Les grandes équipes de club du football français depuis 1950 (1)

reims 1959ASSEOM 1993Partie 1

Voilà le type de question qui a priori n’a pas grand intérêt, pour la simple raison qu’il est très difficile de comparer les époques entre elles. Le football change beaucoup d’une période à l’autre, et l’adversité n’est évidemment pas la même. Qui oserait dire qu’il est plus facile d’aller en finale de la Ligue des Champions de nos jours que dans les années 50 ou 60, quand cela s’appelait la Coupe d’Europe des clubs champions ? Déjà la compétition n’était pas la même. Il n’empêche, on peut quand même faire une comparaison…à travers les effectifs, seul critère réellement objectif. Je vais donc prendre quelques équipes qui ont réellement marqué le football français, à savoir le grand Stade de Reims des années 50, l’Olympique de Marseille du début des années70, l’AS Saint-Etienne du milieu de cette décennie 70, l’Olympique de Marseille de 1990 à 1993, le FC Nantes de 1995, le PSG du milieu des années 90, l’Olympique Lyonnais des années 2000, l’AS Monaco de Didier Deschamps en 2004, et le PSG de nos jours sur lequel je n’insisterai pas outre mesure, pour avoir souvent évoqué ce club sur ce site. Cela fait 9 équipes qui, à des titres divers ont comblé les supporters français du football, pour leurs résultats français ou européens.

Comme je l’ai expliqué dans un article écrit il y a deux ans, le Stade de Reims des années 50 a longtemps été la référence absolue du football français. Son palmarès en témoigne, puisqu’il est le plus brillant au niveau européen, même si le niveau des coupes européennes dans les années 50 était très en deçà de celui d’aujourd’hui, où des sommes folles sont dépensées pour remporter la Ligue des Champions, pour laquelle sont qualifiées plusieurs équipes issues des principaux championnats européens. Il n’empêche, dans la décennie 50, le Stade de Reims pouvait se flatter d’avoir une des deux ou trois meilleures équipes européennes. La preuve, il remporta la Coupe Latine (ancêtre de la C1) en 1953 en battant en finale, à Lisbonne, le Milan A.C. (3-0), après avoir éliminé le F.C. Valence en demi-finale.  Deux ans plus tard, au Parc des Princes, Reims fut battu par le Real Madrid (2-0) après avoir éliminé le Milan AC en demi-finale.

Mieux encore, en 1956, lors de la première finale de Coupe d’Europe de l’histoire, le Stade de Reims passa très près de la victoire face au Real Madrid de Di Stefano, Rial, Gento, Marquitos, Munoz, Lesmes et Alonso (gardien), de nouveau au Parc des Princes, sur le score de 4 buts à 3, après avoir mené 3-2 à vingt cinq minutes de la fin. Cette défaite était d’autant plus cruelle pour les Rémois du président Germain, le mécène du club à l’époque (producteur de champagne), avec comme entraîneur Albert Batteux, que Raymond Kopa allait quitter le club pour rejoindre…le Real Madrid, qui allait constituer une des meilleures équipes de club de tous les temps, avec pour têtes d’affiches Di Stefano, Kopa, Puskas et Santamaria, sans oublier le peu de temps qu’il est resté au club le stratège de l’équipe du Brésil championne du monde en 1958, Didi. Imaginons un instant le PSG avec Messi et Ronaldo en plus d’Ibrahimovic, Verrati, Di Maria et Thiago Silva ! Et tous ces joueurs du grand Real des années 50, entraînés par Villalonga ou Carniglia, récitaient  leur partition avec une remarquable force collective, ce qui leur permit de s’imposer cinq fois de suite dans cette Coupe d’Europe des clubs champions (son appellation à l’époque) entre 1956 et 1960. Ce rappel historique s’adresse aux amateurs de football, fils d’internet, lesquels ne réalisent pas que le football a existé avant l’an 2000.

Ils ne savent pas non plus que dans cette équipe rémoise, il y avait nombre de joueurs de classe internationale tels, dès 1953, les arrières Zimny, Jonquet et Marche, le demi Penverne, et les attaquants Glovacki, Kopa, le jeune Méano, joueur surdoué qui aurait pu être le Messi de cette époque, qui sera hélas victime d’un accident mortel  à l’âge de 22 ans, ou encore l’international hollandais Appel. Un peu plus tard, en 1957, après le décès de Méano et les départs d’Appel et de Kopa, le Stade de Reims enregistrera la venue de trois attaquants de classe mondiale, Fontaine, Piantoni et Vincent. Avec eux, Reims ira une fois de plus en finale de la Coupe d’Europe contre le Real en 1959 (défaite 2-0). Ce sera d’ailleurs le chant du cygne européen du Stade de Reims, lequel allait même tomber en deuxième division à la fin de la saison 1963-1964. En France, surtout dans le sport et plus particulièrement dans le football, il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. Si j’écris cela c’est tout simplement parce que notre pays est le seul où les grands clubs peuvent devenir aussi moribonds qu’ils furent brillants dans le passé.

Je passerai beaucoup plus vite sur l’Olympique de Marseille du début des années 70, parce que sa domination fut exclusivement nationale, même si l’ équipe comptait dans ses rangs quelques très grands joueurs, comme les Français Carnus, Bosquier, Novi, Gress, Bonnel ou Loubet, tous internationaux, et surtout le Suédois Magnusson et plus encore le Zlatan de l’époque, le Yougoslave Croate Skoblar, qui est le recordman des buteurs de l’histoire de la Ligue 1 (ça s’appelait à ce moment la Division 1) avec 44 buts ! Hélas pour cet OM, il affronta en 1971 dès les huitièmes de finale de la Coupe d’Europe le grand Ajax d’Amsterdam de Cruyff, Keizer, Haan et Neeskens, quasiment imbattable à l’époque. L’année suivante, ce même OM fut éliminé dès les seizièmes de finale par la Juventus de Turin de Zoff (gardien), Capello, Bettega, Anastasi et Altafini, qui ne s’inclina qu’en finale face à l’Ajax. Là aussi, les pourfendeurs imbéciles du PSG de nos jours devraient réviser un peu leurs classiques, et cesser leurs stupides jugements péremptoires sur la valeur de l’équipe parisienne depuis 2013 sous le prétexte que sa carrière s’arrête aux quarts de finale de la Ligue des Champions, en rappelant que la chance au tirage aide parfois à réussir un magnifique parcours, en évitant par exemple de rencontrer le futur lauréat. Pour revenir à l’OM de Leclerc du début de la décennie 70, ils avaient largement les moyens d’atteindre les quarts ou même les demi-finales s’ils avaient rencontré des adversaires comme les Hongrois de Ujpest ou les Slovaques de Trnava, de même que le PSG aurait pu l’an passé réaliser le même parcours que la Juventus…avec le même tirage (Borussia Dortmund en 1/8è et Monaco en ¼ de finale).

Un peu plus tard, un autre club français allait dominer le football français et faire peur à toute l’Europe, l’AS Saint-Etienne. Voilà une histoire qui mérite d’être contée, avec cette phalange verte composée essentiellement de footballeurs formés au club tels que Janvion, Lopez, Farison Repellini, Bathenay, Synaeghel, Larqué, les frères Revelli, Sarramagna, Rocheteau et deux étrangers de grande classe, le gardien yougoslave Curkovic et l’arrière central argentin Piazza. Quelle magnifique équipe, qui, outre sa domination sur le plan national (triple champion de France en 1974-1975-1976 plus la Coupe de France en 1974-1975 et 1977), atteignit les demi-finale de la Coupe d’Europe en 1975, battue par le futur vainqueur, le Bayern Munich de Maier, Schwarzenbeck, Beckenbauer, Kappelmann, Roth, Hoeness et l’extraordinaire buteur que fut Muller, avant de s’incliner 1-0 contre ce même Bayern en finale à Glasgow en 1976, après avoir tiré sur la barre (histoire des poteaux carrés). Et comme si l’histoire n’était pas assez belle, les Stéphanois atteignirent les quarts de finale en 1977, après avoir perdu, bêtement, contre le futur champion d’Europe, le Liverpool de Clemence (gardien), Kennedy, Mac Dermott, Callghan et le meilleur joueur de l’époque, Kevin Keegan. Qui sait, peut-être qu’en se rappelant ces heures de gloires, les Verts iront très loin en Ligue Europa (C3) ce printemps?

