Deux grands XV de France qui ont marqué l’histoire du rugby

Il y a une semaine en Nouvelle-Zélande, le XV de France frôlait de très près un titre mondial largement à sa portée, exploit sans précédent depuis que la Coupe du Monde existe, et d’autant plus surprenant que nombre de commentateurs pensent objectivement que les équipes de 1987 (finaliste de la première Coupe du Monde) et de 1995 (demi-finaliste contre l’Afrique du Sud) étaient sans doute plus fortes que celle de cette année. Cela étant, comme pour décrocher gentiment de la Coupe du Monde que nous venons de vivre, et des émotions fortes que nous avons ressenties depuis le quart de finale contre l’Angleterre,  je veux revenir aujourd’hui sur deux équipes qui auraient sûrement remporté la Coupe du Monde…si elle avait existé à ce moment. Je veux parler de l’équipe de France de 1958-1959 et celle de 1977. Aucune autre équipe en effet n’a été aussi dominatrice sur le plan européen et mondial que ces deux équipes, qui ont la particularité d’avoir remporté le Tournoi des Cinq Nations et d’avoir aussi battu les meilleures équipes de l’hémisphère Sud.

En ce qui concerne l’équipe de 1958, tout est parti du match France-Australie, venant après une défaite humiliante le 1er mars contre l’Angleterre à Colombes (14-0). A la suite de ce résultat, les sélectionneurs avaient décidé de changer toutes les lignes arrière, sans toucher pratiquement au paquet d’avants qui n’avait pas eu à rougir de sa prestation contre les Anglais. Au total l’équipe enregistrait sept changements…qui allaient changer beaucoup de choses. Dans le pack, Amédée Domenech était remplacé par un débutant de 33 ans, le Cadurcien Alfred Roques, qui fera ensuite une magnifique carrière en équipe de France (30 sélections) et devenir le meilleur pilier de la planète rugby.

En revanche, à part l’arrière Vannier, la paire de demis et la ligne de trois-quarts allaient être entièrement renouvelées par l’arrivée de Pierre Lacroix à la mêlée et de cinq Lourdais, Antoine Labazuy à l’ouverture, plus la célèbre ligne de trois-quarts composée de Rancoule et Tarricq aux ailes et de Maurice Prat et Martine au centre, sans doute la meilleure paire de centres de l’histoire de notre rugby avec les Boniface. Ces changements allaient s’avérer tout à fait judicieux, avec d’abord une victoire (19-0) contre une faible équipe d’Australie…qui n’était pas encore une grande nation de rugby, les meilleurs joueurs évoluant à ce moment dans le rugby à XIII, sport national là-bas.

Ensuite ce fut une victoire infiniment plus probante contre Galles à l’Arms Park, où le XV de France n’avait jamais gagné, après une magnifique démonstration de cette équipe à moitié lourdaise (7 joueurs), puisqu’en plus de Labazuy et des trois-quarts il y avait aussi une troisième ligne extraordinaire composée des Lourdais Jean Barthe (3è ligne centre) et Domec, plus le futur lourdais Michel Crauste, qui deviendra plus tard un des plus grands capitaines du XV de France. Devant, en première ligne, il y avait l’expérimenté talonneur Vigier, et deux piliers nouveaux dans le XV de France, Roques et Quaglio, qui allaient très vite devenir parmi les tous meilleurs à leur poste. Enfin en deuxième ligne, il y avait une paire formée de deux joueurs qui ont exercé le capitanat l’un après l’autre, à savoir le Biarrot Michel Celaya et le grand, l’immense, Lucien Mias (Mazamet), à la fois grand leader et remarquable joueur de pack.

Ainsi armée, cette équipe qui bénéficiait de la cohésion et du label du F.C. Lourdes (club phare des années 50) ne pouvait qu’accumuler les succès, et ce fut le cas après la victoire à Cardiff contre l’Italie à Naples (11-3), puis contre l’Irlande à Colombes (11-6), match au cours du quel la France allait se découvrir un grand deuxième ligne, tant par la taille pour l’époque (1.92m) que par le talent, Bernard Mommejat, lequel jouait à Cahors comme Alfred Roques. Après cette quatrième victoire consécutive, il ne restait plus au XV de France qu’à confirmer en juillet-août pendant la tournée en Afrique du Sud, où l’équipe de France se rendait pour la première fois (voir mon article « Le plus bel été du XV de France »). Hélas les malheurs avant le départ allaient s’accumuler pour les Français, avec une cascade de forfaits majeurs comme Labazuy, Maurice Prat, Bouquet, Crauste, Domenech et Domec qui était blessé. En outre le staff de l’équipe de France n’avait pas préparé cette tournée comme il l’aurait fallu, en acceptant notamment d’affronter des sélections regroupant plusieurs provinces, ce que les Britanniques n’auraient jamais admis. On était loin, très loin, d’un minimum de professionnalisme !

Et pourtant cette tournée allait être triomphale puisque, pour la première fois depuis 1896, une équipe en tournée en Afrique du sud sortait victorieuse dans la série de tests. Il faut évidemment englober tous les joueurs dans ce succès inespéré, en soulignant toutefois que le XV de France avait eu la chance d’avoir un grand capitaine à sa tête, Lucien Mias, parfaitement épaulé dans les lignes arrière par l’autre leader que fut Roger Martine, ce dernier ayant opéré avec le même bonheur au centre et à l’ouverture dans les deux tests. C’est même lui qui crucifia les Sud-Africains à Johannesburg lors du second test-match en passant un drop dans les dernières minutes du match. L’année suivante cette équipe montrait qu’elle était vraiment la meilleure en remportant le Tournoi des 5 Nations, ce qui était une première puisque jamais un XV de France n’avait remporté, seul, le Tournoi.

L’autre grande équipe dont je voudrais parler fut celle de 1977. Là, il n’y eut pas à proprement parler de drame pour composer une équipe, mais celle-ci allait bénéficier de la tournée qu’avait effectuée le XV de France en Afrique du Sud en juin 1975. Même s’il subit deux défaites (38-25 et 33-18), le travail collectif effectué là-bas allait payer plus tard dans le Tournoi en 1976 et surtout en 1977, avec un pack qui devenait de plus en plus conquérant, au point de donner à ses adversaires un sentiment d’impuissance. Ce pack était dirigé de main de maître par un capitaine à la fois vaillant et courageux, Jacques Fouroux, qui allait se faire une place de choix dans l’histoire de notre rugby, malgré de nombreuses difficultés. Parmi celles-ci, il dut batailler fermement pour gagner sa place face à un autre demi de mêlée, Richard Astre, qui avait plus de classe que lui, et qui était le maître à jouer de la meilleure équipe de club du moment, l’AS Béziers.

Seulement Astre n’a jamais eu l’impact moral et psychologique que pouvait avoir Fouroux sur «ses bestiaux», comme il appelait ses avants. Et c’est pour cela que Fouroux finit par s’imposer aux yeux des sélectionneurs, à la fois comme numéro 9 et comme capitaine. Il s’imposa tellement que, début 1977, le XV de France commençait le Tournoi des Cinq Nations avec une équipe…qui n’allait plus changer pendant tout le tournoi, composée d’Aguirre à l’arrière, des trois-quarts Harize et Averous à l’aile, et Sangalli et Bertranne au centre, de Romeu à l’ouverture et Fouroux à la mêlée. Devant le pack disposait d’une formidable troisième ligne avec Skréla (le père de David) et Rives, plus Bastiat en numéro 8, d’une deuxième ligne très solide formée de Palmié et Imbernon, et enfin d’une première ligne redoutable et redoutée avec le talonneur Paco, entouré par deux remarquables piliers Cholley et Paparemborde.

