Lemaitre premier sprinter français en or?

Enfin, ai-je envie de dire ! Comment se fait-il que la France, pays de grands sprinters à défaut d’être très grands, comment se fait-il dis-je qu’il ait fallu attendre si longtemps pour enfin trouver la perle rare ? En tout cas c’est fait, et si les petits cochons ne mangent pas Christophe Lemaitre, notre pays va de nouveau avoir un coureur de 100 et 200 m capable de rivaliser avec les Américains et autres Jamaïcains. D’ici Londres l’an prochain, ce pourrait déjà être bon, car le jeune homme a tout juste vingt et un ans. Et réussir 9.98 s sur 100 m à 20 ans, et à présent 9.95s, signifie quelque chose, même s’il a été le 72è à réussir à descendre sous les 10 s au chronométrage électrique, et surtout même s’il lui faut gagner encore deux dixièmes (ce n’est pas rien !) pour se situer dans la cour des plus grands (Bolt, Powell, Gay). Cela dit Lemaitre a beaucoup de marge en ce qui concerne la puissance, car pour le moment c’est encore un véritable gringalet de 75-76 kg pour 1,89m. De plus, et là cela devient encore plus intéressant, ils sont très peu nombreux à avoir réalisé les mêmes performances que lui à son âge. Par exemple, Carl Lewis, Asafa Powell et Tyson Gay n’ont pas couru aussi vite à 20 ans, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il fera la même carrière qu’eux.

Si j’ajoute cette précision c’est parce que nous avons connu beaucoup d’espoirs français qui ont été très brillants en juniors, et qui n’ont pas confirmé par la suite. Malgré tout, aux yeux de tous les observateurs éclairés, il semble que la France tienne enfin son grand sprinter de niveau mondial, capable d’avoir une médaille aux Jeux Olympiques. Je ne dis pas aux championnats du monde parce que la performance est déjà plus banale, puisque ceux-ci ont lieu tous les deux ans. Un coureur aussi, capable de réaliser régulièrement des temps proches du record du monde. Bref, un sprinter comme nous n’en avons plus eu depuis…Roger Bambuck en 1968, lequel sans une angine juste avant les J.O. de Mexico aurait eu une médaille sur 100 et sans doute sur 200 m. N’oublions pas qu’un an auparavant il avait battu les meilleurs Américains lors d’un match Europe-Amérique à Montréal !

En revanche, ce qui a le don de m’énerver, c’est le fait de souligner sans cesse que Christophe Lemaitre…est de race blanche, ce qui l’agace lui aussi profondément estimant la « question superflue ». Comme si la couleur de la peau avait quelque chose à voir avec la performance d’un sprinter, ce que confirme  Jeremy Wariner, le champion olympique du 400m en 2004, et meilleur performeur actuellement en activité sur la distance. Une fois encore il faut dire et redire que le fait d’être blanc, noir ou jaune, n’a strictement rien à voir avec la vélocité naturelle d’un athlète, de même que la couleur de la peau n’a rien à voir avec le fait d’être un grand miler, un grand coureur de fond, un grand lanceur ou un grand sauteur. Je crois beaucoup plus qu’il s’agit tout simplement d’une question de talent bien sûr, mais aussi de goût et de mode. En effet je suis persuadé que si Lemaitre devient le grand sprinter qu’il peut envisager d’être, il fera des émules dans notre pays, blancs ou noirs.

Comme le dit J. Piasenta, l’ancien entraîneur de Marie-Jo Pérec, Christine Arron ou Muriel Hurtis, « pour la course il faut avoir faim » et donc s’entraîner très dur. Sans travail on n’y arrive pas, comme l’a prouvé une certaine Laure Manaudou en natation, qui n’a plus eu aucun résultat à partir du moment où elle a quitté Philippe Lucas, celui-ci lui imposant un entraînement et une discipline qu’elle ne pouvait plus supporter. C’est pareil évidemment pour l’athlétisme, d’autant qu’il y a en plus les risques de blessure qui obligent à faire encore plus attention à son corps. La preuve, depuis son année faste en 2005 où il avait été double champion du monde du 110 m haies et du 4X100m, Ladji  Doucouré n’a plus rien fait à la mesure de son talent en raison de nombreux pépins de santé. Et pourtant tout le monde semble dire qu’il se prépare très sérieusement.

Tout cela pour dire combien Piasenta a raison de tordre le cou à cette ridicule et honteuse histoire de couleur de peau, car on peut être un super coureur de 100 m même si l’on est de race blanche. Prenons quelques exemples dans l’histoire de l’athlétisme depuis une cinquantaine d’années, avec des athlètes comme Bobby Morrow que l’on a surnommé « la flèche blonde du Texas », Dave Sime et sa foulée de géant (ex-recordman du monde du 200m), Armin Hary qui était un extraordinaire partant, Livio Berruti qui pour les Italiens était « l’ange du sprint », Valéry Borzov ce merveilleux technicien, et Pietro Mennea à la vitesse de jambes stupéfiante, qui ont tous à des titres divers marqué l’histoire du 100 et du 200m. Bobby Morrow a régné presque sans partage sur le sprint mondial entre 1955 et 1958. Je dis presque parce que le seul athlète qui ait pu le battre à plusieurs reprises s’appelle Dave Sime, magnifique  sprinter de la même taille que Christophe Lemaitre (1m90). Est-ce un signe ? En tout cas, dans cette période, les deux meilleurs sprinters de la planète étaient tous deux blancs et américains. Bobby Morrow remportera le 100, le 200 et le 4X100m aux J.O. de Melbourne en 1956, bénéficiant  au passage de la blessure de Dave Sime avant les sélections américaines auxquelles il n’a pas pu prendre part.

Sime se rattrapera partiellement en 1960 à Rome sur 100m, où il sera battu sur le fil par Armin Hary, l’Allemand, qui venait de battre le record du monde en 10 s (temps manuel). Le podium olympique sera d’ailleurs entièrement blanc, puisque l’Anglais Radford a terminé à la 3è place. Et sur 200m c’est un Italien, Berruti, qui l’emportera chez lui devant Carney et  Abdou Seye qui courait encore sous les couleurs de la France.  Ensuite en 1972 ce sera le règne du Soviétique (Ukrainien) Valéri Borzov, qui fera le doublé 100 et 200m aux J.O. de Munich, puis sur 200m celui de l’Italien Pietro Mennea qui  avec 19s72 battra le record du monde de Tommy Smith (19s83 en 1968), et sera champion olympique à Moscou en 1980. Voilà, si besoin en était, la preuve qu’il ne faut pas parler de couleur de la peau pour évoquer le sprint, l’athlétisme et le sport. Et bon vent à Christophe Lemaitre, pour devenir le premier champion olympique français du 100 m ou plus vraisemblablement du 200m, après avoir été le premier à réussir le triplé aux championnats d’Europe l’an passé (100,200 et 4x100m), ce que n’avait pas fait Roger Bambuck en 1966.

Michel Escatafal

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