Un coucher de soleil fatal à Berne

Il y a des images dans la vie qui nous marquent plus que d’autres  et le sport, pour ceux qui l’aiment évidemment, est un vivier extrêmement riche à ce sujet. Par exemple, chaque fois que j’ai des difficultés à voir devant moi à cause du soleil couchant, je ne cesse de penser à la finale de la Coupe d’Europe de 1961 à Berne opposant le F.C. Barcelone au Benfica de Lisbonne. Pour mémoire, je rappellerai que le club catalan était archi favori de cette finale, ne serait-ce que parce qu’il avait éliminé le grand Real Madrid (déjà 5 victoires en finale). Ce dernier, il faut bien le dire, arrivait en fin de cycle parce que ses meilleurs joueurs étaient soient partis, soient surtout trop âgés, ce qui ne l’avait pas empêché d’avoir pulvérisé en finale l’année précédente l’Eintracht Francfort, le champion d’Allemagne (7 à 3).

Par parenthèse, je dis cela pour les plus jeunes, à l’époque la Ligue des Champions n’existait pas, et seul le champion du pays avait le droit de représenter sa ligue, la seule exception étant que le vainqueur de la Coupe d’Europe était automatiquement qualifié pour l’année suivante. Aujourd’hui, depuis 1992 il peut y avoir jusqu’à 4 clubs par pays, ce qui dénature quelque peu la compétition et empêche certains pays d’y participer, malgré les efforts faits par Michel Platini pour essayer d’aménager le système. Pas facile car les grands clubs connaissent leur pouvoir.

Mais revenons donc à ce soleil couchant du 31 mai 1961. S’affrontaient le champion d’Espagne et le champion du Portugal, deux équipes dont l’une (le FC Barcelone) regroupait 5 ou 6 des meilleurs joueurs de la planète à savoir, le gardien Ramallets qui devait avoir 40 ans, plus un grand joueur brésilien Evaristo (avant-centre), le meilleur joueur espagnol et européen de l’époque, Luis Suarez, un joueur ayant eu la particularité de porter le maillot de 3 équipes nationales différentes, Kubala, et deux attaquants, Kocsis (photo) et Czibor, ex-membres de ce que beaucoup considèrent encore de nos jours comme la plus grande équipe de tous les temps, la grande Hongrie des années 50 avec ses Grosics, Boszik, Lorant, Hidejkuti, ou Puskas.

En face, il y avait Benfica avec certes des grands joueurs, mais pour la plupart encore inconnus du grand public (Costa Pereira, Neto, Cruz, Coluna, Cavem, Aguas) à l’exception de l’ailier droit Augusto. Ils devaient donc se faire manger par l’ogre catalan, mais il n’en fut rien bien au contraire. En effet, alors que Kocsis, le meilleur joueur de tête que le football ait connu, avait ouvert le score, les Portugais égalisèrent avant que Ramallets, pourtant un très grand gardien, ne soit gêné par le soleil couchant et encaisse un but  « casquette » qui allait décider du sort du match.

En effet, malgré les efforts des Catalans qui en outre tirèrent plusieurs fois sur les poteaux ou la barre, Benfica l’emporta par 3 buts à 2. Il récidivera d’ailleurs l’année suivante en battant le Real en finale par 5 buts à 3. Le FC Barcelone en revanche ne se remettra pas avant de longues années de cette défaite qui marquera la fin de la génération dorée des ex-Hongrois. Il remportera sa première victoire en 1992.

Voilà ce que me rappelle constamment un coucher de soleil, que je sois à pied ou en voiture : l’erreur de Ramallets à Berne, terrain maudit pour les Hongrois présents sur le terrain qui avaient perdu à la surprise générale la finale de la Coupe du Monde 1954 contre l’Allemagne. Cela dit, je suis persuadé que sans les évènements de Budapest en 1956, et l’exode de leurs meilleurs joueurs, ils auraient gagné celle de 1958 en Suède.

Michel Escatafal

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