Le PSG tutoie le Gotha européen, n’en déplaise à J.M. Aulas

aulasCette fois la saison de football est bien lancée, en France et ailleurs. Ailleurs parce que même si plusieurs grands championnats n’ont pas repris, il y a les diverses coupes européennes ou nationales pour les occuper. Ainsi on a assisté hier soir à une des plus grosses surprises de ces dernières années, avec la lourde chute du FC Barcelone en finale de la Super coupe d’Espagne contre l’Athletic Bilbao (4-0 et 1-1). Preuve que le football n’est pas une science exacte, preuve aussi que le Barça ne peut pas forcément se passer impunément d’un de ses trois attaquants (Messi, Neymar et Suarez). Cette fois c’était Neymar qui était absent, mais c’est la même chose si c’est Messi et même Suarez. Ce qui est amusant c’est de voir la réaction des forumers français, trouvant presque normal que le Barça soit battu sans un de ses atouts majeurs, alors qu’ils ne soulignent jamais l’absence conjointe de Verratti, Motta, David Luiz et Ibrahimovic lors des confrontations entre le PSG et le FC Barcelone en ¼ de finale de la Ligue des Champions au printemps. Cela étant, chacun sait que dans notre pays on préfère soutenir le « gentil » Barça au « vilain » PSG, dont le principal défaut est d’être très riche…grâce aux capitaux du Qatar. Ah, la France et les Français ! Quel pays sommes-nous devenus ? Au fait, personne n’est choqué parmi ces pseudo supporters du Barça, profondément anti-PSG, de voir écrit sur le maillot de Messi et ses copains « Qatar Airways »!

Passons, et voyons à présent ce qui se passe chez nous dans notre bonne vieille Ligue 1. Déjà, on observe que le « méchant » PSG, est en tête du championnat après deux journées. Normal disent les nombreux détracteurs du club parisien, puisqu’ils ont un budget de 3 à 50 fois supérieur à celui de ses adversaires. Il a en effet nombre de joueurs de classe mondiale comme Ibrahimovic, Cavani, Pastore, Lucas, Matuidi, Verrati, Motta, Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos, Maxwell et Aurier, et j’en oublie peut-être. Evidemment cela fait riche un tel effectif, surtout quand en plus on le renforce avec un des tous meilleurs joueurs de la dernière Coupe du Monde et de la Copa America, l’Argentin Di Maria. Là c’est le trop plein pour nos braves franchouillards, qui n’acceptent pas que les stars du ballon rond appartenant au PSG touchent entre 5 et 15 millions d’euros par an. On a même des remarques du style : « C’est une honte de donner autant d’argent à des types qui tapent dans un ballon » ! Comme si les joueurs du Real, du Barça, de Chelsea, des deux Manchester ou du Bayern ne touchaient pas des sommes de cet ordre ! Oui, certes, mais nous sommes en France, et 75% de gens préfèrent une victoire du Barça contre le PSG…ce qui est hallucinant.

Ce qui l’est encore plus, c’est que ces gens sont tellement haineux, à force sans doute d’être malheureux de leur sort individuel, qu’ils se répandent en grand nombre au moindre article sur le PSG, allant même jusqu’à regretter qu’on parle autant du club parisien. On pourrait leur rétorquer que s’ils n’aiment pas les articles sur le PSG, le mieux serait qu’ils ne les lisent pas. Mais cela semble au-dessus de leur compréhension. Ce qui est aussi incompréhensible, et je doute que cela existe ailleurs à ce point, c’est de reprocher à un joueur d’être né…à Marseille. Si j’écris cela c’est parce que dimanche soir, Stambouli, natif de la cité phocéenne, a été sifflé par des soi-disant supporters du PSG à son entrée sur le terrain. Ahurissant de bêtise et de stupidité ! C’est aussi ça la France ! Certes les siffleurs étaient sans doute une minorité, du moins il faut l’espérer, mais c’est quand même un signe que notre pays va très mal, beaucoup plus qu’on ne l’imagine. Les gens du Qatar doivent quand même être interloqués devant  « une (telle) inertie mentale qui se manifeste à la fois dans les actes et les propos », pour parler comme Théophraste.

Heureusement pour ces gens, pour ces Français à l’étroitesse d’esprit bien ancrée, ils ont leur héraut en la personne de l’ineffable J.M. Aulas, l’homme qui voulait récupérer les points perdus contre le RC Lens (par le biais d’un dépôt de bilan du club artésien) pour que son club, l’Olympique Lyonnais, ait quelques chances supplémentaires d’être champion de France 2014-2015. Imaginons Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, faire la même démarche? Quel tollé de la part des franchouillards, chacun y allant à son tour à propos des « valeurs », mot que l’on brandit allègrement…sans en connaître le sens (même Thauvin !!! a employé ce mot à propos du PSG)  ! Problème, le président du PSG a la classe des grands dirigeants, et jamais on ne le verra se livrer à ce genre de bassesse. Lui ne s’occupe que de son club. Mieux même, il ne cherche pas à recruter les meilleurs joueurs de ses concurrents nationaux, ce qu’il pourrait facilement faire vu les moyens dont il dispose, pour les affaiblir. Non, il respecte tout le monde, se contentant de vouloir à tout prix remporter la Ligue des Champions le plus rapidement possible, rêve absolu des investisseurs qataris, parce que ça installerait définitivement leur club dans le Gotha européen. La marque PSG, qui a déjà tellement évolué depuis 2011, serait à ce moment au niveau de celle des clubs historiques, type Real, Barça ou Manchester United, la différence de palmarès étant quasiment gommée par la notoriété de Paris, troisième destination le plus visitée au monde.

Cela d’ailleurs J.M. Aulas ne semble pas le comprendre, aveuglé par son envie d’être plus important qu’il n’est… ce qui est tellement français. Des Français qui évidemment apprécient son esprit gaulois, qui le porte à affirmer qu’il refuse de s’incliner devant le pouvoir de l’argent, symbolisé par le PSG. Et encore a-t-il de la chance J.M. Aulas que l’Olympique de Marseille, seul club français à avoir remporté la C1, soit devenu un club en proie à de grosses difficultés économiques, malgré la fortune personnelle de son actionnaire, laquelle aimerait bien vendre son club…si elle trouvait un acheteur. Mais qui voudrait acheter l’Olympique de Marseille ou l’Olympique Lyonnais ? Marseille ou Lyon ne sont pas des villes connues dans le monde entier (Bordeaux l’est davantage), et la France n’est pas une terre d’accueil facile pour des investisseurs étrangers, surtout pour le football, en raison d’une fiscalité hautement dissuasive. Résultat, si la notoriété de Paris permet de dépasser ce handicap, qui s’ajoute à une passion moindre pour le football en particulier et le sport en général, ce ne peut pas être le cas pour Lyon ou Marseille. Du coup, à part le PSG qui est sur une autre sphère, tous les autres clubs français sont condamnés à vivoter et à être des clubs moyens sur le plan européen, formant des joueurs pour les vendre plus tard. Et ce n’est pas avec son « grand stade » que l’Olympique Lyonnais pourra combler l’immense fossé qui le sépare des plus grands clubs de la planète.

Ce stade d’abord il faudra le payer, et le club d’Arsenal sait que ce n’est pas une mince affaire, même pour un club londonien. Il n’y a guère que les supporters lyonnais, idolâtrant leur « très grand président », pour croire que ce fameux stade va générer des revenus tels que l’Olympique Lyonnais va très vite se retrouver dans une situation financière florissante. A ce propos, on peut aussi noter que les Qataris ont très bien négocié leur arrivée à Paris, en obtenant très rapidement la gestion exclusive du Parc des Princes pour les 30 prochaines années à partir de 2014, contre un loyer fixe de 1 million d’euros annuel plus des bonus, ce qui leur permettra de pouvoir achever les travaux de rénovation commencés depuis l’an passé, avec pour objectif de disposer d’une enceinte de 60.000 places, voire même plus, après 2016. De quoi faire enrager encore davantage J.M. Aulas, qui en est réduit à payer en plusieurs fois des transferts de l’ordre de…5 millions d’euros, et à transférer son « futur Samuel Eto’o » à Tottenham (N’jie). Au fait, combien de temps gardera-t-il Fekir, «  »son nouveau Messi », ou encore Lacazette, l’homme qui vaut plus de 100 millions d’euros, puisqu’il est « bien meilleur » que Gareth Bale ? Certes, il est quelque peu revenu sur ces déclarations, mais quand il les a faites, cet hiver ou au printemps, il n’avait pas l’excuse de la canicule de juillet.

Un dernier mot enfin, pour dire que je n’ai rien contre Monsieur Aulas, qui a fait du très bon travail à Lyon pour son Olympique Lyonnais, mais il gagnerait à faire preuve de plus de mesure, voire de modestie, ce qui lui permettrait de se réjouir de voir le PSG atteindre un niveau de notoriété tel que toute la Ligue 1 en profite. Qui aurait imaginé il y a cinq ou dix ans qu’on connaîtrait notre championnat en Thaïlande ou en Indonésie, voire même en Amérique du Nord? J.M. Aulas aime incontestablement la lumière, mais la lumière qu’il veut se créer semble l’aveugler au point parfois de perdre toute notion de bienséance. En outre, qu’il arrête ses tweets de gamin attardé, car ce n’est pas digne de quelqu’un comme lui. C’est bien de vouloir faire moderne, mais J.M. Aulas a 66 ans, un âge où généralement on est devenu sage. Cela étant, comme l’a écrit Pierre-Claude Nivelle de la Chaussée, « d’âge en âge, on ne fait que changer de folie ».

