Quelques anecdotes qui ont construit la légende du Tour de France

anquetil envaliraDans un précédent article (Quelques épisodes qui ont construit la légende du Tour de France et du vélo) j’avais déjà évoqué des épisodes ou anecdotes qui ont marqué l’histoire du Tour de France, plus grande épreuve cycliste du calendrier et un des évènements les plus suivis et regardés dans le monde. Il est vrai que depuis une vingtaine d’années le vélo s’est énormément développé à travers notre planète, ce qui explique qu’on ne serait pas surpris de voir un Colombien (Quintana) remporter enfin le Tour de France, après que ce dernier ait été gagné par les Américains Lemond et Armstrong, lesquels à eux deux collectionnent 10 victoires*, l’Irlandais Roche, le Danois Bjarne Riis, l’Australien Cadel Evans, et les Britanniques Wiggins et Froome. Tous nés dans des pays où le cyclisme sur route ne s’est développé que récemment. Si j’écris cela c’est parce que le vélo chez les professionnels a longtemps été cantonné dans les pays continentaux d’Europe de l’Ouest.

Cela dit, cette année nous aurons une course sans doute très serrée entre Froome qui cherchera à remporter une troisième victoire, Quintana pour qui ce serait une première après deux secondes places, et pourquoi pas Contador pour un quatrième sacre sur la route, même si j’ai l’immense regret de dire qu’il est peut-être un ton légèrement en-dessous de ses deux rivaux. Contador me fait penser à Hinault en 1985 et 1986, capable encore de beaux exploits, de ceux qui font la légende du vélo, mais objectivement le Pistolero n’est plus aussi dominateur à 33 ans qu’il ne le fut dans ses grandes années entre 2007 et 2014. L’Alberto Contador du Tour 2009 ou du Giro 2011 serait sans doute imbattable, comme l’aurait été en 1984 et 1986, le Bernard Hinault des années 1978 à 1982. Voilà pour le présent et le passé, puisque ce site évoque beaucoup l’histoire du sport.

Fermons la parenthèse et regardons de plus près quelques changements très importants de l’histoire du Tour, et commençons par aborder l’évolution du vélo lui-même au moment où l’on pense avoir trouvé l’arme absolue pour contrecarrer le dopage technologique. Dans cette évolution le dérailleur tient une grande place. A partir du moment où est apparue la montagne dans le Tour, un des gros problèmes à résoudre pour les coureurs fut d’adapter les démultiplications au pourcentage et à la longueur des montées et à leurs propres aptitudes physiques. Ainsi faute de dérailleur, le puissant coureur luxembourgeois François Faber (vainqueur en 1909), utilisait en plaine un développement de 6.10 m, supérieur à celui de la plupart des champions de l’époque (5.80m pour Petit-Breton et Georget, 5.60 pour Garrigou, 5.50 pour Lapize et Trousselier), et 4.60m en montagne, alors que Trousselier moulinait sur 3.60m tout comme Lapize alors qu’Alavoine au début des années 1920 faisait les étapes de montagne avec un développement de 3.75m. En 1914, Henri Pelissier avait adopté un 44×22, soit 4.27m dans le Tourmalet, et 44×20 dans Aspin et Peyresourde un peu moins durs. A noter qu’à ces époques, les coureurs devaient descendre de machine et retourner leur roue arrière pour adopter la démultiplication souhaitée. Au passage on observera la force de ces coureurs, puisque à sa grande époque Armstrong escaladait Hautacam avec un 39 x 23 (soit seulement 3,62 m par tour de pédalier), en notant que de nos jours, on parle surtout de fréquence de pédalage dans les ascensions, Froome en étant à présent le champion incontesté.

Revenons à présent à l’histoire du Tour et au dérailleur pour noter qu’il fallut attendre l’année 1937 pour que les « as » soient autorisés à utiliser le dérailleur, alors que celui-ci était utilisé par les cyclotouristes depuis les années 1924-1925. Pourquoi j’écris les « as », parce que le directeur du Tour Henri Desgranges avait autorisé l’utilisation du dérailleur pour les touristes-routiers, catégorie pittoresque où l’on trouvait un peu de tout (coureurs de second-plan, artisans du vélo etc.), alors que les meilleurs n’y avaient pas droit. Résultat, il arrivait que des touristes-routiers de bon niveau dominent les « as » dans certaines étapes. Attitude d’autant plus stupide de la part de l’organisateur que les autres grandes courses ne refusaient pas la nouvelle technologie. A noter aussi que jusque-là l’organisateur fournissait à chaque participant un vélo sans marque de couleur jaune évidemment.

Autre anecdote beaucoup plus amusante, ce qui est arrivé à André Leducq lors d’une journée de repos du Tour 1932, un Tour qu’il remporta avec 24mn d’avance sur son second l’Allemand Stoepel. Ce jour-là, Leducq, grande star de l’époque, fut invité avec son ami Marcel Bidot (futur entraîneur de l’équipe de France entre 1952 et 1969) par un couple de commerçants parvenus, ce qui ne pouvait qu’augmenter leur notoriété dans la ville. Après l’apéritif, on passa donc à table et Leducq fut invité à s’assoir à côté de la maîtresse de maison. Une dame charmante qui pour l’occasion s’était bien maquillée, et qui allait tout au long du repas mettre ses jambes sur ou autour de celles de Leducq, hors de la vue évidemment de son mari. Et à la fin du repas, après le café, la dame invita le leader du Tour à regarder ses estampes japonaises dans un petit salon de l’appartement. Marcel Bidot ayant vu le manège de la dame, pressentit ce qui allait se passer et du coup se chargea de tenir la conversation avec l’époux de la belle, pendant que celle-ci s’occupait avec Leducq sur le canapé. Une fois l’affaire terminée, Leducq et la dame revinrent comme si de rien n’était pour le plus grand plaisir de l’époux…qui venait de se vêtir de jaune sans le savoir ni le vouloir, avec la complicité active de Marcel Bidot, ce que Leducq traduira par « faire la course en équipe ». Pour couronner le tout, alors que Leducq s’était un moment inquiété de la dureté de l’étape du lendemain, il gagna cette étape. Tout était bien qui finissait bien pour tout le monde, sauf peut-être pour le mari qui, toutefois, ne s’était aperçu de rien. Pour ceux qui pourraient douter de la véracité de cette histoire, celle-ci est vraie puisqu’elle a été racontée dans le livre de souvenirs d’André Leducq.

Deux ans auparavant, en 1930, fut créée la caravane publicitaire, chose toujours aussi attrayante aux yeux des enfants et parfois aussi des parents sur le bord des routes, ce qui contribue aussi à la notoriété du Tour. En 1936, six ans après sa naissance, la caravane comptait 47 sociétés que l’on appellerait de nos jours sponsors. Parmi celles-ci on trouve des noms encore connus aujourd’hui, comme les apéritifs Cinzano, Pernod, Byrrh, ou encore le fromage La Vache qui rit, les nougats Chabert et Guillot, l’eau Perrier et les pneus Englebert qui ont équipé les Ferrari en Formule 1 entre 1950 et 1958. Leducq, encore lui, fut également une figure emblématique d’une des marques de l’époque, le dentifrice Dentol : « Dentol c’est mon sourire ! » Tout cela pour dire que le Tour des « forçats de la route », comme Albert Londres avait appelé les coureurs dans un texte célèbre écrit en 1924 (Le Petit Parisien), était devenu avant tout une grande fête. C’était même tellement la fête que les « piquos » faisaient « leur beurre » sur le dos des spectateurs. Ces « piquos » en effet, étaient des petits escrocs, qui bravaient l’interdiction d’être sur la course et dépouillaient les spectateurs en leur mettant des cartes postales dans la main avec des prix modiques mais sans chiffre rond, ce qui leur permettaient de se sauver sans rendre la monnaie.

