Palmarès vélo des grandes épreuves sur route ( mise à jour au 02.05.2012)

Ce tableau rassemble les victoires des meilleurs coureurs ayant couru après-guerre dans les grandes épreuves du cyclisme sur route. C’est un travail qui se veut le plus objectif possible, même si je suis bien conscient que l’on peut discuter le barême des points attribués pour une victoire dans chacune des épreuves. Celles-ci ont été choisies en fonction de leur ancienneté et de leur permanence.

La plus récente, l’ Amstel Gold Race, est née en 1966, mais toutes les autres ont été disputées pour la première fois avant 1948. Il y a 8 épreuves par étapes (Tour de France, Giro, Vuelta, Tour de Suisse, Dauphiné, Paris-Nice, Tour de Romandie, Tour de Catalogne), plus 9 classiques (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Gand-Wevelgem, Paris-Roubaix, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, Amstel Gold Race, Paris-Tours, Tour de Lombardie), le championnat du monde sur route et le championnat du monde contre-la-montre. A ce propos, même si ce championnat ne fut créé qu’en 1994, j’ai considéré que le Grand Prix des Nations, créé en 1932, faisait office de championnat du monde avant sa création officielle.

La prochaine mise à jour sera faite à la fin de la saison 2012.

Pour voir le tableau cliquez →PGC


Fausto Coppi : champion des champions du vingtième siècle

Dans l’histoire du sport il y a quelques figures mythiques et légendaires qui resteront à jamais comme les références absolues de leur discipline. Et bien entendu, plus ce sport est universel et plus grande est la gloire de ceux qui ont contribué à sa légende. Ils ne sont d’ailleurs pas très nombreux…parce qu’on n’arrive pas à leur trouver de défaut dans l’exercice de leur métier, ce qui permet de gommer leur imperfection d’humain. D’ailleurs, pour la postérité, ils sont considérés comme des demi-dieux, sorte d’Heraclès des temps modernes.

Pour ma part je ne citerais que Pelé, le footballeur brésilien, Ray Sugar Robinson le boxeur américain, et Fausto Coppi, le champion cycliste italien. Certes quelques autres monstres sacrés méritent aussi une place à part (Merckx, Hinault, Fangio, Senna, Blanco, Marciano, Mohammed Ali, Leonard, Owens, Elliot, Carl Lewis, El Guerrouj, Bekele, Bolt, Phelps, Di Stefano, Laver, Federer, Pancho Gonzales, Michael Jordan, Tiger Woods, Loeb, etc.), mais Pelé, Robinson et Coppi avaient incontestablement une autre dimension.

Aujourd’hui je vais parler de Fausto Coppi , né le 15 septembre 1919 à Castellania dans le Piémont, et décédé le 2 janvier 1960 à Tortona, victime de la malaria après un séjour en Haute-Volta (Burkina Faso aujourd’hui), en compagnie de quelques autres grands champions (Géminiani, Anquetil, Rivière, Anglade, Hassenforder), où il avait pu sacrifier à la chasse, sa grande passion. Oui déjà cinquante deux ans et, même si à l’époque j’avais à peine 13 ans, je m’en souviens comme si c’était hier. Déjà j’étais fou de vélo, entre autres grâce aux exploits de Fausto Coppi, et c’est avec tristesse que j’avais assisté à la lente agonie cycliste du champion qui n’en finissait plus d’achever une carrière extraordinaire, la plus belle à coup sûr de l’histoire à cette époque.

Et pourtant cette carrière tellement brillante, sur la route comme sur la piste, avait été interrompue pendant plus de deux ans (1943 à 1945) en raison de la deuxième guerre mondiale à laquelle il participa comme soldat, ce qui lui valut d’être fait prisonnier et d’attraper une première fois la malaria. En outre cette période où le monde était à feu et à sang avait provoqué, évidemment, l’arrêt des plus grandes compétitions du calendrier (Tour de France, Giro, classiques, championnats du monde).

Quelle serait l’ampleur du palmarès de Coppi sans la guerre ? Personne ne peut le dire avec certitude, mais il est vraisemblable qu’il aurait remporté en plus de tout ce qu’il a gagné  plusieurs Tours d’Italie, Tours de France, Tours de Suisse, quelques grandes classiques et le championnat du monde sur route. Sans doute serait-il tout près d’Eddy Merckx au nombre de grandes courses gagnées, avec toutefois une très grande différence de concurrence. N’oublions pas que la fin des années 40 et le début des années 50 ont regorgé de très grands champions, comme Bartali, Koblet, Kubler, Magni, Bobet et Van Steenbergen, pour ne citer qu’eux. Jamais Merckx n’a eu à affronter une telle pléiade de concurrents hors norme. Il en sera de même pour Hinault quelques années plus tard.