Michel Escatafal


Et si Purito Rodriguez gagnait enfin un grand tour?

RodriguezLe 22 août prochain va démarrer le dernier des trois grands tours du calendrier, la Vuelta, qui fêtera à cette occasion son quatre-vingtième anniversaire, la première édition ayant eu lieu en 1935 (voir mon article Tour d’Espagne : de Deloor à Cobo). Certes le Tour de France et le Giro sont encore au-dessus en termes de notoriété et de prestige, mais l’épreuve espagnole se rapproche peu à peu de ses grands frères français et italien. Il s’en rapproche d’autant plus que chaque année il nous offre un beau spectacle, supérieur à celui du Tour de France. En outre il regroupe souvent en fin de saison la quasi-totalité des meilleurs routiers de la planète, preuve que le Tour d’Espagne intéresse hautement les coureurs, et ce pour de nombreuses raisons. Parmi celles-ci, outre la préparation que certains considèrent comme idéale pour les championnats du monde, il y a aussi le fait que c’est une très belle ligne qui s’ajoute au palmarès du vainqueur. Un palmarès où l’on retrouve la quasi-totalité des grands champions du vélo depuis le début des années 60, à l’exception de Thévenet, Moser, Saronni, Roche, Fignon, LeMond, Indurain, Pantani et, plus près de nous, Armstrong et Froome.

Qu’on en juge : depuis cette époque l’ont emporté au moins une fois Anquetil, Altig, Poulidor, Janssen, Gimondi, Pingeon, Ocana, Fuente, Merckx, Maertens, Hinault, Zoetemelk, Delgado, Lucho Herrera, Kelly, Rominger, Jalabert, Zulle, Olano, Ullrich, Vinokourov, Contador, Valverde, Nibali et Heras, le recordman des victoires (4) dont la dernière lui a été rendue en décembre 2012 par un tribunal espagnol…après lui avoir été retirée en raison d’un contrôle positif. Et oui, cela peut exister ce genre de choses dans le vélo, sport qui manipule et triture les palmarès à sa guise, au point que plus personne ne sait qui a gagné quoi à certaines époques. Heureusement les vrais fans de cyclisme savent reconnaître les gagnants, tout comme les coureurs eux-mêmes qui ne sont pas dupes, y compris ceux qui bénéficient d’une décision des instances sportives.

Fermons cette sombre parenthèse ridicule et revenons à cette Vuelta, qui va voir s’affronter du 22 août au 9 septembre la quasi-totalité des plus grands champions actuels, à la notable exception d’Alberto Contador, qui a déjà disputé le Giro et le Tour de France. Sinon tous les autres seront là, à commencer par le vainqueur du Tour 2015, Froome, qui aura à subir les assauts de ses dauphins, Quintana, Valverde et Nibali, mais aussi de Fabio Aru et Mikel Landa (dauphins de Contador au dernier Giro), sans oublier Purito Rodriguez, Van Garderen, Samuel Sánchez, Rafal Majka, Domenico Pozzovivo, Pierre Rolland, Fabian Cancellara, Tom Dumoulin, Jurgen Van de Broeck, Peter Sagan, Nacer Bouhanni et John Degenkolb, ces trois derniers en lice pour le maillot vert du classement par points, en notant que seules trois étapes ( Malaga, Lerida, et Madrid) seront réservées a priori aux sprinters. Que du beau monde donc ! Une participation exceptionnelle, supérieure à celle du Giro, en notant au passage que s’il apparaît impossible de nos jours de réaliser le doublé Giro-Tour, un doublé Tour-Vuelta semble moins effrayer les coureurs. Pourquoi ? Sans doute parce que Valverde et Rodriguez, voire Froome en 2012, ont accompli de très belles performances après avoir disputé le podium dans le Tour de France. Néanmoins il faut remonter à l’époque Hinault (1978) pour trouver trace de ce doublé, en rappelant qu’à ce moment la Vuelta se disputait au printemps, et qu’il y avait un délai d’un mois et demi entre la fin de la Vuelta et le début du Tour.

Sinon, le parcours de cette année sera assez classique pour un grand tour, même si l’on trouvera le prologue un peu court pour un contre-la-montre par équipes (7.4 km), sans parler des nombreux transferts. Cela dit, il y aura comme d’habitude de nombreuses arrivées au sommet, avec une étape reine courte (138 km) mais dantesque (5 cols de première catégorie ou hors-catégories) en Andorre, où les coureurs ne cesseront de monter et descendre, mais aussi un contre-la-montre presque plat de 39 km quatre jours avant l’arrivée, sans lequel un grand tour n’en est pas un, n’en déplaise aux organisateurs du Tour de France, peu soucieux de l’histoire du cyclisme. Cette étape contre-la-montre pourrait d’ailleurs déterminer le vainqueur de l’épreuve, car il semble que les difficultés à venir ne seront pas insurmontables pour les meilleurs, même si la vingtième étape compte quatre cols de première catégorie, et même si les organismes seront fatigués dans la troisième semaine de l’épreuve, d’autant que les principaux leaders (Froome, Quintana, Valverde et Nibali) auront, comme je l’ai souligné précédemment, le Tour de France dans les jambes.

Cela m’amène à évoquer le nom de celui que je considère comme le favori de cette édition 2015, Purito Rodriguez. Certes il n’aura pas l’avantage de pouvoir s’exprimer comme il sait si bien le faire dans des ascensions comme l’Angliru ou la Bola del Mundo, mais il aura en revanche l’avantage sur les autres leaders de n’avoir pas lutté jusqu’au bout pour la victoire finale ou pour s’adjuger une place sur le podium dans le Tour de France. Dans quel état vont être les quatre premiers de ce Tour, à commencer par Froome qui accumule les critériums ? Néanmoins méfions-nous de Nibali, hors de forme au début du Tour, mais qui l’a très bien fini, d’Aru aussi qui n’a guère couru depuis le Giro, sans oublier Landa…à condition que son Giro n’ait pas été qu’un simple feu de paille. Un Landa dans sa forme du Giro, et libéré de certaines contraintes de gregario, pourrait surprendre autant qu’il a surpris sur les routes italiennes, mais je n’y crois pas trop d’autant qu’il ne sera plus chez Astana l’an prochain. Après, un outsider peut toujours s’imposer comme Casero en 2001, Aitor Gonzales en 2002, Juan Jose Cobo en 2011 ou Chris Horner en 2013, mais il paraît invraisemblable que le vainqueur ne soit pas dans les coureurs que je viens de citer dans ce dernier paragraphe.

Michel Escatafal


Des records stupéfiants et d’autres qui ne le sont pas…

séoul 1988Alors qu’on ne sait pas si Christophe Lemaitre sera ou non forfait pour les prochains championnats du monde d’athlétisme, ce qui ne ferait qu’un athlète français de plus incapable de participer à cette épreuve, avec Tamgho, champion du monde du triple saut en 2013, mais aussi le multiple médaillé d’or européen et médaillé d’argent olympique et mondial, Mahiedine Mekhissi, ou encore Yohann Diniz, triple champion d’Europe, tous blessés, ce sport est en train de subir un véritable cataclysme…lié à de supposées affaires de dopage. Décidément on n’en sortira pas ! Au passage on est en train de s’apercevoir qu’il n’y a pas que dans le cyclisme que sévit le dopage, ce dont nous sommes très nombreux à être persuadés. ..le sport engendrant fatalement la tentation du dopage chez certains compétiteurs. Cela dit, doit-on nécessairement remuer de la boue pour des résultats entérinés entre 2001 et 2012, soit pour certains depuis bientôt 15 ans ? Réponse non, car dans ce cas il faudrait remonter des années et des années en arrière, notamment à la « belle » époque du dopage organisé dans les années 70 ou 80, voire même avant, et cela ne servirait à rien.

Je souhaite aussi qu’on ne se ridiculise pas comme on le fait régulièrement dans le cyclisme, où l’on manipule à loisir les palmarès, pour donner parfois des titres à des gens loin d’être insoupçonnables sur le plan du dopage. Parfois même le ridicule tue froidement puisqu’on raye un vainqueur des palmarès, sans attribuer le titre…mais en gardant le reste du podium pour des coureurs suspendus par la suite. Bref, du grand n’importe quoi, ce qu’on a osé faire aussi en athlétisme, mais à une échelle beaucoup moins grande. En fait les seuls champions privés de leur titre l’ont été suite à un contrôle positif ou anormal, ce qui peut s’expliquer même si ces contrôles ne prouvent pas nécessairement qu’il y a eu prise de produit incriminé volontaire, ou suite à des aveux faits par les champions…ce qui signifie qu’ils auraient gardé leur titre s’ils n’avaient rien dit.

Mais comme rien n’est simple dans ce domaine, notamment dans le cyclisme, on peut quand même figurer dans les palmarès si on a avoué s’être dopé…après prescription des faits par le règlement. Qui peut comprendre ça ? Résultat, on a des gens dont est certain qu’ils se sont dopés figurant dans les palmarès…et des gens dont n’a jamais pu prouver qu’ils s’étaient dopés à qui on a retiré leurs titres, y compris ceux pour lesquels ils étaient régulièrement inscrits sur la liste des participants. Là ça devient carrément loufoque ! Mais on oublie aussi les cas où un champion ayant subi un contrôle positif indiscutable garde son ou ses titres, parce qu’il y a eu vice de forme dans la procédure. Là on est carrément dans le déni de justice par rapport aux autres.

