Mes idoles de jeunesse

Quand on est jeune on a des idoles, et celles-ci sont souvent des sportifs. Quand je dis des sportifs, je devrais dire de nos jours les vedettes des sports les plus médiatisés, ce qui entre parenthèse leur permet de gagner énormément  d’argent grâce au merchandising. Aujourd’hui dans les rues de tous les pays ou presque, on voit énormément de jeunes porter la réplique du maillot de Messi, Cristiano Ronaldo, Iniesta ou Drogba, pour ne citer qu’eux, ce qui n’était pas le cas quand j’étais enfant ou adolescent vers la fin des années 50 ou au début des années 60. Tout cela pour dire qu’à cet âge un  jeune homme, comme sans doute une jeune fille, aime à s’identifier à ceux qu’il admire.

Qui dans sa vie, à un moment ou un autre, ne s’est pas pris pour ce qu’il n’a jamais été ou aurait voulu être? J’observe d’ailleurs en écrivant ces lignes, que je n’ai voulu être « un autre » que dans le domaine du sport. Pourtant ceux qui me connaissent à travers mes blogs savent pertinemment que je suis un amoureux de la littérature et de l’histoire, mais ce n’est pas pour cela que j’ai rêvé d’être un de ces grands poètes qui m’ont ému, et encore moins un de ces hommes politiques qui marquent leur temps.

Non mes idoles, quand j’avais moins de 20 ans, c’étaient des sportifs et rien que des sportifs, plus particulièrement des coureurs cyclistes, mais aussi des joueurs de rugby, des athlètes (surtout des sprinters ou des coureurs de demi-fond), des pilotes de F1, des boxeurs et des footballeurs, même si je n’ai jamais piloté, ni boxé, ni même joué au football en compétition. Un peu plus tard la palette s’élargira au tennis…quand j’ai commencé à y jouer. Voilà pourquoi sur mon blog je parle essentiellement de ces disciplines.

Mais au fait quelles furent mes idoles dans ma prime jeunesse? La première fut Fausto Coppi, plus par ce que j’en entendais dire  que pour l’avoir réellement vu à l’œuvre. Mais j’ai souvenance, malgré mon très jeune âge (je n’avais pas encore 7 ans à l’époque), d’avoir suivi par l’intermédiaire de mon père ses résultats, notamment le Tour d’Italie 1953 et son duel avecHugo Koblet, lequel perdit le maillot rose dans l’avant-dernière étape. Cette année 53 sera la dernière grande saison du campionissimo, avec un titre de champion du monde sur route à la clé.

Certes il avait déjà porté à deux reprises le maillot arc-en-ciel, mais c’était en poursuite (en 1947 et 1949). Toutefois cette admiration béate pour le super crack italien ne m’empêchait pas d’avoir été très content quand, à Solingen, Louison Bobet remporta le titre mondial en 1954. Plus tard, à la fin de la grande carrière de Coppi, c’est pour Roger Rivière que je me prenais quand je chevauchais mon premier vélo de course, au demeurant un peu trop grand, puis ensuite pour Anquetil, après la chute dans le col du Perjuret du double recordman de l’heure et triple champion du monde de poursuite. Par atavisme j’ai toujours aimé la piste, et j’ai de tout temps été impressionné par les temps réalisés en vitesse sur 200 m, ou en poursuite sur 5 km (distance à l’époque de la poursuite individuelle).

A peu près au même moment, j’étais fasciné par un autre immense champion, Juan-Manuel Fangio. J’ai toujours apprécié le sport auto et la F1 en particulier. Je me souviens notamment de la paire de pilotes alignée par Mercedes en 1955 composée de Fangio et de Stirling Moss, qui n’a eu d’égale que Senna et Prost à la fin des années 80 chez Mac Laren. Cette année-là les deux hommes furent aussi associés pour former une équipe de rêve aux 24 h du Mans, endeuillées par l’accident de Levegh, lui aussi sur Mercedes, qui causa la mort de plus de 80 personnes (voir article de mon blog sur les 24h du Mans).

Cet accident entraîna l’arrêt des voitures grises sans attendre la fin de course, et mit fin au retour de Mercedes en F1 à la fin de l’année. Il faudra attendre l’arrivée au sommet de Jim Clark avec notamment ses victoires à Pau en F2, auxquelles j’ai assisté avec mes parents, puis sa domination en F1 au volant des mythiques Lotus (25 ou 49), pour que je retrouve pareille fascination pour un pilote qui, fait très rare, remporta aussi les 500 miles d’Indianapolis en 1965.

Cela dit à partir de 1957, époque à laquelle j’ai commencé à apprendre le maniement d’un ballon de rugby, une de mes idoles s’appelait Roger Martine. J’ai déjà  parlé de lui sur ce site, mais je redis encore une fois qu’il fut à coup sûr l’un des attaquants les plus doués de l’histoire du rugby. C’était lui qui avait dit un jour cette phrase pleine de signification pour les amoureux du rugby : « Aux équipes qui chantent sous la douche, je préfère celles qui chantent sur le terrain ». En tout cas il pouvait tout se permettre dans la mesure où il avait tout pour lui.

Il avait la vitesse, le coup de rein, mais aussi une vision du jeu exceptionnelle, sans oublier un excellent jeu au pied. Il pouvait jouer avec le même bonheur à l’arrière, à l’ouverture, mais c’est au centre qu’il fit l’essentiel de sa carrière formant avec Maurice Prat une paire de centres exceptionnelle, la meilleure au monde dans les années 50. J’étais tellement admiratif que j’avais réussi à me faire coudre sur un vieux maillot rouge et bleu (couleurs du F.C. Lourdes) le numéro 13, alors que je n’ai occupé que très occasionnellement le poste de centre.

Un dernier mot enfin pour parler de deux athlètes qui m’ont également fasciné, à savoir Abdou Seye et Armin Hary. J’ai parlé récemment de ce dernier pour souligner son extraordinaire départ qui lui permit d’être à la fois recordman du monde et champion olympique du 100 mètres. Quant à Abdou Seye, d’origine sénégalaise, j’ai le souvenir d’un sprinter de très grande classe, capable de courir le 100 m en 10s,2, le 200 m en 20s,4, et le 400 m en 45s,9. Il aurait pu lui aussi être champion olympique en 1960 à Rome, mais il dut se contenter de la médaille de bronze sur 200 m. Si le professionnalisme avait existé à son époque, il aurait pu devenir une sorte d’Usain Bolt avant l’heure tellement il était doué.

Cela dit bien d’autres champions m’ont fait rêver dans ma prime jeunesse, entre autres Kocsis, Di Stefano, Kopa et Fontaine les footballeurs, mais aussi le boxeur Charles Humez qui fut longtemps champion d’Europe des poids moyens, sans oublier Ray Sugar Robinson, un des 3 ou 4 plus grands boxeurs de tous les temps, ou encore les frères Boniface, autre exceptionnelle paire de centres du rugby moderne, Richard Sharp, le grand ouvreur anglais du début des années 60, sans oublier Michel Jazy, certainement le plus grand miler que l’athlétisme français ait jamais possédé. On  remarquera au passage qu’il était difficile de m’accuser d’un excès de chauvinisme. Il est vrai qu’entre 10 et 15 ou 16 ans, on ne se préoccupe guère de la nationalité des gens qu’on admire. Ce qui compte ce sont les émotions qu’ils nous donnent, et les émotions ne sont pas que françaises…heureusement.

Michel Escatafal


Le plus bel été du XV de France

Quand les rugbymen français se retrouvèrent le 6 juillet 1958 au rendez-vous fixé par le manager de la tournée Serge Saulnier, pour s’envoler en direction de l’Afrique du Sud où ils allaient disputer dix matches dont deux  tests, bien peu de supporters, et sans doute aussi un peu les joueurs, s’imaginaient qu’ils allaient revenir auréolés de gloire, pour avoir été la première équipe depuis 1896 à avoir battu les Springboks  chez eux. C’est donc un très grand exploit que nos tricolores ont réalisé entre le 12 juillet et  le 16 août 1958, d’autant que le bilan global présentait  non seulement  une série de tests victorieuse, mais aussi cinq victoires, deux matches nuls et seulement trois défaites.

Et pourtant, avant même qu’elle ne débutât, cette tournée ne se présentait pas sous les meilleurs auspices, parce que de nombreux joueurs sélectionnés avaient dû laisser leur place pour diverses raisons, professionnelles, ou encore sur blessure, et parfois aussi pour des motifs d’ordre privé ou militaire. Raisons professionnelles parce qu’à cette époque, le rugby n’était pas professionnel et les joueurs avaient tous un métier à côté du rugby. Maurice Prat par exemple, le fameux trois-quart centre du F.C. Lourdais était hôtelier à Lourdes, et Lourdes autour du 15 août est en pleine effervescence, donc impossibilité pour le frère de Jean Prat de se déplacer aussi longtemps.  Autre vedette de notre rugby, Michel Crauste ne pouvait laisser seule sa femme malade au moment où les joueurs allaient embarquer. Michel Hoche et Claude Mantoulan, pour leur part venaient de  partir pour l’Algérie comme des milliers de jeunes du contingent. Enfin, Domec, troisième aile du F.C. Lourdes venait de subir une opération du genou.

Par rapport à l’équipe sur laquelle comptaient les sélectionneurs pour poursuivre sur la lancée de la fin de saison 1958, avec une victoire contre l’Australie, contre le Pays de Galles à Cardiff (une première pour notre rugby), contre l’Irlande et l’Italie, cela faisait quand même un certain handicap qui ne pouvait qu’atténuer la confiance de ceux qui faisaient preuve d’un excès d’optimisme. Si j’évoque cette série de victoires, c’est pour souligner qu’après une année 1957 calamiteuse, et un début 1958 qui ne l’était pas moins,  les sélectionneurs faisant preuve de hardiesse avaient décidé, pour sauver la patrie, d’incorporer dans le XV de France pas moins de sept joueurs lourdais, appartenant à la plus grande équipe de club que notre rugby ait possédé, jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Stade Toulousain version Noves.  Et malgré la réticence de certains à accepter la sélection, notamment le fameux duo de centres lourdais Martine-Maurice Prat, l’équipe de France allait se métamorphoser en machine à gagner, sous le commandement de celui qui allait être considéré pour l’éternité comme un des deux ou trois plus  grands capitaines de son histoire, le deuxième ligne Lucien Mias (photo).