Enfin, dernière de ces anecdotes que je vais raconter aujourd’hui pour parler de nouveau de sport, le fameux méchoui auquel prit part J. Anquetil, même si c’est aussi presque un fait divers. C’était en 1964, pendant la journée de repos à Andorre, Jacques Anquetil fut invité à participer avec son épouse, venue le rejoindre, aux festivités organisées en l’honneur du Tour De France, avec au menu un somptueux méchoui, accompagné de sangria. Personne n’aurait imaginé ce qui allait se passer à propos de ce méchoui, à commencer par le fait que J. Anquetil allait manger et boire comme s’il avait été à la période de Noël. Certes tout le monde connaissait les capacités d’absorption du champion normand, mais nous étions en plein Tour de France quand même. Un Tour très difficile, où son principal adversaire s’appelait Poulidor, sans doute jamais aussi fort que cette année-là. Alors pourquoi Anquetil s’était-il laisser aller à faire bombance ? Tout simplement parce qu’un mage avait prévu qu’il serait victime d’un grave accident au cours de la 15è étape entre Andorre et Toulouse. Il voulait donc oublier ce sinistre présage en faisant la fête. Problème, la digestion fut très difficile et le champion passa une très mauvaise nuit. Et il n’était pas très frais au départ d’Andorre le lendemain matin, alors que l’étape commençait par l’ascension de l’Envalira, ce qui lui valut de perdre plus de 4mn dans la montée, Poulidor et Bahamontes ne lui faisant aucun cadeau. Il fut même sur le point d’abandonner, mais son orgueil légendaire prit le dessus et du coup il se lança dans la descente comme un kamikaze, prenant des risques terribles au milieu du brouillard, au point de faire peur aux coureurs qu’il dépassait un à un. Parmi ceux-ci il y avait Rostollan, Altig et Geldermans, qui reconnurent tous avoir été pétrifiés de frayeur devant l’allure hallucinante et la témérité de Jacques Anquetil, comme s’il avait voulu lancer un défi à ce mage.

Résultat, Jacques Anquetil avait refait à la fin de la longue descente une bonne partie de son retard, retrouvant un petit peloton au sein duquel on trouvait le maillot jaune Georges Groussard, mais aussi Henri Anglade (4è du classement général), Jan Janssen (porteur du maillot vert) et André Foucher, tous ayant de bons motifs pour collaborer avec lui dans la chasse à Poulidor et Bahamontes. Cette chasse leur permettra de faire la jonction avec les hommes de tête, mais ce fut le jour où Poulidor perdit le Tour, car en voulant changer de roue (voilée) à 5 km de l’arrivée, sur les conseils de son directeur sportif, Antonin Magne, Poulidor le malchanceux fut mis à terre par le mécanicien qui venait de le dépanner, ce qui fit sauter la chaîne du vélo du sympathique Poupou. Bien sûr personne n’attendit Poulidor, lequel se retrouva à Toulouse relégué à plus de 3 mn d’Anquetil au classement général. Pour mémoire, Poupou perdit le Tour pour 55 secondes…et ne le gagnera jamais, alors que tant d’autres coureurs beaucoup moins forts que lui ont amené le maillot jaune à Paris au moins une fois. Et Jacques Anquetil fit cette année-là le doublé Giro-Tour. Comme quoi, il vaut mieux ne pas se fier aux prédictions des mages !

Michel Escatafal

*Evidemment pour moi Armstrong a remporté sept Tours de France…comme Riis en a gagné un, pour ne citer que lui et tant d’autres avant eux qui avaient eu recours à des produits aujourd’hui interdits…et qui l’ont reconnu a posteriori.


Serin et Bézy, ces hirondelles qui vont faire le printemps du XV de France

serinAlors que le peuple français ne parle que de football, le championnat d’Europe des Nations occupant l’essentiel des esprits français, sportifs ou non, il n’y a quand même pas que cela dans l’actualité sportive, comme en témoignent quelques évènements importants. Parmi ceux-ci je citerais les championnats de France d’athlétisme avec les 9s88 de Vicaut sur 100m, la finale du Top 14 qui a vu le Racing Club de France renouer avec ses grandes heures du passé en remportant un titre de champion de France cent fois mérité contre le RC Toulon, mais aussi les matches du XV de France amputé de nombreux joueurs pour cause de phases finales du Top 14, ce qui n’a pas empêché les Bleus de battre enfin l’Argentine (27-0), qui plus est chez elle, avec dans cette équipe de très jeunes joueurs pleins de talent et d’avenir. C’est de cela que je veux parler aujourd’hui, avant d’évoquer le Tour de France dans les jours à venir.

27-0, oui j’ai bien écrit 27-0, voilà une belle victoire remportée loin de l’hémisphère Nord face à une équipe qui figure depuis bien longtemps parmi les huit meilleures du monde. Certes, elle était quelque peu handicapée, mais pas plus que le XV de France de Guy Novès. Cela faisait tellement longtemps qu’on attendait un signe de renouveau de notre équipe ! Cette fois c’est fait, et même si ce résultat estival n’aura jamais l’impact de certaines victoires dans des contrées lointaines, comme par exemple en 1958 quand le XV de France de Mias, Martine, Barthe avait battu l’Afrique du Sud chez elle, ou encore celle de 1979, quand le 14 juillet la France du rugby se réveilla en ayant vu son équipe, emmenée par Rives avec Gallion, Caussade, Codorniou et Aguirre, mettre à terre les All Blacks, cela nous rend quand même heureux.

Et nous le sommes d’autant plus que cette nouvelle équipe comptait énormément de jeunes joueurs avec un grand avenir. Bien sûr les esprits chagrins feront toujours remarquer que l’Angleterre a dominé l’Australie chez elle, mais on ne va pas faire la fine bouche après une aussi longue période de disette, comme notre pays n’en a peut-être jamais connue. Pourquoi un tel enthousiasme ? Parce que notre équipe commence à retrouver la joie de jouer et nous en donne donc par ricochet. Mieux encore, il semble que notre réservoir de joueurs s’enrichisse de quelques pépites, comme disent les amateurs de foot, qui ont tout pour devenir ces grands joueurs qui ont tellement manqué au XV de France ces dernières années.

Parmi ceux-ci je voudrais en citer quelques uns qui nous font penser que la patte de Guy Novès commence à produire ses effets. Cet entraîneur emblématique, qui a porté si haut les couleurs du Stade Toulousain à la fois comme joueur et plus encore comme coach, cherche avant tout des joueurs sachant manier un ballon, et pas seulement des plaqueurs gratteurs qui étaient la religion de ses prédécesseurs. Pour ne prendre qu’un exemple, je voudrais citer un troisième ligne comme Kevin Gourdon, que Clermont n’a pas su garder et qui s’est épanoui à la Rochelle. Ce joueur m’a beaucoup plu parce qu’il semble être extrêmement à l’aise avec un ballon dans les mains…ce qui est quand même une des bases du rugby. Un autre joueur m’a impressionné, Rémi Bonfils, le talonneur. Ce miraculé de la vie, qui aurait pu la perdre dans les attentats de novembre dernier, a fait un excellent match aux dires de tous les observateurs, et a montré qu’il pouvait parfaitement suppléer le capitaine Guirado.