Néanmoins tout cela n’est finalement que broutille dans l’histoire du sport, surtout dans un monde où tout va tellement vite que plus personne ne se souvient des résultats vingt ans auparavant. Il n’y a qu’à lire les commentaires des supporters forumers pour s’en rendre compte, certains faisant par exemple de Froome le plus grand coureur cycliste de tous les temps, la remarque valant aussi pour Messi en football ou pour Usain Bolt en athlétisme, sans parler de Federer ou Serena Williams pour le tennis, alors qu’il est déjà très difficile de déterminer le meilleur depuis le nouveau siècle. En fait, seuls les palmarès sont crédibles pour essayer de désigner les meilleurs…à condition qu’ils n’aient pas été manipulés, ou qu’on garde en mémoire le fait qu’il y ait eu jusqu’au début des années 1990 une distinction entre amateurs et professionnels (cyclisme sur piste ou tennis).

Décidément on n’en sort pas, d’autant que personne n’a songé à revenir en arrière, à partir de 1946 ou même avant, pour vérifier si tel coureur, athlète ou tennisman n’ avait pas des qualités supérieures aux stars d’aujourd’hui, en tenant compte aussi de la morphologie moyenne des sportifs, des conditions dans lesquelles on évoluait il y a 50 ou 100 ans, des progrès de la médecine, des progrès technologiques etc. En outre, qu’est-ce qu’on entend par produits dopants, certains se trouvant dans des médicaments utiles à la santé, d’autres dans la nourriture. La créatine par exemple, est-elle un produit dopant ? Non, répondent les spécialistes, même si le docteur Gérard Dine, spécialiste du dopage, a affirmé que « la créatine a des effets bénéfiques minimes mais réels ». D’ailleurs aucune autorisation d’emploi de ce produit en France n’a été accordée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ce qui n’empêche pas que de nombreux sportifs ont admis l’avoir utilisée, le dernier en date étant le nageur vedette en France,  Florent Manaudou.

En tout cas, si l’on en croit les révélations faites par une chaîne de télévision allemande (ARD) et un quotidien britannique (Sunday Times) sur un fichier secret de la Fédération Internationale d’Athlétisme, « au moins un médaillé sur six dans les épreuves d’athlétisme des JO ou des Mondiaux (hors sprint), entre 2001 et 2012, présentait des résultats suspects ». En outre deux pays, le Kenya et la Russie, sont fortement montrés du doigt. Comme si le dopage ne sévissait que dans ces pays ! Accusations qualifiées de « sentationnalistes et trompeuses«  par l’IAAF (Fédération internationale d’Athlétisme), ce qui signifie qu’on n’y voit guère plus clair sur toutes ces affaires, et sur la réalité du dopage en athlétisme. Et là aussi, je pourrais écrire : Comme si le vélo et l’athlétisme étaient les deux seuls sports touchés par le dopage !

Du coup l’amateur d’athlétisme que je suis depuis mon plus jeune âge, devrait cesser de rêver en voyant les exploits réalisés par les cracks d’autrefois et d’aujourd’hui, même si quelques performances me laissent de très gros doutes…parce que jamais approchées depuis leur réalisation. Je donnerai plus loin quelques exemples pour illustrer mon propos, en notant aussi que certains exploits me paraissent tout à fait humains (El Guerrouj et ses 3mn26s au 1500m en 1998 ou les 18m29 d’Edwards au triple saut en 1995, pour ne citer qu’eux). En revanche, pour avoir vu la course à la télévision, je n’ai jamais cru à la véracité de l’exploit accompli en son temps par le Canadien Ben Johnson, qui avait réussi, le 24 septembre 1988 aux J .O. de Séoul, le temps de 9s79, qui lui avait permis de devancer largement Carl Lewis lors de la finale du 100m, avant d’être disqualifié quelques heures après son succès et banni des Jeux Olympiques. Vraiment trop beau pour être vrai!

Cela montre, comme je l’ai souvent écrit, que l’on a fait des progrès dans la lutte contre le dopage, mais pas suffisamment pour que ceux qui ont recours à la pharmacopée pour réussir des performances hallucinantes soient attrapés au moment de leurs exploits. En effet, avant de l’être ils ont pu accumuler les performances stupéfiantes…sans que les contrôles permettent de savoir si ces performances étaient normales ou pas. C’est là tout le problème du dopage dans le sport, et pas que dans le cyclisme ou l’athlétisme, puisque des champions peuvent très bien faire toute leur carrière sans jamais se faire prendre, alors que d’autres sont pris pour des traces insignifiantes de produits qui, en aucun cas, ne pouvaient améliorer leurs performances.

Puisque je parle de l’année olympique 1988, ô combien riche en exploits renversants notamment en athlétisme, qui pourrait affirmer avec certitude que Florence Griffth-Joyner a réalisé « proprement » ses 10s49 au 100m en juillet 1998 à Indianapolis, et ses 21s34 en finale des J.O. sur 200m, des temps qui n’ont jamais été approchés depuis cette date ? Pour mémoire, sur 200m la meilleure performance d’une femme après celle Flo-Jo Griffth-Joyner est détenue par…Marion Jones avec 21s62, la suivante immédiate étant Merlène Ottey avec 21s64, elle aussi ayant eu des problèmes de dopage.   Sur 100m, la femme la plus rapide est Carmelita Jeter avec 10s 64, temps réalisé en septembre 2009, donc tout à fait en fin de saison, ce qui avait aussi suscité des interrogations. Pour revenir à Flo-Jo Griffith-Joyner, on rappellera qu’elle n’a jamais confirmé ses performances de 1988, puisqu’elle a annoncé sa retraite en février 1989. Elle est décédée d’une rupture d’anévrisme quasiment 10 ans jour pour jour (21 septembre 1998) après son fabuleux record du monde du 200m (29 septembre 1998). Au fait quand ses records seront-ils battus ? Peut-être, pour ne pas dire sans doute, jamais.

Il y a aussi des  records qui tiennent depuis 25 ans et plus, et qui pourraient tenir encore un  certain temps. Citons simplement  ceux  détenus chez les hommes par l’Allemand de l’Est Schult au disque avec 74.08m   (1986), par l’Ukrainien  Sedhyk ( père de notre grand espoir Alexia) au   marteau avec 86.66m en 1986, et chez les femmes par l’Allemande de l’Est   Marita Koch sur 400m avec 47s60 (1985),    la Tchèque  Jarmila   Kratochvilova sur 800m avec un temps de 1mn53s28 (1983),  la lanceuse de poids russe (aujourd’hui   française) Natalya Lisovkaya qui a effectué un jet de 22.63m en 1987, la   lanceuse de disque est-allemande Gabriele Reinsch qui a lancé son engin à  76.50m, la sauteuse en hauteur bulgare Stefka Kostadinova dont le saut de 2.09m à Rome aux championnats du monde 1987 n’a jamais été égalé ou battu,   même si la Croate Blanka Vlasic a flirté plus d’une fois avec cette   barre ces dernières années,  sans oublier les 12s21 au 100m  haies de la Bulgare Yordanka Donkova et les 7m52 en longueur de l’Ukrainienne Galina Chistyakova en 1988 (décidément l’année des J.O. de Séoul était propice aux exploits!). Cette même année il y eut l’énorme record du 4x400m féminin de l’ex-Union   Soviétique avec un temps de 3mn15s17c, mais aussi les 7291 points à l’heptathlon de Jackie Joyner, sœur de Al Joyner (champion olympique du triple saut   en 1984 à los Angeles), lui-même époux de Florence Griffith-Joyner. Et oui, le monde de l’athlétisme est petit, et le nom de Joyner n’est pas prêt de   disparaître des annales de l’athlétisme, pas plus que celui de la Chinoise Wang Junxia, double recordwoman du monde des 3000m (8mn06s11) et du 10.000 m (29mn31s78), records battus entre les 8 et 13 septembre 1993. D’après son entraîneur, obligé de répondre à certaines interrogations des observateurs et amateurs d’athlétisme, les exploits de Wang Junxia étaient dus à son entraînement et, plus encore sans doute, au fait qu’il lui administrait comme potion magique de la soupe au sang de tortue!

Arrêtons-là et espérons, sans réellement  y croire, que le dopage disparaîtra dans l’avenir des  pistes, des routes ou vélodromes, des bassins de natation, et plus généralement de tous les autres terrains de sport. Après tout, je suis sûr et certain que les records d’Europe de Christine Arron (100m en 10s73) en 1998 ou de Stéphane Diagana (400m haies en 47s37) en 1995, pourtant très haut perchés, ont été réalisés sans le moindre doute quant à la valeur réelle de la performance. Je pourrais évidemment citer bien d’autres exemples, plus récents, par exemple les 6m16 de Renaud Lavillenie à la perche l’an passé, qui prouvent que j’ai raison de garder mes illusions et pas seulement grâce aux seuls athlètes français.

