière, Bouvet, Delattre, Bondue, Moreau), nous attendons depuis 1998 un successeur à Ermenault. Mais au fond, est-ce que nous méritons mieux ? Sans doute pas, car la France n’est pas un pays sportif comme le sont les pays voisins…qu’on accuse de tous les maux parce qu’ils nous battent. Que n’a-t-on dit de l’Espagne, parce qu’elle domine le football mondial grâce à ses clubs et à son équipe nationale, le basket avec les Américains, parce qu’elle compte parmi ses figures de proue, Alonso en F1, Lorenzo et Pedrosa en moto GP, Nadal en tennis et… Contador en cyclisme ?
Michel Escatafal
Ferdi Kubler, magnifique champion aux multiples facettes
Publié : 5 août 2011 Filed under: cyclisme | Tags: championnat du monde, cyclisme, Kubler, Tour de France Laisser un commentaire »Avec son long nez busqué Ferdinand Kubler, dit Ferdi, progressait en course en s’invectivant à coups de grognements qui lui valurent le surnom de « champion hennissant », ce qui était quand même péjoratif pour un champion comme lui, plein de panache. On le surnomma aussi « le fou pédalant » tellement en plein effort il avait l’œil vindicatif et la bave aux lèvres. Cependant d’autres l’ont appelé « le magnifique » ce qui correspondait mieux au spectacle qu’il délivrait sur la route, lui le battant explosif que certains ont comparé à une sorte de cow-boy des pelotons, n’hésitant pas à faire son cinéma quand tout allait bien comme dans ses moments de défaillance, lui le frère d’une actrice connue chez nous pour avoir été l’épouse de Boris Vian.
En fait il a quand même beaucoup souffert de l’arrivée au firmament du cyclisme de son compatriote Hugo Koblet qui, non content d’avoir tous les dons, était aussi un merveilleux styliste, sans parler d’un physique extrêmement avantageux. Et je crois que ce parallèle, qui était fait inévitablement entre ces deux champions exceptionnels, a largement influencé la postérité une fois terminée la carrière des deux seuls coureurs suisses à avoir gagné le Tour de France. Pourtant en termes de palmarès, celui de Ferdi Kubler est nettement plus étoffé que celui d’Hugo Koblet.
Il est vrai que rarement on vit deux coureurs aussi dissemblables, y compris dans la manière de mener leur carrière. Comme tous les surdoués amoureux de la vie, « le pédaleur de charme » est arrivé très tôt au firmament du cyclisme, à l’âge de 25 ans, pratiquement dès la première année où il se consacra sérieusement à la route, en remportant le Giro devant Bartali. En revanche Ferdi Kubler, moins doué, dut faire ses classes beaucoup plus longtemps avant de remporter ses premiers grands succès. Entre sa première victoire dans le Tour de Suisse, peu significative car remportée en 1942, et celles autrement plus convaincantes en 1948 dans ce même Tour de Suisse et le Tour de Romandie, il s’était passé six longues années. En outre contrairement à Coppi ou Bartali, la carrière de Kubler n’avait pas réellement souffert de la guerre, sauf qu’il ne put pas disputer les grandes épreuves, celles-ci se déroulant sur des territoires en guerre.
Malgré tout il s’était signalé en remportant deux étapes du Tour de France 1947, une épreuve qui allait lui faire franchir le pas entre un bon coureur et un grand champion, en remportant l’épreuve en 1950. Certes, cette année-là, il a bénéficié du retrait de l’équipe italienne qui l’aurait sans doute emporté avec Magni qui avait le maillot jaune à la sortie des Pyrénées, mais qui dut la mort dans l’âme se retirer à Saint-Gaudens avec toute l’équipe italienne, parce que Bartali avait été pris à partie par des spectateurs au sommet du col d’Aspin. Du coup le grand champion italien, qui avait encore toutes ses chances puisqu’il n’était qu’à quatre minutes du leader, décida d’abandonner estimant qu’à 36 ans il n’avait plus « l’âge de risquer sa vie sur une bicyclette ». Et ce fut Kubler qui hérita du maillot jaune pour le garder jusqu’à Paris, malgré les assauts de Stan Ockers et Louison Bobet.
