Les 24 heures du Mans : souvenirs, souvenirs…

Les 24 heures du Mans sont aux dires de nombreux observateurs la plus grande course automobile du monde. D’abord parce qu’elle dure 24 heures, et ensuite parce qu’elle a une histoire pratiquement ininterrompue depuis 1923, les seules parenthèses se situant entre 1940 et 1948, sans oublier celle de 1936, l’épreuve étant annulée en raison des grèves dans l’industrie automobile. Enfin son palmarès est tout à fait somptueux, puisqu’on découvre parmi les marques victorieuses tous les grands noms qui ont fait la gloire du sport automobile. De mémoire je citerais Alfa-Romeo, Bugatti, Talbot, Ferrari, Jaguar, Mercedes, Aston-Martin, Ford, Porsche, Renault, BMW, Audi et même Mac Laren.

En effet, si je cite des marques de voiture c’est parce que les 24H du Mans sont d’abord une course de marques, chacune d’entre elles ensuite essayant de réunir les meilleurs atouts pour gagner. Parmi ceux-ci figuraient pendant longtemps les pilotes de Formule 1, en fait jusque vers la fin des années 60. Ainsi, on a vu dans les années 50 Ferrari, mais aussi Mercedes pour ne citer qu’elles, ne pas hésiter à engager leurs meilleurs pilotes  au Mans. On eut même en 1955, une course sur laquelle je reviendrai, un tandem Fangio-Moss sur Mercedes qui réunissait tout simplement les deux meilleurs pilotes du moment.

 Depuis cette époque, si des pilotes de F1 figurent au palmarès c’est une fois leur carrière terminée dans la discipline reine.  Cela étant, il y a quand même parmi les vainqueurs des noms figurant parmi les plus fameux du sport automobile, notamment Tazio Nuvolari et Jean-Pierre Wimille dans les années 30, Gonzales mais aussi Trintignant et Mike Hawthorn qui fut champion du monde de F1 dans les années 50, Lorenzo Bandini,  Pedro Rodriguez, mais aussi Phil Hill et Jochen Rindt qui furent  champions du monde dans les années 60, sans oublier plus tard Didier Pironi, Jochen Mass et Michele Alboreto.

A ceux-là s’ajoutent deux noms dont il faut parler un peu plus longuement, parce qu’ils ont contribué à faire à la fois  l’histoire des 24h du Mans et  l’histoire du sport automobile. Jacky Ickx parce qu’il a été sans doute le pilote le plus éclectique qui ait jamais existé,  puisqu’il a remporté 8 victoires en grand prix F1, mais aussi de très nombreuses courses d’endurance dont 6 fois les 24h du Mans, sans oublier même si c’est anecdotique une victoire dans le Paris-Dakar. Le deuxième nom que je voudrais citer, Graham Hill, est encore plus prestigieux,  puisqu’il est le seul à ce jour à avoir réalisé le triplé « champion du monde de F1 (2 fois en 1962 et 1968), 500 miles d’Indianapolis (1966) et 24H du Mans (1972) ».

Ce que je voudrais souligner aussi à propos des 24 h du Mans, c’est la vitesse atteinte par les bolides qui évoluent et qui évoluaient sur le circuit de la Sarthe. En 1951 déjà, la Jaguar victorieuse avait dépassé les 150 kmh de moyenne sur 24 heures. Dix ans plus tard en 1961, la moyenne était de 186,5 Kmh  et en 1971 elle dépassait les 222 Kmh, chiffre qui n’a plus jamais été dépassé en raison des modifications apportées au circuit. Cela signifie qu’il y a plus de 50 ans, on dépassait très largement les 250 Kmh dans la ligne droite des Hunaudières. Le moins que l’on puisse dire est que les pilotes étaient à la fois courageux et téméraires, car les conditions de sécurité étaient très loin d’être ce qu’elles sont aujourd’hui dans les bolides, mais aussi sur la piste…et dans les tribunes.