Michel Escatafal


Un Tour de France au goût d’inachevé pour de multiples raisons

froomeEt si nous parlions du Tour de France qui vient de s’achever ? Pour être honnête, je n’ai pas été emballé par ce Tour, comme c’est un peu le cas depuis quelques années. En fait, bientôt le Tour de France n’aura plus que son prestige à opposer aux deux autres grands tours, Giro et Vuelta, autrement plus attrayants ces derniers temps. Pourquoi ce constat ? Pour de multiples raisons, à commencer par la qualité des retransmissions du service public. Si j’évoque cela c’est parce que nombre de téléspectateurs n’ont pas la chance de pouvoir recevoir Eurosport ou ne comprennent pas l’italien. Au passage j’en profite pour rappeler que la RAI retransmet le Tour de France fidèlement chaque année, alors que le service public français ne s’intéresse absolument pas au Giro ou à la Vuelta. Voilà quelque chose de bien français, remarque valable aussi pour le tennis. A croire que notre pays est le phare de l’humanité ! Et pourtant, aucun Français n’a remporté le Tour de France depuis…1985 (Hinault), ni aucun grand tour depuis…1995 (Jalabert la Vuelta). Aucun Français n’a gagné non plus un tournoi de Grand Chelem en tennis (Noah) depuis…1983.

Ces remarques quelque peu acerbes sur mon pays, je pourrais en faire tellement d’autres, à commencer par cette forme de haine pour tout ce qui est étranger. Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais auparavant. En effet, si Chris Froome, Nibali ou Contador font un exploit, ils sont « chargés comme des mûles », expression qui sent bon le terroir franchouillard. En revanche si Pinot ou Barguil réalisent une grande performance, c’est parce qu’ils sont plus forts que les autres. Et en cela ils sont bien aidés par le commentateur de France Télévision, lequel semble dans une sorte d’extase, quand un coureur français est en passe de remporter une victoire d’étape. Problème, ni Pinot, ni Barguil, ni aucun autre coureur français ne peut gagner à la régulière un grand tour face à des Contador, Froome, Nibali ou Quintana, dont on ne soulignera jamais qu’il n’a que 25 ans, comme Pinot. Et à 25 ans, le crack colombien a déjà remporté le Giro et a terminé deux fois deuxième du Tour de France, entre autres grandes performances. Cela étant, Pinot comme Barguil ou même Gallopin sont d’excellents coureurs, tout comme Julian Alaphilippe, deuxième de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège cette année, alors qu’il n’a que 23 ans.

Quelques lignes auparavant j’évoquais le dopage, sorte de serpent de mer du cyclisme, en rappelant une nouvelle fois que le vélo est le sport le plus contrôlé qui soit, au point qu’un coureur comme William Bonnet, victime d’une grave blessure pendant le Tour de France, a été contrôlé à son domicile…alors qu’il ne courra pas au moins jusqu’au début de la prochaine saison. Cela en fera sourire certains, qui ironisent sur l’efficacité des contrôles, dans la mesure où nombre de coureurs ayant avoué s’être dopés n’ont jamais eu de contrôle positif. Néanmoins on peut penser que ces contrôles ont un minimum d’efficacité…pour des produits apparus au siècle précédent. La preuve, on arrive à détecter des quantités infinitésimales de produits détectables depuis plusieurs décennies (clembutérol 1992), sans être aucunement sûr que le champion ait voulu se doper, ces produits pouvant se trouver dans des compléments alimentaires ou de la nourriture. Mais cela ravit les contrôleurs et les pourfendeurs du vélo (surtout dans notre pays), lesquels, comme je l’écrivais précédemment, considèrent que tous les grands champions sont dopés.

Ils le sont d’autant plus que les quatre ou cinq meilleurs du peloton sont espagnols, italien, britannique ou colombien. On veut même faire généraliser les contrôles…sur les vélos. Et oui, Froome ne pouvait en aucun cas être « propre » dans la montée vers la Pierre Saint-Martin, tandis que Bardet et Pinot l’étaient obligatoirement quand ils ont gagné leur étape…parce qu’ils sont français. Pour ma part je ne risque pas de rentrer dans ces considérations, surtout en pensant que ces champions ne peuvent même pas se soigner parce que les médicaments efficaces contre nombre de maladies courantes contiennent des composants interdits. C’est pour cela que je dis bravo à Froome pour son Tour victorieux, et bravo à Pinot et Bardet qui sont de réels espoirs. Et qu’on arrête une fois pour toutes avec tous ces fantasmes sur le dopage ! Quand je pense qu’il y a des crétins qui sont prêts à cracher sur des coureurs ou à leur jeter de l’urine, sans parler de ceux qui les poursuivent avec une seringue, c’est tout simplement affligeant. Comme sont affligeants les commentaires de nombre de forumers, commentaires qui ne devraient jamais être publiés parce que le plus souvent diffamatoires, et venant de gens qui seraient incapables de monter la côte de l’église de leur village. Là aussi les Français se signalent tout particulièrement par rapport à nos voisins étrangers qui sont sur les routes du Giro et de la Vuelta, qui me paraissent à la fois beaucoup plus connaisseurs et plus sages.

Pendant longtemps on a reproché aux Italiens, y compris à l’organisateur, de surprotéger leurs coureurs pendant le Giro, au point qu’il a fallu attendre 1950 pour voir un étranger (Hugo Koblet) s’imposer dans la grande course italienne. Ensuite, outre le fait pour les commissaires du Giro de fermer les yeux sur les poussettes des tifosi au seul profit exclusif des coureurs de la péninsule, ce fut au tour de l’organisateur de tracer des parcours sur mesure pour les champions italiens, notamment à l’époque Moser-Saronni (années 80), au point de défigurer le Giro en rabotant au maximum la montagne. Aujourd’hui tout cela appartient au passé, et les spectateurs sur le bord des routes ou à l’arrivée des étapes ont infiniment plus de respect pour les coureurs que dans notre pays. Ce n’est pas pour rien si Contador apprécie tellement le Giro, qu’il a remporté à trois reprises en battant Rico en 2008, Scarponi et Nibali en 2011 et Aru cette année, pour l’ambiance générale qui régit la course. Simplement les tifosi sont mieux élevés que les Français, et surtout moins fielleux. C’est ce qui s’appelle le respect et le savoir-vivre, notions qui existent de moins en moins dans le pays de Rabelais, Racine, Corneille, Molière, Voltaire ou Victor Hugo.

Un dernier mot pour demander une nouvelle fois à l’organisateur de faire en sorte que le Tour de France reste dans la tradition des grandes courses à étapes, avec des étapes de plaine, des étapes contre-la-montre en milieu et en fin de parcours, et de vraies étapes de montagnes avec arrivée au sommet. Certes la France n’a pas de cols comme le Mortirolo ou le Zoncolan, ni même l’Angliru, mais il y a quand même de quoi faire pour avoir droit à du beau spectacle…que l’on n’a pas eu cette année, parce que le Tour était terminé à l’issue de la première étape des Pyrénées, à peine à la moitié de l’épreuve. Bonjour le suspense, d’autant que les seuls vrais attaquants du vélo du nouveau siècle n’étaient pas au top. Nibali s’est complètement loupé dans son approche du Tour de France, ne retrouvant la forme qu’en dernière semaine quand il avait 8 minutes de retard au classement général, et Contador avait un Giro beaucoup plus dur qu’on ne l’imaginait dans les jambes, ce qui a fait dire à tout le monde que le doublé Giro-Tour est devenu impossible à réaliser, ce qui est faux. Contador aurait pu réaliser le doublé en 2012 (vainqueur du Giro Hesjedal et vainqueur du Tour Wiggins), mais il lui était interdit de courir pour les raisons que l’on connaît. Maintenant le prochain épisode se situe le mois prochain et le suivant avec la Vuelta, que pourraient courir Froome, Quintana, Valverde et Nibali, Contador étant lui déjà en vacances…pour mieux préparer 2016, qui devrait être sa dernière saison.

Michel Escatafal


L’escabécédaire du Tour de France

tour 2105Le Tour de France 2015 commence aujourd’hui et, évidemment, chacun y va de son pronostic quant au vainqueur de cette édition. Cela étant tout le monde s’accorde à dire qu’elle ne peut pas échapper à un de ceux que l’on appelle les « quatre fantastiques », à savoir Contador,  Nibali, Froome et Quintana. Je les ai classés dans cet ordre non pas parce que c’est mon pronostic, mais plus simplement parce que j’ai tenu compte du nombre de grands tours qu’ils ont gagnés. En effet Contador a remporté sur la route 3 Tours de France, 3 Tours d’Italie et 3 Tours d’Espagne, ce qui fait de lui pour le moment le meilleur champion cycliste du nouveau siècle, en observant au passage qu’il n’est plus qu’à une victoire dans un grand tour de Bernard Hinault et à deux victoires d’Eddy Merckx ! Fermons la parenthèse pour noter que Nibali en est à 3 victoires (une victoire dans chacun des grands tours), que Froome n’a toujours remporté que le Tour de France 2013 et Quintana, le plus jeune de tous (25 ans), le Giro 2014.