Peut-être est-ce pour cela que, cinquante deux ans plus tard, le mythe Coppi existe toujours, l’amour des fans étant nourri d’une génération à l’autre. Il est vrai que Coppi incarne un modèle absolu, tellement absolu que les coureurs actuels, y compris les plus jeunes, ne prononcent son nom qu’avec infiniment de respect. Peut-être aussi que sa mort absurde lui a donné un supplément de sacralité, et a contribué à enrichir encore un peu plus une légende où l’épopée et le tragique se côtoyaient, mais où celui que l’on appelait “le campionissimo” finissait toujours par triompher. Cela avait permis à l’ancien apprenti charcutier de Novi Ligure de découvrir les plaisirs de la vie de star, comme nous dirions aujourd’hui, sans oublier les rencontres avec les grands du monde de son époque : Orson Wells, Maurice Chevalier…et Winston Churchill, comme je l’ai découvert en lisant la Gazzetta dello Sport.

Il fut aussi à sa façon une sorte de précurseur, n’hésitant pas au début des années cinquante à afficher son amour pour Julia Occhini, appelée aussi la Dame Blanche, après avoir quitté son épouse légitime, véritable crime dans l’Italie de l’immédiate après-guerre. Mais surtout il l’avait été par son comportement dans le métier de coureur cycliste. Il avait senti l’importance du personnel médical autour de lui, de la diététique avec une alimentation équilibrée, de l’entraînement en montagne, autant de choses banales de nos jours, mais inédites à l’époque.

Enfin, on ne le soulignera jamais assez, c’était un homme généreux au vrai sens du terme, ce qui lui permit de recevoir l’affection et le respect de tous, à commencer par ses pairs, les autres coureurs. Et pourtant, dans ses grands jours, beaucoup l’ont maudit tellement il semblait facile là où les autres « finissaient à pied » comme on dit dans le jargon du vélo. Cela dit, sa supériorité était telle parfois que celui qui arrivait second derrière lui considérait cela comme une victoire. Ce fut notamment le cas de Maurice Diot à l’issue de Paris-Roubaix en 1950. Bref, pour moi comme pour beaucoup d’autres sportifs et amateurs de sport, Fausto Coppi a été et restera sans doute pour l’éternité « le meilleur des meilleurs ».

Michel Escatafal


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 3 (cyclisme)

Pour terminer ce volet un peu insolite de l’histoire du sport (merci Claude Sudres!), je vais parler cyclisme évidemment, d’autant que c’est le plus caractéristique dans l’histoire des surnoms. Je vais simplement souligner (à défaut de les citer tous) ceux qui me paraissent les plus distinctifs, tellement les coureurs ont été nombreux à se voir attribuer des surnoms, dont certains au demeurant sont carrément ridicules.  Cela dit commençons par ceux des temps héroïques de ce sport avec, à tout seigneur tout honneur, celui du premier vainqueur du Tour de France (1903), Maurice Garin, surnommé le « Petit Ramoneur » parce qu’il a travaillé dans sa jeunesse dans une entreprise de fumisterie.  Un de ses successeurs (1905), Trousselier, sera appelé « Trou-Trou » ou « Trouston ». Autre grande figure de cette époque, même s’il n’a jamais gagné la Grande Boucle, Eugène Christophe, qui fut d’abord appelé « Le vieux Gaulois » en raison de ses moustaches en forme de guidon, puis « Cri-Cri » vers la fin de sa carrière. Enfin, soulignons aussi le cas du Luxembourgeois de Colombes, François Faber, vainqueur du Tour en 1909, qu’on avait surnommé le « Géant de Colombes » en raison de ses mensurations. Un autre vainqueur du Tour (1910), Octave Lapize, dont les cheveux étaient noirs et bouclés, sera surnommé « Le Frisé ». 

A la fin des années 20 et au début des années 30, Marcel Bidot, l’ancien directeur des équipes de France à l’époque des équipes nationales (1953-1961), sera appelé comme coureur « la Mère Poule » en raison de son dévouement comme équipier. Henri Pélissier, vainqueur du Tour en 1923, était appelé « La Ficelle » parce qu’il était long et sec. A la même période Armand Blanchonnet, champion olympique sur route contre-la-montre en 1924, sera surnommé « Le Phénomène » en raison de ses mensurations avantageuses, lesquelles lui ont aussi valu d’être appelé « King Kong ». Le sprinter Lucien Faucheux, triple vainqueur du Grand Prix de Paris à la Cipale, très musculeux, fut surnommé « Le Gros Lulu » puis plus tard « Le Pape de la Cipale ».  Learco Guerra, le grand champion italien (champion du monde en 1931), fut surnommé « La Locomotive humaine » ou « La Locomotive de Mantoue » en raison de sa puissance dans les contre la montre. André Leducq, grand crack des années 30, fut appelé « Dédé » ou « Joyeux Dédé » en raison de sa bonne humeur communicative, qui plaisait tellement à ses nombreuses supportrices.