Cela dit, c’est dans les lignes arrière que l’on gagne en richesse, avec l’avènement de deux demis de mêlée extrêmement prometteurs, Serin et Bézy. Ces deux numéros 9 sont de futurs grands cracks, comme le furent tant de demis de mêlée français, Dufau, Danos, Lacroix, Max Barrau, Gallion, Astre, Berbizier et plus près de nous Elissalde. Depuis combien de temps cherchons-nous le successeur d’Elissalde ? Quand je dis cherchons-nous, cela signifie ceux qui aiment le rugby que nous rêvons de voir jouer, et non pas un demi de mêlée uniquement buteur, comme par exemple Parra, qui n’est en aucun cas un grand demi de mêlée, malgré ses multiples sélections. Serin et Bézy sont des avions à réaction, et justement pour mettre en place le jeu que veut imposer Novès on a besoin comme numéro 9 d’avions de chasse, et non comme Parra d’avions à hélices. En outre ces deux grands espoirs du poste sont de bons buteurs, comme ils le prouvent dans leur club respectif. Avec eux le ballon fuse, et ils n’ont pas peur de s’engager à la moindre occasion avec leurs jambes de feu. Tout le contraire de Parra ! Et en plus, nous avons aussi Machenaud, demi de mêlée du RCF, qui reste un excellent numéro 9.

Merci à Guy Novés d’avoir fait confiance à ces jeunes lutins, en regrettant qu’il n’ait pas encore trouvé l’équivalent à l’ouverture, Plisson, comme Doussaint, n’ayant jamais vraiment convaincu au plus haut niveau. Ils ont du talent, mais ni l’un ni l’autre ne semblent avoir l’autorité nécessaire à ce poste pour permettre au XV de France de disposer enfin d’une vraie charnière de niveau international. Cela dit, on peut toujours utiliser Serin en numéro 10, même si son poste de prédilection reste en 9. En tout cas, trouver un grand ouvreur sera un des chantiers de Guy Novès dans les mois à venir, tout comme installer une paire de centres qui tienne la route. Mais avec Fofana, Chavancy, Fickou ou Lamerat, il y a des possibilités, même si finalement nous ne sommes pas si riches à ces postes-là, ce qui est le cas aussi aux ailes et à l’arrière où, toutefois nous disposons d’un remarquable spécialiste avec Dulin.

Voilà quelques considérations sur cette équipe de France, sur laquelle nous fondons beaucoup d’espoir pour la prochaine Coupe du Monde en 2019. En tout cas, Guy Novès paraît bien décidé à installer dès cette année une équipe en vue de cette échéance , et s’y tenir malgré les aléas du Top 14. C’est comme cela que l’Angleterre fut championne du monde en 2003, et je me dis qu’elle pourrait bien l’être de nouveau dans trois ans, comme en témoignent ses résultats depuis son élimination en phase de poule lors de la dernière Coupe du Monde. J’espère qu’à la fin de la saison prochaine, on pourra en dire autant du XV de France. Après tout, avec sans doute un des XV de France les plus faibles depuis des décennies, le rugby français a failli remporter celle de 2011.

Alors, avec des joueurs ayant plus de classe, notamment aux postes stratégiques, pourquoi n’imiterions-nous pas les Anglais. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il y a trop d’étrangers dans les clubs, comme certains se complaisent à le ressasser, parce qu’en Angleterre il y a aussi nombre d’étrangers, et les résultats internationaux sont bons quand même. Ah les étrangers, l’obsession des Français, comme on peut le constater en voyant les réactions au départ de Laurent Blanc du PSG et l’intronisation d’Unai Emery. Il n’est même pas en poste que les médias français et les forumers franchouillards descendent méchamment l’ex-entraîneur du FC Séville, alors que son palmarès d’entraîneur est supérieur à celui de toute l’histoire du football français au niveau européen avec le FC Séville. Même J.M. Aulas, c’est-dire, a cru bon de critiquer le limogeage de Blanc. Il est vrai que J.M. Aulas est l’idole de nombre de Français, parce qu’il n’a jamais accepté la domination du PSG version qatari. Qu’il se méfie en plus, car si l’Olympique de Marseille trouve un gros investisseur, c’est la troisième place au mieux qui lui sera promise. Et là les Français détesteront et le PSG et l’OM. Pauvre France !!!

Michel Escatafal


Ali a dépassé la simple histoire du sport

ali_foreman_13_01Lui-même disait qu’il était le plus beau, le plus grand, le plus fort etc., mais s’il y avait beaucoup de vrai dans son allure sur un ring, il n’était pas qu’un extraordinaire boxeur. Il avait ce quelque chose de plus qu’ont très peu de sportifs, y compris ceux qui sont aujourd’hui appelés des idoles. Qui oserait comparer le charisme de Mohammed Ali avec la triste figure d’un Zidane ou d’un Messi, sans parler des excentricités d’un Ronaldo ou d’un Hamilton, ou avec la faible personnalité d’un Chris Froome, pour ne citer qu’eux. Non, Ali a dépassé la simple histoire du sport, parce que c’était un seigneur sur le ring et dans la vie. Contrairement à Zidane, quand Ali donnait un coup c’était grandiose. Contrairement à Cantona, qui se prend pour un intellectuel et qui en fait est surtout ridicule dans la plupart de ses interventions, quand Ali parlait on avait envie de l’écouter. Contrairement à Mayweather, Ali était une bête de scène capable d’enflammer beaucoup plus qu’une foule de spectateurs autour du ring. Il représentait une sorte de symbole, au sens le plus noble du terme, et pas seulement à propos du « noble art ». Ses idées dépassaient les frontières du sport, pour atteindre toutes les couches de la société aux Etats-Unis et ailleurs. Il suffit de voir le nombre d’hommages reçus du monde entier après sa mort pour en être pleinement convaincu. Bref, à une époque où internet n’existait pas et où la pub était loin d’être ce qu’elle est aujourd’hui, il savait « se vendre » mieux que personne, devenant même une des icônes de la pub télévisuelle, lui le petit-fils d’esclave, ce qui ne l’a jamais empêché de revendiquer le droit d’être lui-même au plus haut point, refusant la « dolce vita » qui avait anéanti la vie de nombre d’anciennes gloires de la boxe.

Cela dit, et puisque nous parlons de sport, il fut quand même un des plus extraordinaires boxeurs de l’histoire. Il le fut d’autant plus que sa carrière s’est située à une époque où la boxe vivait encore son âge d’or, même si celui-ci était finissant. A 17 ans il remportait les « Golden Gloves », qui ont souvent servi de tremplin à la carrière des meilleurs boxeurs (Joe Louis, Ezzard Charles, Leonard, Hagler, Hearns, Tyson, Holyfield, de la Hoya etc.), puis dans la foulée il devint champion olympique des mi-lourds (1960), titre qui l’avait mis au comble de la joie comme l’a rapporté un autre ancien grand champion, Nino Benvenu (poids moyen), en écrasant son adversaire en finale, l’expérimenté Polonais Pietrzykovski…qui ne porta quasiment aucun coup à son adversaire tout au long de cette parodie de combat. C’est dire combien Cassius Clay, son nom avant de devenir Mohammed Ali en 1964, effrayait ses adversaires ! Il les effrayait d’autant plus qu’il était déjà très grand par sa taille pour l’époque (1.91m), ce qui ne l’empêchait pas d’être aussi mobile que quasiment tous les meilleurs poids moyens malgré ses 100 kg. En fait pour être considéré comme le plus grand, il ne lui manquait qu’un peu plus de punch, car si son palmarès compte 37 victoires par K.O. sur ses 56 succès, il remporta ses victoires surtout en épuisant et détruisant ses adversaires, qui n’arrivaient pas à le toucher le plus souvent.