Chacun de ces coureurs a eu une approche différente pour se préparer à l’évènement. Contador a couru et gagné son troisième Giro, ce qui lui fait un total de 44 jours de compétition. Froome a pris un chemin plus classique en courant et gagnant le Dauphiné pour évaluer sa forme avant le Tour de France, totalisant seulement 27 jours de compétition. Quant à Quintana (36 jours de compétition), brillant vainqueur en mars de Tirreno-Adriatico, il a couru au printemps les classiques ardennaises où il n’a guère brillé, plus le Tour du Pays Basque où il a fini à la quatrième place, avant de s’isoler chez lui dans les montagnes colombiennes, pour réapparaître à la Route du Sud où il a terminé à la seconde place derrière Contador. Reste Nibali qui a suivi exactement le même chemin que l’an passé, couronné de succès par la victoire dans le Tour, et qui semble arriver à point nommé en grande forme, comme en témoigne une nouvelle victoire dans le championnat d’Italie. Lui aussi totalise 36 jours de compétition.

Si l’on se base sur les succès remportés par les uns et les autres, le grand favori est évidemment Contador, devant Froome, Quintana et Nibali. Néamoins tout cela n’est pas si simple, car le Tour de France cette année est un peu particulier, dans la mesure où il n’y a qu’un tout petit contre-la-montre de 13.8 km le premier jour, exercice qui n’a rien de « ringard » pour parler comme le site web de L’Equipe, où le directeur du Tour n’hésite pas à dire qu’il s’agit d’une question « de clarté pour le public » parce que «le contre-la-montre, cela parle aux connaisseurs mais moins à la masse des spectateurs ». Donc  on se moque de ceux qui aiment le vélo toute l’année, de ceux qui aiment aussi la piste, bref de ceux qui s’intéressent à l’histoire des courses, au profit de ceux qui vont voir passer les coureurs sur les routes de France pendant le mois de juillet. Curieuse conception de son sport de la part de Christian Prudhomme ! Fermons cette parenthèse attristante, et revenons à la course pour évoquer cette étape redoutable (la quatrième) avec sept secteurs pavés répartis sur un peu plus de 13 km, laquelle, à mon humble avis qui est aussi celui de nombre de champions, n’a pas vraiment vocation à faire partie du parcours, en raison des dangers inhérents à ce type d’étape.

On ne gagnera peut-être pas le Tour dans cette étape, mais on peut aussi le perdre. Et dans cet exercice Nibali est, de loin, plus fort que les trois autres favoris, qui toutefois lui sont supérieurs en haute montagne. Il n’empêche, cette étape de pavés sera à n’en pas douter le premier vrai juge de paix, dans la mesure où elle peut créer de grosses différences. Rappelons-nous l’an passé, avec la chute de Froome et le débours de plus de 2mn30s de Contador par   rapport à Nibali. Raison de plus pour être extrêmement prudent dans les pronostics, même si à titre personnel, et je ne suis pas le seul, je souhaite la victoire de Contador, ce qui lui permettrait de réussir le doublé Giro-Tour, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme impossible à réaliser, entre les règles antidopage et la concurrence exacerbée sur le Tour. Une concurrence d’autant plus vive que ses trois rivaux ont tout misé sur le Tour de France. C’est aussi le cas des outsiders français Thibaut Pinot et Romain Bardet, alors que Valverde de son côté, autre possible outsider, après une magnifique campagne ardennaise, sera là pour aider Quintana.

Après cette longue introduction je vais me livrer de nouveau à l’abécédaire de ce Tour de France, comme je l’avais fait pour le Giro, pour le plus grand plaisir de ceux qui me lisent, en précisant que mes remarques sont quand même très personnelles et donc subjectives. Je vais donc commencer par la lettre A, comme Anquetil, premier coureur à avoir remporté 5 fois le Tour de France.  A comme Aimar, vainqueur surprise en 1966…par procuration de Jacques Anquetil, qui ne voulait surtout pas que ce soit  Poulidor qui gagne. Ce dernier ne finira d’ailleurs que troisième derrière  Janssen. A bien sûr comme Armstrong, sept fois vainqueur de la Grande Boucle, même si depuis on lui a retiré ses titres après qu’il eut avoué s’être dopé, en notant au passage qu’on n’a pas osé donner la victoire à ses seconds…qui n’ont pas été déclassés. Passons !

B comme Bottecchia, double vainqueur en 1924 et 1925, premier Italien à avoir gagné le Tour de France. B comme Bartali, 2 fois vainqueur à 10 ans d’intervalle (1938 et 1948), sans doute le plus grand champion italien de l’histoire après Coppi. B comme Bahamontes, le célèbre Aigle de Tolède, vainqueur en 1959, et 6 fois lauréat du grand prix de la Montagne, à une époque où cela voulait dire quelque chose. B comme Bobet, un des trois plus grands champions français de l’histoire avec Anquetil et Hinault, et trois fois vainqueur du Tour (1953-1954-1955) avec à chaque fois un grand exploit dans l’Izoard (1953-1954) ou le Ventoux (1955). B comme Bernard J.F., qui aurait dû gagner le Tour 1987, sans une malencontreuse crevaison alors qu’il avait course gagnée.

C comme Coppi, bien sûr, le célèbre campionissimo, dont certains considèrent qu’il est le meilleur coureur de tous les temps, plus encore que Merckx, ce qui reste à voir. Coppi a réalisé à deux reprises le doublé Giro-Tour (1949 et 1952) au moment où le cyclisme était à son apogée, et ses exploits ont largement rempli l’épopée du cyclisme sur route et sur piste. C comme Cornet, qui reste le plus jeune vainqueur d’un Tour de France (20 ans)…qu’il n’avait pas gagné sur la route, profitant du déclassement (4 mois après l’arrivée) des quatre coureurs qui l’avaient précédé au classement  (Maurice Garin, Pothier, César Garin, Aucouturier), dans un Tour où, entre autres péripéties, les partisans d’un certain Faure étaient armés de gourdins pour assaillir ses poursuivants dans le col de la République. Le cyclisme a toujours aimé les manipulations des palmarès !

D comme Defraye, Odile de son prénom, premier belge à avoir gagné le Tour de France (1912). D comme Delgado, vainqueur en 1988, et qui terminé 18 grands tours dans les dix premiers. Delgado est un grand chanceux, puisqu’il a été contrôlé positif à un produit interdit par le Comité olympique international…mais pas encore inscrit sur la liste UCI (Union Cycliste Internationale). D comme Darrigade, fidèle lieutenant de Jacques Anquetil à ses débuts, remarquable sprinter ce qui lui permit de gagner 22 étapes dans le Tour. E comme Elliot, premier champion irlandais, vainqueur d’une étape en 1963. E comme Esclassan, maillot vert du Tour de France 1977. E comme Everaert Pierre, surnommé « L’élégant », un des meilleurs équipiers de Jacques Anquetil. E comme Evans Cadel, vainqueur du Tour 2011, un des plus méconnus parmi les grands champions, alors que son palmarès est parmi les plus brillants.

F comme Fignon, que je ne présente pas, ayant beaucoup écrit sur lui, dont l’histoire retient surtout qu’il a perdu pour 8 secondes le Tour 1989, face à LeMond, qui utilisait pour les contre-la-montre un guidon de triathlète…équipement à cette époque interdit par l’UCI, ce que les commissaires ignoraient.  On en connaît à qui on a retiré des victoires pour beaucoup moins que ça! C’est une des caractéristiques du cyclisme !F comme Faber, surnommé « Le lion », premier luxembourgeois vainqueur de la Grande Boucle. F comme Frantz,  lui aussi luxembourgeois, double vainqueur en 1927 et aussi  en 1928,  se permettant même de perdre une demi-heure en achetant un vélo dans un magasin de cycle, parce que le sien s’était désintégré sur les pavés dans la traversée de Longuyon. F comme Froome, dont j’ai évoqué le nom en introduction, capable d’accélérations terribles en montagne, que seuls Contador et Quintana peuvent contrer.

G comme Garin, premier vainqueur du Tour en 1903. G comme Garrigou, vainqueur en 1911. G comme  Gaul, autre luxembourgeois, surnommé « L’ange de la montagne », un des plus extraordinaires grimpeurs de l’histoire, capable de tous les exploits dans la pluie et le froid, comme dans le Tour 1958 qu’il remporta, où il s’imposa à l’issue d’une étape dantesque entre Briançon et Aix-les-Bains, alors que tout le monde pensait que Geminiani, qui avait 15mn 12s d’avance sur lui allait s’imposer. G comme Gimondi, vainqueur en 1965 devant R. Poulidor, ce qui marqua le début d’une grande carrière qui lui vaut de figurer parmi les 10 plus beaux palmarès de l’histoire du cyclisme sur route.

H comme Herrera, prédécesseur de Quintana dans les années 80, 2 fois lauréat du grand prix de la Montagne (1985 et 1987).  H comme Hassenforder, un des plus merveilleux baroudeurs que le Tour de France ait connu, remportant 4 étapes en 1956, dont la dernière à Montluçon après une échappée solitaire de 180 km. A noter qu’à cette époque où il y avait encore des équipes nationales et régionales, on avait sélectionné l’Alsacien Hassenforder dans l’équipe…de l’Ouest. H aussi comme Hoban, un des premiers coureurs britanniques dans le Tour de France, connu également parce qu’il épousa la veuve de Tom Simpson quelques années après le décès de ce dernier. H comme Hinault, mais j’ai tellement parlé de lui sur ce blog que je n’insisterai pas. I comme Indurain, quintuple vainqueur du Tour, avec à la clé deux fois le doublé Giro-Tour (1992-1993). Cet Espagnol fut le premier gros rouleur capable de suivre ou de battre parfois les meilleurs en montagne.   J comme Jimenez, trois fois meilleur grimpeur du Tour entre 1965 et 1967. Cela dit, on se rappelle à peine que c’est lui qui remporta l’étape du Puy-de-Dôme lors de cette fameuse bataille entre Anquetil et Poulidor en 1964. J comme Janssen, un des plus méconnus vainqueurs du Tour de France (1968), après avoir remporté la Vuelta l’année précédente, considéré jusqu’alors comme un coureur de classiques. J comme Jalabert qui, comme Kelly, était assez bon grimpeur pour gagner une Vuelta (1995), mais pas suffisamment fort au-delà de 1500m d’altitude pour remporter un Tour de France (quatrième en 1995).

