J. Anquetil, conquérant de l’impossible…

S’il n’était pas mort un triste de jour de novembre 1987, Jacques Anquetil aurait eu le 8 janvier dernier 77 ans, mais comme pour tous ceux que la mort a fauchés trop tôt, il n’aura jamais vieilli. Ceux qui comme moi l’ont découvert tout jeune, j’avais moins de dix ans quand il a commencé le cycle de ses exploits, ont toujours l’impression que ses premières victoires au Grand Prix des Nations, l’équivalent aujourd’hui du Championnat du Monde du contre-la-montre, datent d’hier. Je repense aussi à mon extraordinaire déception quand il fut battu en finale du Championnat du Monde de poursuite, en 1956, par un Italien qui n’était excellent  que sur la piste (Messina). Je revois enfin la maîtrise avec laquelle il a remporté la première de ses 5 victoires dans le Tour de France. J’étais tout petit garçon, mais ce sont des souvenirs extraordinaires pour quelqu’un qui a toujours aimé passionnément le vélo.

Ensuite il eut quelques difficultés à digérer tous ces succès acquis si jeune, et surtout il dut faire face à plusieurs adversaires de très grande classe qui étaient soit un très grand grimpeur (Charly Gaul), soit le meilleur rouleur en valeur absolue que le cyclisme ait produit (Roger Rivière). Mais le destin voulut qu’on n’assistât pas au duel que tout le monde attendait entre les deux surdoués de la jeune génération française qui remplaça Louison Bobet. Qui aurait gagné le plus entre Jacques Anquetil et Roger Rivière, si le coureur stéphanois n’avait pas chuté dans la descente du col du Perjuret en 1960, alors que selon toute vraisemblance il allait remporter le Tour de France cette année là ? Oui, quel était le meilleur des deux ? Nul ne le saura jamais, et c’est bien dommage car le sport n’est jamais aussi beau que dans les grands duels qu’il suscite.

Pensons aux affrontements  Coppi-Bartali dans le Giro, ou encore Coppi-Koblet toujours dans le Giro, mais aussi Anquetil-Poulidor dans le Tour de France, ou Merck-Ocana, ou encore Hinault-Fignon toujours dans le Tour de France. J’arrêterai là les comparaisons, car peu après on allait entrer dans l’ère de la spécialisation à outrance, avec des coureurs qui ne s’intéressaient qu’aux classiques et d’autres qui ne courraient qu’un ou deux grands tours. En tout cas, pour revenir à Jacques Anquetil et Roger Rivière, cet affrontement aurait eu lieu partout, et sans doute même sur la piste tellement les deux hommes étaient doués dans l’exercice de la poursuite. N’oublions pas qu’ils furent l’un et l’autre plusieurs fois recordman du monde de l’heure.

Pour terminer ce billet sur une note moins nostalgique, je voudrais simplement rappeler que Jacques Anquetil et Roger Rivière avaient finalement beaucoup de points en commun, y compris le même caractère orgueilleux, qui leur valut quelques déboires et quelques défaites qu’ils n’auraient jamais concédées ensemble, si leur rivalité naissante ne les avaient conduit à préférer la défaite face à quelqu’un d’autre. En disant cela je pense au Tour de France 1959,  que le grimpeur espagnol Bahamontès a remporté grâce à l’aide objective de Jacques Anquetil et Roger Rivière. Pour chacun d’eux l’honneur était sauf, puisque ce n’était pas l’autre qui avait gagné. Maître Jacques renouvellera l’opération à plusieurs reprises avec Raymond Poulidor, se privant même du titre de Champion du Monde sur route en 1966, au profit de Rudi Altig…qui n’en demandait pas tant.

Mais Jacques Anquetil, comme Roger Rivière le peu d’années qu’il courut, a réalisé de tels exploits que nous lui pardonnerons toutes ces petites vilénies. Il suffit simplement de se rappeler qu’en 1965, moins de 24 heures après avoir remporté le Dauphiné Libéré, il s’imposa dans la plus dure et la plus longue des classiques, Bordeaux-Paris, après avoir rallié par avion spécial le lieu de départ, prévu à 2h du matin. Douze heures plus tard, après avoir failli abandonner au petit matin, il arrivait en grand vainqueur après  plus de 600 km de course. Jacques Anquetil c’était la classe à l’état pur, mais aussi une volonté hors du commun. Bref c’était un campionissimo comme disent les Italiens.

Michel Escatafal

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4 commentaires on “J. Anquetil, conquérant de l’impossible…”

  1. michel dit :

    j’ai 67 ans sans doute 3 a 4 ans plus vieux que vous .des 1956 j’ai vécu si je puis dire pour jacques anquetil qui n’avais pas encore gagne son 1er tout de, France

    en valeur absolu anquetil est le plus titre de tous les temps dans le contre la montre .dommage que les grandes épreuves clm n’existent plus …grand pris de forli grand pris de geneve grand pris des nations etc..

    le championnat du monde contre la montre n’existait pas .on peut dire que le grand prix des nations était le championnat du monde de l’époque
    anquetil 9 fois vainqueur et jamais battu dans cette épreuve. vainqueur la 1ère fois à 18 ans et vainqueur en 1966 pour la dernière fois en laissant merks a 3m 50 ,classe 3e

    styliste incomparable .riviere au grand pris des nations pour sa 1e participation a fait je crois 2 ou 3e

    il n’y a pas photo sur ce type d’épreuve entre les deux.

    j’ai toujours conserve les autographes de anquetil riviere louison bobet etc
    et j’ai toujours les collections des miroir des sports miroir sprint etc ..

    amitiés

    mbou2@free.fr

    • françois dit :

      vous avez raison. Ce qui est significatif chez Anquetil, c’est qu’il n’y a pas d’équivalent. Il est incomparable. On peut dire, par exemple que Merckx est un super Louison BOBET,.etc..Mais Anquetil ? Trop « atypique », pas de comparaison possible, ni même avec Rivière.

  2. redtorso dit :

    Jacques Anquetil INCONTESTABLEMENT le PLUS Grand Champion Français de tous les Temps ……

  3. redtorso dit :

    Oui Michel Escatafal…Anquetil avait une volonté hors du commun , une capacité à se surpasser qu’aucun champion n’a eu avant et après lui ( je pense au Barachi 62 ) un sens de la course résolument moderne, ( son chef d’oeuvre : le Tour 64 )……sans parler du fameux doublé Dauphiné (qui ne fut pas une promenade de santé) Bordeaux Paris !!!!! sans parler aux micros des journalistes & dans la vie : un Gentleman ….. Jacques Anquetil comme Roger Rivière nous manquent beaucoup …..


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