Ensuite chez les professionnels qu’il rejoignit très jeune, il se fera remarquer rapidement, même si ses premiers succès, contre d’excellents boxeurs (Doug Jones et le Britannique Henry Cooper qui l’enverra au tapis), ne furent pas faciles. Mais ces victoires lui permirent d’obtenir très vite une chance mondiale et de s’emparer du titre de champion du monde des poids lourds (février 1964) en mettant K.O. à la septième reprise celui qu’il appelait « l’ours », Sony Liston, malgré une blessure à l’œil due à une pommade qu’on avait administrée à son adversaire, avant de l’écrabouiller (K.O. au premier round) lors de la revanche un an plus tard (mars 1965), même si certains mirent en doute la réelle envie de se battre de « l’ours ». Ensuite (novembre 1965) il affronta victorieusement le plus jeune champion du monde des lourds jusqu’à son époque, Floyd Patterson, en le mettant K.O. au douzième round, et s’imposera dans tous les combats auxquels il participa, ce qui ne l’empêcha pas d’être destitué de son titre mondial (c’est ça aussi la boxe !). Néanmoins comme il était plus fort que les autres, il récupèrera le titre qu’on lui avait pris en battant celui à qui la WBA l’avait attribué (Ernie Terrell).

Mais tous ces combats remportés qui en faisait déjà un monstre sacré de la catégorie reine, ne seront rien à côté de celui qu’il allait livrer à partir de 1967. Un combat non pas contre un adversaire, mais contre les institutions de son pays, refusant d’aller guerroyer au Vietnam « contre des gens qui ne lui avaient rien fait », au nom de ses convictions religieuses, convictions d’autant plus affirmées qu’il s’était converti à l’Islam (black muslims) trois ans plus tôt. Cela allait lui valoir une peine de prison de cinq ans, qu’il ne fera pas, mais il lui sera interdit de boxer jusqu’en 1970, sanction terrible qui le privera de ses plus belles années de carrière. Toutefois, cette très longue absence des rings n’enlèvera rien à son talent, et il le prouvera en réussissant un extraordinaire come-back, après avoir toutefois été battu d’extrême justesse (la décision se fit à l’ultime reprise) par Joe Frazier en 1971, ce dernier, que certains comparaient à Rocky Marciano, l’empêchant de récupérer son titre. Ensuite ce sera une longue quête pour retrouver ce titre mondial qu’on lui avait pris injustement à ses yeux, une quête où il remporta nombre de combats…sauf contre Norton qui lui cassa la mâchoire, subissant sa seconde défaite.

Néanmoins il se vengera de Norton (1973), puis de Frazier en 1974, ce dernier ayant été vaincu en deux rounds auparavant par Georges Foreman (1973). Et c’est contre cet adversaire que tout le monde croyait invincible, qu’il allait réaliser sans doute son plus grand exploit à l’âge de 32 ans, à Kinshasa, en battant par K.O. à la huitième reprise le tenant du titre. Peu de monde avait osé parier sur une victoire d’Ali face à un adversaire plus jeune que lui (7 ans) et qui avait battu auparavant Frazier et Norton en deux rounds. On imaginait aisément que Foreman, terrible puncheur au sommet de son art, ferait subir le même sort à Ali qu’à ses deux précédents adversaires. Il n’en fut rien, car ce jour-là, le 30 octobre 1974, jamais Ali ne fut plus grand, réussissant à contenir les fougueux assauts de son adversaire, avant de finir par le décourager et l’avoir à l’usure en le mettant K.O. au huitième round. Victoire de l’intelligence sur la force brutale, victoire de la vitesse de déplacement sur la puissance de frappe, bref victoire incontestable du meilleur boxeur, ce que Foreman reconnaîtra plus tard. Il n’y aura jamais de revanche, et l’image de boxeur de Mohamed Ali restera sur ce chef d’œuvre, les combats qu’il livrera par la suite étant sans doute des combats de trop, surtout en fin de carrière, notamment lors d’un troisième combat contre Norton, où on vola la victoire à ce dernier.

Dix ans après sa victoire contre Foreman, Ali commencera à ressentir les symptômes de la maladie de Parkinson, qui l’affectera jusqu’à la fin de sa vie la semaine dernière. Dommage car Ali était aussi quelqu’un qui avait la tête sur les épaules, comme en témoignent ses activités religieuses et ses florissantes affaires jusqu’à sa maladie. La preuve qu’il savait d’où il venait et où il allait, on la trouve dans une interview célèbre à Playboy : «  Quand je déposerai les gants, je ne partirai pas en minable, comme les boxeurs d’autrefois. On ne dira pas que je me suis payé une Cadillac et une ou deux nanas blanches, et que je n’avais plus un sou à la fin de ma carrière ». Cela dit, on retiendra surtout de lui qu’à défaut d’être le plus grand, il fut celui qui a attiré le plus grande nombre de spectateurs et de téléspectateurs au cours de sa carrière. On a d’ailleurs estimé à un milliard le nombre de personnes qui assistèrent en direct à la troisième manche de son face à face avec Joe Frazier en 1975 à Manille, sans oublier les 50.000 spectateurs du match contre Foreman à Kinshasa. Et comme s’il n’avait pas assez fait pour la boxe, il laissera sa fille reprendre le flambeau et devenir championne du monde des super-moyens et des poids mi-lourds (entre 2002 et 2007). Bon sang ne saurait mentir !

Michel Escatafal


Un très beau week-end de sport, après le décès de Mohammed Ali

Conta froomeAlors que le championnat d’Europe des Nations de football va commencer dans quelques jours, on peut dire que les Bleus sont désormais prêts à entrer dans le vif du sujet, ce qui permettra d’étouffer définitivement les polémiques inutiles instruites par certains anciens joueurs aigris, comme Cantona pour ne pas le citer, qui se croient plus intelligents qu’ils ne le sont en réalité. Place au sport avec les joueurs choisis par Didier Deschamps, qui dispose quand même d’un effectif très riche, lequel autorise bien des espoirs. En outre, c’est une coutume, quand la France organise une compétition chez elle depuis 1984, elle l’emporte. Ce fut le cas en 1984 (championnat d’Europe) avec Platini, Giresse, Tigana, Bossis et Cie, et ce fut aussi le cas en 1998 (Coupe du Monde), avec pour capitaine…Didier Deschamps.

Autre sujet lié au football, la succession de Laurent Blanc, l’entraîneur du PSG, dont on imagine aisément qu’il ne sera plus à la tête du département technique du club lors de la reprise de l’entraînement dans quelques jours. Certains s’offusquent de le voir payer la piteuse élimination contre Manchester City en ¼ de finale de la Ligue des Champions, mais il a échoué là où il devait réussir, et il est donc normal qu’il en paie la facture. Tout le reste à ce propos n’est que billevesée. Il reste à souhaiter que les dirigeants qataris du club réussissent à faire signer un grand entraîneur, c’est-à-dire un homme qui sache mieux que Laurent Blanc galvaniser ses troupes et, plus généralement, diriger un groupe composé de très grands joueurs. Blanc est un bon entraîneur, qui connaît évidemment très bien son métier, mais il lui manque la grinta et le charisme d’un Mourinho, d’un Simeone ou d’un Unai Emery, les deux derniers étant les favoris à sa succession.