K comme Koblet et Kubler. Là aussi j’ai beaucoup écrit sur eux et je n’ajouterai pas grand-chose à mon propos, sauf à souligner que Koblet fut le seul coureur capable de battre le grand Coppi au meilleur de sa forme. Il a été le seul dans ce cas. K comme Kelly, un des plus beaux palmarès du cyclisme (cinquième derrière Merckx, Hinault, Anquetil et Coppi), qui n’a jamais réussi dans le Tour de France, faute d’aptitudes en montagne suffisantes. L comme LeMond dont j’ai déjà évoqué le nom, premier américain à avoir remporté le Tour de France ( 3 fois en 1986, 1989 et 1990). L comme Lapébie Roger, vainqueur surprise en 1937, profitant de la chute de Bartali entre Grenoble et Briançon. Il n’empêche, c’était un athlète du vélo, capable de tous les exploits. En outre, ce n’est pas de sa faute si Bartali avait chuté  du côté d’Embrun.  L comme Leducq, vainqueur en 1930. Grande star de l’époque, André Leducq profita pleinement pour sa notoriété et pour la postérité de l’apparition de la TSF sur le Tour. Et en plus c’était un « bon client » pour les médias, comme nous dirions aujourd’hui.

M comme Merckx, évidemment, qui a le plus beau palmarès de l’histoire et de très loin,  mais aussi M comme  Magne qui aura connu deux périodes de notoriété, d’abord comme coureur, deux fois vainqueur du Tour en 1931 et 1934, mais aussi et surtout parce qu’il fut le directeur sportif de Raymond Poulidor. M comme Maes Sylvère, maillot jaune à Paris en 1936 et 1939, et Maes Romain, qui porta le maillot jaune du début à la fin du Tour en 1935. N comme Nencini, champion italien qui fait penser à Nibali de nos jours. Très bon partout, sans être exceptionnel nulle part,  l’Italien était un coureur très dur à battre dans les grandes épreuves à étape. Il gagnera le Tour en 1960, après avoir gagné le Giro en 1957. N Comme Nibali, dont j’ai parlé au début de mon propos. N comme Nolten, excellent coureur néerlandais, vainqueur d’étape en 1952 et 1953. O comme Ocana, à qui j’ai consacré de nombreuses lignes sur ce site, qui a écrasé le tour 1973. Deux ans auparavant, seule une chute dans le col du Portillon l’a empêché de faire mordre la poussière à Eddy Merck en 1971, après avoir écrabouillé la concurrence dans la montée vers Orcières-Merlette.

P comme Poulidor, sur lequel je ne ferai pas de commentaires, tellement il fait partie de l’imagerie populaire de notre pays. P comme Pingeon, coureur fantasque à défaut d’être fantastique, vainqueur du Tour 1967 et deuxième derrière l’invincible Merckx en 1969. P comme Pollentier, excellent coureur belge, qui laissera malgré tout le souvenir d’une tricherie inoubliable à l’arrivée à l’Alpe d’Huez, où il tenta vainement de faire contrôler l’urine de quelqu’un d’autre à la place de la sienne. P comme Pantani, merveilleux grimpeur italien ayant été le dernier à réussir le doublé Giro-Tour. On n’insistera pas sur son histoire tragique (décès en 2004 dans des circonstances jamais vraiment élucidées). Il n’empêche, « Le Pirate », comme on l’appelait, était un sacré coureur ! P comme Pereiro, vainqueur du tour 2006 après déclassement de Landis, positif à la testostérone le jour de son exploit vers Morzine, où il avait assommé la course. C’était trop beau pour être vrai ! Q comme Maurice Quentin, vainqueur d’une étape du Tour en 1953. Q comme Queheille, vainqueur d’une étape au Tour 1959. Q comme le jeune Colombien Quintana, sans doute le vrai successeur de Contador dans les courses à étapes.

R comme Rivière, le plus grand rouleur de l’histoire du vélo, invincible sur des distances inférieures à 60 km. Même Anquetil n’a jamais pu le battre dans ces conditions. Il aurait sans doute connu une carrière fabuleuse sur la route comme sur la piste, sans sa chute dans la descente du col du Perjuret, lors de la quinzième étape du Tour de France 1960. R comme Robic, premier vainqueur de l’après-guerre, en prenant le maillot jaune à l’issue de la dernière étape Cette côte de Bon-Secours est à jamais dans l’histoire depuis 1947, avec à la fois le miracle pour Robic et une sorte d’agonie pour Pierre Brambilla. R comme Roche, l’Irlandais, qui l’emporta un peu in extrémis en 1987, en profitant de la malchance de J.F. Bernard. Cette année-là Roche réussira à gagner le Giro, le Tour et le championnat du monde, exploit que seul Merckx a réussi avant lui, et qui  n’a plus été réalisé. R comme Rominger, qui n’aura jamais gagné le Tour de France (deuxième en 1993). Il se consola en remportant 3 fois la Vuelta (1992-1993-1994) et le Giro 1995. R comme Riis, vainqueur du Tour 1996, qui a conservé son classement bien qu’il ait avoué s’être dopé…ce qui démontre le ridicule de cette manipulation des palmarès. On dirait que les instances de ce sport ne ressentent du plaisir qu’à travers la souffrance qu’elles lui imposent.

S comme Speicher, qui était tellement supérieur à la concurrence dans le Tour en 1933, qu’il choisit son second à l’arrivée au Parc des Princes, préférant avoir comme dauphin Guerra, champion du monde professionnel, plutôt que Martano, jeune débutant chez les pros après avoir conquis le titre mondial chez les amateurs l’année précédente. Du coup Speicher emmena le sprint pour Guerra, lequel grâce à la bonification de la victoire s’empara de la deuxième place. S comme Sercu, champion olympique du kilomètre  (1964),  champion du monde de vitesse amateur et professionnel, et maillot vert du Tour de France en 1974. S comme Sastre, vainqueur surprise du Tour 2008, un Tour privé de Contador, le vainqueur de l’année précédente, parce que son équipe (Astana) fut refusé par les organisateurs. S comme Schleck, Andy et Franck, les deux frères qui n’auront jamais gagné le Tour de France sur la route. Andy Schleck, sans doute un des coureurs les plus doués qu’ont ait connu, aurait pu et dû profiter des ennuis de Contador en 2011 pour s’imposer au moins une fois sur la route. En fait le plus jeune des Schleck n’avait pas le tempérament du grand champion qu’il aurait dû être. S comme Simpson, héros malheureux de la tragédie du Ventoux en 1967.

T comme Thys, coureur belge triple vainqueur du Tour en 1913-1914 et 1920. Il faudra attendre le triomphe de Louison Bobet en 1955, pour voir un autre coureur l’emporter à trois reprises. T comme Thévenet, l’homme qui mit fin à la suprématie de Merckx sur le Tour en 1975. Ah cette montée vers Pra-Loup, où Thévenet lâché dans la descente du col d’Allos par « Le cannibale », retrouva un élan extraordinaire dans la montée vers l’arrivée, au point d’avaler coup sur coup Gimondi et Merckx et de prendre le maillot jaune, qu’il confirmera le lendemain dans l’Izoard. Après avoir remporté ce Tour 1975, il récidivera en 1977. Thévenet appartient à la grande histoire du Tour de France. U comme Ugrumov, coureur letton et anciennement soviétique,  qui finit second du Tour 1994,  après avoir été second du Giro l’année précédente. U comme Ullrich, un des coureurs les plus doués que l’ont ait pu voir sur la route, vainqueur du Tour 1997 et 5 fois second. Il a eu simplement la malchance d’être de la même époque qu’Armstrong. V comme Vietto, que l’on a appelé le « roi sans royaume ». Comme Poulidor, il aurait mérité de s’imposer au moins une fois dans la Grande Boucle, mais ses talents de grimpeur n’ont jamais suffi à le propulser à la première place. Toutefois il aurait pu l’emporter en 1934, s’il ne s’était pas sacrifié à deux reprises en faisant don des pièces de son vélo au leader désigné de l’équipe de France, Antonin Magne, qui avait cassé sa monture dans les descentes du Puymorens et le lendemain du Portet d’Aspet. Petite consolation, ses malheurs lui vaudront le surnom de « Roi René ». V comme Virenque, coureur préféré des supporters franchouillards dans les années 1990, et cible désignée après l’affaire Festina (1998) de ceux qui ne s’intéressent pas au vélo. V comme Van Impe, petit grimpeur belge, qui s’imposa en 1976 dans la Grande Boucle devant Zoetelmelk et Poulidor.