Antonin Magne, très connu comme champion du monde ou vainqueur du Tour et, plus encore, comme directeur sportif de Poulidor, était « Tonin » pour tout le monde, ou encore « Le Taciturne » et « La Méthode » pour son souci minutieux de l’organisation. Par son élégance naturelle et sa distinction, Charles Pélissier, excellent routier et cyclo-crossman, fut baptisé « Brummel » du nom d’une célèbre marque de tailleur pour hommes. Louis Aimar, remarquable rouleur, très puissant, (plus de 80 kg) devint « Le Colosse » ou « Le Briseur de chaîne ». Le premier des super champions italiens, Gino Bartali*, un des plus grands coureurs de l’histoire, fut appelé à la fois « L’Homme de Fer » pour sa résistance, mais aussi « Gino Le Pieux » pour ses fortes croyances religieuses, avant de devenir « Il Vecchio » en raison de sa longévité. Maurice Archambaud, fantastique rouleur (Grand Prix des Nations en 1932 et recordman de l’heure), fut appelé « Le Nabot » en raison de sa petite taille.

Marcel Kint, champion du monde en 1938 et vainqueur de nombreuses classiques, fut surnommé « L’Aigle Noir ». Raymond Louviot, petit et courageux, fut appelé « Laripette » par les journalistes. Le fameux sprinter Jeff Scherens, fut appelé « Poeske » qui signifie chat en flamand, parce qu’il avait l’art de sauter ses adversaires sur la ligne. Vicente Trueba, le premier des grands grimpeurs espagnols, fut surnommé « la Puce de Torrelavega » en raison de sa petite taille et du nom de son village. Albéric Schotte, double champion du monde et vainqueur du Tour des Flandres, devint « le dernier des Flandriens ». Gerrit Schulte, un des très rares coureurs à avoir battu Coppi en poursuite, fut appelé « Le Fou Pédalant » en raison de ses longues échappées sur la route. Le pistard, champion du monde de vitesse, Van Vliet, était « Le Professeur » pour sa science du sprint et ses lunettes. Un autre sprinter, Louis Gérardin était pour tout le monde « Toto ». René Vietto, grand grimpeur et vedette du Tour dans les années 30 et 40 fut appelé « Le Roi René ».

Bevilacqua, double champion du monde de poursuite et vainqueur de Paris-Roubaix (1951), fut surnommé par les journalistes « Pauvre Bévilacqua », car dans la montée des cols il sollicitait les poussettes en disant : « Poussez le pauvre Bevilacqua, c’est un bon coureur ». Louis Bobet* fut pour tout le monde « Louison », et Louis Caput, routier-sprinter de poche, était « P’tit Louis ». Quant à Robert Chapatte, excellent coureur et futur grand journaliste, il fut affublé du joli surnom de « Chapatte de Velours ». La particule de Jean de Gribaldy, lui valut d’être appelé « Le Vicomte ».  Jean Dotto, vainqueur de la Vuelta 1955, devint  « Le Vigneron de Cabasse », village où était sa maison dans le Var.  Fachleitner, deuxième du Tour 1947, fut « le Berger de Manosque » du nom de la ville où il résidait. Jean Robic, vainqueur du Tour 1947, était appelé « Biquet », puis « Tête de Cuir » à cause de son casque de cuir un peu ridicule, qu’il était le seul à porter. Tout le monde connaît « Le Pédaleur de charme», trouvaille du chansonnier Jacques Grello pour qualifier Hugo Koblet*. L’autre grand champion suisse, Ferdi Kubler*, qui pédalait avec force grognements, fut surnommé « Le Champion Hennissant ».

