Hary, roi de Rome, et les autres

On a coutume de dire que les spécialistes de la vitesse en cyclisme sont les « aristocrates de la piste ». J’aurais tendance à dire la même chose avec les coureurs de 100 m en athlétisme. D’ailleurs ce n’est pas pour rien que l’épreuve reine en athlétisme soit précisément le 100 m, devant le 1500 m que l’on pourrait assimiler à la poursuite en cyclisme. Fermons la parenthèse pour dire qu’il est évidemment impossible de parler longuement des plus grands spécialistes du 100 m, tellement cette épreuve est pleine de grands champions méritant de figurer dans le gotha de la distance.

Je vais néanmoins en citer quelques uns qui auront marqué l’histoire par leurs exploits, en commençant par celui qui fut champion olympique à Anvers (1920). Il s’appelait Paddock, et avait pour particularité d’être très puissant pour l’époque (1.71 m – 75 kg), de ne pas savoir réellement courir, et de terminer sa ligne droite par un bon spectaculaire quelques mètres avant de couper le fil. Cela ferait presque sourire de nos jours, si ce sprinter n’avait réalisé un temps de 10s 1/5 sur 110 yards (100,58 m) en 1921. Performance extraordinaire pour l’époque, sur une piste n’ayant rien à voir avec celles d’aujourd’hui, puisque cela correspondait à un temps sur 100 m de l’ordre de 10s 1/10, un temps qui deviendra le record du monde officiel en 1956. Pour mémoire ce temps de 10s 1/5 ne sera pas homologué car réalisé sur 110 yards.

Ensuite bien sûr il y a Jesse Owens, le surdoué et le mythe des années 30, puisqu’en plus de ses records du monde, il remporta le 100, le 200 et le 4X100 m, ainsi que la longueur aux J.O. de Berlin en 1936, faisant là un majestueux pied de nez à Hitler, ce qui lui permit d’être longtemps considéré comme l’athlète du vingtième siècle. A noter toutefois que ses 10s 2/10 au 100 m n’étaient pas meilleurs que la performance de Paddock en 1921. Ce record va tenir vingt ans, et ne sera donc battu qu’en 1956 par deux coureurs entrés dans l’histoire uniquement à cause de cela, Williams et Murchison. Entre temps, ce record sera égalé par une dizaine d’athlètes dont Bobby Morrow, surnommé « la Flèche blonde du Texas », qui fera le même triplé que Jesse Owens en sprint aux J.O. de Melbourne en 1956.

Un peu plus tard le record du 100 m sera battu par un Allemand, apparu au sommet deux ans auparavant en remportant le titre européen sur 100 m, et qui réalisera le premier 10 s en 1960, quelques semaines avant de battre les Américains aux J.O. de Rome, et notamment l’Américain Dave Sime, au demeurant meilleur sur 200 m, mais qui ne s’était pas qualifié sur cette distance aux sélections américaines. Ce record allait lui aussi tenir très longtemps (huit ans), puisqu’après avoir été égalé par neuf athlètes, dont le Français Bambuck, il tombera en 1968 lors des championnats des Etats-Unis auxquels participait Bambuck. Là, trois coureurs, Hines, Greene et Ronnie R. Smith réaliseront 9s 9/10. Hines remportera le titre olympique à Mexico en 9s 95, chronométrage électrique, ce qui correspond à 9s 7/10 manuels. Avec l’aide de l’altitude, plus une piste synthétique, il semblait qu’on avait fait un grand saut en avant sur la distance.

En fait, pas tellement, parce qu’entre 1960 et 1968, un homme allait s’avérer comme un sprinter tout à fait exceptionnel, certains diront encore une fois le plus grand de tous, Bob Hayes. En 1963 déjà il courut le 100 yards en 9s 1/10, soit moins que 10 s sur 100m sur une piste en asphalte. Mais le grand jour pour Bob Hayes viendra quand il réalisera en finale des Jeux de Tokyo le temps de 10 s, très exactement 9s 99 au chronométrage électrique…sur une piste en cendrée détrempée. Combien aurait-il réalisé sur une piste en synthétique par beau temps ? Nul ne le saura jamais, mais sans doute autour de 9s 90, voire un peu moins, temps de classe mondiale encore de nos jours, c’est-à-dire presque cinquante ans plus tard. Dommage que Bob Hayes ait arrêté si tôt la compétition, puisqu’après son titre olympique il optera pour le football américain.

Par la suite ce sera la domination d’un sprinter européen, fait assez rare pour être souligné, le Soviétique Valéri Borzov qui, à la surprise générale, allait faire à Munich en 1972 le doublé 100 et 200 m, réservé aux très grands. Il sera d’ailleurs de nouveau médaillé sur 100 m en 1976 à Montréal derrière Crawford et Quarrie, preuve que ses deux titres olympiques précédents n’étaient pas dus au hasard. Cela dit, il faudra attendre l’arrivée au sommet de l’autre athlète du vingtième siècle, Carl Lewis, pour trouver trace d’un sprinter de la lignée de Paddock, Owens ou Hayes. Carl Lewis en effet fera le quadruplé aux J.O. de 1984 (avec la longueur), comme Owens, et battra à plusieurs reprises le record du monde, le faisant descendre, avec un autre Américain Burell, à 9s 86 et 9s 85. Quelque temps après le champion olympique 1996 à Atlanta, Donovan Bailey, fera passer le record à 9s 84.

Un peu plus tard ce sera de nouveau une domination totale d’un sprinter, l’Américain Maurice Greene, auteur d’un triplé (100, 200, 4×100 m) aux championnats du monde 1999, plus la médaille d’or olympique sur 100 m et 4X100 m à Athènes en 2000. En outre il amènera le record du monde au niveau de celui de Ben Johnson à Séoul quand il réalisa, dopé, 9s 79. En fait Maurice Greene sera le sprinter du passage du vingtième au vingt et unième siècle. Il sera aussi le dernier grand sprinter américain a dominer le 100 m, avant l’avènement des Jamaïcains, Asafa Powell d’abord, essentiellement homme de records, et la grande star actuelle de l’athlétisme mondial, Usain Bolt, triple champion olympique en 2008 et triple champion du monde en 2009.