W comme Walkoviak , le vainqueur le plus surprenant de l’histoire du Tour de France (1956). Certes cette année-là il n’y avait ni Bobet, ni Anquetil dans le Tour, mais la participation était quand même relevée avec Gaul, Bahamontes, Nencini, Debruyne ou Ockers, et il n’avait pas volé sa victoire, la seule significative de sa carrière. W comme Wiggins, l’ex pistard britannique, qui l’est redevenu en vue des J.O. de Rio, vainqueur du Tour 2012 devant Froome et Nibali. En fait, n’en déplaise à ses supporters, il mérite moins sa victoire que Walkowiak, parce que c’est Froome qui aurait dû l’emporter cette année-là, car beaucoup plus fort que lui en montagne, au point de l’attendre ostensiblement dans certaines ascensions. N’oublions pas non plus qu’en 2012, Contador fut encore une fois interdit de courir le Tour de France, ce qui eut à coup sûr changé les choses, car il était au sommet de sa carrière. Enfin Z comme Zoetemelk, vainqueur du Tour 1980 en bénéficiant de l’abandon de Bernard Hinault blessé au genou,  et 6 fois second. Comme quelques autres grands coureurs, il a eu la malchance que sa longue carrière s’étale pendant celles de Merckx et Hinault, ce qui ne l’a pas empêché de marquer l’histoire du vélo et d’avoir un palmarès que nombre de coureurs pourraient lui envier. Il se situe au 17è rang dans mon classement depuis 1946. Z comme Zabel, qui enleva à 6 reprises le maillot vert du Tour.

Michel Escatafal


Pauvre France, tu ne mérites pas tes champions !

RinerCette fois c’est fait : en 2024 la France ou plutôt Paris organisera les Jeux Olympiques, cent ans après les avoir organisés. Cela étant, l’organisation des J.O. n’a aujourd’hui rien à voir avec celle de 1924. D’abord parce qu’il y a beaucoup plus de sports concernés, ce qui implique que les Jeux se déroulent à travers tout le pays ou presque (on parle du Havre pour la voile en 2024). A ce propos on peut quand même s’interroger sur l’utilité de la présence de certains sports (on évoque le bridge en hiver, le bowling…) alors que le kilomètre ou la poursuite dans le vélo ont été rayés du programme. Passons. Ensuite les sommes mises en jeu sont de nos jours incomparablement supérieures à celles d’il y a cent ans, en euros constants. Rien que le montant de la campagne de candidature s’élèvera à 60 millions d’euros, nous dit le site Sport 24, et si le budget prévu ne devrait pas dépasser 6 milliards contre 12 milliards pour les J.O. de Londres en 2012, il reste quand même conséquent. Sur ce plan toutefois, soyons prudents, car chacun sait qu’il est très difficile de rester « dans les clous prévus » pour une telle manifestation, même si Paris dispose déjà de l’essentiel des installations sportives ou infrastructures pour recevoir les sportifs du monde entier en août, raison de plus pour approuver ce projet. D’ailleurs la quasi totalité de la classe politique est pour l’obtention de ces Jeux Olympiques, à l’exception notable de J.L. Mélenchon. Mais Mélenchon, combien de divisions ?

Au passage vous remarquerez que je considère comme acquis l’organisation de cette manifestation planétaire ayant lieu tous les quatre ans, car évidemment je n’imagine pas qu’une autre ville puisse nous priver de Jeux chez nous, après trois échecs presque consécutifs en 1992, 2008 et 2012. Ce serait un non-sens de ne pas accorder à la France ces Jeux qu’elle n’a pas organisés, je le répète, depuis cent ans, alors que par exemple l’Allemagne (Hambourg est candidate) les a organisés deux fois entre 1936 et 1972, sans parler des Etats-Unis (Boston est candidate) qui y ont droit régulièrement (quatre fois depuis 1904 et trois fois depuis 1932).

Et puisque nous parlons des J.O., je voudrais en profiter pour noter encore une fois les réactions démagogiques de nombre de personnes de notre pays, relativement aux sommes que perçoit le judoka Teddy Riner de la part du club de judo de la ville de Levallois (24.000 euros par mois). Voilà un phénomène bien français à propos d’un de nos deux ou trois plus grands champions, tous sports olympiques confondus. Un sportif connu planétairement pour ses performances, parce que le judo est un sport très important en Asie, en Europe, et même en Amérique. Un sportif qui a remporté à 26 ans un titre olympique, 7 titres de champion du monde, et 4 titres européens en individuel. Qui dit mieux ? Pas grand monde à la vérité, et rien que cela justifie ses émoluments, surtout si nous faisons la comparaison avec ce que touchent les footballeurs, y compris pour nombre d’entre eux en Ligue 2. Que veulent les censeurs au petit pied, toujours prêts à reprocher aux sportifs, aux hommes d’affaires, aux artistes etc. de gagner trop d’argent ? Mais cet argent ils ne le volent pas ! En outre dans le cas de Teddy Riner, même si la commune de Levallois est la plus endettée de France (11500 euros par habitant), ce n’est quand même pas son salaire, payé par son club de Levallois, qui est la cause de la dette de la ville qui dépasse 750 millions d’euros. Pourquoi stigmatiser un de nos plus brillants représentants au niveau du sport, qui s’entraîne régulièrement dans son club pour le plus grand bonheur des autres licenciés du judo levalloisien ?

Tout cela est vraiment écœurant, et suffit à démontrer que nombre d’habitants de notre pays marchent sur la tête. Il paraît que le Français déteste l’argent, mais si j’en crois un article fait sur le sujet l’an passé, les ménages français avaient parié 46.2 milliards d’euros en 2012 sur les jeux d’argent, soit une progression de 76% par rapport à l’an 2000. Pour des gens qui soi-disant n’aiment pas l’argent, l’attitude de nos compatriotes est plutôt étonnante. Bien sûr certains vont nous dire que c’est la misère qui les fait jouer, mais c’est aller un peu vite en besogne. En fait les Français sont comme les autres habitants de la planète, à savoir qu’ils aiment eux aussi avoir de l’argent. Problème, comparés à d’autres, ils semblent être surtout envieux et jaloux de ce qu’ils ne possèdent pas et que d’autres ont. C’est pour cela qu’ils n’aiment pas les footballeurs du PSG, alors que les Anglais, les Italiens ou les Espagnols sont beaucoup moins préoccupés par les salaires des joueurs de leurs grands clubs, à qui ils demandent simplement de remporter des titres.

Triste constat sur les habitants de mon pays, mais c’est hélas la réalité…ce qui explique nos échecs dans le sport et ailleurs. Ce n’est quand même pas un hasard si les affluences dans nos stades ou nos salles sont nettement inférieures en moyenne à celles de nos voisins européens ou amis américains. Et ce n’est pas non plus un hasard si notre pays n’a remporté qu’une seule C1 en football (OM en 1993), si un coureur de notre pays n’a pas gagné le Tour de France depuis 1985 (Hinault) et aucun grand tour depuis 1995 (Jalabert à la Vuelta), si la France n’a été qu’une seule fois championne d’Europe de basket (2013), si la France n’a jamais été championne du monde rugby, alors que ce sport n’est pratiqué au très haut niveau que par une dizaine de nations en étant généreux (en fait dans les Iles britanniques, en France, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et depuis peu en Argentine et en Italie), si la France n’a eu que huit athlètes champions olympiques depuis 1948 (Micheline Ostermeyer en 1948, Alain Mimoun en 1956, Colette Besson en 1968, Guy Drut en 1976, Pierre Quinon en 1984, Marie-Jo Pérec en 1992 et 1996, Jean Galfione en 1996 et Renaud Lavillenie en 2012), si etc., etc.

Et le pire est que si nos clubs enlèvent des titres continentaux ou planétaires, on les critique. Par exemple le RC Toulon que j’évoquais hier, parce que son équipe serait soi-disant composée de mercenaires ! Ridicule, stupide, idiot, imbécile, grotesque, insensé, dérisoire, minable ! Heureusement, comme disait Talleyrand, que « tout ce qui est excessif est insignifiant ». En attendant, je souhaite que le RC Toulon soit de nouveau champion d’Europe la saison prochaine, que le PSG gagne la Ligue des Champions en 2016, que Teddy Riner soit de nouveau champion olympique à Rio, que Renaud Lavillenie soit enfin champion du monde à la perche en août prochain, qu’Eloyse Lesueur retrouve tous ses moyens l’année prochaine et devienne championne olympique à la longueur à Rio…et que Contador, que nombre de Français ont tellement voué aux gémonies, réalise en juillet le fameux doublé Giro-Tour, qui lui permettrait de rejoindre Bernard Hinault au classement des victoires en grands tours (10), avec la possibilité de battre le record de Merckx (11) au cours de sa dernière saison l’année prochaine.

