Wilma Rudolph, la gazelle noire qui caressait la piste

Aujourd’hui l’athlétisme, comme le tennis, a des vedettes qui sont à la fois masculines et féminines. En France, Marie-Jo Pérec ou encore Christine  Arron ont une notoriété qui n’a guère d’égale à ce jour que celle de Christophe Lemaitre notre jeune sprinter. Et c’est la même chose au niveau mondial avec, par exemple, Yelena Isinbayeva qui est presqu’aussi connue que la grande star de l’athlétisme mondial, Usain Bolt. Tel n’était pas le cas jusqu’en 1960, quelles que soient les qualités d’une Fanny Koen, appelée « la Hollandaise volante », qui remporta quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques de Londres en 1948 (100m, 200m ,80m haies, relais 4x100m), c’est-à-dire autant que Jesse Owens  en 1936…ce que tout le monde ignore. En fait il fallut attendre 1960 et les Jeux Olympiques de Rome pour qu’une athlète, Wilma Rudolph, vole la vedette aux hommes, et devienne la première star mondiale de l’athlétisme.

Il faut dire que Wilma Rudolph avait tout pour elle, puisqu’elle était très belle, en plus d’être la reine du sprint mondial féminin. A cela s’ajoute une vie où elle aura tout connu entre dénuement et conte de fées, venant  d’une famille du Tenessee très pauvre dont elle était le dix-septième enfant (sur dix-neuf), atteinte de surcroît d’une poliomyélite  à l’âge de six ans qui la priva longtemps de l’usage de sa jambe gauche. Heureusement elle eut la chance d’avoir une mère qui n’a jamais désespéré de voir sa fille retrouver toutes ses facultés, au prix d’efforts incroyables ne serait-ce que l’emmener faire de la rééducation chaque semaine à Nashville, capitale de l’Etat du Tenessee, distante de plus de soixante dix kilomètres de son domicile.

Et le miracle se produisit vers l’âge de onze ans, le jeune Wilma abandonnant sa prothèse parce qu’elle marchait presque normalement. Il lui restait toutefois à renforcer cette jambe, et pour ce faire sa mère, toujours elle, demande à un de ses fils qui jouait au basket de l’inscrire dans son club. Et là aussi miracle, très vite Wilma va s’affirmer comme une des meilleures joueuses de son âge. Cependant les entraîneurs du club notent surtout qu’elle court très vite, et  vont l’orienter vers l’athlétisme, sport qui va faire sa gloire en quelques années. Ses progrès sur la piste sont extraordinaires, malgré une apparence extrêmement chétive, au point qu’à l’âge de seize ans elle gagne sa sélection pour le relais 4x100m des Jeux Olympiques de Melbourne en 1956. Ce relais avec Wilma Rudolph va remporter la médaille de bronze. C’est le début de sa moisson de lauriers qui va durer jusqu’en 1961, date à laquelle elle dira adieu à la compétition.

Mais avant cela elle va subjuguer le monde de l’athlétisme, plus particulièrement aux Jeux Olympiques de Rome (1960), après quatre ans de préparation.  On ne voit qu’elle dans le stade olympique, où plutôt sa longue foulée qui caresse la piste. Sa silhouette et ses longues jambes fines et fuselées l’ont fait surnommer la « Gazelle noire ». Certains pensaient que le sprint féminin avait trouvé une reine du sprint pour longtemps au moment des J.O. de 1956, avec l’Australienne Betty Cuthbert, trois fois couronnée sur 100, 200 et 4x100m, mais celle-ci sera surpassée à Rome quatre ans plus tard, non pas au nombre de médailles d’or, mais sur le plan chronométrique et par le style éblouissant avec lequel Wilma Rudolph rayonnait sur la piste.