Contrairement à l’équipe de 1958, très lourdaise, il y avait onze clubs représentés dans ce que l’on appellera « la bande à Fouroux », le Stade Toulousain étant le club le plus représenté avec trois joueurs (Harize, Rives et Skréla), ce qui ne l’empêcha pas d’afficher une cohésion exemplaire. Cette équipe de 1977 n’avait évidemment pas le brillant de celle de 1958 mais, si elle était austère voire même rugueuse, s’appuyant sur une terrible mêlée et un grand preneur de balles à la touche (Bastiat), cette formation était capable de démolir n’importe quelle opposition en face d’elle, au point d’être une forteresse inexpugnable en défense. Et si je dis cela, c’est parce que cette équipe a remporté ses quatre matches du Tournoi, réalisant le grand chelem avec les mêmes quinze joueurs (à l’époque on ne jouait pas encore à 21), sans concéder un seul essai, alors qu’ils en marquèrent huit dont quatre contre l’Ecosse.

Ensuite cette équipe ira en tournée en Argentine, qui commençait à devenir une puissance montante dans le rugby international, où elle remporta un net succès (26-3) lors du premier test, mais fut tenue en échec lors du second (18-18) à l’issue d’un match extrêmement pauvre. Cela étant, il faut noter que le XV de France était parti là-bas sans Harize, et surtout sans deux hommes de base de son pack, Paco et Bastiat, sans qui l’équipe de France n’était plus la même. Ensuite, toujours sans Bastiat, ni Rives, les Tricolores (avec à l’aile un certain Guy Novès) montrèrent une fois de plus leur force lors des tests de novembre en France, en battant les Néo-Zélandais, qui avaient défait les Lions britanniques en tournée l’été précédent, lors du premier test (18-13). En revanche, ils ne purent éviter la défaite lors du second test, sans doute pour n’avoir pas mesuré l’extrême envie de revanche des All Blacks, et aussi parce que l’absence de Bastiat, s’était faite cruellement sentir, privant notre équipe de munitions à la touche. Cette double confrontation avec la Nouvelle-Zélande marquera le chant du cygne de cette équipe qui, après une ultime victoire sans gloire (9-6) contre la Roumanie à Clermont-Ferrand en décembre 1977, allait changer de physionomie avec le départ de Jacques Fouroux, lassé des reproches et des critiques à son encontre.

Certes toutes n’étaient sans doute pas imméritées, certes Fouroux était loin d’avoir la classe naturelle de Dufau, Danos, P. Lacroix, Max Barrau, et plus tard de Gallion, Berbizier ou plus près de nous de J.B. Elissalde, mais il n’en reste pas moins qu’à part Jean Prat et Lucien Mias, aucun autre capitaine n’a eu une telle aura auprès de ses joueurs. Comme quoi, grande équipe rime toujours avec grand capitaine. Plus tard, une fois sa carrière terminée, Fouroux deviendra inévitablement un grand entraîneur-sélectionneur, emmenant l’équipe de France à la victoire pendant dix ans, période où elle accumula les victoires avec deux grands chelems en 1981 et 1987, plus la victoire dans le tournoi en 1983, 1986, 1988 et 1989, sans oublier la présence de l’équipe de France en finale de la première Coupe du Monde en 1987. Quel beau parcours pour un joueur et un entraîneur souvent décrié ! A ce propos je m’en veux un peu, car j’ai fait partie de ses détracteurs. J’espère que de là-haut, au paradis des rugbymen, il m’aura pardonné.

esca


Les arbitres de rugby m’ont rendu parfois bien malheureux…mais aussi très heureux !

Et bien non, le XV de France n’a toujours pas remporté un titre mondial. Troisième finale, et troisième finale perdue, mais force est de reconnaître que ça se rapproche. Il ne manquait qu’un point. Certes un point c’est beaucoup, mais c’est quand même très peu, si l’on considère que l’arbitrage a quand même beaucoup aidé les Néo-Zélandais…qui toutefois méritaient le titre pour l’ensemble de leur œuvre pendant cette Coupe du Monde. Voilà je n’en dirai pas plus sur cette finale que la France méritait cent fois de gagner, et qui n’a pas donné une bonne image du rugby néo-zélandais que, pourtant, j’ai toujours apprécié. Mais là c’était trop de pression, presque malsaine, à l’image du traitement infligé à Parra par McCaw. Et quand je lis sur le site web de l’Equipe, que le New Zealand Herald évoque sur son  site une possible fourchette de Dussautoir sur McCaw pendant la finale, je suis carrément écoeuré par cette presse néo-zélandaise qui confond presque le rugby avec la guerre. Non, il faut savoir raison garder, le rugby doit rester un sport, et si possible un sport de gentlemen, fut-il joué par des voyous.

Revenons à présent sur cette Coupe du Monde 2011 pour noter, comme l’a dit A. Penaud dans l’Equipe, que le point qui a manqué au XV de France « symbolise sûrement tout ce qui n’a pas été construit durant quatre ans ». Je suis évidemment d’accord avec cet ancien grand joueur, mais j’ajouterais que le dernier avatar de l’ère Lièvremont fut de refuser encore une fois de faire jouer Parra à son vrai poste…pour ne pas vouloir choisir entre lui et Yachvilli. Quelle constance dans l’incompréhensible, d’autant qu’en tant qu’ancien international, Lièvremont savait bien que Parra n’était pas à sa place à l’ouverture, alors qu’on avait dans l’effectif un vrai, un grand demi d’ouverture, Trinh-Duc, et qu’il y avait même comme remplaçant éventuel Doussain, demi d’ouverture de formation, installé à la mêlée par Elissalde au Stade Toulousain depuis l’année passée.  Cela prouve quand même un certain empirisme de la part de Lièvremont et ce, jusqu’au dernier match de la Coupe du Monde. Certes aujourd’hui, suite à cette finale, il est encensé par tous ceux qui le clouaient au pilori après le match contre les Tonga, mais il y a quand même eu pendant ces quatre ans des manques criants dans cette équipe, sans parler de cette manie de faire opérer les joueurs à un autre poste que celui qu’ils occupent habituellement. 

Les All Blacks, par exemple, ont remplacé, ou plutôt essayé de remplacer Carter par un vrai demi d’ouverture, ce qui était logique. Certes il peut y avoir des circonstances qui font qu’on peut utiliser un joueur à un poste plutôt qu’un autre, mais cela ne peut être que ponctuel. Il peut aussi arriver qu’un sélectionneur ait à se disposition deux supers joueurs à un même poste, auquel cas il est tentant pour lui de faire jouer les deux à des postes où l’adaptation sera facile, comme centre et ouvreur, ou encore arrière et ailier. A ce propos, je me rappelle quand j’étais très jeune avoir vu les Anglais aligner en même temps deux ouvreurs au talent exceptionnel, Richard Sharp et B. Risman, ce dernier placé au centre. Cela dit, cette association ne dura que le temps d’un tournoi (1961), Sharp finissant par s’imposer, et devenir un des plus grands numéros 10 de l’histoire.  J’ai aussi en mémoire le positionnement au poste de centre de Tony O’Reilly, l’Irlandais, un ailier comme le rugby en a peu connu, avec un succès très mitigé. Cela étant, il peut aussi y avoir des joueurs capables d’opérer à divers postes sans que cela n’affecte leur rendement. Parmi eux je citerais Martine, Gachassin, Maso, Aguirre, Blanco, et plus près de nous Michalak et Elissalde, pour ne citer que des joueurs des lignes arrière, ce qui n’empêche pas qu’ils ne furent jamais aussi bons qu’installés à leur poste de prédilection.