Ce dernier fera passer le record du monde du 100 m de 9s72 (record de Powell) à 9s 58. Bolt incontestablement est à ranger parmi les plus grands sprinters de tous les temps, d’autant que son record du 200 m est tout aussi extraordinaire (19s 19). Reste à évoquer de nouveau, celui qui m’a fait le plus rêver quand je chaussais mes premières pointes, à savoir Armin Hary. Comme je l’ai dit précédemment, il apparut au grand jour lors des championnats d’Europe en 1958 où il remporta le titre en 10s 3/10, et contribua largement au succès du 4×100 m allemand. Quelques temps plus tard, il réussit 10 s tout juste à Friedrichshafen, un des trois chronométreurs ayant même enregistré un temps de 9s 9/10. Hélas on va lui chercher des poux dans la tête, non pas à cause du vent (inférieur à 2 m/s), mais parce que la piste était trop courte de 11 cm alors que la tolérance admise est de 11 cm précisément, mais aussi parce que la pente de cette même piste était favorable de 10.9 cm…alors que la tolérance admise est de 10 cm. Bref, on ne voulait pas qu’Hary fût recordman du monde.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on le soupçonnait de voler ses départs, faute d’avoir les moyens mis à disposition de nos jours. Du coup il faudra qu’Hary multiplie les exploits pour qu’on finisse par croire en lui. Par exemple le 21 juin 1960, avant les Jeux de Rome, sur la piste de Zurich réputée pour sa rapidité où il affrontait les Français Seye, qui remportera la médaille de bronze sur 200 m aux J.O., Piquemal, futur champion d’Europe en 1962, et le premier grand sprinter français, Delecour, qui avait pris la quatrième place sur 100 m aux championnats d’Europe de 1958. Hary prend un départ fulgurant et laisse ses rivaux loin derrière, en réalisant 10 s. Record du monde ! Cette fois Hary se dit qu’il l’a enfin son record. Hélas pour lui, un chronométreur dont le chrono affiche 9s 8/10 suscite le doute chez le starter. Celui-ci, en effet, prétexte qu’Armin Hary a anticipé le départ, et n’a pas pu rappeler les concurrents parce que son pistolet s’est enrayé. C’est gros comme excuse, mais c’est lui qui aura raison.

Du coup, malgré les protestations du sprinter allemand, la course est considérée comme nulle, donc pas de record. On décide donc de refaire une autre course, avec deux autres concurrents, en changeant de starter. Un starter dont les Allemands ont un bon souvenir, car c’est celui qui officiait quand Martin Lauer battit sur cette même piste le record du monde du 110 m haies en 13 s/2/10, l’année précédente. Et ce starter a pour particularité de libérer très vite les concurrents. Du pain béni pour Hary, qui va prendre tous les risques pour sortir de ses starting-blocks. En plus, il y a un léger vent favorable qui souffle dans le dos des coureurs. Hary prend effectivement un départ de choix, fait une ligne droite parfaite et réussit de nouveau 10 s juste, temps corroboré par le chronométrage électrique qui indique 10s 24/100. Cette fois le doute n’est plus permis, car 24/100 c’est en gros la différence admise entre le chronométrage manuel et le chronométrage électrique qui en était à ses balbutiements à l’époque.

Hary est donc officiellement le nouveau recordman du monde. Etait-ce suffisant pour que ce record soit crédible pour tous ? Bien sûr que non, certains reprochant au second starter le fait qu’il ait tiré très vite pour libérer les concurrents, ce qui avait avantagé Hary…apparemment le seul à en avoir profité. Bref, il fallait encore un exploit pour qu’Hary fut considéré comme le meilleur sprinter de son temps. En fait tout le monde l’attendait aux Jeux olympiques de Rome deux mois plus tard, d’autant que le 15 juillet le Canadien Harry Jérome venait de réussir lui aussi 10 s dans des conditions régulières avec 1.50 m de vent favorable. Malheureusement pour Jérome, il se claquera en demi-finale aux J.O. et ne pourra pas défendre ses chances.

Cela dit, pour Hary les adversaires ne manquaient pas, à commencer par les Américains Norton, en qui beaucoup voyaient le favori, Budd et celui qui allait s’avérer le plus dangereux de tous Dave Sime, irrésistible lorsqu’il est lancé. Nous étions le 1er septembre 1960, et 100.000 spectateurs retenaient leur souffle avant le départ de ce 100 m qui promettait tellement. Le starter donne le départ, et Hary surgit immédiatement en tête. Hélas la réputation de l’Allemand le trahit encore une fois, car manifestement il n’a pas triché, ce qui n’empêche pas le starter de rappeler tous les concurrents. Tout le monde croit que c’en est fini de ses chances, et moi le premier devant mon poste de télévision. J’avoue que j’étais triste à ce moment, comme on peut l’être à 14 ans quand son idole est en difficulté. Heureusement Hary n’était pas qu’un partant exceptionnel, et il allait le prouver lors du second départ en prenant un départ très prudent…qui n’allait pas l’empêcher d’être en tête devant tout le monde après une vingtaine de mètres. Au soixante mètres il a creusé un écart considérable sur ses poursuivants, et notamment sur le spécialiste du 200 m Dave Sime, lequel reviendra comme une bombe pour venir mourir à une trentaine de centimètres d’Hary, les deux athlètes étant crédités du même temps.

Cette fois le doute n’est plus permis, Hary est bien le meilleur sur 100 m avec son style coulé, et pas seulement grâce à son départ. Il complètera sa collection de médailles quelques jours plus tard, en remportant le relais 4×100 m avec Cullmann, Malhendorf et le hurdler Lauer, première victoire européenne depuis 1912. Pour être juste il faut dire que les Américains, ultra favoris, ont été disqualifiés. Quelques mois plus tard Armin Hary sera victime d’un accident de voiture, qui lui abîmera sérieusement un genou, et l’incitera à abandonner la compétition à l’âge de 23 ans. Décision hâtive ? Sans doute, mais comme Hary avait beaucoup monnayé ses victoires, il avait subi les froncements de sourcil de sa fédération…à une époque où on ne plaisantait pas sur l’amateurisme. Il fera donc du cinéma, puis se lancera dans l’immobilier avec plus ou moins de bonheur, avant de se consacrer aux enfants défavorisés grâce à une association qu’il a lui-même fondée. En tout cas nul ne l’oubliera, car il fut non seulement le premier coureur à 10s, mais aussi le premier européen à remporter le 100 m des Jeux Olympiques depuis 1924.

escatafal


Marciano : le plus grand des poids lourds? Peut-être, sans doute…

Si l’on demande au premier venu quel est le meilleur boxeur de tous les temps, il y a de fortes chances qu’il réponde Mohammed Ali. D’autres, plus âgés, diront Ray Sugar Robinson, et quelques uns évoqueront Hagler, Léonard, ou encore Joe Louis. De toutes façons il serait idiot de vouloir les comparer, car d’une part ils n’opèrent pas tous dans la même catégorie, et ensuite la boxe a bien changé au fil des ans, pour n’être plus de nos jours qu’un sport certes magnifique, mais où personne ne se retrouve dans les multiples catégories que l’on a créées, plus le grand nombre de fédérations, ce qui fait que nous avons aujourd’hui presque cent détenteurs de ceintures mondiales, en comptant les titres détenus par intérim. Du grand n’importe quoi, par rapport à ce qui se passait avant les années 50 ou 60.

