Wiggins, le F. Bracke de son époque

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Cette fois c’est fait, Wiggins va prendre sa retraite de coureur routier, mais pas celle de pistard. Est-ce une surprise ? Non, d’autant qu’il a 35 ans, un âge où un champion est en fin de carrière. Non, d’autant qu’il a obtenu en 2012 son bâton de maréchal en remportant le Tour de France, après avoir gagné le Critérium du Dauphiné en 2011 et en 2012, après s’être imposé cette même année dans Paris-Nice et le Tour de Romandie. Ensuite, comme s’il avait atteint son Graal, après avoir conquis la médaille d’or du contre-la-montre aux J.O. de Londres, il ne gagnera plus grand-chose, sauf le championnat du monde contre-la-montre l’an passé, qu’il avait préparé tout spécialement au contraire de Tod Martin, détenteur du titre les trois années précédentes. Bref, une carrière qui le situe en bonne place (53è) au niveau du palmarès sur route depuis 1946, juste derrière un autre grand retraité de 2015, Cadel Evans.

Pas mal pour un coureur qui avait certes beaucoup de classe, mais qui avait de grosses lacunes en montagne pendant très longtemps, en fait jusqu’en 2009, année où il avait perdu cinq kilos par rapport à son poids de forme antérieur. Année aussi où il décida de concentrer son activité sur la route, après avoir fait une grande carrière sur la piste, même si la piste de nos jours n’a plus la même attractivité qu’autrefois. En tout cas, il aura été quand même deux fois champion olympique de poursuite en 2004 et 2008, plus une fois dans la poursuite par équipes (2008), sans oublier ses titres mondiaux en poursuite individuelle (2003, 2007 et 2008), en poursuite par équipes avec la Grande-Bretagne (2007 et 2008), mais aussi un titre à l’américaine en 2008. Bref, un champion qui aura marqué son époque à sa façon, sur bien des points.

Pour ma part, je n’ai jamais été un grand fan de ce coureur pour plusieurs raisons. La première c’est qu’en fait il n’a réellement brillé qu’une année sur la route, en 2012. Pas de quoi l’inscrire parmi les champions légendaires. Ensuite pour certaines prises de position à l’égard du dopage, ce que je ne lui reprocherais pas s’il ne s’était attaqué à Alberto Contador, en 2011, au moment où ce dernier allait passer devant le Tribunal Arbitral du Sport. Qu’en savait-il de l’affaire Contador  et des traces infimes de clembutérol trouvées dans les urines du champion espagnol lors de l’étape de repos du Tour 2010? Pourquoi juger un coureur que les juges eux-mêmes n’arrivaient pas à juger ? Après tout Contador n’a jamais eu besoin de perdre une demi-douzaine de kilos pour être très fort en montagne ou même contre-la-montre sur les circuits très accidentés !

Passons, sauf pour dire aussi que le Tour de France qu’il a remporté en 2012 souffre quand même du fait que sa course et la tactique de l’équipe Sky l’ont outrageusement favorisé au détriment de Chris Froome. Ce dernier, ne l’oublions pas, était quand même autrement plus fort que lui en montagne, comme il l’a montré dans la montée vers Peyragude, où il a ridiculisé son leader en accélérant comme pour le mettre en difficulté, pour ensuite l’attendre ostensiblement pour bien montrer qu’il était le plus fort. Il l’était d’autant plus que dans ses grands moments, Froome en arrive même à lâcher Contador et Quintana, pourtant parmi les meilleurs grimpeurs de l’histoire du cyclisme. Cela étant, Wiggins était quand même un excellent coureur, et il a terminé sa carrière de routier et chez Sky sur une belle performance, en prenant dimanche dernier la dix-huitième place au vélodrome de Roubaix, après avoir fini neuvième l’an passé.

Que va-t-il faire à présent ? Et bien, après avoir disputé en mai le Tour du Yorkshire, il va s’attaquer au record de l’heure en juin…qu’il battra évidemment sans le moindre problème, et qu’il portera sans doute à un niveau bien supérieur aux 52.491 kilomètres de l’Australien Rohan Dennis. Normal, me direz-vous, il a le fond du routier et c’est un des plus grands poursuiteurs du nouveau siècle. En outre ce record a besoin de retrouver du lustre, et Wiggins est sans doute aujourd’hui le mieux placé pour l’amener au niveau des grands records de l’histoire, comme ceux de Coppi, Anquetil, Rivière ou Merckx. Fermons la parenthèse, pour noter que Wiggins va de nouveau se consacrer à la piste en vue des J.O. de Rio de Janeiro, ce qui est la meilleure façon pour lui de conclure une très belle carrière. Une carrière qui l’aura fait roi dans son pays, la Grande-Bretagne, après être né à Gand (en Belgique) d’un père lui-même très bon pistard australien, notamment dans les courses de six-jours, qui l’abandonna très jeune (à l’âge de deux ans). Peut-être ces épreuves de la vie lui ont-elles permis de se surpasser, et de devenir une idole en Grande-Bretagne, pays où la tradition cycliste est faible comparée à celle de ses voisins continentaux.

Avant de clôturer cet article, je ne voudrais pas manquer de poser la question de savoir à qui on pourrait le comparer dans l’histoire du vélo ? Le premier nom qui vient à l’esprit est évidemment Tom Simpson, premier grand champion britannique, mais c’est bien leur seul point commun. Curieusement ils sont à peu près au même niveau en ce qui concerne le palmarès sur route, Simpson ayant remporté trois grandes classiques entre 1961 et 1965 (Tour des Flandres, Milan-San Remo, Tour de Lombardie), plus Bordeaux- Paris en 1963, Paris-Nice en 1967 et le championnat du monde sur route en 1965, deux ans avant de mourir sur les pentes du Mont-Ventoux en 1967 dans les conditions que l’on sait. En fait Simpson, malgré toute sa volonté, n’était qu’un très bon coureur de classiques, incapable de gagner un grand tour à la régulière.

Autre nom auquel je pense, le Suisse Hugo Koblet. Comme Wiggins, Koblet était un remarquable pistard, deux fois finaliste du championnat du monde de poursuite en 1951 et 1954 et champion d’Europe à l’américaine en 1953 et 1954 (le championnat du monde n’existait pas encore). Mais la comparaison s’arrête là, car si la carrière du « pédaleur de charme » fut très courte (à peine cinq ans), elle fut très riche en grands succès sur route avec notamment un Tour de France (1951) et un Giro (1950) qu’il écrasa de toute sa classe. Celle-ci était tellement éclatante, que les suiveurs de l’époque racontent que dans ses meilleurs jours Koblet était le seul coureur capable de battre le grand Fausto Coppi à la régulière contre-la-montre, et de le suivre en haute montagne. Quand on sait que Coppi est considéré comme le meilleur grimpeur que le cyclisme ait connu, on imagine le niveau de Koblet dans ses moments de grâce, autrement plus élevé que celui de Wiggins !

Alors à qui ? Certains diront à Roger Rivière, mais le fantastique rouleur français était très, très supérieur à Wiggins contre-la-montre, et intrinsèquement largement au-dessus en montagne. En outre Rivière est à coup sûr le meilleur poursuiteur de l’histoire du vélo, imbattable pendant les trois années que dura sa carrière (entre 1957 et 1960), battant avec facilité lors des championnats du monde des spécialistes de la classe de Messina et Faggin (triples champion du monde chez les professionnels après l’avoir été chez les amateurs). Une chute dans le Tour de France 1960, qui lui était promis, lui brisa sa très courte carrière, qu’il agrémenta de deux tentatives victorieuses contre le record du monde de l’heure.

Reste peut-être Ferdinand Bracke, qui aurait pu et dû s’imposer dans le Tour de France 1968, vainqueur du grand prix des Nations en 1962 (véritable championnat du monde contre-la-montre à l’époque), mais aussi du Tour d’Espagne en 1971, et sur la piste deux fois champion du monde de poursuite (en 1964 et 1969), et recordman du monde de l’heure à Rome en 1967. Oui, finalement c’est peut-être à lui qu’on peut comparer le champion britannique, même si sa notoriété fut moins grande à l’époque. Il est vrai que nous étions à cheval sur l’ère Anquetil et l’ère Merckx, et à côté de ces deux « monstres » on trouvait des noms comme Van Looy, Jan Janssen, Rudi Altig, Felice Gimondi , Motta, Pingeon ou Poulidor.

Michel Escatafal


France-Brésil, une union presque fusionnelle dans le sport

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thiago silvaEntre la France et le Brésil il y a une union presque fusionnelle en sport. Les deux pays ont souvent été confrontés, notamment dans deux sports hyper médiatisés, le football et la Formule 1. Il se trouve que la France et le Brésil sont deux nations parmi les plus fortes du football. Le Brésil a remporté 5 fois la Coupe du Monde, la première en 1958 en battant en demi-finale l’Equipe de France emmenée par Kopa, mais aussi Fontaine, Piantoni, Vincent, Kaelbel et Jonquet. C’est d’ailleurs lui qui fut le véritable héros (malheureux) de cette fameuse demi-finale qui opposait les deux meilleures équipes de la compétition.

En effet, et cela on l’oublie très souvent, au moment de la blessure de Jonquet son arrière central, victime d’un choc avec Vava l’avant-centre brésilien, le score était de 1 à 1. Cela voulait dire que rien n’était fait, et la manière dont Fontaine avait marqué son but à Gilmar, le gardien brésilien, laissait penser que les Français auraient pu en marquer d’autres si elle avait pu jouer à égalité de chances. N’oublions pas qu’à l’époque, il n’y avait pas de remplacement possible, ce qui signifie que la France a joué à 10 pendant une heure. Imaginons que ce soit l’inverse qui se soit produit et que dans le choc, ce soit Vava qui ait été blessé. On peut penser que les Brésiliens auraient été beaucoup moins dangereux, et que les Français déjà très forts en attaque auraient eu encore plus de facilité pour défier la défense brésilienne. La France aurait sans doute gagné la Coupe du Monde…même si cette affirmation repose sur des si. D’ailleurs si la Hongrie n’avait pas été envahie par les troupes soviétiques en 1956, provoquant l’exil de ses meilleurs attaquants, c’est elle qui aurait gagné la Coupe du Monde en Suède en 1958.