 Jamais une sprinteuse n’avait à ce point dominé le sprint, à part Fanny Koen sur 200m aux J.O. de 1948, laissant ses adversaires  en finale des J.O. 1960 à trois dixièmes sur 100m et à quatre dixièmes sur 200m…en se réservant pour le relais 4x100m. Une supériorité qui fait penser à celle d’Usain Bolt aujourd’hui, et plus encore  à celle de Florence Griffith Joyner à Séoul en 1988…le doute en moins, parce que la progression de Wilma Rudolph fut linéaire depuis 1956. D’ailleurs elle attendra le 9 juillet 1960 pour battre son premier record du monde à Corpus Christi, ville côtière au sud du Texas. Ce jour-là elle réalisa 22s9/10 sur 200 m, soit trois dixièmes de mieux que le précédent record de Betty Cuthbert (23s2/10) qui datait de 1956, et que cette dernière venait d’égaler peu avant. C’était la première fois qu’une athlète féminine passait sous la barre des 23s au 200m. Elle était prête pour faire une razzia aux J.O. en septembre à Rome.

Et de fait, dès les demi-finales du 100 m elle égale le record du monde du 100 m, détenu par l’Australienne Shirley de La Hunty et la Soviétique Vera Krepkina, en réalisant 11s3/10. Elle fera beaucoup mieux en finale ( le 2 septembre 1960) avec un temps de 11s tout juste, loin devant l’Anglaise Hyman et l’Italienne Leone (11s3/10 toutes deux), la Soviétique Itkina (11s4/10) et notre Cathy Capdevielle qui termina à la cinquième place (11s5/10). Hélas pour toutes ces concurrentes et surtout pour Wilma Rudolph, le vent soufflait un peu trop fort sur le Foro Italico (2,47m/s au lieu de 2m/s autorisé), et le record du monde ne fut pas homologué.  Ce n’était que partie remise, car ce record du monde deviendra la propriété de la « Gazelle noire » en 1961, avec un temps de 11s2/10 réalisé à Stuttgart le 19 septembre 1961. Fermons la parenthèse pour dire que le lendemain de la finale du 100 m, le 3 septembre, Wilma Rudolph remportera le 200 m en réalisant 24s juste face à un vent contraire de 4 m/s, puis deux jours plus tard elle complètera son triomphe romain dans le relais 4x100m, en prenant le témoin dans le dernier relais avec deux mètres de retard pour finir sa ligne droite avec deux mètres d’avance, malgré une légère blessure à la cheville qui la faisait souffrir depuis la finale du 100 m.

Hélas pour le monde de l’athlétisme, elle arrêtera sa carrière à la fin de la saison 1961, à l’âge de 21 ans, avec en poche trois titres olympiques et le record du monde des 100m, 200m, et relais 4x100m. Quels sommets eut-elle atteint si elle avait continué quelques années de plus ? Problème, à l’époque l’athlétisme n’était pas un sport professionnel, et il lui fallait gagner sa vie ailleurs que sur les pistes. Wilma Rudolph hésita entre le métier de mannequin et celui d’éducateur, pour lesquels elle avait toutes les dispositions pour réussir, avant de choisir…le mariage. Ce ne fut pas sa meilleure réussite puisqu’elle divorça une première fois, puis une seconde, élevant seule ses quatre enfants, dans la plus grande difficulté dirent les uns, ce que l’ancienne championne tint à démentir, même si elle concéda n’être pas riche.

Elle sera victime en 1967 d’un grave accident de la circulation qui toucha sa colonne vertébrale, ce qui ne l’empêcha pas de devenir conférencière, ni de représenter son pays auprès des pays d’Afrique de l’ouest, ni de s’occuper de la fondation qui porte son nom, destinée à aider les enfants défavorisés. Elle rejoindra en 1994 le paradis des athlètes, victime d’une longue maladie à l’âge de 54 ans. Néanmoins aucun des amoureux de l’athlétisme qui l’ont vu courir sur les stades  ou à la télévision ne l’oublieront. Pour tous ceux-là, aucune autre sprinteuse n’égalera sa grâce et sa beauté. Aucune non plus ne saura se soustraire comme elle à la pression des grandes compétitions. Il est vrai que là aussi sa faculté de relaxation était extrême, puisqu’elle arrivait à s’endormir entre deux épreuves.

Michel Escatafal

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One Comment on “Wilma Rudolph, la gazelle noire qui caressait la piste”

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