Pour ce qui me concerne je me demande si ce lauréat fictif n’est pas tout simplement Rocco Marchegiano, appelé Rocky Marciano et surnommé « le Roc de Brockton ». Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il s’est retiré invaincu des rings après avoir disputé et gagné 49 combats professionnels (dont 43 par K.O.), et avoir combattu victorieusement à sept reprises pour le titre mondial des poids lourds. Il est le seul boxeur dans ce cas. Même le grand, l’immense Joe Louis fut battu une fois par l’Allemand Max Schemeling (en 1936), avant sa première retraite. Il se vengea d’ailleurs de la meilleure des manières, en prenant sa revanche sur l’icône du ring allemande des années 30, en le pulvérisant en deux minutes de combat.

Cela dit, revenons à Rocky Marciano pour souligner en premier qu’il n’a pas rencontré que des has been, ou des boxeurs de second ordre, au cours de son extraordinaire carrière professionnelle. Parmi ces très grands champions il y eut notamment Joe Louis, certes en fin de deuxième carrière, en 1951, puis plus tard pour le titre mondial Joe Walcott qu’il battit à deux reprises par K.O. (en 1952 et 1953), après avoir toutefois été mis au tapis lors du premier des deux matches à la toute première reprise, le même sort étant réservé à  Roland La Starza en 1953 (K.O. technique à la onzième reprise), mais aussi à Don Cockell en 1955 (K.O. technique à la neuvième reprise), et au grand Archie Moore, le meilleur poids mi-lourd de l’histoire, qui voulait conquérir à plus de 40 ans le titre suprême (celui des lourds). Ce dernier fut vaincu par K.O. au neuvième round en septembre 1955. En fait un seul de ses challengers tint debout jusqu’à la quinzième reprise, Ezzard Charles, surnommé « le Cobra de Cincinetti », champion du monde entre 1949 et 1951 et notamment vainqueur de Joe Louis. En fait Ezzard Charles fut largement battu aux points, mais il évita le K.O. au premier combat car c’était un adversaire extrêmement mobile pour un poids lourd. Cela dit, lors du deuxième match, toujours en 1954, Ezzard Charles s’inclina lourdement par K.O. au huitième round.

Bref, Rocky Marciano avait fait le vide complet dans la catégorie des poids lourds, et avait rencontré tout ce qui faisait référence sur le plan mondial en septembre 1955. Que pouvait-il faire de plus, et qu’avait-il à prouver ? Rien, même si certains lui ont reproché de n’avoir pas voulu affronter le prometteur Floyd Patterson, champion olympique des poids moyens en 1952 à 17 ans, et redoutable puncheur. Reproche un peu vain, car il est vraisemblable que Patterson aurait été trop tendre pour un styliste de la classe de Marciano, lequel disposait aussi d’un punch redoutable. N’oublions pas que Patterson pesait moins de 85 kg, ce qui était extrêmement léger pour un poids lourd. Cela dit Patterson avait battu par K.O. le vieil Archie Moore (cinquième reprise), mais Archie Moore n’était pas non plus un vrai poids lourd. Marciano prit donc sa retraite définitive en 1956, même s’il eut l’envie en 1959 de revenir sur le ring pour affronter le Suédois Ingemar Johansson qui avait dépossédé Patterson de son titre.

Hélas ou heureusement pour lui, c’est selon, il ne poussa pas très loin ce projet après quelques semaines d’entraînement, durant lesquelles il réalisa la difficulté qu’il aurait à revenir à son meilleur niveau. En outre il avait 36 ans, et derrière lui une carrière professionnelle de plus de dix ans, et pour couronner le tout Johansson devait une revanche à Patterson, ce qui compliquait encore un peu plus ce retour. Du coup cet homme, toujours prêt à affronter n’importe qui jusque-là, se retira pour devenir restaurateur, profession dans laquelle il ne put conserver sa fortune amassée avec ses sept championnats du monde qui lui ont rapporté environ 1.500.000 dollars. Ensuite il fut présentateur de télévision, mais aussi arbitre de lutte et de boxe, au total beaucoup d’activités peu lucratives, qui ne purent l’empêcher de voir fondre l’argent empilé pendant sa carrière. Il mourut le 31 août 1969, dans un accident d’avion privé, près de Des Moines dans l’Iowa.

Un dernier mot enfin, en 1970 il fut un des deux protagonistes d’un combat fictif qui l’opposa virtuellement à Mohammed Ali, qui se prétendait « le plus grand ». Le résultat de l’ordinateur ne confirma pas ce que disait Ali, puisque celui-ci fut mis K.O. au treizième round. Evidemment ce résultat n’a aucune influence sur l’opinion que l’on peut avoir sur ces deux boxeurs, qui figurent l’un et l’autre parmi le gotha des poids lourds avec Joe Louis, mais aussi Joe Frazier qui battit à sa grande époque Ali, ou encore Georges Foreman et plus près de nous Mike Tyson qui fut le plus jeune champion du monde poids lourds et qui fut longtemps invaincu. Ce fut sans doute le dernier des très grands de la catégorie, car sans vouloir leur faire de peine, ni Lennox Lewis, et encore moins les frères Klitschko ou Hayes, ne peuvent être comparés aux champions dont je viens de parler.