Autre très grande équipe, sans doute la meilleure après le PSG version qatari en valeur absolue, l’Olympique de Marseille du début de la décennie 1990, dont le palmarès national s’orne d’un titre de champion de France en 1989 (doublé avec la Coupe de France), 1990, 1991 et 1992. Les Marseillais remporteront même un cinquième titre consécutif en 1993…qui leur sera retiré suite à l’affaire VA-OM de triste mémoire, épisode ô combien douloureux pour le football français. Néanmoins, l’OM de Bernard Tapie peut se flatter, hélas, d’être à ce jour le seul club français vainqueur de la C1. L’OM de 1993 est d’ailleurs doublement entré dans l’histoire des compétitions européennes, parce qu’en plus d’être le premier vainqueur français de la C1, il fut le premier à remporter la Ligue des Champions (avec deux phases de groupe mais, détail très important, un seul club qualifié par pays), celle-ci ayant pris la place de la Coupe d’Europe des clubs champions, dont l’OM fut finaliste en 1991, battu à la surprise générale aux tirs au but (0-0 et 5-3) par l’Etoile Rouge de Belgrade, club phare de l’ex-Yougoslavie, aujourd’hui la Serbie. Cette équipe de 1991 était peut-être supérieure à celle qui devint championne d’Europe en 1993, car elle avait dans ses rangs un buteur de très haut niveau, Jean-Pierre Papin, Ballon d’Or 1991. Elle aurait déjà dû aller en finale en 1990, éliminé injustement par Benfica, les Portugais n’ayant dû leur salut qu’à une grossière erreur d’arbitrage (but marqué de la main par Vata) dans les dernières minutes de la partie. Encore une fois, on notera que la chance n’était pas du côté des Marseillais, preuve que Di Maria (vainqueur de la C1 avec le Real en 2014) a bien raison quand il affirme qu’il faut un minimum de chance pour gagner une épreuve telle que la Ligue des Champions !

Un dernier mot enfin, pour cette première partie en notant que l’on a tort de comparer le PSG de nos jours avec ses Aurier, Thiago Silva, David Luiz, Maxwell, Marquinhos, Verrati, Motta, Matuidi, Pastore, Ibrahimovic, Cavani, Lucas ou Di Maria, avec l’Olympique Lyonnais des années 2000 dont je parlerai dans la deuxième partie de cet article. Pourquoi dis-je cela ? Parce que si l’on doit faire la comparaison, à part pour faire vendre du papier ou des clics sur les sites web, elle doit être faite avec l’OM de 1990 à 1993 ou avec le Stade de Reims des années 1950, ces équipes ayant un effectif qui tenait la route face à l’armada parisienne d’aujourd’hui. Ayant déjà évoqué le Stade de Reims, je vais quand même citer les noms des Marseillais de ces années bénies, à savoir les gardiens Olmeta et Barthez, les arrières Mozer, Casoni, Boli, Amoros, puis en 1993 Angloma, Desailly et Di Meco, les milieux Germain, Stojkovic et en 1993 Sauzée, Eydellie et Deschamps, et les attaquants en 1991 Wadell, Papin et Abedi Pelé, puis Boksic et Voller en 1993. Reconnaissons que c’était quand même du très haut niveau, même si les individualités de classe mondiale du PSG 2014-2015 ou 2016 sont plus nombreuses.

Michel Escatafal


Guy et Lilian, un duo pour l’éternité…

Lilian

Une bien triste nouvelle a frappé la semaine dernière les amateurs et anciens joueurs de rugby nés au milieu du siècle précédent, avec la mort de Lilian Camberabero (14 fois international), qui avait constitué avec son frère Guy à l’ouverture une des paires de demis les plus connues de l’histoire du XV de France. Je n’ose d’ailleurs pas écrire une des meilleures paires…parce que, pour moi, ce ne fut sans doute pas le cas. C’est pourtant avec cette charnière, qui joua trois matches sur quatre, qu’en 1968 le XV de France a réussi son premier grand chelem dans le Tournoi des Cinq Nations, chose que ni le XV de Jean Prat et ses Lourdais, ni le XV de Lucien Mias qui avait réalisé l’exploit rarissime de vaincre les Sud-Africains chez eux, et tant d’autres auparavant n’avaient réussi à faire. C’est la raison pour laquelle je veux rendre un hommage particulier à cette fratrie d’origine landaise, qui fit la une des journaux sportifs, pendant leur carrière à La Voulte, à la fin des années 60 et au début des années 70.

Après des débuts en équipe de France peu convaincants, y compris quand ils furent sélectionnés ensemble pour la première fois sous le maillot national (contre la Roumanie en 1964), les deux frères allaient éclater dans un match contre l’Australie en février 1967, et déclencher une de ces guerres picrocholines dont les Français raffolent, entre d’une part les partisans d’un jeu d’attaque illustré par les frères Boniface avec Jean Gachassin à l’ouverture, et  les autres dont la préférence allait vers un rugby de tranchée, pour parler comme à l’époque.  Jean Gachassin était considéré par de nombreux techniciens comme le meilleur ouvreur de la planète, en tout cas le numéro 10 parfait pour lancer les attaques, à la fois vif, inspiré et sans doute le plus complet parce que sachant tout faire. Evidemment, Guy Camberabero ne jouissait pas de la même considération…sauf auprès des sélectionneurs, bien décidés à le voir évoluer avec son frère, quitte à faire jouer Gachassin au centre ou à l’arrière.

Les résultats allaient donner raison aux sélectionneurs à partir de ce match contre l’Australie (victoire 20-14), puisque le XV de France allait accumuler les victoires avec chaque fois une grosse contribution des frères Camberabero, notamment Guy dont la précision dans les coups de pied était ébouriffante. Qu’on en juge : 17 points contre l’Australie, plus un essai de Lilian, 10 points sur les 16 marqués contre l’Angleterre (victoire 16-12 à Twickenham), 27 points contre l’Italie (victoire par 60 à 13), 14 points contre le Pays de Galles (battu par 20 à14), 8 points contre l’Irlande défaite chez elle (11-6). Tout cela entre février et avril. Mais le festival de Guy Camberabero n’était pas terminé, puisqu’après une tournée en Afrique du Sud moins prolifique (13 points en deux tests sans son frère), les deux frères Camberabero allaient permettre à l’équipe de France de réaliser le premier grand chelem de son histoire en 1968.

Pourtant le tournoi n’avait pas très bien commencé pour les Cambé, Guy se contentant des 2 points de la transformation d’un des deux essais français contre l’Ecosse à Murrayfield. Petit bilan dans un match affligeant de médiocrité  qui, sur la pression de l’opinion, obligea les sélectionneurs à remettre Gachassin à l’ouverture contre l’Irlande associé à son demi de mêlée au F.C. Lourdes, J.H. Mir. Les Français avaient enfin attaqué davantage, marquant deux très beaux essais, mais ce XV de France était de nouveau chamboulé après un match contre le Sud-Est organisé dans le cadre des festivités des J.O. de Grenoble, l’équipe de France s’inclinant 11-9. Du coup on rappela les Camberabero pour le match suivant contre l’Angleterre, Gachassin glissant au centre. La France l’emporta avec beaucoup de réussite grâce à un essai de Gachassin, transformé par Guy Camberabero, lequel convertit aussi une pénalité, le reste des points français étant le fait de deux drops de Claude Lacaze et Lilian Camberabero. Trois matches, trois victoires dans le Tournoi.