Fermons la parenthèse, pour se rappeler un évènement qui fut jugé considérable à l’époque, et qui n’est pas sans rappeler l’aventure que vient de vivre le XV de France, à savoir le premier grand chelem de l’équipe de France dans le Tournoi des 5 Nations en 1968. Curieusement, jamais la France n’avait réussi à réaliser le grand chelem jusque-là, même si elle passa très près en 1955. Cette année-là en effet, le XV de France avait remporté trois victoires successives dans le Tournoi, et rencontrait le Pays de Galles à Colombes pour ce qui était attendu comme la consécration d’une saison exceptionnelle où la France, après avoir nettement battu l’Ecosse à Colombes (15-0), puis l’Irlande (5-3) et l’Angleterre (16-9) chez elles, n’avait plus qu’à dominer les Gallois pour remporter seule le Tournoi pour la première fois, et réaliser du même coup le grand chelem. Hélas, contre toute attente, notre équipe commandée par Jean Prat fut battue par Galles (16-11), après toutefois avoir joué toute la seconde mi-temps à 14, suite à une blessure au genou du troisième ligne aile Domec. Et on allait attendre l’année 1968 pour remporter enfin quatre victoires, ce que même la super équipe de Mias en 1959 ou celle de Moncla en 1960, ou encore celle de Crauste en 1966, n’avait pas réussi à faire.

En 1968 donc, nous étions en pleine  guerre  picrocholine entre tenants d’une équipe offensive avec Gachassin à l’ouverture, et les autres préférant la sécurité avec les frères Camberabero à la charnière, Guy étant aussi un buteur exceptionnel. Tout cela laissant penser à certains, qu’avec les Camberabero on pouvait mettre n’importe qui dans la ligne de  trois-quarts. On commença donc le 13 janvier par un match à Murrayfield contre l’Ecosse, que la France remporta (8-6) grâce à une transformation du bord de la touche de Guy Camberabero dans un vent tourbillonant…et à la maladresse des buteurs Ecossais. Cela nous fait beaucoup penser à la demi-finale du XV de France face aux Gallois à la Coupe du monde  cette année. Ensuite, sous la pression de l’opinion, les sélectionneurs changèrent de charnière pour jouer contre l’Irlande à Colombes, en sélectionnant à la place des Camberabero, la paire improvisée Maso en 10 et Fouroux en 9. Mais une blessure de Maso dans la semaine précédant le match, obligea les sélectionneurs à rappeler Gachassin, et pour garder de l’homogénéité à la charnière on décida de titulariser J.H. Mir à la mêlée, pour reconstituer la paire de demis du F.C. Lourdes, en lieu et place de Fouroux. Quel tact de la part des sélectionneurs ! Surtout si l’on songe que  sans la blessure de Maso, on allait avoir comme demis deux joueurs qui n’avaient jamais joué ensemble. Comprenne qui pourra !

 Cela dit, la France remporta ce match (16-6) grâce à deux essais magnifiques marqués par Campaes et Dauga. En revanche la prestation du pack fut plutôt quelconque, comme contre l’Ecosse, malgré quelques grands noms dans ses rangs comme Christian Carrère le capitaine, mais aussi Dauga, Spanghero, Cester ou Gruarin. Allait-on malgré tout faire confiance à cette équipe qui venait de remporter deux victoires de suite pour jouer à Colombes contre l’Angleterre ? Et bien non, parce qu’entre temps il y avait eu un match où le XV de France était opposé à une sélection du Sud-Est, lors d’une rencontre à Grenoble disputée dans le cadre des festivités des Jeux Olympiques. Et le XV de France fut battu 11-9, ce qui amena les sélectionneurs à modifier la moitié de l’équipe pour le match contre l’Angleterre. On rappela les frères Camberabero, en plaçant Gachassin…au centre à la place de Trillo, et en remplaçant toute la première ligne, avec comme talonneur un certain Yachvilli (père de Dimitri), Dauga faisant aussi les frais de ce bouleversement remplacé par Plantefol.

Ce fut un match bizzare que les Français remportèrent avec beaucoup de chance, après avoir été menés 6-3 à la pause. Heureusement les Français savaient encore attaquer, et après une attaque classique avec l’arrière Claude Lacaze  intercalé qui alla jusqu’à l’aile de Campaes, celui-ci décocha un coup de pied de recentrage que Gachassin récupéra dans l’en-but.  Avec la transformation de Guy Camberabero, et deux drops de Lacaze et Lilian Camberabero, les Français remportèrent ce match (14-9). Mais les Anglais pouvaient être frustrés…par l’arbitrage, M. Laidlaw (Ecossais) ayant refusé deux essais aux Anglais, l’un pour un en-avant qu’il fut sans doute le seul à voir, et l’autre qui aurait dû être accordé, l’ailier anglais ayant glissé jusque dans l’en but. Comme quoi, il est arrivé que l’arbitre soit de notre côté, comme du reste lors du match France-Nlle Zélande en 2007. Cela dit, revenons au Tournoi 1968 pour constater que le XV de France, après cette troisième journée, était seul en tête avec trois victoires. Plus qu’une et c’était le grand chelem !

Allait-on de nouveau bouleverser l’équipe pour ce dernier match ou garder la même ? En fait, il y aura trois changements, avec d’abord l’arrivée de Greffe au poste de troisième ligne centre ce qui eut pour effet de déplacer  W. Spanghero comme flanker. Ce changement était dicté par les circonstances, puisque Salut était blessé. En revanche on décida de changer la paire de centres du match contre l’Angleterre, Gachassin-Lux, pour la remplacer par une association Maso-Dourthe. Les Français n’étaient pas favoris face à une équipe galloise où l’on découvrait une paire de demis, Edwards-Barry John, dont beaucoup disent qu’elle fut la meilleure de l’histoire du rugby. Certes ces deux pépites n’étaient pas encore au niveau auquel elles allaient évoluer les années suivantes, certes aussi l’équipe galloise était loin d’être au niveau de certaines de ses devancières, mais le match se jouait à Cardiff où il était toujours difficile de gagner. En outre, ce jour-là le terrain était boueux et le vent était de la partie, et chacun savait que les Français n’aimaient guère ce type de conditions pour pouvoir s’exprimer. D’ailleurs à la mi-temps les Gallois menaient 9-3, grace à un essai (qui valait trois points à l’époque) de leur ailier Ken Jones, et à deux pénalités. Mais ce jour-là les dieux du rugby étaient avec nous, les Gallois manquant deux pénalités faciles face au vent, alors que les Français réussissaient à marquer deux essais par Carrère, suite à un drop contré de Lilian Camberabero, et par ce même Lilian Camberabero, les deux étant toutefois entachés de hors-jeu des avants français. Guy Camberabero complétant le score par un drop et une pénalité. C’était quasiment du 100% pour les Camberabero !

