A propos des grands grimpeurs…

S’il y a bien une catégorie de coureurs qui a toujours fasciné les spectateurs, ce sont les grimpeurs.  Oh certes il y en a beaucoup qui ont eu droit à cette appellation à une époque ou une autre, mais bien peu en revanche ont laissé une réelle trace dans l’histoire du cyclisme. Déjà il y a ceux qui ont gagné des grands prix de la montagne, en plus ou moins grand nombre, et rien d’autre. Ensuite il y a ceux qui en plus de ces trophées de la montagne,  ont gagné un ou plusieurs grands tours. Enfin il y a les très grands, qui non seulement sont ou ont été des grimpeurs exceptionnels, mais qui aussi ont toujours figuré parmi les tous meilleurs contre le chrono. Et ceux-là ont évidemment un palmarès considérable…au même titre que « les inclassables » qui étaient excellents  partout, mais qui à l’inverse des grands grimpeurs étaient d’abord de grands rouleurs. Essayons de voir chacun de ces types de coureurs dans l’histoire du vélo.

Dans la première catégorie il y a René Vietto, lequel en plus de ses qualités de grimpeur a un fait et une anecdote qui l’ont rendu immortel. Vietto, surnommé « le Roi René », fut le premier coureur à fixer son bidon sur le tube oblique du cadre, mais plus encore réalisa un acte héroïque dans le Tour de France 1934. En effet, lors d’une étape pyrénéenne restée célèbre, on a vu René Vietto remonter une partie du Portet d’Aspet alors qu’il était largement engagé dans la descente, pour dépanner Antonin Magne en proie à un ennui mécanique et lui permettre de gagner son second Tour de France. Certes René Vietto (20 ans à l’époque) aura été privé d’une retentissante victoire d’étape (qui aurait été la cinquième dans ce Tour), mais cela aurait été insuffisant pour rester dans la postérité au même titre que son prix du meilleur grimpeur, contrairement à son épique sacrifice pour son leader.

Parmi les autres coureurs qui ont aussi remporté  un ou plusieurs Grand Prix de la Montagne dans les grands tours, à une époque où le titre de meilleur grimpeur voulait dire quelque chose contrairement à ce qui se passe de nos jours, on peut citer l’Italien Massignan, l’Espagnol Jimenez, ou encore Richard Virenque qui a gagné le trophée à sept reprises dans la Grande Boucle. Tous ces coureurs ont pour particularité d’avoir été d’excellents grimpeurs, mais l’essentiel de leur palmarès se situe dans cette distinction, même s’ils ont remporté ça et là une belle victoire (Paris-Tours pour Virenque). On pourrait inclure dans cette catégorie parmi les coureurs d’aujourd’hui Andy Schleck, même s’il n’a jamais remporté le Grand prix de la Montagne…parce que seule la victoire dans le Tour l’intéresse.

Ensuite il y a ceux qui appartiennent  à la catégorie des grands grimpeurs qui ont aussi gagné un ou plusieurs grands tours. Là aussi la palette est assez grande, mais on peut citer Nencini qui fut vainqueur du Tour en 1960 et du Giro en 1957, Van impe qui remporta le Tour 1976, ou encore le Colombien Lucho Herrera qui enleva la Vuelta en 1987, sans oublier Pedro Delgado, vainqueur du Tour 1988 et de deux Vueltas en 1985 et 1989. Mais en revanche on mettra à part Federico Bahamontes, vainqueur de nombreux trophées du meilleur grimpeur dans les grands tours, et qui remporta le Tour de France 1959, parce qu’il appartient à une catégorie à part, celle des grimpeurs ailés.

Ce n’était pas pour rien qu’on appelait  Bahamontes « l’Aigle Tolède », et force est de constater qu’il était vraiment très fort dès que la route s’élevait, au point qu’à ses débuts dans le Tour de France il s’arrêtait au sommet des cols, qu’il passait largement en tête…pour déguster une glace. En fait, à cette époque, le cyclisme a produit deux des plus grands escaladeurs de l’histoire, à savoir Bahamontes et Charly Gaul. Lequel des deux était le plus fort en montagne? Difficile à dire, mais en revanche Charly Gaul était beaucoup plus complet que Bahamontes,  car c’était aussi un excellent rouleur comme en témoignent ses victoires dans les contre-la-montre de son Tour de France victorieux en 1958, où il battit Anquetil de sept secondes à Châteaulin sur une distance de 46 km, avant de battre tous ses concurrents la veille de l’arrivée entre Besançon et Dijon (74 km).