Michel Escatafal


Les naturalisations dans le sport

S’il y a un sport où l’on naturalise beaucoup c’est bien le football, mais sur ce plan le rugby n’est pas en reste, puisqu’il n’est même pas nécessaire d’être naturalisé pour pouvoir porter les couleurs d’un pays (3 ans de présence). Toutefois, pour le rugby, l’essentiel du phénomène ne concerne réellement qu’une nation, la Nouvelle-Zélande. En outre dans le cas des Iliens portant le maillot des All Black, c’est le seul moyen pour eux de pouvoir espérer faire une belle carrière internationale. Quand je dis Iliens, je veux parler des Samoa, de Tonga et des Fidji. Il faut dire que les meilleurs joueurs issus de ces petits pays ont été parmi les plus grands rugbymen de la planète.

Je ne vais ici en citer que quelques uns et ce, pour les deux dernières décennies. Tout d’abord ceux originaires des Samoa. Le premier qui me vient à l’idée, Michael Jones, est certainement un des tous meilleurs 3è lignes de l’histoire, qui n’avait qu’un seul défaut…ne pas vouloir jouer le dimanche parce que sa religion le lui interdisait. Cela dit il avait tout pour pouvoir marquer l’histoire de son sport, à savoir la vitesse, l’habileté balle en main, et un remarquable sens du jeu. Cela lui a permis de collectionner, après son unique sélection avec les Iles Samoa, 55 sélections pour la Nouvelle-Zélande, et surtout de devenir champion du monde en 1987…contre la France en finale.

Le deuxième que je citerais est moins connu, mais était quand même un très grand joueur, Thomas Bachop. Il n’a pas la notoriété de Michael Jones, mais il totalise quand même à son poste de demi de mêlée 31 sélections pour les All Blacks, entre 1989 et 1995…et 8 pour le Japon en 1999, le règlement autorisant cette possibilité à l’époque. Tuigamala a également porté deux maillots dans sa carrière, en commençant bien sûr par celui tout noir de la Nouvelle-Zélande, et ce à 19 reprises entre 1991 et 1993 au poste de ¾ aile, avant de porter le maillot samoan (21 sélections), avec lequel il disputa la Coupe du Monde 1999. Il fut même international à XIII pour son pays.

Les Iles Tonga ont aussi constitué un bon réservoir pour l’équipe de Nouvelle-Zélande, avec en figure de proue celui qui a été longtemps considéré comme le meilleur centre du monde, Tana Umaga (photo), avant de devenir joueur puis entraîneur de l’équipe du R.C. Toulon. D’ailleurs, ceux qui l’ont vu rechausser les crampons en fin de saison 2009 pour permettre à Toulon de sauver sa place en Top 14, ont pu constater qu’il avait encore de beaux restes à 36 ans, ce qu’il a continué de démontrer à son retour en Nouvelle-Zélande avec les Waikato Chiefs (comme Sivivatu). Il est vrai qu’un joueur qui compte 74 sélections  chez les All Blacks est nécessairement un immense joueur.  Le 3è ligne centre So’oialo, lui aussi Tongien,  est un peu moins connu chez nous, mais il est le seul joueur à avoir disputé tous les tests des All Blacks entre 2005 et 2009. C’est dire !

Enfin restent les Iles Fidji, lesquelles ont donné ces dernières années au rugby néo-zélandais deux remarquables joueurs, Rokocoko, qui jouera lors de la prochaine saison à l’Aviron Bayonnais, et son cousin, Sivivatu, qui lui opèrera à Clermont. Rokocoko à 26 ans compte déjà 61 sélections, et a marqué 45 essais pour les All Blacks. Ce ¾ aile, très rapide (10s4 au 100m) et puissant, est un des meilleurs finisseurs que l’on ait connus dans l’équipe nationale néo-zélandaise. En revanche il n’a jamais porté que le maillot des All Blacks, tout comme Sivivatu (13 capes), presque aussi fort, opérant lui aussi au poste de ¾ aile.

On le voit, malgré leur richesse naturelle en rugbymen, les All Blacks doivent beaucoup à leurs immigrés des îles environnantes. Ils ne sont pas les seuls à bénéficier de l’apport des étrangers, notamment l’Italie qui essaie de trouver des ancêtres italiens chez tous les joueurs de rugby opérant en Europe (Craig Gower, Dominguez etc.). Tous les autres pays européens ont eux aussi des joueurs étrangers ou récemment naturalisés dans leur équipe nationale, mais très peu ont réussi à se faire une place durable dans leur nouvelle équipe nationale. En France, les deux seuls qui ont réellement réussi s’appellent Tony Marsh (australien), qui compte 21 sélections au poste de centre, et le pilier sud-africain Peter de Villiers qui a porté à 70 reprises le maillot bleu. Et c’est à peu près la même proportion pour les autres nations européennes.

En football ce type de sélection internationale n’existe pas, puisqu’il faut avoir la nationalité du pays pour y jouer. Cela étant de multiples joueurs ont la double nationalité, et choisissent l’équipe nationale de leur choix, même s’ils ont déjà porté chez les espoirs ou les juniors le maillot d’un autre pays. C’est le cas de nombreux joueurs franco-africains, par exemple, à propos desquels on a beaucoup parlé ces dernières semaines. En revanche la FIFA commence à s’inquiéter du nombre considérable de joueurs sud-américains qui obtiennent la nationalité de pays européens (Edson, Deco etc.), au point d’avoir peur de se retrouver avec une majorité de joueurs argentins et brésiliens pour disputer la Coupe du Monde en 2014, ce qui oblige Sepp Blatter (président de la FIFA) à envisager d’introduire un délai plus long que les 5 ans d’aujourd’hui, pour que les joueurs puissent représenter une sélection nationale autre que celle de leur pays d’origine. Cela étant le phénomène n’est pas réellement nouveau, car dans les années 50 ou 60 on pouvait changer de nationalité facilement, et porter le maillot de sa nouvelle équipe nationale sans condition d’âge, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui pour les joueurs ayant porté le maillot de l’équipe A nationale.

Di Stefano (international argentin, colombien et espagnol), l’emblématique joueur du Real des années 50, et plus encore Kubala (international hongrois, tchécoslovaque et espagnol), qui fit l’essentiel de sa carrière au Barça, sont les exemples les plus probants de ces internationaux « multipays ». Mais ils ne furent pas les seuls, surtout pour ceux jouant dans les clubs espagnols et italiens dans les années 50 et 60. Parmi ceux-ci, les Italo-Argentins Maschio, Angellilo, Sivori, les Italo-Uruguyayens Schiaffino et Ghiggia (champions du monde avec l’Uruguay en 1950), ou encore Santamaria qui joua pour l’Uruguay et l’Espagne, sans oublier Puskas le Hongrois qui joua ensuite pour l’Espagne quand il évoluait, avec Santamaria, au Real Madrid. En France le fait a été plus rare, mais Hector de Bourgoing (OGCNice et Girondins) fut à la fois international argentin à la fin des années 50, et international français entre 1962 et 1966.