Cependant ce fut loin d’être une injustice si Ferdi Kubler inscrivit son nom au palmarès de la Grande Boucle, car c’était un coureur très complet à force de travail, à la fois rouleur (vainqueur notamment du réputé Grand Prix de Lugano c.l.m. en 1950), honnête grimpeur, excellent descendeur donnant le frisson aux suiveurs, et très bon sprinter. Autant de qualités qui lui permirent de se confectionner un palmarès qui le place dans les vingt meilleurs routiers de l’histoire du cyclisme d’après-guerre. En outre c’était un excellent poursuiteur, qui détint le record suisse de l’heure, et aussi un bon cyclo-crossman. Bref, Ferdi Kubler excellait partout, ce qui explique le nombre de ses succès, tout cela grâce à une hygiène de vie qui contrastait avec celle d’Hugo Koblet, lequel croquait la vie à pleine dents.
Ses autres titres de gloire en dehors de sa victoire dans le Tour de France sont ses victoires dans la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, épreuves qu’il remporta à deux reprises en 1951 et 1952, ce qui lui donnait la victoire dans ce que l’on appelait autrefois « le Week-end ardennais » (addition des deux épreuves). Il remporta aussi en 1953 la plus longue des classiques d’un jour (600 km), Bordeaux-Paris. A cela s’ajoutent trois Tours de Suisse que j’ai déjà évoqués en 1942, 1948 et 1951, plus deux Tours de Romandie en 1948 et 1951, sans oublier cinq titres de champion de Suisse entre 1948 et 1954. Enfin, nul n’oubliera son triomphe au championnat du monde sur route en 1951 à Varèse, où Kubler l’emporta nettement au sprint devant Fiorenzo Magni et le champion du monde de poursuite Bevilacqua. Ce titre était une consécration d’autant plus agréable qu’il l’avait raté de peu en 1949, suite à une crevaison alors qu’il était en tête à quelques encablures de l’arrivée.
Evidemment la carrière de Kubler mériterait d’être contée avec davantage de détails, mais rien qu’en rappelant ses plus grandes victoires on mesure quel immense champion il fut. Et cette réussite se poursuivra une fois sa carrière terminée (à l’âge de 38 ans), puisque Kubler allait profiter de son extraordinaire notoriété en Suisse pour réaliser de nombreuses publicités. En outre il passa aussi le diplôme de moniteur de ski, sans oublier de devenir un homme d’affaires avisé. En un mot, un grand monsieur qui a fait honneur au cyclisme sa vie durant. Il a aujourd’hui 92 ans, et est le plus âgé des vainqueurs du Tour de France, preuve si besoin en était que le vélo sait aussi conserver (parfois) ceux qui l’ont si bien servi.
escatafal
Koblet : une image magnifiée du vélo
Publié : 18 juillet 2011 Filed under: cyclisme | Tags: coppi, cyclisme, Giro, koblet, Kubler, Tour de France Laisser un commentaire »Grand, élancé, il était beau comme un dieu. Son regard de braise faisait rougir toutes les femmes. Son élégance était légendaire, n’hésitant pas à l’arrivée d’une course à sortir le peigne qu’il portait toujours sur lui. Et sur un vélo, il était peut-être celui qui représentait le mieux le style dans toute sa pureté, au point qu’un chansonnier (Jacques Grello) lui donna le surnom de « pédaleur de charme ». C’est pour cela que sa courte vie aura été dans l’ensemble un véritable conte de fées, après une enfance difficile suite au décès de son père boulanger, alors qu’il avait à peine neuf ans. Tel était Hugo Koblet, sans doute un des deux ou trois coureurs les plus doués que le cyclisme ait produit. Et pourtant ses débuts dans le vélo furent relativement tardifs, puisqu’il avait déjà seize ans, un âge où il était encore apprenti dans la boulangerie familiale.
