Vettel me fait penser à Clark

Il y a un peu moins d’un an, à l’âge de 23 ans 4 mois et 11 jours, Sebastian Vettel devenait  le trente-deuxième champion du monde de l’histoire de la F1. Il était par la même occasion le plus jeune à avoir obtenu ce titre, alors que le plus âgé s’appelle J.M. Fangio, lequel obtint  sa cinquième couronne mondiale à l’âge de 46 ans. Autre particularité,  Vettel a été champion du monde le jour il a été en tête du championnat pour la première fois de sa carrière. Mais depuis la fin de la saison dernière, le jeune crack allemand a fait son chemin, et a même fait beaucoup de chemin sur la route qui va l’amener à son deuxième titre consécutif de champion du monde, et à côtoyer très rapidement le panthéon des pilotes de Formule 1, confirmant pleinement les promesses entrevues à ses débuts dans le sport automobile, où il a gagné et figuré parmi les meilleurs partout où il est passé. En effet, en 75 grands prix, il a déjà remporté 18 victoires et réalisé 25 poles position ce qui aboutit à un ratio extraordinaire de 0.24 pour les victoires par grand prix, qui le met quasiment au niveau de Stirling Moss, et de 0.33 pour les poles position, ce qui le place en quatrième position dans l’histoire juste derrière Jim Clark (voir article sur les meilleurs pilotes de F1).

Sur ce plan il ne fait que reproduire ce que les autres très grands champions ont fait, à savoir s’imposer très vite en F1 et obtenir tout aussi vite un bon volant, ce qui va souvent de pair. Au passage, je crois que l’on peut avoir une pensée pour un certain Sébastien Bourdais, qui n’avait pas été ridicule face à ce prodige pendant quelques grands prix au début de la saison 2008, avant d’être « largué » avec la nouvelle Toro Rosso sortie en cours de saison. Il n’empêche, quelle malchance pour Bourdais d’avoir eu comme équipier ce surdoué lors de son arrivée en Formule 1, un peu comme quand Michael Andretti, autre roi des courses américaines, s’était retrouvé dans la même écurie (Mac Laren) qu’Ayrton Senna (1993). Lui non plus ne s’en était jamais remis. Et puisque j’évoque le nom d’Ayrton Senna, j’en profite pour noter que la tête de Vettel est bien faite, puisqu’il a dit lui-même que le plus impressionnant en qualifications fut Ayrton Senna…que Vettel ne connaît que par l’histoire, dans la mesure où Senna est mort en 1994, alors que Vettel n’avait pas encore 7 ans.

En parlant du merveilleux pilote brésilien, certains me reprocheraient de ne pas aborder  le volet comparaison. A ce sujet, ce n’est pas à Ayrton Senna que les gens pensent quand ils veulent comparer Vettel à un autre super pilote, mais plutôt à Michael Schumacher, du moins le Schumacher de sa première carrière, et non celui d’aujourd’hui qui, malgré de beaux restes, n’a semble-t-il pas compris qu’il n’a plus aucune chance de s’imposer à des champions beaucoup plus jeunes, ce qui est le cas de Rosberg chez Mercedes, et sans doute plus encore de Vettel, Lewis Hamilton, Alonso ou même Button. Si la comparaison se fait naturellement avec  M. Schumacher c’est avant tout parce qu’il est allemand, ce qui lui a valu le surnom de « Baby Schumi », mais aussi parce que sur le podium il a un peu les mêmes mimiques ou gestes que lui. Pour le reste il est toujours très difficile de comparer sur la piste, parce que les pilotes n’ont pas couru dans la même écurie, ni évolué  à leur maximum au même moment.

Tout cela pour dire, qu’à titre personnel, si je devais comparer Vettel à quelqu’un ce serait…à  l’Ecossais Jim Clark. Pourquoi Jim Clark ? Pour la précocité d’abord, puisque Clark arriva très tôt en Formule 1 pour son époque, puisqu’il fit ses débuts en 1960 à l’âge de 24 ans, après avoir gagné à 17 ans la première course à laquelle il ait participé, qu’il remporta sa première victoire à 26 ans et qu’il obtint le premier de ses deux titres de champion du monde à 27 ans (1963). Il faut rappeler qu’à la fin des années 50 et au début des années 60, nombre de pilotes avaient l’âge du Michael Schumacher  version 2011, c’est-à-dire nettement plus de 40 ans. En fait  dans les années 50, il n’y avait eu que les Anglais Stirling Moss, autre figure légendaire de la F1 bien que les règlements l’aient empêché d’être champion du monde, et Mike Hawthorn, champion du monde en 1958, à avoir fait preuve à la fois d’une telle précocité et d’un semblable talent, même si sur ce plan ils étaient un peu moins doués que le merveilleux pilote écossais.

