Un beau sport en perdition

Aujourd’hui je veux parler de boxe, parce qu’il y a plusieurs faits ou informations qui m’ont interpellé ces derniers jours. D’abord la victoire de Floyd Mayweather contre le champion WBC des mi-moyens, Victor Ortiz, dans des conditions que certains ont trouvées scandaleuses, à tort, dans la mesure où Ortiz était largement dominé. Ce dernier a en effet donné un coup de tête au menton de Mayweather,  involontaire affirme-t-il, ce qui n’a absolument pas convaincu ni le public, ni les téléspectateurs. Du coup, après avoir été rappelé à l’ordre par l’arbitre, Ortiz essaie de s’excuser autant qu’il le peut, au point qu’à peine les boxeurs en garde, Ortiz reçoit une droite qui va le jeter à terre pour le compte. Mais le public, très versatile, en veut cette fois à Mayweather d’avoir achevé son adversaire sur un coup qu’il juge douteux, même s’il n’y avait rien à redire. En fait, si l’on doit faire un (léger) reproche à Mayweather, c’est d’avoir terminé le combat de cette manière, car il est évident qu’Ortiz était déjà au bout du rouleau, à la limite bien content que cela se termine.

Ce spectacle qui méritait une autre issue, surtout quand on connaît le prix des places ou du paiement sur la télé à péage (plus de 50$), n’a pas grandi la boxe une nouvelle fois, et c’est bien le plus dommage pour ceux qui aiment ce sport déjà trop décrié. Cela étant, à quelque chose malheur sera peut-être bon, cette victoire de Mayweather légitime encore un peu plus l’organisation d’un match contre Manny Pacquiao, considéré comme le meilleur boxeur actuel, toutes catégories confondues, avec Floyd Mayweather, invaincu en 43 combats professionnels. Ce combat, repoussé à plusieurs reprises pour des raisons inhérentes hélas à l’organisation de la boxe, finira-t-il par avoir lieu ? C’est une question à laquelle tous les amateurs de boxe, très nombreux dans le monde, aimeraient avoir une réponse positive, car c’est le seul évènement planétaire qui pourrait ressembler (un peu) aux grands combats qui ont tant fait pour l’image de la boxe (Marciano-Moore, Robinson-Fullmer, Ali-Frazier, Ali Foreman, Hagler-Hearns, Léonard-Duran, Hagler-Léonard etc.).

Autre évènement  notable qui m’a surpris, l’annonce d’un combat entre le champion WBC des mi-lourd, Bernard Hopkins (46 ans) contre un certain Dawson de dix-sept ans son cadet, le 15 octobre prochain. L’occasion nous dit-on pour Hopkins d’améliorer son record de plus vieux champion du monde de l’histoire. A qui fera-ton croire qu’un tel combat a une réelle crédibilité, entre un boxeur qui n’avait plus détenu de couronne mondiale depuis 2005, avant d’en retrouver une (WBC) en mai 2011 en battant le Canadien Jean Pascal aux points à Montréal, après avoir fait match nul avec lui en décembre. Certes Hopkins fut un grand boxeur pour son époque, j’ai bien dit pour son époque, ne serait-ce que pour avoir unifié (WBA, WBC, IBF, et WBO) le titre des moyens en battant un boxeur très doué, Oscar de la Hoya, en 2004, mais cela ne signifie pas qu’il est aussi fort aujourd’hui qu’à cette époque. A 46 ans, on ne peut pas des ans réparer l’irréparable outrage, et ce serait même très inquiétant pour la boxe s’il parvenait à battre Chad Dawson, loin d’être un super boxeur,  mais qui a détenu les titres WBC et IBF des mi-lourds entre 2007 et 2009.

Cela dit, si Hopkins remporte ce combat, il pourra se targuer d’enfoncer encore un peu plus l’ancien record d’un très grand boxeur poids lourd, Georges Foreman, qui reconquit un titre mondial des lourds, vingt ans après le précédent…perdu contre Mohammed Ali. A ce propos, qui pourrait imaginer que Georges Foreman, ancien champion olympique des lourds en 1968 et champion du monde en 1973-1974, qui perdit son titre contre Ali après l’avoir pris à Frazier, était aussi fort  en 1994 que vingt ans auparavant?  Personne bien entendu, et nous pourrions multiplier les exemples dans l’histoire de la boxe ces dernières années. D’ailleurs, si Foreman ou Hopkins avaient boxé dans les années 50 ou 60 jamais ils n’auraient pu continuer leur carrière au-delà de quarante ans. Il n’y avait qu’Archie Moore* et son régime miracle qui y était parvenu jusque-là, et encore dans sa catégorie des mi-lourds…dont on dit qu’il fut le meilleur de tous les temps.