En cela Charly Gaul fait penser à Gino Bartali, un des plus beaux palmarès du cyclisme sur route, magnifié de surcroît par ses duels avec Fausto Coppi. Bartali fut un grimpeur extraordinaire, dont Géminiani disait que sa façon de grimper était unique, montant « par saccades en marquant des temps d’arrêt, 100 mètres debout sur les pédales et 100 mètres sur la selle »,  avant de mettre deux dents de plus pour s’envoler. Là évidemment personne ne pouvait suivre, à la notable exception de Coppi.  Mais Bartali n’était pas qu’un super grimpeur, car lui aussi était capable de se situer au niveau des meilleurs contre-la-montre, comme autrefois Luis Ocana (seul rival de Merckx qu’il dominait dans les cols), autre remarquable grimpeur et excellent rouleur, ou aujourd’hui le plus grand champion actuel, Alberto Contador, déjà vainqueur à 28 ans de 6 grands tours (trois Tours de France, deux Tours d’Italie et un Tour d’Espagne).

Alberto Contador est un coureur exceptionnel, capable d’avoir le plus beau palmarès de l’histoire en ce qui concerne les courses à étapes. Pour mémoire, rappelons qu’il a remporté tous les grands tours auxquels il a participé depuis 2007, sauf le Tour de France de cette année où il a été fortement pénalisé par une blessure au genou, qui lui a interdit de s’exprimer au maximum de ses possibilités…ce qui ne l’a pas empêché de finir dans les cinq premiers au classement général, et d’animer la fin de l’épreuve dans les Alpes. Ce qui est le plus impressionnant chez lui c’est sa manière unique de grimper qui fait effectivement penser à Bartali, souvent en danseuse, relançant violemment quand il sent que son rythme baisse. Et pour couronner le tout il y a sa célèbre « giclette » (démarrage dans une pente très dure), comme on dit dans le jargon du cyclisme. Voir une « giclette » de Contador  est un pur moment de bonheur, tellement on a l’impression que l’homme prend son envol, un envol majestueux et dominateur qui fait penser à l’envol de l’aigle royal que l’on rencontre dans les Pyrénées ou les Alpes, les terrains de chasse favoris du « Pistolero », comme  on l’appelle pour le geste qu’il fait à chacun de ses succès.

Reste enfin à évoquer celui qui est sans aucun doute le plus grand grimpeur de l’histoire du vélo, le campionissimo Fausto Coppi. Pour avoir souvent parler de lui sur ce site, je me contenterais de rappeler qu’il fut non seulement le meilleur grimpeur, mais aussi un des deux ou trois plus grands rouleurs de tous les temps, comme en témoignent ses deux titres de champion du monde de poursuite, mais aussi son record de l’heure, et ses multiples victoires dans les grandes épreuves contre-la-montre (Grand prix des Nations, de Lugano etc.). Fausto Coppi est à coup sûr le plus grand champion de l’histoire du vélo, même si certains me diront que c’est Merckx, d’autres Hinault, d’autres encore Anquetil ou Indurain. Non, Coppi était le plus grand, parce que les coureurs que je viens de citer, que j’appelais précédemment « les inclassables », ont tous été battus à un moment ou un autre, même à leur meilleur niveau, par des grimpeurs ailés…ce qui ne fut jamais le cas du meilleur Coppi. C’est la même chose pour Alberto Contador qui n’a pour seul contradicteur en montagne qu’Andy Schleck, lequel est très inférieur au super champion espagnol contre le chronomètre.

Michel Escatafal

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2 commentaires on “A propos des grands grimpeurs…”

  1. Wally dit :

    Vous avez une admiration énorme pour certains coureurs comme Coppi, Rivière ou Contador et vous semblez oublier Merckx qui est le meilleur de tous. Bien votre blog quand même

    • Antonio dit :

      Eh oui, notre ami Michel est un fan du Pistolero, c’est son droit le plus strict. Certains amoureux de la petite reine ne sont pas tout à fait d’accord avec lui!… Que lui reproche-t-on au Pistolero? C’est très simple, moi-même, je lui reproche son histoire de la viande contaminée et sa façon de mentir à toutes les instances cyclistes ainsi qu’à tous ses fans et à tous ses détracteurs du monde entier!… Comme aficionado et espagnol, j’éprouve une honte profonde et suis dégoûté de la tournure que prend ce feuilleton tragicomique du Pistolero… Je veux la vérité et le respect de l’être humain sportif ou civil…


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