Sa vraie carrière sur route, à l’inverse de nombre de ses pairs, allait par conséquent commencer assez tard, à l’âge de 24-25 ans, après des débuts prometteurs sur la piste avec plusieurs titres de champion de Suisse de poursuite et des victoires en 1948 et 1949, respectivement aux six-Jours de Chicago et de New-York. Mais rares ont été ceux qui imaginaient qu’il allait aussi vite exploser au firmament des étoiles de la route, au point d’éclipser tout le monde lors du Giro 1950 qu’il remporta d’une jambe, comme on dit dans le jargon, devant Bartali à plus de 5 mn, un autre Italien, Martini, à 8mn 41s, et Ferdi Kubler, son grand rival suisse, à 8mn 45s. C’était la première victoire d’un étranger dans la grande épreuve italienne. Ensuite ce sera les débuts dans le Tour de France en 1951, dont il était évidemment le grand favori, d’autant que son plus grand adversaire dans ses plus belles années, le campionissimo Fausto Coppi, avait accumulé les ennuis pendant ces deux années (fracture du fémur au cours du Giro 1950, et mort de son frère en 1951).
Et là ce sera le grand festival d’un champion qui ne parut jamais aussi brillant, au point d’avoir écoeuré ses adversaires, tel par exemple Géminiani qui déclara pendant ce Tour où il termina second à 22 mn de Koblet : « S’il doit continuer à ce train-là, je ne vois vraiment pas ce que je fais sur un vélo. Autant que je vende mon engin et que je change de métier » ! Certes on connaît le sens de l’exagération du « grand fusil », mais cela dénotait l’état d’esprit qui habitait le peloton en ce mois de juillet 1951, et plus particulièrement après l’extraordinaire exploit réalisé entre Brive et Agen, lors de la onzième étape, le 15 juillet. Ce jour-là figure parmi les plus beaux de l’histoire du cyclisme, grâce à une échappée au long cours du « pédaleur de charme » lequel, après 135 km accomplis quasiment seul, allait reléguer ses rivaux à 2mn35s, malgré une défaillance dans les derniers kilomètres avant Agen.
Il n’empêche, cette entreprise complètement folle a priori avait réussi au-delà de toute espérance, puisque Koblet avait mis K.O. tous ses adversaires en résistant jusqu’au bout à un peloton déchaîné à ses trousses, amené par des champions comme Coppi, Bartali, Bobet, Magni, Ockers, Van Est, et les Français Robic, Géminiani, Lauredi ou encore Lucien Lazaridès qui prendra la troisième place à Paris. Et pourtant, ce que beaucoup de gens ignoraient, il n’y avait rien de prémédité dans cette aventure d’un autre monde. En effet, après avoir serré la main de Ray Sugar Robinson, le fameux poids moyen américain présent sur les lieux, le bel Hugo a attaqué pour vérifier si les poussées hémorroïdaires qui l’avaient fait souffrir la veille commençaient à s’estomper. Démonstration était faite que cela n’allait pas trop mal pour lui !
La suite du Tour de France sera une formalité pour lui, et il remportera l’épreuve avec encore plus de facilité que sa victoire dans le Giro de l’année précédente. Il faut dire que le Koblet des années 50 et 51 ou encore 1953, à la fois grand rouleur (vainqueur du Grand Prix des nations en 1951 devant Coppi) capable d’emmener des braquets imposants, excellent grimpeur et remarquable descendeur, a été le seul coureur de sa génération susceptible de pousser Coppi dans ses derniers retranchements. D’ailleurs en 1953, il sera un des deux acteurs d’une des plus somptueuses batailles de l’histoire du cyclisme, et même du sport en général, pendant le Tour d’Italie. Déjà vainqueur en 1950 avec en prime le prix du meilleur grimpeur, le merveilleux routier suisse allait obliger Coppi à être peut-être plus grand qu’il ne l’avait jamais été jusque-là, y compris dans ses plus fameux duels avec Bartali. En tout cas, aux dires des suiveurs et des coureurs, ce duel entre deux champions au sommet de leur art engendra sans doute le plus beau Giro de tous ceux que l’on ait connus jusque là, et peut-être même après.