Passons à présent au rugby, dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, et je le regrette, pour évoquer la fin du Top 14 avec l’attribution du titre de champion de France dans deux semaines. Pour ma part, j’aimerais que le Stade Toulousain soit de nouveau champion de France. Le Stade Toulousain, club le plus titré de l’histoire de notre rugby, amateur et professionnel, va cette année réussir quelque chose de grand, j’en suis sûr. Le club entraîné par Mola, Elissalde et Servat n’est pas favori, mais il faudra les battre pour décrocher le Bouclier de Brennus. Attention toutefois au RC Toulon, habitué des finales victorieuses, voire à l’AS Clermont-Ferrand, généralement battue lors de chaque finale disputée.

Un mot de tennis pour saluer la victoire en double des Françaises Caroline Garcia et Kristina Mladenovic, ce qui est de bonne augure pour les Jeux de Rio, la victoire en simple dames de la jeune espagnole Garbine Muguruza en battant Serena Williams, et le douzième titre en grand chelem de Djokovic. Ce dernier domine son époque comme seuls les très grands l’ont dominée, et il est bien le successeur de Federer, alors que le meilleur joueur de terre battue de l’histoire, Nadal, semble sur une pente qui paraît définitivement descendante. Djokovic réussira-t-il le grand chelem sur lequel tant de joueurs ont échoué depuis 1969 (Rod Laver) ? Peut-être, même si c’est quelque chose de très, très difficile à atteindre. La preuve, seuls Budge (1938) et Rod Laver (1962 et 1969) l’ont réalisé, alors que des champions comme Hoad, Borg, Connors, Mac Enroe, Lendl, Sampras ou Federer ont toujours échoué. Certains sont passés tout près comme Hoad en 1956, mais ils n’ont pas réussi. En revanche, il sera peut-être plus facile à Djokovic de dépasser Federer et ses 17 titres, vu son âge et sa domination. Surtout à cause de cette domination, car Federer, par exemple, avait comme adversaire sur terre battue Nadal, vainqueur de 9 Roland-Garros !

Enfin je voudrais parler de vélo, puisque le Dauphiné Libéré a commencé hier par un prologue aussi sympathique qu’original, une course de côte de 3.8 km avec une pente moyenne de 9.7%. Evidemment ce ne pouvait qu’être un crack qui remporte cette étape et ce fut Alberto Contador, le meilleur coureur du nouveau siècle, grand grimpeur devant l’Eternel, devant un surprenant Richie Porte et Chris Froome. Reconnaissons que comme podium, il était difficile de rêver mieux sauf si on considère l’absence de Quintana. En revanche je ne suis pas de ceux qui mettent Nibali au même niveau que Contador, Froome ou Quintana, comme en atteste son dernier Giro, qu’il a certes remporté, mais après avoir été copieusement dominé par Kruijswijk.

Le Néerlandais est un bon coureur, mais c’est loin d’être un fuoriclasse, et sans sa chute il l’eut emporté facilement. Certes une chute fait partie de la course, et certains nous diront qu’il ne sait pas descendre, mais il y a quand même une part de malchance pour le coureur batave qui, hélas pour lui, manquait d’expérience comme leader et plus encore d’une bonne équipe pour s’imposer. D’ailleurs, s’il avait eu plus d’expérience, il n’aurait pris aucun risque dans la descente sachant l’avance de plus de 4 mn qu’il avait sur Nibali. Cela étant Nibali reste un grand champion, sorte de Gimondi ou Nencini de son époque, mais ce Giro manquait quand même de concurrence. A ce propos, je pense que Contador ou Froome ou Quintana auraient dû le courir ce Giro, parce que finalement ils auraient eu moins à s’employer cette année que d’autres pour l’emporter, et auraient pu embrayer sur le Tour.

Cela dit, on ne refera pas l’histoire, mais je maintiens que, même de nos jours, le doublé Giro-Tour est possible à une condition : que la concurrence ne soit pas trop forte, et que le leader ne soit pas trop esseulé. C’est la raison pour laquelle, je suis persuadé que Froome avec sa fantastique équipe Sky, ou encore Quintana avec sa très forte équipe Movistar (Valverde à son service), l’aurait emporté très facilement dans ce dernier Giro. Si Nibali a perdu plus de 2mn sur Kruijswijk dans le c.l.m. en côte de 10.8km, on imagine combien il aurait perdu sur Contador, Quintana ou Froome. Ok, on ne refera pas l’histoire, mais pour moi ce fut un petit Giro, d’autant plus que Landa a été malade au début de l’épreuve. Voilà pour mon commentaire sur le Giro, lequel souffre quand même de plus en plus de l’omniprésence du Tour de France dans les visées des sponsors, et de la montée en puissance de la Vuelta depuis son changement de date en 1995 (victoire de Jalabert).

Alors que se passera-t-il dans ce Dauphiné ? A première vue Contador a toutes les chances de l’emporter, mais Contador a un terrible handicap : son équipe. Heureusement que l’an prochain et en 2018 (bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment ce merveilleux sport qu’est le vélo, il a confirmé qu’il continuait sa carrière) il devrait avoir une meilleure équipe (chez Trek ?) que ces deux dernières années chez Tinkoff. En attendant, c’est la seule faiblesse du Pistolero cette année, puisqu’il semble s’être préparé aussi bien pour ce Tour qu’en 2014 ou en 2009-2010. Il faut simplement lui souhaiter d’arriver en jaune avec ses adversaires dans la dernière montée du parcours de ce Dauphiné, qu’il a perdu en 2014 face à la coalition de ses adversaires. L’histoire se renouvellera-t-elle ? J’espère que non, mais l’essentiel est de voir que la forme est là, et qu’il a bien travaillé cet hiver et au printemps. En tout cas, comme Valverde, le poids des ans ne semble pas avoir de prise sur lui, ce qui montre que ces deux champions ont bien travaillé au cours de leur carrière pour en arriver à obtenir les résultats qui furent et sont encore les leurs.

Un dernier mot enfin sur les Français, en nets progrès depuis quelques années avec la progression de Pinot et de Bardet, mais encore un cran en dessous des meilleurs. Cela étant, je suis rassuré pour Pinot dans la mesure où il semble en constante amélioration dans les contre-la-montre, ce qui signifie que ce coureur a vraiment de la classe. Sera-telle suffisante pour lui faire passer un palier vers les sommets à partir de l’âge de 26-27 ans, un peu comme l’avait fait Louison Bobet en son temps ou même Pingeon ? Nous verrons bien, mais je suis assez confiant, justement parce que Louison Bobet monta sur le podium du Tour en 1950, à l’âge de 25 ans, derrière Kubler et Ockers. Un Tour où il fut favorisé par l’absence de Coppi, Koblet et le retrait de toute l’équipe italienne emmenée par Bartali et Magni à mi-course. Pour sa part, Thibaut Pinot est déjà monté sur le podium du Tour en 2014, à 24 ans, derrière Nibali et Péraud, mais en l’absence dès le début du Tour des deux supers cracks, Froome et Contador. Souhaitons à Pinot de suivre la même trajectoire que Louison Bobet, et les Français tiendront enfin le grand champion qu’ils attendent depuis tellement longtemps.

Michel Escatafal


Martine-Maurice Prat, le duo magique du grand F.C. Lourdes

Quand on évoque le rugby français dans son histoire, on pense toujours à ses attaquants. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils symbolisent mieux que quiconque le fameux « french flair » qui a si longtemps fasciné les Britanniques, même si les trois-quarts ne sont pas les seuls à avoir fait briller notre rugby. A ce sujet, les Britanniques ont eu eux aussi leurs génies de l’attaque, même si c’est plutôt à l’ouverture qu’ils  se sont illustrés (Jack Kyle, Cliff Morgan, Richard Sharp, David Watkins, Barry John etc.). En tout cas, parmi ces merveilleux représentants de l’attaque française, il y a deux hommes dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site, Roger Martine et Maurice Prat, véritables frères siamois de la ligne de trois-quarts  lourdaise, prédécesseurs des frères Boniface que j’ai évoqués longuement dans un article intitulé « Merveilleux frères Boniface ».