En fait ce n’était pas vraiment lui le capitaine au départ (il s’appelait Celaya), mais c’était lui le véritable patron des « âmes et des corps » pour parler comme Denis Lalanne, grand journaliste à l’Equipe, auteur du célèbre livre « Le grand combat du XV de France » ayant trait à cette tournée, et sur lequel j’ai puisé nombre d’ informations intéressantes pour écrire cet article. Lucien Mias, surnommé Docteur Pack  la fois parce qu’il était médecin et novateur du jeu d’avants, fut un extraordinaire chef de meute au cours de cette tournée, et ce fut d’abord lui qui permit à cette équipe de vivre cette extraordinaire épopée au pays des Springboks. Il faut savoir en effet qu’en Afrique du Sud le rugby est une véritable religion, comme en Nouvelle-Zélande, mais plus encore à cette époque où régnait l’apartheid, en rappelant que le rugby était le sport des blancs, même si de nombreux noirs ou métis assistaient aux matches sous leur tribune, apartheid oblige. Quelle horreur !

Mias allait d’ailleurs devenir une sorte de monstre sacré en Afrique du Sud, au point qu’après le second test-match la presse sud-africaine avoua que Mias était « le plus grand avant de rugby qu’on ait vu en Afrique du Sud ». Les Sud-Afs, comme on les appelait aussi, auraient pu ajouter que c’était sans doute un meneur d’hommes incomparable, sachant plus que tout autre galvaniser les énergies à l’extrême, notamment celle des avants, au point de faire du pack du XV de France une machine de guerre irrésistible. Il avait même su imposer ses idées à tous, notamment la notion de collectif, pourtant difficile à obtenir dans un rugby français où l’exploit individuel est particulièrement apprécié. En outre il transforma tellement le jeu qu’il devint un précurseur du rugby moderne, donnant au rugby français une belle avance sur les autres nations. 

La touche longue en mouvement, le demi-tour contact,  autant de notions qui certes favorisaient le jeu d’avant, mais qui permettaient aussi aux « lévriers » de l’arrière, comme on surnommait les trois-quarts à l’époque, de disposer de bons ballons à négocier. Et lorsqu’il quitta l’équipe de France en 1959, à peine âgé de 29 ans avec à son compteur 29 sélections, il avait démontré que le rugby français ce n’était pas seulement le « french flair », comme disaient les Britanniques, mais aussi une certaine rigueur et un style de jeu.  Et tout cela avait permis au XV de France d’être peut-être à cette époque la meilleure équipe du  monde. Cela allait aussi enclencher le cycle des grandes victoires du XV national, en remportant le Tournoi (seul) en 1959, mais aussi en parlant d’égal à égal avec les nations de l’hémisphère Sud.

Cependant pour aussi grand qu’il fût, Lucien Mias n’était pas seul à la manœuvre. Il fut bien aidé par Robert Vigier, inamovible talonneur montferrandais de l’équipe de France, pour les problèmes relatifs à la mêlée. En outre dans les lignes arrière il y avait un peu  son équivalent, du moins le temps de cette tournée, en la personne de Roger Martine, joueur sans doute trop méconnu par rapport à d’autres aux références bien inférieures. Le Lourdais fut sans doute un des attaquants les plus doués de l’histoire du rugby international, capable de jouer au centre évidemment, mais aussi avec un égal bonheur à l’ouverture et à l’arrière. Il avait tous les dons, y compris une science du jeu qui n’avait guère d’équivalent à l’époque. 

C’est pour cette raison que « Bichon », comme on surnommait Martine,  prit en main le jeu de l’attaque française  pour le faire évoluer vers une forme davantage lourdaise, la référence absolue du moment. En plus  quelle récompense pour ce joueur de se retrouver dans pareille aventure, lui dont la carrière avait failli s’arrêter un triste samedi de fin de tournoi en 1955, en raison d’une blessure à l’épaule qui le suivra jusqu’au moment où il raccrocha définitivement les crampons. Il aura même eu le plaisir d’être celui qui avait mis le XV de France à l’abri lors du second test en passant un drop comme à la parade, après avoir interrompu un mouvement sur l’aile de Dupuy blessé.  Un vrai coup de génie ! Autant d’évènements qui allaient faire de lui le seul joueur français à avoir battu toutes les nations qui comptaient dans le rugby de l’époque.

Evidemment, il faut aussi dire un mot des autres joueurs qui participèrent à cette tournée, et qui à des titres divers ont  participé à ce monumental exploit. En tournée en effet, comme dans une Coupe du Monde, il n’y a pas que l’équipe type. Il y a tous les autres, notamment en raison des blessures, et pendant cette tournée il y en eut beaucoup, la plus dramatique affectant Michel Vannier, inamovible arrière du XV de France et du RCF, victime d’un mal qui affecte de nos jours nombre de joueurs, à savoir la rupture des ligaments croisés. Sauf qu’à cette époque la chirurgie et la médecine n’avaient pas fait tous les progrès que nous connaissons aujourd’hui, au point que certains le crurent perdu pour le rugby. Cela dit Michel Vannier, que l’on appellera plus tard « Brin d’Osier », redevint quasiment lui-même après une longue convalescence, et fera encore bénéficier pendant quelque temps (jusqu’en 1961) le XV de France de sa vitesse de course et de ses talents de buteur.

On ne peut pas passer sous silence les deux Cadurciens Momméjat et Roques. Bernard Mommejat fut notre premier seconde ligne de grand format avec 1.92 m, une taille qui fait presque sourire aujourd’hui …parce que la taille moyenne du genre humain a fortement augmenté depuis quelques années par rapport à la fin des années 50. La même chose vaut pour Alfred Roques, qui pesait moins de 100 kg, mais qui avait une force naturelle extraordinaire, sans avoir besoin comme les rugbymen d’aujourd’hui de soulever des tonnes de fonte. Il est vrai que dans sa ferme, il exerçait tous les jours sa force dans les travaux agricoles, y compris quand il fallait déplacer de quelques centimètres une batteuse.

Je n’oublierais pas de citer Jean Barthe, à l’époque le meilleur troisième-ligne centre du monde, qui peu après ira exercer ses talents à XIII (en 1959) pour gagner de l’argent, parce qu’à ce moment ce n’était pas interdit chez les cousins treizistes, contrairement à ce qui se passait chez les quinzistes. Il sera imité dans cette démarche par Quaglio, autre grand pilier de cette tournée. Dans cette équipe il y avait aussi le futur capitaine de l’équipe de France, une fois Mias parti, François Moncla, champion de France avec le Racing qui allait jouer à la Section paloise, alors que son copain du Racing Marquesuzaa (remarquable trois-quart centre) préfèrera retrouver Martine à Lourdes, comme Michel Crauste un des grands absent de cette tournée.

Et puis, il y avait tous les autres que je vais citer : Barrière (pilier), Baulon (3è ligne), Carrère (3è ligne), Casaux (centre), Celaya (2è ligne) dont j’ai déjà parlé et qui se blessa lors du premier match contre une sélection locale en Rhodésie, Danos (demi de mêlée) tellement rugby, Pipiou Dupuy (3/4 aile), Echavé (3è ligne), Frémeaux (2è ligne), de Gregorio (talonneur), Haget (ouverture), Papillon Lacaze l’arrière de Lourdes qui remplacera Vannier après sa blessure, Lacroix (demi de mêlée), les ¾ ailes Lepatey, Rancoule et Rogé, et Guy Stener (centre) qui décèdera peu après à l’âge de 36 ans.

Bien entendu tous ne joueront pas nécessairement à leur poste habituel en fonction des blessures, puisqu’on vit même Danos jouer à l’arrière avant le premier test, ou encore Marquesuzaa à la mêlée, poste qu’il avait occupé chez les juniors, et plus extravagant encore le talonneur Robert Vigier opérant lui aussi à ce même  poste de demi de mêlée,  mais chacun comme je l’ai dit précédemment apportera sa pierre à l’édifice, je devrais plutôt dire à ce beau monument édifié à 8.000 km de la France. Un monument construit sur un match nul (3-3) lors du premier test à Capetown, où les Français pourtant diminués résistèrent héroïquement aux vagues parfois féroces des Springboks pour obtenir un match nul flatteur,  grâce à un drop de Danos qui valait trois points comme l’essai sud-africain de Lochner. Pour mémoire à cette époque l’essai ne valait que trois points.

En revanche, lors du second test, les Français l’emportèrent par 9 points à 5, avec deux drops de Lacaze et Martine, plus une pénalité de Lacaze, contre un essai de Fourie et une pénalité de Gerber. Oui, les Français avaient été les plus forts sur l’ensemble des tests, ce que les Sud-Africains reconnurent d’autant que les Français au second test furent privés d’un essai de Barthe que l’arbitre n’osa pas accorder. Et je ne parle pas de la joie des spectateurs noirs, qui étaient suprêmement contents de voir leurs compatriotes blancs se faire malmener, et être obligés de ravaler leur orgueil. Finalement cette tournée avait été une merveilleuse épopée pour le sport français, juste après la troisième place en Coupe du Monde de notre équipe de France de football. Espérons que l’équipe de France 2011 réalise les mêmes exploits que sa devancière lors de la Coupe du monde cet automne en Nouvelle-Zélande, une Coupe du monde que l’équipe de Mais aurait sans doute remportée si elle avait existé en 1958 ou 1959.

Michel Escatafal              


Koblet : une image magnifiée du vélo

Grand, élancé, il était beau comme un dieu. Son regard de braise faisait rougir toutes les femmes. Son élégance était légendaire, n’hésitant pas à l’arrivée d’une course à sortir le peigne qu’il portait toujours sur lui. Et  sur un vélo, il était peut-être celui qui représentait le mieux le style dans toute sa pureté, au point qu’un chansonnier (Jacques Grello) lui donna le surnom de « pédaleur de charme ». C’est pour cela que sa courte vie aura été dans l’ensemble un véritable conte de fées, après une enfance difficile suite au décès de son père boulanger, alors qu’il avait à peine neuf ans. Tel était Hugo Koblet, sans doute un des deux ou trois coureurs les plus doués que le cyclisme ait produit. Et pourtant ses débuts dans le vélo furent relativement tardifs, puisqu’il  avait déjà seize ans, un âge où il était encore apprenti dans la boulangerie familiale.