Malgré tout les Français avaient eu beaucoup de réussite, et pouvaient dire une nouvelle fois merci à l’arbitre, le même que contre l’Angleterre.  Mais le grand chelem était enfin réalisé, une première depuis 1906 pour le XV de France. C’est pour cela qu’il ne faut pas désespérer pour le titre de champion du monde, parce qu’un jour ou l’autre la France enlèvera la Coupe du Monde, et comblera ce vide dans son palmarès. Le plus étonnant est que ce premier grand chelem fut réalisé avec une équipe somme toute moins forte que celles que j’ai évoqué précédemment, celles de 1955, 1959, 1960 ou encore celle de 1966, avec l’épisode de la fameuse passe de Gachassin à Darrouy rabattu par le vent sur Stuart Watkins, qui permit aux Gallois de l’emporter sur le score de 9 à 8…comme cette année en demi-finale de la Coupe du Monde, mais cette fois avec un résultat inversé. Et pour compléter la comparaison entre l’équipe vainqueur du grand chelem en 1968, et l’équipe battue dimanche en finale de la Coupe du Monde, on dira aussi que le XV de France finaliste de 2011 était sans doute moins fort que celui de 1987, ou encore que celui qui s’inclina en 1995 sur des décisions arbitrales très controversées en demi-finale  contre le vainqueur, l’Afrique du Sud, pays organisateur. Finalement l’arbitre c’est une fois d’un côté et une fois de l’autre ! C’est pour cela que je n’aurais pas dû me mettre en colère contre M. Joubert,

Michel Escatafal


Mohamed Ali : “ I’m not the greatest; I’m the double greatest”. Oui, pour la postérité

Le 17 décembre aura lieu en Allemagne (Dusseldorf) un grand combat de boxe…avec un Français, Jean-Marc Mormeck, qui sera opposé à un des meilleurs boxeurs  actuels, toutes catégories confondues, l’Ukrainien Wladimir Klitschko, pour les titres WBA, IBO, IBF et WBO des poids lourds.  Le dernier combat de W. Klitschko remonte au mois de juillet, où il avait battu aux points sans la moindre discussion, David Haye…qui avait battu en 2007 J.M. Mormeck en lui prenant ses couronnes mondiales en lourds-légers. Voilà pour la présentation d’un combat a priori extrêmement difficile pour le Français, mais sait-on jamais ? Après tout, qui aurait misé un dollar sur Douglas quand il battit Tyson à Tokyo en 1990, combat a priori très déséquilibré, au point que personne ne voulait l’organiser aux Etats-Unis ? Malgré tout, quelle que soit sa qualité, ce sera très délicat pour Mormeck contre celui qui est sans doute le meilleur des deux frères, en tout cas le plus jeune et le plus talentueux. Si je dis cela c’est parce qu’il fut champion olympique des super-lourds aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 à l’âge de 20 ans. Et champion olympique, c’est toujours une référence en boxe, parce que cela signifie être le meilleur parmi les jeunes du monde entier. En outre, la boxe amateur est la seule qui soit organisée sur le modèle des autres fédérations sportives.

Cela étant, il est difficile de comparer les mérites de deux frères qui dominent la catégorie des lourds depuis le début des années 2000, ayant trusté toutes les couronnes mondiales dans les diverses fédérations…en prenant bien soin de ne jamais se rencontrer, suivant en cela une promesse faite à leur mère. D’ailleurs leur histoire est singulière déjà par leur parcours familial et universitaire. Leur père en effet était colonel dans l’armée soviétique, ce qui a amené la famille Klitschko à voyager beaucoup dans et hors de l’URSS, un père qui a participé aux opérations de décontamination autour de la centrale nucléaire Tchernobyl avec les séquelles que l’on imagine. Les frères Klitschko ont aussi longtemps fréquenté l’université (ils sont docteur en sciences du sport), et ils sont installés en Allemagne où leur popularité est immense, ce qui ne les empêche pas de faire de la politique dans leur pays d’origine, l’Ukraine. Et en plus ce sont des hommes d’affaires avisés. Bref, les deux frères sont deux « personnages » comme on dit, mais aussi de redoutables boxeurs, comme en témoigne leur palmarès avec respectivement 3 défaites pour Wladimir à côté de 56 victoires dont 49 avant la limite, et 2 défaites pour Vitaly contre 43 victoires dont 40 avant la limite. Quel bilan !

Enfin, espérons que Mormeck se transcende et qui sait ? En tout cas j’espère qu’il touchera une grosse bourse,  car en plus il va défier son adversaire devant 50.000 spectateurs qui seront tous acquis à la cause de l’Ukrainien. Cela dit, il fera ce combat sans peur et sans reproche, dans l’espoir d’être «  le meilleur du monde » et le plus grand boxeur français de l’histoire ». Simplement, tout en saluant son enthousiasme, il faut faire remarquer à Mormeck qu’avant lui il y a quand même eu quelques très grands boxeurs en France, notamment Carpentier dans les années 20, ou encore Cerdan dans les années 40, sans oublier Robert Cohen et Halimi dans les années 50, lesquels furent de vrais champions du monde…à une époque où la boxe n’avait qu’un champion du monde dans chacune des huit catégories, à une époque aussi où l’on était dans l’âge d’or de la boxe.

Cette formule « meilleur du monde » fait aussi penser à un immense champion, que beaucoup considèrent comme un des plus grands champions de tous les temps, Mohamed Ali, que le monde de la boxe a découvert sous le nom de Cassius Clay aux Jeux Olympiques de Rome (1960), où il avait remporté, à l’âge de 18 ans, la médaille d’or chez les poids mi-lourds, en pulvérisant tous ses adversaires y compris en finale où il affrontait le Polonais Pietrzykovski. Tous ceux qui ont assisté à ses combats avaient deviné que ce boxeur allait marquer son époque. Et de fait, il allait devenir « le plus beau poids lourd » de l’histoire, à défaut sans doute d’être « le plus grand » comme il se proclamait lui-même. Une chose est sûre, même si un Rocky Marciano ou un Joe Louis ont peut-être été plus forts que lui, aucun des plus grands poids lourds de l’histoire n’aura jamais eu une aura comme la sienne. Aucun d’eux n’aura été comme lui une bête de scène, aucun non plus n’aura autant fait que lui sur le plan politique, ayant eu le courage de refuser d’aller combattre au Vietnam en 1967, ce qui signifie qu’il a perdu trois ans de sa vie sur les rings au meilleur moment de sa carrière.

Mais reprenons justement le cours de la carrière de cet extraordinaire boxeur, dont le grand-père était esclave, qui fut appelé Cassius Clay par le patron de son père, et qui s’appela Ali à partir de 1964, date de sa conversion à l’Islam. Après sa belle carrière amateur ponctué par un titre olympique et deux victoires dans les « Golden Gloves », il fit ses grands débuts chez les professionnels en 1960, et se fit vraiment connaître à partir de 1962, battant en novembre un boxeur légendaire qui était aussi son entraîneur, Archie Moore, par K.O. au quatrième round. Ensuite il allait attendre à peine un an et demi pour disputer son premier championnat du monde en février 1964, à Miami Beach, contre le tenant du titre Sonny Liston, surnommé « l’Ours ». Il vaincra ce redoutable adversaire par K.O. au septième round, et remportera la revanche un an plus tard en mettant K.O. à la première reprise son adversaire. Ce fut à cette époque que le monde découvrit son show, insultant copieusement son adversaire lors de la pesée, et affirmant à la face du monde qu’il était le meilleur.