Si tout cela est possible de nos jours, c’est parce que la boxe a ceci de particulier qu’elle reste un sport en marge des règles normales de tous les autres, faute d’avoir une fédération centralisatrice qui organise les compétitions internationales, du moins chez les professionnels. Et c’est infiniment regrettable parce que c’est un sport magnifique pour qui sait l’apprécier. Pour ma part j’ai toujours été plus ou moins fasciné par les boxeurs, plus particulièrement les poids moyens et lourds. Mes premiers émois pour ce sport (j’avais moins de 10 ans) l’ont été pour Ray Sugar Robinson*, extraordinaire poids moyen, dont  certains disent qu’il fut le plus grand de tous, parce qu’il a rencontré et battu beaucoup de monstres sacrés qui ont laissé une trace dans l’histoire de la boxe (La Motta, Turpin, Graziano, Basilio, Olson, Fullmer etc.). Chez les Français, à l’époque, la vedette s’appelait Charles Humez, qui était champion d’Europe des poids moyens jusqu’à ce qu’il perde contre un Allemand (Scholz) en 1958…ce qui m’avait beaucoup peiné.

Ce qu’il faut préciser c’est que dans les années 50 et même 60, il n’y avait pas cette ridicule litanie de champions du monde avec 17 catégories, et 4 ou 5 fédérations différentes. De plus les combats pour un titre mondial ou continental se faisaient en 15 reprises et non en 12 comme aujourd’hui…ce qui n’enlève rien au spectacle. Dans ces conditions, quel boxeur de nos jours aurait une chance contre les grands anciens ? Sans doute aucun, pas même Pacquiao ou Mayweather, car les meilleurs n’affrontent jamais d’adversaires de haut calibre. Et même s’ils battent des boxeurs invaincus, ceux-ci le sont après 15 ou 20 combats professionnels, alors qu’autrefois il fallait généralement avoir rencontré 40 ou 50 adversaires avant d’avoir une chance mondiale.

J’ai parlé auparavant de Charles Humez, mais dans les années 50 la France a compté deux vrais champions du monde en 1954 et 1957, à savoir Robert Cohen en poids coq (que je n’ai jamais vu boxer car j’étais trop jeune) et ensuite Alphonse Halimi dans la même catégorie. Ce dernier se rendra très célèbre grâce à la télévision quand, après avoir gagné un combat pour le titre européen contre un Britannique (Freddy Gilroy) en1960, il s’écrira : « J’ai vengé Jeanne d’Arc ». Cependant cette notoriété ne l’empêchera pas de finir sa vie dans le dénuement malgré des sommes importantes amassées sur les rings américains, européens ou français.

Un autre boxeur m’a beaucoup fasciné, mais cette fois un peu plus tard. Il s’appelait aussi Ray Sugar, et son nom était Léonard. Comme Ray Sugar Robinson, Ray Léonard* était un prodige de vitesse et d’adresse. C’est lui qui mit fin à la carrière de Marvin Marvelous Hagler en 1987, un des deux ou trois plus grands poids moyens de l’histoire, à l’issue d’un combat très crispant et  indécis jusqu’à la fin, mais le verdict fut pour celui qui s’était avéré le plus malin. Pourtant Hagler avait beaucoup d’atouts avant le combat,  et notamment celui d’avoir disputé auparavant une douzaine de championnats du monde, tous conclus par des victoires. Le malheur pour lui est qu’il a affronté un extraordinaire surdoué, qui avait arrêté sa carrière en 1982 en raison d’un décollement de la rétine mais qui, ayant été opéré avec succès, a repris la boxe en 1987 pour rencontrer Hagler*.

Je pourrais aussi parler de Cassius Clay, devenu par la suite Mohammed Ali, ou encore de Floyd Patterson (champion olympique et plus jeune champion du monde des lourds), sans oublier Rocky Marciano*, autre champion du monde des lourds, qui réussit l’exploit de se retirer invaincu, mais aussi Hearns (surnommé Hitman) et Duran (surnommé Manos de piedra) les grands rivaux de Léonard en welters, sans oublier certains boxeurs français comme Bouttier et Menetrey qui furent d’excellents champions d’Europe. Cela dit, il y a eu tellement de grands champions dans ce sport qu’il faudrait des pages pour faire le résumé de leurs combats. Il reste à souhaiter, ce qui sera sans doute un vœu pieux, que ce sport très populaire dans la première moitié du 20è siècle retrouve une certaine crédibilité.

Pour cela il faudrait évidemment que les quatre ou cinq fédérations qui distribuent des ceintures mondiales décident de s’unifier, pour n’attribuer qu’un seul titre par catégorie. Il faudrait aussi qu’il y ait, comme autrefois, une véritable hiérarchie pour arriver à combattre pour un vrai titre. Aujourd’hui on voit des boxeurs de 23 ou 25 ans qui n’ont été ni champion de France, ni champion d’Europe, disputer un titre mondial ce qui leur vaut parfois de mettre un terme prématuré à leur carrière. D’autres au contraire, ayant chanté pendant leurs belles années, se trouvent fort dépourvus quand l’heure de la retraite a sonné. Alors, ils font ce que l’on appelle le combat de trop. Puisse ce beau sport nous réserver à l’avenir beaucoup de moments merveilleux comme nous en avons connu tellement par le passé, y compris avec des boxeurs français en plus de ceux que j’ai déjà cités, Cerdan bien sûr, Boudouani, les frères Tiozzo, Londas, Mendy, Monshipour, Mormeck, et sans doute le plus doué de tous, Brahim Asloum.

Michel Escatafal

*J’ai écrit dans la catégorie boxe un article sur ces boxeurs

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