Quelques grandes surprises dans le sport

Alors que l’on s’interroge pour savoir si Thomas Voeckler peut remporter le Tour de France 2011, ce qui constituerait une énorme surprise compte tenu de la participation à ce Tour de France, où il ne manque que les Italiens Nibali et Scarponi ainsi que le Russe Menchov, il est sans doute intéressant de se pencher sur quelques grandes surprises qui ont émaillé l’histoire du cyclisme en particulier, et plus généralement l’histoire du sport. Parmi celles-ci la première qui me vient à l’idée est la victoire d’un coureur comme Walkowiak (photo) dans le Tour de France 1956, devant des grands champions comme Bahamontes, Brankart et Charly Gaul. A ce propos, bien qu’étant un petit garçon à l’époque, je me souviens très bien de ce Tour de France où chaque jour, comme pour Voeckler, on attendait la défaillance de Walkowiak qui, finalement, n’est jamais venue. Du coup, le coureur de Montluçon a remporté la plus prestigieuse des épreuves cyclistes, alors que c’est pratiquement sa seule victoire professionnelle à part 2 étapes du Tour d’Espagne, et son nom figure au palmarès de la Grande Boucle entre ceux de Louison Bobet et de Jacques Anquetil, deux des plus grands champions de tous les temps.

Autre coureur cycliste à avoir gagné le Tour de France à la surprise générale, le Français Lucien Aimar en 1966. Un Tour de France dans lequel il a bénéficié d’une suite de circonstances favorables qui lui ont permis de monter sur la plus haute marche du podium au nez et à la barbe de coureurs comme Anquetil, Poulidor, mais aussi Rudi Altig, Jan Janssen ou Roger Pingeon. Dans les Pyrénées, les deux grands favoris (Anquetil et Poulidor) sont relégués à sept minutes par une échappée dans laquelle s’est glissé Janssen, mais aussi Lucien Aimar, équipier de Jacques Anquetil. Et malgré une belle remontée de Raymond Poulidor, à la faveur d’une victoire contre-la-montre à Vals-lesBains, puis d’un exploit dans la descente du col d’Ornon où sous l’orage il relégua Anquetil et Aimar à plus d’une minute, auquel il faut ajouter un exploit dans la Forclaz où il laissa sur place tous les grimpeurs, tout cela sera insuffisant pour que le Limousin puisse refaire la totalité de son retard sur Aimar. Poulidor, en effet, terminera troisième de ce Tour à 2mn 02s de Lucien Aimar et 1 mn 07s derrière Jan Janssen, le second. En dehors d’un titre de champion de France, ce sera la seule grande victoire de Lucien Aimar, avec accessoirement les Quatre Jours de Dunkerque.

Un autre coureur français avait créé la sensation dans le Tour d’Espagne en 1984, Eric Caritoux. Certes, tout comme Aimar, il a gagné un peu plus que Walkowiak avec ses deux titres consécutifs de champion de France (1988 et 1989), plus deux Tours du Haut-Var, mais personne n’aurait imaginé qu’il fût capable de gagner une Vuelta. Et pourtant il l’a fait en 1984, et sa victoire restera d’autant plus historique qu’il l’a emporté par la plus infime des marges sur Alberto Fernandez (6 secondes). Et au palmarès du Tour d’Espagne son nom figure entre ceux de Bernard Hinault (1983) et Pedro Delgado (1985). Cela dit de telles victoires, comme celles de Tamames en 1975, de Pessarodona en 1976, ou plus près de nous de Casero en 2001 et Aitor Gonzales en 2002 sont de plus en plus rares, mais pas impossibles.

Autre victoire remportée contre toute attente, celle de Carlo Clerici, le Suisse, au Tour d’Italie 1954, où il l’emporta avec 24 mn d’avance sur son ami Koblet, qui n’avait rien fait pour l’empêcher de gagner, bien au contraire. Clerici avait bénéficié d’une échappée où tous les favoris (Coppi, Koblet, Magni) terminèrent avec un retard frisant les 40 mn. Et puisque j’évoquais Fiorenzo Magni, le troisième crack italien de l’après-guerre, celui-ci aurait dû être champion du monde en 1952 sans un incident mécanique tout près de l’arrivée, qui allait bénéficier à un certain Heinz Muller, un Allemand qui n’a jamais rien gagné d’autre que ce titre mondial. On pourrait aussi ajouter dans cette galerie des vainqueurs-surprises l’Espagnol Oscar Pereiro, vainqueur du Tour de France 2006, mais cette victoire ne fut définitive qu’après le déclassement pour dopage de Floyd Landis.

En athlétisme, encore en 1952, nous avons enregistré une énorme surprise, au Jeux Olympiques d’Helsinki,  avec la victoire de Josy Barthel le coureur de 1500m luxembourgeois. Lui aussi n’a pas remporté d’autres titres majeurs que celui-là, mais personne ne lui enlèvera sa médaille d’or olympique. Cela étant en athlétisme, dans les grands championnats, il est rare, pour ne pas dire très rare, que le vainqueur ne soit pas un des meilleurs. Mais cela est arrivé en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes, avec la victoire sur 100m d’une athlète biélorusse totalement inconnue, Youlia Nesterenko, dont la progression apparut d’autant plus stupéfiante aux yeux de certains, qu’elle disparut des couloirs mondiaux aussi vite qu’elle y était arrivée.

En football, il y a eu la victoire d’un club de la banlieue d’Alger, le Sporting Club Union El Biar, en 1/16è de finale de la Coupe de France 1957 contre le Stade de Reims. Ce club, qui végète aujourd’hui en Ligue 2 après un long purgatoire en National, était à l’époque une très grande équipe qui, quelques mois auparavant, avait disputé et perdu la finale de la Coupe d’Europe. Le Stade de Reims comptait dans ses rangs quelques uns des meilleurs joueurs européens (Jonquet, Penverne, Vincent, Fontaine) et, bien entendu, personne n’aurait imaginé qu’une telle armada puisse être éliminée par un club aussi modeste. Et pourtant El Biar a gagné par 2 à 0 et s’est qualifié pour les 1/8è de finale. Evidemment nous pourrions citer beaucoup d’autres exemples, mais ceux-ci figurent parmi les plus belles anomalies du sport, avec la place de finaliste de la Coupe de France du club de CFA, Calais RUFC en 2000, après avoir sorti les Girondins de Bordeaux, ou encore la place de finaliste à Roland-Garros de Ginette Bucaille en 1954, ce qui fut sa seule performance notable avec un titre de championne internationale de Paris en 1956.

Michel Escatafal

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