Fermons la parenthèse et revenons à notre sujet pour noter que depuis cette époque, il y a eu de nombreux France-Brésil et la France l’a parfois emporté. Par exemple lors de la Coupe du Monde 1986, que nous aurions pu et dû gagner si Platini avait été en forme, la France avait éliminé le Brésil aux tirs au but. Qui ne se souvient, parmi les plus de 40 ans, du dernier tir de Luis Fernandez prenant à contre-pied le gardien brésilien, et propulsant la France en demi-finale où elle se fera éliminer par l’Allemagne, pourtant beaucoup moins forte. Parions que si la France n’avait pas joué sa prolongation contre le Brésil, elle l’eut emporté.

Bien entendu, nous ne pouvons pas éviter de parler de cette fameuse finale du Stade de France en 1998, où les Français l’emportèrent (3 à 0) avec deux buts de la tête de Zidane. Cette victoire qui fit chavirer tout un peuple dans le bonheur, fut un des deux plus grands succès d’une équipe bâtie par Aimé Jacquet à partir de 1996. Il est même permis de dire que l’équipe qui remporta deux ans plus tard le championnat d’Europe des Nations (en 2000) fut peut-être, au même titre que la Hongrie des années 50 ou le Brésil de 1970, la plus grande équipe de tous les temps.

Il faut noter enfin qu’en 2006, c’est encore une fois l’équipe de France, emmenée par un Zidane des grands jours qui élimina le Brésil de la Coupe du Monde en ¼ de finale, alors que les Sud-américains étaient comme d’habitude les grands favoris de l’épreuve. Au total, si nous regardons bien, il y a bien longtemps que le Brésil ne bat plus la France en compétition officielle. J’ai bien écrit en compétition officielle, puisque les Brésiliens ont battu l’équipe de France 1-0 en 2011 et 3-0 en 2013, lors de matches amicaux. Cela dit, même si l’écart s’est resserré ces dernières années entre les deux nations, les joueurs brésiliens demeurent très prisés des recruteurs européens et français. Parmi ceux-ci on citera les anciens Marseillais Paolo Cesar et Jairzinho, ce dernier étant considéré dans les années 70 comme un des tous meilleurs attaquants du monde, mais aussi Carlos Mozer qui appartenait à la grande équipe de 1991 (finaliste de la C1), les anciens parisiens des années 90 Rai, Ricardo, Valdo, Leonardo, plus Ronaldinho (2001 à 2003), qui fut Ballon d’Or en 2005, ou encore les Lyonnais, dans les années 2000, Anderson, Cris et Juninho. Enfin, depuis l’avènement du Paris Saint-Germain parmi les grands clubs de la planète, le Brésil nous a donné quelques uns de ses plus beaux joyaux actuels, lesquels sont de nos jours défenseurs pour la plupart. N’oublions que la ligne de défense du PSG qui vient d’éliminer Chelsea de la Ligue des Champions était composée de quatre défenseurs de la Seleçao, à savoir Thiago Silva, David Luiz, Marquinhos et Maxwell. A cette constellation on ajoutera Lucas, ailier virevoltant, sans doute un des plus grands espoirs du football mondial, qui fait penser à Garrincha par sa vitesse et ses dribbles déroutants, la finition en moins.

Et en formule 1, est-ce que la France a souvent battu le Brésil ? En fait les seuls vrais duels entre Français et Brésiliens se résument surtout à ceux ayant opposé Prost à Senna entre 1988 et 1990, c’est-à-dire avec des machines identiques ou très proches. Il y a bien eu des duels entre Prost et Piquet au début des années 1980, mais quelle que soit la qualité du pilote brésilien, il se situait un ton en dessous d’Alain Prost, même s’il fut quand même triple champion du monde. D’ailleurs quand il eut à affronter Mansell chez Williams, puis ensuite Schumacher, il eut beaucoup de difficultés. Or Mansell chez Ferrari avec Prost n’exista pas, le Français se montrant nettement supérieur.

D’ailleurs aucun équipier ne résista à Prost durant sa carrière sauf un : Ayrton Senna. Là ce fut un duel atteignant des sommets extraordinaires entre deux des 5 ou 6 plus grands champions de tous les temps. Résultat ? Senna prit nettement le dessus en qualifications, preuve si besoin en était qu’il fut sans doute le pilote le plus rapide qui ait jamais existé (avec peut-être Jim Clark dans les années 60), mais en course en revanche de domination franche il n’y eut pas. Prost était en effet très rapide sur la durée d’une course, et l’écart avec Senna diminuait au fil des tours, sauf si la piste était mouillée. En tout cas, entre 1988 et 1990, Prost fut champion en 1989, Senna en 1988 et 1990, et chaque fois avec un écart de points très minime. Depuis cette époque bénie pour la Formule 1, en nette perte d’audience, nous n’avons jamais retrouvé de duels de cette intensité et de ce niveau, n’en déplaise à ceux qui, ignorant l’histoire, ont trouvé beaucoup de vertus au duel de l’an passé entre Hamilton et Rosberg.

Michel Escatafal


Le triomphe du « Gaulois » en Italie…

privatL’Italie est une terre où le sport et les jeux sportifs ont toujours eu une grande importance. Il suffit de consulter les historiens romains pour s’apercevoir qu’à Rome on raffolait de ce que l’on appelait à l’époque les spectacles athlétiques. Au premier siècle de notre ère, c’étaient les sujets de conversation, comme le sont aujourd’hui les matches de football ou le Giro au mois de mai. On en discutait avec passion en famille, à l’école, au Forum, au Sénat. Et les jours de spectacle, des foules considérables de 150 ou 200.000 personnes se dirigeaient vers le Circus Maximus, avec des mouchoirs aux couleurs de leur équipe favorite, comme de nos jours sur les pentes de Plan de Corones. Il est même arrivé que l’empereur prenne part à ces courses, comme ce fut le cas pour Néron. La différence avec les compétiteurs tels que nous les connaissons de nos jours se situe au niveau de la monture, puisque les héros de l’époque étaient juchés sur un char tiré par des chevaux  alors que les nôtres le sont sur une bicyclette. A ce propos, on « frottait » de la même façon qu’aujourd’hui en préparant les sprints, avec parfois des heurts entre chars qui provoquaient des chutes monumentales aux conséquences souvent dramatiques…qui n’avaient guère d’importance aux yeux des organisateurs et moins encore des spectateurs.

Pourquoi ce préambule historique sur l’Italie antique ? Pour bien montrer que dans ce pays la passion pour le sport a toujours été exacerbée, et que cette passion touche toutes les classes de la société. Elle a même servi de ciment après la deuxième guerre mondiale, et le cyclisme y a été pour une large part. Il est d’ailleurs vraisemblable que, s’ils avaient vécu au vingtième ou au vingt-et-unième siècle, les poètes de l’Antiquité romaine nous auraient délivré quelques unes de leurs plus belles pages en suivant les grandes épreuves du calendrier de la péninsule, assimilées pour nombre d’entre elles à de véritables épopées, où l’on voit les coureurs vaincre les obstacles redoutables et souvent  inconnus que la nature leur oppose. Ils auraient décrit le vélo comme un sport paré de toutes les merveilles des arts, où les preux chevaliers que sont les coureurs auraient été mis en scène avec  toutes les grâces de leur âge, sachant nous émouvoir jusqu’aux larmes par leur volonté, parfois leurs faiblesses, qui se mêlent à leur héroïsme. On peut aussi être certains qu’ils auraient su saisir les intérêts et les passions des tifosi, qui savent si bien transformer une simple escarmouche en trait de lumière. On imagine enfin la manière dont ils auraient traité le duel au sommet entre les campionissimi Bartali et Coppi, le premier étant sans doute présenté comme l’archétype de l’homme prudent et vertueux, le second étant plutôt un personnage si parfait dans son expression sur la route ou sur la piste, qu’on ne peut lui faire d’autre reproche que sa perfection même.

Parmi les épreuves mythiques du calendrier italien, il y a une course, Milan-San Remo, appelée la Primavera, qui se dispute chaque année au milieu du mois de mars, et qui lance véritablement la saison des classiques. Cette épreuve, très longue, qui approche les 300 km (293 très exactement), fait partie de celles qui peuvent s’offrir à la fois à des grands champions, mais aussi à d’autres qui le plus souvent se contentent de travailler pour les autres. Elle est souvent l’apanage des sprinters, mais peut aussi à l’occasion faire la fortune de quelques baroudeurs audacieux sachant profiter de circonstances favorables. Ce fut le cas en 1960,  avec la victoire de René Privat, surnommé « René la Châtaigne » ou encore « le Gaulois », pour son tempérament, son agressivité et ses attaques répétées…quand il pouvait jouer sa carte, ce qui arrivait assez souvent bien qu’il fût, à partir de 1955, l’équipier du grand Louison Bobet.

Cela lui a permis de se forger un palmarès plus qu’honorable, avec des victoires dans le Critérium National et Gènes-Nice en 1955, les Boucles de la Seine en 1956, trois étapes du Tour de France en 1957, le Tour du Var en 1958, le Tour du Sud-Est et le Grand prix Stan Ockers en 1959, plus une autre étape du Tour de France en 1960.  A cela s’ajoutent de nombreuses places d’honneur, comme nous disions autrefois, notamment une deuxième place dans le Midi-Libre en 1956, ainsi que dans la Flèche Wallonne et le Dauphiné Libéré en 1957. Mais bien entendu, son plus grand succès est cette victoire dans Milan-San Remo le 19 mars 1960.

Des préliminaires émouvants et un début de course mouvementé

Avant le départ de la course, les coureurs furent invités à rendre un hommage particulier à Armando Cougnet, ancien directeur de la Gazzetta dello Sport et organisateur en chef du Giro, disparu depuis peu, mais aussi à Fausto Coppi, le campionissimo, triple vainqueur de l’épreuve, décédé de la malaria le 2 janvier précédent, et à Gérard Saint, qui avait trouvé la mort dans un accident de voiture trois jours auparavant, la France ayant perdu ce jour-là un de ses plus grands espoirs (24 ans), à la fois rouleur et grimpeur, qui avait terminé le Tour de France à la neuvième place l’année précédente.