A ce propos, je voudrais évoquer un souvenir personnel. C’était en 1955, et mes parents passionnés de sport auto voulaient aller assister aux 24h du Mans. Bien entendu,  malgré mon jeune âge (8 ans), j’aurais été du voyage et je piaffais d’impatience en attendant ce jour, d’autant que la lutte s’annonçait  somptueuse entre Jaguar et Mercedes. Jaguar avait récupéré pour l’occasion le pilote britannique Mike Hawthorn qui un peu plus tard (en 1958) sera champion du monde F1 sur Ferrari. Mercedes avait aligné 3 voitures dont une aux mains de Fangio et Moss, comme je l’ai déjà dit auparavant. Bref tout était prêt pour pouvoir assister à un sommet du sport automobile. Hélas si j’ose dire, au dernier moment nous avons été obligés d’annuler le voyage au Mans. Quelle déception, mais cela nous a peut-être sauvé la vie.

En effet, cette année là, une mauvaise manœuvre de Mike Hawthorn allait provoquer une catastrophe sans pareille sur les circuits. Le pilote britannique, ayant mal calculé la position de son stand, fut obligé de donner un coup de frein qui surprit celui  qui le suivait (Macklin sur Austin). Celui-ci  à son tour freina sèchement,  et en dérapant se mit dans l’axe de la Mercedes de Levegh qui, arrivant à 250 kmh, ne put l’éviter.  La Mercedes en heurtant la plage arrière de l’Austin décolla et alla s’encastrer sur un terre-plein de protection, où elle explosa telle une bombe provoquant la mort de 85 spectateurs et une centaine de blessés.

Peut-être aurions-nous été ailleurs sur le circuit, mais connaissant mon père je parie qu’il aurait pris des places parmi les meilleures,  donc peut-être près des stands. A noter que ce jour-là, ce fut un miracle si le grand Juan-Manuel Fangio resta en vie, car sans un geste de Levegh lui faisant signe qu’il se déplaçait sur la gauche, il n’aurait jamais eu l’idée de dépasser Macklin sur la droite où, miraculeusement,  il ne fit qu’effleurer la Jaguar d’Hawthorn qui rentrait enfin à son stand. Quelques minutes plus tard, venant de réaliser l’ampleur de la catastrophe, Fangio s’arrêtait en ayant l’impression d’être ressuscité. En signe de deuil, Mercedes quelques heures après la catastrophe ordonna l’abandon des deux voitures encore en course.

 On ne reverra plus Mercedes sur les circuits pendant des années. C’était la dure réalité du sport automobile à l’époque. Heureusement aujourd’hui  la sécurité est omniprésente sur les circuits comme dans les voitures,  et pareille catastrophe ne pourrait pas se reproduire. Tant mieux, ce sport est tellement beau qu’il ne méritait pas de voir ses plus valeureux représentants risquer leur vie à chaque course. En outre, de nos jours, il offre  à ses aficionados le plaisir d’assister en toute sécurité à ces joutes ô combien spectaculaires, et celles de cette année aux 24 heures du mans vaudront leur pesant d’émotions avec la lutte que se livreront les Audi (R18) équipées d’un toit, et les Peugeot 908.

Michel Escatafal


Pourquoi toujours évoquer le dopage pour le vélo?

Aujourd’hui j’ai une nouvelle fois envie de réagir, en pleine « affaire Contador» à toutes les stupidités que je lis sur les divers forums à propos du dopage et même, ce qui est plus grave, dans des journaux dits sérieux. Cependant je suis surtout choqué quand je lis qu’un ancien grand champion comme Greg Le Mond participe aussi à ce mouvement. Parmi les « forumers » il y en a 99% qui ne sont jamais monté sur un vélo de course, et leur avis est totalement sans intérêt. Ils n’y connaissent rien et ils parlent, ce qui est une des caractéristiques de la nature humaine. Les gens aiment bien disserter sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas du tout, comme on peut le constater quand ils évoquent tel ou tel auteur…qu’ils n’ont jamais pris la peine de lire. C’est pareil pour le vélo, mais quand c’est un très grand champion c’est plus gênant. Que se passe-t-il donc dans la tête de Greg Le Mond quand il s’en prend aux coureurs actuels, et contribue ainsi à alimenter les polémiques stériles sur le dopage dans le vélo. Certes on l’entend moins sur le contrôle « anormal* » (traces de clembutérol) de Contador, qu’on ne l’a entendu après l’exploit de ce dernier sur la montée de Verbier dans le Tour 2009, mais il aime manifestement parler du dopage.