Sa vraie carrière sur route, à l’inverse de nombre de ses pairs, allait par conséquent commencer assez tard, à l’âge de 24-25 ans, après des débuts prometteurs sur la piste avec plusieurs titres de champion de Suisse de poursuite et des victoires en 1948 et 1949, respectivement  aux six-Jours de Chicago et de New-York. Mais rares ont été ceux qui imaginaient qu’il allait aussi vite exploser au firmament des étoiles de la route, au point d’éclipser tout le monde lors du Giro 1950 qu’il remporta d’une jambe, comme on dit dans le jargon, devant Bartali à plus de 5 mn, un autre Italien, Martini, à 8mn 41s, et Ferdi Kubler, son grand rival suisse, à 8mn 45s. C’était la première victoire d’un étranger dans la grande épreuve italienne. Ensuite ce sera les débuts dans le Tour de France en 1951, dont il était évidemment le grand favori, d’autant que son plus grand adversaire dans ses plus belles années, le campionissimo Fausto Coppi, avait accumulé les ennuis pendant ces deux années (fracture du fémur au cours du Giro 1950, et mort de son frère en 1951).

Et là ce sera le grand festival d’un champion qui ne parut jamais aussi brillant, au point d’avoir écoeuré ses adversaires, tel par exemple Géminiani qui déclara pendant ce Tour où il termina second à 22 mn de Koblet : « S’il doit continuer à ce train-là, je ne vois vraiment pas ce que je fais sur un vélo. Autant que je vende mon engin et que je change de métier » ! Certes on connaît le sens de l’exagération du « grand fusil », mais cela dénotait l’état d’esprit qui habitait le peloton en ce mois de juillet 1951, et plus particulièrement  après l’extraordinaire exploit réalisé entre Brive et Agen, lors de la onzième étape, le 15 juillet. Ce jour-là figure parmi les plus beaux de l’histoire du cyclisme, grâce à une échappée au long cours du « pédaleur de charme » lequel, après 135 km accomplis quasiment seul, allait reléguer ses rivaux à 2mn35s, malgré une défaillance dans les derniers kilomètres avant Agen.

Il n’empêche, cette entreprise complètement folle a priori avait réussi au-delà de toute espérance, puisque Koblet avait mis K.O. tous ses adversaires en résistant  jusqu’au bout à un peloton déchaîné à ses trousses, amené par des champions comme Coppi, Bartali, Bobet, Magni, Ockers, Van Est, et les Français Robic, Géminiani, Lauredi ou encore Lucien Lazaridès qui prendra la troisième place à Paris. Et pourtant, ce que beaucoup de gens ignoraient, il n’y avait rien de prémédité dans cette aventure d’un autre monde. En effet, après avoir serré la main de Ray Sugar Robinson, le fameux poids moyen américain présent sur les lieux, le bel Hugo a attaqué  pour vérifier si les poussées hémorroïdaires qui l’avaient fait souffrir la veille commençaient à s’estomper. Démonstration était faite que cela n’allait pas trop mal pour lui !

La suite du Tour de France sera une formalité pour lui, et il remportera l’épreuve avec encore plus de facilité que sa victoire dans le Giro de l’année précédente. Il faut dire que le  Koblet des années 50 et 51 ou encore 1953, à la fois grand rouleur (vainqueur du Grand Prix des nations en 1951 devant Coppi) capable d’emmener des braquets imposants, excellent grimpeur et remarquable descendeur, a été le seul coureur de sa génération susceptible de pousser Coppi dans ses derniers retranchements. D’ailleurs en 1953, il sera un des deux acteurs d’une des plus somptueuses batailles de l’histoire du cyclisme, et même du sport en général, pendant le Tour d’Italie.  Déjà vainqueur en 1950 avec en prime le prix du meilleur grimpeur, le merveilleux routier suisse allait obliger Coppi à être peut-être plus grand qu’il ne l’avait jamais été jusque-là, y compris dans ses plus fameux duels avec Bartali. En tout cas, aux dires des suiveurs et des coureurs, ce duel entre deux champions au sommet de leur art engendra sans doute le plus beau Giro de tous ceux que l’on ait connus jusque là, et peut-être même après.

La bataille dans les Dolomites fut royale entre ces deux monstres sacrés qui écrasaient la course de toute leur classe, avec une victoire qui changea deux fois de camp. Dans la dix-huitième étape tout d’abord, avec quatre grands cols au menu où les deux hommes se rendirent coup pour coup, Coppi remportant l’étape au sprint devant Koblet, lequel conservait presque 2 minutes d’avance sur son rival italien au classement général. Mais le lendemain Koblet, qui ne pouvait compter que sur lui-même faute d’une bonne équipe autour de lui, allait payer tous les efforts consentis la veille, et s’incliner sous les coups de boutoir du « campionissimo » dans le terrible Stelvio (26 km à 7,7% de moyenne). Il perdra finalement ce Giro pour moins d’une minute 30 secondes, les deux supers cracks faisant passer les autres coureurs pour des comparses. Hélas cet épisode, ô combien glorieux, fut le chant du cygne de l’idole helvétique.

D’abord Koblet ne remportera plus jamais le Tour de France, ni le Giro, la faute à l’amitié et à la malchance. A l’amitié d’abord, pour avoir aidé Carlo Clerici à remporter le Giro en 1954, à la faveur d’une échappée où les cadors du peloton avaient été relégués à presque 40 mn. A la malchance ensuite, parce qu’en 1953, après son somptueux Giro, Koblet  avait été victime d’une terrible chute dans la descente du col du Soulor, où il plongea dans un ravin. Certains attribuèrent cette chute à une grosse défaillance, mais quelle qu’en soit la cause, Koblet se releva avec trois côtes brisées et une forte commotion. Dommage pour lui, car il paraissait d’autant plus  imbattable que Coppi avait préféré faire l’impasse sur le Tour, afin de mieux préparer son triomphe dans le championnat du monde sur route à Lugano. Deux autres chutes en 1954 dans les Pyrénées l’empêcheront de jouer sa chance jusqu’au bout face à Louison Bobet, alors qu’il était bien placé jusque-là. La chance semblait vouloir l’abandonner, lui qui jusqu’à présent en avait bénéficié tant et plus, ne serait-ce que par les dons qu’elle lui avait administré dans son berceau.

Et de fait, il ne remportera plus que des épreuves mineures à partir de 1954 en dehors de son troisième Tour de Suisse en 1955. Sa carrière se poursuivra surtout sur la piste où, après avoir remporté le Critérium d’Europe à l’américaine (qui faisait office de championnat du monde) à deux reprises en 1953 et 1954 avec son ami Von Buren, il se contentera de victoires dans quelques six-jours, s’essayant même au demi-fond avant de se retirer de la compétition en 1958. En réalité, pour beaucoup de ses admirateurs, il ne fit peut-être pas suffisamment bien le métier, par contraste notamment avec son meilleur ennemi suisse, Ferdi Kubler, certainement beaucoup moins doué que lui, beaucoup plus « rustique », mais tellement plus travailleur. Même leur surnom respectif marque la différence entre les deux hommes, « le pédaleur de charme » pour l’un et le « champion hennissant » pour l’autre en raison des grognements dont il gratifiait tout le monde en plein effort.

Finalement, malgré un palmarès que nombre de coureurs pourraient lui envier Koblet, le surdoué, ne fera pas la carrière que son talent aurait mérité. S’il avait tenu toutes les promesses que son début de carrière laissait entrevoir, il devrait se situer parmi les cinq ou six plus grands coureurs de l’histoire du cyclisme sur route. Hélas, il ne dura que trois ou quatre ans, et encore à coup d’exploits ponctuels, où certes il dominait tout le monde (sauf Coppi) d’une classe, mais ces exploits furent trop isolés pour qu’on ne nourrisse pas à son égard une certaine frustration, son talent n’ayant éclaté qu’avec parcimonie. Heureusement pour lui, malgré une classe énorme qui lui donnait une impression de facilité hallucinante, ce qui suscita parfois une certaine jalousie de la part de ses pairs, le milieu du cyclisme l’aimait bien. Peut-être parce qu’à lui seul il représentait le rêve de beaucoup de monde, et qu’il donnait dans ses meilleurs moments une image magnifiée du vélo. Il était en effet tout le contraire d’un « forçat de la route », plutôt un Hercule avec une tête d’ange.

Si sa fin de carrière fut triste, la fin de sa vie le fut tout autant. Il avait croqué  la vie à pleine dents, mais celle-ci finira par se montrer cruelle envers lui. Il se maria avec un mannequin, Sonja Bülh, ce qui lui permit de se faire une place de choix dans les milieux mondains. Mais bientôt ruiné et au bord du divorce, il ne sut pas mieux négocier ce virage de la vie qu’il n’avait su le faire sur son vélo dans la descente du Soulor en 1953. Hélas pour lui, cette fois il ne s’en relèvera pas, et il finira son existence dans sa voiture contre un arbre, un jour de novembre 1964, sans que l’on connaisse exactement la cause de sa mort. Il avait à peine quarante ans, à quelques mois près le même âge que Fausto Coppi, quand celui-ci quitta ce monde pour rejoindre le paradis des coureurs cyclistes. Le destin est parfois douloureux après avoir été si bienveillant.

Michel Escatafal


Quelques grandes surprises dans le sport

Alors que l’on s’interroge pour savoir si Thomas Voeckler peut remporter le Tour de France 2011, ce qui constituerait une énorme surprise compte tenu de la participation à ce Tour de France, où il ne manque que les Italiens Nibali et Scarponi ainsi que le Russe Menchov, il est sans doute intéressant de se pencher sur quelques grandes surprises qui ont émaillé l’histoire du cyclisme en particulier, et plus généralement l’histoire du sport. Parmi celles-ci la première qui me vient à l’idée est la victoire d’un coureur comme Walkowiak (photo) dans le Tour de France 1956, devant des grands champions comme Bahamontes, Brankart et Charly Gaul. A ce propos, bien qu’étant un petit garçon à l’époque, je me souviens très bien de ce Tour de France où chaque jour, comme pour Voeckler, on attendait la défaillance de Walkowiak qui, finalement, n’est jamais venue. Du coup, le coureur de Montluçon a remporté la plus prestigieuse des épreuves cyclistes, alors que c’est pratiquement sa seule victoire professionnelle à part 2 étapes du Tour d’Espagne, et son nom figure au palmarès de la Grande Boucle entre ceux de Louison Bobet et de Jacques Anquetil, deux des plus grands champions de tous les temps.