Ensuite la course s’élança pour un long périple de 288 kilomètres, avec une première échappée dès le quarante cinquième kilomètre, où l’on retrouvait les Italiens Cleto Maule, vainqueur du Tour de Lombardie et de Milan-Turin en 1955, Brenioli, le Belge Vloebergs, ces coureurs étant rejoints une trentaine de kilomètres plus loin par cinq Italiens, Minieri, Salviato, Fontana et deux excellents pistards, Pizzali, qui détint le record du monde amateur des 200 m en 1954 (12s), et le poursuiteur Armando Pellegrini.

Un peu plus tard, au kilomètre 92, douze hommes vont sortir du peloton à la poursuite des fugitifs, et pas n’importe lesquels puisque dans ce groupe il y avait les Belges Molenaers (vainqueur d’un Tour du Luxembourg) et Noel Foré (vainqueur de Paris-Roubaix 1959), Tom Simpson qui était en début de carrière, l’Espagnol Otano, et les Italiens Tomasin, Tamagni, Bruni, Liviero, Pierino Baffi, ainsi qu’Arnaldo Pambianco, qui allait remporter le Giro l’année suivante devant Jacques Anquetil, sans oublier les Français Robert Cazala…et son coéquipier chez Mercier, l’Ardéchois René Privat. Ce dernier avait d’ailleurs failli l’emporter deux ans plus tôt (vainqueur Rik Van Looy), après une longue échappée,  n’ayant été rejoint qu’à 3 kilomètres de l’arrivée.

Fermons la parenthèse pour dire que les douze hommes ont rejoint très vite les premiers fugitifs, dès le début du Turchino. Le train mené par les fuyards était rapide, mais pas suffisamment au goût du tout jeune Tom Simpson (23 ans), ce qui l’incita à  partir seul. Il allait porter son avance à 1mn 40s sur ses poursuivants, eux-mêmes pris en chasse par les Italiens Carlesi, surnommé « Coppino » en raison de sa ressemblance physique avec le Campionissimo, et Nencini, vainqueur du Giro en 1957 devant Louison Bobet, qui allait remporter quelques mois plus tard le Tour de France. Carlesi et Nencini n’allaient pas mettre très longtemps à rejoindre le groupe de chasse derrière Simpson, avant que ce dernier ne soit lui aussi rejoint à environ 80 km de l’arrivée, après un raid solitaire de 45 kilomètres. Certains diront a posteriori qu’il avait pris ses marques pour l’avenir, dans la mesure où le coureur britannique remportera, entre autres grandes victoires, la Primavera en 1964.

René Privat passe à l’action

A un peu plus de 70 km de la via Roma, il y avait encore douze hommes en tête avec deux minutes d’avance sur le peloton, mais la distance commençait à faire sentir ses effets et seuls les meilleurs des groupes initiaux purent se maintenir au commandement de la course. Finalement ils se retrouvèrent au nombre de sept  dans le Capo Mele, situé à un peu moins de 50 km de l’arrivée. Ces sept coureurs avaient pour nom Nencini, Pambianco, Otano, Molenaers, Simpson, Cazala et Privat. Ce dernier se sentant très fort, bien qu’ayant avoué avoir à peine 2000 kilomètres d’entraînement dans les jambes (quelle évolution depuis cette époque !), décide alors de passer à l’offensive, ne serait-ce que pour vérifier l’état de fraîcheur de ses accompagnateurs. Cette accélération apporta la réponse à Privat : son principal rival était Nencini, même si ce dernier avait eu beaucoup de difficultés à répondre à son démarrage.

Cependant  rien ne pressait pour se lancer dans un raid solitaire, dans la mesure où les hommes forts du peloton avaient décidé de rouler pour combler le retard pris sur les échappés. Et il y avait du beau monde dans ce qui restait de ce peloton, à savoir Rik Van Looy, le roi des classiques, mais aussi l’Espagnol Miguel Poblet, double vainqueur de l’épreuve, ou encore un autre grand chasseur de courses d’un jour, Fred De Bruyne, ces trois hommes ayant la particularité d’être très rapides au sprint. Enfin dans ce groupe on citera également le recordman du monde de l’heure, Roger Rivière, qui participait à une des seules classiques qu’il ait eu le temps de disputer jusqu’à sa chute fatale dans le Tour de France. Gérard Saint, Roger Rivière : le cyclisme avait payé un lourd tribut à la malchance et au malheur en cette année 1960 !

La marche triomphale vers la Via Roma

Au pied du Poggio, rajouté cette année-là pour empêcher que la course ne se termine une nouvelle fois au sprint, ils étaient encore sept en tête. C’est le moment que choisit « Le Gaulois », placé à cet instant en troisième position, pour placer un terrible démarrage qui laissa sur place ses compagnons d’échappées, à la tête desquels se trouvait un Nencini pétrifié. René Privat fit cette ascension comme si sa vie en dépendait, ne faisant qu’accroître son avance sur ses poursuivants, réduits au nombre de deux, Jean Graczyk, le célèbre « Popoff », revenu du diable vauvert sur le groupe de tête, et un des premiers échappés de la journée, le Belge Molenaers.  Quant aux autres, ils ont très vite abdiqué, devant la foudroyante attaque de René Privat, ce qui les incita à se laisser gentiment absorber par le peloton des battus.

René Privat se souviendra toute sa vie de cette arrivée sur la Via Roma, sorte d’avenue qui aurait pu lui faire penser au retour à Rome des généraux victorieux, quand ils emmenaient leur char de triomphe devant une foule en délire. Oh certes René Privat ne ramenait pas un énorme butin comme ceux qui étaient pris aux vaincus après une bataille victorieuse, mais il allait entrer dans la légende du cyclisme, laquelle n’accueille que ses plus valeureux serviteurs. Un peu plus loin, Graczyk n’avait même pas besoin de disputer le sprint pour s’emparer de la seconde place à 11secondes du vainqueur, le troisième Molenaers terminant à 20 secondes de René Privat, loin devant le peloton des battus réglé au sprint par le Belge Decabooter devant le Français Ruby et Rik Van Looy, tout ce joli monde franchissant la ligne d’arrivée avec 1mn 40 s de retard sur « l’imperator » du jour. Cette magnifique victoire allait être suivie l’année suivante de celle d’un jeune coureur qui allait beaucoup faire parler de lui pendant les quinze années qui suivirent, Raymond Poulidor, qui remportait à cette occasion sa première grande victoire internationale, pour le plus grand bonheur d’Antonin Magne, inamovible directeur de l’équipe Mercier.

Au fait, puisque j’évoque des victoires françaises, depuis combien de temps un Français n’a pas gagné Milan- San Remo ? Très simple, depuis 1995 (année du décès de René Privat), date aussi de la dernière victoire d’un Français (le même) dans un grand tour. Ce champion s’appelle Laurent Jalabert. Cela fait tout juste 20 ans ! Faudra-t-il attendre encore 20 ans pour avoir le plaisir de voir un de nos compatriotes s’imposer sur la Via Roma ? Peut-être pas, car il y a des jeunes coureurs prometteurs qui vont vite au sprint, à savoir Démare, Bouhanni et le plus doué de tous sans doute, Bryan Coquard, lequel vient de remporter (avec Morgan Kneisky) le championnat du monde de course à l’américaine, comme un certain Mark Cavendish en 2008 (avec Wiggins). Hélas Coquard, en plus d’être très jeune (23 ans bientôt), ne dispose pas d’un train du niveau de ceux de ses principaux adversaires, ce qui l’empêchera sauf énorme réussite de l’emporter dès cette année. Alors on attendra encore un peu…Nous en avons l’habitude ! Mais qui pour gagner dimanche prochain ? Je miserais sur Sagan, tellement il mérite de remporter (enfin !) une grandissime victoire.

Michel Escatafal


Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes…

kockottEt si l’on parlait de rugby, même si ce n’est guère réjouissant en ce moment. C’est vrai, je ne suis pas comme les commentateurs de la télévision qui arrivent à se pâmer pour un bon coup de pied par-dessus ou pour une charge qui fait avancer de 10 mètres. J’avoue même que je ne reconnais plus le rugby français, faute de retrouver ce talent imaginatif que le monde entier lui enviait. Il est vrai que j’appartiens à une génération qui apprenait à jouer au rugby en ayant bien soin de travailler sur les fondamentaux du jeu, notamment à ne surtout pas manquer une passe en attaque, ou à ne pas se débarrasser du ballon pour le donner à l’adversaire. Si l’on donnait un coup de pied de déplacement, c’était pour faire avancer l’équipe et non pas pour essayer de repousser l’adversaire le plus loin possible. Bref, vous le savez et l’avez compris, je ne me retrouve guère dans le rugby tel qu’on le pratique aujourd’hui, notamment dans le Top 14, où on joue surtout pour ne pas perdre. Mais le problème est que l’on joue aussi pour ne pas perdre en Equipe de France…et que l’on perd plus souvent qu’à son tour. La France est, ne l’oublions pas, septième nation mondiale, mais combien de nations jouent au rugby dans le monde, même si officiellement il y a 102 pays comptabilisés dans le classement officiel de l’IRB ?

Quand je dis « jouent au rugby », cela signifie que ce sport est parmi les plus importants du pays, comme chez nous par exemple. La France est septième sur douze ou treize nations qui comptent réellement, ce qui n’a rien de glorieux. Et encore j’inclus dans ces nations l’Italie et l’Argentine…qui sont surtout de très grands pays de football. La preuve, qui connaît parmi les amateurs de rugby le nom de deux ou trois clubs de ces pays ? J’ajoute aussi que, malgré tout le respect qu’on leur doit, qui peut considérer les Fidji ou Tonga comme des grandes nations ? Cela veut donc dire que la France a devant elle les trois grandes nations du Sud (Nlle-Zélande, Australie, Afrique du Sud) et les trois nations européennes qui dominent le Tournoi depuis quelques années, à savoir l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande. Voilà le constat, le vrai, de notre place dans le monde : nous n’avons derrière nous comme « grande nation » historique que l’Ecosse, battue ce week-end par l’Italie, une équipe d’Ecosse que la France a battu très difficilement au Stade de France (15-8).