Maurice Prat et Martine ont laissé ensemble une trace inoubliable dans notre rugby, s’inscrivant en lettres d’or dans la légende du rugby national et du XV de France, mais aussi dans celle du rugby tout court. D’ailleurs, comme l’a dit Jean Prat dans un livre de souvenirs, ils auraient été l’un sans l’autre, chacun de leur côté de remarquables trois-quarts centre, mais comme les Boniface plus tard, ils surent décupler leur rendement au bénéfice de l’équipe par une entente rare sur le terrain comme en dehors. Ils n’étaient pas frères dans la vie comme les Boni, mais ils étaient frères d’armes, en permanente communion sur le terrain et dans la vie de tous les jours. En fait, ils étaient unis par une même passion, qui les faisait discuter pendant des heures sur ce qu’ils avaient réussi…et parfois raté le dimanche précédent, ou dessiner chez l’un ou l’autre des combinaisons de jeu.

Toujours d’après Jean Prat, les deux hommes ne sont jamais contentés d’être complémentaires, chacun avec leur  vrai talent. Pourtant Martine était parfaitement capable « d’insuffler une charge explosive à toute ébauche d’attaque », alors que Maurice Prat avait toutes les qualités pour que son rôle fût magnifié par sa capacité à réussir des exploits personnels, sans parler de ses talents de défenseur, une défense jugée hermétique par tous les techniciens. Non, au contraire, ils cherchaient constamment à aller toujours plus loin dans ce qui n’avait pas encore été inventé par d’autres, tant en attaque qu’en défense.  Bref, ces deux hommes jouaient vraiment comme deux frères dans ce qui restera à jamais la plus belle ligne de trois-quarts que notre rugby ait connue jusque-là, et même peut-être après avec celle du Stade Montois des frères Boniface. Et comme pour ces derniers, on peut dire que si le talent ne va pas toujours par paire, deux grands attaquants se nourrissent chacun de réciprocité.

A ce propos, le plus étonnant entre les deux hommes fut que leur destin commun était loin d’être écrit à l’avance. Déjà parce que Maurice Prat débuta seulement à l’âge de 17 ans, à une époque où il pouvait déjà jouer chez les juniors. Mais comme il était très doué, à peine un an plus tard il devenait international junior au poste d’arrière, qui semblait celui où il pouvait le mieux s’exprimer. Sa vitesse qu’il avait améliorée en faisant de l’athlétisme, son courage, sa terrible défense, lui assuraient pour des années une place de choix à ce poste dans la plus grande équipe de club de notre rugby jusqu’à l’avènement du professionnalisme . Dans ce club, le F.C. Lourdes, il fut couronné champion de France à 20 ans, en 1948, premier des huit titres du F.C. Lourdes. Ensuite on lui demanda de jouer à l’aile de la troisième ligne, parce qu’il manquait quelqu’un, ce qui permit  de découvrir en lui un talent de bagarreur qu’on ne lui connaissait pas vraiment. Mais cette polyvalence allait de nouveau s’exercer avec un retour plus rapide que prévu à l’arrière…qui semblait être son vrai poste.

Son modèle était Alvarez, l’arrière du grand Aviron Bayonnais des années quarante, qui fut le premier à s’intercaler dans la ligne de trois-quarts  pour créer le surnombre. Et avec toutes ses qualités, Maurice Prat ne pouvait que devenir le meilleur arrière de son époque, sauf qu’un jour il fut obligé d’effectuer un remplacement au poste de trois-quarts centre. Et le voilà avec le numéro 12 sur le dos, un numéro qu’il allait porter pendant presque dix ans dans son club et en équipe de France (30 sélections), dont il deviendra un joueur incontournable à partir de 1951, sa première cape lui étant octroyée contre l’Irlande à Dublin. Le moins que l’on puisse dire est d’ailleurs qu’il n’eut pas de chance à cette occasion, car le pack irlandais avait tellement étouffé celui du XV de France que celui-ci ne put délivrer quasiment aucun bon ballon à ses lignes arrières, alors que le fameux ouvreur Jack Kyle put au contraire construire le jeu à sa guise, d’autant que Jean Prat était absent.

Il faudra attendre un an pour que Maurice Prat revienne en équipe de France (le 12 janvier 1952) contre l’Ecosse avec Roger Martine auprès de lui, qui fêtait la première de ses vingt cinq sélections. C’était la première fois que la jeune paire de centres lourdaise jouait ensemble en équipe de France. Maurice Prat avait un peu plus de 23 ans et Roger Martine venait tout juste de fêter ses 22 ans. Débuts d’une longue association qui sévissait déjà sur tous les terrains de France, et qui allait s’affirmer jusqu’en 1958 sur le plan international. Au total ils allaient jouer à douze reprises ensemble dans le XV de France, dont neuf fois en association au centre de la ligne de trois quarts, les trois autres fois, Martine opérant à l’ouverture,  par exemple contre l’Italie en 1954 alors que Maurice Prat était associé à André Boniface. En fait les deux hommes auraient dû opérer plus souvent ensemble en équipe de France, mais  à cette époque il n’y avait ni Coupe du Monde, ni tournées d’été ou d’automne, et ni l’un, ni l’autre ne furent épargnés par les blessures, ce qui explique par exemple que Maurice Prat ait arrêté sa carrière en 1959, en même temps que son frère Jean, mais lui avait à peine 31 ans soit cinq ans de moins que son frère.

Roger Martine en revanche, continuera sa carrière quelques années de plus, y compris en équipe de France après avoir participé notamment à la fameuse épopée en Afrique du Sud en 1958, que j’ai longuement évoquée sur ce site sous le titre « Le plus bel été du XV de France ». Martine fut immense durant cette tournée, s’avérant l’incontestable maître à jouer des lignes arrière, sans son complice lourdais Maurice Prat, retenu à son auberge par l’afflux des pèlerins pour le centenaire des apparitions à la grotte de Lourdes. Et oui, à cette époque le rugby n’était pas professionnel, et tous les joueurs avaient un métier à côté du rugby ! En revanche, étant employé à EDF, Roger Martine n’était pas confronté à ce type de problème, et il en profita pleinement, au point sans doute de n’avoir jamais été aussi grand qu’il ne le fût lors de cette tournée, éclaboussant toutes ses prestations de toute sa classe au centre ou à l’ouverture.

On pourrait évidemment dire beaucoup d’autres choses sur ces deux merveilleux attaquants, mais l’essentiel est là, à savoir cette communion dans la passion d’un rugby d’attaque qui avait fait dire à une autre grande figure du rugby français, Amédée Domenech : « Si vous voulez voir du beau jeu, allez voir Lourdes ». Et c’est vrai que le F. C de Lourdes a emballé pendant plus de vingt ans les spectateurs du rugby, notamment pendant cette décennie 1950 où ce club a remporté cinq de ses huit titres de champion de France, avec sa merveilleuse paire de centres. Et si l’on devait se souvenir d’un seul exploit de nos duettistes, ce serait cette attaque que nous ont raconté maintes fois nos amis montois  (j’étais beaucoup trop jeune à l’époque pour assister au match) et qui avait permis à Lourdes de renverser le cours de la finale du championnat de France 1953 entre le F.C. Lourdes et le Stade Montois, à Toulouse.