Le Grand Chelem était en vue et, comme en 1955, c’était le match contre les Gallois qui allait en décider, sauf que cette fois le match avait lieu à Cardiff. Un match que les Français remportèrent sur le score de 14 points à 9 avec 11 points pour les frères Camberabero,  dont un essai de Lilian. Un match où le XV de France avait eu beaucoup de chance, mais qui permettait de réussir enfin là où tous les plus grands XV de France avaient échoué jusque-là, comme je l’ai indiqué précédemment. Curieux paradoxe quand même, où la réussite des Cambé avaient masqué toutes les faiblesses du XV de France, faute de solliciter ses attaquants. On comprend les restrictions des puristes vis-à-vis du jeu qui était proposé par les Français avec à la baguette les Camberabero, mais les sélectionneurs étaient contents, car seuls à leurs yeux les résultats comptaient.

En tout cas cette réussite des frères Camberabero avait déclenché des polémiques sans fin, étant entendu que celles-ci portaient uniquement sur leur présence ou non dans l’équipe, au point qu’on pouvait lire dans les journaux qu’avec les Cambé « on pouvait mettre qui on voulait en trois-quarts », parce que c’était sans importance. Rien que ça ! Mais avant de tirer leur révérence, les Cambé allaient faire un dernier pied de nez à leurs multiples détracteurs en devenant champion de France en 1970, avec leur équipe La Voulte Sportif, battant en finale l’AS Montferrandaise. Ce jour-là en effet, les Voultains l’emportèrent (3-0) grâce à un essai du trois-quart centre Vialar, les Camberabero n’ayant rien marqué, Guy ratant toutes les pénalités qu’il tenta et frappant un drop sur le poteau à la dernière minute.  En attendant, les Voultains, et notamment les Camberarbero, avaient envoyé les moqueurs, aux vestiaires!

Michel Escatafal


Damon Hill, Jacques Villeneuve et Nico Rosberg, dignes fils de Graham, Gilles et Keke

hillvilleneuverosberg

Le sport a ceci de très différent par rapport aux autres spectacles que les acteurs ne peuvent pas se passer le témoin de père en fils. Ce n’est pas parce que « papa » ou « maman » fut un très grand champion que le « petit » ou la « petite » le deviendra automatiquement. C’est particulièrement valable pour la Formule 1, discipline où pourtant le fait d’avoir un « nom » vaut toutes les entrées dans les paddocks…ce qui est insuffisant sans le talent. Jack Brabham aurait bien aimé qu’un de ses fils lui succède au palmarès du championnat du monde, tout comme Mario Andretti, dont le fils fut pourtant un remarquable pilote en Indy, ou encore Nelson Piquet, sans oublier Alain Prost dont le fils Sacha n’a jamais pu accéder à la Formule 1. En revanche un pilote, ô combien célèbre, fut champion du monde (1952-1953), alors que son père, lui aussi très grand pilote dans les années 1920, ne le fut jamais…parce que le championnat du monde ne vit le jour qu’en 1950. Malgré tout, à ce jour, deux pilotes parmi les plus grands champions que la F1 ait connus, ont eu un fils qui conquit le titre suprême quelques décennies plus tard, à savoir Damon Hill et Jacques Villeneuve. Et l’an prochain, ils pourraient être trois, avec Nico Rosberg.

Damon Hill, en effet, est le fils du grand Graham Hill, double champion du monde en 1962 sur BRM et en 1968 sur Lotus-Ford, mais aussi seul pilote de l’histoire à avoir réussi le plus prestigieux des triplés, puisqu’en plus de ses deux titres de champion du monde en Formule 1, il remporta en 1966 les 500 Miles d’Indianapolis (Lola-Ford) et les 24 heures du Mans en 1972 (Matra). Il aurait dû ajouter un titre mondial de plus à sa collection si le règlement (stupide) de l’époque ne lui avait fait perdre celui de 1964 face à John Surtess, ayant marqué plus de points que son adversaire. Graham Hill fut aussi appelé « Monsieur Monaco » grâce à ses 5 victoires en Principauté, et il a eu comme coéquipiers deux des pilotes les plus rapides de l’histoire de la F1, Jim Clark en 1967 et 1968 et Jochen Rindt en 1969. Graham Hill mourut dans un accident d’avion privé le 29 novembre 1975, qu’il pilotait lui-même, s’écrasant contre un arbre près d’Elstree en compagnie du grand espoir du sport automobile britannique, le jeune Tony Brise, et de quatre autres personnes de l’équipe qu’il avait constituée en 1973 (Hill-Ford). Par bonheur son fils Damon, 15 ans à l’époque, ne faisait pas partie de l’équipée fatale, mais il avait reçu de son père le virus de la course, et allait devenir le premier pilote de la seconde génération à remporter un grand prix du championnat du monde et à devenir champion du monde, depuis la création du championnat en 1950.

Toutefois le jeune Damon mit un certain temps avant de se lancer dans la course automobile, puisqu’il attendit d’avoir 24 ans pour s’y essayer en Formule Ford…sans faire de miracles. Il persévéra néanmoins en Formule 3 britannique, terminant ce championnat à la troisième place derrière J.J. Letho et Gary Brabham, autre fils de son père. Ensuite il passa en Formule 3000, sans jamais gagner une course, avant d’arriver en Formule 1 par la plus petite des portes, en devenant  pilote d’essai chez Williams, écurie alors au sommet, en 1992. Ayant donné satisfaction dans cet habit nouveau pour lui, il allait réellement commencer sa carrière en Formule 1 en 1993…aux côtés d’Alain Prost lui-même. Là, contrairement aux craintes que l’on pouvait formuler,  il ne fut pas du tout ridicule face à celui qui allait devenir cette année-là un quadruple champion du monde, avant de se retirer à la fin de l’année pour laisser son volant à Senna.

Damon Hill, en effet, fit plus que bonne figure face à Prost, remportant au passage 3 victoires au volant d’une voiture portant le numéro 0. L’année suivante, il allait devenir le leader de l’équipe après l’accident de Senna à Imola, menaçant jusqu’au bout Michaël Schumacher, au point que celui-ci eut recours à une manœuvre qui ne le grandit pas en jetant hors de la piste Damon Hill, qui allait lui souffler le titre de champion du monde. Enfin, en 1996, il allait devenir lui-même champion du monde, en devançant Jacques Villeneuve. Damon Hill est encore à ce jour le seul pilote à être devenu champion du monde après son père. La suite de sa carrière sera moins brillante, après avoir quitté l’écurie Williams pour les dollars que lui offrait Arrows, avant de finir sa carrière chez Jordan, écurie à laquelle il apportera sa première victoire en grand prix (1998). Il prit sa retraite en 1999, pour devenir guitariste dans des groupes de rock célèbre, mais il laissera aux fans de F1 le souvenir d’un excellent pilote, sans doute trop méconnu, compte tenu de son titre de champion du monde, de ses 22 victoires et de ses 20 pole position en 122 grand prix, bilan tout à fait remarquable.

En 1996, comme je l’ai dit, c’est Jacques Villeneuve sur Williams-Renault qui termina à la deuxième place du championnat du monde. Ce jeune homme était le fils de Gilles Villeneuve, pilote québécois que chez Ferrari (et ailleurs) on appelle encore le « Grand Gilles », devenu une icône intouchable à Maranello tant pour son tempérament de feu que pour son talent…que certains ont estimé  quelque peu surévalué. Etait-ce vrai ? Oui, quand on le compare à Ayrton Senna, mais non si l’on en croit son équipier chez Ferrari, Jody Scheckter, qui affirmait au moment de sa mort que « Gilles était le pilote le plus rapide que le monde avait jamais vu ». Scheckter exagérait sans doute un peu…parce que Villeneuve l’avait régulièrement devancé en 1979, l’année où il devint champion du monde, un titre qui serait revenu à Villeneuve si ce dernier  n’avait pas suivi les consignes de l’équipe à Monza, lors du Grand Prix d’Italie…chose impensable aux yeux de certains. Qui peut imaginer voir Hamilton se priver d’un titre mondial, compte tenu de son attitude vis-à-vis de Nico Rosberg au cours des trois derniers grands prix disputés cette année ?