Autres grandes figures des années 50, Bernard Gauthier et Raphaël Geminiani. Dans un premier temps Bernard Gauthier, super équipier de Louison Bobet, fut appelé « Cœur de Lion », avant d’être surnommé « Monsieur Bordeaux-Paris » suite à ses quatre victoires dans l’épreuve. Quant à Geminiani, sa gouaille et ses réparties l’ont fait surnommer « Grand Fusil ». En revanche, pour avoir porté le maillot jaune en 1949, Jacques Marinelli, coureur de petite taille qui ne faisait pas beaucoup de bruit, avait été surnommé « La Perruche » par Jacques Goddet. Loretto Petrucci, vainqueur de Milan-San Remo en 1952 et 1953 et de Paris-Bruxelles (1953), fut surnommé « Le Météore ». Cela lui allait d’autant mieux qu’il gagna la quasi totalité de ses succès entre 1951 et 1953. L’ancien équipier de Louison Bobet, Antonin Rolland, toujours un peu renfermé, fut surnommé « Tonin le taciturne ». Robert Varnajo, qui finit sa carrière en devenant un spécialiste du demi-fond, Vendéen d’origine, fut évidemment appelé « Le Chouan ». Le pistard Oscar Plattner, champion du monde professionnel de vitesse en 1952, fut désigné comme « Le Macchiavel du Sprint » pour sa manière de piéger ses adversaires. Peu après, on n’oubliera pas les deux supers grimpeurs que furent Bahamontes et Gaul, appelés respectivement « l’Aigle de Tolède » et « l’Ange de la Montagne ». Leur grand rival, Jacques Anquetil*, gagna le titre de « Maître Jacques » pour la multitude de succès remportés durant sa longue carrière. Autre grand rouleur (recordman de l’heure en 1956), Ercole Baldini, fut appelé « La locomotive de Forli ». Enfin Henri Anglade, avec ses attitudes autoritaires, fut surnommé « Napoléon ». Rien que ça !

Un autre grimpeur de poche, Lily Bergaud, fut appelé « La Puce du Cantal ». Carlesi, pour sa ressemblance avec Coppi, devint « Coppino ». Le pistard Roger Gaignard, ancien apprenti clown, y gagna son surnom de « clown ». Quant à Michel Rousseau, champion olympique et du monde de vitesse, ses grosses cuisses lui valurent d’être appelé « Le Costaud de Vaugirard ». Autre athlète du vélo, Raymond Mastrotto, ancien vainqueur du Dauphiné (1962), devint « le taureau de Nay », localité où il était né. René Privat, ancien vainqueur de Milan-San Remo (1960) fut surnommé, « René la Châtaigne », sans doute en raison de son punch. Rostollan, qui faisait le train pour Jacques Anquetil dans les cols, se vit appelé « Pétrolette ».  Rik Van, Looy, seul coureur à avoir gagné toutes les classiques (entre 1956 et 1968), fut baptisé par les journalistes belges « L’Empereur d’Herentals », en référence à la commune où il habitait. Enfin, qui ne se souvient de l’immortel « Poupou » que fut Raymond Poulidor dans les années 60 et 70 ?

Tout cela nous amène aux années 70, où force est de reconnaître que l’imagination fut nettement moins fertile qu’avant. En tout cas  les surnoms donnés respiraient davantage la banalité, même si parfois on retrouvait quelques traits d’humour comme « Le Cannibale » pour Merckx, « Le Chamois des Abruzzes » pour le grimpeur Vito Taccone, ou « Cuore matto » (cœur fou) pour Bitossi, en proie à des problèmes de palpitations cardiaques. Sinon, appeler Zoetemelk « Le Hollandais de France » ou Thévenet « Nanard » apparaît plutôt comme une évidence, ou du déjà vu comme Beat  Breu, le grimpeur suisse, « La Petite Puce de Saint Gall ». On retiendra quand même pour l’histoire, « Le Blaireau » pour Bernard Hinault*,  « Gibus » pour Gilbert Duclos-Lassalle, « Banban » pour Robert Alban, ou « Il Diavolo » pour Claudio Chiapucci », mais aussi « Jeff » pour J.F. Bernard,  « Le Ricain » pour Greg Lemond, premier grand champion américain ou « La Broche » pour Brochard, champion du monde en 1997.  On n’omettra pas non plus « Jaja » pour Laurent Jalabert, « Perro loco » (chien fou) pour le Suisse Zulle, « Le Dromadaire » pour un autre Suisse, Rominger, ou « Il Magnifico » pour le routier-sprinter italien Cippolini, ni « L’extra-terrestre » pour Indurain, vainqueur de cinq Tours de France et deux Tours d’Italie. Luc Leblanc, ancien champion du monde (1994), fut surnommé « Lucho » à cause de son épouse espagnole, le même surnom que le premier grand coureur colombien Luis Herrera. Pantani fut d’abord E.T. à cause de ses oreilles et de son crâne rasé, avant de devenir «Il Pirata » (Le Pirate).

