Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo

En consultant mes archives personnelles, j’ai appris que Guy Lapébie (photo) était décédé l’an passé au mois de mars. Guy Lapébie était un champion que les jeunes ne connaissent pas et que, pour ma part,  je n’ai connu qu’à travers ce que mon père m’en a dit. La première chose qui m’a marqué à propos de Guy Lapébie, c’est qu’il est mort très âgé, puisqu’il avait 93 ans, ce qui démontre que le vélo peut conserver son homme, contrairement à certains clichés. Il a rejoint au paradis des coureurs son frère, Roger, mort en 1996, et d’autres compagnons de route ou de piste comme un autre champion,  encore très connu de nos jours parce qu’il a fait sa plus belle carrière…à la télévision, je veux parler de Robert Chapatte, dit « chapatte de velours ».

Cela dit quand on parle de Lapébie, il faut savoir qu’il s’agit d’une glorieuse fratrie de coureurs cyclistes, puisque les deux frères Lapébie ont un palmarès tout à fait convenable, à faire pâlir d’envie nombre de routiers confirmés d’hier et d’aujourd’hui. Dans ce temps en effet, avant et dans l’immédiate après-guerre, on ne devenait pas une idole avec quelques grands prix de la montagne dans le Tour de France et quelques places d’honneur dans cette même épreuve. Non, il fallait faire ses preuves un peu partout, y compris sur la piste, pour acquérir non seulement un coup de pédale souple, mais surtout un minimum de notoriété.

Ce fut le cas des frères Lapébie, ces coureurs du sud-ouest de la France qui faisaient la fierté des gens de cette région, que beaucoup avaient vu au passage du Tour de France où, pour ce qui concerne mon père et quelques uns de ses copains, sur le vieux vélodrome de Damazan, où ils allaient tourner quand ils étaient eux-mêmes très jeunes pendant leurs loisirs. Ce vélodrome était aussi devenu, à la fin  des années 50 et dans les années 60, un passage obligé pour ceux qui participaient aux critériums d’après-tour, très à la mode à l’époque. Je me souviens avoir vu personnellement Jacques Anquetil avec un beau maillot rose de vainqueur du Giro en 1960, face au vainqueur du Tour, Gastone Nencini, mais aussi Charly Gaul, André Darrigade avec son beau maillot arc-en-ciel conquis l’année précédente, Henri Anglade et bien d’autres encore. J’avais à peine 14 ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier.

Des deux frères Lapébie, celui qui a remporté les plus grands succès fut incontestablement Roger, ne serait-ce qu’en raison de sa victoire dans le Tour de France 1937 en gagnant 3 étapes. Certes il bénéficia de la chute de Bartali dans l’étape Grenoble-Briançon, alors que ce dernier avait le maillot jaune solidement accroché sur ses épaules, mais il avait vaincu tous les autres à commencer par le vainqueur de l’année précédente, Sylvère Maes. Roger Lapébie, que l’on ne pouvait classer dans aucune catégorie déterminée car il se débrouillait bien partout, était avant tout un athlète du vélo, capable de beaux exploits dans ses grands jours ou ses grandes périodes. C’était vraiment un excellent coureur  comme en témoignent, en plus de son succès dans le Tour de France qu’il a aussi terminé à la troisième place en 1934, ses victoires dans le championnat de France en 1933, ou dans le Paris-Nice de 1937.

Le palmarès de Guy était un peu inférieur à celui de son frère, ne serait-ce  qu’en raison de la victoire de ce dernier dans la Grande Boucle. Cela dit sa polyvalence entre la route et la piste lui valut maintes fois les honneurs des communiqués de l’époque. Guy Lapébie, en effet, fut d’abord un excellent pistard, puisqu’il fut champion olympique de poursuite par équipes en 1936 à Berlin, avec Charpentier, Goujon et Le Nizerhy, ses équipiers du V.C. Levallois qui représentaient l’équipe de France. A ces mêmes J.O. il remporta la médaille d’argent sur route et le titre par équipes (qui n’existe plus de nos jours) avec Charpentier qui fut champion olympique individuel  et Dorgebray, ce qui prouvait déjà qu’il avait l’étoffe d’un excellent coureur, ce qu’il confirmera plus tard en terminant 3è du Tour de France 1948 derrière Gino Bartali et Brick Schotte, mais devant le jeune Louison Bobet ((23 ans) qui, quelques années plus tard, remportera le Tour de France 3 fois consécutivement (1953 à 1955).

Mais Roger Lapébie sera aussi un excellent coureur de « six jours », devenant même une vedette en Allemagne avec des victoires à Berlin (1951 et 1952), Hanovre et Munich en 1951, Dortmund associé à un autre excellent pistard, Carrara. Il remportera également deux fois les Six jours de Paris en 1948 (avec Sérès) et 1949 (avec Brunel), preuve qu’à l’époque on pouvait briller l’été sur les routes du Tour et l’hiver sur les pistes des vélodromes. En tout cas, même si les Lapébie ne sont plus là, personne de ceux qui les ont connus ou en ont entendu parler ne les oubliera, ne serait –ce que parce qu’ils ont laissé leur nom à la piste du vélodrome de Bordeaux, ce qui n’est que justice.

esca

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One Comment on “Guy et Roger Lapébie : une fratrie qui a honoré le vélo”

  1. BOITEUX Guy dit :

    Le souvenir que j’ai de Guy Lapébie est celui d’un excellent sprinter. Bravo à tous les deux.


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