Fermons la parenthèse pour noter que du talent, Gilles Villeneuve en avait en quantité considérable tellement il était à la fois audacieux, habile et intelligent. Ses faits d’armes ne se comptent pas tellement il y en eut, mais les plus de cinquante ans se rappellent tous de son retour au stand sur trois roues lors du Grand Prix des Pays-Bas en 1979, et plus encore de  son fantastique duel avec René Arnoux lors du Grand Prix de France à Dijon cette même année, une passe d’armes extraordinairement spectaculaire qui, toutefois, donna des frissons à chacun d’entre nous tellement elle pouvait à tout moment déboucher sur une catastrophe. Et tout cela pour une deuxième place ! Une place de second qu’il exécrait pourtant, comme en témoigne son duel avec Didier Pironi lors du Grand Prix de San Marino en 1982, une course qu’il termina en fureur parce que son coéquipier, lui aussi très rapide, lui avait « volé » la victoire selon ses dires, en ne respectant pas les consignes de l’équipe. Surtout une défaite pour Gilles Villeneuve qui allait devenir après coup lourde de conséquences, d’abord en altérant profondément une relation jusque-là très harmonieuse avec son équipier, et ensuite parce que cette rivalité soudainement exacerbée allait lui être fatale, ne supportant pas d’être devancé par Pironi en course comme aux essais. C’est ainsi, lors des qualifications pour le Grand Prix de Belgique, qu’après avoir constaté que Pironi le devançait d’un petit dixième (les deux hommes occupaient les deux premières places), il décida de reprendre la piste pour récupérer la pole position provisoire (nous étions le vendredi et il y avait à l’époque une autre séance le samedi). Tout à sa rage de rétablir ce qu’il estimait être sa suprématie, il percuta la March de Jochen Mass…et désintégra sa Ferrari. Il mourra quelques heures plus tard, ce qui fit penser à la phrase terrible qu’il prononça à l’encontre de Didier Pironi après le Grand Prix de San Marino : « Il ne l’emportera pas au paradis » !

Gilles Villeneuve décédé, c’est Jacques qui allait reprendre le flambeau de la famille très brillamment. Lui aussi allait faire ses premières armes en formule Atlantic, pour ensuite se retrouver en Indy Car en 1994 et 1995, année où il remporta le titre et s’imposa aux 500 miles d’Indianapolis. Ensuite, tout naturellement, il arriva en Formule 1 en 1996, chez Williams-Renault, et se fit remarquer d’entrée en réalisant pour son premier grand prix, en Australie, la pole position. Il aurait même remporté  cette course sans un ennui dans les derniers tours, laissant passer son leader Damon Hill. Un leader qu’il allait malmener durant toute la saison, remportant 4 victoires et ne s’inclinant pour le titre qu’à la dernière manche du championnat. Un titre qu’il acquit de haute lutte l’année suivante, aux dépens de Schumacher, ayant survécu à une nouvelle manœuvre illicite de l’Allemand, destinée à le pousser hors de la piste comme il l’avait fait en 1994 avec Damon Hill, mais cette fois ce fut lui qui fut mis hors course.

La suite fut moins rayonnante pour Jacques Villeneuve, et son bilan, quand il se retira de la compétition, est loin d’être au niveau de celui qu’on pressentait pour lui, même s’il est très honorable avec 13 victoires et 11 pole position en plus de son titre mondial. En fait il fit surtout un mauvais choix d’équipe, notamment quand il s’est lancé dans l’aventure BAR, écurie créée par un ami (Craig Pollock), dans laquelle il accumula les déconvenues. Il finira sa carrière en F1 en 2006 dans l’anonymat, chez Sauber, puis s’essayera au Nascar, avant de trouver un volant en Endurance, discipline avec laquelle il faillit réaliser à son tour (en 2008 chez Peugeot) le même triplé que Graham Hill, terminant deuxième des 24 Heures du Mans, après avoir mené la plus grande partie de la course avec ses équipiers, Gené et Minassian. Malgré cette fin de carrière en pointillé pour un pilote de sa classe, il laissera le souvenir d’un grand compétiteur, capable de grandes choses au volant d’une voiture compétitive, mais aussi d’un homme au caractère bien trempé, trop diront certains, ce qui ne facilita pas ses relations avec son équipe.

Dernier « fils à papa » à avoir réussi à être digne de son père, Nico Rosberg. Nico, actuel pilote Mercedes, est le fils de Keke Rosberg qui fut champion du monde en 1982, un titre qu’il ne conquit qu’à la fin du championnat, et qu’il n’aurait jamais obtenu sans l’accident de Didier Pironi à Hockenheim alors que ce dernier dominait aisément le championnat. La preuve, Rosberg devint champion du monde sur Williams avec 5 points d’avance sur Pironi, alors que ce dernier n’avait pas disputé les quatre derniers grands prix. Cela dit, Keke Rosberg était un excellent pilote, le plus rapide aux yeux de beaucoup…jusqu’à ce qu’il arrive chez Mac Laren en 1986, année où il fut largement dominé par Alain Prost, au point de se retirer de la Formule 1 à la fin de la saison, avec un palmarès orné d’un titre de champion du monde, de 5 victoires et 5 pole position.

Son fils Nico commença sa carrière dans une écurie que son père connaissait bien, Williams, dont le motoriste (Cosworth) était le même  que celui de la Williams championne du monde en 1982. Entré très tôt en Formule 1 (20 ans), Nico Rosberg  se révèlera très vite comme un grand espoir de la discipline. Ayant hérité de la rapidité de son père, il est à présent un des pilotes les plus reconnus du paddock, au même titre ou presque qu’Alonso, Button, Hamilton, Vettel ou Raikkonen, lesquels ont conquis un ou plusieurs titres mondiaux.  Jusqu’en 2012 il n’a jamais eu la chance de disposer d’une voiture suffisamment  compétitive pour obtenir les résultats qu’il mérite. Ainsi il aura dû attendre cette même année pour remporter son premier Grand Prix (Chine), ce qui n’était que justice après 111 grands prix sans victoire. Il aurait cependant  dû être crédité de la victoire au Grand Prix de Singapour en 2008, qu’il termina à la deuxième place, dans la mesure où Alonso sur sa Renault fut le seul bénéficiaire du « crash » volontaire de son équipier Nelsinho Piquet.

Mais il a surtout eu le mérite de devancer chez Mercedes, son équipe depuis 2010, Michaël Schumacher lui-même. Nul ne sait ce que valait Schumacher par rapport à la période qui précéda sa première retraite (entre 1991 et 2006), mais une chose est certaine : Nico Rosberg a dominé dans l’ensemble le pilote qui a, de très loin, les meilleures statistiques de l’histoire de la Formule 1. Certains relativisent cette performance en disant qu’après tout Michaël Schumacher avait à ce moment plus de quarante ans (43 en 2012). D’autres en revanche, et ils avaient certainement tort, en ont profité pour noter que Nico Rosberg n’a fait que remettre « Schumi »  à sa vraie place dans la hiérarchie des meilleurs pilotes de l’histoire de la F1, c’est-à-dire derrière  Fangio, Clark, Senna, Prost, Stewart ou Ascari, qui ont tous eu à affronter des pilotes de haut calibre, contrairement à Schumacher jusqu’à son retour à la compétition. Cela étant, quel qu’ait été le niveau de Schumacher lors de son retour, celui-ci n’avait pas réussi à prendre la mesure de Nico Rosberg, ce qui était objectivement la preuve que le fils de Keke avait un grand avenir devant lui, d’autant qu’il n’avait que 27 ans, et était susceptible de réussir ce qu’avait fait Damon Hill, et devenir le second champion du monde de la deuxième génération.