Un dernier mot enfin, pour souligner qu’en athlétisme certains pays ont eu recours également à ce type de naturalisations, pour améliorer leurs chances de médailles aux J.O., notamment dans le demi-fond. Parmi ces naturalisés on peut citer Stephen Cherono, ex-kényan naturalisé qatari, et rebaptisé Saif Said Shaheen en échange d’un salaire à vie, qui fut champion du monde du 3000 steeple en2003. Il y aussi Kipketer, le meilleur coureur de 800m de la décennie précédente, kényan lui aussi et naturalisé danois, sans oublier l’ex-Kényan Bernard Lagat, double champion du monde américain sur 1500 et 5000 m (2007) après sa naturalisation américaine. Enfin, pour l’anecdote je citerais Ramzi, ex-marocain devenu bahreïni, qui fut double champion du monde (800-1500m en 2005) et double champion olympique sur les mêmes distances en 2008, mais déclassé de son or olympique…pour dopage.

Michel Escatafal


Lemaitre premier sprinter français en or?

Enfin, ai-je envie de dire ! Comment se fait-il que la France, pays de grands sprinters à défaut d’être très grands, comment se fait-il dis-je qu’il ait fallu attendre si longtemps pour enfin trouver la perle rare ? En tout cas c’est fait, et si les petits cochons ne mangent pas Christophe Lemaitre, notre pays va de nouveau avoir un coureur de 100 et 200 m capable de rivaliser avec les Américains et autres Jamaïcains. D’ici Londres l’an prochain, ce pourrait déjà être bon, car le jeune homme a tout juste vingt et un ans. Et réussir 9.98 s sur 100 m à 20 ans, et à présent 9.95s, signifie quelque chose, même s’il a été le 72è à réussir à descendre sous les 10 s au chronométrage électrique, et surtout même s’il lui faut gagner encore deux dixièmes (ce n’est pas rien !) pour se situer dans la cour des plus grands (Bolt, Powell, Gay). Cela dit Lemaitre a beaucoup de marge en ce qui concerne la puissance, car pour le moment c’est encore un véritable gringalet de 75-76 kg pour 1,89m. De plus, et là cela devient encore plus intéressant, ils sont très peu nombreux à avoir réalisé les mêmes performances que lui à son âge. Par exemple, Carl Lewis, Asafa Powell et Tyson Gay n’ont pas couru aussi vite à 20 ans, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il fera la même carrière qu’eux.

Si j’ajoute cette précision c’est parce que nous avons connu beaucoup d’espoirs français qui ont été très brillants en juniors, et qui n’ont pas confirmé par la suite. Malgré tout, aux yeux de tous les observateurs éclairés, il semble que la France tienne enfin son grand sprinter de niveau mondial, capable d’avoir une médaille aux Jeux Olympiques. Je ne dis pas aux championnats du monde parce que la performance est déjà plus banale, puisque ceux-ci ont lieu tous les deux ans. Un coureur aussi, capable de réaliser régulièrement des temps proches du record du monde. Bref, un sprinter comme nous n’en avons plus eu depuis…Roger Bambuck en 1968, lequel sans une angine juste avant les J.O. de Mexico aurait eu une médaille sur 100 et sans doute sur 200 m. N’oublions pas qu’un an auparavant il avait battu les meilleurs Américains lors d’un match Europe-Amérique à Montréal !

En revanche, ce qui a le don de m’énerver, c’est le fait de souligner sans cesse que Christophe Lemaitre…est de race blanche, ce qui l’agace lui aussi profondément estimant la « question superflue ». Comme si la couleur de la peau avait quelque chose à voir avec la performance d’un sprinter, ce que confirme  Jeremy Wariner, le champion olympique du 400m en 2004, et meilleur performeur actuellement en activité sur la distance. Une fois encore il faut dire et redire que le fait d’être blanc, noir ou jaune, n’a strictement rien à voir avec la vélocité naturelle d’un athlète, de même que la couleur de la peau n’a rien à voir avec le fait d’être un grand miler, un grand coureur de fond, un grand lanceur ou un grand sauteur. Je crois beaucoup plus qu’il s’agit tout simplement d’une question de talent bien sûr, mais aussi de goût et de mode. En effet je suis persuadé que si Lemaitre devient le grand sprinter qu’il peut envisager d’être, il fera des émules dans notre pays, blancs ou noirs.

Comme le dit J. Piasenta, l’ancien entraîneur de Marie-Jo Pérec, Christine Arron ou Muriel Hurtis, « pour la course il faut avoir faim » et donc s’entraîner très dur. Sans travail on n’y arrive pas, comme l’a prouvé une certaine Laure Manaudou en natation, qui n’a plus eu aucun résultat à partir du moment où elle a quitté Philippe Lucas, celui-ci lui imposant un entraînement et une discipline qu’elle ne pouvait plus supporter. C’est pareil évidemment pour l’athlétisme, d’autant qu’il y a en plus les risques de blessure qui obligent à faire encore plus attention à son corps. La preuve, depuis son année faste en 2005 où il avait été double champion du monde du 110 m haies et du 4X100m, Ladji  Doucouré n’a plus rien fait à la mesure de son talent en raison de nombreux pépins de santé. Et pourtant tout le monde semble dire qu’il se prépare très sérieusement.

Tout cela pour dire combien Piasenta a raison de tordre le cou à cette ridicule et honteuse histoire de couleur de peau, car on peut être un super coureur de 100 m même si l’on est de race blanche. Prenons quelques exemples dans l’histoire de l’athlétisme depuis une cinquantaine d’années, avec des athlètes comme Bobby Morrow que l’on a surnommé « la flèche blonde du Texas », Dave Sime et sa foulée de géant (ex-recordman du monde du 200m), Armin Hary qui était un extraordinaire partant, Livio Berruti qui pour les Italiens était « l’ange du sprint », Valéry Borzov ce merveilleux technicien, et Pietro Mennea à la vitesse de jambes stupéfiante, qui ont tous à des titres divers marqué l’histoire du 100 et du 200m. Bobby Morrow a régné presque sans partage sur le sprint mondial entre 1955 et 1958. Je dis presque parce que le seul athlète qui ait pu le battre à plusieurs reprises s’appelle Dave Sime, magnifique  sprinter de la même taille que Christophe Lemaitre (1m90). Est-ce un signe ? En tout cas, dans cette période, les deux meilleurs sprinters de la planète étaient tous deux blancs et américains. Bobby Morrow remportera le 100, le 200 et le 4X100m aux J.O. de Melbourne en 1956, bénéficiant  au passage de la blessure de Dave Sime avant les sélections américaines auxquelles il n’a pas pu prendre part.