Ces quelques remarques doivent relativiser tout ce que l’on peut lire sur les revues ou sites web spécialisés, et les commentaires des internautes qui vont avec. Désolé si je me moque une nouvelle fois de ces derniers, mais leurs remarques sont tellement affligeantes que cela ne prête guère à sourire. La preuve, quand ils commentent les matches de l’équipe de France, ils ne parlent que des joueurs de leurs clubs. En outre, et là j’aurais tendance à rejoindre Saint-André, même si je ne suis absolument pas fan du sélectionneur, lesdits joueurs bénéficient très souvent d’une aura qu’ils n’ont pas mérité, sauf à considérer que figurer nu sur un calendrier, faire des opérations publicitaires pour telle boisson ou vêtement, est un critère de référence pour apprécier leur talent. Je sais, ce que j’écris ici fait « ancien combattant », mais reconnaissons qu’élire Talent d’or Parra après le match France-Pays de Galles relève de la fantaisie, même si samedi il a réalisé (pendant un peu plus d’une mi-temps) une prestation proche de son meilleur niveau, lequel est loin du très haut niveau international. Biggar, l’ouvreur gallois, ou l’impeccable arrière-buteur toulonnais Halfpenny méritaient beaucoup plus cette distinction, dévalorisée à jamais dans l’esprit de ceux qui savent ce que c’est qu’avoir un ballon de rugby dans les mains.

Cela dit, où va le XV de France ? C’est une question qu’on se pose depuis la Coupe du Monde 2007, que l’on aurait dû gagner. Oui, même si l’équipe de France n’a été battu que d’un point en finale de la Coupe du Monde 2011, après un parcours aussi miraculeux que triste jusque-là, la meilleure chance que nous ayons eu de remporter une Coupe du Monde fut certainement celle qui s’est déroulé en grande partie chez nous, d’autant que nos tricolores avaient éliminé à Cardiff, en quart de finale, la seule équipe qui semblait légèrement au-dessus de la nôtre. Hélas, comme souvent, notre équipe s’est faite battre par celle d’Angleterre alors que les portes de la finale semblaient grandes ouvertes. On ne va pas refaire l’histoire, mais on observera que le XV de France avait cette année-là remporté le Tournoi des Six Nations, comme l’année précédente, après avoir obtenu la deuxième place en 2005, battu seulement par le Pays de Galles qui avait réalisé le grand chelem. Tout cela pour dire que cette équipe, préparée par Bernard Laporte, avait un vécu et une permanence au plus haut niveau, en plus évidemment de disposer de quelques uns des meilleurs joueurs de la planète à leur poste (Marconnet, Ibanez, Pelous, Haridornoquy, Elissalde, Michalak, Clerc et Jauzion).

Or justement, ce qui manque aujourd’hui au XV de France, c’est d’abord cette absence de victoires contre les meilleures équipes, et le manque cruel de joueurs de niveau international. Combien de joueurs du XV de France auraient aujourd’hui leur place dans les meilleures équipes du monde ? J’ai peur de répondre, parce que je ne vois pas un seul joueur à citer, à part peut-être le meilleur Fofana. Je dis bien le meilleur Fofana, celui d’il y a deux ans ! J’aurais envie d’ajouter Dulin, mais ce dernier a souffert d’une longue absence, ce qui n’enlève rien à son talent. Ah si, j’allais oublier Rougerie…qui a 35 ans, et qui est encore dans le coup. Au fait pourquoi ne le sélectionne-t-on pas ? A cause de son âge ? Mais, lui au moins, a la classe internationale, ce qui est quand même un bon argument. Voilà, je ne veux pas jouer au sélectionneur, car tout le monde peut faire cet exercice…sans évidemment avoir tous les éléments. Il n’empêche, notre rugby ne sort plus de cracks depuis quelques années, et c’est là qu’il faut se poser des questions.

D’abord, comment se fait-il que des joueurs brillent en Top 14, le meilleur championnat de la planète, nous dit-on, et ne rééditent pas les mêmes performances en équipe de France ? Là nous sommes dans du concret, et malheureusement les réponses ne viennent pas, parce que tout simplement nous n’avons pas d’équipe dans la continuité. Encore une fois, nous allons partir à la Coupe du Monde avec une trentaine de joueurs qui n’auront que très peu joué ensemble, alors que les rivaux du XV de France (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Angleterre, Irlande, Galles) joueront avec des joueurs qui opèrent ensemble depuis plusieurs années. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y aura pas une ou deux révélations de l’année, mais le socle sera là, contrairement au XV de France qui n’en a pas. Combien de joueurs ont été « consommés » depuis quatre ans? Au moins de quoi former trois équipes avec les remplaçants (81), ce qui laisse imaginer le handicap que nous allons avoir face aux meilleurs.

Et comment ceux qui jouent pourraient-ils briller, sachant qu’à leur première erreur ils vont se retrouver sur le banc des remplaçants ou non sélectionnés le match suivant. Pourquoi Parra joue à peu près toujours à son niveau (moyen) en équipe de France ? Parce qu’il est certain d’être sélectionné s’il n’est pas blessé, et donc qu’il est un des très rares à ne pas jouer avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Malheur à son remplaçant s’il rate une passe ou une pénalité ! En écrivant cela je pense à Machenaud, très bon avec le Racing depuis le début de la saison, et plus encore à Kockott qui, j’en suis certain, est le meilleur demi de mêlée que nous ayons, n’en déplaise à tous ceux (très nombreux) qui ne s’intéressent qu’à sa nationalité sud-africaine, mais on le fait jouer avec le frein à main, alors que c’est un joueur qui doit être son patron sur le terrain pour s’exprimer à son meilleur niveau. Il faut le prendre tel qu’il est, car il aime avoir des responsabilités. C’est un joueur très physique, dynamiteur de défense (genre Kelleher), qui pourrait faire le bonheur de n’importe quelle équipe, mais pas de l’équipe de France. Il n’est pas formaté pour jouer avec des systèmes cadenassés qui n’en sont pas réellement, mais qui empêchent les joueurs de s’exprimer à 100% de leurs moyens. Pire même, on ne le fait pas buter alors qu’il est un des seuls joueurs sélectionnables capable de passer des pénalités de près comme de loin (plus de 50 mètres). Pourquoi ne pas lui avoir laissé tenter une pénalité importante contre l’Ecosse tout à fait dans ses cordes ? Parce que c’était aller à l’encontre des consignes ? A croire qu’on ne voulait pas lui donner l’occasion de briller !

Alors certains vont me dire que nous étions à peu près dans la même situation il y a quatre ans, et que cela n’a pas empêché le XV de France d’aller en finale de la Coupe du Monde 2011, et d’être battu d’un seul petit point. Mais cette situation n’avait-elle pas quelque chose de miraculeux, à commencer par le fait pour les Gallois d’opérer à quatorze pendant la totalité de la demi-finale ? Curieux que personne ne retienne cela, comme personne ne retient ce que j’évoquais précédemment sur le faible nombre d’équipes compétitives dans le rugby. N’oublions qu’à une unité près, on connaît déjà pratiquement les quart de finalistes de la Coupe du Monde, vu le peu d’universalité du rugby.

Et comme si cela ne suffisait pas, on ne compte plus le nombre de joueurs français qui sont blessés. Pourquoi tant de blessures ? La faute au Top 14 ? Peut-être, car il faut reconnaître que les joueurs sont très sollicités dans notre championnat ô combien rugueux, où la qualification aux demi-finales apparaît vitale à tellement de clubs, sans parler de la descente en ProD2. Bref, notre rugby national n’a pas les moyens de son ambition, et nous allons finir comme les Anglais en football, avec des équipes de club qui ramènent des trophées européens et une équipe nationale qui ne gagne jamais rien. Cela n’empêchera pas nos dirigeants d’être contents, car les droits télés augmenteront. Et oui, on ne peut avoir en même temps le beurre et l’argent du beurre !

Autre question que les gens se posent : faut-il ou non garder Saint-André jusqu’à la Coupe du Monde? Personnellement je ne sais pas, dans la mesure où on ne connaît pas la personne susceptible de le remplacer. Pour ma part, sans être un vrai fan, je pense qu’il n’y aurait que Bernard Laporte pour ce faire. Il a l’expérience du poste, il a fait ses preuves au Stade Français et au RC Toulon, ce qui signifie qu’il a l’habitude du haut niveau. Je suis persuadé qu’en 2007, il aurait été plus efficace s’il n’avait pas été nommé ministre des Sports. La lecture de la lettre de Guy Môquet avant le premier match contre l’Argentine était une grossière erreur, de l’avis de nombreuses personnes. Elle divisait même les enseignants, c’est dire ! Et puis nous étions dans la phase finale d’une Coupe du Monde, il ne fallait pas l’oublier ! Pourquoi ne pas faire chanter aux joueurs les Roses blanches, ce qui aurait fait pleurer ceux qui n’avaient pas été sensibles à la lettre de Guy Môquet ?

Alors que faire ? Difficile à dire, sauf à laisser ce travail aux dirigeants du rugby français qui sont là pour prendre des décisions, et, tant qu’à faire, les bonnes. Il y a quand même suffisamment d’anciens grands joueurs et ou de techniciens autour de cette équipe de France pour arriver à faire quelque chose avec les joueurs sélectionnables qui peuplent le Top 14. L’ennui, et je le répète, c’est qu’on a l’impression que nos joueurs ne savent plus faire certaines choses qu’on faisait avec beaucoup de naturel il y a peu de temps. Un exemple : qui n’a pas été subjugué par les passes au pied d’un Jean-Baptiste Elissalde jusqu’en 2007 ? Combien d’essais le Stade Toulousain et le XV de France ont marqué de cette manière. Si j’ai cité J.B. Elissalde, j’aurais aussi pu citer Michalak et quelques autres qui ne me viennent pas à l’esprit. Autre chose : pourquoi les Britanniques sont-ils meilleurs que les Français pour récupérer le ballon après une chandelle ? Pourtant un Dulin, à l’image de Poitrenaud, est habituellement très fort dans cet exercice, mais plus rarement en équipe de France. Enfin, et c’est sans doute le plus grave, comment se fait-il que le XV de France fasse tomber autant de ballons à chacune de ses attaques ?