Pilote Mercedes depuis 2010, il aura un peu tout connu avec cette écurie, comme écrit précédemment, en retrait jusqu’en 2013, avant de survoler le championnat autant qu’elle le fit en 1954 et 1955 avec Fangio et Moss. Depuis deux ans en effet, sur 38 grands prix disputés, Mercedes en a remporté 32, dont 21 pour Hamilton et 11 pour Rosberg. A la vue de ces chiffres on pourrait penser que tant que Lewis Hamilton sera chez Mercedes, Rosberg n’aura aucune chance face à lui. Ce serait une erreur de le penser, d’autant que les pilotes sont beaucoup plus près en performances pures que les chiffres ne l’indiquent. D’ailleurs Rosberg a fini l’année 2015 en trombe, en s’imposant dans les trois derniers grands prix, et en conduisant divinement bien, comme l’ont souligné nombre d’anciens pilotes comme Niki Lauda et Alain Prost. Qui peut dire ce qui se passera l’an prochain, surtout avec le désir de revanche exacerbé qu’aura Nico Rosberg, lequel aura à cœur d’effacer les humiliations extra-sportives que lui a infligé Hamilton au cours de la saison 2015 ? En outre, même si Mercedes reste le team favori pour 2016, il est fort possible que Ferrari, avec Vettel et Raikkonen, se rapproche encore plus qu’ils ne l’ont fait cette année (3 victoires), et soit une menace encore plus grande. Toutefois, les Mercedes restent les candidates au titre les plus crédibles, ce qui offre à Rosberg une chance unique d’être champion du monde 34 ans après son père.

Michel Escatafal


Merci aux joueurs du Sud pour le spectacle…et pour notre Top 14

nonucarterJe n’avais pas encore eu le temps de parler de la finale de la Coupe du Monde de rugby, mais ce n’était pas faute d’en avoir envie, tellement ce fut une belle finale. J’ajouterai aussi que les demi-finales furent également très excitantes, l’Afrique du Sud et l’Argentine étant loin d’être des faire-valoir. Cela me permet d’écrire, une nouvelle fois, qu’il ne faut surtout pas avoir de regrets pour le XV de France…parce qu’il était très loin du niveau requis pour briller dans cette Coupe du Monde 2015, les miracles ayant pour particularité de ne pas se renouveler. D’ailleurs au risque de me faire quelques ennemis franchouillards, je rappellerais qu’en 2011 notre équipe avait été battue à deux reprises en phase de poule, par la Nouvelle-Zélande, ce qui était logique, mais aussi par les Tonga, ce qui ne l’était pas du tout. Bref, ce fut un miracle de sortir d’une poule qui n’avait rien d’être celle de « la mort ». Et en demi-finale, les Français l’avaient emporté miraculeusement, grâce à trois pénalités contre un essai non transformé et une pénalité pour des Gallois qui ont joué plus d’une heure à 14.

Reste la finale que nos joueurs auraient pu gagner sans un arbitre plus ou moins aveugle sur les fautes néo-zélandaises, puisque le XV de France ne fut battu que d’un point par une Nouvelle-Zélande loin de pratiquer son meilleur rugby, et de surcroît handicapée par l’absence de Dan Carter. Cela étant, un grand XV de France, tel que nous en avons connu plusieurs par le passé, aurait fini par vaincre cette pâle équipe All Black…avec un jeu et un état d’esprit un peu plus ambitieux. Il fallait bien payer d’une façon ou d’une autre quatre années de difficultés avec le sélectionneur Marc Lièvremont, comme il fallait bien que l’on paie au prix fort quatre années d’errances avec l’ineffable Philippe Saint-André qui lui avait succédé en 2011. Cela ne m’empêche pas de dire, encore une fois, que la faillite de notre XV national n’est pas seulement due aux limites de nos deux derniers sélectionneurs, même si leur responsabilité est grande, car si le problème ne tenait qu’à cela, cela signifierait qu’avec Guy Novès à sa tête, le XV de France redeviendrait très vite la nation majeure de l’hémisphère Nord, et donc un candidat très crédible pour la victoire à la prochaine Coupe du Monde. Non, il y a énormément de problèmes à régler au niveau des instances dirigeantes, étant entendu qu’il y a au moins une chose dont on peut être sûr avec l’arrivée du grand technicien toulousain, c’est qu’il ne pourra pas faire plus mal que ses deux prédécesseurs.

Cela étant, force est de reconnaître que la Nouvelle-Zélande est bien le pays par excellence du rugby à XV (3 coupes du monde sur 8 éditions), comme l’Australie est la référence du rugby à XIII (9 coupes du monde sur 13), les Etats-Unis du basket (14 titres olympiques sur 17 possibles), le Brésil du football (5 coupes du monde sur 20) ou la France du handball (10 titres mondiaux ou continentaux en 25 ans). Cela situe la portée de l’exploit néo-zélandais avec ce troisième succès mondial, le deuxième consécutif, ce qui est inédit. Il est vrai que les All Blacks demeurent depuis les années 1920 au tout premier rang du rugby mondial, cette équipe étant déjà appelée « les Invincibles » en 1924, suite à une tournée victorieuse en Grande-Bretagne. Pour mémoire, il faut rappeler que la première victoire de la France sur la Nouvelle-Zélande eut lieu seulement en 1954 à Colombes, avec une ossature lourdaise (Claverie, Martine, Maurice et Jean Prat, Domec), plus des joueurs emblématiques comme son inamovible demi de mêlée Gérard Dufau, mais aussi André Boniface qui avait 20 ans à l’époque, ou encore les deuxièmes lignes Chevalier et Lucien Mias. Ensuite il a fallu attendre 1979 pour voir le XV tricolore s’imposer en Nouvelle-Zélande, grâce là aussi à la présence dans ses rangs de joueurs aussi doués que l’arrière Aguirre, le centre Codorniou, la paire de demis Gallion-Caussade, les troisièmes lignes Joinel et Rives, et une première ligne composée de Dubroca, Dintrans et Paparemborde. On notera dans les deux cas que le XV de France disposait à ces époques de joueurs de très grande classe…qui ont fait tellement défaut à l’équipe qui vient de disputer la dernière Coupe du Monde, ce qui prouve que le mal est vraiment profond, surtout si en plus on pratique un rugby de tranchées face à des équipes qui ont adopté depuis longtemps un jeu complet…comme on savait le faire dans notre pays au siècle précédent.

Voilà le constat que l’on peut faire à la fin de la Coupe du Monde 2015, épreuve qui a eu le mérite de couronner la plus belle équipe, d’avoir en finale les deux meilleures, et en demi-finale les quatre qui le méritaient le plus…toutes appartenant à l’hémisphère Sud. Ce n’est pas une coïncidence, et cela aussi tord le cou aux remarques de ceux qui ne cessent de critiquer le Top 14 et ses étrangers, ces derniers ayant été parmi les meilleurs joueurs, qu’il s’agisse des ailiers Habana (Afrique du Sud), Mitchell (Australie) et Imhoff (Argentine) ou du centre Giteau (Australie), pour ne citer que des joueurs ayant participé aux demi-finales. Et pour ma part cela ne me dérange pas du tout, en tant que spectateur ou téléspectateur, que des stars étrangères comme Nonu, Carter, Slade, Kepu, Quade Cooper, Genia, Vermeulen, Adam Ashley-Cooper, O’Connell, Bismarck Du Plessis ou Conrad Smith débarquent en France ce mois-ci ou le mois prochain. Au contraire, même s’ils prennent la place, aux dires de certains, des joueurs français, ils peuvent donner à ceux-ci des leçons de professionnalisme, notamment aux plus jeunes. A ce propos je trouve débile d’entendre Pascal Papé, un des joueurs le plus souvent sélectionnés en équipe de France, estimer que « l’arrivée massive de joueurs étrangers majeurs dans le Top 14 est un frein au développement de l’équipe de France ». Débile pourquoi ? Parce que Papé n’a pas fait la démonstration de ses qualités pendant la Coupe du Monde, alors que ces nouveaux joueurs n’étaient pas encore arrivés. En outre, si Papé et ses copains de l’équipe de France, malgré leurs faibles performances, sont bien payés pour jouer au rugby en France, c’est aussi parce que le Top 14 génère pas mal d’argent grâce aux stars étrangères qui y jouent. Heureusement, tous les joueurs de l’équipe de France n’ont pas cette mentalité, puisque le talonneur toulonnais Guirado se réjouit de l’apport des joueurs du Sud, notamment à travers « leur conception du rugby ».