La bataille dans les Dolomites fut royale entre ces deux monstres sacrés qui écrasaient la course de toute leur classe, avec une victoire qui changea deux fois de camp. Dans la dix-huitième étape tout d’abord, avec quatre grands cols au menu où les deux hommes se rendirent coup pour coup, Coppi remportant l’étape au sprint devant Koblet, lequel conservait presque 2 minutes d’avance sur son rival italien au classement général. Mais le lendemain Koblet, qui ne pouvait compter que sur lui-même faute d’une bonne équipe autour de lui, allait payer tous les efforts consentis la veille, et s’incliner sous les coups de boutoir du « campionissimo » dans le terrible Stelvio (26 km à 7,7% de moyenne). Il perdra finalement ce Giro pour moins d’une minute 30 secondes, les deux supers cracks faisant passer les autres coureurs pour des comparses. Hélas cet épisode, ô combien glorieux, fut le chant du cygne de l’idole helvétique.
D’abord Koblet ne remportera plus jamais le Tour de France, ni le Giro, la faute à l’amitié et à la malchance. A l’amitié d’abord, pour avoir aidé Carlo Clerici à remporter le Giro en 1954, à la faveur d’une échappée où les cadors du peloton avaient été relégués à presque 40 mn. A la malchance ensuite, parce qu’en 1953, après son somptueux Giro, Koblet avait été victime d’une terrible chute dans la descente du col du Soulor, où il plongea dans un ravin. Certains attribuèrent cette chute à une grosse défaillance, mais quelle qu’en soit la cause, Koblet se releva avec trois côtes brisées et une forte commotion. Dommage pour lui, car il paraissait d’autant plus imbattable que Coppi avait préféré faire l’impasse sur le Tour, afin de mieux préparer son triomphe dans le championnat du monde sur route à Lugano. Deux autres chutes en 1954 dans les Pyrénées l’empêcheront de jouer sa chance jusqu’au bout face à Louison Bobet, alors qu’il était bien placé jusque-là. La chance semblait vouloir l’abandonner, lui qui jusqu’à présent en avait bénéficié tant et plus, ne serait-ce que par les dons qu’elle lui avait administré dans son berceau.
Et de fait, il ne remportera plus que des épreuves mineures à partir de 1954 en dehors de son troisième Tour de Suisse en 1955. Sa carrière se poursuivra surtout sur la piste où, après avoir remporté le Critérium d’Europe à l’américaine (qui faisait office de championnat du monde) à deux reprises en 1953 et 1954 avec son ami Von Buren, il se contentera de victoires dans quelques six-jours, s’essayant même au demi-fond avant de se retirer de la compétition en 1958. En réalité, pour beaucoup de ses admirateurs, il ne fit peut-être pas suffisamment bien le métier, par contraste notamment avec son meilleur ennemi suisse, Ferdi Kubler, certainement beaucoup moins doué que lui, beaucoup plus « rustique », mais tellement plus travailleur. Même leur surnom respectif marque la différence entre les deux hommes, « le pédaleur de charme » pour l’un et le « champion hennissant » pour l’autre en raison des grognements dont il gratifiait tout le monde en plein effort.
Finalement, malgré un palmarès que nombre de coureurs pourraient lui envier Koblet, le surdoué, ne fera pas la carrière que son talent aurait mérité. S’il avait tenu toutes les promesses que son début de carrière laissait entrevoir, il devrait se situer parmi les cinq ou six plus grands coureurs de l’histoire du cyclisme sur route. Hélas, il ne dura que trois ou quatre ans, et encore à coup d’exploits ponctuels, où certes il dominait tout le monde (sauf Coppi) d’une classe, mais ces exploits furent trop isolés pour qu’on ne nourrisse pas à son égard une certaine frustration, son talent n’ayant éclaté qu’avec parcimonie. Heureusement pour lui, malgré une classe énorme qui lui donnait une impression de facilité hallucinante, ce qui suscita parfois une certaine jalousie de la part de ses pairs, le milieu du cyclisme l’aimait bien. Peut-être parce qu’à lui seul il représentait le rêve de beaucoup de monde, et qu’il donnait dans ses meilleurs moments une image magnifiée du vélo. Il était en effet tout le contraire d’un « forçat de la route », plutôt un Hercule avec une tête d’ange.