Alors que le Stade Montois menait très justement, le F.C. Lourdes conserva son titre sur deux attaques géniales où Maurice Prat et Roger Martine prirent une large part. A la 65è minute, sur une énième offensive lourdaise, une passe croisée de Maurice Prat donna un ballon d’essai à Martine, ce qui remettait les Lourdais dans le match. Ensuite, à la 76è minute, alors que les Bigourdans étaient encore menés de cinq points (16-11 pour les Montois), on vit Jean Prat arracher le ballon à François Labazuy qui s’apprêtait à faire une touche tout près de la ligne de but lourdaise, et faire une longue touche à destination de son frère Maurice qui était à l’affût, trompant la vigilance des Montois qui s’attendaient à une touche courte. Maurice Prat récupéra cette passe longue, plaça une accélération et donna à Roger Martine, qui poursuivit le mouvement en déchirant la défense landaise pour offrir à Manterola, venu de nulle part, un merveilleux essai de cent mètres.  Cet essai assomma  tellement les joueurs du Stade Montois, parmi lesquels figurait au centre le jeune André Boniface (19 ans à l’époque), que les Lourdais finirent par remporter ce match et le Bouclier de Brennus, dont les spectateurs parlèrent  pendant plusieurs décennies tellement son final fut emballant. Que de souvenirs pour les anciens, qui n’oublieront jamais Jean Prat, décédé le 25 février 2005, Roger Martine qui le retrouva au paradis des rugbymen une semaine après (le 3 mars) et Maurice Prat qui les a rejoints hier. Je suis sûr que ces trois-là reprendront la-haut leurs interminables conversations sur la meilleure manière de lancer une attaque.

Michel Escatafal

P.S. article du 14.02.2012 mis à jour suite au décès de Maurice Prat.


Un Giro 2016 à surprises…comme en 1991?

Coppino

Pourquoi ce titre ? Tout simplement parce que le Giro 2016, qui va commencer demain, a un parcours un peu ressemblant avec celui de 1991, avec un peu moins de montagne que l’an passé, même s’il est loin d’en être dénué, et aussi parce que tout semble réuni pour qu’un outsider puisse gagner. Quand je parle d’outsider, je pense évidemment à Mikel Landa, même si ce coureur a terminé troisième l’an passé (il aurait dû terminer second sans les consignes de son équipe Astana en faveur d’Aru), et même si ce coureur vient de remporter avec brio le toujours difficile Tour du Trentin. En outre, il aura aussi l’avantage d’être le leader désigné de l’équipe Sky, avec notamment Nieve pour l’accompagner en montagne. Bref, s’il est aussi fort que l’an passé, où il a causé quelques frayeurs à Contador, notamment lors de la dernière étape de montagne vers Sestrières, il pourrait rafler la mise au nez et à la barbe de celui que tout le monde désigne comme le super favori de ce Tour d’Italie, Vincenzo Nibali, qu’on ne présente plus puisqu’il a déjà gagné une fois les trois grands tours, ou encore Valverde, Uran, voire Majka.

Seul problème pour Landa, il y aura trois étapes c.l.m., même si l’une d’entre elles sera en côte entre Castelrotto et Alpe di Siusi (10,850 km). Il n’empêche, il y aura une étape très dangereuse pour lui le 15 mai, autour de Chinati, d’une longueur de 40,5 km, où il pourrait laisser beaucoup de plumes face à Nibali ou Valverde, pour ne citer qu’eux. Néanmoins, il sera quand même moins exposé dans cette étape que l’an passé dans une étape similaire face à Contador, ou qu’il aurait pu l’être si Froome était au départ de ce Giro. Cela étant, j’en ferais au moins mon favori bis, ce qui était impensable il y a à peine un an, avant précisément de se révéler dans ce Giro 2015. Et s’il l’emportait, ce serait quand même une surprise comme le Giro sait si bien nous en offrir de temps en temps, par exemple Hesjedal en 2012, ou encore Gotti en 1997 et 1999, sans remonter trop loin. Ce fut le cas aussi en 1991, avec la victoire de Franco Chioccioli devant Claudio Chiapucci (deuxième du Tour en 1990) à 3mn 48s, Lelli et Gianni Bugno, le vainqueur l’année précédente et qui sera sacré champion du monde en 1991 et 1992. Reconnaissons que Chioccioli avait fait fort pendant ce Giro, surtout si l’on pense qu’il porta le maillot rose de leader pendant 19 étapes sur 21, les deux autres leaders ayant été les Français Cassado (1ère étape) et Boyer (4è étape).

Chioccioli avait deux particularités, la première d’ordre physique pour sa ressemblance avec le grand Coppi, la deuxième étant qu’il n’avait rien gagné jusqu’à ses presque 32 ans au moment de sa victoire en rose. D’ailleurs, ses seuls résultats notables furent une Copa Sabatini en 1991, la Bicicleta vasca et une étape du Tour de France en 1992. C’est la raison pour laquelle certains dirent qu’il y avait du Walkowiak (Tour de France 1956) ou du Carlo Clerici (Giro 1954) dans ce succès…ce qui ne voulait pas dire que, comme pour ses deux compères, il ne l’avait pas mérité. La preuve, ses trois victoires d’étape à l’Aprica, au Pordoï et contre-la-montre entre Broni et Casreggio sur 68 km, où il laissa Bugno à presque une minute, ce que ni Walkowiak, ni Clerici, n’avaient fait lors de leur seule victoire majeure, où tous les augures furent pris en défaut. Sa domination fut d’ailleurs tellement évidente que nombre d’Italiens n’hésitèrent pas à le trouver encore plus ressemblant avec le Campionissimo…ce qui était quand même très exagéré, car seuls les traits du visage pouvaient susciter la comparaison. En tout cas, après cette victoire en rose acquise avec brio, on l’appela « Coppino », ce qu’on n’osait pas faire quand il était simple gregario de Saronni.

Si j’avais écrit cet article juste après ce Giro 1991 victorieux, j’aurais peut-être pu dire que seul un manque de confiance en lui l’avait empêché d’obtenir de meilleurs résultats jusque-là, et l’avait condamné à devenir un équipier fidèle, dans l’équipe Del Tongo, dont Saronni (vainqueur du Giro 1983 et champion du monde 1981) était la figure de proue. Hélas pour Chioccioli, son maigre palmarès après ce Giro victorieux nous laisse penser qu’il n’avait pas l’étoffe d’un crack. En revanche on l’a toujours bien aimé dans le milieu du vélo. Ce fils de paysan, membre d’une famille nombreuse, fut d’abord jugé trop chétif pour pratiquer un sport aussi dur que le vélo, quand il commença à s’y intéresser à l’adolescence, au point qu’on le retarda d’un an pour obtenir sa première licence. Ensuite il fut sérieusement malade et, comble de malheur, son père perdit la vie dans un accident de la circulation, en se rendant au départ d’une course. Bref, Chioccioli connut toutes les épreuves possibles et imaginables dans sa jeunesse, et sans doute en conserva-t-il des séquelles plus tard. Enfin pour couronner le tout, une fois professionnel, les Tours d’Italie de l’époque Moser-Saronni étaient surtout faits pour eux…qui n’ont jamais été des grimpeurs. En revanche en 1991 la montagne était bien présente, comme en témoigne le classement final de ce Giro avec Chioccioli, devant Chiappucci et Lelli, tous remarquables grimpeurs, sans oublier Gianni Bugno qui était un fuoriclasse.

