Où va le XV de France?

En France on a coutume de dire qu’il y a au moins cinquante millions de sélectionneurs. C’est toujours la même chose chaque fois qu’il y a une rencontre internationale ou une Coupe du monde qui se profile à l’horizon, tout le monde fait son équipe et souhaite bien évidemment qu’elle corresponde à celle du sélectionneur. Je voudrais quand même en profiter pour dire que le sélectionneur est payé, très bien payé même, pour faire son équipe, avec en outre des éléments techniques que nous n’avons pas. De plus, du moins on pourrait le penser, le sélectionneur a tout intérêt à composer la meilleure formation possible, parce que son maintien dans le poste peut en dépendre, même si dans le cas de Lièvremont on sait déjà qu’il partira après la Coupe du Monde. Et puis, il est quand même plus valorisant d’être à la tête d’une équipe qui gagne !

Bientôt la Coupe du Monde va commencer,  et le sélectionneur et ses adjoints viennent de faire leurs derniers choix avant la grande aventure, et le moins que l’on puisse dire est que ces choix ont été loin de faire l’unanimité. Quels sont les critères qui ont guidé Lièvremont, que certains n’hésitent pas à comparer à Domenech, ce qui est loin d’être flatteur ? A priori il a essayé de marier des joueurs expérimentés et d’autres qui le sont beaucoup moins, comme s’il voulait en même temps préparer  la Coupe du Monde de 2015. J’en profite pour dire que la France, qui pourtant dispose d’un gros réservoir de joueurs de talent, est la seule des grandes nations du rugby à n’avoir jamais gagné la Coupe du Monde, au contraire de l’Afrique du Sud et l’Australie qui l’ont gagné deux fois, et de la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre qui l’ont emporté une fois. Donc il faudra bien que la France finisse par la gagner à son tour, si elle veut toujours figurer parmi les nations qui comptent dans le rugby international, ce qui toutefois apparaît extrêmement problématique pour la prochaine édition en Nouvelle-Zélande, en septembre et octobre.

A ce propos, Marc Lièvremont se sait attendu au tournant pour cette Coupe du monde, d’autant qu’il a commis la même erreur que Laporte avant la précédente (en 2007), en multipliant les essais pendant quatre ans (81 joueurs utilisés tout au long de son mandat dont 37 nouveaux internationaux), pour arriver à composer une équipe dont les éléments ont finalement peu joué ensemble. Par exemple sous l’ère Laporte, qui a duré huit ans, on a composé une quarantaine de charnières différentes, alors qu’au Stade Toulousain opérait une paire de demis que le monde entier nous enviait avec Elissalde et Michalak. On avait fait le même reproche à Laporte pour les trois-quarts centres ou pour la troisième ligne. Bref, aucune ligne vraiment directrice, alors que l’Angleterre par exemple avait été championne du Monde en 2003, en utilisant quasiment la même équipe et le même système de jeu pendant quatre ans.

D’ailleurs toutes les grandes équipes du passé reposaient sur une base de ce type, soit parce que les joueurs opéraient dans le même club (cas des Lourdais dans les années 50), ou parce que l’équipe était composée majoritairement des mêmes joueurs pendant plusieurs années, cas de l’équipe de Fouroux en 1977, qui avait remporté le Tournoi des Cinq Nations avec les mêmes quinze joueurs. Il n’y a pas de secret dans le rugby : on a beau avoir les meilleurs joueurs du monde, il faut de la cohésion sinon les résultats ne seront pas au rendez-vous. Il est quand même frustrant de n’avoir pas remporté « notre Coupe du Monde » en 2007, alors que le Quinze de France valait bien l’Afrique du Sud, et surtout alors qu’il avait disposé de presque dix semaines de préparation.