Autre coureur cycliste à avoir gagné le Tour de France à la surprise générale, le Français Lucien Aimar en 1966. Un Tour de France dans lequel il a bénéficié d’une suite de circonstances favorables qui lui ont permis de monter sur la plus haute marche du podium au nez et à la barbe de coureurs comme Anquetil, Poulidor, mais aussi Rudi Altig, Jan Janssen ou Roger Pingeon. Dans les Pyrénées, les deux grands favoris (Anquetil et Poulidor) sont relégués à sept minutes par une échappée dans laquelle s’est glissé Janssen, mais aussi Lucien Aimar, équipier de Jacques Anquetil. Et malgré une belle remontée de Raymond Poulidor, à la faveur d’une victoire contre-la-montre à Vals-lesBains, puis d’un exploit dans la descente du col d’Ornon où sous l’orage il relégua Anquetil et Aimar à plus d’une minute, auquel il faut ajouter un exploit dans la Forclaz où il laissa sur place tous les grimpeurs, tout cela sera insuffisant pour que le Limousin puisse refaire la totalité de son retard sur Aimar. Poulidor, en effet, terminera troisième de ce Tour à 2mn 02s de Lucien Aimar et 1 mn 07s derrière Jan Janssen, le second. En dehors d’un titre de champion de France, ce sera la seule grande victoire de Lucien Aimar, avec accessoirement les Quatre Jours de Dunkerque.

Un autre coureur français avait créé la sensation dans le Tour d’Espagne en 1984, Eric Caritoux. Certes, tout comme Aimar, il a gagné un peu plus que Walkowiak avec ses deux titres consécutifs de champion de France (1988 et 1989), plus deux Tours du Haut-Var, mais personne n’aurait imaginé qu’il fût capable de gagner une Vuelta. Et pourtant il l’a fait en 1984, et sa victoire restera d’autant plus historique qu’il l’a emporté par la plus infime des marges sur Alberto Fernandez (6 secondes). Et au palmarès du Tour d’Espagne son nom figure entre ceux de Bernard Hinault (1983) et Pedro Delgado (1985). Cela dit de telles victoires, comme celles de Tamames en 1975, de Pessarodona en 1976, ou plus près de nous de Casero en 2001 et Aitor Gonzales en 2002 sont de plus en plus rares, mais pas impossibles.

Autre victoire remportée contre toute attente, celle de Carlo Clerici, le Suisse, au Tour d’Italie 1954, où il l’emporta avec 24 mn d’avance sur son ami Koblet, qui n’avait rien fait pour l’empêcher de gagner, bien au contraire. Clerici avait bénéficié d’une échappée où tous les favoris (Coppi, Koblet, Magni) terminèrent avec un retard frisant les 40 mn. Et puisque j’évoquais Fiorenzo Magni, le troisième crack italien de l’après-guerre, celui-ci aurait dû être champion du monde en 1952 sans un incident mécanique tout près de l’arrivée, qui allait bénéficier à un certain Heinz Muller, un Allemand qui n’a jamais rien gagné d’autre que ce titre mondial. On pourrait aussi ajouter dans cette galerie des vainqueurs-surprises l’Espagnol Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006, mais cette victoire ne fut définitive qu’après le déclassement pour dopage de Floyd Landis.

En athlétisme, encore en 1952, nous avons enregistré une énorme surprise, au Jeux Olympiques d’Helsinki,  avec la victoire de Josy Barthel le coureur de 1500m luxembourgeois. Lui aussi n’a pas remporté d’autres titres majeurs que celui-là, mais personne ne lui enlèvera sa médaille d’or olympique. Cela étant en athlétisme, dans les grands championnats, il est rare, pour ne pas dire très rare, que le vainqueur ne soit pas un des meilleurs. Mais cela est arrivé en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes, avec la victoire sur 100m d’une athlète biélorusse totalement inconnue, Youlia Nesterenko, dont la progression apparut d’autant plus stupéfiante aux yeux de certains, qu’elle disparut des couloirs mondiaux aussi vite qu’elle y était arrivée.

En football, il y a eu la victoire d’un club de la banlieue d’Alger, le Sporting Club Union El Biar, en 1/16è de finale de la Coupe de France 1957 contre le Stade de Reims. Ce club, qui végète aujourd’hui en Ligue 2 après un long purgatoire en National, était à l’époque une très grande équipe qui, quelques mois auparavant, avait disputé et perdu la finale de la Coupe d’Europe. Le Stade de Reims comptait dans ses rangs quelques uns des meilleurs joueurs européens (Jonquet, Penverne, Vincent, Fontaine) et, bien entendu, personne n’aurait imaginé qu’une telle armada puisse être éliminée par un club aussi modeste. Et pourtant El Biar a gagné par 2 à 0 et s’est qualifié pour les 1/8è de finale. Evidemment nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples, mais ceux-ci figurent parmi les plus belles anomalies du sport, avec la place de finaliste de la Coupe de France du club de CFA, Calais RUFC en 2000, après avoir sorti les Girondins de Bordeaux, ou encore la place de finaliste à Roland-Garros de Ginette Bucaille en 1954, ce qui fut sa seule performance notable avec un titre de championne internationale de Paris en 1956.

Michel Escatafal


Le roi Pelé a réalisé l’idéal du footballeur

Alors que nous sommes dans les phases finales de la Copa America (équivalent du championnat d’Europe des Nations en Amérique),  je vais parler d’un  footballeur d’origine sud-américaine, à coup sûr le meilleur de tous, le roi Pelé lui-même. Pelé avait tous les dons qu’un footballeur puisse espérer avoir. Il n’y avait pas un domaine où on puisse lui trouver un défaut sur un terrain de football. Il paraît même qu’à l’entraînement il lui arrivait de se muer en gardien de buts, et il y était fort brillant. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, Pelé reste la référence absolue en matière de football, même si nombre de jeunes ne l’ont jamais vu jouer ailleurs que sur des vidéos, et encore. Pour les plus jeunes, Zidane est déjà dépassé par Messi ou Cristiano Ronaldo, alors on imagine pour Pelé ! Et pourtant, Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, plus communément appelé le roi Pelé, a quand même marqué 767 buts en 831 matches officiels, beaucoup plus que tous ceux que l’on peut considérer comme ses rivaux pour le titre officieux de plus grand footballeur de l’histoire.

En effet , en regardant de près les statistiques, on s’aperçoit que l’Hispano-Argentin Di Stefano, meilleur joueur de la décennie 50, a marqué 502 buts en 658 matches officiels, que Cruyff, le roi de la décennie 70, en a marqué  330 en 579 matches, et que Platini et Maradona qui se sont partagés le titre de meilleur joueur dans la décennie 80 en ont marqué respectivement  356 (665 matches) et 353 (679matches).  En fait parmi les joueurs du 20è siècle qui peuvent être comparés à Pelé en terme de rayonnement sur le terrain, un seul a des statistiques se rapprochant de celles de l’artiste brésilien, Ferenc Puskas, qui fut la figure de proue de la grande équipe de Hongrie des années 50, dont certains disent qu’elle est la seule qui puisse être comparée aux équipes du Brésil de 1958 et plus encore sans doute de 1970. Des joueurs actuels, seul Lionel Messi peut espérer rejoindre en termes de statistiques la plupart de ces grands anciens, à l’exception toutefois de Puskas et Pelé bien sûr. A ce propos, on peut penser que Messi sera bien à la fin de sa carrière un monstre sacré comme les joueurs que je viens de citer, plus encore que Cristiano Ronaldo. 

Et cela nous ramène à Pelé et à sa carrière en rappelant qu’en plus de tous les buts qu’il a marqué, il a gagné trois Coupes du Monde (1958,1962 et 1970), plus de multiples titres au Brésil et aux Etats-Unis. Il aurait même pu remporter une quatrième Coupe du Monde, si les défenseurs chargés de le marquer ne l’avaient pas maltraité, au point de le blesser gravement lors de la Coupe du Monde 1966 en Angleterre. Pour mémoire on rappellera que le Brésil fut éliminé en poule éliminatoire lors de cette épreuve, mais Pelé n’avait pu disputer le deuxième match, et avait été sérieusement blessé contre le Portugal par un certain Morais, qui avait achevé le travail du Bulgare Jetchev. Voilà deux joueurs qui sont passés tristement dans l’histoire de la Coupe du Monde ! Cela dit, sans leur chercher la moindre excuse, Pelé était tellement fort qu’il était le plus souvent inarrêtable à la régulière.  En outre à l’époque on était moins sévère avec les défenseurs, et les cartons jaunes n’existaient pas encore, puisqu’ils ont été utilisés pour la première fois à la Coupe du Monde 1970.

Cette Coupe du Monde fut aux dires des observateurs sans doute la plus belle de toutes celles qui furent jouées jusque-là, et peut-être même après. Cette équipe du Brésil était vraiment flamboyante avec ses Carlos Alberto, Brito, Everaldo, Clodoaldo, Gerson, Jairzinho (qui jouera plus tard à l’OM), Tostao, Rivelino et Pelé. Elle battit d’ailleurs en finale une grande équipe d’Italie sur un score sans appel (4-1). Je dis grande équipe d’Italie, car la Squadra azzura comptait dans ses rangs un excellent gardien, Albertosi, mais aussi Burgnich, Faccheti, Mazzola, Domenghini, Rivera, et deux buteurs de grand talent Boninsegna et Riva. Autant de joueurs qui figurent parmi les légendes du Calcio. Cette équipe d’Italie avait d’ailleurs éliminé l’Allemagne de Beckenbaueur, lequel joua une partie du match avec le bras en écharpe, Seeler, Overath, Grabowski et le jeune Muller qui deviendra un buteur de légende (701 buts en 763 matches officiels). A ce propos je ne connais que Kocsis et Fontaine pouvant offrir un rapport de buts aussi impressionnant comme buteur.