Autre particularité de Clark et Vettel : la même fidélité à une écurie. Sébastian Vettel a commencé sa carrière en F1 chez Toro Rosso, qui est la petite sœur de son équipe actuelle Red Bull. Vettel en effet n’a jamais connu d’autre écurie que le groupe de D. Mateschitz, dont le directeur est Ch. Horner et l’ingénieur en chef le brillantissime A. Newey. Et c’est vrai que cela rappelle aux plus anciens fans de F1, l’époque où Clark  dominait la Formule 1 avec  l’écurie Lotus et son génial patron-ingénieur Colin Chapman, pour qui il a commencé à piloter en F2 et en Formule Junior. Pour ma part, bien qu’étant très jeune à ces moments, j’ai eu la chance à plusieurs reprises de voir Jim Clark en action au grand prix de Pau, qu’il a gagné 4 fois dont la première en 1961, et cela reste de merveilleux souvenirs.  Quel régal de le voir négocier dans son style coulé le virage de la gare !

Il reste à souhaiter à Vettel de faire une plus longue carrière que Jim Clark  qui, rappelons-le,  a disputé seulement 72 grands prix du championnat du monde (3 de moins que Vettel aujourd’hui), en a gagné 25 et a réalisé 33 poles position, ce qui est un bilan tout à fait exceptionnel. D’ailleurs, pour nombre de connaisseurs,  Clark fait partie du tiercé de tête des trois plus grands pilotes de l’histoire avec J.M. Fangio et Ayrton Senna, devant Stewart, Prost et Schumacher. Hélas pour lui, après avoir échappé à la mort après être entré en collision avec Von Trips à Monza, ce qui coûta la vie à ce dernier (ainsi qu’à 10 spectateurs) en 1961,  sa carrière prit fin, comme trop souvent à cette époque où la sécurité était loin d’être ce qu’elle est de nos jours, par un accident mortel qui eut lieu le 7 avril 1968 à Hockenheim, dans une  course de Formule 2. On ne saura jamais pourquoi sa Lotus, roulant en position isolée,  avait quitté la piste à très haute vitesse dans une portion quasi rectiligne du circuit. Avait-il fait une faute de pilotage ? Personne ne l’a pensé,  parce que Jim Clark n’en faisait pas. En réalité l’hypothèse la plus vraisemblable est l’éclatement d’un des pneus arrière  de sa voiture, ce qui fit perdre à Clark le contrôle de sa machine à 240 km/h sur la piste mouillée. Jim Clark, l’immense Jim Clark,  fut tué sur le coup. Un peu la même mort que celle d’Ayrton Senna 26 ans plus tard (1er mai 1994).

En écrivant tout cela, je m’aperçois que Vettel est bien parti pour appartenir au cercle très fermé des pilotes légendaires de la F1.  Et ce n’est pas son coéquipier chez Red Bull, l’Australien Mark Webber, qui dira le contraire, après avoir été largement dominé depuis deux saisons, et plus encore cette année que la précédente. Est-ce Webber qui a régressé ou Vettel qui atteint sa plénitude ? Bien entendu chacun de nous penchera pour la deuxième hypothèse. Dommage simplement que de nos jours, en raison du nombre très important de grands prix, les pilotes soient obligés de se consacrer totalement à la F1, sans faire d’incursions dans les autres disciplines, comme le fit Jim Clark qui gagna en 1965 l’épreuve mythique des 500 miles d’Indianapolis. Peut-être à la fin de sa carrière Vettel s’y essaiera-t-il ? Cependant cette perspective ne peut-être que lointaine compte tenu de son jeune âge.

En tout cas avec Alonso, voire même l’excellent Button pour parler au présent, et avec Lewis Hamilton et Vettel pour l’avenir à moyen et long terme, la  F1 a la chance d’avoir quelques pilotes capables de nous offrir des duels extraordinaires, comme nous en connaissions autrefois avec Fangio-Moss, Clark-Hill, Prost-Lauda, Senna-Prost ou plus près de nous Schumacher-Hakkinen. Après tout, comme dans le cyclisme, l’athlétisme ou le tennis, la légende se nourrit surtout des grands duels. Et ce pourrait déjà être le cas l’an prochain si, comme nous l’espérons tous, Ferrari et Mac Laren se rapprochent encore un peu plus de  Red Bull. Cela dit, avec l’assurance que va lui donner son second titre mondial, je suis persuadé que Vettel sera encore en 2012 le favori du championnat du monde.

Un regret quand même pour terminer, à savoir qu’on n’offre pas aux pilotes suffisamment de circuits où ils puissent exprimer tout leur talent. Même si l’on ne doit pas être nostalgique des circuits comme le Nurburgring, Spa ou Monza d’autrefois, qui étaient très dangereux, je suis certain qu’on pourrait faire mieux que ce qui est parfois proposé de nos jours, où sur nombre de circuits il est très difficile pour ne pas dire impossible de doubler. Peut-on réellement se réjouir de voir de longues processions à longueur de grands prix…en attendant la pluie pour avoir du spectacle ? Ces pilotes qui composent le plateau méritent mieux que cela, et les spectateurs qui paient très cher leur place aussi. Mais là aussi il y a de l’espoir avec quelques nouveaux circuits qui voient ou vont voir le jour…pour notre plus grand bonheur.

Michel Escatafal

Publicités


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s