En tout cas, Chioccioli avait vécu une bien belle aventure dans ce Giro 1991, contrairement à Claudio Chiappucci, héros du précédent Tour de France (deuxième derrière Lemond), qui était parti dans ce Tour d’Italie pour battre Lemond, Fignon, tous deux peu en forme ou malade, mais aussi Delgado et surtout Bugno, qui était devenu son ennemi intime. Problème, battre Bugno était loin d’être suffisant, et force est de reconnaître que Chiappucci, malgré ses talents d’escaladeur, n’était pas au niveau de « Coppino ». Il provoqua même la polémique, surtout chez les suiveurs français, en s’en prenant véhémentement à Eric Boyer dans la 17è étape, auquel il reprochait de ne pas le relayer dans sa chasse à Chioccioli, qui avait attaqué dans le Pordoi…alors que Boyer était bien incapable de relayer tellement il était à bout de forces. Chiappucci finit par le comprendre, mais le mal était fait pour lui, alors qu’il voulait passer auprès de tous, coureurs, suiveurs et spectateurs, pour un gentil bonhomme. Néanmoins, sans vouloir le défendre, force est de reconnaître que Chiappucci était en train de vivre une des plus grandes désillusions de sa carrière. De quoi être nerveux!

En plus cette algarade avec Boyer se situa après un premier épisode où Chiappucci passa déjà pour un coureur à qui on ne pouvait pas faire confiance. Ledit épisode se situa dans la 6è étape, où les organisateurs firent passer les coureurs dans un tunnel mal éclairé, ce qui entraîna une chute collective, laquelle déclencha le courroux des coureurs. Du coup, ces derniers décidèrent de neutraliser la course jusqu’à l’arrivée. Mais la tentation d’attaquer dans le Terminillo était trop grande pour certains, dont Chiappucci, ce qui mit très en colère nombre de coureurs dont Bugno et Delgado, ce dernier affirmant que Chiapucci n’était pas « un coureur fréquentable ». Chiapucci répliqua à Delgado en lui disant que si lui et Bugno n’ont pas répliqué à l’attaque du Colombien Cuspoca dans le Terminillo, c’était parce qu’ils n’en avaient pas les moyens, et que « s’ils voulaient la guerre, ils l’auraient et la perdraient ». En fait tous l’ont perdu, sauf Chioccioli.

Michel Escatafal


« Ô rage !ô désespoir !ô vieillesse ennemie » ! Hélas, J. M. Aulas n’est pas Don Diègue

Aulas« Ô rage !ô désespoir !ô vieillesse ennemie » ! Et pour parodier Corneille, j’aurais envie d’écrire : N’ai-je donc tant vécu que pour dire des infamies ? Oui, J.M. Aulas n’en rate pas une, comme en témoigne sa phrase sur « le championnat du Qatar » « bien spécifique et réduit à une seule équipe (PSG) », après le match de samedi où l’Olympique Lyonnais affrontait Ajaccio. Des propos d’une stupidité sans nom. Tellement stupides qu’il a cru bon d’affirmer qu’il voulait « faire un mot d’humour ». Comme humour, il y a plus intelligent! Ce Monsieur a donc franchi une fois de plus la ligne jaune et même rouge, en parlant ainsi du PSG et de son actionnaire qatari, avant de se rétracter piteusement face au tollé que cette sortie a suscité y compris chez ses proches, dont paraît-il chez le coactionnaire du club. A noter que personne ne s’offusque en Angleterre que Chelsea ait un actionnaire richissime russe ou que celui de Manchester City soit émirati.

En France hélas, pays où les imbéciles franchouillards sont légion, on n’aime pas le PSG parce qu’appartenant au Qatar et parce que ce club a beaucoup d’argent. On déteste l’argent en France, même si on joue énormément au Loto pour en gagner. Passons ! Cela dit, ce qui m’apparaît le plus incompréhensible, c’est qu’autant de supporters lyonnais puissent soutenir contre vents et marées tout ce que fait et dit Aulas. Voilà simplement ce que m’inspire cette nouvelle sortie d’un homme à l’égo surdimensionné, qui respire la jalousie à plein nez. Désolé, Monsieur Aulas, mais si l’envie ne meurt jamais, vous mourrez malheureux, parce qu’il y aura toujours des gens plus riches que vous, des clubs plus grands que le votre, lequel mériterait sans doute un président moins irrévérencieux, qui a même parlé du Mexique comme d’un pays exotique pour pousser le sélectionneur à choisir Lacazette plutôt que Gignac pour l’Euro en juin prochain. Je pourrais aussi ajouter que jamais on n’entend les présidents des grands clubs européens se livrer sans cesse à des commentaires plus débiles les uns que les autres sur Twitter ou ailleurs. On a la classe ou on ne l’a pas!

Puisque je parle des grands clubs européens, y compris ceux qui n’ont pas autant d’argent à leur disposition que le PSG, le Real, le Barça, le Bayern, les clubs anglais du Big Four ou la Juventus, il y en a deux qui suscitent une énorme sympathie à travers l’Europe : l’Altlético Madrid et Leicester City FC. L’Atlético Madrid, parce qu’avec un budget proche de celui de l’Olympique Lyonnais, de l’Olympique de Marseille ou de l’AS Monaco, il va régulièrement en finale ou en demi-finale de la Ligue des Champions, et Leicester City, parce qu’il vient de remporter le titre de champion d’Angleterre, avec un budget infiniment moindre que celui de deux Manchester, de Chelsea, d’Arsenal, de Tottenham ou Liverpool. Il y a même dans cette équipe, dont les propriétaires sont thaïlandais (oui Monsieur Aulas !), dirigée par l’ancien entraîneur de Monaco, Ranieri, limogé sans ménagement malgré de bons résultats, des joueurs méconnus dans le monde du football jusqu’à ce printemps, à commencer par deux qui ont démarré leur carrière en Ligue1, Mahrez (au Havre AC jusqu’en 2014) et Kanté (au SM Caen jusqu’en 2015), sans parler de Vardy, son meilleur buteur que personne ne connaissait sur la scène internationale, et qui a quand même marqué 24 buts en 40 matches cette saison. Et pour cause, Leicester City n’a jamais été vraiment habitué à tutoyer les sommets (ils étaient en Football League Championship jusqu’en 2014), contrairement au rugby, ce qui est normal pour une ville un peu plus grande que Montpellier et un peu moins que Lyon.

Cela me fait penser un peu à l’aventure de Montpellier en 2011-2012, quand les Héraultais ont devancé le PSG d’Ancelotti, qui avait remplacé Kombouaré début janvier, avec à sa disposition des joueurs comme Pastore, Matuidi, Menez (aujourd’hui au Milan AC), Gameiro (meilleur buteur du FC Séville qui a gagné la dernière Ligue Europa), Sirigu, et un peu plus tard dans la saison (à partir du 1er janvier), Thiago Motta, Maxwell ou encore Alex. Et qui y avait en face à Montpellier ? Un bon entraîneur de Ligue1, Girard, quelques très bons joueurs, comme Giroud ou Belhanda, ou encore un cran en dessous Camara, Mapou, Spahic et Hilton. Espérons pour Leicester que leur aventure en Ligue des Champions soit plus brillante l’an prochain que celle de Montpellier la saison qui a suivi son titre, ce qui signifierait que ce titre n’aura pas été qu’un feu de paille. Néanmoins, la caractéristique des miracles est que ce sont des évènements qui se reproduisent très rarement, et dans le cas de Leicester, malgré les importants moyens des clubs anglais, on peut hélas craindre que cette équipe ne perde ses meilleurs éléments.

Michel Escatafal


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