Fermons la parenthèse pour noter que parmi ces étrangers qui débarquent à Toulon, au Racing ou ailleurs, il y a déjà celui qui est considéré comme le meilleur joueur du monde, Dan Carter, en espérant qu’il aura davantage de chance au Racing que lorsqu’il est arrivé à l’USA Perpignan, club dans lequel il a joué seulement cinq matches en 2009, à cause d’une grave blessure. Ah les blessures ! Là en revanche, il y a de quoi s’inquiéter, comme je l’avais écrit dans un article en avril 2013 (Les affres du rugby professionnel…), car les impacts physiques sont de plus en plus terribles, et font de plus en plus de dégâts. Il y a aussi la vidéo, que les gens du football réclament à cor et à cri, mais qui finit par hacher le jeu à force d’y avoir recours à tout propos. Elle ne devrait être utilisée que pour valider un essai ou, très ponctuellement (j’insiste) pour permettre à l’arbitre d’éviter de faire une grosse erreur. Il y a enfin, comme je l’ai déjà évoqué précédemment, la domination très nette de l’hémisphère sud, le Nord semblant perdre de plus en plus de terrain. Même les Argentins, qui ont intégré depuis peu les compétitions du Sud, sont aujourd’hui supérieurs aux Français et aux Britanniques. On notera au passage que lesdits Argentins opèrent pour une grande majorité dans les clubs européens, à commencer par le Top 14, et que cela ne les empêche pas de progresser. Au contraire, tous reconnaissent que leurs progrès sont dus au fait de se frotter chaque semaine aux meilleurs joueurs opérant en France ou dans les Iles britanniques. D’ailleurs, comment progresseraient-ils dans leur championnat argentin ? Papé devrait y penser, plutôt qu’aller dans le sens des supporters franchouillards qui veulent moins d’étrangers. Il est vrai qu’au royaume des aveugles…

Michel Escatafal


Une raclée ? Oui, mais c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux

bleusComme l’a écrit Eurosport : «  Du mental, de la ressource et du talent, ces Bleus-là sont exceptionnels ». Ah, j’oubliais de préciser qu’on parlait des volleyeurs, champions d’Europe après avoir remporté la Ligue Mondiale il y a quelques mois, ce qu’on aurait aussi pu dire des handballeurs et même à un degré moindre des basketteurs. Et curieusement on parle beaucoup moins d’eux, que de nos rugbymen…qui ne sont même plus bleus, mais rouges de honte. Et pourtant, notamment pour les handballeurs et plus encore pour les basketteurs, ce sont des stars planétaires, ce que ne sont pas les joueurs de rugby français. Désolé, mais on connaît plus dans le monde Parker ou Diaw, ou encore Karabatic que Dusotoir ou l’inévitable Morgan Parra qui, tel que c’est parti, finira sa carrière avec 150 sélections. Les sélectionneurs passent, notre rugby est en train de trépasser, mais Parra survit à tout. Et comme il a à peine 27 ans, il faudra sans doute attendre 2023 pour le voir prendre sa retraite.

Pourquoi encore une fois évoquer le cas de Parra, me direz-vous ? Parce que c’est le symbole de notre rugby à l’échelle mondiale, à savoir un bon demi de mêlée, un très bon buteur, et c’est tout. Mais alors pourquoi Lièvrement et Saint-André ont toujours pensé à lui depuis 8 ans ? Parce qu’il représente l’archétype du joueur français, tel que le veulent les sélectionneurs. Il ne risque pas de sortir du lot par ses capacités physiques ou techniques, mais il est considéré comme très important pour ses avants qui voient en lui un petit chef à la fois filou et autoritaire. Une sorte de Fouroux, le charisme en moins. Problème, tout cela est très insuffisant pour le rugby d’aujourd’hui au plus haut niveau, où dominent la technique, mais aussi la puissance et la vitesse, deux atouts que Parra n’a pas et n’aura jamais. Et pourtant on le sélectionne qu’il soit bon ou mauvais, ce qui fait de lui un handicap pour tout autre demi de mêlée, fut-il meilleur que lui, parce que cet autre numéro 9 sait qu’à la moindre pénalité manquée ou à la moindre erreur il perdra sa place…au profit de Parra. Il suffit d’ailleurs de constater ce qui s’est passé après le match contre l’Irlande pour s’apercevoir que Parra est sans doute le joueur le plus incontournable aux yeux des sélectionneurs, mais aussi, plus curieusement, des journalistes. Contre l’Irlande, il y a dix jours, Tillous-Bordes (demi de mêlée de Toulon) a réalisé une partie indigne du haut niveau international, même avec l’excuse de jouer derrière un pack balloté.  Il a donc été remplacé bien avant l’heure de jeu par Parra, lequel a été encore plus mauvais, ratant quasiment tout ce qu’il entreprenait. On aurait dit un enfant perdu dans un jeu d’hommes.

Résultat, pour affronter les All Blacks surpuissants, au lieu de faire jouer Kockott, on sélectionne de nouveau Parra pour soi-disant améliorer le niveau de l’équipe et pour ses qualités de buteur, ce qui témoigne d’ailleurs de l’état d’esprit du sélectionneur. Il fallait défendre et mettre les pénalités qu’on ne manquerait pas d’avoir si les All Blacks étaient contrés. Cela a marché au début du match…sauf que Parra a manqué une pénalité facile d’entrée. Or si Parra n’est pas fiable comme buteur, il ne sert à rien. La preuve, même Rugbyrama, qui pourtant ne figure pas parmi ses détracteurs, l’a trouvé d’une incroyable lenteur, au point de reconnaître que Kockott en dix minutes a montré plus de choses que Parra en soixante-dix. Le site de rugby aurait même pu ajouter que Kockott est rentré au moment où le XV de France prenait l’eau de toutes parts, à commencer par notre paquet d’avants complètement à la rue.

Désolé de parler une fois encore de Parra…pour le critiquer, mais hélas, et je le regrette profondément, il n’a pas le niveau d’un grand demi de mêlée, alors que notre pays en a eu tellement avec ses Dufau, Danos, Lacroix, Astre, Barrau, Gallion, Berbizier, Galthier ou Elissalde. Problème, si on sélectionne Parra plus qu’on n’a jamais sélectionné les grands demi de mêlée du passé, c’est parce qu’on a oublié que notre pays est celui qui a toujours été capable jusqu’en 2007 de battre n’importe qui, parce qu’il avait dans ses rangs des joueurs hors-normes. Et nous n’en avons plus, du moins parmi les joueurs qui sont régulièrement appelés en Equipe de France. Cela signifie-t-il que le réservoir est tari ? Je ne crois pas, mais les joueurs opérant en Equipe de France semblent se comporter comme des robots, ne prenant aucun risque, se contentant de défendre et de pousser fort en mêlée pour les avants. Et cela, au moment où toutes les grandes équipes, jouent un rugby très ouvert, envoient du jeu comme on dit, dans le but de marquer plus d’essais que les autres, les buteurs servant surtout à transformer les essais, comme au rugby à XIII. Voilà le drame du XV de France, et voilà comment il a pris plus de 60 points contre les All Blacks, après avoir été battu 24-9 par les Irlandais, ce qui n’était pas cher payé, tellement le XV de France avait paru impuissant.

On comprend pourquoi, après quatre ans d’errements, le bilan de Philippe Saint-André est extrêmement négatif, avec 20 victoires, 2 nuls et 23 défaites, dont quelques grosses raclées, sans parler du classement de la France sur les quatre derniers Tournois des six Nations (4e, 6e, 4e et 4e). Cela d’ailleurs ne l’empêchait pas de proclamer haut et fort qu’on visait le titre mondial, surtout après trois mois de préparation qui devaient suffire à gommer les imperfections de son équipe. Problème, même en gravissant les cols les plus escarpés, même en soulevant des tonnes et des tonnes de fonte, cela ne compensera pas le manque de classe de nombreux joueurs de ce XV de France. Et puis, les Français ne sont pas les seuls à préparer le grand rendez-vous quadriennal de la Coupe du Monde! La preuve, mis à part l’Angleterre, qui figurait dans la poule de la mort avec l’Australie et le Pays de Galles, les autres nations britanniques ont fait beaucoup mieux que le XV de France face à leurs rivaux du Sud. Rappelons-nous quand même que les Ecossais, que les supporters franchouillards considèrent comme largement inférieurs aux Français, n’ont été battus que d’un point par l’Australie, sur une décision plus que douteuse de l’arbitre, Mr Joubert. Mais si les Ecossais ont été si près de réaliser l’exploit, tout comme les Gallois face aux Sud-Africains, c’est parce qu’ils n’ont pas peur de prendre des risques, et parce que dans leur équipe il y a plusieurs joueurs capables de « jouer du piano » comme disait Pierre Danos, merveilleux demi de mêlée lors de la tournée victorieuse en Afrique du Sud en 1958, alors que chez nous il y a surtout des déménageurs ou alors des non-déménageurs qui ne savent pas jouer du piano.