Sime se rattrapera partiellement en 1960 à Rome sur 100m, où il sera battu sur le fil par Armin Hary, l’Allemand, qui venait de battre le record du monde en 10 s (temps manuel). Le podium olympique sera d’ailleurs entièrement blanc, puisque l’Anglais Radford a terminé à la 3è place. Et sur 200m c’est un Italien, Berruti, qui l’emportera chez lui devant Carney et  Abdou Seye qui courait encore sous les couleurs de la France.  Ensuite en 1972 ce sera le règne du Soviétique (Ukrainien) Valéri Borzov, qui fera le doublé 100 et 200m aux J.O. de Munich, puis sur 200m celui de l’Italien Pietro Mennea qui  avec 19s72 battra le record du monde de Tommy Smith (19s83 en 1968), et sera champion olympique à Moscou en 1980. Voilà, si besoin en était, la preuve qu’il ne faut pas parler de couleur de la peau pour évoquer le sprint, l’athlétisme et le sport. Et bon vent à Christophe Lemaitre, pour devenir le premier champion olympique français du 100 m ou plus vraisemblablement du 200m, après avoir été le premier à réussir le triplé aux championnats d’Europe l’an passé (100,200 et 4x100m), ce que n’avait pas fait Roger Bambuck en 1966.

Michel Escatafal


A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ?

Alors que les Français sont déçus de n’avoir pas vu leur meilleur joueur, Jo Wilfried Tsonga, remporter le tournoi du Queen’s, les Britanniques comme chaque année se remettent à espérer voir un des leurs, Andy Murray, remporter enfin le plus prestigieux des tournois du grand chelem, Wimbledon. Ils l’espèrent d’autant plus que, même si les Anglais ou disons les Britanniques sont les inventeurs du tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. En tout cas depuis quelques années (2008), avec Andy Murray, ils ont un des tous meilleurs joueurs du monde, puisqu’il se situe au quatrième rang mondial derrière Nadal, Djokovic et Federer, et qu’il a déjà remporté (24 ans) 17 titres, mais aucun dans un tournoi majeur.

D’ailleurs les Britanniques n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur,  qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry, et il a été le premier Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais de tennis d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.

Revenons au palmarès de F. Perry, pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi, Federer et Nadal. Ce club est quand  même très fermé, ce qui situe la valeur de Perry d’autant qu’il a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines, qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale, au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit.

Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert en 2005 un joueur qui a les moyens de figurer tout en haut de la hiérarchie, après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctuée par une place en finale de l’US Open (battu par Federer), par une demi-finale à Wimbledon en 2009 (battu par Roddick), et par une autre finale en grand chelem en 2010 en Australie (battu encore par Federer). Certes depuis cette finale, les résultats sont un peu moins brillants, mais cela ne semble pas trop inquiéter Murray, celui-ci assurant se sentir très bien après une bonne préparation, ce qui le rend très confiant pour la quinzaine de Wimbledon. Il l’est d’autant plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros il y a quelques jours (battu par Nadal), sur une surface qui n’est pas sa meilleure. Tout cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver d’une victoire d’un des leurs à Wimbledon.

J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a eu à une certaine époque des t-shirts à Wimbledon sur lesquels était écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique, et le revendique sans ambages.  Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la Coupe du Monde de football en 2006: « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.

Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner un jour Wimbledon, ce qui explique les efforts qu’il a fait en termes de communication depuis un peu plus de trois ans. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouvait en finale contre lui, ou face à Nadal et Djokovic, qui sont bien vus des publics qui suivent les tournois de tennis ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».

En tout cas cette année avec le retour aux affaires de Rafa Nadal, qui a conservé la première place mondiale avec sa victoire à Roland-Garros, malgré la montée en puissance de Djokovic (une seule défaite en 2011), le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin.  Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !

Michel Escatafal


Où va le XV de France?

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs. C’est toujours la même chose chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Lièvremont on sait déjà qu’il partira après la Coupe du Monde. Et puis, il est quand même plus valorisant d’être à la tête d’une équipe qui gagne !

Bientôt la Coupe du Monde va commencer,  et le sélectionneur et ses adjoints viennent de faire leurs derniers choix avant la grande aventure, et le moins que l’on puisse dire est que ces choix ont été loin de faire l’unanimité. Quels sont les critères qui ont guidé Lièvremont, que certains n’hésitent pas à comparer à Domenech, ce qui est loin d’être flatteur ? A priori il a essayé de marier des joueurs expérimentés et d’autres qui le sont beaucoup moins, comme s’il voulait en même temps préparer  la Coupe du Monde de 2015. J’en profite pour dire que la France, qui pourtant dispose d’un gros réservoir de joueurs de talent, est la seule des grandes nations du rugby à n’avoir jamais gagné la Coupe du Monde, au contraire de l’Afrique du Sud et l’Australie qui l’ont gagné deux fois, et de la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre qui l’ont emporté une fois. Donc il faudra bien que la France finisse par la gagner à son tour, si elle veut toujours figurer parmi les nations qui comptent dans le rugby international, ce qui toutefois apparaît extrêmement problématique pour la prochaine édition en Nouvelle-Zélande, en septembre et octobre.

A ce propos, Marc Lièvremont se sait attendu au tournant pour cette Coupe du monde, d’autant qu’il a commis la même erreur que Laporte avant la précédente (en 2007), en multipliant les essais pendant quatre ans (81 joueurs utilisés tout au long de son mandat dont 37 nouveaux internationaux), pour arriver à composer une équipe dont les éléments ont finalement peu joué ensemble. Par exemple sous l’ère Laporte, qui a duré huit ans, on a composé une quarantaine de charnières différentes, alors qu’au Stade Toulousain opérait une paire de demis que le monde entier nous enviait avec Elissalde et Michalak. On avait fait le même reproche à Laporte pour les trois-quarts centres ou pour la troisième ligne. Bref, aucune ligne vraiment directrice, alors que l’Angleterre par exemple avait été championne du Monde en 2003, en utilisant quasiment la même équipe et le même système de jeu pendant quatre ans.