Mais revenons au présent, et celui-ci fait plus en plus peur aux nombreux supporters du XV de France. Pourquoi cette peur ? Tout simplement parce qu’il semble que Lièvremont ait voulu continuer dans ses errements, en bricolant une sélection plutôt qu’en la composant, dans la droite ligne de ce qu’il a fait lors de la dernière tournée d’automne et dans le dernier Tournoi, lors duquel nous avons reçu une mémorable déconvenue contre …l’Italie. En effet, après s’être passé des Toulousains au cours des tests d’automne, avec les résultats que l’on connaît, notamment une défaite historique contre l’Australie qui, pourtant, n’est sans doute pas la meilleure équipe de l’hémisphère Sud, il a semblé faire machine arrière, en annonçant la sélection de sept joueurs toulousains parmi les trente sélectionnés pour débuter le tournoi contre l’Ecosse. Et puis, au moment de composer la sélection qui allait jouer contre le XV du Chardon le samedi, il n’y avait plus que trois titulaires parmi les joueurs du Stade Toulousain, le sélectionneur se privant même dans son équipe de départ d’un des meilleurs centres de l’histoire du rugby français, Yannick Jauzion, même si ce dernier n’est plus tout à fait le même qu’il y a trois ou quatre ans. Cela étant l’Irlandais O’Driscoll, autre fameux trois-quart centre, a lui aussi vieilli, et il reste un indiscutable titulaire de l’équipe d’Irlande.

Pourquoi une telle décision de la part de Lièvremont à l’époque ? La réponse la voici : «Je ne veux pas faire un copier-coller du jeu toulousain. Je ne suis pas sûr qu’au niveau international, ce soit un gage de réussite ». Voilà une belle sentence, sauf que le Stade Toulousain vient de remporter le titre de champion de France, dont il était l’indiscutable leader (Top 14) au début du Tournoi des Six Nations, et qu’il s’est qualifié pour les demi-finales de la Coupe d’Europe, qu’il aurait dû gagner comme l’année précédente. Ajoutons aussi que le Stade Toulousain est entraîné par un certain Guy Novès, dont le palmarès d’entraîneur s’orne de neuf titres de champion de France et quatre titres européens, avec comme adjoint pour les avants Yannick Bru, et pour les lignes arrière J.B. Elissalde, ancien capitaine et maître à jouer du Stade Toulousain et du XV de France, et jugé par ses pairs comme un grand technicien du jeu. Autant de références que ne peut pas vraiment revendiquer Marc Lièvremont !

Tout cela doit bien faire rire la presse étrangère, d’autant que celle-ci connaît la valeur du Stade Toulousain, meilleure équipe de club de l’histoire de notre rugby avec le F.C. Lourdes des années 50, qui lui-même n’a pas toujours eu les faveurs des sélectionneurs de l’époque. En tout cas, en prévision de cette Coupe du monde, Lièvremont n’a pas construit une équipe, et surtout n’a pas donné à l’Equipe de France une vraie ligne directrice dans le jeu. Pire même, je ne vois toujours pas ce qu’on pourrait mettre à son crédit, contrairement à son prédécesseur Bernard Laporte, lequel avait réussi à faire en sorte que le rugby français ne subisse plus les foudres des arbitres à cause de son indiscipline.

En fait ce qu’on entend sans cesse dans la bouche du sélectionneur et des joueurs, ce sont des mots tels que : « Il va falloir relever la tête et essayer de travailler », comme l’a dit Morgan Parra après la déroute contre l’Australie en novembre dernier. L’ennui c’est que même en essayant de travailler, cela ne fera pas courir plus vite Parra, lequel n’a pas confirmé cette saison les espoirs placés en lui, au point que nombre de connaisseurs auraient préféré voir le jeune numéro 9 de Toulouse, Doussain (élève d’Elissalde), à sa place ou à tout le moins être sélectionné. Tout cela pour dire que depuis quatre ans Lièvremont a eu tout le temps de former une équipe, quitte à rajouter à doses homéopathiques des joueurs qui se révèlent, et de rester sur une ligne directrice bien définie, en s’inspirant de ce qui se fait de mieux en club dans notre pays. C’est le rôle premier du sélectionneur. Cela dit, en tant que supporter du XV de France, j’espère que malgré les absences de joueurs comme Poitrenaud, Jauzion, Fritz, mais aussi Bastareaud, Thion ou Malzieu, les Français se comporteront mieux que dans le dernier Tournoi, et au moins aussi bien lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande qu’à celles de 1987 (finalistes, après un match d’anthologie contre l’Australie), et de 1999 après une victoire en demi-finale contre les All Blacks. On peut toujours rêver !

Michel Escatafal

Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s