Le 4×100 français : une longue tradition de succès

Alors que les relais français du 4x100m viennent encore une fois de se distinguer aux championnats du monde d’athlétisme à Daegu, avec la cinquième place des relayeuses (M. Soumaré, C. Distel, L. Jacques-Sébastien, V. Mang), et plus encore la médaille d’argent chez les hommes (Tinmar, Lemaitre, Lesourd, Vicaut) qui confirment le titre européen acquis l’an passé, je voudrais revenir sur deux des moments les plus magiques dans la vie de notre athlétisme national, le 1er septembre 1990, et le 30 août 2003.

Les Français ont eu de tout temps des sprinters de qualité, surtout à l’échelle européenne. Mais ils ont toujours eu depuis le début des années 60 des relais 4×100 m de très grande qualité. Il n’y a pas de secret à cela : les Français sachant qu’ils allaient moins vite que les Américains ou les Jamaïcains travaillaient beaucoup plus leurs passages de témoin. C’est la raison pour laquelle tous les relais français (masculin et féminin) collectionnent les médailles planétaires et plus encore européennes.

Alors, on imagine ce que cela donne quand on a un groupe de sprinters très rapides, ce qui sera le cas dans les années à venir pour l’équipe de France masculine, avec Christophe Lemaitre (21 ans) et Jimmy Vicaut (19 ans), tous deux finalistes sur 100m aux championnats du monde, et médaillé de bronze sur 200m pour Lemaitre. Chez les féminines nous avons aussi connu cela avec un relais composé de deux filles parmi les toutes meilleures au monde sur 100 et 200m, Christine Arron et Murielle Hurtis, plus deux bonnes spécialistes comme Patricia Girard et Sylviane Félix, qui remportèrent le titre mondial le 30 août 2003 à Paris, en battant les Américaines.

Qui ne se souvient de cette magnifique ligne opposée de Murielle Hurtis, et plus encore sans doute de l’extraordinaire ligne droite de Christine Arron, à l’époque la femme la plus rapide du monde lancée, qui avait raté sa finale individuelle (5è), mais qui avait repris deux mètres lors de la finale du relais 4x100m à la championne du monde individuelle, Torri Edwards, pour la devancer de presque un mètre à l’arrivée, et permettre à l’équipe de France de réaliser un de ses plus beaux exploits. Un exploit d’autant plus fantastique qu’il ne devait rien aux aléas du relais, comme cela arrive très souvent, les Américaines ayant été battues à la régulière.

Un autre exploit a marqué l’histoire de l’athlétisme français, le 1er septembre 1990, avec le titre européen du relais 4x100m français, complété par un record du monde qui fera date, dans la mesure où en relais ces records sont l’apanage quasi exclusif des Américains ou des Jamaïquains. Pour mémoire je rappellerais que le record mondial du 4x100m hommes a toujours été détenu par les Américains depuis 1932 jusqu’en 1967, où les Français Berger, Delecour, Piquemal et Bambuck le battirent avec un temps de 38s9/10. Cela dit, en 1958 et 1960, les Allemands avaient égalé le record détenu par les Américains depuis 1956…avec des sprinters certes très bons, mais loin du niveau de celui des Américains à l’exception du champion olympique Armin Hary. C’était la même chose pour les Français en 1967, qui n’avaient qu’un sprinteur de classe mondiale, Roger Bambuck.

Et qu’en était-il des Français en 1990 lors des championnats d’Europe à Split. Disons que la France avait de très bons sprinters avec Marie-Rose, Trouabal, Sangouma (2è du 100 m aux championnats d’Europe 1990) et Morinière. Tous valaient entre 10s15 et 10s20 au 100 mètres, et ils étaient trois en finale sur 100m aux championnats d’Europe 1990, Trouabal ayant remporté la médaille d’argent sur 200m. Bref une très bonne équipe, loin des Américains en ce qui concerne les temps pris individuellement, loin aussi en valeur individuelle par comparaison avec l’équipe féminine championne du monde 2003, mais une très bonne équipe quand même. Et elle allait le prouver en finale du 4x100m, où elle affrontait l’équipe de Grande-Bretagne emmenée par Linford Christie, champion d’Europe du 100m en 1990 et futur champion olympique à Barcelone deux ans plus tard, et par Régis le champion d’Europe du 200m.

Le grand duel devait avoir lieu le dernier jour des championnats, avec pour enjeu la suprématie européenne. Ce fut somptueux, et quand au sortir du dernier virage Trouabal, qui avait fait un excellent parcours au même titre que Sangouma dans la ligne opposée, passa le relais à Marie-Rose avec environ 1m d’avance, il était facile de deviner que c’était gagné. Marie-Rose en effet, comme prévu, ne perdit quasiment rien sur Christie et les Français l’emportèrent. Restait à regarder le temps réalisé, car on sentait qu’on était allé très vite. Verdict : 37s79, c’est-à-dire le record du monde. C’était tout bonnement un des grands exploits du sport français, et pourtant tout ne fut pas parfait au niveau des transmissions, notamment entre Morinière, premier relayeur et Sangouma.

Il n’empêche, les Français avaient battu le record du monde avec un différentiel de 3s05 entre les valeurs individuelles et le temps mis par le relais lors de ce record…à comparer à l’écart de différentiel des Américains lors de leur record du monde en 1984 qui était de moins de 2s50, celui-ci étant tombé à 2s20 quand Cason, Burrell, Mitchell et Carl Lewis reprirent leur record (37s40) aux Français en 1991, lors de la finale des championnats du monde, à peu près du même ordre que celui des Jamaïcains pour leur record du monde d’hier à 37s04. Par parenthèse cela signifie qu’un relais composé de Bolt, Powell, Blake et Carter pourrait réaliser avec un minimum de travail technique un temps de l’ordre de…35s70, ce qui donne une idée encore plus exacte du gain de temps que procurent le travail collectif et la technique de transmission du témoin. On est vraiment très loin des limites dans cette épreuve !

Fermons la parenthèse pour indiquer que les Français (dans la même composition que l’année précédente)  ne déméritèrent pas dans cette finale des championnats du monde 1991, bien au contraire, puisqu’ils glanèrent une médaille d’argent derrière les Etats-Unis. Ils finirent même assez proches des Américains (37s87 contre 37s40), pourtant infiniment plus véloces, avec de meilleurs passages de témoins qu’à Split. En revanche, à part Trouabal, les Français avaient un niveau individuel inférieur à celui qu’ils avaient à Split, ce qui augmentait encore leur différentiel qui était passé à 3s25. Comme quoi le travail paie, et globalement les relais français en ont toujours apporté la preuve. D’ailleurs avec quatre sprinters incapables de passer le cap des demi-finales ou quart de finales aux championnats du monde de 2005, le relais français (Doucouré, Pognon, De Lépine, Dovy) avait remporté la médaille d’or du 4X100 m. Cela dit, les Américains avaient été déclassés avant la finale, ce qui ramène l’exploit à sa juste proportion, même si cela en fut un d’avoir gagné.

Michel Escatafal

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