Tout cela évidemment ne pouvait que contribuer à faire de ses combats des évènements planétaires, pour le plus grand bonheur des promoteurs du monde entier. Car Ali appartenait au monde du spectacle, d’autant qu’il était très grand (presque 1.90 m)  et très mobile (à peine 100 kg), ce qui lui permettait de danser et piquer ses adversaires « comme une abeille », volant autour d’eux « comme un papillon ». C’est d’ailleurs sur ce plan, avec sa garde basse et les bras le long du corps, qu’il se singularisait dans la catégorie des poids lourds, parce que sa mobilité et son style faisaient irrésistiblement penser à Ray Sugar Robinson, roi des poids moyens, et sans doute le plus beau spécimen de boxeur  que l’on n’ait jamais vu avec l’autre Ray Sugar, Leonard. Mais comme je l’ai écrit auparavant, Ali pesait autour de 100 kg ! Et même s’il n’était pas réellement un vrai puncheur, comme Leonard, il finissait quand même par gagner ses combats avant la limite (37 sur 56 victoires), tellement ceux-ci s’étaient épuisés à courir après lui dans tous les endroits du ring. C’est ainsi qu’il conservera son titre de champion du monde contre Floyd Patterson (K.O. à la 12è reprise), qui pourtant était lui aussi un boxeur très mobile pour un poids lourd.

Ensuite la carrière d’Ali se poursuivit de la plus brillante des manières, conservant son titre sans problème jusqu’en 1967, contre des adversaires plus ou moins forts, en tout cas inférieur à lui. Ainsi il battit Chuvalo le Canadien, les Britanniques Cooper (premier boxeur à l’envoyer au tapis) et London, Mildenberger l’Allemand ou encore Cleveland Williams et Ernie Terrell. Ce dernier avait récupéré le titre WBA laissé vacant par Ali…parce que cette fédération l’avait destitué de son titre pour des raisons obscures (illégalité de son combat revanche contre Liston), mais Ali réunifiera le titre en 1967 en battant largement aux points ce même Terrell, avant de battre Zora Folley (K.O. à la 7è reprise), pour lequel Ali avait beaucoup de considération. Cela dit, malgré toutes ces victoires qui en faisaient le digne successeur de Joey Louis, dont il était un fervent admirateur, Ali commençait à agacer la classe politique avec ses prises de position depuis sa conversion à l’Islam (1965) et son adhésion aux Black Muslims, dont une des figures de proue était Malcom X. C’est à partir de ce moment d’ailleurs qu’il va devenir aussi une personnalité américaine bien au-delà de son rôle de boxeur, ce qui le conduira à devenir objecteur de conscience en 1967, risquant même cinq ans de prison, ce qui marquera la fin de sa première partie de carrière jusqu’en 1970…alors qu’il était dans la force de l’âge, puisqu’il n’avait que 25 ans.

Cela me fait penser un peu à la vie de Fausto Coppi, contraint par la guerre à faire une croix sur sa carrière au moment où il atteignait sa plénitude. Fermons la parenthèse, pour noter que plus jamais Ali ne sera le même au cours de sa seconde carrière….même si nombre de grands boxeurs se seraient contentés des performances qu’il réalisa. Mais Ali n’était pas seulement un grand boxeur, c’était un super champion, et donc la barre était nécessairement plus haute pour lui. Cela dit, tout avait bien recommencé pour lui, puisqu’il allait donner la leçon (K.O. 3è reprise), pour son vrai combat de reprise, à l’espoir blanc, Jerry Quarry, après avoir récupéré sa licence en 1970. Ensuite il se préparera pour son vrai grand combat de retour contre Joe Frazier, dont on disait qu’il était son ami dans la vie. Je ne sais pas si c’était la réalité, mais ce que je sais c’est que Frazier était un terrible démolisseur, et Ali plus tout à fait le même combattant comme en témoigne sa victoire laborieuse contre un Argentin, Bonavena, qui a certes été mis K.O. au 15è round, mais qui aurait gagné ce combat, avec pour enjeu le titre de champion d’Amérique du Nord, s’il s’était déroulé comme de nos jours en 12 reprises.

Malgré tout Ali est confiant avant d’affronter Frazier, pour ce que certains ont appelé une nouvelle fois « le combat du siècle », entre le virtuose qu’était resté Ali même si la partition n’était plus aussi fine, et le frappeur redoutable et redouté qu’était Frazier. En fait le 8 mars 1971, ce fut un drôle de combat qu’Ali domina jusqu’au 11è round…pour finir par le perdre dans les trois dernières minutes, en allant au tapis lourdement. Il se releva, mais il n’en pouvait plus et perdit son invincibilité. Cela étant, il se vengera presque trois ans plus tard en terrassant Frazier dans une revanche sanglante qui lui tenait à cœur, et qui lui permettait de défier la nouvelle terreur des poids lourds, Georges Foreman, un effrayant puncheur. Ce combat eut lieu à Kinshasa (République Démocratique du Congo), le 30 octobre 1974, avec une bourse de 5 millions de dollars pour chaque boxeur, et contre toute attente, déjouant tous les pronostics qui donnaient Foreman vainqueur, Ali l’emporta par K.O. au 8è round, pour le plus grand plaisir des 50.000 spectateurs présents, tous supporters d’Ali, et qui pour une bonne part criaient « Ali, boma yé », que l’on peut traduire par «Ali, tue-le ».

Et pourtant, le début du combat ressembla au scénario que tout le monde avait écrit avec un Foreman qui cognait sur son adversaire pour lui asséner de véritables coups de massue. Mais Ali plia souvent, bondissant parfois des cordes sur les coups, mais jamais ne rompit jusqu’à la quatrième reprise où le combat commença à s’équilibrer, Foreman faisant part de ses premiers signes de découragement. A la sixième reprise, c’est Ali qui commence à prendre l’avantage, preuve que le combat avait changé d’âme. Enfin au huitième round Ali touche Foreman d’un direct du gauche doublé d’un large crochet droit plongeant qui cisaille Foreman. Foreman K.O., quel exploit de la part d’Ali ! Il faut rappeler, pour mesurer la portée de ce qu’a réalisé ce soir-là Ali, que Foreman avait vaincu avant la limite Frazier en 1973, mais aussi Ken Norton, un des meilleurs poids lourds de la décennie, vainqueur d’Ali l’année précédente. Et voilà comment Ali se retrouva de nouveau au sommet en étant redevenu l’incontestable champion du monde des poids lourds.

Ce sera son chant du cygne au plus haut niveau, même s’il bat une nouvelle fois Frazier (qui n’était plus que l’ombre de lui-même) le 1er octobre 1975 à Manille (Philippines), avec encore une énorme bourse à la clé (6 millions de dollars). Ensuite il battra de justesse Norton en 1976, mais Mohamed Ali n’est plus du tout le champion qui battit Foreman, et encore moins celui de sa première carrière. Il continuera sa carrière jusqu’en 1981, mais il y a longtemps qu’on ne le considère plus comme le roi des poids lourds, même s’il battit Léon Spinks dans un combat revanche, redevenant pour la troisième fois champion du monde. Il terminera sa carrière au plus haut niveau, en essayant de conquérir une quatrième fois le titre des lourds, ce qui aurait constitué un record, contre  Larry Holmes, son ancien sparring-partner, mais il sera nettement battu face à un adversaire de sept ans plus jeune que lui, et qui l’a pourtant ménagé jusqu’au 11è round (jet de l’éponge) en raison de l’admiration qu’il avait pour lui. Le temps d’Ali était définitivement passé.

