J.B. Elissalde, si grand par le talent…

Depuis que j’ai foulé pour la première fois un terrain de rugby avec le ballon dans les mains, à la fin des années 50, j’ai toujours eu une admiration sans bornes pour les joueurs qui étaient « rugby » jusqu’au bout des ongles.  Et parmi ceux-ci il y en a un pour qui j’ai eu beaucoup d’admiration pendant  quelques années, Jean-Baptiste Elissalde, que je me représentais en « Mozart du rugby ». Je l’avais baptisé ainsi après un match de Coupe d’Europe remporté contre Cardiff (en 2008) où il avait éclaboussé le match de toute sa classe. Aujourd’hui J.B. Elissalde n’est plus joueur puisqu’il a arrêté sa carrière l’an passé à moins de 33 ans, ce qui n’est certes pas un âge canonique, mais qui est largement suffisant pour rencontrer des problèmes physiques à répétition après une carrière très bien remplie, riche de nombreux titres. En fait pour que celle-ci eût été parfaite, il aurait fallu que l’équipe de France remportât la Coupe du Monde 2007…qui était largement à sa portée, avec J.B. Elissalde à la baguette.

A ce propos,  j’ai toujours pensé que ce sont les années 2007 et 2008 qui l’ont vraiment atteint physiquement, dans la mesure où il a participé à une dizaine de matches internationaux en 2007, et où comme plusieurs autres joueurs ayant disputé l’intégralité ou presque de la Coupe du Monde, il a embrayé immédiatement sur une saison de compétition très lourde, puisque le Stade Toulousain a été cette année-là en finale de la Coupe d’Europe et a remporté le championnat de France. Presque 12 mois de compétition ou de préparation non-stop ! C’était sans doute trop pour J.B. Elissalde, comme pour d’autres qui eux aussi ont payé très cher cette débauche d’efforts. En tout cas depuis la fin de la saison 2007-2008, J.B.E. a accumulé les pépins physiques, ce qui l’a empêché de s’exprimer sur le terrain comme son immense classe naturelle l’y aurait  autorisé.

Toutefois même s’il ne joue plus, il n’a pas quitté le rugby pour autant, puisqu’il est devenu l’entraîneur des lignes arrières du  Stade Toulousain. Nul doute qu’il réussira dans ces fonctions, le jeune homme ayant  tous les atouts pour occuper une fonction de ce type. Sur ce plan il me fait penser à Jacques Fouroux, autre demi de mêlée et capitaine emblématique de l’équipe de France de 1977, à l’époque la meilleure du monde, devenu par la suite l’entraîneur de l’équipe qui réussit à se hisser en finale de la première Coupe du monde en 1987. Cela dit par rapport à Fouroux, et ce n’est pas trahir sa mémoire, J.B. Elissalde aura été un joueur exceptionnel, capable de jouer avec le même bonheur à l’ouverture ou à la mêlée, et de surcroît remarquable buteur. Cette polyvalence lui a permis de se relever  facilement du coup sur la tête que lui ont infligé ses dirigeants quand ils ont recruté, l’été 2007, Byron Kelleher, le demi de mêlée des All Blacks.

Dire qu’il en était satisfait à l’époque serait exagéré, mais un joueur de son calibre se doit d’être fort dans sa tête. Et il l’a été puisqu’il s’est repositionné tout naturellement au poste de ses débuts, demi d’ouverture, au point que nous sommes nombreux à avoir pensé que les dirigeants  toulousains  avaient cette idée derrière la tête quand ils ont recruté Kelleher.  En tout cas il a bien fait d’entamer sans maugréer cette seconde carrière, puisque ses dirigeants lui ont offert une place dans le staff technique du club le mieux structuré en France et en Europe. Il pourra faire profiter les joueurs qu’il aura sous sa coupe de sa science du rugby, car dans ce domaine personne ne lui était supérieur.

Et puisque j’évoque de nouveau ses qualités, je voudrais souligner encore une fois que ce fils et petit-fils d’international aura été pour nombre de jeunes, un exemple, ne serait-ce qu’en raison de son gabarit aujourd’hui hors-normes (1,72m et 73 kg). A ce propos, comme par exemple Shane Williams (l’ailier gallois), J.B. Elissalde a démontré que l’on n’a pas besoin d’être une « armoire à glace », comme on en trouve de plus en plus sur les terrains de jeu, pour devenir un super joueur, ce qui redonne au rugby  une représentation élargie notamment pour les jeunes attirés par ce sport merveilleux.  Mais d’après ce que j’en sais, c’était aussi à la fois un meneur d’hommes et un bon camarade pour ses coéquipiers, autant de qualités qui ne peuvent que l’aider dans ses nouvelles fonctions. Enfin il donnait aussi une image flatteuse du rugby à chacune de ses interventions hors du terrain, les journalistes ayant manifestement plaisir à l’avoir comme interlocuteur.

Bref, Jean-Baptiste Elissalde c’était la grande classe, et pas seulement pour la fluidité, la vivacité ou la gestuelle du joueur. Bien sûr tous ceux qui l’ont admiré garderont un trait particulier de son jeu, et feront la comparaison avec ceux qui vont lui succéder. Pour ma part,  je garderais surtout comme souvenir ses « chistéras » d’une longueur incroyable, ou encore cette façon unique qu’il avait de déposer le ballon au pied là où il le voulait. On avait l’impression qu’il lançait le ballon avec la main tellement c’était précis. Et si je ne devais garder qu’un fait de jeu en mémoire, ce serait son superbe placage sur Evans qui filait à l’essai entre les poteaux, ce qui aurait condamné les Bleus dans son match de ¼ finale contre la Nouvelle-Zélande en Coupe du Monde à Cardiff (2007).  Au lieu de cela, deux minutes après Jauzion marquait un essai pour l’équipe de France… transformé par Elissalde. Bravo l’artiste et merci !

Michel Escatafal

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