A propos de Rik Van Steenbergen, dit Rik 1er

Hier a eu lieu la vingt et unième édition du Mémorial Rik Van Steenbergen à Aartselaar remporté par le Néerlandais Kenny Van Hummel (Skil), devant l’Allemand Greipel et le Russe Galimzyanov. Bien entendu, si aujourd’hui je parle de cet évènement ce n’est pas pour évoquer uniquement une course intéressante, mais surtout pour se remémorer la carrière de Rik Van Steenbergen, sans doute un des plus grands coureurs de l’histoire du vélo. Dans mon classement basé sur les grandes courses du calendrier historique, je le situe juste devant des coureurs comme Kubler, Fignon, Lemond et Magni, et immédiatement derrière les 15 coureurs ayant le plus beau palmarès. C’est dire ! Et en plus, il faut ajouter que c’était un des meilleurs pistards que le cyclisme ait produit, étant un des très rares coureurs à avoir battu (une fois) Coppi en poursuite.

A titre personnel je me souviens très bien de lui, car il a remporté quelques uns de ses plus beaux succès à une époque où je commençais à m’intéresser au sport en général, et au vélo en particulier. Mais c’est surtout par mon père que je me suis intéressé à lui, car il admirait profondément le sprinter qu’était Rik 1er, surnommé ainsi par comparaison avec un autre immense coureur belge portant le même prénom que lui, Rik Van Looy. Van Steenbergen avait débuté dans la vie comme…rouleur de cigares, mais très tôt il allait devenir un grand champion. En effet à l’âge de 20 ans (en 1944), il était déjà triple champion de Belgique, sur route, en poursuite et en omnium. Et vingt ans après, il courait toujours et tenait encore le haut du pavé sur la piste, notamment dans « les six jours » (40 victoires), avec parmi ses équipiers des coureurs comme Severeyns, Ockers, Bugdhal, De Bruyne, Bahamontes (à Madrid), Motta, De Bakker, Faggin…et son gendre Pall Lykke, mari de sa fille aînée.

Son palmarès est bien évidemment extraordinaire (1053 victoires recensées dont 338 sur la route et 715 sur piste), avec sur la route trois titres de champion du monde (1949, 1956 et 1957), trois de champion de Belgique, mais aussi une ou plusieurs victoires dans quelques unes des plus grandes classiques,  Milan San-Remo, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, ces deux dernières à deux reprises. A cela il faut ajouter la Flèche Wallonne en 1949 et 1958. Si je mets à part la Flèche Wallonne, c’est parce qu’en 1949 il allait affronter dans la classique belge le grand Fausto Coppi lui-même, qu’il allait battre finalement, mais au prix d’une de ces polémiques qui illustrent l’histoire du cyclisme sur route. En effet, à environ 100 km de l’arrivée, le campionissimo plaça un de ces démarrage dont il avait le secret, auquel un seul coureur put répondre, l’Italo-Belge Pino Cérami. En revanche les autres coureurs, dont Rik Van Steenbergen, ne pouvaient suivre. Bien entendu, compte tenu des multiples raids solitaires victorieux de Coppi, tout le monde se disait que la course allait se terminer par la victoire du crack italien, d’autant que son compagnon d’échappée, Cérami, ne rechignait pas à la besogne pour relayer.

Or, à une dizaine de km de l’arrivée et contre toute attente, les deux fugitifs sont rejoints par trois coureurs belges, Ward Peeters, De Mulder et Van Steenbergen, les cinq hommes se disputant la victoire à Liège, là où se situait l’arrivée à l’époque. Bien évidemment  ce sprint ne pouvait échapper à Van Steenbergen, redoutable routier-sprinter, qui l’emportait devant Coppi, ce qui était normal. Ce qui l’était moins, en revanche, c’est que Van Steenbergen, Peeters et un peu plus tard De Mulder aient pu rejoindre Coppi et Cérami qui se relayaient parfaitement. Coppi n’était-il pas le meilleur rouleur du peloton ? En réalité Van Steenbergen avait sans doute bénéficié du sillage des voitures pour revenir. Coppi ne dira rien, mais il n’en pensait pas moins, sentant qu’il avait été volé d’une victoire qu’il avait méritée amplement.  Par contre les spectateurs belges exultaient, prétendant que le plus fort avait gagné…ce qui n’était certainement pas vrai.

Cela dit Rik van Steenbergen n’avait pas forcément besoin des suiveurs pour gagner une course, bien au contraire. Par exemple au championnat du monde 1957 à Waregem, quand il revint à la régulière sur un petit groupe qui s’était détaché dans la côte dite du Renard. Dans ce petit groupe figuraient De Bruyne, qui avait attaqué le premier, immédiatement suivi par Jacques Anquetil et Louison Bobet qui au début collaborèrent avec De Bruyne…avant de le laisser se débouiller seul, car De Bruyne était un redoutable sprinter. Cela permit à Van Steenbergen et Darrigade de revenir sur les échappés et de disputer le sprint, que Darrigade aurait pu remporter s’il n’avait commis l’erreur de lancer le sprint face au vent avec De Bruyne et Van Steenbergen dans sa roue. Finalement ce fut Van Steenbergen qui l’emporta devant Bobet et Darrigade, à l’issue d’un sprint d’anthologie où Van Steenbergen se dégagea juste à l’endroit et au moment où il le fallait.

Ce fut un exploit parmi tant d’autres du grand  « Rik 1er », que ce soit sur la route où sur la piste. Il remporta en effet cinq fois le Critérium de l’Europe à l’Américaine (1958 à 1961 et 1963), mais aussi le Critérium de l’Europe de l’Omnium (1960). Il faillit récidiver en 1962 (à 38 ans), puisqu’il ne fut battu que par Rudi Altig, double champion du monde de poursuite et de treize ans son cadet. Ce ne fut pas son dernier exploit, car il continua de courir à un haut niveau sur la piste jusqu’en 1966, à l’âge de quarante deux ans. En fait, d’après la légende, Rik Van Steenbergen voulait continuer sa carrière  jusqu’à ce que chacun de ses enfants puisse avoir un immeuble en héritage à Anvers. Il aura réussi dans son entreprise au-delà de toute espérance, mais chacun est convaincu que cet appât du gain l’a sans doute condamné à « courir le cachet », surtout l’hiver, ce qui l’a privé de quelques succès retentissants supplémentaires dans les classiques d’un jour, même si sur ce plan il figure parmi les tous premiers. Il décèdera à 78 ans le 15 mai 2003, rejoignant ainsi le paradis des coureurs cyclistes où l’attendaient quelques uns de ses grands rivaux de l’époque, Coppi, Bobet ou encore Fred De Bruyne.

Michel Escatafal

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