Cela dit le Brésil était-il réellement plus fort qu’en 1958, où il avait pulvérisé en finale (5-2) la Suède de Gren, Hamrin, Liedhom, Skoglund et  Gustavsson ? Je crois pouvoir répondre oui sans réserves, dans la mesure où le Brésil 1970 n’avait jamais été réellement inquiété pendant cette Coupe du Monde, ce qui ne fut pas le cas en 1958, où il avait été tenu en échec en matches de poule par l’Angleterre (0-0), où il avait battu petitement en quart de finale le Pays de Galles, et surtout où il avait pleinement bénéficié de la blessure de Jonquet avant la mi-temps dans son match en demi finale contre la France, alors que le score était à parité à ce moment (1-1). Que se serait-il passé si la France avait pu jouer au complet toute la partie ? Nul ne le sait, car à cette époque l’attaque française avec Fontaine, Kopa et Piantoni ( le fameux trio Fo Ko Pi) marquait but sur but. En tout cas, réduits à 10 (remplacement à l’époque non autorisé), nos Bleus ont succombé sous les assauts de Didi, Garrincha et Pelé qui, ce jour-là (24 juin à Stockhom), marqua 3 buts. Il récidivera presque en finale contre la Suède, puisqu’il inscrira deux des cinq buts brésiliens.

Cette Coupe du Monde 1958 venait en effet de voir l’avènement d’un prodige de 17 ans, qui allait très rapidement surpasser les plus grands talents de l’époque (Di Stefano, Kopa, Puskas, Didi, etc.). Je ne parlerai pas beaucoup de la Coupe du Monde 1962, même si Pelé l’a gagnée, parce qu’il n’a participé qu’à un match et un peu plus, s’étant blessé lors du second match contre la Tchécoslovaquie… que le Brésil retrouvera et battra en finale (3-1). Ce jour-là Pelé n’était pas présent sur le terrain, mais le football brésilien était tellement riche en grand talents que le remplaçant de Pelé, Amarildo, fit des merveilles, la formation carioca pouvant compter en outre sur l’ossature de l’équipe 1958 avec Gilmar, Djalma et Nilton Santos, Zito, Didi, Vava, Zagalo et l’extraordinaire Garrincha, sans doute un des plus fameux dribbleurs de l’histoire du football. Et oui, en évoquant Pelé c’est toute une partie de la grande histoire du football qui défile sous nos yeux, d’autant que sa vraie carrière a duré une vingtaine d’années, période pendant laquelle il a aussi fait les beaux jours de Santos (963 buts en 659 matches), son club de toujours, du moins pendant sa vraie carrière, avant de s’exiler aux Etats-Unis au Cosmos de New-York.

Michel Escatafal


Federer dans la grande histoire du tennis

Roger Federer éliminé en quart de finale à Wimbledon, mais battu en finale à Roland-Garros. Voilà le type de nouvelle presque banale cette année, alors que quelque temps auparavant cela aurait fait les gros titres, parce qu’il était parvenu à 23 reprises consécutivement en demi-finale des tournois du grand chelem. Il est vrai que si l’on ne compte plus le nombre de défaites de l’encore numéro trois mondial depuis le début 2011, auparavant on les comptait sur les doigts de la main ou presque (entre 4 et 7 par saison), ce qui était normal pour un joueur qui faisait régulièrement le petit chelem,  et à qui il manquait simplement Roland-Garros pour réaliser  le grand. D’ailleurs il fut tout près de le réaliser (à cheval sur deux ans en 2009-2010) après avoir enfin remporté Roland-Garros, pour une balle comptée faute à l’US Open en septembre 2009 à la fin du second set,  ce qui enraya tellement sa belle mécanique qu’il fut battu par Del Potro en cinq sets.

Désormais cela appartient à l’histoire, celle-ci ayant commencé en 2004, année de la confirmation du grand talent qu’il avait démontré notamment à Wimbledon,  où il avait ouvert sa série de victoires dans les tournois majeurs (16 en tout). Rappelons  qu’il précède au nombre de victoires en grand chelem des joueurs comme Sampras (14),  Roy Emerson (12), joueur australien des années 60, Laver et Borg (11). Et c’est pour cela que nous aurions le droit de dire : « plus dure est la chute ». D’ailleurs son attitude après chaque revers indique bien son agacement de ne pouvoir changer le cours des choses lui qui, pendant si longtemps, remportait ses victoires grâce à la confiance inébranlable qui l’habitait. Combien de tie-break a-t-il perdu durant toutes ces années de 2003 à 2007 ? Très peu, parce que se sentant le plus fort il arrivait toujours à s’en sortir grâce, le plus souvent, à des coups venus d’ailleurs. C’était cela Roger Federer.

Certains vont me reprocher de parler déjà au passé, alors qu’il va peut-être remporter l’US Open en septembre prochain. Il faut aussi se rappeler qu’en 2009, alors que certains parlaient de déclin, Federer fit une de ses meilleures années, profitant il est vrai des ennuis physiques de Nadal qui avait largement dominé l’année 2008, remportant même le titre olympique après son doublé Roland-Garros-Wimbledon. Cependant, et je ne suis pas le seul, je n’y crois guère. Non pas que ce soit le déclin qui ait frappé ce merveilleux joueur, mais de la même manière que Borg après sa défaite en 1981 à Wimbledon contre Mac Enroe, il semble qu’aujourd’hui un Nadal, et plus encore un Djokovic, soient plus forts que lui. Pour revenir à Borg, il suffit de se rappeler qu’en 1980 déjà, sur les mêmes courts de Wimbledon,  il aurait très bien pu être battu par ce même Mac Enroe qui l’avait poussé à jouer cinq sets (8-6 au 5è set), après un tie-break d’anthologie au quatrième remporté 18-16. Ce fut en quelque sorte son chant du cygne, même s’il gagna une dernière fois Roland-Garros en 1981, puisque Borg fut battu ensuite par ce même Mac Enroe à l’US Open, encore en cinq sets.

Tout cela ressemble beaucoup à ce qui se passe avec le duel que se livrent Federer et Nadal  depuis 2005. Jusqu’en 2008 le joueur suisse avait toujours pris le dessus, sauf sur terre battue, mais même si Nadal était le plus fort sur cette surface, il est arrivé que ce dernier soit poussé dans ses derniers retranchements, voire même battu comme à Hambourg en 2007. En revanche sur herbe ou sur dur, Federer semblait intouchable. Ce n’est plus le cas depuis trois ans. En fait, l’ascension de Nadal a coïncidé avec les meilleures années de Federer, un peu comme à l’époque Mac Enroe – Borg. Sur ce plan la comparaison pourrait s’arrêtera  là car,  du temps de Borg,  il y avait un troisième larron qui venait se mêler à la lutte, Jimmy Connors, celui-ci ayant battu Borg deux fois  en 1976 et 78 à Flushing Meadow, sur une surface qui convenait parfaitement à son jeu. J’ai employé le conditionnel, car le troisième larron s’appelle à présent Djokovic, vainqueur de deux des trois grands tournois cette année, avec un seule défaite à son compteur…contre Federer, en demi-finale de Roland-Garros, ce qui lui vaut d’être premier au classement mondial.

Cette évocation qui nous ramène presque trente ans en arrière tout en étant d’une brûlante actualité, nous permet de dire que faute de parler de déclin, la chute est plus rapide pour  les grands dominateurs que pour les autres. Je m’explique : qu’il s’agisse de Newcombe, Connors, Lendl, Mac Enroe, Wilander, Edberg, Becker, Sampras  ou Agassi, tous ont eu des périodes de domination plus ou moins marquées entrecoupées  aussi de périodes un peu plus difficiles. En revanche, Borg comme Federer et même Laver, ont archi dominé leur époque en ne laissant que des miettes aux autres pendant une période donnée, assez longue (quatre ou cinq ans) pour Borg et Federer,  plus courte pour Laver mais pour d’autres raisons. Et chaque fois la chute fut sans retour…face à des adversaires plus jeunes.

A noter que celui qui est considéré, au même titre que Federer, comme un des plus grands joueurs de tous les temps, n’a pas pu jouer de tournoi entre 1962 et 1967, parce qu’il était professionnel. Et en  1968, au début de l’ère du tennis open, il avait déjà 30 ans, ce qui ne l’empêcha pas de réaliser en 1969 son second grand chelem. Mais une fois cet exploit réalisé, il ne remportera plus un seul tournoi majeur. Alors pour revenir à mon propos initial, est-ce que 2011 sera pour Federer  l’inexorable fin de sa domination ? Sans doute, même si j’aimerais bien me tromper, car j’aime beaucoup le jeu de ce joueur, mais Djokovic semble de nos jours tellement fort…comme Federer en 2005, ou Borg en 1976, ou Laver en 1962, qu’il semble parti pour dominer le tennis mondial dans les quatre ou cinq années à venir si, toutefois, il confirme dans les prochains mois ses énormes progrès. Sinon Nadal reprendra son leadership pour peu que son corps le laisse en paix, tellement il met d’intensité dans son jeu. A cet égard l’année 2012 sera vraiment intéressante.

Un dernier mot enfin, pour dire qu’il est absolument impossible, comme dans d’autres sports de parler du meilleur joueur de l’histoire, car ce serait faire fi de trop de joueurs qui ont marqué leur époque. En outre, il y a aussi ceux qui dans les années 40 passèrent très tôt professionnels, donc furent interdits de tournois du grand chelem alors qu’ils étaient très jeunes. Parmi ceux-ci il faut citer Jack Kramer (Etats-Unis) qui quittera les rangs des amateurs à peine un an après avoir réellement commencé sa carrière, ce qui ne l’empêchera pas pendant ce laps de temps de remporter deux Forest-Hills (Internationaux des Etats-Unis à l’époque) en 1946 et 1947, plus un Wimbledon en 1947. Peu après il deviendra le patron de la ligue professionnelle qui, après quelques années difficiles, deviendra un circuit où évolueront tous les meilleurs joueurs amateurs passant professionnels.