Il n’en reste pas moins que la postérité retiendra de lui son extraordinaire talent, et cette manière unique qu’il avait de faire le spectacle, comme je l’ai dit précédemment.  Son palmarès témoigne aussi qu’à défaut d’être le plus grand, il fut quand même un des plus grands, avec ses 56 victoires (dont 22 en championnat du monde) et seulement 5 défaites. Il se retira des rings riche, contrairement à nombre de ses prédécesseurs qu’il ne voulait surtout pas imiter, affirmant : « Je ne partirai pas en minable, comme les boxeurs d’autrefois. On ne dira pas que je me suis payé une Cadillac et une ou deux nanas blanches, et que je n’avais plus un sou à la fin de ma carrière ». Hélas pour lui, il fut atteint à l’âge de 40 ans de la maladie de Parkinson, mais cela ne l’empêcha pas de continuer à militer pour les bonnes causes, ou à se consacrer à ses activités religieuses, et de retrouver la gratitude de la nation américaine, puisqu’il alluma la flamme olympique à Atlanta en 1996. Enfin, il a eu le plaisir de voir sa fille Leila devenir championne du monde de boxe  à son tour, même s’il n’avait pas un goût prononcé pour la boxe féminine, ce que pour ma part je comprends parfaitement.

Michel Escatafal


58 ans qu’un pilote italien n’a pas été champion du monde de F1

Cette fois c’est fait, comme la quasi-totalité des plus grands pilotes de l’histoire, Sebastian Vettel est champion du monde de Formule 1 pour la deuxième année consécutive, ce qui lui permet de continuer à piétiner les meilleures statistiques à son profit. Il fut le plus jeune champion du monde de F1 de l’histoire, et il est à présent le plus jeune double champion du monde. Mieux encore, beaucoup mieux même, alors que l’an passé sa saison avait été émaillée par quelques erreurs qui auraient pu être rédhibitoires s’il n’avait pas disposé de la meilleure machine (Red Bull), cette année il a quasiment fait un parcours sans faute au volant de sa RB7, comme seuls savent le faire les plus grands champions de la discipline. Et semble-t-il ce n’est pas fini, car d’une part son écurie est désormais à son entière disposition, et d’autre part celle-ci dispose à présent des structures et d’un moteur (Renault) capables de lui permettre de rivaliser sur la durée avec Mac Laren, Mercedes qui finira tôt ou tard par retrouver les toutes premières places, et Ferrari qui n’a pas engagé l’an dernier à prix d’or Alonso pour finir deuxième ou troisième des championnats pilotes et constructeurs.

En parlant de Ferrari, je suis toujours étonné de voir que le pays qui abrite la plus prestigieuse des écuries, présente en Formule 1 sans discontinuer depuis les débuts du championnat du monde en 1950, qui a remporté 216 victoires et obtenu 205 pole positions, qui pèse 16 titres mondiaux chez les constructeurs et 15 chez les pilotes (Ascari, Fangio, Hawthorn, Ph. Hill, Surtees, Lauda, Scheckter, Schumacher), n’ait pas permis à un pilote italien de coiffer la couronne mondiale depuis Ascari en 1953. Plus grave encore, comment se fait-il qu’un pilote italien ne gagne jamais, en rappelant que les Italiens n’ont été que 13 à remporter au moins un grand prix, et que leur total de victoires est famélique(45) puisqu’il n’atteint même pas le nombre de victoires remportées par le seul Alain Prost. Et encore sur ces 45 victoires, 24 ont été remportées entre 1950 et 1966, dont 13 pour  le seul Ascari. Il est vrai que l’accident de Lorenzo Bandini à Monaco en 1967 a pesé lourd dans ce maigre bilan de l’Italie, un des pays fondateurs de la Formule 1 .

Rappelons les faits, Bandini était encore un grand espoir de la F1 en 1967, même s’il n’avait remporté qu’une victoire en 1964 (grand prix d’Autriche), évoluant dans l’ombre de Baghetti d’abord et ensuite de John Surtees, lequel sera champion du monde en cette année 1964. Mais suite au départ de Surtees à la fin de la saison 1966, Bandini se voyait propulsé comme premier pilote en 1967, avec pour équipiers le jeune Néo-Zélandais Chris Amon, plus Scarfiotti et Parkes dont la priorité était le programme Sport-Prototype. Ferrari n’ayant pas participé à la première course à Kyalami en Afrique du Sud, tout le monde était impatient de voir comment allaient se comporter les 312, équipées d’un moteur à 36 soupapes et d’échappements appelés « spaghetti » en raison de leur forme curieuse. En fait la Ferrari était bien née, puisque Bandini manquait de peu la pole position dont s’emparait Brabham. Mais au départ Bandini surprenait Brabham qui allait abandonner peu après…en laissant beaucoup d’huile sur la piste, ce qui allait inciter Bandini à la prudence à la chicane du port, au contraire d’Hulme, lui aussi sur Brabham, et Stewart sur BRM qui le doublèrent à cet endroit.

Vexé, Bandini se lança alors dans un grand numéro pour reprendre la première place. Mission difficile, mais pas impossible, puisque un peu plus tard Stewart dut abandonner suite à une transmission cassée. Restait à dépasser Hulme sur une voiture moins agile que la Brabham, ce qui n’était pas sans risque. Et ce qui devait arriver arriva, avec Bandini voyant sa Ferrari lui échapper à cette même chicane, et se voyant projeté vers les barrières quasiment au même endroit où, en 1955, Ascari eut son accident avec sa Lancia. La voiture de Bandini se retourna et s’enflamma aussitôt, spectacle horrible pour les spectateurs et les téléspectateurs. Bandini succombera à ses brûlures trois jours plus tard, ce qui entraîna une violente campagne de presse contre Enzo Ferrari lui-même, lequel jura ensuite qu’il n’engagerait plus de pilote italien chez Ferrari, promesse qui ne fut tenue que partiellement, mais qui ne fut pas sans conséquences pour le sport automobile italien.

Partiellement, parce que Ferrari fit courir parfois un pilote italien, mais jamais un pilote de premier plan (De Adamich, Merzario), sauf à considérer Andretti comme italien bien qu’ayant aussi la nationalité américaine (il est arrivé aux Etats-Unis à l’âge de 15 ans), jusqu’à Alboreto qui termina second du championnat du monde en 1985 (derrière Prost), premier pilote italien à être en mesure de disputer le titre depuis 1953. Certes Castellotti a pris la troisième place du championnat en 1955, très loin de Fangio et Moss qui avec leur Mercedes avaient écrasé la concurrence, tout comme Musso en 1957, lui aussi très loin des deux cracks de l’époque, Fangio étant sur Maserati et Moss sur Vanwall.  Et après plus rien ou presque jusqu’en 1984, à part la quatrième place prise au championnat du monde par Bandini en 1964. Ensuite De Angelis terminera à la troisième place du championnat en 1984 sur Lotus, comme Patrese sur Williams en 1989, très loin cependant du tandem Prost-Senna qui dominait la compétition autant que Fangio et Moss dans les années 50, puis de nouveau en 1991, avant d’obtenir la deuxième place en 1992. Patrese est d’ailleurs avec ses 6 victoires à la deuxième place au nombre de grands prix remportés par un Italien, derrière Ascari  et devant Alboreto (5).