A croire que nos joueurs en sélection ne savent plus manier un ballon, ce qui est faux évidemment…et ce n‘est pas la faute de Saint-André ou Lagisquet. Mais si ce n’est pas leur faute à ce propos, leur responsabilité est engagée dans la mesure où ils n’ont pas su trouver une formation type, où les sélectionnés joueraient libérés. Au fait, combien de joueurs ont été utilisés régulièrement hors blessure depuis quatre ans ? C’est simple : il doit y en avoir à peine une demi-douzaine (Huget, Fofana, Parra, Dussotoir, Papé et Mas) sur 81 joueurs utilisés. Ne cherchons pas ailleurs les problèmes du XV de France, d’autant que tous ces joueurs ne sont pas ou plus (Dusotoir, Mas) des cracks au niveau international. L’histoire est là pour nous rappeler que le XV de France n’a jamais été aussi faible que lorsque les sélectionneurs utilisaient un très grand nombre de joueurs, les faisant de surcroît jouer à un poste différent de celui où ils jouaient dans leur club, chose que les sélectionneurs d’aujourd’hui n’hésitent pas à faire (Fofana, Huget, Médard). Un exemple ?

En 1957, les sélectionneurs firent n’importe quoi, modifiant à chaque match du tournoi leur équipe, qui plus est en formant une troisième ligne (Barthe, Celaya, Baulon) contre l’Ecosse …avec des troisièmes lignes centre, et comme si ce n’était pas suffisant, on avait même osé mettre en pilier le troisième ligne centre du Stade Toulousain, Laziès. Résultat : une cuillerée de bois dans le Tournoi. Et pourtant à cette époque notre rugby était très riche en grands joueurs : la preuve, un an plus tard la France battait les invincibles Springboks chez eux et s’imposait en 1959 dans le Tournoi des 5 nations seule, pour la première fois, avec la plupart des joueurs de 1957. Cette année marque aussi la dernière cuillère de bois du XV de France (4 défaites en quatre matches) dans le Tournoi. Cette cuillère, nous l’avons évitée en 2013, mais pas la dernière place puisque nous avons terminé le Tournoi des 6 Nations avec 3 défaites, un match nul et une victoire, en utilisant 35 joueurs. Nous n’avons fait guère mieux en 2014, puisque notre XV a fini à la quatrième place, mais avec 3 victoires et deux défaites. Et cette année ? L’équipe de France a déjà deux défaites, pour une victoire contre l’Ecosse…battue chez elle par l’Italie. Décidément ça ne s’arrange pas ! Il ne reste plus qu’à aller à Lourdes en vue de la Coupe du Monde, non pas hélas pour voir du rugby comme à l’époque des Prat, Labazuy, Martine, Lacaze, Rancoule, Tarricq, Domec, Barthe ou Mantérola, mais pour espérer un miracle !

Michel Escatafal


Vélo (piste et route), football et Formule1 ont bien rempli ce week-end

pervis et baugéAvant de parler Formule 1, je voudrais souligner quelques faits d’armes ou péripéties ayant eu lieu au cours de la dernière semaine, à commencer par les championnats du monde de cyclisme sur piste où les Français ont brillé, comme d’habitude, ce qui a permis de mettre en valeur des noms comme ceux de F. Pervis (deux titres en kierin et au km), de Baugé qui a remporté son cinquième titre mondial en vitesse (évidemment je ne compte pas son déclassement en 2011 pour trois contrôles manqués), de Morice (médaille de bronze en poursuite), de Coquard et Kneisky (or dans l’américaine), et enfin de d’Almeida et Sireau qui ont conquis avec Baugé la médaille d’or de la vitesse par équipes. Voilà, c’est fait, en espérant que, comme c’est le cas pour les handballeurs, on parle d’eux à d’autres moments qu’aux championnats du monde. Et oui, la France c’est aussi ça : à part le football et quelques privilégiés emblématiques comme Tony Parker ou Renaud Lavillenie, on oublie vite les autres sportifs, même s’ils sont les meilleurs dans leur discipline. On ne parle d’eux que quand ils gagnent ou s’ils ont un problème personnel, par exemple lié au dopage.

La France c’est encore les remarques acerbes de quelques soi-disant amateurs de vélo, qui au lieu de se réjouir d’avoir assisté au commencement du duel Froome-Contador, ont profité du Tour d’Andalousie la semaine dernière pour évoquer…le dopage, sujet que les Français adorent. Lors de la première arrivée au sommet, c’était Contador qui était dans le collimateur parce qu’il avait remporté la première manche, devant Froome. Le lendemain, ce dernier battait à son tour Contador, et certains mettaient cela sur le compte de je ne sais quel produit. Bref, les soi-disant supporters du cyclisme s’en sont donné à cœur joie ! Encore heureux (pour eux) que Baugé ou Pervis soient français, parce sinon…

Autre remarques qui concernent le football, et qui m’attristent profondément, le PSG malgré les moyens quasi illimités de son actionnaire est toujours cruellement frappé par le fameux fair-play financier, invention de Michel Platini pour empêcher les riches investisseurs de chambouler la hiérarchie avec les clubs qu’ils achètent ou sont susceptibles d’acheter. Si j’écris cela une nouvelle fois (désolé si je me répète), c’est parce que je lis qu’Arsenal négocierait actuellement avec Palerme le transfert de Dybala, joueur argentin suivi depuis un certain temps par le PSG. Et le pire est que ce club pourrait emporter la mise pour 30 millions d’euros. Oui, j’ai bien lu quelque part pour 30 millions, somme dérisoire pour l’actionnaire qatari, mais considérable pour le PSG qui n’a pas le droit de dépenser plus de 65 millions pour l’année…alors qu’il n’a aucune dette et que son résultat est à l’équilibre dans les faits. J’ai dit dans les faits, parce que l’UEFA a divisé par deux l’apport de son principal sponsor qatari. Au fait pourquoi diviser par deux ? Pourquoi pas par trois ? Ou alors pourquoi se préoccuper de la qualité de ce contrat de sponsoring, à partir du moment où ce n’est pas de l’argent « sale » ? Décidément personne ne pourra reprocher à Michel Platini de favoriser le football français, et son club phare le PSG ! Tout le monde peut dépenser des dizaines, voire même des centaines de millions en transfert…sauf le PSG. Est-ce normal ?

Dernière remarque liée au football avant d’aborder le sujet de la Formule 1, le ridicule d’un certain Jean-Michel Aulas, lequel n’en finit plus de twitter depuis que l’Olympique Lyonnais est en tête de la Ligue 1, en arrivant à écrire des âneries sans nom, se moquant entre autres de ses voisins stéphanois (traités d’autistes !), quand il ne vilipende pas les arbitres pour avoir oublié un pénalty, omettant de dire qu’à la fin de la saison les erreurs d’arbitrage se compensent et ne faussent pas l’issue du championnat. Imagine-t-on Nasser Al-Khelaïfi ou Florentino Pérez se livrer à ce genre de facéties ? Rien que cela montre que l’Olympique Lyonnais ne tire pas dans la même catégorie que le Real Madrid ou le PSG, n’en déplaise aux supporters lyonnais, dont certains trouvent géniale la communication de J.M. Aulas . En tout cas, si cette année l’Olympique Lyonnais est champion de France, c’est tout simplement parce qu’il n’était pas européen (éliminé en phase préliminaire de la Ligue Europa), et sans doute aussi parce que les Rhodaniens furent sortis très tôt de la Coupe de la Ligue et de la Coupe de France, contrairement à l’AS Monaco ou le PSG, encore en course sur quatre compétitions, y compris en Ligue des Champions.

Et à propos de cette compétition, j’ai hâte de voir ce que vont faire les jeunes lyonnais l’an prochain face aux grands d’Europe, ce qui nous permettra de voir la réelle valeur du groupe lyonnais, vu que l’Olympique Lyonnais n’a pas d’argent pour recruter, comme en témoignent les résultats d’OL Groupe, dont le résultat net affiche un solde négatif de 9.4 millions d’euros, certes moins élevé que l’an passé (14,1 millions), mais quand même très important. Ce résultat est d’autant plus inquiétant qu’il est permis de se demander combien de temps il pourra garder des joueurs comme  Lacazette et Fekir, qui font l’objet d’attentions des plus grands clubs européens, prêts à leur donner beaucoup plus que ce que peut faire l’OL. Il paraît que le grand stade va résoudre tous les problèmes économiques de ce club, ce que je souhaite, même si j’ai du mal à voir l’avantage à court ou moyen terme de disposer de sa propre enceinte achetée à crédit, surtout si l’on en a une à disposition pour quelques millions d’euros annuels (pour le Parc des Princes, dont le PSG a la concession pour 30 ans, c’est environ 1,5 millions par an). N’oublions pas que ce stade va coûter plus de 400 millions d’euros, et qu’il faudra rembourser les dettes. Après on parle de 70 à 100 millions de revenus futurs supplémentaires grâce à ce nouveau stade et ses annexes (à voir!), à condition que l’Olympique Lyonnais fasse chaque année la Ligue des Champions…ce  qui est le cas par exemple du Bayern Munich, sauf que le Bayern aura toujours plus de moyens à sa disposition que l’OL, les charges en Allemagne, par exemple, étant nettement moindres qu’en France. On verra bien, même si je le répète, je souhaite le meilleur pour l’Olympique Lyonnais.

kimi et sebastianCette fois j’arrête mes réflexions sur les autres sports, pour enfin aborder le sujet de la Formule1 et les essais de pré-saison qui se sont déroulés ces dernières semaines, notamment ceux de Barcelone ce dernier week-end. Mais avant toutes choses  je voudrais évoquer brièvement le décès (hier) de Gérard Ducarouge, qui fut un très grand ingénieur, que ce soit chez Ligier, Alfa-Romeo et Lotus, où il côtoya avec bonheur le jeune Ayrton Senna. Fermons cette triste parenthèse, car la vie continue, et posons une première question sur la saison à venir de Formule 1 (premier G.P. en Australie le 14 mars) : le team Mercedes a-t-il été rattrapé partiellement ou totalement ? Réponse : non, comme en témoignent les performances de Rosberg le week-end dernier à Barcelone…avec des pneus médium. Rien à voir donc avec les super tendres utilisés par Lotus, qui ont permis à Grosjean et Maldonado de se situer aux premier et troisième rangs de la hiérarchie. Derrière les Lotus et la Mercedes on notera la bonne performance de Ricciardo au volant de la Red Bull, mais aussi celle de Kimi Raikkonen sur la nouvelle Ferrari, sans utiliser des pneus super tendres. Enfin, juste derrière Raikkonen, on aperçoit déjà une Williams-Mercedes (Massa) qui n’a jamais réellement cherché la performance.