Cependant pour de nombreux supporters le bouc-émissaire est tout trouvé : c’est le Top 14 et ses cadences infernales. Cela étant, est-ce la faute du Top 14 si un nombre infime de ballons d’attaque arrivent jusqu’à l’aile quand le XV de France rencontre une grande équipe. Non, si nous en sommes là, c’est parce qu’on se cantonne dans un jeu restrictif ou parce qu’on fait tomber ces ballons suite à de mauvaises passes. Est-ce la faute du Top 14 si Picamoles, pourtant un des rares à surnager samedi dernier, est l’élément qui amorce l’énorme déroute française en tombant dans le panneau de la provocation, comme un jeune de 15 ans, avec son petit coup de poing sur Mac Caw, qui empêche les Français de se rapprocher des Blacks, compte tenu de la facile pénalité à convertir, l’arbitre retournant la pénalité et infligeant un carton jaune justifié au Toulousain. Cela n’aurait rien changé sans doute, mais le constat est là. De plus des joueurs comme Gorgoze, Mafi, Sanchez et plus encore Habana, Giteau ou Mitchell, qui opèrent dans nos équipes du Top 14, ont été ou sont très bons avec leurs équipes respectives…bien meilleurs que nos « stars françaises », formées en France. Au passage, cela m’amène à dire qu’il est difficile de ne pas comprendre les présidents de clubs qui préfèrent acheter un joueur sud-africain, australien, néo-zélandais, argentin, fidjien ou samoan, presque toujours beaucoup moins cher que les joueurs français internationaux ou formés en France. Et j’ajouterai qu’on est bien content de regarder les matches en tribunes ou à la télévision avec les joueurs dont j’ai parlé, avec aussi il y a peu Wilkinson, Kelleher ou Sonny Bill Williams qui ont joué en France, et bientôt des Carter, Nonu, Vermeulen et sans doute Quade Cooper et James O’Connor, pour ne citer qu’eux. Certes certains d’entre eux ont plus de 30 ans, mais allez dire aux joueurs de l’Equipe de France que Nonu et Carter, par exemple, sont bons pour la retraite !

Ah les étrangers ! Voilà les grands mots ! En France on ne les aime pas, quels qu’ils soient, et même s’ils nous aident à avoir une très grosse équipe, comme le PSG en foot ou en handball. Cela dit, on notera que les migrants étrangers préfèrent les autres pays au nôtre. La preuve : ils veulent aller au Nord de l’Europe, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, plutôt que rester chez nous s’ils transitent par notre pays. Comme on les comprend ! Fermons la parenthèse et revenons au rugby, pour admettre que notre formation n’est plus au niveau requis pour briller à l’échelon international. Je suis persuadé qu’un Fofana, un Dulin ou un Maestri, pour citer des joueurs sélectionnés samedi dernier seraient bien meilleurs s’ils avaient toujours joué en Australie, en Afrique du Sud ou en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans les nations britanniques. Pourquoi ? Parce que dans notre pays, royaume de ce que les Britanniques appelaient autrefois le « french-flair », on privilégie la puissance à la technique. Rappelons-nous que nombreux furent ceux qui expliquaient il y a 60 ans, qu’une des grandes forces du FC Lourdes de l’époque était précisément de répéter pendant des heures à l’entraînement les gestes de base du rugby, la passe par exemple. Comment se fait-il que les All Blacks, qui attaquent tout le temps, ne font quasiment jamais tomber le ballon ? Parce qu’ils cherchent perpétuellement la perfection, comme les Lourdais dans les années 50 ou les Montois dans les années 60.

Evidemment évoquer ces deux époques fait peut-être ringard aux yeux de certains, sauf que les valeurs travail et technique sont indissociables. Et si j’écris cela, c’est parce que je suis tellement triste en lisant les commentaires affligeants de certains ridicules supporters cocoricos et chauvins, qui évoquent…le dopage, pour justifier la supériorité des Néo-Zélandais et le fameux 62-13. Voilà,  dans notre pays, quand on n’a plus d’arguments on finit par parler de dopage. Si Pinot ou Barguil ne battent pas dans le Tour, le Giro ou la Vuelta, Contador, Froome, Quintana, Aru ou Nibali, c’est parce que les autres, tous étrangers, se dopent. Ahurissant !!! Comme si les All Blacks n’avaient que leur puissance pour battre les Français ! En fait ces All Blacks ressemblent aux « bleus » d’antan, à base lourdaise, montoise ou toulousaine ces dernières années alors que nous…Un dernier mot enfin, pour parler des remarques presqu’aussi attristantes de certains consultants de radio ou télé qui jouaient la langue de bois après la déroute,  et n’osaient pas regarder la réalité en face. Cependant ceux-là avaient une bonne excuse, parce qu’ils sont toujours dans le milieu comme joueurs ou entraîneurs ou parce qu’ils espèrent l’être un jour sans doute. Néanmoins, et c’est peut-être le plus rassurant, tout le monde reconnaissait qu’il y a un immense chantier à exécuter pour redonner des couleurs au XV de France, avant de lui rendre son lustre d’autrefois. Ce sera sans doute le travail de Novès, en espérant qu’il saura profiter de ses multiples titres pour former une nouvelle équipe avec des jeunes, quitte à ne pas obtenir le succès tout de suite, et à faire patienter sa hiérarchie, laquelle a aussi une grande part de responsabilité dans ce Waterloo. De toute façon, en misant tout sur une trentaine de joueurs avec des jeunes talents de moins de 25 ou 26 ans, encadrés par quelques anciens pas trop éloignés de la classe internationale, et en faisant preuve de continuité, il ne pourra pas faire pire que Saint-André. Toutes les grandes équipes le sont devenues de cette manière, alors que Saint-André a utilisé en quatre ans plus de 80 joueurs, dont 34 pour le Tournoi 2014 ! N’en jetons plus, car tout est consommé !

Michel Escatafal


Et ça continue encore et encore…un match ?

XV de FranceVoilà, nous venons d’avoir la composition de l’équipe qui va devoir faire en sorte que nous sortions de la Coupe du Monde avec un minimum de dignité, ou, si l’on est optimiste, pour réussir les mêmes exploits que les équipes de 1999 et 2007, à savoir battre les Néo-Zélandais. Tout d’abord disons que l’on ne change pas grand-chose finalement par rapport à l’équipe qui a fait faillite contre l’Irlande, pour la bonne raison qu’il faut faire avec les joueurs que l’on a emmené en Angleterre. On ne pouvait guère changer 7 ou 8 joueurs comme on peut le faire dans le Tournoi des 6 Nations. Donc on va jouer sur la fierté, sur l’impossible exploit, étant entendu « qu’impossible n’est pas français », comme l’aurait dit Napoléon, lequel a pu s’apercevoir qu’on ne peut pas gagner, même si l’on est dirigé par un génie, lui-même aidé par de grands soldats, si tous les ingrédients pour la victoire ne sont pas rassemblés.

Or, justement celui qui dirige la manœuvre de cette équipe de France n’a rien d’un génial sélectionneur, pas plus que ses lieutenants. Et pourtant tous furent de grands soldats du XV de France à des époques différentes, à commencer par le sélectionneur qui, ne l’oublions pas, marqua un des essais du dernier siécle en 1991 (contre l’Angleterre à Twickenham), son acolyte, Lagisquet, participant activement à un autre des plus merveilleux essais construits par le XV de France dans sa longue histoire, en demi-finale de la Coupe du Monde 1987. Si je fais ce rappel historique, c’est d’abord pour montrer que, malheureusement, ces deux XV de France que j’ai évoqués à travers ces essais d’un autre monde, avaient dans leurs rangs des joueurs infiniment meilleurs que ceux dont dispose de nos jours le rugby français.