Enfin, plus récemment nous avons été habitué au « Boss » pour Lance Armstrong, à « Vino » pour Vinokourov, à « Gibo » pour Simoni, à «Il piccolo principe » (le Petit prince) pour Damiano Cunego, vainqueur du Giro en 2004 à 23 ans, « Ivan le Terrible » pour Ivan Basso », « Le Requin de Messine » pour son équipier de la Liquigas, Nibali, « Le Cobra » pour Ricco, pour ses attaques tranchantes, « Balaverde » pour Valverde, “Spartacus” pour Cancellara, sans oublier évidemment « El Pistolero », parce qu’après chaque victoire, Alberto Contador*, le grand absent du prochain Tour de France pour une misérable affaire de traces de clembutérol, fait avec sa main un geste comme s’il tirait avec un pistolet. Là aussi, j’ai sans doute oublié nombre de champions, mais sur 250 coureurs au moins qui ont été surnommés, je n’ai retenu que ceux qui me venaient à l’esprit. Je voudrais toutefois en ajouter deux, à savoir Fausto Coppi surnommé « le Campionissmo », parce qu’il fut le plus grand coureur de l’histoire du cyclisme*, à la fois extraordinaire rouleur, fantastique poursuiteur et le meilleur grimpeur qui ait jamais existé. Quant au second, Roger Rivière*,  qui n’avait pas de surnom, je l’ai appelé « Le Voltigeur », pour sa facilité déconcertante dans l’effort, notamment dans l’exercice du contre-la-montre. Aucun autre rouleur, pas même Coppi ou Anquetil, n’était aussi fort que lui sur des distances de moins de 75 kilomètres. C’est pour cela que j’aurais aussi pu l’appeler « Superman », d’autant que sur la piste, en poursuite, il fut le seul à pouvoir se vanter d’être imbattable pendant sa courte carrière.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces coureurs sur le blog


A propos du Tour 1949…

Le Tour de France a ceci de particulier qu’il est à lui seule toute une histoire. Cette épreuve a tout connu depuis 1903, avec des grands vainqueurs, des vaincus magnifiques et des gagnants qu’on n’attendait pas. Qui aurait imaginé voir un Walkowiak ou un Aimar sur la plus haute marche du podium ? Personne. Qui aurait pu penser qu’un Raymond Poulidor ne gagnerait jamais le Tour ? Personne. Cela dit il  arrive aussi, et c’est le cas le plus fréquent, que le favori, le grand favori s’impose. Ce fut le cas depuis 1947 avec Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond, Indurain, Armstrong et Contador. Et tous, sauf Koblet, gagnèrent le Tour plusieurs fois au point parfois d’enlever tout suspens…parce qu’on savait d’avance qu’ils allaient gagner. C’est ce qui s’est passé en 1949.

Ce Tour de France qui  se courait à l’époque par équipes nationales, avait vu arriver une formidable équipe italienne avec trois coureurs de haute lignée dans ses rangs, dont les deux meilleurs du moments, Coppi, Bartali, auxquels s’ajoutait Magni. Cela fait un peu penser à ce qui s’est passé soixante ans plus tard avec l’équipe Astana de 2009, qui comptait dans ses rangs Contador, seul vainqueur en activité des 3 grands tours, Armstrong, sept fois vainqueur du Tour, et Leipheimer qui collectionnait les podiums dans les grandes épreuves par étapes. Cela étant, comme en 2009, il fallait faire cohabiter tout ce beau monde en 1949, ce à quoi s’employa le directeur technique de la Squadra Azzura, l’ancien grand champion Alfredo Binda, qui réussit le tour de force d’obliger ses super cracks, par ailleurs ennemis jurés, à faire cause commune dans ce Tour. C’était déjà le premier exploit réalisé avant même que ne commence l’épreuve, au nom de l’intérêt supérieur de la nation.

Il est vrai que les tifosi, qui avaient encore en mémoire le souvenir ô combien douloureux pour eux du championnat du monde 1948 à Valkenburg, où les deux campionissimi s’étaient stupidement neutralisés avant de décider ensemble d’abandonner, ne leur auraient pas pardonné de perdre ce Tour de France qui leur était promis. Et de fait on a assisté à un Tour de France où la logique n’a jamais été aussi bien respectée. Tout d’abord il faut rappeler que le vainqueur du Tour 1948 avait été Bartali, en écrasant ses rivaux (Schotte, Lapébie et le tout jeune Louison Bobet), et qu’en 1949 Coppi avait gagné le Giro en campionissimo qu’il était, raison pour laquelle tout le monde le voyait réussir pour la première fois le doublé Giro-Tour. Rien qu’à cette évocation on comprend tout de suite qu’Alfredo Binda était un sacré diplomate, pour faire en sorte que Bartali et Coppi unissent leurs forces face à tous les autres. Il est vrai que les deux cracks étaient sous la surveillance de leur fédération qui menaçait de les disqualifier s’ils faisaient les imbéciles comme à Valkenburg, ce qui leur avait d’ailleurs valu six mois de suspension.