Ainsi il fera évoluer dans ses circuits des joueurs comme l’Américain Riggs, et surtout son compatriote Pancho Gonzales, de la fin des années 40 jusqu’à l’ère open (1969), dont certains ont dit (Tilden, Kramer et Laver) que ce fut lui le plus grand joueur de tous les temps, parce qu’il domina tout le monde dans le circuit professionnel y compris Laver. A ces deux joueurs il faut ajouter Lewis Hoad et Ken Rosewall au milieu des années 50, les célèbres « wonder kids » australiens nés à quelques jours d’intervalle,  aussi bons en simple qu’en double, ou encore Frank Sedgman qui est passé pro juste avant eux en 1953, sans oublier un autre Américain Tony Trabert en 1955.

Michel Escatafal


Cruel pour l’équipe de Hongrie 1954 : le miracle de Berne n’en était sans doute pas un!

Alors que le dopage est en train d’accaparer les pages des journaux de sport…et des autres, je repense à une nouvelle que nous avons apprise il y a quelques mois, relative à la Coupe du Monde 1954. Et oui, il y a 57 ans, l’Allemagne avait battu la Hongrie, nous dit-on, parce que des joueurs allemands étaient dopés. Va-t-on rendre justice à la Hongrie pour autant ? Sans doute pas, ne serait-ce que pour la simple raison que les contrôles anti dopages n’existaient pas à l’époque. En outre depuis 57 ans on va considérer qu’il y a prescription, ce qui signifie que la plus belle équipe nationale de l’histoire du football, avec le Brésil 1970, n’aura jamais été championne du monde. Cruelle injustice ! C’est curieux d’ailleurs, j’ai souvent pensé qu’il avait dû se passer quelque chose d’anormal pour que l’équipe d’Allemagne puisse battre la grande équipe de Hongrie qui, ne l’oublions pas, avait en poule 1/8è de finale écrasé cette même équipe d’Allemagne par 8 buts à 3…parce que l’entraîneur de cette dernière (Sepp Herberger) avait choisi de se passer de quelques uns de ses meilleurs joueurs, considérant que ses chances de succès étaient nulles. Et je me demandais comment en un peu plus de deux semaines de compétition l’équipe d’Allemagne avait pu progresser à ce point.

C’était une interrogation qui m’était venue à l’idée en lisant les journaux que mon arrière grand-mère gardait depuis des années, et j’avais lu tout ce qui concernait la Coupe du Monde 1954 juste avant la Coupe du Monde 1958. En même temps je regrettais la saignée qu’avait subie cette équipe hongroise en 1956, après les évènements de Budapest (entrée des troupes soviétiques pour écraser l’insurrection hongroise), en perdant trois de ses plus grandes stars, à savoir Puskas (photo centre), Kocsis(photo gauche) et Csibor (photo droite), lesquels formaient avec Hidejkuti et Toth ou Sandor la plus belle ligne d’attaque jamais alignée en compétition internationale. Personnellement j’avais un peu moins de 10 ans en 1956, mais je me souviens très bien avoir écouté en intégralité à la radio le match à Colombes entre la France de Jonquet, Marche, Kaelbel, Marcel, Fontaine, Piantoni, Vincent et Cisowski qui avait marqué le but français, et la Hongrie en configuration Coupe du Monde 1954 avec toutes ses vedettes. A noter pour l’anecdote, que la France aurait dû obtenir le match nul si l’arbitre n’avait sifflé la fin de la partie juste au moment ou Cisowski marquait un deuxième but. Que ne dirait-on pas de nos jours devant pareille injustice, alors qu’à l’époque on trouvait cela (presque) normal !

Mais revenons à la Coupe du Monde 1954 qui avait lieu en Suisse, avec une phase finale à 16 pays, dont la France qui se trouvait dans ce que l’on appellerait aujourd’hui le groupe de la mort, avec le Mexique, le Brésil (deuxième quatre ans auparavant) et la Yougoslavie qui était une des toutes meilleures équipes européennes, avec son gardien Beara, son arrière Stankovic, son demi Bojkov, et ses attaquants Milutinovic et Zebec. C’est elle qui éliminera l’équipe de France en battant cette dernière sur le plus petit des scores (1-0). Un peu plus tard cette équipe yougoslave fera match nul avec le Brésil (1-1 après prolongations) ce qui qualifiait les deux équipes pour les ¼ de finales. Cela dit la France du jeune Raymond Kopa n’avait pas déméritée, car d’une part elle aurait dû battre la Yougoslavie sans la malchance ou la maladresse ce jour-là de Glovacki, et d’autre part elle avait battu le Mexique dans son deuxième match par 3 buts à 2. Notre équipe se rattrapera quatre ans plus tard en Suède, même si elle fut de nouveau battue par la Yougoslavie (3-2) en poule éliminatoire, ce que tout le monde a oublié.

Dans les autres groupes les qualifiés furent l’Uruguay, tenant du titre et l’Autriche (groupe 3), l’Angleterre et la Suisse (groupe 4) et l’Allemagne et la Hongrie dans le groupe 2. La Hongrie n’avait pas fait de détail pour son premier match, puisqu’elle avait battu la Corée très facilement (9-0), avant de pulvériser l’Allemagne (8-3) qui venait de battre la Turquie (4-1), cette dernière ayant auparavant vaincu la très faible Corée (7-0). Résultat, il fallut un match d’appui pour départager Turquie et Allemagne en vue de l’accession aux ¼ de finale, et ce fut l’Allemagne qui l’emporta par 7 buts à 2. L’Allemagne commençait à monter en puissance, et elle confirmera cette ascension vers les sommets en battant en ¼ de finale la Yougoslavie par 2 buts à 0. D’un autre côté la Hongrie battait le Brésil (4-2) après un match très dur, alors que l’Autriche battait la Suisse sur un score de rugby à XIII (7-5), ce qui prouve qu’en ce temps-là on savait marquer des buts, même si l’on pouvait aussi dire que les défenses étaient très perméables. Enfin, dans le dernier ¼ de finale, l’Uruguay défendait vaillamment son titre en battant l’Angleterre par 4 buts à 2.

Bien entendu, à ce stade de la compétition, personne n’imaginait que la grande Hongrie puisse être battue. Et pourtant, en demi-finale, l’équipe d’Uruguay poussa les Hongrois à la prolongation (4-2 et 2-2 à la fin du temps règlementaire). Les Hongrois étaient fatigués après leur match très difficile contre le Brésil, qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour empêcher les virtuoses hongrois de s’imposer. En outre les Hongrois étaient toujours privés de Puskas depuis le match de groupe contre l’Allemagne, qui avait finalement laissé des traces, car la Hongrie sans Puskas n’était plus tout à fait la Hongrie. En revanche l’Allemagne ne souffrit guère pour battre, et même écraser (6-1), une équipe d’Autriche valeureuse qui joua à la perfection son rôle d’outsider…jusqu’à ce match contre l’Allemagne où la défense accumula en deuxième mi-temps les fautes grossières (mi-temps 2-1), avec quelques excellents joueurs comme Hannapi, Happel qui joua au Racing de Paris, Ocwirk, Koller ou encore Stojaspal, qui allait s’illustrer longtemps dans notre championnat de France (Strasbourg, Monaco, Troyes, Metz…). Ce dernier allait même marquer un but sur pénalty dans le match pour la troisième place gagné contre l’Uruguay, qui avait craché tous ses feux contre la Hongrie.

Tout cela nous amenait à la grande finale le 4 juillet à Berne, avec un match qui a priori restait joué d’avance. Comment les Turek (gardien), Posipal, Liebrich, Eckel, Rahn, Morlock, Ottmar et Fritz Walter ou encore Schaefer, etc. allaient-ils s’y prendre pour dominer une équipe ou 6 joueurs au moins (Grosics le gardien, le demi Boszik, et les attaquants Csibor, Kocsis surnommé « Tête d’Or » pour son extraordinaire jeu de tête, Hidegkuti et Puskas) n’avait quasiment pas d’équivalent dans le monde ? Oui comment contenir cette invincible armada hongroise dirigée par un entraîneur de grande classe, Gustav Sebes, championne olympique en 1952…et invaincue depuis 4 années. Inimaginable d’autant que les autres joueurs, les arrières Buzansky, Lorant, Lantos, mais aussi l’autre demi Zakarias et l’ailier gauche Toth étaient d’excellents joueurs de valeur internationale. Qui pouvait soutenir la comparaison dans les rangs allemands contre ces « monstres sacrés », à part peut-être Rahn, Fritz Walter ou Morlock ? Personne, et même les trois que j’ai cités n’opéraient pas sur la même planète que Puskas, Kocsis qui fut le meilleur buteur de cette Coupe du Monde avec 11 buts, Csibor ou Hidegkuti.

Le début de match allait donner raison à tous les pronostiqueurs, car malgré la pluie qui n’avantageait pas le jeu hongrois, ces derniers menaient 2-0 (Puskas, Csibor) après 9 minutes de jeu. Mais les Allemands allaient vite montrer qu’ils avaient énormément de ressources en remontant très vite ces deux buts par Morlock et Rahn, si bien qu’après 18 minutes de jeu le score était à égalité (2-2). La suite du match allait voir les artistes hongrois être victimes d’une malchance inouïe avec plusieurs frappes sur les poteaux ou la barre, notamment sur une tête de Kocsis qui aurait donné l’avantage à la Hongrie, un but en contre de Rahn à six minutes de la fin, et un but refusé pour un hors-jeu discutable à Puskas juste avant la fin du match.

Bref, l’équipe de Hongrie avait eu tous les malheurs possibles dans cette finale, et par-dessus le marché elle avait affronté des hommes capables d’accomplir des exploits…stupéfiants, après avoir bénéficié d’injections d’amphétamine que l’on donnait aux troupes allemandes pendant la deuxième guerre mondiale, si l’on en croit une étude allemande qui a fait le tour du monde l’an passé, confirmant certains soupçons liés notamment à une curieuse épidémie de jaunisse ayant frappé les joueurs de la RFA quelques semaines après la finale de la Coupe du Monde. Le malheur, c’est que cette constellation hongroise n’a même pas pu se rattraper en 1958 en Suède. Toutefois il y a quand même une morale à cette histoire, car à part F. Walter ou Rahn (et encore) personne ne connaît les noms des champions du monde 1954. En revanche tous les amoureux du football connaissent ou ont entendu parler des merveilleux artistes hongrois. Dommage que Boszik, Hidegkuti, Csibor, Kocsis et Puskas aient rejoint trop tôt le paradis des footballeurs, car ils auraient su que « le miracle de Berne »n’en était sans doute pas un !