Bien évidemment, lesdites performances sont à prendre avec des pincettes, mais elles signifient quand même quelque chose. Apparemment la Lotus est bien née et elle va disposer du moteur Mercedes, le même que celui de Rosberg et Hamilton, moteur dont disposeront aussi les pilotes Williams (Massa et Bottas) qui ont brillé l’an passé. Le moteur Renault semble lui aussi s’être amélioré cette année, ce dont va bénéficier Ricciardo et son coéquipier Kvyat, mais aussi Toro-Rosso, qui avec le très jeune Vestappen au volant a obtenu un prometteur huitième temps à Barcelone. Cela dit, l’écurie qui semble avoir le plus progressé semble être Ferrari, à la fois au niveau du moteur, constat confirmé par Nasr qui avait déjà utilisé le précédent, mais aussi au niveau du châssis. Néanmoins, aux yeux de tous les observateurs, Mercedes et son carburant miracle fourni par Petronas restent quand même devant. Si je parle de miracle à propos de l’essence fourni par la pétrolier malaisien, c’est parce que des experts affirment que cela offre une quarantaine de CV supplémentaires au moteur Mercedes, qui plus est grâce à un procédé parfaitement légal. Pas comme en 1983, où Alain Prost et Renault furent privés d’un titre mondial à cause d’une essence non conforme qui aidait grandement le moteur BMW de la Brabham de Piquet.

Au cours de ces essais hivernaux, la SF15-T a fait montre de qualités que Raikkonen a pu exploiter, ce qu’il n’avait jamais réussi à faire avec la voiture de l’an passé…ce qui a fait considérablement baisser sa côte, au point d’être considéré par ceux qui ne connaissent la F1 que depuis trois ans comme un has-been. Il l’était d’autant plus devenu à leurs yeux que son coéquipier s’appelait  Fernando Alonso, lequel avait l’énorme avantage d’être chez Ferrari depuis cinq ans, et d’en être le leader incontesté, comme il l’était quand il avait pour coéquipier Massa, lequel a retrouvé le goût de piloter chez Williams après avoir été dans les faits un numéro 2 triste au sein de la Scuderia . En outre, alors qu’en début de saison Raikkonen accumulait les pépins y compris des accrochages où il n’était nullement impliqué, par exemple à Monaco alors que le podium s’offrait à lui, Alonso de son côté ne souffrait d’aucun problème. Enfin, chacun affirme que sur le plan « politique » Alonso est sans doute le meilleur. Quand j’écris « politique », cela signifie qu’il s’est toujours arrangé pour avoir l’équipe à son entière disposition. A ce propos, et cela n’est jamais souligné, on notera que l’écart entre les deux pilotes s’est considérablement réduit en fin de saison au point de faire quasiment jeu égal lors des derniers grands prix, Raikkonen bénéficiant de toutes les attentions de l’équipe technique de la Scuderia.

Cependant, loin de moi l’idée d’écrire qu’Alonso n’a pas été meilleur que Raikkonen en cette année 2014, Alonso ayant réussi à mieux tirer son épingle du jeu que son coéquipier finlandais, dont tout le monde sait qu’il lui faut une voiture réglée pour lui pour en tirer la quintessence. Dans ce cas, c’est un des tous meilleurs, peut-être même le meilleur. En revanche, il y a un problème récurrent chez lui, lié au réglage du train avant, qui doit absolument lui convenir. Néanmoins si Alonso et Raikkonen avaient disposé d’une Mercedes, ils auraient eux aussi fait un et deux au championnat du monde. Pour en revenir à ce fameux train avant, Kimi avait d’ailleurs connu un peu le même problème chez Mac Laren, avant sa première arrivée chez Ferrari, puisque d’après Pat Fry, quand  il avait pour coéquipier Montoya, « ils ont consommé sept suspensions avant différentes tout au long de la saison », ce qui a fait dire à l’ingénieur britannique que « pour tirer le meilleur de Kimi, vous devez avoir la voiture pour le faire » (toile F1.com).

En tout cas la voiture de cette année, dessinée par son ancien ingénieur chez Lotus, Allison, lui convient beaucoup mieux,  et je suis persuadé que cette saison on retrouvera le vrai Kimi, avec comme nouveau coéquipier Vettel, dont le style de pilotage se rapproche du sien, et qui est aussi son ami. La preuve il vient de s’acheter une maison…en Finlande! Un Vettel qui n’a guère fait mieux qu’Iceman l’an passé, puisque tout quadruple champion du monde qu’il était, il fut lui aussi dominé par le presque débutant Ricciardo, qui avait eu beaucoup de mal en course face à J.E. Vergne chez Toro Rosso. Et oui, c’est ça la Formule 1, et ceux qui écrivent sur les forums feraient bien d’acquérir cette culture historique sans laquelle il est impossible de tirer des conclusions. Qui se rappelle que Sébastien Bourdais tenait la dragée haute à Vettel à ses débuts chez Toro-Rosso en 2008? Personne, parce qu’à partir du moment où les deux hommes ont eu la nouvelle voiture, Vettel a su en tirer profit immédiatement, contrairement à Bourdais qui à partir de mai est devenu « un tocard », ce qu’il n’était pas évidemment.

Mais si l’on remonte quelques années auparavant, qui aurait imaginé que Mansell puisse devenir champion du monde après avoir raté le titre en 1986 avec la Williams-Honda, battu par Prost qui disposait d’une Mac-Laren inférieure, ce même Prost qui fut son équipier et le domina copieusement chez Ferrari en 1990 (71 points contre 37). Mansell ratera encore le titre en 1987, toujours sur Williams-Honda, battu par son équipier Nelson Piquet, pourtant moins rapide que lui. Cela ne l’empêcha pas de devenir champion du monde en 1992, en écrasant la concurrence avec sa Williams-Renault, comme rarement un pilote ne le fit, battant son coéquipier (Patrese) de plus de 50 points (52) et Schumacher sur Benetton-Ford, troisième du championnat du monde, de 55 points. Cette année-là le binôme Mansell- Williams-Renault était absolument imbattable, remportant 8 des 10 premiers grands prix, ce qui lui permit d’assurer son titre mondial alors qu’il restait 5 grands prix à courir. Lui qu’on avait tellement moqué pour ses fautes grossières, pour ses manques en termes de réglage, venait d’administrer la preuve qu’avec une voiture qui lui convenait, il était presque invincible.

Voilà quelques considérations qui demanderaient de plus amples développements, mais ce sera pour une prochaine fois. Cela dit, j’en profite pour noter qu’hier Alain Prost  a eu 60 ans. Que le temps passe vite, surtout quand on pense qu’Ayrton Senna est mort depuis bientôt 21 ans! Prost-Senna, Senna-Prost, peu importe qui était le meilleur, mais ce que je sais c’est que ce fut l’un des plus beaux duels que le sport automobile et le sport tout court nous ait offert.  Une sorte de Coppi-Koblet ou Coppi-Bartali en cyclisme ou pourquoi pas, et sans chauvinisme, un duel du type de celui que vont nous offrir cette année, si la malchance ne s’en mêle pas, Contador et Froome, séparés de deux secondes à la fin du Tour d’Andalousie, le troisième étant à plus de 2mn30s après 5 étapes.  Pardon pour cet article fourre-tout, mais j’ai pris plaisir à l’écrire, et j’espère que vous éprouverez le même plaisir à le lire.

Michel Escatafal


En rouge et blanc…

collaratlético madrid

Avant de commencer mon propos, je voudrais souligner une fois encore l’extraordinaire performance de l’équipe de France de handball, qui vient de remporter son dixième titre international depuis 1992 (5 titres mondiaux, 2 titres olympiques et 3 titres européens) ce qui est tout simplement prodigieux. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, car on ne parle que de cela ou presque depuis hier soir, sauf pour souligner que ce nouveau titre mondial ne changera, hélas, rien à l’exposition médiatique du handball, qui continuera à être diffusé uniquement sur beIN SPORTS, les chaînes publiques ou gratuites ne s’y intéressant qu’à partir des demi-finales des grandes compétitions auxquelles participent notre merveilleuse équipe nationale…ce qui est lamentable. En outre, et c’est tout aussi triste, notre pays demeurera un pays en voie de développement en ce qui concerne les infrastructures, comparé à d’autres pourtant moins riches que nous. En revanche ils seront reçus demain par le président de la République, ce qui est quand même une forme de reconnaissance de la patrie à leur égard, une patrie qui, il faut le reconnaître, n’est pas très sportive, comparée aux pays voisins du nôtre, à commencer par l’Espagne.

En parlant de ce pays, cela me fait une transition toute trouvée pour évoquer le football espagnol et la Liga. Pour tout le monde, en France et dans le monde, s’il faut citer des clubs de football espagnols, on répondra tout naturellement et sans hésiter : le Real Madrid et le F.C. Barcelone. En revanche peu de gens évoqueront l’Atlético de Madrid qui, pourtant, est lui aussi un grand d’Europe, comme en témoignent son palmarès européen et ses performances récentes dans les compétitions organisées par l’UEFA, la plus belle étant évidemment la finale de la Ligue des Champions l’an passé, où le Real Madrid a fini par s’imposer dans les prolongations (4-1). Des prolongations arrachées après 93 minutes de jeu grâce à un but de Sergio Ramos, qui rappelait une précédente mésaventure en 1974 sur laquelle je reviendrai. Mais à peine quelques années auparavant, l’Atlético avait remporté deux fois la Ligue Europa en 2010 et 2012, année où un certain Falcao marquait 12 buts dans cette compétition, dont 2 en finale, et la Supercoupe de l’UEFA suite à ces deux triomphes dans la petite Coupe d’Europe.