Tout était donc réuni pour que le Tour se joue « à la pédale » entre les deux campionissimi, c’est-à-dire dans les contre-la-montre et en montagne. Autant dire que, sauf improbable scénario, on connaissait d’avance le nom du vainqueur, car si Gino Bartali pouvait rivaliser avec Fausto Coppi dans la montagne, ce dernier était meilleur rouleur. Cela étant le vélo est un sport où les impondérables sont nombreux, notamment avec les crevaisons et les chutes. Et c’est ce qui arriva avec Fausto Coppi, au cours de la cinquième étape amenant les coureurs de Rouen à Saint-Malo. En effet, au cours de cette étape, Coppi avait réussi à s’échapper avec notamment Kubler, qui gagnera le Tour l’année suivante, et le porteur du maillot jaune Jacques Marinelli, jeune coureur de l’équipe régionale Paris-Ile de France, qui finira troisième à Paris. Problème, à un certain moment Marinelli fait un écart en voulant prendre une carafe d’eau que lui tendait un spectateur, chute et entraîne dans sa chute Coppi lui-même.

Celui-ci se relève sans gravité, mais il va se produire un de ces épisodes qui ont nourri la légende du Tour de France et du vélo. Pourquoi ? Tout simplement parce que Coppi dont le vélo avait souffert dans sa chute a refusé de prendre le vélo de secours sur la voiture de liaison qui le suivait. Lui voulait absolument repartir avec son vélo de secours personnel qui était sur la voiture de Binda arrêtée au ravitaillement de Caen. Du coup Coppi a dû attendre de longues minutes l’arrivée de son directeur sportif pour pouvoir être dépanné. Résultat Coppi, furieux auprès de Binda à qui il a reproché de ne pas rouler derrière lui ce qui était une preuve qu’il ne lui faisait pas confiance, a perdu six minutes de plus dans l’affaire et voulait abandonner. De nouveau il fallut que Binda fasse assaut de diplomatie pour que le campionissimo accepte de repartir le lendemain.

Heureusement pour lui et pour le Tour, Coppi va entreprendre une fantastique remontée, dès le surlendemain en écrasant l’étape contre-la-montre Les Sables-La Rochelle (92 km), puis en dominant l’épreuve dans les Pyrénées et les Alpes au point qu’il avait rattrapé à Briançon tout son retard depuis l’étape de Saint-Malo (plus d’une demi-heure), et qu’il se trouva juste derrière Bartali au classement général avec 1mn22 de retard. Le lendemain il remporta l’étape d’Aoste, prit le maillot jaune qu’il conforta dans l’étape contre-la-montre Colmar-Nancy (137 km) et remporta le tour avec près de 11 mn d’avance sur Bartali. Toute l’Italie était en liesse. Coppi avait réussi son doublé Giro-Tour historique (le premier), Bartali avait prouvé qu’il était encore le meilleur derrière le meilleur à 34 ans. Tout s’était bien passé même si Bartali, avec sa langue trop bien pendue, avait quand même trouvé le moyen à plusieurs reprises de dénigrer Coppi auprès de ses adversaires, chose que Coppi ne faisait jamais. Preuve absolue qu’il était le plus fort, comme sans doute le sera cette année Contador, ce qui lui permettra de réussir son premier doublé Giro-Tour, exploit qui n’a plus été réalisé depuis 1998 avec Pantani.

Michel Escatafal


Roger Rivière, le meilleur rouleur de l’histoire du cyclisme

Alors qu’aujourd’hui le monde du vélo, suspendu à l’attente du verdict concernant le « contrôle anormal » de Contador, ne semble bruire qu’à travers les affaires de dopage, il est peut-être bon de faire un retour sur le passé pour évoquer un champion tout à fait exceptionnel, aujourd’hui presque totalement oublié, Roger Rivière. Ce coureur, en effet, aurait pu être le champion du vingtième siècle…si la fatalité ne l’avait pas arraché à son métier en 1960, seize ans avant sa mort le 1er avril 1976 (35 ans déjà!). En fait, sa vie lui fut ôtée en grande partie le 10 juillet 1960 (à l’âge de 24 ans) dans la descente du col du Perjuret, lors de la 15è étape d’un Tour de France qui lui était promis.

Ce jour là, poussé par son orgueil de champion, le recordman du monde de l’heure s’était mis en tête de suivre Nencini, son rival italien, dans une descente qualifiée de « pas trop difficile » par son coéquipier Rostollan, sauf les deux derniers virages. Et c’est précisément dans un de ces deux virages que Roger Rivière fila tout droit, avant de tomber lourdement quelques mètres plus bas, et d’être victime d’une fracture à la colonne vertébrale. Certes il avait manqué un virage, mais il aurait pu s’en tirer sans trop de dégâts, avec une fracture de la clavicule, de la jambe ou du bras. Dans ce cas il aurait perdu le Tour de France, mais sa carrière ne se serait pas terminée à cet endroit.