Michel Escatafal


Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo

En consultant mes archives personnelles, j’ai appris que Guy Lapébie (photo) était décédé l’an passé au mois de mars. Guy Lapébie était un champion que les jeunes ne connaissent pas et que, pour ma part,  je n’ai connu qu’à travers ce que mon père m’en a dit. La première chose qui m’a marqué à propos de Guy Lapébie, c’est qu’il est mort très âgé, puisqu’il avait 93 ans, ce qui démontre que le vélo peut conserver son homme, contrairement à certains clichés. Il a rejoint au paradis des coureurs son frère, Roger, mort en 1996, et d’autres compagnons de route ou de piste comme un autre champion,  encore très connu de nos jours parce qu’il a fait sa plus belle carrière…à la télévision, je veux parler de Robert Chapatte, dit « chapatte de velours ».

Cela dit quand on parle de Lapébie, il faut savoir qu’il s’agit d’une glorieuse fratrie de coureurs cyclistes, puisque les deux frères Lapébie ont un palmarès tout à fait convenable, à faire pâlir d’envie nombre de routiers confirmés d’hier et d’aujourd’hui. Dans ce temps en effet, avant et dans l’immédiate après-guerre, on ne devenait pas une idole avec quelques grands prix de la montagne dans le Tour de France et quelques places d’honneur dans cette même épreuve. Non, il fallait faire ses preuves un peu partout, y compris sur la piste, pour acquérir non seulement un coup de pédale souple, mais surtout un minimum de notoriété.

Ce fut le cas des frères Lapébie, ces coureurs du sud-ouest de la France qui faisaient la fierté des gens de cette région, que beaucoup avaient vu au passage du Tour de France où, pour ce qui concerne mon père et quelques uns de ses copains, sur le vieux vélodrome de Damazan, où ils allaient tourner quand ils étaient eux-mêmes très jeunes pendant leurs loisirs. Ce vélodrome était aussi devenu, à la fin  des années 50 et dans les années 60, un passage obligé pour ceux qui participaient aux critériums d’après-tour, très à la mode à l’époque. Je me souviens avoir vu personnellement Jacques Anquetil avec un beau maillot rose de vainqueur du Giro en 1960, face au vainqueur du Tour, Gastone Nencini, mais aussi Charly Gaul, André Darrigade avec son beau maillot arc-en-ciel conquis l’année précédente, Henri Anglade et bien d’autres encore. J’avais à peine 14 ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier.

Des deux frères Lapébie, celui qui a remporté les plus grands succès fut incontestablement Roger, ne serait-ce qu’en raison de sa victoire dans le Tour de France 1937 en gagnant 3 étapes. Certes il bénéficia de la chute de Bartali dans l’étape Grenoble-Briançon, alors que ce dernier avait le maillot jaune solidement accroché sur ses épaules, mais il avait vaincu tous les autres à commencer par le vainqueur de l’année précédente, Sylvère Maes. Roger Lapébie, que l’on ne pouvait classer dans aucune catégorie déterminée car il se débrouillait bien partout, était avant tout un athlète du vélo, capable de beaux exploits dans ses grands jours ou ses grandes périodes. C’était vraiment un excellent coureur  comme en témoignent, en plus de son succès dans le Tour de France qu’il a aussi terminé à la troisième place en 1934, ses victoires dans le championnat de France en 1933, ou dans le Paris-Nice de 1937.

Le palmarès de Guy était un peu inférieur à celui de son frère, ne serait-ce  qu’en raison de la victoire de ce dernier dans la Grande Boucle. Cela dit sa polyvalence entre la route et la piste lui valut maintes fois les honneurs des communiqués de l’époque. Guy Lapébie, en effet, fut d’abord un excellent pistard, puisqu’il fut champion olympique de poursuite par équipes en 1936 à Berlin, avec Charpentier, Goujon et Le Nizerhy, ses équipiers du V.C. Levallois qui représentaient l’équipe de France. A ces mêmes J.O. il remporta la médaille d’argent sur route et le titre par équipes (qui n’existe plus de nos jours) avec Charpentier qui fut champion olympique individuel  et Dorgebray, ce qui prouvait déjà qu’il avait l’étoffe d’un excellent coureur, ce qu’il confirmera plus tard en terminant 3è du Tour de France 1948 derrière Gino Bartali et Brick Schotte, mais devant le jeune Louison Bobet ((23 ans) qui, quelques années plus tard, remportera le Tour de France 3 fois consécutivement (1953 à 1955).

Mais Roger Lapébie sera aussi un excellent coureur de « six jours », devenant même une vedette en Allemagne avec des victoires à Berlin (1951 et 1952), Hanovre et Munich en 1951, Dortmund associé à un autre excellent pistard, Carrara. Il remportera également deux fois les Six jours de Paris en 1948 (avec Sérès) et 1949 (avec Brunel), preuve qu’à l’époque on pouvait briller l’été sur les routes du Tour et l’hiver sur les pistes des vélodromes. En tout cas, même si les Lapébie ne sont plus là, personne de ceux qui les ont connus ou en ont entendu parler ne les oubliera, ne serait –ce que parce qu’ils ont laissé leur nom à la piste du vélodrome de Bordeaux, ce qui n’est que justice.

esca


Archie Moore : « la vieille mangouste »

Né théoriquement en 1916, mais plus vraisemblablement en 1913, Archie Moore (qui s’appelait en réalité Archibal Lee Wright)  aura marqué l’histoire de la boxe au même titre que les autres plus grands champions de son époque, c’est-à-dire à l’âge d’or de ce sport, dans les années 40 et 50. En fait cet homme n’aura rien fait comme les autres durant toute sa carrière professionnelle, ou plutôt durant sa carrière tout court, car il ne fit quasiment pas de carrière amateur, tout juste une dizaine de combats dont presque la moitié de défaites. Et pourtant cela ne l’empêcha pas de passer professionnel et d’entreprendre une carrière qui allait durer vingt sept ans, de 1936 à 1963, au cours de laquelle il ira de records en records, à commencer par la durée pendant laquelle il conserva son titre de champion du monde des poids mi-lourds ( presque 10 ans entre 1952 et 1962), et le nombre de championnats du monde qu’il disputa après avoir dépassé l’âge de 40 ans (10 en tout). En revanche, il ne réalisera jamais son rêve de devenir champion du monde des poids lourds, ce qui l’empêchera de rester dans le panthéon des boxeurs aux côtés d’un Marciano ou d’un Mohammed Ali, deux monstres sacrés qui lui infligèrent chacun une défaite.

Toutefois, il restera comme un des plus extraordinaires frappeurs que la boxe ait produits, capable d’assommer un bœuf et d’envoyer au tapis n’importe quel adversaire, y compris Rocky Marciano. D’ailleurs il a remporté 141 de ses 199 victoires par K.O. en 228 combats comptabilisés. Par ailleurs il savait faire preuve d’un courage extraordinaire, comme en témoigne le fait qu’on ait stoppé seulement sept fois un de ses combats, bien qu’ayant affronté nombre de grands champions, que ce soit chez les poids moyens (sa première catégorie) et chez les mi-lourds, qui était sa vraie catégorie. A ce propos il lui faudra attendre le 17 décembre 1952, soit sept ans d’antichambre en affrontant les meilleurs, pour qu’enfin il puisse combattre pour le titre de champion du monde des poids mi-lourds, contre Joey Maxim. Et oui, à cette époque, contrairement hélas à ce qui se passe de nos jours, on ne devenait pas challenger pour le titre mondial après 10 ou 20 combats. En outre il n’y avait pas toutes ces fédérations, puisqu’on ne parlait que d’un seul champion du monde.

Fermons la parenthèse, pour noter qu’un long règne allait commencer pour celui que l’on appelait  le rusé « Old Mongoose »  ou si l’on préfère, en français « la vieille Mangouste ». Pourquoi au fait un tel surnom ? Peut-être parce qu’on avait l’impression qu’il dévorait ses adversaires à la manière dont les mangoustes dévorent les reptiles. Pour parler vrai  je ne sais pas, mais une chose est sûre, la plupart de ses adversaires ont été laminés en passant sous ses poings. En fait le seul poids mi-lourds  qui l’ait affronté avec succès fut Ezzard Charles, champion méconnu mais de très grande classe, qui  est monté chez les poids lourds en 1949. Il a battu par trois fois Archie Moore dont la dernière par K.O. à la huitième reprise.  Ezzard Charles est d’ailleurs  le seul boxeur qui puisse contester à Archie Moore le titre de meilleur poids mi-lourds de l’histoire.

Le plus étonnant avec Archie Moore fut quand même sa longévité exemplaire, parce que chacun se disait qu’à son âge (40 ans ou plus) il allait finir par affronter un adversaire beaucoup plus jeune que lui, qui allait l’envoyer à la retraite. Hélas pour ses challengers,  Joey Maxim en match revanche, Harold Johnsson ou encore Carl Bobo Olson qui détenait le titre des poids moyens, aucun d’entre eux n’était assez fort pour détrôner le vieil Archie, lequel pour justifier sa longévité affirmait détenir un régime secret.  En tout cas, sans connaître les extraordinaires vertus de ce régime, à supposer qu’il existât, le champion du monde des mi-lourds avait fini par se retrouver sans adversaires à sa taille, et n’avait donc plus rien à prouver dans sa catégorie.  Du coup il décida de tenter sa chance, en 1955, contre l’incontesté champion du monde des poids lourds, l’invaincu Rocky Marciano, lequel avait aussi fait le vide dans sa catégorie.