Et pendant ce temps  Ferrari remportait des victoires et des titres mondiaux constructeurs, même si la Scuderia a aussi connu sa période de disette. En effet après deux titres constructeurs obtenus en 1961 et 1964, il fallut attendre 1975 pour voir « le cheval cabré » sur la plus haute marche du podium chez les constructeurs, titre conservé les deux années suivantes, puis conquis de nouveau en 1979, 1982, et en 1983 avec son tandem français Arnoux-Tambay. Ensuite il fallut attendre 1999 pour voir Ferrari renouer avec le titre constructeurs (avec notamment Schumacher au volant), titre que cette écurie s’octroya tous les ans jusqu’en 2008, à l’exception des années 2005 et 2006 où Renault s’imposa, soit un bilan tout simplement extraordinaire. Et cela fait dire aux Italiens que si Ferrari avait fait confiance sur la durée à un ou plusieurs pilotes italiens, après la mort de Lorenzo Bandini en 1967 et jusqu’en 1984 avec l’arrivée d’Alboreto, peut-être que les résultats auraient été différents. En tout cas, Alboreto a apporté la preuve en 1985 qu’un pilote italien sur Ferrari pouvait disputer le titre mondial. Cela étant la politique de la maison est clairement, depuis le milieu des années 60, d’engager des pilotes non italiens, par peur sans doute de voir les tifosi être doublement exigeants.

Dommage quand même, car le championnat du monde de F1 à ses débuts a connu quelques pilotes italiens qui ont largement contribué à rendre cette discipline ce qu’elle est aujourd’hui. Je n’en citerais que deux, et tout d’abord  le premier champion du monde de F1 en 1950, qui est aussi le premier vainqueur de grand prix (à Silverstone), Giuseppe Farina. Seuls les plus anciens se rappellent de lui, mais il appartient à la grande histoire du sport automobile avec ses 33 grands prix disputés entre 1950 et 1955, et un total de victoires conséquent pour l’époque (5).  En revanche son oncle est encore très connu puisqu’il s’appelait Pinin Farina.  Ensuite il y a bien entendu Alberto Ascari, un des plus grands pilotes de tous les temps, lui-même fils d’un grand champion italien, prénommé Antonio.

Alberto Ascari en effet fut deux fois champion du monde sur Ferrari en 1952 et 1953, remporta 13 victoires en 32 grands prix, dont 6 pour la seule année 1952 (tous les grands prix sauf le grand prix de Suisse). Il a commencé la compétition à l’âge de 18 ans par la moto (1936), dont il devint très vite une vedette. Ensuite, à partir de 1940, il passe aux quatre roues, mais sa carrière sera contrariée par la guerre, période pendant laquelle il lui fut impossible de courir. Après avoir participé à diverses compétitions, il entre chez Alfa Romeo en 1948, puis l’année suivante chez Ferrari où il va conquérir ses deux titres de champion du monde (1952 et 1953). Ensuite en 1954 il pilotera pour Lancia jusqu’à sa mort accidentelle en 1955.

Cette année-là en effet, il est victime d’une sortie de piste à Monaco et plonge dans l’eau du port, d’où il sort indemne. Quatre jours plus tard, à peine sorti de l’hôpital il se rend à Monza pour voir Castellotti qui essaie une Ferrari Sport. Hélas pour lui, la passion est tellement forte que même en tenue de ville il demande à essayer le bolide. Il ne fera que deux tours de circuit avant d’être victime d’un accident, et de mourir dans l’ambulance qui le transportait à l’hôpital. Coïncidence, son père était mort 30 ans auparavant quasiment de la même façon à Montlhéry, pas casqué, un 26 du mois, et au même âge (37 ans).  Le sport automobile était vraiment cruel à ces époques.

Michel Escatafal


Contador est digne des plus grands, mais les Français n’aiment pas les gagnants

« L’aigle déploya ses ailes et s’envola majestueusement, comme si ce morceau de terre et de laves était trop petit pour lui! Quelle attaque, Messeigneurs, et quel pied de nez à ceux qui ont essayé de le salir, sachant très bien que cet homme était une providence pour le vélo. Oui, Alberto Contador est grand, presqu’ aussi grand que Coppi, sauf qu’il n’a pas un Bartali ou un Koblet pour le rendre encore plus gigantesque. En tout cas les Italiens, beaux joueurs, n’ont pas de superlatifs pour vanter la gloire de celui qui a gagné tous les grands tours qu’il a courus depuis 2007. Même Nibali semblait admiratif, ce qui démontre à tous ceux qui critiquent le Pistolero, que ses pairs n’ont aucun doute sur ses performances. Finalement nous, les amateurs de vélo, avons beaucoup de chance que Dieu ou Dame nature nous offre de temps en temps cet immense plaisir d’assister à une giclette d’un des trois ou quatre sportifs du vingt et unième siècle. Un dernier mot enfin, après une telle démonstration, et quoiqu’il arrive dans ce Giro, Contador a montré qu’il n’avait pas besoin de se doper pour gagner ». En fait pour moi, « Alberto Contador est un immense champion qui joue sobre et juste. Quand l’aigle déploie ses ailes on a l’impression que la route est trop petite pour lui. Mais ses concurrents sont aussi très valeureux, et eux aussi sont des oiseaux capables de voler gaiement et très vite. Sachons jouir sans arrière-pensée du spectacle que nous offrent ces preux chevaliers à l’âme créatrice, dessinant le cadre aimable des joies et des plaisirs des amoureux du vélo ».

Voilà ce que j’écrivais sur Alberto Contador pendant le Giro (le jour de sa victoire à l’Etna) sur le site de Cyclism’Actu, que je recommande à tous les amoureux du cyclisme. Je n’ai évidemment pas changé d’avis, et je revendique mon admiration sans borne pour Contador, comme par le passé pour Coppi, Koblet, Bobet, Rivière, Anquetil, Hinault ou Fignon. Depuis il y a eu le Tour de France, et certains (surtout en France) ont été très heureux de voir Contador perdre un grand tour pour la première fois depuis 2007, oubliant au passage qu’il avait subi trois chutes pendant ce Tour de France, dont une sérieuse ayant causé un fort traumatisme sur un genou, lesquelles ajoutées à la fatigue d’un Giro extrêmement difficile, certains ont même dit démesuré, l’ont privé d’une partie de ses forces vives dans la dernière semaine. Malgré tout il a terminé à la cinquième place, performance d’autant plus méritante que son équipe avait plusieurs de ses membres fatigués  par le Giro. Cela dit, malgré tous ces malheurs, à commencer par un début de saison tronqué par une préparation perturbée en raison de cette misérable affaire de clembutérol…toujours pas résolue un an et trois mois plus tard ce qui montre son inanité, il a quand même accompli une belle saison, avec une victoire au Giro, mais aussi au Tour de Murcie, et au Tour de Catalogne. Bref, un bilan tout à fait excellent pour tout autre coureur, mais insuffisant pour « Le Pistolero » dans la mesure où on attendait qu’il fasse le doublé Giro-Tour. On ne prête qu’aux riches !

Ce qui me gêne le plus chez les détracteurs de Contador, c’est qu’on ne veuille pas reconnaître en France que c’est un immense champion, ce qui est reconnu partout ailleurs dans la planète vélo. Les Italiens l’apprécient, les gens du Bénélux le respectent, les Américains ont une admiration sincère pour lui depuis le Tour 2009 et sa cohabitation « musclée » avec Armstrong, autre mal aimé des Français malgré ses sept Tours de France, bref il n’y a qu’en France qu’il soit vilipendé au point d’être sifflé honteusement lors de la présentation du Tour de France en Vendée cette année…ce qui démontre une nouvelle fois que les Français n’aiment pas les gagnants, ce que nous savions depuis très longtemps. La preuve, rappelons-nous l’extraordinaire popularité dans les années 60 de Poulidor par rapport à Anquetil, pour lequel nombre de Français avaient la même aversion qu’ils ont aujourd’hui pour Contador. Le plus terrible est que dans un cas comme dans l’autre on ressent ou on ressentait un sentiment de haine, d’autant plus injustifié qu’il s’agit de sport. Dans le cas de Contador c’est même violent, comme en témoignent les attaques qu’il subit dans notre pays sur les divers forums consacrés au vélo. Et le pire est que ces attaques viennent de gens qui disent aimer le cyclisme…ce qui n’est pas le cas. Quand on aime le cyclisme on respecte les coureurs, et on ne les assassine pas via le clavier d’un ordinateur ou en les sifflant lors de la présentation d’une course.