Si sa fin de carrière fut triste, la fin de sa vie le fut tout autant. Il avait croqué la vie à pleine dents, mais celle-ci finira par se montrer cruelle envers lui. Il se maria avec un mannequin, Sonja Bülh, ce qui lui permit de se faire une place de choix dans les milieux mondains. Mais bientôt ruiné et au bord du divorce, il ne sut pas mieux négocier ce virage de la vie qu’il n’avait su le faire sur son vélo dans la descente du Soulor en 1953. Hélas pour lui, cette fois il ne s’en relèvera pas, et il finira son existence dans sa voiture contre un arbre, un jour de novembre 1964, sans que l’on connaisse exactement la cause de sa mort. Il avait à peine quarante ans, à quelques mois près le même âge que Fausto Coppi, quand celui-ci quitta ce monde pour rejoindre le paradis des coureurs cyclistes. Le destin est parfois douloureux après avoir été si bienveillant.
Michel Escatafal
Quelques grandes surprises dans le sport
Publié : 17 juillet 2011 Filed under: cyclisme, sport | Tags: cyclisme, football, sport, surprises dans le sport, tennis, Tour de France Laisser un commentaire »Alors que l’on s’interroge pour savoir si Thomas Voeckler peut remporter le Tour de France 2011, ce qui constituerait une énorme surprise compte tenu de la participation à ce Tour de France, où il ne manque que les Italiens Nibali et Scarponi ainsi que le Russe Menchov, il est sans doute intéressant de se pencher sur quelques grandes surprises qui ont émaillé l’histoire du cyclisme en particulier, et plus généralement l’histoire du sport. Parmi celles-ci la première qui me vient à l’idée est la victoire d’un coureur comme Walkowiak (photo) dans le Tour de France 1956, devant des grands champions comme Bahamontes, Brankart et Charly Gaul. A ce propos, bien qu’étant un petit garçon à l’époque, je me souviens très bien de ce Tour de France où chaque jour, comme pour Voeckler, on attendait la défaillance de Walkowiak qui, finalement, n’est jamais venue. Du coup, le coureur de Montluçon a remporté la plus prestigieuse des épreuves cyclistes, alors que c’est pratiquement sa seule victoire professionnelle à part 2 étapes du Tour d’Espagne, et son nom figure au palmarès de la Grande Boucle entre ceux de Louison Bobet et de Jacques Anquetil, deux des plus grands champions de tous les temps.
Autre coureur cycliste à avoir gagné le Tour de France à la surprise générale, le Français Lucien Aimar en 1966. Un Tour de France dans lequel il a bénéficié d’une suite de circonstances favorables qui lui ont permis de monter sur la plus haute marche du podium au nez et à la barbe de coureurs comme Anquetil, Poulidor, mais aussi Rudi Altig, Jan Janssen ou Roger Pingeon. Dans les Pyrénées, les deux grands favoris (Anquetil et Poulidor) sont relégués à sept minutes par une échappée dans laquelle s’est glissé Janssen, mais aussi Lucien Aimar, équipier de Jacques Anquetil. Et malgré une belle remontée de Raymond Poulidor, à la faveur d’une victoire contre-la-montre à Vals-lesBains, puis d’un exploit dans la descente du col d’Ornon où sous l’orage il relégua Anquetil et Aimar à plus d’une minute, auquel il faut ajouter un exploit dans la Forclaz où il laissa sur place tous les grimpeurs, tout cela sera insuffisant pour que le Limousin puisse refaire la totalité de son retard sur Aimar. Poulidor, en effet, terminera troisième de ce Tour à 2mn 02s de Lucien Aimar et 1 mn 07s derrière Jan Janssen, le second. En dehors d’un titre de champion de France, ce sera la seule grande victoire de Lucien Aimar, avec accessoirement les Quatre Jours de Dunkerque.