Archie Moore avait déjà affronté et battu des poids lourds les années précédentes, notamment Valdes Nino à deux reprises, Bob Baker ou Bert Whitehurst, et il se disait que nul boxeur n’est imbattable…ce en quoi il se trompait, car Rocky Marciano allait se retirer des rings invaincu. Toutefois, même s’il n’était pas favori, nombre de spécialistes pensaient qu’Archie Moore avait une chance contre Marciano, parce que son punch pouvait lui permettre à tout moment d’envoyer son adversaire au tapis pour le compte. Et le 21 septembre 1955, au second round, titre mondial en jeu, Archie Moore envoya Marciano au tapis, mais pas pour le compte. Au contraire, après ce knock-down, Marciano fut plus vigilant, et ce fut lui qui mit K.O. son adversaire à la neuvième reprise, après lui avoir fait subir une cruelle correction le round précédent, ce qui incita le médecin à lui demander de cesser le combat, ce que la « vieille Mangouste » refusa parce que pour lui « un champion retourne toujours au combat ». Cela dit, toute chance n’était pas perdue pour Archie Moore, puisque Marciano décida de se retirer définitivement des rings.

Et un peu plus d’un an plus tard, en novembre 1956, Archie Moore se voyait offrir une seconde chance en affrontant le jeune Floyd Patterson, champion olympique des moyens à Helsinki en 1952, mi-lourd naturel comme lui. Malheureusement pour Archie Moore, il eut affaire à un boxeur certes inférieur en puissance à de nombreux poids lourds, mais beaucoup plus mobile et somme toute très dangereux. La preuve, Floyd Patterson battit Archie Moore par K.O. au cinquième round, et devenait le plus jeune champion du monde de l’histoire des poids lourds à 21 ans. La chance d’Archie Moore était passée, et il fut contraint de se contenter de défendre son titre des mi-lourds, ce qu’il fit victorieusement jusqu’à ce qu’il soit destitué par la NBA en 1960, faute d’avoir défendu son titre depuis plus d’un an. Entre temps il battra à deux reprises un Canadien très doué, Yvon Durelle, qui allait lui faire subir au cours du premier combat un véritable calvaire, allant à trois reprises au tapis dans la première reprise, puis de nouveau à la cinquième reprise. Mais Archie Moore était indestructible face à un poids mi-lourd, et Durelle finira K.O. au onzième round.

Après avoir défendu une nouvelle fois son titre contre un certain Giulio Rinaldi, il sera définitivement destitué de son titre en février 1962 par la Commission de New-York et l’UER (fédération européenne). Ensuite il fera quelques combats de plus qui n’ajouteront rien à sa gloire, sauf peut-être celui qu’il livra, toujours en 1962, contre un certain Cassius Clay (champion olympique à Rome en 1960), qui n’était pas encore Ali, mais qui allait le battre par K.O. à la quatrième reprise. Ensuite il disputera un dernier combat contre un inconnu (Di Biasi) qu’il mettra K.O. pour clôturer en beauté une extraordinaire carrière qui aura fait de lui un boxeur inoubliable, puisqu’il est membre de l’International Boxing Hall of Fame depuis sa création en 1990. Ensuite à la retraite il fit du cinéma, de la télévision, mais fut aussi entraîneur de deux grands boxeurs, Ali (très peu de temps) et surtout Foreman avec qui il conquit le titre des lourds en 1994, ce titre dont il avait tellement rêvé à titre personnel. Il s’occupa aussi de jeunes à qui il essaya d’inculquer les vertus qui furent les siennes sa vie durant. Il mourra en 1998, à l’âge de 84 ans.

Esca


Les consignes de course en F1 appartiennent au passé

Le sport automobile est un sport un peu particulier d’abord parce que la machine compte autant que le pilote, et ensuite parce que les écuries ne pouvant avoir que deux pilotes, cela signifie que dans certains cas un pilote saborde ses chances, au profit d’un autre, dans le cadre d’accords à l’intérieur d’une équipe…ce que certains fans n’acceptent pas, et que le règlement interdisait depuis 2002 suite à une affaire où était déjà impliquée Ferrari, et sur laquelle je reviendrais. En disant cela je pense à la ridicule polémique qui eut lieu l’an passé à Hockenheim, faisant désormais partie de l’histoire du sport automobile, parce que l’écurie Ferrari avait donné à Massa la consigne de laisser passer Alonso, mieux placé que lui au classement du championnat du monde, et  régulièrement devant lui tant en qualifications qu’en course…comme cette année.

Par parenthèse cela voulait-il dire que Ferrari considérait que Massa était moins vite en valeur absolue qu’Alonso ? Sans doute, d’autant que Massa avait été victime au milieu de la saison  2009 d’un terrible accident, qui pourrait avoir laissé chez lui quelques séquelles, alors qu’avant cet accident il était au sommet de son art. En outre, l’an passé déjà, Massa  avait davantage de mal à utiliser les pneus durs utilisés par les écuries que son coéquipier et adversaire. Et oui la Formule 1 c’est aussi cela, avec des pilotes qui parfois exploitent mieux leur matériel que d’autres, ce qui explique que certains aient pu être très brillants à certains moments de leur carrière, et moins à d’autres.

Cela étant, depuis le départ de Schumacher et jusqu’à l’arrivée d’Alonso début 2010, Massa n’avait  pas eu trop à se plaindre du traitement infligé par Ferrari. Après avoir été un excellent second de Schumacher, il s’était vu propulser à égalité parfaite avec Raikkonen quand celui-ci avait intégré la Scuderia en 2007. Les mauvaises langues disaient même qu’il était davantage choyé que le Finlandais au sein de la Scuderia, ce dernier étant trop peu latin au goût des tifosi. D’ailleurs, alors que Raikkonen avait un contrat en bonne et due forme pour 2010, Ferrari avait préféré garder Massa pour évoluer en compagnie de Fernando Alonso, quitte à payer un énorme dédit au pilote finlandais. Et pourtant Raikkonen avait été champion du monde en 2007, et en 2009 c’est lui qui avait tenu à bout de bras l’écurie de Maranello après l’accident de Massa, lui offrant même une victoire de prestige à Spa, avec une voiture qui n’avançait pas par rapport aux Brawn, Mac Laren ou autres Red Bull.

Après ce long préambule venons-en au fait, pour rappeler que Ferrari en 2007 et  en 2008 ne s’était pas gênée pour que Raikkonen et Massa assurent la conquête du titre…sans que personne n’y trouve à redire à l’époque, et malgré l’interdiction des consignes. Certes on va me rétorquer que nous en étions chaque fois à la fin du championnat, alors qu’au grand prix d’Allemagne 2010 nous venions à peine de dépasser la moitié de la saison. Cela étant les pilotes avaient chacun leur tour respecté les consignes de l’équipe, avec une totale réussite pour Raikkonen en 2007 et un peu moins de chance pour Massa, à qui il avait manqué moins d’un km pour qu’il s’attribuât le titre mondial en 2008. J’ajouterais aussi que ce type de directive est extrêmement courant dans les autres disciplines du sport automobile, mais aussi dans les autres sports. Imagine-t-on dans le cyclisme, un coureur  échappé avec son leader empêcher ce dernier de remporter la victoire s’il y a une bonification au bout ? C’est impensable. Alors pourquoi s’est-on offusqué parce que Massa avait  laissé passer Alonso à Hockenheim?

Pour ma part j’avais trouvé cela tout à fait logique, surtout dans un monde où il y a tellement d’argent en jeu ! Quand on pense au budget d’une écurie de Formule 1 (300 à 400 millions d’euros pour les meilleures), on ne peut que vouloir remporter la victoire par tous les moyens licites. Je dis bien licites, et non pas en faisant en sorte que le second pilote provoque un accident pour favoriser les desseins du leader de l’écurie.  Fermons la parenthèse pour affirmer, haut et fort, que la plupart des amoureux de la course automobile en général, et de la F1 en particulier, avaient déjà trouvé ridicule que l’on veuille interdire ce genre de pratiques en 2002, quand Schumacher avait remporté une victoire que lui avaient offerte son équipe et son coéquipier Barrichelo. Et cela m’avait fait beaucoup rire quand je lisais l’an passé que Ferrari s’exposait à de lourdes sanctions par le Conseil Mondial. Mais de quel droit, sinon à sacrifier à l’hypocrisie, d’autant qu’il y a beaucoup d’autres moyens de favoriser un pilote si tel est le désir ou le besoin de l’équipe ? Heureusement, depuis cet épisode et les discussions qui avaient suivi, les consignes ne sont plus proscrites à partir de cette année, à condition d’y mettre les formes.

Un dernier mot enfin, pour rappeler que dans les années 50 les pilotes avaient même la possibilité de prendre la voiture d’un de leurs coéquipiers. Pour mémoire je citerais le grand prix de Monza en 1956, quand trois pilotes (Fangio, Moss et Collins) pouvaient être champions du monde à l’issue de ce grand prix.  Fangio et Collins (photo) courraient pour Ferrari et Moss sur Maserati. Ce jour-là les Ferrari étaient les plus rapides, mais elles souffraient de gros problèmes de pneus. En outre Fangio qui courait après son quatrième titre mondial venait de s’arrêter à cause de la rupture d’une biellette de direction. Que se passa-t-il ensuite ? Moss était en tête, et derrière lui il y avait  Musso, l’Italien, et Collins le Britannique. Si Collins gagnait la course, il était champion du monde. Il restait 15 tours avant l’arrivée…et Fangio arrêté ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre la suite des évènements.

Et il attendit gentiment qu’un de ses coéquipiers se dévoue et lui laisse sa voiture, avec la certitude que ce ne serait pas Musso, lequel jouait la victoire chez lui. Et bien, sans que personne ne lui demandât rien ce fut  Peter Collins qui, profitant du changement de pneus, laissa sa voiture à Fangio lequel, du coup, devenait avec certitude encore une fois champion du monde. Que dire devant un tel acte chevaleresque ? Rien, sinon que Collins était un grand seigneur ! Et par la suite, comme je l’ai dit précédemment, plus d’un titre fut attribué grâce aux consignes de courses, même si finalement c’est (presque) toujours le plus fort qui tirera profit des desiderata de l’écurie. Alors pourquoi cette comédie de la part des équipes concurrentes de Ferrari l’an passé en Allemagne ?

Michel Escatafal