Noah est éternel

Pour quelqu’un qui, comme moi,  a commencé à jouer au tennis dans les années 70, Yannick Noah est évidemment une personne qui excite l’admiration. N’oublions pas que c’est lui, le premier, qui redonné une partie de son lustre passé au tennis masculin français, et ce dès la fin des années 70, alors que celui-ci courrait après un titre dans un tournoi du grand chelem depuis 1946 (victoires de Marcel Bernard à Roland-Garros, et d’Yvon Petra à Wimbledon). Il est vrai que Yannick Noah, fils d’un excellent joueur de football qui a remporté la Coupe de France avec Sedan en 1961, avait de qui de tenir, d’autant que sa mère, enseignante,  était une excellente joueuse de basket. Cela étant, il lui a quand même fallu beaucoup travailler pour en arriver à devenir un des tous meilleurs joueurs du monde dans les années 80, avec des concurrents qui s’appelaient Borg, Connors, Mac Enroe, Lendl, Vilas ou Wilander, pour ne citer que les plus fameux.

Il ne faut pas oublier que Yannick Noah, né à Sedan en 1960, a quitté très tôt les Ardennes pour aller vivre à Yaoundé au Cameroun, pays de son père, et qu’après avoir été remarqué lors d’une tournée de propagande par l’ancien vainqueur de Wimbledon et Forest-Hills, Arthur Ashe, il partit à 11 ans pour Nice où il fut inscrit au lycée sport-études.  Dès lors sa voie était tracée, et il allait très vite progresser, au point qu’à 15 ans et demi il allait renoncer à ses études pour se consacrer entièrement au tennis. Sa progression fut à la fois régulière et très rapide, au point que ses performances sur le circuit lui valurent de faire ses débuts en Coupe Davis à l’âge de 18 ans, en double, avec un partenaire nommé François Jauffret, lequel fêtait sa soixante-dixième et dernière sélection. 

La suite nous la connaissons, il allait très vite prendre place parmi les premiers au classement mondial, grâce à un remarquable service, son meilleur atout, un très bon coup droit qu’il frappait très fort, et plus encore des qualités athlétiques comme très peu de joueurs dans l’histoire du jeu en ont disposé. Sa détente verticale était véritablement extraordinaire, et ses jaillissements au filet impressionnants. En outre, et cela explique en partie sa reconversion réussie, il avait plus que tout autre un sens du spectacle inné, qui lui donnait inexorablement les faveurs du public. J’ai eu personnellement la chance de le voir à l’œuvre à plusieurs reprises à Roland-Garros, notamment lors d’un 1/8è de finale contre Jimmy Connors en 1980, où il eut la malchance de se blesser en courant sur une amortie imprenable, mais aussi à Aix-en-Provence, lors d’une demi-finale de Coupe Davis, où à lui seul il battit les Néo-Zélandais, ce qui permettait à l’équipe de France de se retrouver en finale 49 ans après la dernière jouée et perdue par les Mousquetaires.

Notre équipe ne remporta pas cette année-là le trophée face aux Américains (avec Mac Enroe) à Grenoble, mais Noah se vengera quelques années plus tard, à Lyon en 1991, en étant le capitaine de l’équipe qui allait prendre sa revanche sur les Etats-Unis, dont l’équipe était composée de Sampras, Agassi et la paire Flach-Seguso en double, c’est-à-dire ce qui se faisait de mieux à l’époque. A cette occasion, Noah avait eu l’idée géniale de sélectionner (aux côtés de Forget)  son vieux rival Henri Leconte, alors qu’il se rétablissait tout juste d’une opération due à une hernie discale. Il n’y avait que Noah pour tenter et réussir un coup pareil, d’autant que la France attendait cette victoire depuis 1932. Il n’y avait que lui aussi pour que notre équipe l’emportât une deuxième fois en finale en Suède. Sa détermination, son envie, qu’il savait si bien transmettre à ses joueurs, avaient été à cette occasion déterminantes, car en Suède notre équipe était loin d’être aussi forte qu’à Lyon cinq ans plus tôt. Cela dit, bien qu’ayant fait largement ses preuves comme entraîneur, ce n’est pas cette carrière qu’il allait suivre par la suite, puisqu’il allait devenir chanteur.

Je ne vais pas m’appesantir sur cette nouvelle activité, que je connais beaucoup moins que la précédente, sauf pour noter que personne n’est  surpris de sa réussite dans le domaine des variétés.  La preuve, il vend beaucoup de CD, et il a quasiment rempli le Stade de France pour un concert en septembre 2010.  En outre cela lui permet de donner libre-cours à son tempérament généreux,  en multipliant les galas pour de nombreuses associations caritatives, notamment celle de sa mère « Les enfants de la Terre » qu’il animait déjà à l’époque où il était un jeune joueur. L’homme a du cœur, mais il est aussi  doué d’une intelligence qui lui permet de s’exprimer avec facilité sur tous les sujets touchant à la vie des gens, y compris sur la politique où il défend ses idées avec la faconde d’un politicien professionnel. Pour toutes ces raisons, y compris celle d’avoir un fils qui figure parmi les rares basketteurs français capables  de briller en NBA, il n’est pas étonnant qu’il soit considéré depuis des années comme la personnalité préférée des Français.

En effet, même si à titre personnel je n’accorde que peu de valeur à ce classement, dans le cas de Noah il est mille fois mérité pour l’ensemble de son œuvre.  Et j’ajouterais que de tous les grands sportifs français, il est un des rares sur lequel  tout le monde s’accorde pour dire que sa tête est aussi bien faite que ses jambes. Yannick Noah, en effet, fait rêver les jeunes, mais aussi sait entretenir l’espoir de ceux qui le sont moins, et représente pour les plus anciens une des plus belles époques du sport français avec notamment Hinault, Prost et Platini. Mais lui a quelque chose en plus, le charisme, ce qui lui permet d’être écouté aussi par ceux qui ignorent tout ou presque de ses activités.

Michel Escatafal

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