Pour ceux qui connaissent l’histoire du sport, et du vélo en particulier, je veux rappeler que le donneur de leçons Le Mond a quand même gagné le Tour de France en 1989 avec un vélo qui n’était pas vraiment règlementaire à l’époque, avec son guidon de triathlète. Or quand on sait qu’il a battu Laurent Fignon (qui n’utilisait pas ce type de matériel) de 8 secondes à l’arrivée, cela signifie que sans sa machine spéciale il n’aurait sans doute pas remporté ce Tour de France. Il était donc normal qu’il y ait de la suspicion sur sa victoire, même si elle portait un peu moins sur le dopage que de nos jours. Question de mode ! Et la dite suspicion s’est faite plus ample encore, quand Le Mond a remporté le titre de champion du monde à Chambéry, toujours en 1989, en battant au sprint le Russe Konyshev et Sean Kelly qui étaient tous deux infiniment plus rapides que lui. Cela dit, ce jour-là je pense qu’il était tout simplement le plus fort.

Et puisqu’on est dans l’histoire du vélo je voudrais signifier, une fois pour toutes, qu’il n’y a rien d’anormal à voir un coureur passer les cols en tête dans le Tour ou le Giro, et être aussi vainqueur de la grande étape contre-la-montre, performance qu’a réussie Contador dans le Tour 2009 sur les bords du lac d’Annecy. Bartali, Coppi, Koblet, mais aussi Bobet, Merckx, Hinault, en sont quelques uns des plus prestigieux exemples…parce que c’étaient des « fuoriclasse ». J’aurais pu ajouter Armstrong, mais je ne veux pas ajouter de la polémique aux polémiques. Tout cela signifie que Contador est l’actuel roi du cyclisme sur route, et qu’il est le meilleur de sa génération. Un coureur qui à 28 ans a déjà remporté six grands tours et a réalisé la triple couronne (Tours de France, d’Italie et d’Espagne) est nécessairement un immense champion.

Sur ce plan on peut déjà le comparer aux plus grands parmi les plus grands. Certains même, comme Millar, pensent qu’il surpassera tous les champions du passé en ce qui concerne les grandes courses à étapes…à moins que les instances du cyclisme ne lui coupent les ailes pour quelques poussières de clembutérol trouvées dans ses urines lors du dernier Tour de France, affaire toujours pas réglée un an après. Affaire qui suscite l’ire des forumers français, et qui semble concerner jusqu’à notre ministre des sports. Il est vrai qu’il est plus facile de parler de la présence de Contador au Tour de France 2011, pour lequel il est autorisé légalement à courir, que d’évoquer le manque d’infrastructures dont souffre notre pays, par rapport aux pays voisins, notamment pour la piste, alors que nos sprinters sont les meilleurs du monde.

Mais au fait pourquoi Contador suscite-t-il autant la suspicion de certains censeurs ? Parce qu’il monte soi-disant les cols à une vitesse supersonique, et qu’en outre il est capable de battre les meilleurs à la fin du Tour de France dans un contre-la-montre de 40 km. Est-ce si inédit comme performance ? Je réponds non. Tout d’abord il faut préciser que si Contador a gagné en 2009 l’étape contre-la-montre du Tour de France sur 40 km, il a bénéficié pleinement d’une difficile côte de presque 4 km aux trois-quarts du parcours. Sans cette cote c’est Cancellara qui aurait gagné. J’ajoute que Contador n’a pas fait dans cette étape des différences extraordinaires, car le second (Cancellara) était à 3 secondes et le troisième (Ignatiev) à 15 secondes. Et que dire de Christophe Moreau qui a fini 8è à 45 secondes, et même de Sandy Casar qui a termine à la 40è place à 2mn 45 secondes. Contador n’a donc pas écrasé la course comme on a pu le lire dans certains commentaires. Je pourrais aussi ajouter les écarts que ce même Contador a faits sur l’étape contre-la-montre en côte lors du dernier Giro, où il a battu des coureurs comme Nibali et Scarponi d’une quarantaine de secondes.