D’ailleurs toutes les grandes équipes du passé reposaient sur une base de ce type, soit parce que les joueurs opéraient dans le même club (cas des Lourdais dans les années 50), ou parce que l’équipe était composée majoritairement des mêmes joueurs pendant plusieurs années, cas de l’équipe de Fouroux en 1977, qui avait remporté le Tournoi des Cinq Nations avec les mêmes quinze joueurs. Il n’y a pas de secret dans le rugby : on a beau avoir les meilleurs joueurs du monde, il faut de la cohésion sinon les résultats ne seront pas au rendez-vous. Il est quand même frustrant de n’avoir pas remporté « notre Coupe du Monde » en 2007, alors que le Quinze de France valait bien l’Afrique du Sud, et surtout alors qu’il avait disposé de presque dix semaines de préparation.

Mais revenons au présent, et celui-ci fait plus en plus peur aux nombreux supporters du XV de France. Pourquoi cette peur ? Tout simplement parce qu’il semble que Lièvremont ait voulu continuer dans ses errements, en bricolant une sélection plutôt qu’en la composant, dans la droite ligne de ce qu’il a fait lors de la dernière tournée d’automne et dans le dernier Tournoi, lors duquel nous avons reçu une mémorable déconvenue contre …l’Italie. En effet, après s’être passé des Toulousains au cours des tests d’automne, avec les résultats que l’on connaît, notamment une défaite historique contre l’Australie qui, pourtant, n’est sans doute pas la meilleure équipe de l’hémisphère Sud, il a semblé faire machine arrière, en annonçant la sélection de sept joueurs toulousains parmi les trente sélectionnés pour débuter le tournoi contre l’Ecosse. Et puis, au moment de composer la sélection qui allait jouer contre le XV du Chardon le samedi, il n’y avait plus que trois titulaires parmi les joueurs du Stade Toulousain, le sélectionneur se privant même dans son équipe de départ d’un des meilleurs centres de l’histoire du rugby français, Yannick Jauzion, même si ce dernier n’est plus tout à fait le même qu’il y a trois ou quatre ans. Cela étant l’Irlandais O’Driscoll, autre fameux trois-quart centre, a lui aussi vieilli, et il reste un indiscutable titulaire de l’équipe d’Irlande.

Pourquoi une telle décision de la part de Lièvremont à l’époque ? La réponse la voici : «Je ne veux pas faire un copier-coller du jeu toulousain. Je ne suis pas sûr qu’au niveau international, ce soit un gage de réussite ». Voilà une belle sentence, sauf que le Stade Toulousain vient de remporter le titre de champion de France, dont il était l’indiscutable leader (Top 14) au début du Tournoi des Six Nations, et qu’il s’est qualifié pour les demi-finales de la Coupe d’Europe, qu’il aurait dû gagner comme l’année précédente. Ajoutons aussi que le Stade Toulousain est entraîné par un certain Guy Novès, dont le palmarès d’entraîneur s’orne de neuf titres de champion de France et quatre titres européens, avec comme adjoint pour les avants Yannick Bru, et pour les lignes arrière J.B. Elissalde, ancien capitaine et maître à jouer du Stade Toulousain et du XV de France, et jugé par ses pairs comme un grand technicien du jeu. Autant de références que ne peut pas vraiment revendiquer Marc Lièvremont !

Tout cela doit bien faire rire la presse étrangère, d’autant que celle-ci connaît la valeur du Stade Toulousain, meilleure équipe de club de l’histoire de notre rugby avec le F.C. Lourdes des années 50, qui lui-même n’a pas toujours eu les faveurs des sélectionneurs de l’époque. En tout cas, en prévision de cette Coupe du monde, Lièvremont n’a pas construit une équipe, et surtout n’a pas donné à l’Equipe de France une vraie ligne directrice dans le jeu. Pire même, je ne vois toujours pas ce qu’on pourrait mettre à son crédit, contrairement à son prédécesseur Bernard Laporte, lequel avait réussi à faire en sorte que le rugby français ne subisse plus les foudres des arbitres à cause de son indiscipline.

En fait ce qu’on entend sans cesse dans la bouche du sélectionneur et des joueurs, ce sont des mots tels que : « Il va falloir relever la tête et essayer de travailler », comme l’a dit Morgan Parra après la déroute contre l’Australie en novembre dernier. L’ennui c’est que même en essayant de travailler, cela ne fera pas courir plus vite Parra, lequel n’a pas confirmé cette saison les espoirs placés en lui, au point que nombre de connaisseurs auraient préféré voir le jeune numéro 9 de Toulouse, Doussain (élève d’Elissalde), à sa place ou à tout le moins être sélectionné. Tout cela pour dire que depuis quatre ans Lièvremont a eu tout le temps de former une équipe, quitte à rajouter à doses homéopathiques des joueurs qui se révèlent, et de rester sur une ligne directrice bien définie, en s’inspirant de ce qui se fait de mieux en club dans notre pays. C’est le rôle premier du sélectionneur. Cela dit, en tant que supporter du XV de France, j’espère que malgré les absences de joueurs comme Poitrenaud, Jauzion, Fritz, mais aussi Bastareaud, Thion ou Malzieu, les Français se comporteront mieux que dans le dernier Tournoi, et au moins aussi bien lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande qu’à celles de 1987 (finalistes, après un match d’anthologie contre l’Australie), et de 1999 après une victoire en demi-finale contre les All Blacks. On peut toujours rêver !

Michel Escatafal


Les 24 heures du Mans : souvenirs, souvenirs…

Les 24 heures du Mans sont aux dires de nombreux observateurs la plus grande course automobile du monde. D’abord parce qu’elle dure 24 heures, et ensuite parce qu’elle a une histoire pratiquement ininterrompue depuis 1923, les seules parenthèses se situant entre 1940 et 1948, sans oublier celle de 1936, l’épreuve étant annulée en raison des grèves dans l’industrie automobile. Enfin son palmarès est tout à fait somptueux, puisqu’on découvre parmi les marques victorieuses tous les grands noms qui ont fait la gloire du sport automobile. De mémoire je citerais Alfa-Romeo, Bugatti, Talbot, Ferrari, Jaguar, Mercedes, Aston-Martin, Ford, Porsche, Renault, BMW, Audi et même Mac Laren.

