A quand un Britannique vainqueur à Wimbledon ?

Alors que les Français sont déçus de n’avoir pas vu leur meilleur joueur, Jo Wilfried Tsonga, remporter le tournoi du Queen’s, les Britanniques comme chaque année se remettent à espérer voir un des leurs, Andy Murray, remporter enfin le plus prestigieux des tournois du grand chelem, Wimbledon. Ils l’espèrent d’autant plus que, même si les Anglais ou disons les Britanniques sont les inventeurs du tennis, lui-même issu du jeu de paume, rares ont été les grands joueurs britanniques depuis que le tennis s’est universalisé. En tout cas depuis quelques années (2008), avec Andy Murray, ils ont un des tous meilleurs joueurs du monde, puisqu’il se situe au quatrième rang mondial derrière Nadal, Djokovic et Federer, et qu’il a déjà remporté (24 ans) 17 titres, mais aucun dans un tournoi majeur.

D’ailleurs les Britanniques n’ont plus eu de vainqueur d’un tournoi du grand chelem depuis…1936. Ce joueur,  qui avait remporté 8 tournois du grand chelem (comme Rosewall, Connors, Lendl ou Agassi), s’appelait Frederik Perry, et il a été le premier Britannique vainqueur à Wimbledon depuis l’année de sa propre naissance en 1909. Outre son palmarès, Fred Perry a la particularité d’avoir été d’abord le premier champion anglais de tennis d’origine modeste (son père était ouvrier), et d’avoir abandonné le pantalon pour le short en 1933 en même temps d’ailleurs qu’un autre joueur anglais, Harry Austin, et que le Français Cochet. Hors des courts il a également créé sous son nom une griffe vestimentaire bien connue.

Revenons au palmarès de F. Perry, pour dire qu’il fait partie des rares joueurs ayant remporté les 4 tournois du grand chelem au moins une fois, comme Budge, Laver, Emerson, Agassi, Federer et Nadal. Ce club est quand  même très fermé, ce qui situe la valeur de Perry d’autant qu’il a aussi gagné à 4 reprises la Coupe Davis (45 victoires en 52 matches joués). Bref un immense joueur qui fait partie de la grande histoire du tennis. Et en plus il fut un pionnier du professionnalisme, puisqu’il signa un contrat en 1936 pour une tournée contre un Américain du nom de Vines, qui lui permettra de gagner 250.000 dollars. Ce passage chez les pros fera scandale, au point qu’excédé par les polémiques Perry demandera la nationalité américaine. Depuis les Britanniques n’ont plus eu de joueur figurant parmi les tous meilleurs mondiaux. Ils auront quelques excellents joueurs comme Billy Knight, Robert Wilson, Mike Sangster, Roger Taylor, Mark Cox, John Lloyd, Buster Mottram, Tim Henman ou Greg Rusedski, mais aucune grande vedette du circuit.

Cela dit il semble que ce temps soit révolu, car ils ont découvert en 2005 un joueur qui a les moyens de figurer tout en haut de la hiérarchie, après une série d’excellents résultats depuis la mi- 2008, ponctuée par une place en finale de l’US Open (battu par Federer), par une demi-finale à Wimbledon en 2009 (battu par Roddick), et par une autre finale en grand chelem en 2010 en Australie (battu encore par Federer). Certes depuis cette finale, les résultats sont un peu moins brillants, mais cela ne semble pas trop inquiéter Murray, celui-ci assurant se sentir très bien après une bonne préparation, ce qui le rend très confiant pour la quinzaine de Wimbledon. Il l’est d’autant plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros il y a quelques jours (battu par Nadal), sur une surface qui n’est pas sa meilleure. Tout cela donne aux Anglais et aux Britanniques l’occasion de rêver d’une victoire d’un des leurs à Wimbledon.

J’insiste sur l’adjectif « britannique » car Murray est Ecossais, et les Anglais ont quelque peine à l’adopter et à avoir pour lui l’engouement que les Français ont eu par exemple pour Yannick Noah. Il paraît même qu’il y a eu à une certaine époque des t-shirts à Wimbledon sur lesquels était écrit : « Anyone but Murray ». Pourquoi nombre d’Anglais préfèrent-ils n’importe qui à Murray ? Tout d’abord parce que Murray est d’abord Ecossais avant d’être Britannique, et le revendique sans ambages.  Pire même pour lui, ce qui explique l’histoire des t-shirts, il aurait dit un jour à des journalistes au moment de la Coupe du Monde de football en 2006: « Anyone but England ». Et comme en plus il est parfois mal embouché, cela a de quoi choquer le public policé qui arpente les courts de Wimbledon.

Il paraît qu’il a compris le danger de n’avoir pas avec lui le soutien du public s’il veut gagner un jour Wimbledon, ce qui explique les efforts qu’il a fait en termes de communication depuis un peu plus de trois ans. Cela sera-t-il suffisant face à un Federer, champion adulé partout dans le monde, si par cas il se retrouvait en finale contre lui, ou face à Nadal et Djokovic, qui sont bien vus des publics qui suivent les tournois de tennis ? Je ne sais pas, mais apparemment le jeune homme est nettement meilleur raquette en main que comme communicant. Cela étant pour remporter un tournoi du grand-chelem il vaut mieux qu’il en soit ainsi, d’autant que s’il gagne à Wimbledon il trouvera nombre de conseillers pour lui donner un aspect davantage « bon chic, bon genre ».

En tout cas cette année avec le retour aux affaires de Rafa Nadal, qui a conservé la première place mondiale avec sa victoire à Roland-Garros, malgré la montée en puissance de Djokovic (une seule défaite en 2011), le plus vieux des tournois du Grand-Chelem (créé en 1877) s’annonce somptueux, sur une surface où l’on joue très peu de nos jours en dehors du mois de juin.  Et puis il y a la tradition dans ce temple du tennis, qui pourrait paraître un peu pesante mais à laquelle tout le monde se prête de bonne grâce depuis des décennies. Les dames ont souffert de cette tradition à partir de 1884. Par exemple en 1887, on considéra que Lottie Dod avait battu son adversaire en finale Mlle Bingley (6-2,6-0)…parce qu’elle portait une jupe courte lui arrivant au haut de la cheville. Autre scandale en 1905 avec la victoire de May Sutton, l’Américaine (première étrangère au palmarès), qui a cumulé les audaces d’abord en servant au dessus-de la tête, ensuite en portant une jupe qui couvrait seulement une partie du mollet, et enfin parce qu’elle avait retroussé ses manches…ce qui paraît-il avait handicapé l’autre finaliste, Mlle Douglas (6-3,6-4). Shocking !

Michel Escatafal

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