Que de regrets peut-on nourrir de ne pas avoir assisté à la suite de la confrontation à peine esquissée avec Jacques Anquetil, né deux ans avant lui ! Pour sûr nous aurions eu un duel comparable à celui que se livrèrent les deux campionissimi Italiens, Coppi et Bartali, dans les années 40 et au début des années 50, dont tous les connaisseurs affirment que ce fut le plus somptueux de l’histoire du vélo, et peut-être même du sport en général. Et bien si Roger Rivière avait pu reprendre sa carrière après cette chute, avec tous ses moyens bien entendu, il est permis de penser que l’on aurait atteint les mêmes sommets. Qui aurait gagné ? Beaucoup de gens se posent la question, mais nombre d’observateurs du vélo sont convaincus que Roger Rivière était intrinsèquement supérieur à Jacques Anquetil, comme Coppi l’était vis-à-vis de Bartali. Cela étant rien ne dit que Rivière aurait eu un palmarès plus brillant que celui de son rival normand, car Jacques Anquetil semblait un peu plus résistant que le merveilleux styliste stéphanois.

Pourquoi peut-on dire avec tellement de certitude que Rivière aurait le plus souvent battu Anquetil, alors que nombre de coureurs ou de suiveurs ne l’avouent pas de cette manière ? Tout simplement parce que le peu de temps qu’ils ont été confrontés l’un à l’autre directement, c’est toujours Rivière qui a gagné. Cela a commencé en 1957, en poursuite, quand les deux hommes se sont affrontés en finale du championnat de France. D’ailleurs peu après, Roger Rivière devint pour la première fois champion du monde de poursuite professionnel, titre qu’il conservera jusqu’à la fin de sa carrière. Sur la distance de 5 km il était imbattable, au point qu’il se joua en 1957 d’un des plus grands poursuiteurs de tous les temps réputé invincible à l’époque, Guido Messina. Celui-ci, rappelons-le, fut deux fois champion du monde amateur en 1948 et 1953 et champion du monde professionnel de 1954 à 1956. Cette dernière année il battit Jacques Anquetil en finale du tournoi mondial, quelques semaines après que ce dernier eût effacé Coppi des tablettes du record de l’heure.

 Et sur des distances plus longues ? Et bien c’était la même chose, puisque Rivière battit nettement le record de l’heure en 1957, couvrant 46,923 km presque en s’amusant dans la mesure où il n’avait pas spécialement préparé cette tentative. Tout le monde savait qu’à la première occasion il ferait beaucoup mieux, et c’est ce qu’il fit le 23 septembre 1958 en portant le record à 47,347 km…malgré une crevaison.  Sans cette crevaison, qui de l’avis de tous les spécialistes lui à fait perdre 700 ou 800 mètres, il aurait fait sauter la barrière des 48 km dans l’heure. Plus personne ne s’attaquera à son record jusqu’en 1967, tellement il était haut perché. Et ce sera Jacques Anquetil qui le fera en septembre 1967 à 33 ans, donc en fin de carrière et qui le battra de 146 mètres avec 47,493 km. Néanmoins  pour éclatante que fût la performance de Jacques Anquetil, elle se situait en valeur absolue assez loin de celle de Roger Rivière neuf ans plus tôt.

 Cependant, si Roger Rivière a été le plus grand spécialiste de la poursuite dans l’histoire du cyclisme, nombreux sont ceux qui pensent qu’il fut aussi le meilleur rouleur sur des distances allant jusqu’à 60 ou 70 km. Il suffit de se rappeler que Rivière domina nettement Anquetil dans les deux contre-la-montre du Tour de France 1959, avec une nette victoire entre Seurre et Dijon sur une distance de 69 km, où Roger Rivière laissa Anquetil à 1 mn 38 s. En revanche il est vraisemblable que sur des distances plus longues, comme au Grand prix des Nations dans les années 50 (plus de 100 km), la puissance de Jacques Anquetil aurait prévalu sur la facilité de Roger Rivière.

 Et sur les grands tours ? Là aussi l’histoire est là pour nous éclairer. Jacques Anquetil a gagné son premier Tour à sa première tentative en 1957. En revanche il a échoué en 1958 et en 1959. Cette même année il est vraisemblable que si Roger Rivière avait été dans la position de Jacques Anquetil en 1957, leader unique de l’Equipe de France, il aurait gagné ce Tour de France. D’ailleurs si l’on observe qu’il termina à 5mn 17s de Bahamontes, après avoir perdu 5 mn dans l’étape d’Aurillac plus 3 mn dans la descente du Tourmalet, le tout par manque d’expérience et par l’absence auprès de lui d’équipiers prêts à l’aider, on peut effectivement penser, qu’entouré par une équipe expérimentée, il aurait gagné sans problème ce Tour de France.