A cette époque, il n’y avait dans le XV de France pratiquement que des joueurs figurant parmi les meilleurs du monde, notamment dans les lignes arrières. Qu’on en juge : cinq figuraient déjà dans l’équipe vainqueur de l’Australie en demi-finale de la Coupe du Monde 1987, et ils s’appelaient Blanco, Sella, Mesnel, Didier Camberabero et Berbizier. Ensuite, les départs de Lagisquet et Charvet furent compensés par l’arrivée de Lafond et…Saint-André, qui récupéra lors de ce fameux Angleterre-France de 1991 un merveilleux coup de pied de recentrage de Didier Camberabero, ce qui ponctuait une relance de la ligne de but ou presque initiée par Blanco, lui-même aujourd’hui dans le staff de l’équipe de France. Tout cela pour dire que je n’aurai pas la cruauté de comparer les joueurs poste pour poste tellement il y a une différence de classe entre eux. Aucun joueur des lignes arrières de l’actuel XV de France n’aurait sa place dans les équipes dont je viens de parler, pas même le plus doué de tous en classe intrinsèque, Michalak, en raison de ses 33 ans. Je vais être méchant, mais qui oserait comparer Spedding à Blanco, ou pire Sella à Dumoulin ou encore plus pire si c’est possible, Parra à Berbizier. N’en jetons plus !

Et dire que c’est beaucoup sur les quatre joueurs que je viens de citer que Saint-André, ailier très supérieur en son temps à Nakaitaci ou Dulin, mise pour redonner des couleurs à l’attaque française. On comprend aisément que ceux qui connaissent un minimum le rugby, pour avoir eu un ballon dans les mains pendant quelques années, se demandent à quelle sauce notre équipe va être mangée. Je précise au passage que si je n’ai parlé que des lignes arrières, c’est parce que notre pack, s’il a récupéré de ses efforts contre l’Irlande, peut peut-être surprendre celui des All Blacks, en tout cas ne pas être outrageusement dominé. Et si c’était le cas, qui sait ce qui peut se passer, d’autant qu’un match de rugby reste un match à jouer et à gagner ?

Cela dit, reconnaissons que Saint-André aurait pu jouer son va-tout d’une autre manière en faisant rentrer des joueurs frais, mais cet homme ne veut jamais prendre le moindre risque. En écrivant cela je veux souligner le manque de logique du sélectionneur, qui n’a pas l’air de réaliser que les Néo-Zélandais sont quand même plus forts que les Irlandais. Dans ce cas, pour gagner ce match, il fallait peut-être introduire un peu de folie, et ne pas hésiter à lancer d’entrée Grosso à l’aile, Kockott à la mêlée ou Nyanga en troisième ligne. A ce propos on peut se demander pourquoi on a fait venir Grosso et ce même Kockott…pour ne pas les faire jouer. Et pourtant le match contre l’Irlande, premier match vraiment dur pour le XV de France dans cette Coupe du Monde, nous avait démontré que  Tillous-Bordes n’était pas un grand demi de mêlée, et que celui qui l’a remplacé, Parra, avait été fantomatique. Et ce n’est pas le remplacement de Bastareaud par Dumoulin qui va nous rassurer. En fait, le seul changement intéressant se situe devant, avec l’arrivée dans le XV de départ de Le Roux en troisième ligne. Au moins avec lui, comme cela aurait été le cas avec Kockott, on aura un joueur qui n’a peur de rien ni personne. La preuve, il veut « défoncer »Mac Caw. Certes ce n’est pas comme si c’était fait, mais au moins on a un guerrier dans cette équipe.

Néanmoins ces propos belliqueux, dans le bon sens du terme, ne nous empêchent pas d’être très inquiet sur le résultat, car il va falloir défendre pendant 80 minutes face à des All Blacks qui, soyons-en sûrs, vont attaquer ce match à fond, ce qui va exiger de nos joueurs une énorme dépense physique…qui pourrait nous coûter cher en fin de match, comme ce fut le cas contre les Irlandais. En outre, cette fois les Blacks ne commettront pas l’erreur de sous-estimer les Français, parce que ceux-ci ont la réputation de n’être jamais aussi dangereux que lorsqu’on ne les attend pas. Il n’empêche, même si l’on fait preuve d’un optimisme forcené, même si ceux qui croient au ciel vont faire brûler des cierges, on ne voit pas comment cette équipe pourrait battre les Néo-Zélandais.

Toutefois c’est ce que nous disions et écrivions il y a quatre ans, et la France perdit d’un point (8-7) une finale de Coupe du Monde qu’elle n’aurait jamais dû perdre…face à ces mêmes Néo-Zélandais, lesquels furent avantagés par des décisions arbitrales souvent très contestables. Ah cette fin de match haletante, avec un Trinh-Duc ébourrifant, qui avait remplacé Parra blessé par un coup de genou de Mac Caw! Au fait, il est où Trinh Duc ? A Montpellier, tandis que Parra est toujours là, même s’il a réussi l’exploit samedi dernier d’être encore plus nul que Tillous-Bordes quand il est rentré, peu après la mi-temps. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Saint-André, qui a toujours privilégié la densité physique, n’a pas utilisé davantage Kockott ? J’arrête là, car certains vont trouver que je fais une fixation sur Parra. Ils ont tort si c’est le cas, parce que je souhaite de tout cœur la victoire du XV de France, et je maintiens que Kockott et même Machenaud sont meilleurs joueurs que Parra, et en plus eux aussi savent buter.

Michel Escatafal


Palmarès des grandes courses depuis 1946 (mise à jour à la fin de la saison 2015)

contadormerckxCe tableau rassemble les victoires des meilleurs coureurs ayant couru après-guerre dans les grandes épreuves du cyclisme sur route. C’est un travail qui se veut le plus objectif possible, même si je suis bien conscient que l’on puisse discuter du barème des points attribués pour une victoire dans chacune des épreuves. Celles-ci ont été choisies en fonction de leur ancienneté et de leur permanence. Les plus récentes, l’ Amstel Gold Race et Tirreno-Adriatico, sont nées en 1966, mais toutes les autres ont été disputées pour la première fois avant 1948. Il y a 10 épreuves par étapes (Tour de France, Giro, Vuelta, Tour de Suisse, Dauphiné, Paris-Nice, Tirreno-Adriatico, Tour de Romandie, Tour du Pays-Basque, Tour de Catalogne), plus 9 classiques (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Gand-Wevelgem, Paris-Roubaix, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège, Amstel Gold Race, Paris-Tours, Tour de Lombardie), le championnat du monde sur route et le championnat du monde contre-la-montre. Concernant cette épreuve, créée en 1994, j’ai considéré que le Grand Prix des Nations, disputé pour la première fois en 1932, faisait office de championnat du monde avant sa création officielle.

Je précise de nouveau que je me refuse à tenir compte des changements dans les palmarès, pour les raisons que j’ai expliquées à plusieurs reprises, notamment celles liées au cas Armstrong. Pour moi, le palmarès ne doit changer que s’il y a dopage lourd et indiscutable, détecté immédiatement après une épreuve, par exemple Landis, positif à la testostérone dans le Tour 2006. Je rappelle au passage que Riis a été rétabli dans le palmarès du Tour, après en avoir été exclu, parce qu’il a fait des aveux publics, décision tout à fait normale puisque certains ayant avoué par le passé s’être dopé figurent toujours parmi les vainqueurs de l’épreuve. Quand à Héras, son quatrième succès dans la Vuelta lui a été rendu six ans après, suite à la mise en lumière d’irrégularités lors de l’examen des échantillons qui avait révélé des produits interdits…ce qui démontre la nécessité d’être très prudent lorsqu’on veut toucher aux palmarès déjà établis. Qui nous dit que dans 10 ou 15 ans, voire même avant, Armstrong ne figurera pas de nouveau au palmarès du Tour de France?

Pour voir le tableau cliquez →Palmarès 05.10.2015


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