Le capitaine dans les sports collectifs

Le capitaine dans les sports collectifs reste généralement une figure emblématique de l’équipe qu’il commande. Force est de constater que son poids dans l’équipe est quand même important, même si cette importance n’est pas toujours en rapport avec ce qu’il apporte réellement à l’équipe. Pour ma part, et pour parler des deux plus importants sports d’équipe dans notre pays, j’en citerai deux qui auront marqué à jamais les équipes qu’ils ont eu l’honneur de commander : Jacques Fouroux pour le rugby, capitaine de la fameuse équipe de 1977 qui aurait à coup sûr gagné la Coupe du Monde si elle avait existé, et Didier Deschamp pour le football, capitaine de l’équipe qui a gagné la Coupe du Monde en 1998 et qui a réussi le doublé en remportant le Championnat d’Europe des Nations en 2000.

Voilà deux joueurs qui étaient sans doute les moins talentueux de l’équipe qu’ils devaient commander, mais quand ils ont arrêté leur carrière internationale ils ont été finalement très difficiles à remplacer. Les moins de 40 ans se rappellent tous de Jacques Fouroux, que l’on appelait « le Petit Caporal », haranguant « les bestiaux du pack » qui tous faisaient deux têtes de plus que lui. Un pack qui, soit dit en passant, fut sans doute le meilleur que notre rugby ait possédé. De même,  et là les plus jeunes ou presque s’en souviennent, tous les amoureux de football revoient avec un immense plaisir Didier Deschamp invectiver ses coéquipiers, afin de ne pas accepter une défaite qui paraissait inéluctable jusqu’à la dernière minute. En disant cela je pense à la finale du Championnat d’Europe des Nations en 2000 contre l’Italie, où Wiltord a égalisé à la dernière minute du temps additionnel, ce qui donnait droit à une prolongation que le Onze de France ne pouvait pas perdre.

Parfois aussi, le capitaine occupe cette fonction sans être un vrai décideur sur le terrain. En clair c’est un joueur brillant, mais son influence sur les autres joueurs  est inversement proportionnelle à son talent. En disant cela je pense à Christian Darrouy, joueur de rugby du Stade Montois au début des années 60 à la grande époque des frères Boniface. Christian Darrouy fut un de nos plus grands ailiers, qui a longtemps détenu le record français du plus grand nombre d’essais marqués en match international, mais son capitanat à la tête du Quinze de France est loin d’avoir laissé un souvenir impérissable.

En revanche, il arrive aussi que le meilleur joueur de l’équipe soit le capitaine ce qui est parfois une forme de reconnaissance pour l’influence qu’a le joueur sur l’équipe dont il est, quoi qu’il en soit, le leader. Dans ce registre nous avons connu il y a un peu plus de 20 ans, Michel Platini à l’époque le meilleur joueur de la planète, capitaine de l’Equipe de France championne d’Europe en 1984 et joueur emblématique de la Juventus de Turin. Plus près de nous, pendant la Coupe du Monde 2006, Zinédine Zidane fut également capitaine de l’équipe qui atteignit la finale. Dans le rugby, les plus anciens se rappellent de Jean Prat, capitaine de la première Equipe de France à avoir remporté le Tournoi des 5 Nations en 1955, que les Anglais avaient surnommé « Monsieur Rugby ». Ceux qui sont un peu plus jeunes se rappellent aussi de Jean-Pierre Rives que la télévision et Roger Couderc ont magnifié.

Enfin, il y a le cas où le meilleur joueur de l’équipe, disons le vrai patron sur le terrain, n’est pas le capitaine. Parmi ceux-ci nous citerons pour le football celui que tout le monde considère comme le meilleur joueur français de tous les temps avec Platini et Zidane, à savoir Raymond Kopa. Par exemple à la Coupe du Monde en Suède en 1958, le capitaine était Robert Jonquet qui était certes un grand joueur, sélectionné dans l’Equipe d’Europe en 1954, mais la figure emblématique de l’équipe, celui qui donnait le tempo c’était Raymond  Kopa qui fut d’ailleurs sacré meilleur joueur de la Coupe du Monde 1958 devant des joueurs comme Pelé, Didi, Garrincha ou Rahn. Dans le rugby, Serge Blanco surnommé par ses pairs le Pelé du rugby ne connut quasiment jamais la joie d’être capitaine, à moins qu’il n’en ait pas manifesté l’envie. Cela ne l’a pas empêché d’être longtemps considéré comme le meilleur joueur du monde.

En résumé, le rôle du capitaine est certes très important, mais tout dépend de l’équipe qu’il dirige. Le meilleur des capitaines ne peut rien s’il n’est pas entouré par des joueurs de talent, mais son rôle en tant que  relais de son entraîneur sur le terrain peut s’avérer très important, surtout quand les choses ne tournent pas comme espéré. Cela étant, si un grand capitaine ne fait pas nécessairement une grande équipe, une grande équipe l’est rarement sans un grand capitaine ou à tout le moins sans un grand leader. Cela nous permet de dire que la nomination du capitaine n’a sans doute pas une importance aussi décisive que peuvent  le laisser imaginer les supputations relatives à sa nomination, que ce soit  à la tête du Onze de France ou du Quinze de France.

Michel Escatafal

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