 La même année il aurait dû gagner aussi le Tour d’Espagne à sa première tentative, sans deux crevaisons qui lui firent perdre dans la 11è étape un quart d’heure…parce que son directeur sportif était derrière Pierre Everaert, en perdition, qui portait le maillot de leader. Ah s’il y avait eu les oreillettes ! Malgré tout Roger Rivière, qui n’avait que 23 ans, venait déjà de prouver qu’il était le plus fort, mais aussi sans doute le plus malchanceux. Ce n’était rien hélas à coté de ce qui allait se passer dans la descente du col du Perjuret. Regrets éternels !

 Michel Escatafal


J. Anquetil, conquérant de l’impossible…

S’il n’était pas mort un triste de jour de novembre 1987, Jacques Anquetil aurait eu le 8 janvier dernier 77 ans, mais comme pour tous ceux que la mort a fauchés trop tôt, il n’aura jamais vieilli. Ceux qui comme moi l’ont découvert tout jeune, j’avais moins de dix ans quand il a commencé le cycle de ses exploits, ont toujours l’impression que ses premières victoires au Grand Prix des Nations, l’équivalent aujourd’hui du Championnat du Monde du contre-la-montre, datent d’hier. Je repense aussi à mon extraordinaire déception quand il fut battu en finale du Championnat du Monde de poursuite, en 1956, par un Italien qui n’était excellent  que sur la piste (Messina). Je revois enfin la maîtrise avec laquelle il a remporté la première de ses 5 victoires dans le Tour de France. J’étais tout petit garçon, mais ce sont des souvenirs extraordinaires pour quelqu’un qui a toujours aimé passionnément le vélo.

Ensuite il eut quelques difficultés à digérer tous ces succès acquis si jeune, et surtout il dut faire face à plusieurs adversaires de très grande classe qui étaient soit un très grand grimpeur (Charly Gaul), soit le meilleur rouleur en valeur absolue que le cyclisme ait produit (Roger Rivière). Mais le destin voulut qu’on n’assistât pas au duel que tout le monde attendait entre les deux surdoués de la jeune génération française qui remplaça Louison Bobet. Qui aurait gagné le plus entre Jacques Anquetil et Roger Rivière, si le coureur stéphanois n’avait pas chuté dans la descente du col du Perjuret en 1960, alors que selon toute vraisemblance il allait remporter le Tour de France cette année là ? Oui, quel était le meilleur des deux ? Nul ne le saura jamais, et c’est bien dommage car le sport n’est jamais aussi beau que dans les grands duels qu’il suscite.

Pensons aux affrontements  Coppi-Bartali dans le Giro, ou encore Coppi-Koblet toujours dans le Giro, mais aussi Anquetil-Poulidor dans le Tour de France, ou Merck-Ocana, ou encore Hinault-Fignon toujours dans le Tour de France. J’arrêterai là les comparaisons, car peu après on allait entrer dans l’ère de la spécialisation à outrance, avec des coureurs qui ne s’intéressaient qu’aux classiques et d’autres qui ne courraient qu’un ou deux grands tours. En tout cas, pour revenir à Jacques Anquetil et Roger Rivière, cet affrontement aurait eu lieu partout, et sans doute même sur la piste tellement les deux hommes étaient doués dans l’exercice de la poursuite. N’oublions pas qu’ils furent l’un et l’autre plusieurs fois recordman du monde de l’heure.

Pour terminer ce billet sur une note moins nostalgique, je voudrais simplement rappeler que Jacques Anquetil et Roger Rivière avaient finalement beaucoup de points en commun, y compris le même caractère orgueilleux, qui leur valut quelques déboires et quelques défaites qu’ils n’auraient jamais concédées ensemble, si leur rivalité naissante ne les avaient conduit à préférer la défaite face à quelqu’un d’autre. En disant cela je pense au Tour de France 1959,  que le grimpeur espagnol Bahamontès a remporté grâce à l’aide objective de Jacques Anquetil et Roger Rivière. Pour chacun d’eux l’honneur était sauf, puisque ce n’était pas l’autre qui avait gagné. Maître Jacques renouvellera l’opération à plusieurs reprises avec Raymond Poulidor, se privant même du titre de Champion du Monde sur route en 1966, au profit de Rudi Altig…qui n’en demandait pas tant.

Mais Jacques Anquetil, comme Roger Rivière le peu d’années qu’il courut, a réalisé de tels exploits que nous lui pardonnerons toutes ces petites vilénies. Il suffit simplement de se rappeler qu’en 1965, moins de 24 heures après avoir remporté le Dauphiné Libéré, il s’imposa dans la plus dure et la plus longue des classiques, Bordeaux-Paris, après avoir rallié par avion spécial le lieu de départ, prévu à 2h du matin. Douze heures plus tard, après avoir failli abandonner au petit matin, il arrivait en grand vainqueur après  plus de 600 km de course. Jacques Anquetil c’était la classe à l’état pur, mais aussi une volonté hors du commun. Bref c’était un campionissimo comme disent les Italiens.

Michel Escatafal


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