Un autre coureur français avait créé la sensation dans le Tour d’Espagne en 1984, Eric Caritoux. Certes, tout comme Aimar, il a gagné un peu plus que Walkowiak avec ses deux titres consécutifs de champion de France (1988 et 1989), plus deux Tours du Haut-Var, mais personne n’aurait imaginé qu’il fût capable de gagner une Vuelta. Et pourtant il l’a fait en 1984, et sa victoire restera d’autant plus historique qu’il l’a emporté par la plus infime des marges sur Alberto Fernandez (6 secondes). Et au palmarès du Tour d’Espagne son nom figure entre ceux de Bernard Hinault (1983) et Pedro Delgado (1985). Cela dit de telles victoires, comme celles de Tamames en 1975, de Pessarodona en 1976, ou plus près de nous de Casero en 2001 et Aitor Gonzales en 2002 sont de plus en plus rares, mais pas impossibles.
Autre victoire remportée contre toute attente, celle de Carlo Clerici, le Suisse, au Tour d’Italie 1954, où il l’emporta avec 24 mn d’avance sur son ami Koblet, qui n’avait rien fait pour l’empêcher de gagner, bien au contraire. Clerici avait bénéficié d’une échappée où tous les favoris (Coppi, Koblet, Magni) terminèrent avec un retard frisant les 40 mn. Et puisque j’évoquais Fiorenzo Magni, le troisième crack italien de l’après-guerre, celui-ci aurait dû être champion du monde en 1952 sans un incident mécanique tout près de l’arrivée, qui allait bénéficier à un certain Heinz Muller, un Allemand qui n’a jamais rien gagné d’autre que ce titre mondial. On pourrait aussi ajouter dans cette galerie des vainqueurs-surprises l’Espagnol Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006, mais cette victoire ne fut définitive qu’après le déclassement pour dopage de Floyd Landis.
En athlétisme, encore en 1952, nous avons enregistré une énorme surprise, au Jeux Olympiques d’Helsinki, avec la victoire de Josy Barthel le coureur de 1500m luxembourgeois. Lui aussi n’a pas remporté d’autres titres majeurs que celui-là, mais personne ne lui enlèvera sa médaille d’or olympique. Cela étant en athlétisme, dans les grands championnats, il est rare, pour ne pas dire très rare, que le vainqueur ne soit pas un des meilleurs. Mais cela est arrivé en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes, avec la victoire sur 100m d’une athlète biélorusse totalement inconnue, Youlia Nesterenko, dont la progression apparut d’autant plus stupéfiante aux yeux de certains, qu’elle disparut des couloirs mondiaux aussi vite qu’elle y était arrivée.
En football, il y a eu la victoire d’un club de la banlieue d’Alger, le Sporting Club Union El Biar, en 1/16è de finale de la Coupe de France 1957 contre le Stade de Reims. Ce club, qui végète aujourd’hui en Ligue 2 après un long purgatoire en National, était à l’époque une très grande équipe qui, quelques mois auparavant, avait disputé et perdu la finale de la Coupe d’Europe. Le Stade de Reims comptait dans ses rangs quelques uns des meilleurs joueurs européens (Jonquet, Penverne, Vincent, Fontaine) et, bien entendu, personne n’aurait imaginé qu’une telle armada puisse être éliminée par un club aussi modeste. Et pourtant El Biar a gagné par 2 à 0 et s’est qualifié pour les 1/8è de finale. Evidemment nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples, mais ceux-ci figurent parmi les plus belles anomalies du sport, avec la place de finaliste de la Coupe de France du club de CFA, Calais RUFC en 2000, après avoir sorti les Girondins de Bordeaux, ou encore la place de finaliste à Roland-Garros de Ginette Bucaille en 1954, ce qui fut sa seule performance notable avec un titre de championne internationale de Paris en 1956.
Michel Escatafal
