Ferdi Kubler, magnifique champion aux multiples facettes

Avec son long nez busqué Ferdinand Kubler, dit Ferdi, progressait en course en s’invectivant à coups de grognements qui lui valurent le surnom de « champion hennissant », ce qui était quand même péjoratif pour un champion comme lui, plein de panache. On le surnomma aussi « le fou pédalant » tellement en plein effort il avait l’œil vindicatif et la bave aux lèvres. Cependant d’autres l’ont appelé « le magnifique » ce qui correspondait mieux au spectacle qu’il délivrait sur la route, lui le battant explosif que certains ont comparé à une sorte de cow-boy des pelotons, n’hésitant pas à faire son cinéma quand tout allait bien comme dans ses moments de défaillance, lui le frère d’une actrice connue chez nous pour avoir été l’épouse de Boris Vian.

En fait il a quand même beaucoup souffert de l’arrivée au firmament du cyclisme de son compatriote Hugo Koblet qui, non content d’avoir tous les dons, était aussi un merveilleux styliste, sans parler d’un physique extrêmement avantageux. Et je crois que ce parallèle, qui était fait inévitablement entre ces deux champions exceptionnels, a largement influencé la postérité une fois terminée la carrière des deux seuls coureurs suisses à avoir gagné le Tour de France. Pourtant en termes de palmarès, celui de Ferdi Kubler est nettement plus étoffé que celui d’Hugo Koblet.

Il est vrai que rarement on vit deux coureurs aussi dissemblables, y compris dans la manière de mener leur carrière. Comme tous les surdoués amoureux de la vie, « le pédaleur de charme » est arrivé très tôt au firmament du cyclisme, à l’âge de 25 ans, pratiquement dès la première année où il se consacra sérieusement à la route, en remportant le Giro devant Bartali. En revanche Ferdi Kubler, moins doué, dut faire ses classes beaucoup plus longtemps avant de remporter ses premiers grands succès. Entre sa première victoire dans le Tour de Suisse, peu significative car remportée en 1942, et celles autrement plus convaincantes en 1948 dans ce même Tour de Suisse et le Tour de Romandie, il s’était passé six longues années.  En outre contrairement à Coppi ou Bartali, la carrière de Kubler n’avait pas réellement souffert de la guerre, sauf qu’il ne put pas disputer les grandes épreuves, celles-ci se déroulant sur des territoires en guerre.

Malgré tout il s’était signalé en remportant deux étapes du Tour de France 1947, une épreuve qui allait lui faire franchir le pas entre un bon coureur et un grand champion, en remportant l’épreuve en 1950. Certes, cette année-là, il a bénéficié du retrait de l’équipe italienne qui l’aurait sans doute emporté avec Magni qui avait le maillot jaune à la sortie des Pyrénées, mais qui dut la mort dans l’âme se retirer à Saint-Gaudens avec toute l’équipe italienne, parce que Bartali avait été pris à partie par des spectateurs au sommet du col d’Aspin. Du coup le grand champion italien, qui avait encore toutes ses chances puisqu’il n’était qu’à quatre minutes du leader, décida d’abandonner estimant qu’à 36 ans il n’avait plus « l’âge de risquer sa vie sur une bicyclette ». Et ce fut Kubler qui hérita du maillot jaune pour le garder jusqu’à Paris, malgré les assauts de Stan Ockers et Louison Bobet.

Cependant ce fut loin d’être une injustice si Ferdi Kubler inscrivit son nom au palmarès de la Grande Boucle, car c’était un coureur très complet à force de travail, à la fois rouleur (vainqueur notamment du réputé Grand Prix de Lugano c.l.m. en 1950), honnête grimpeur, excellent descendeur donnant le frisson aux suiveurs, et très bon sprinter. Autant de qualités qui lui permirent de se confectionner un palmarès qui le place dans les vingt meilleurs routiers de l’histoire du cyclisme d’après-guerre. En outre c’était un excellent poursuiteur, qui détint le record suisse de l’heure, et aussi un bon cyclo-crossman. Bref,  Ferdi Kubler excellait partout, ce qui explique le nombre de ses succès, tout cela grâce à une hygiène de vie qui contrastait avec celle d’Hugo Koblet, lequel croquait la vie à pleine dents.

Ses autres titres de gloire en dehors de sa victoire dans le Tour de France sont ses victoires dans la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, épreuves qu’il remporta à deux reprises en 1951 et 1952, ce qui lui donnait la victoire dans ce que l’on appelait autrefois « le Week-end ardennais » (addition des deux épreuves). Il remporta aussi en 1953 la plus longue des classiques d’un jour (600 km), Bordeaux-Paris. A cela s’ajoutent trois Tours de Suisse que j’ai déjà évoqués en 1942, 1948 et 1951, plus deux Tours de Romandie en 1948 et 1951, sans oublier cinq titres de champion de Suisse entre 1948 et 1954. Enfin, nul n’oubliera son triomphe au championnat du monde sur route en 1951 à Varèse, où Kubler l’emporta nettement au sprint devant Fiorenzo Magni et le champion du monde de poursuite Bevilacqua. Ce titre était une consécration d’autant plus agréable qu’il l’avait raté de peu en 1949, suite à une crevaison alors qu’il était en tête à quelques encablures de l’arrivée.

Evidemment la carrière de Kubler mériterait d’être contée avec davantage de détails, mais rien qu’en rappelant ses plus grandes victoires on mesure quel immense champion il fut. Et cette réussite se poursuivra une fois sa carrière terminée (à l’âge de 38 ans), puisque Kubler allait profiter de son extraordinaire notoriété en Suisse pour réaliser de nombreuses publicités. En outre il passa aussi le diplôme de moniteur de ski, sans oublier de devenir un homme d’affaires avisé. En un mot, un grand monsieur qui a fait honneur au cyclisme sa vie durant. Il a aujourd’hui 92 ans, et est le plus âgé des vainqueurs du Tour de France, preuve si besoin en était que le vélo sait aussi conserver (parfois) ceux qui l’ont si bien servi.

escatafal

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2 commentaires on “Ferdi Kubler, magnifique champion aux multiples facettes”

  1. François dit :

    Ursula Kubler, veuve de Boris Vian en 1959 n’était pas la soeur de Ferdi Kubler.


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