Robinson, le plus beau boxeur de tous les temps

Il y a quelques jours j’avais écrit sur ce site consacré à l’histoire du sport qu’Hugo Koblet, « le pédaleur de charme », avait tous les atouts pour être une image magnifiée du vélo. J’aurais tendance à dire que ce fut la même chose pour le boxeur Ray Sugar Robinson.  Nombreux sont ceux qui disent qu’il fut le « plus beau boxeur de tous les temps », titre qu’il pourrait partager avec une autre légende de la boxe, Rays Sugar Leonard, lequel avait en gros les mêmes qualités que Robinson. L’un et l’autre avaient un style d’une pureté extraordinaire, boxant  et se déplaçant sur le ring avec une vitesse hallucinante pour leurs adversaires, tout cela ne les empêchant pas de disposer d’un punch qui leur permit de mettre K.O. la plupart de leurs adversaires. Bref, deux boxeurs exceptionnels, dont on serait bien en peine de dire quel fut le plus grand des deux, même si les puristes n’hésitent pas à classer Robinson avant Leonard pour sa puissance.

Donc je vais parler aujourd’hui de Ray Sugar Robinson, après avoir longuement évoqué dans un article précédent Ray Leonard, à propos de son fameux match avec Hagler en 1987, un des plus grands matches du vingtième siècle. Tout d’abord il faut savoir que Ray Sugar Robinson n’était pas son nom, puisqu’il s’appelait Smith Walker, et qu’il vécut les premières années de sa vie comme les dernières dans la difficulté. Entre temps il aura gagné énormément d’argent grâce à la seule chose qu’il savait bien faire, la boxe professionnelle, après avoir été un remarquable boxeur amateur, puisqu’il termina cette première carrière invaincu (85 victoires en autant de combats dont 69 par K.O.). En outre il a remporté les Golden Gloves, très prisées aux Etats-Unis. Et, sans la deuxième guerre mondiale, nul doute qu’il aurait remporté au moins un titre olympique (en poids légers), comme nombre d’autres immenses boxeurs tels que Patterson, Ali, Frazier, Foreman ou Leonard.

Né en 1920, il disputera son premier combat professionnel en octobre 1940, entamant une carrière qui va durer 25 ans, entrecoupée d’arrêts et de come back au gré de sa vie personnelle. Cela étant, il aura quand même le temps de disputer 202 combats, en remportant 181 dont 109 par K.O. Au passage on soulignera qu’il fallut attendre son quarante et unième combat pour qu’il subisse sa première défaite face à un boxeur dont les Français ont beaucoup entendu parler, Jake La Motta, lequel prit le titre de champion du monde des poids moyens à Marcel Cerdan en 1949. Et oui, en évoquant ces noms ô combien prestigieux, on réalise que Ray Sugar Robinson a réalisé sa prodigieuse carrière au moment de l’âge d’or de la boxe, une époque où les champions de haute lignée étaient en nombre dans toutes les catégories. A une époque aussi où il n’y avait qu’un champion du monde par catégories, celles-ci étant au nombre de  huit (mouches, plumes, coqs, légers, welters, moyens, mi-lourds et lourds).

Son premier titre de champion du monde il l’obtint dans la catégorie des poids welters (entre 63,503 kg  et 66,678 kg), en battant aux points Tommy Bell en décembre 1946. Il allait régner dans cette catégorie jusqu’à ce qu’il passe dans la catégorie supérieure, en ayant vécu un drame lors de la première défense de son titre, puisque le boxeur qu’il mit K.O. à la huitième reprise, Jimmy Doyle, mourra quelques heures après la fin du combat. Ensuite, en juin 1952, il monte chez les poids moyens (entre 69,853 et 72,574 kg), pour conquérir le titre mondial face à …Jake La Motta.  Encouragé par ce succès, il va s’attaquer en 1952 à la catégorie suivante, après avoir vaincu Olson et le vieux Tony Graziano (ancien champion du monde entre 1947 et 1948), les poids mi-lourds ( 76,205 à 79,378 kg), catégorie pour laquelle il semble fait compte tenu de sa taille (1.79m). Hélas pour lui, il allait affronter un des plus grands boxeurs de la catégorie, Joey Maxim, et se faire battre en juin 1952. Vexé, il décide de se retirer… jusqu’au moment où, ayant perdu sa fortune, il décide de remonter sur le ring en 1955.

Trois ans sans boxer, un peu comme Leonard mais pour d’autres raisons, le défi paraissait insensé. Et pourtant il ne l’était pas, tellement l’homme avait la chance d’avoir une classe folle. Et à la fin de l’année 1955, il pulvérisera Carl Bobo Olson par K.O. à la deuxième reprise. Ray était redevenu le roi des poids moyens !  Toutefois, il commençait à vieillir puisqu’il avait 35 ans, et ce titre il fallait le défendre contre des boxeurs très forts, comme Fullmer et Carmen Basilio (un des meilleurs poids welters de l’histoire). Il le défendra mais au prix de gros efforts, en subissant à chaque premier match une défaite qu’il corrigera lors de la revanche, ce qui continuera à faire de lui le roi d’une des deux catégories reines de la boxe avec les poids lourds.

Un peu plus tard il sera déchu de son titre par la fédération américaine NBA (ancêtre de la World Boxing  Association plus connue sous le nom de WBA), mais échouera à reprendre son titre contre Pender, un bon boxeur avec ses 40 victoires pour 6 défaites et deux nuls,  et contre Fullmer, contre qui il fit match nul en 1961, mais qui n’était plus lui aussi le grand boxeur qu’il fut quelques années auparavant, lors de leur premier affrontement.  Ensuite ce sera la chute inexorable de ce boxeur de génie, à qui l’on aurait pu donner le surnom de « boxeur de charme », et à partir de 1962 jusqu’en 1965  il courra le cachet en Europe pour essayer de rembourser ses dettes. Hélas, malgré ces combats qui n’étaient pas dignes de lui, cela sera insuffisant pour lui permettre de s’assurer une reconversion tranquille. Il était manifestement plus doué pour la boxe que pour les affaires ou les métiers du spectacle, même s’il a dirigé avec quelque succès une troupe de danseurs et de chanteurs.

Cependant la postérité n’a retenu de lui que la beauté de sa boxe, sport ô combien dur qui n’a jamais mieux mérité qu’avec Robinson le nom de « noble art ». Cela lui aura permis d’être considéré par nombre de connaisseurs comme le plus grand boxeur de tous les temps. Même Ali, qui affirmait sans arrêt qu’il était le plus grand, a reconnu que  Ray Sugar Robinson a été l’unique boxeur  meilleur que lui. Si Ali l’a dit, c’est qu’on ne devait pas être loin de la vérité. Et sur le plan humain, c’était aussi un homme généreux, trop sans doute ce qui explique ses déboires financiers, comme il le prouvera en créant une fondation pour aider des jeunes issus des milieux les plus défavorisés. Il rejoindra le paradis des boxeurs le 12 avril 1989, victime de la maladie d’Alzheimer et du diabète. Mais jamais cette triste fin n’effacera l’image de ce merveilleux artiste, qui a largement contribué à transformer un combat de boxe, par essence brutal,  en un merveilleux ballet.

Michel Escatafal

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