Les consignes de course en F1 appartiennent au passé

Le sport automobile est un sport un peu particulier d’abord parce que la machine compte autant que le pilote, et ensuite parce que les écuries ne pouvant avoir que deux pilotes, cela signifie que dans certains cas un pilote saborde ses chances, au profit d’un autre, dans le cadre d’accords à l’intérieur d’une équipe…ce que certains fans n’acceptent pas, et que le règlement interdisait depuis 2002 suite à une affaire où était déjà impliquée Ferrari, et sur laquelle je reviendrais. En disant cela je pense à la ridicule polémique qui eut lieu l’an passé à Hockenheim, faisant désormais partie de l’histoire du sport automobile, parce que l’écurie Ferrari avait donné à Massa la consigne de laisser passer Alonso, mieux placé que lui au classement du championnat du monde, et  régulièrement devant lui tant en qualifications qu’en course…comme cette année.

Par parenthèse cela voulait-il dire que Ferrari considérait que Massa était moins vite en valeur absolue qu’Alonso ? Sans doute, d’autant que Massa avait été victime au milieu de la saison  2009 d’un terrible accident, qui pourrait avoir laissé chez lui quelques séquelles, alors qu’avant cet accident il était au sommet de son art. En outre, l’an passé déjà, Massa  avait davantage de mal à utiliser les pneus durs utilisés par les écuries que son coéquipier et adversaire. Et oui la Formule 1 c’est aussi cela, avec des pilotes qui parfois exploitent mieux leur matériel que d’autres, ce qui explique que certains aient pu être très brillants à certains moments de leur carrière, et moins à d’autres.

Cela étant, depuis le départ de Schumacher et jusqu’à l’arrivée d’Alonso début 2010, Massa n’avait  pas eu trop à se plaindre du traitement infligé par Ferrari. Après avoir été un excellent second de Schumacher, il s’était vu propulser à égalité parfaite avec Raikkonen quand celui-ci avait intégré la Scuderia en 2007. Les mauvaises langues disaient même qu’il était davantage choyé que le Finlandais au sein de la Scuderia, ce dernier étant trop peu latin au goût des tifosi. D’ailleurs, alors que Raikkonen avait un contrat en bonne et due forme pour 2010, Ferrari avait préféré garder Massa pour évoluer en compagnie de Fernando Alonso, quitte à payer un énorme dédit au pilote finlandais. Et pourtant Raikkonen avait été champion du monde en 2007, et en 2009 c’est lui qui avait tenu à bout de bras l’écurie de Maranello après l’accident de Massa, lui offrant même une victoire de prestige à Spa, avec une voiture qui n’avançait pas par rapport aux Brawn, Mac Laren ou autres Red Bull.

Après ce long préambule venons-en au fait, pour rappeler que Ferrari en 2007 et  en 2008 ne s’était pas gênée pour que Raikkonen et Massa assurent la conquête du titre…sans que personne n’y trouve à redire à l’époque, et malgré l’interdiction des consignes. Certes on va me rétorquer que nous en étions chaque fois à la fin du championnat, alors qu’au grand prix d’Allemagne 2010 nous venions à peine de dépasser la moitié de la saison. Cela étant les pilotes avaient chacun leur tour respecté les consignes de l’équipe, avec une totale réussite pour Raikkonen en 2007 et un peu moins de chance pour Massa, à qui il avait manqué moins d’un km pour qu’il s’attribuât le titre mondial en 2008. J’ajouterais aussi que ce type de directive est extrêmement courant dans les autres disciplines du sport automobile, mais aussi dans les autres sports. Imagine-t-on dans le cyclisme, un coureur  échappé avec son leader empêcher ce dernier de remporter la victoire s’il y a une bonification au bout ? C’est impensable. Alors pourquoi s’est-on offusqué parce que Massa avait  laissé passer Alonso à Hockenheim?

Pour ma part j’avais trouvé cela tout à fait logique, surtout dans un monde où il y a tellement d’argent en jeu ! Quand on pense au budget d’une écurie de Formule 1 (300 à 400 millions d’euros pour les meilleures), on ne peut que vouloir remporter la victoire par tous les moyens licites. Je dis bien licites, et non pas en faisant en sorte que le second pilote provoque un accident pour favoriser les desseins du leader de l’écurie.  Fermons la parenthèse pour affirmer, haut et fort, que la plupart des amoureux de la course automobile en général, et de la F1 en particulier, avaient déjà trouvé ridicule que l’on veuille interdire ce genre de pratiques en 2002, quand Schumacher avait remporté une victoire que lui avaient offerte son équipe et son coéquipier Barrichelo. Et cela m’avait fait beaucoup rire quand je lisais l’an passé que Ferrari s’exposait à de lourdes sanctions par le Conseil Mondial. Mais de quel droit, sinon à sacrifier à l’hypocrisie, d’autant qu’il y a beaucoup d’autres moyens de favoriser un pilote si tel est le désir ou le besoin de l’équipe ? Heureusement, depuis cet épisode et les discussions qui avaient suivi, les consignes ne sont plus proscrites à partir de cette année, à condition d’y mettre les formes.

Un dernier mot enfin, pour rappeler que dans les années 50 les pilotes avaient même la possibilité de prendre la voiture d’un de leurs coéquipiers. Pour mémoire je citerais le grand prix de Monza en 1956, quand trois pilotes (Fangio, Moss et Collins) pouvaient être champions du monde à l’issue de ce grand prix.  Fangio et Collins (photo) courraient pour Ferrari et Moss sur Maserati. Ce jour-là les Ferrari étaient les plus rapides, mais elles souffraient de gros problèmes de pneus. En outre Fangio qui courait après son quatrième titre mondial venait de s’arrêter à cause de la rupture d’une biellette de direction. Que se passa-t-il ensuite ? Moss était en tête, et derrière lui il y avait  Musso, l’Italien, et Collins le Britannique. Si Collins gagnait la course, il était champion du monde. Il restait 15 tours avant l’arrivée…et Fangio arrêté ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre la suite des évènements.

Et il attendit gentiment qu’un de ses coéquipiers se dévoue et lui laisse sa voiture, avec la certitude que ce ne serait pas Musso, lequel jouait la victoire chez lui. Et bien, sans que personne ne lui demandât rien ce fut  Peter Collins qui, profitant du changement de pneus, laissa sa voiture à Fangio lequel, du coup, devenait avec certitude encore une fois champion du monde. Que dire devant un tel acte chevaleresque ? Rien, sinon que Collins était un grand seigneur ! Et par la suite, comme je l’ai dit précédemment, plus d’un titre fut attribué grâce aux consignes de courses, même si finalement c’est (presque) toujours le plus fort qui tirera profit des desiderata de l’écurie. Alors pourquoi cette comédie de la part des équipes concurrentes de Ferrari l’an passé en Allemagne ?

Michel Escatafal

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