Cela étant, le palmarès européen de l’Atlético de Madrid compte aussi une victoire dans feu la Coupe des Coupes (1962), mais aussi dans la Coupe Intercontinentale (1974), remplacée par la Coupe du Monde des clubs depuis 2005. En outre, comment ne pas parler de cette finale de Coupe d’Europe (en 1974) contre le grand Bayern Munich (Beckenbauer, Muller, le gardien Maier, Breitner, Hoeness) qui formait l’ossature de l’équipe qui allait enlever la Coupe du Monde quelques semaines plus tard contre les Pays-Bas de Cruyff. Un match où les Madrilènes furent crucifiés à la dernière minute de la prolongation sur un tir lointain de Schwarzenbeck, comme il n’en a sans doute plus réalisé un seul dans sa carrière, après que Luis Aragones (futur sélectionneur espagnol vainqueur de l’Euro 1988) ait marqué le premier but 5 minutes auparavant. Ensuite l’histoire sera cruelle, puisqu’à l’époque on faisait rejouer la finale deux jours après, l’Atlético s’inclinant lourdement dans le deuxième match (4-0), dans un stade à moitié vide, les Espagnols n’ayant pas récupéré de la déception du premier match. Il est vrai que n’être pas champion d’Europe pour quelques secondes et quelques centimètres a de quoi donner des regrets éternels ! A ce propos on notera que le Bayern Munich est un véritable bourreau pour les clubs espagnols, puisqu’il battit en finale de la Ligue des Champions 2001 le F.C. Valence dans la séance des tirs au but (5-4).

Sur le plan purement espagnol les Colchoneros, comme on appelle les joueurs de l’Atletico, ont remporté 10 titres de champion d’Espagne (le dernier l’an passé) et autant de Coupes d’Espagne (la dernière en 2013), sans parler de 2 Supercoupes d’Espagne en 1985 et 2014. Pour l’anecdote, l’Atlético Madrid fut fondé en 1903 par trois étudiants basques qui ont voulu donner à leur nouveau club le même nom que celui de Bilbao, ce qui explique aussi que les Colchoneros portent, comme les Basques de l’Atlétic Bilbao, le maillot rouge et blanc, certains affirmant que ces maillots coûtaient moins chers à confectionner que dans une autre couleur, parce que le rouge et le blanc étaient utilisés en literie pour faire des matelas (matelas se dit colchón en espagnol). Et puisque nous sommes dans l’histoire de l’Atlético de Madrid, il faut noter que l’essentiel de sa gloire est due au fait que ce club luttait presque d’égal à égal avec le Real Madrid et le F.C. Barcelone dans les années 60, même si le Real n’était plus le grand Real et si le Barça n’avait pas digéré sa défaite (injuste) en finale de la Coupe d’Europe 1961 contre Benfica.

Ce grand Real à l’époque avait encore de beaux restes, même s’il avait perdu quelques joueurs importants comme l’arrière Marquitos, le demi Zarraga, sans oublier Raymond Kopa qui avait quitté le club à la fin de la saison 1958-1959, et même si les Santamaria, Puskas, Di Stefano commençaient à ressentir le poids des ans. Quant au Barça, sa finale perdue en mai 1961 contre Benfica avait quelque peu disloqué l’équipe, notamment l’arrêt, le départ ou le déclin de quelques joueurs comme le gardien Ramallets, le meneur de jeu Suarez, qui quitta le club pour l’Inter de Milan, l’avant-centre brésilien Evaristo, les milieux Verges et Garay ou les attaquants anciennement hongrois comme Kubala, Kocsis et Czibor. Cependant cette équipe était malgré tout une des meilleures en Europe, ce qui n’empêcha pas l’Atlético de Madrid de remporter 3 Coupes d’Espagne entre 1960 et 1965, plus le championnat en 1966.

C’est à cette époque, en 1962, que l’Atlético remporta la deuxième édition de la Coupe des Coupes en battant en finale la Fiorentina (1-1 et 3-0) qui était tenante du titre. Cette finale fut jouée en deux temps, d’abord le 10 mai à Glasgow où les deux équipes ne parvinrent pas à se départager, Peiro et le remarquable Suédois de la Fiorentina, Kurt Hamrin, marquant chacun un but, les prolongations n’y changeant rien. Ensuite les deux clubs se mirent d’accord pour jouer le second match en septembre à Stuttgart, où cette fois les colchoneros l’emportèrent facilement (3-0), avec des buts de Jones, Mendoza et l’inévitable Peiro.

En revanche l’année suivante l’Atlético ne réussit pas à conserver son trophée face à Tottenham, qui écrasa les Madrilènes sur le score de 5-1, avec deux doublés de Jimmy Greaves (un des meilleurs joueurs anglais de l’histoire) et Dyson, plus un de White, Collar marquant pour l’Atlético sur pénalty. Au passage on notera que c’était la première victoire d’un club anglais dans une Coupe d’Europe. Il y en aura bien d’autres ! Cela dit, malgré le départ de son meilleur joueur, Peiro, pour le Torino (deuxième club de Turin) avant de rejoindre le grand Inter de Milan, l’Atlético remportera en 1966 le titre de champion d’Espagne, comme je l’ai dit précédemment, au nez et à la barbe du grand rival madrilène qu’était le Real qui, cette année-là, remporta sa sixième Coupe d’Europe des clubs champions (ancêtre de la Ligue des Champions), avec comme vedettes le gardien Araquistain, et les attaquants Amancio, Grosso et…Gento, seul survivant de la grande équipe de la décennie 50.

Parmi les meilleurs joueurs de l’Atlético à ce moment, on citera des noms connus comme le gardien Madinabeytia, les arrières Rivilla, Griffa, Rodriguez, le demi Glaria et son compère brésilien Ramiro, ancien coéquipier de Pelé à Santos (jusqu’en 1959), et les attaquants Jones (originaire de la Guinée Equatoriale), Chuzo, Mendoza et le plus connu de tous Collar, sans oublier Adelardo qui a joué 511 matches en rouge et blanc, soit 41 de plus que Collar (470). Tous ces joueurs sont les prédécesseurs les plus glorieux des héros les plus récents du club, qui ont emballé ces dernières années l’Europe du football, depuis le gardien belge Courtois, jusqu’à l’ancien joueur du PSG Rodriguez, en passant par Juanfran, Koké, Lopez, Adnan Turan, Miranda, Godin, Filipe Luiz et les buteurs stars que furent ou sont l’Uruguayen Forlan, le Colombien Falcao, surnommé le Tigre, et Diego Costa. Ces deux derniers jouent à présent en Angleterre, avec des fortunes diverses, Falcao, qui n’arrive pas à s’imposer à Manchester United et Diego Costa qui, au contraire, régale les supporters de Chelsea. Mais si l’un et l’autre ont quitté l’Atlético, il y a la relève qui est arrivée, avec Mandcuzik, Torres et notre Antoine Griezmann, qui a réussi très rapidement à convaincre l’entraîneur Simeone de sa grande valeur. Simeone, dont on évoque le nom au PSG pour l’été prochain en remplacement de Laurent Blanc. Par parenthèse, il était plutôt cocasse de lire hier une info du quotidien AS, qui croit savoir que l’Atlético Madrid allait trainer le Paris Saint-Germain devant la FIFA pour avoir approché leur entraîneur sans l’accord du club ibérique. Si l’information est juste, ce serait une nouvelle preuve de l’hypocrisie qui règne dans le monde du football, car cette pratique (accord du club pour une approche de l’un de ses joueurs ou entraîneurs) est évidemment très répandue.

Au passage, on notera que l’Atlético de Madrid était tombé en deuxième division au début des années 2000, en raison de multiples problèmes, notamment financiers. Cela ne les a pas empêché de rebondir, alors qu’en France des clubs comme le Stade de Reims, l’OGC Nice, l’AS Saint-Etienne, qui ont dominé le championnat de France pendant des périodes plus ou moins longues, n’ont jamais retrouvé le niveau qu’avaient ces clubs à l’époque où ils faisaient de bons résultats en Coupe d’Europe (2 finales de C1 pour le Stade de Reims en 1956 et 1959, une finale de C1 pour l’ASSE en 1976, et un quart de finale de C1 pour l’OGC Nice en 1960). L’Atlético de Madrid a tellement rebondi, que s’il y a globalement domination sur le plan national du Real et du Barça, sur ces cinq dernières années le palmarès européen de l’Atlético est quasiment égal à celui du Real Madrid, malgré un budget très inférieur. Il est vrai que le Real est le club champion des transferts en achetant pour des sommes considérables des joueurs comme Bale ( près de 100 M d’euros) ou encore comme Illaramendi (32 M d’euros) et Khedira… qui ne jouent quasiment pas, ce qui n’a pas empêché ce même Real d’avoir fait signer cet hiver le jeune Brésilien Luca Silva pour 14 Millions d’euros. Preuve que le fair-play financier ne s’applique pas à tout le monde !

A ce propos, je voudrais revenir de nouveau sur cette invention loufoque de l’UEFA, qui favorise les clubs installés, parfois très endettés, au détriment des nouveaux riches, comme le PSG ou l’AS Monaco en France. Ces deux clubs étaient, en effet, susceptibles à très court terme de s’immiscer au plus haut sommet des clubs de notre continent, jusqu’à la mise en place de ce fair-play financier, qui est venu briser leur élan, avec une interdiction scandaleuse de recruter les joueurs qu’ils veulent, les empêchant de lutter à armes égales avec les Manchester United, Real Madrid, FC Barcelone, Bayern Munich ou Chelsea. Si j’emploie le mot « scandaleuse », c’est parce que des clubs surendettés comme certains ténors en Angleterre ou en Espagne, dont l’Atlético de Madrid, semblent pouvoir acheter à tout va, alors que le PSG, sans dette, en est réduit à faire des comptes d’apothicaire pour recruter un joueur. A croire que l’on veut vraiment empêcher le club parisien de jouer dans la cour des grands !