On est loin des différences faites à certaines époques dans les courses contre-la-montre, par exemple dans le Tour 1993 à Madine (59 km), où Indurain reléguait le second (Bugno le double champion du monde) à plus de 2mn, malgré une crevaison. Dans le même ordre d’idées quand on s’extasie sur la performance de Contador dans la montée de Verbiers (Tour 2009), il faut rappeler qu’il n’a pris que 43 secondes à Andy Schleck en 5,6 km d’ascension, et entre une minute et une minute et demie sur ses principaux rivaux (Armstrong 9è à 1mn35s), ce qui est peu. Dernièrement sur les pentes de l’Etna dans le Giro qui vient de s’achever, Contador a réalisé une grosse performance, mais il a battu le Vénézuélien Rujano de quelques secondes et Nibali et Scarponi d’une petite minute. Pourquoi ne dit-on jamais cela ? Pourquoi en est-on toujours à suspecter tout le monde de tricherie, alors qu’il suffit de regarder les chiffres et l’histoire du vélo pour s’apercevoir que la domination de Contador est somme toute banale. C’est le champion de sa génération et Andy Schleck, le Luxembougeois, est son plus dangereux rival…sur le Tour de France, car il ne court et ne se prépare que pour cette épreuve, ce qui n’est pas le cas de Contador qui fait chaque année une grosse première partie de saison.

Et puisque je parle d’un Luxembourgeois, cela me fait une transition toute trouvée pour revenir aux succès remportés par un grimpeur ailé dans les courses contre-la-montre en mettant à part ceux que j’appelle, comme les Italiens, les fuoriclasse. Je veux parler bien sûr de Charly Gaul, celui qu’on appelait « l’Ange de la montagne » tellement il paraissait facile dès que la route s’élevait. Tous les connaisseurs estiment qu’il figure parmi les plus grands grimpeurs de tous les temps. Il avait d’ailleurs un gabarit fait pour la montagne avec ses 62 kg pour 1,68m. Il était donc un peu plus petit que Contador (1,76m) mais avait le même poids, ce qui en fait deux coureurs assez comparables à époques différentes. Cela n’a pas empêché Charly Gaul de remporter nombre d’étapes contre-la-montre dans le Giro et le Tour. En 1958 il a même battu une des références absolues dans la spécialité, Jacques Anquetil, sur 46 km. En disant cela, je veux simplement rappeler que Contador n’est donc pas le premier grimpeur ailé à bien rouler. Que ceux qui se posent des questions étudient d’abord l’histoire du vélo !

Pour terminer, je voudrais simplement dire à ceux qui passent leur temps à dénigrer le vélo qu’ils arrêtent de dire des âneries. Si le Tour de France ne les intéresse pas qu’ils cessent d’en parler, et qu’ils laissent les millions de spectateurs et de téléspectateurs rêver autant qu’ils peuvent le faire. Au passage j’observe que malgré toutes ces insinuations sur le dopage, les gens sur le bord de la route sont toujours aussi nombreux et vibrent toujours autant aux exploits de Contador, Schleck, Nibali, Scarponi ou Evans, comme ils ont vibré à ceux de Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Gaul, Anquetil, Merckx, Hinault, Lemond ou Indurain et tant d’autres.

Alors que les moralistes de tout poil qui trouvent normal de boire cinq ou six cafés par jour pour tenir le coup à leur boulot, de prendre du viagra pour essayer d’être performants dans certaines circonstances, d’user de boissons énergétiques pour faire semblant de courir quand ils font un footing, bref que tous ces zozos mènent leur vie comme ils en ont envie, mais qu’ils cessent de médire sur les coureurs et ceux qui les admirent. Je remarque à ce propos que c’est chez nous, en France, pays de la surconsommation médicale, que l’on parle le plus de dopage. Encore une exception française !

Michel Escatafal

*Je parle de contrôle anormal parce que selon C. Prudhomme, directeur du Tour de France, « le laboratoire de Cologne a des normes quarante fois plus drastiques que la norme exigée par l’Agence Mondiale Antidopage. C’est-à-dire que peu de laboratoires auraient pu le (clembutérol) déceler ».