Michel Escatafal


L’AS Clermont Auvergne condamnée à être un magnifique perdant ?

as clermontEt si l’on parlait à nouveau de rugby, surtout après une finale de championnat de France, ou si vous préférez de Top 14, à la fois indécise et ennuyeuse, remportée par le Stade Français sur un score d’un autre âge (12-6). On se serait cru revenu à la belle époque du championnat à 64 clubs, sauf qu’à ce moment le rugby n’était pas professionnel. Ou plutôt ne l’était pas vraiment, ce qui suffit à trouver des excuses au déroulement de certaines finales, alors qu’aujourd’hui…Il est vrai que de nos jours l’enjeu prime encore plus le jeu qu’autrefois, parce qu’il y a tellement plus d’argent à la clé. Cela ne signifie pas pour autant que le rugby soit moins attractif, sauf qu’il est évidemment plus dur que quelques décennies auparavant. Certains ont même profité de la mort ce lundi, suite à un plaquage, d’un jeune joueur australien, James Ackermann, pour relancer le sujet de la violence des contacts dans ce sport. Certes les chocs d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux que l’on a connus il ya 30 ou 40 ans, mais les joueurs sont aussi mieux préparés qu’ils ne l’étaient à ces époques. En outre, des accidents il y en a toujours eu dans le rugby, par exemple en 1930, quand l’Agenais Michel Pradié, grand espoir (18 ans) du S.U. Agen au poste d’ailier, décéda peu après la demi-finale du championnat de France contre la Section Paloise, suite là aussi à un plaquage. En fait, pour aussi terrible que cela puisse être, il y a simplement une part de fatalité dans de telles circonstances, comme il y en a dans chaque accident mortel, ce qui ne devrait engager aucune polémique supplémentaire suite à ce drame. Pour autant il n’est pas interdit de s’interroger sur les multiples blessures que subissent les rugbymen professionnels, blessures dues autant à la dureté des entraînements que des matches. Par exemple, n’y-a- t-il pas trop de matches dans la saison, avec la multiplication des matches internationaux et autres tournées souvent inutiles ?

Voilà pour le préambule de ce que j’allais écrire sur cette finale de Top 14 entre le Stade Français et l’AS Clermont Auvergne, en soulignant que je ne vais évidemment pas revenir sur le déroulement du match, d’une part parce qu’il n’y a pas grand-chose à en dire, et d’autre part parce que les journaux ou sites sportifs s’en sont chargé, quitte à trouver à cette rencontre des vertus là où il n’y en avait pas ou si peu. Néanmoins tout le monde s’accorde à reconnaître que le fait pour Parra de rater deux pénalités, a priori faciles, a sérieusement compliqué l’affaire pour l’AS Clermont. En même temps, cela a confirmé ce que je ne cesse d’écrire sur ce site, à savoir que ce joueur  n’a rien d’un grand demi de mêlée, même s’il compte 54  sélections en Equipe de France.

Cela dit, comment Clermont aurait-il pu gagner ce match avec le niveau de jeu que les Auvergnats nous ont proposé ? Déjà la semaine précédente, en demi-finale contre le Stade Toulousain, l’AS Clermont s’était qualifiée dans la douleur, ce qui laissait penser que les Clermontois éprouveraient encore plus de difficultés à terrasser les Parisiens du Stade Français, lesquels venaient coup sur coup d’éliminer le plus régulièrement du monde le Racing et le RC Toulon. Et qu’on ne vienne pas nous expliquer que le RC Toulon était démobilisé après sa victoire en Coupe d’Europe, car ce serait faire injure à la fois aux joueurs toulonnais et à ceux du Stade Français.

Certes il est facile après coup de trouver aux Clermontois des excuses, par exemple les blessures de certains joueurs clés comme l’ailier Nakaitaci, les centres Fofana et Davies, sans oublier le deuxième ligne canadien Cudmore, mais un club comme Clermont devrait pouvoir composer une belle équipe malgré ces absences. Le rugby se joue certes avec 15 joueurs sur le terrain, mais dans les grands clubs les remplaçants valent souvent les titulaires. D’autres vont évoquer le rôle de l’arbitre, mais ce dernier a fait son travail le soir de la finale, et il serait profondément injuste de l’accuser d’avoir favorisé les Parisiens. Enfin je suis de ceux qui ne croient pas à la malédiction qui s’abat sur les Clermontois à chaque finale, sous prétexte qu’ils ont en perdu 11 entre 1936 et 2015 pour ce qui concerne le Bouclier de Brennus, et 2 pour la Coupe d’Europe. La preuve, ils en ont quand même gagné une en 2010 (finale du Top 14) en battant l’USAP. En outre, les plus anciens nous feront remarquer qu’ils ont aussi remporté deux fois feu le Challenge du Manoir, l’équivalent de la Coupe de France ou de la Coupe de la Ligue en football, à l’époque du rugby amateur.

Fermons la parenthèse pour noter que finalement l’ ASM  Clermont Auvergne n’a pas à avoir trop de regrets d’avoir laissé le titre au Stade Français, parce que tout simplement ce n’est pas une très grande équipe. On l’avait déjà constaté contre le RC Toulon en finale de la Coupe d’Europe, il y a quelques semaines (défaite 18-24). Est-ce pour autant une grande équipe ? Difficile à dire, même si le club auvergnant dispose de quelques joueurs de très grand talent comme le troisième ligne centre néo-zélandais Lee, l’ouvreur Brock James, hélas plus très jeune, ou l’arrière anglais Abendanon. Cela étant, reconnaissons que la charnière de cette équipe (Lopez-Parra), qui est aussi celle de l’équipe de France ( !!!), est vraiment trop faible pour qu’on attribue à l’équipe alignée lors de cette finale au coup d’envoi le label de « grande équipe ».  Lopez n’est décidément pas un grand numéro 10, tant dans son jeu au pied que comme chef d’attaque, et Morgan Parra est très loin d’avoir le niveau des meilleurs demis de mêlée qu’a connu le XV de France. C’est un constat hélas, et si j’écris cela c’est parce que je suis triste à l’idée que le ou les sélectionneurs, tous anciens joueurs internationaux, n’aient pas voulu s’en apercevoir.

Certains aussi ont été choqués de la réaction du coach clermontois (Azéma) qui affirmait après le match que cette défaite était injuste, et qu’il était fier de ses joueurs. Pourquoi non plus ne pas dire que perdre cette finale ce n’était pas la fin du monde ! Encore un entraîneur qui considère qu’une défaite peut-être magnifique ! J’exagère à peine, mais j’ai du mal à accepter ce type de réaction…que le sport français a tellement connu par le passé. Dans notre pays on ne hait pas la défaite, à commencer par les techniciens. Résultat, on forme des supporters soient fatalistes, soient haineux, parfois les deux au point d’être contents  quand un club français est battu en ¼ de finale de la Ligue des Champions de football par un club étranger (PSG-Barça). Il arrive aussi que l’on soit carrément odieux dans notre pays avec les étrangers qui battent les Français. C’est le cas dans le vélo, sport où l’on déteste par exemple Contador ou Froome…parce qu’aucun coureur français n’est capable de les battre à la régulière dans un grand tour. On est aussi odieux souvent vis-à-vis des étrangers qui jouent dans nos clubs ou en Equipe de France. Il suffit de voir comment on traite un joueur de rugby comme Kockott, sans parler des commentaires hallucinants de certains franchouillards vis-à-vis du RC Toulon et de ses stars étrangères. A ce propos, ceux-là n’ont pas fini de tousser en voyant les noms des joueurs engagés par le RC Toulon ces dernières semaines, car c’est du « très lourd »! Et pourtant tous ces gens aussi obtus que stupides devraient être heureux de pouvoir aller applaudir des stars comme Nonu, Cooper, Manoa, O’Connell ou Matt Stevens. Et bien non, ils ne sont pas contents, même si cela permet à un club français de remporter la Coupe d’Europe.  Bref, le supporter de base français est plein de contradictions, et c’est pour cela que le sport français est à sa place dans le concert mondial, et que nous sommes rarement les meilleurs dans les grands sports médiatiques. Mais, je le répète : ce supporter là est aussi à l’unisson des techniciens qui œuvrent dans le sport français.

Cela dit, revenons sur l’AS Clermont-Auvergne pour noter que chaque fois que ce club perdit  une finale, il en fut souvent le favori. Ce fut le cas en 1936 contre Narbonne (6-3), plus encore en 1937 contre Vienne (13-7), et que dire de 1970 où les Montferrandais étaient archi favoris face à La Voulte (3-0). Les dirigeants voultains à l’époque avaient même fait brûler un cierge en provenance de Verdelais (près de Langon en Gironde), parce la Vierge de Verdelais faisait des miracles, selon la croyance. Mais rien n’y fit, et tout alla mal pour les Clermontois malgré la faillite des buteurs voultains, notamment Guy Camberabero, dont un drop s’écrasa sur le poteau à la dernière minute. Et pourtant la France du rugby a-t-elle connu buteur plus précis que Guy Camberabero ? Sans doute pas, du moins avant l’apparition du tee, qui rend quand même les choses plus faciles, surtout avec un terrain aussi lourd que celui du Stadium de Toulouse le 17 mai 1970. Ceci dit, revenons à mon propos antérieur pour dire que la malchance de l’AS Clermont Auvergne aura été de tomber ces dernières années, en fait depuis 1999, contre les deux meilleures équipes du nouveau siècle, le Stade Toulousain et le RC Toulon, qui l’ont emporté sur les Auvergnats à chaque confrontation en finale, ce qui évidemment fait dire que les uns ont « la culture de la gagne » et pas les autres. Mais on peut aussi écrire que les uns étaient tout simplement un peu plus forts. En revanche cette année le Stade Français semblait avoir une « fraîcheur » qui faisait cruellement défaut aux Montferrandais, notamment ceux qui étaient censés être leurs leaders…qu’ils ne sont pas. En attendant bravo au Stade Français, qui a tout l’avenir devant lui pour retrouver un rang perdu depuis 2007. Mais il faudra battre le RC Toulon…

Michel Escatafal


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.