Néanmoins il y a un espoir, avec la plainte déposée par des supporters du PSG…qui pourrait bien mettre à mal cette institution dont Platini, président de l’UEFA, est si fier, mais qui contrevient au droit communautaire de l’U.E., et qui empêche les clubs qui en ont les moyens d’investir. Comment le PSG peut-il jouer à armes égales avec un plafond d’investissement en joueurs limité à 60 millions d’euros, alors que d’autres comme Manchester United ont pu dépenser 200 millions cet été , et qu’ils sont prêts à investir 90 millions d’euros aujourd’hui pour embaucher Hummels (défenseur central) et De Bruyne (milieu)? A croire que tout le monde peut recruter qui il veut…sauf le PSG ! A propos, comment le PSG peut-il attirer quelques uns des meilleurs joueurs de la planète avec 60 millions d’euros, généreusement octroyés par l’UEFA, alors que cette somme est devenue presque banale sur le marché des transferts ? Et quand j’écris cela ce n’est pas une galéjade, dans la mesure ou un joueur comme Otamendi, défenseur de Valence, a une clause libératoire de 80 Millions d’euros. Quelle blague de la part de l’UEFA, qui en plus ne veut même pas tenir compte des règles fiscales, lesquelles ne sont pas du tout les mêmes en Angleterre, en Allemagne ou en France !

Michel Escatafal


2015 ne sera pas du même cru que 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995 pour le cyclisme français

PoulidorJajaEnfin un Poulidor qui gagne ! C’est ce que semblent affirmer ceux qui ne connaissent pas la carrière de celui qui fut le meilleur coureur français, et même mondial, des années 60 (après Jacques Anquetil)  jusqu’au début des années 70, à savoir Raymond Poulidor. Car, contrairement à ce qu’on peut lire un peu partout, Poulidor a beaucoup gagné dans sa carrière professionnelle, avec notamment une Vuelta (1964), Milan- San Remo (1961), la Flèche Wallonne (1963), le Dauphiné Libéré (1966 et 1969), , le Grand Prix des Nations qui était à l’époque le véritable championnat du monde contre-la-montre (1963), Paris-Nice (1972 et 1973), la Semaine Catalane (1971) et un titre de champion de France (1961). Rien que ça ! Combien de coureurs d’aujourd’hui peuvent se prévaloir d’un pareil palmarès ? Très peu. En fait seuls Contador, Cancellara, Gilbert et Valverde peuvent s’enorgueillir d’une pareille collection de grandes victoires, avec une diversité que seul Valverde peut revendiquer.

Cela signifie que le petit-fils de Poulidor a de qui tenir d’autant que son papa, Adrie Van der Poel, fut lui-même un beau champion, remportant notamment un Tour des Flandres (1986), Créteil-Chaville appellation à l’époque de Paris-Tours (1987), Liège-Bastogne-Liège (1988) et l’Amstel Gold Race (1990), sans oublier un titre mondial en cyclo-cross (1996). Or, justement, c’est dans cette discipline que Mathieu Van der Poel vient d’être sacré champion des Pays-Bas à l’âge de 20 ans dans la catégorie Elite. Et comme le jeune homme  a déjà remporté le titre de champion du monde sur route juniors en 2013, on voit que son avenir apparaît doré, au point que beaucoup d’observateurs avisés du vélo pensent que c’est peut-être lui le futur crack de la fin des années 2010 et du début des années 2020. Dommage qu’il ait opté pour la nationalité néerlandaise diront les amateurs de vélo franchouillards, mais que les mêmes se consolent en se disant que s’il devient ce qu’il pourrait être, on se chargera de souligner à l’envie qu’il est d’abord le petit-fils de notre Poupou national.

Fermons la parenthèse pour évoquer ce que pourrait être l’année cycliste 2015, qui sera fatalement moins glorieuse pour le cyclisme français que les années 1955, 1965, 1975, 1985 ou 1995. Si j’évoque ces années se terminant par 5, c’est parce que nous sommes en janvier et que les pronostics commencent à fleurir sur la saison à venir, où l’on verra Contador tenter le doublé Giro-Tour, Wiggins et Martin faire une tentative sur l’heure, et Froome et Quintana tenter un doublé inédit, Tour-Vuelta, depuis Bernard Hinault en 1978, à une époque où le Tour d’Espagne se déroulait au printemps. Pour mémoire, l’année 1955 avait été marqué par le troisième succès de Louison Bobet dans le Tour de France, prouvant qu’il était bien le meilleur coureur de son temps, d’autant que cette même année il avait remporté le Tour des Flandres avec le maillot de champion du monde sur le dos. En 1965, l’exploit de la saison aura été le fabuleux doublé Dauphiné Libéré- Bordeaux-Paris de Jacques Anquetil, sept heures séparant l’arrivée de la course à étapes du départ de ce qu’on appelait le « Derby de la route » dont la distance était de 572 kilomètres. Une victoire hallucinante si l’on songe que Jacques Anquetil avait dormi seulement une heure avant de prendre le départ, en pleine nuit,  de la plus longue classique du calendrier. Evidemment les contempteurs du vélo ne manqueront pas de souligner qu’Anquetil n’avait pas avalé que du sucre pendant la course, mais le résultat était là : le coureur normand avait accompli un exploit insensé.

En 1975, c’est Bernard Thevenet qui allait se couvrir de gloire en faisant mordre la poussière au grand Eddy Merckx. Après une victoire au Dauphiné Libéré, Thevenet se sentait prêt pour frapper un grand coup lors du Tour de France et priver ainsi Merckx du record de victoires dans le Tour de France (5 à l’époque). La victoire du coureur bourguignon paraissait à première vue quelque peu utopique, car jusque-là seul Ocana avait vraiment battu le fantastique coureur belge à la régulière. Et pourtant, malgré un début de Tour un peu poussif, avec une perte de 52 secondes sur 16 km c.l.m. à Merlin-Plage (sixième étape), Thévenet ne perdait pas espoir, parce qu’il ne concédait que 9 secondes au « Cannibale » entre Fleurance et Auch sur une distance de 37 kilomètres (neuvième étape), preuve que la marge de Merckx n’était pas si importante. La confirmation viendra un peu plus tard sur les pentes du Puy-de-Dôme (quatorzième étape), où Van Impe s’imposait au sommet devant Thévenet, avec l’épisode imbécile d’un « beauf » sur le bord de la route, celui-ci donnant un coup de poing au foie à Merckx, lequel fut handicapé sur la fin de la montée. Mais ce coup de bêtise du spectateur n’expliquait pas tout, puisque lors de la première étape alpestre Thévenet allait reléguer Merck à près de 2 minutes, ce dernier s’effondrant après une descente du col d’Allos à tombeau ouvert, où il avait pris pratiquement une minute à Thevenet. Le lendemain Bernard Thévenet, revêtu de jaune, allait porter l’estocade définitive dans l’Izoard, là où tellement de grands champions (Bobet, Coppi…) ont écrit quelques unes de leur plus belles pages d’histoire.

En 1985, c’est Bernard Hinault qui réalisera de nouveau le doublé Giro-Tour, après avoir été dominé l’année précédente par Laurent Fignon dans le Tour de France. Cela étant, en 1984, malgré toute sa bravoure, Hinault ne pouvait rien contre le meilleur Laurent Fignon que l’on ait connu, en raison aussi des suites de son opération un an auparavant. L’année suivante en revanche Hinault retrouvera toute sa verve et s’imposera devant son équipier Greg Le Mond, malgré une chute à Saint-Etienne où il eut le nez cassé, et grâce aussi, il faut bien le dire, à la bienveillance de son directeur sportif, Paul Koechli, qui avait interdit à l’Américain d’attaquer son adversaire blessé. Cela permettait à Hinault de rentrer dans le club très fermé des quintuples vainqueurs du Tour  avec Anquetil, Merckx, et dix ans plus tard Indurain, lesquels seront dépassés dans les années 2000 par Armstrong, qui l’emportera à 7 reprises…même s’il ne figure plus au palmarès, contrairement à d’autres coureurs ayant avoué s’être dopés. Comprenne qui pourra !  Trente ans après, Hinault est toujours le dernier vainqueur français du Tour de France, et ce n’est pas en 2015 qu’il aura un successeur, même si cette année deux Français (Péraud et Pinot) sont montés sur le podium…en l’absence pour raison diverses de Froome, Contador et Quintana.

Enfin il faut ajouter la formidable saison réalisée par Laurent Jalabert en 1995, avec au printemps ses victoires dans Paris-Nice, Milan-San Remo, la Flèche Wallonne, le Tour de Catalogne, le Critérium International et à la fin de l’été la Vuelta. Ouf, n’en jetons plus ! Laurent Jalabert était bien à ce moment le meilleur coureur du monde, même si Indurain pouvait lui contester cette suprématie en ayant gagné cette même année 1995, le Dauphiné Libéré, le Tour de France et le championnat du monde contre-la-montre. Il n’empêche, en 1995, comme en 1996, 1997 et 1999, Jalabert terminera premier au classement UCI. Personnellement, si je devais souligner une victoire plus qu’une autre en cette année 1995 bénie pour lui, ce serait Milan-San Remo, où il fut le seul à résister à la terrible attaque de Fondriest, champion du monde en 1988 et vainqueur en 1993 de la Primavera, dans la montée du Poggio. A cette occasion Jalabert fit preuve, dans la descente qui menait à l’arrivée, d’un sang-froid extraordinaire, en roulant avec son adversaire pour conserver les 8 secondes d’avance qu’ils avaient au sommet, tout en ne se découvrant pas trop pour l’emporter au sprint , ce qu’il fit à l’issue d’un mano a mano d’anthologie, les deux hommes terminant aux deux premières places avec quelques mètres d’avance sur leurs poursuivants. Magnifique succès de « Jaja », d’autant  qu’il était le super favori des suiveurs, preuve qu’il était bien considéré comme le meilleur. Quand un autre Français remportera-t-il la magnifique classique italienne ? Je ne sais pas, même si nos deux jeunes sprinters, Bouhanni et Démare, sont en grands progrès depuis deux ans. Mais sera-ce suffisant pour vaincre sur la Via Roma ? Je le souhaite très fort, sans trop y croire cependant. Peut-être un jour Bryan Coquard, coureur très véloce et remarquable pistard, capable en outre de passer de courtes bosses ?

Meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2015.

Michel Escatafal


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