En effet, si je cite des marques de voiture c’est parce que les 24H du Mans sont d’abord une course de marques, chacune d’entre elles ensuite essayant de réunir les meilleurs atouts pour gagner. Parmi ceux-ci figuraient pendant longtemps les pilotes de Formule 1, en fait jusque vers la fin des années 60. Ainsi, on a vu dans les années 50 Ferrari, mais aussi Mercedes pour ne citer qu’elles, ne pas hésiter à engager leurs meilleurs pilotes  au Mans. On eut même en 1955, une course sur laquelle je reviendrai, un tandem Fangio-Moss sur Mercedes qui réunissait tout simplement les deux meilleurs pilotes du moment.

 Depuis cette époque, si des pilotes de F1 figurent au palmarès c’est une fois leur carrière terminée dans la discipline reine.  Cela étant, il y a quand même parmi les vainqueurs des noms figurant parmi les plus fameux du sport automobile, notamment Tazio Nuvolari et Jean-Pierre Wimille dans les années 30, Gonzales mais aussi Trintignant et Mike Hawthorn qui fut champion du monde de F1 dans les années 50, Lorenzo Bandini,  Pedro Rodriguez, mais aussi Phil Hill et Jochen Rindt qui furent  champions du monde dans les années 60, sans oublier plus tard Didier Pironi, Jochen Mass et Michele Alboreto.

A ceux-là s’ajoutent deux noms dont il faut parler un peu plus longuement, parce qu’ils ont contribué à faire à la fois  l’histoire des 24h du Mans et  l’histoire du sport automobile. Jacky Ickx parce qu’il a été sans doute le pilote le plus éclectique qui ait jamais existé,  puisqu’il a remporté 8 victoires en grand prix F1, mais aussi de très nombreuses courses d’endurance dont 6 fois les 24h du Mans, sans oublier même si c’est anecdotique une victoire dans le Paris-Dakar. Le deuxième nom que je voudrais citer, Graham Hill, est encore plus prestigieux,  puisqu’il est le seul à ce jour à avoir réalisé le triplé « champion du monde de F1 (2 fois en 1962 et 1968), 500 miles d’Indianapolis (1966) et 24H du Mans (1972) ».

Ce que je voudrais souligner aussi à propos des 24 h du Mans, c’est la vitesse atteinte par les bolides qui évoluent et qui évoluaient sur le circuit de la Sarthe. En 1951 déjà, la Jaguar victorieuse avait dépassé les 150 kmh de moyenne sur 24 heures. Dix ans plus tard en 1961, la moyenne était de 186,5 Kmh  et en 1971 elle dépassait les 222 Kmh, chiffre qui n’a plus jamais été dépassé en raison des modifications apportées au circuit. Cela signifie qu’il y a plus de 50 ans, on dépassait très largement les 250 Kmh dans la ligne droite des Hunaudières. Le moins que l’on puisse dire est que les pilotes étaient à la fois courageux et téméraires, car les conditions de sécurité étaient très loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui dans les bolides, mais aussi sur la piste…et dans les tribunes.

A ce propos, je voudrais évoquer un souvenir personnel. C’était en 1955, et mes parents passionnés de sport auto voulaient aller assister aux 24h du Mans. Bien entendu,  malgré mon jeune âge (8 ans), j’aurais été du voyage et je piaffais d’impatience en attendant ce jour, d’autant que la lutte s’annonçait  somptueuse entre Jaguar et Mercedes. Jaguar avait récupéré pour l’occasion le pilote britannique Mike Hawthorn qui un peu plus tard (en 1958) sera champion du monde F1 sur Ferrari. Mercedes avait aligné 3 voitures dont une aux mains de Fangio et Moss, comme je l’ai déjà dit auparavant. Bref tout était prêt pour pouvoir assister à un sommet du sport automobile. Hélas si j’ose dire, au dernier moment nous avons été obligés d’annuler le voyage au Mans. Quelle déception, mais cela nous a peut-être sauvé la vie.

En effet, cette année là, une mauvaise manœuvre de Mike Hawthorn allait provoquer une catastrophe sans pareille sur les circuits. Le pilote britannique, ayant mal calculé la position de son stand, fut obligé de donner un coup de frein qui surprit celui  qui le suivait (Macklin sur Austin). Celui-ci  à son tour freina sèchement,  et en dérapant se mit dans l’axe de la Mercedes de Levegh qui, arrivant à 250 kmh, ne put l’éviter.  La Mercedes en heurtant la plage arrière de l’Austin décolla et alla s’encastrer sur un terre-plein de protection, où elle explosa telle une bombe provoquant la mort de 85 spectateurs et une centaine de blessés.

Peut-être aurions-nous été ailleurs sur le circuit, mais connaissant mon père je parie qu’il aurait pris des places parmi les meilleures,  donc peut-être près des stands. A noter que ce jour-là, ce fut un miracle si le grand Juan-Manuel Fangio resta en vie, car sans un geste de Levegh lui faisant signe qu’il se déplaçait sur la gauche, il n’aurait jamais eu l’idée de dépasser Macklin sur la droite où, miraculeusement,  il ne fit qu’effleurer la Jaguar d’Hawthorn qui rentrait enfin à son stand. Quelques minutes plus tard, venant de réaliser l’ampleur de la catastrophe, Fangio s’arrêtait en ayant l’impression d’être ressuscité. En signe de deuil, Mercedes quelques heures après la catastrophe ordonna l’abandon des deux voitures encore en course.

 On ne reverra plus Mercedes sur les circuits pendant des années. C’était la dure réalité du sport automobile à l’époque. Heureusement aujourd’hui  la sécurité est omniprésente sur les circuits comme dans les voitures,  et pareille catastrophe ne pourrait pas se reproduire. Tant mieux, ce sport est tellement beau qu’il ne méritait pas de voir ses plus valeureux représentants risquer leur vie à chaque course. En outre, de nos jours, il offre  à ses aficionados le plaisir d’assister en toute sécurité à ces joutes ô combien spectaculaires, et celles de cette année aux 24 heures du mans vaudront leur pesant d’émotions avec la lutte que se livreront les Audi (R18) équipées d’un toit, et les Peugeot 908.

Michel Escatafal