Chacun a le droit d’avoir ses préférences ou ses affinités vis-à-vis d’un ou plusieurs coureurs, mais on n’a pas le droit de les critiquer comme s’ils avaient commis un crime abominable, soit parce qu’ils ont subi un contrôle anormal ou même positif, ou parce qu’ils ont gagné en profitant de circonstances favorables, lesquelles font partie de la course, ou pour toute autre raison. Cela me fait penser un peu à ce qui est arrivé à Fausto Coppi dans les années cinquante, où les Italiens n’ont pas hésité à le clouer au pilori parce qu’il a eu le malheur de tomber amoureux d’une femme mariée, la célèbre « Dame Blanche ». Et cet amour allait tellement en contrarier certains, qui bien sûr n’avaient jamais eu de liaison extraconjugale durant leur existence, que le lendemain d’un de ses plus beaux triomphes, le championnat du monde 1953 à Lugano, on ne verra plus que Coppi dans les bras de sa belle…alors qu’on aurait dû se contenter de souligner son extraordinaire démonstration de force où il avait laissé son second, Germain Derycke, à plus de six minutes.

Si j’évoque cela, c’est pour montrer la bêtise des gens, une bêtise qui n’empêche pas les superchampions de courir et de briller, sachant trouver au fond d’eux-mêmes la motivation pour surmonter leurs difficultés. Dans le cas de Coppi, en 1953, après un début de saison plutôt terne, il avait remporté le Giro à l’issue d’un des plus beaux duels de l’histoire du vélo, si ce n’est le plus beau, avec Hugo Koblet, mais aussi le championnat du monde et avait même vaincu deux fois en poursuite le champion du monde lui-même, l’Australien Patterson, titré en 1952 et 1953 (sans la présence de Coppi). Alors on va me dire que certains trichent pour réussir leurs performances et d’autres non. On sanctifie certains coureurs alors qu’on en lynche d’autres sans trop savoir pourquoi. C’est une attitude que je n’ai pas parce que je suis fou d’amour pour le cyclisme sur route comme sur piste.

Et si je parle de la piste c’est parce que les gens trouvent normal qu’on n’en parle qu’une fois par an, au moment des championnats du monde, et tous les quatre ans à l’occasion des Jeux Olympiques, seuls évènements retransmis en clair sur les chaînes publiques françaises. En revanche pas la moindre image des autres compétitions de Coupe du Monde. D’ailleurs qui connaît l’existence de la Coupe du Monde de cyclisme sur piste ? Quasiment personne et, pour dire vrai, ceux qui se passionnent pour les doses infimes de clembutérol trouvées dans les urines de Contador se moquent complètement de la piste. D’ailleurs, en France, la moindre information liée au dopage suscite immédiatement des dizaines de commentaires sur les divers forums de sport en général et de cyclisme en particulier, alors que les victoires de Baugé ou de nos sprinters (vitesse par équipe) aux championnats du monde ne suscitent que  trois ou quatre commentaires, et aucun à propos de la Coupe du Monde.

Conclusion, il n’ y a rien d’étonnant au fait que la France attende  toujours depuis 1985 le successeur de Bernard Hinault au palmarès du Tour de France, depuis 1989 celui de Laurent Fignon au palmarès du Giro, et depuis 1995 celui de Laurent Jalabert au palmarès de la Vuelta, sans parler du championnat du monde sur route que la France n’a pas gagné depuis la victoire de Brochard en 1997. Et en poursuite, spécialité où les Français ont beaucoup brillé (Anquetil, Rivière, Bouvet, Delattre, Bondue, Moreau), nous attendons depuis 1998 un successeur à Ermenault. Mais au fond, est-ce que nous méritons mieux ? Sans doute pas, car la France n’est pas un pays sportif comme le sont les pays voisins…qu’on accuse de tous les maux parce qu’ils nous battent. Que n’a-t-on dit de l’Espagne, parce qu’elle domine le football mondial grâce à ses clubs et à son équipe nationale, le basket avec les Américains, parce qu’elle compte parmi ses figures de proue, Alonso en F1, Lorenzo et Pedrosa en moto GP, Nadal en tennis et… Contador en cyclisme ?

Michel Escatafal


L’histoire nous prouve qu’il ne faut pas désespérer du XV de France

J’ai vu hier  matin le match du XV de France contre les Iles Tonga…et j’ai été déçu comme tout le monde par le triste spectacle que nous ont offert  les Bleus. Je n’arrive pas à comprendre qu’en  quatre ans le sélectionneur Marc Lièvremont n’ait pas réussi à dégager un noyau d’une vingtaine de joueurs indiscutables pour former une équipe. Je n’arrive pas non plus à accepter de voir des joueurs sur le terrain ayant l’air perdus, faute d’un véritable plan de jeu comme toute grande équipe se doit d’en développer. J’ai eu  mal aussi hier après-midi en voyant des joueurs toulousains, jouant chaque semaine en top 14, être extrêmement performants comparés à certains joueurs qui sont en Nouvelle-Zélande, même si au fond de moi je n’étais pas mécontent de voir le Stade Toulousain étriller Clermont grâce à la prestation des « oubliés » de la sélection.

Je ne suis d’ailleurs pas le seul à affirmer que si Jauzion, Poitrenaud ou autres David jouaient en équipe de France, le Stade Toulousain serait complètement décapité, malgré le talent de Mac Allister, Bézy, Nyanga et leurs copains restés au pays, mais cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup de regrets, même si je sais bien que ces joueurs auraient du mal à être aussi performants dans le XV de France, parce que l’environnement dans leur club est beaucoup plus favorable à leur épanouissement. J’enrage enfin de voir à quel point Lièvremont se moque du monde en faisant venir Doussain, demi d’ouverture de formation, en Nouvelle-Zélande…pour ne pas le faire jouer, obligeant Elissalde à rechausser les crampons au risque d’y laisser sa santé, préférant mettre Parra à l’ouverture en remplacement de Skrela.

On nous dit que Parra a démarré sa carrière chez les jeunes à l’ouverture, soit. Mais depuis qu’il opère en Top 14 il joue à la mêlée, poste où il est très bon sans être d’ailleurs exceptionnel. Cela étant, preuve que quelque chose ne va pas dans cette équipe de France, cette dernière ne dispose comme buteurs que des deux  demis de mêlée Parra et Yachvilli…ce qui signifie qu’on n’a pas pu essayer une charnière avec Trinh-Duc et Doussain à la mêlée, poste où il opère depuis ses débuts en équipe première au Stade Toulousain (l’an passé à la place de Kelleher), parce que Doussain  n’est pas un vrai buteur en club. Par parenthèse c’est un argument qui ne tient pas nécessairement, dans la mesure où Doussain sait aussi botter. En outre, quand on a confié le rôle de buteur à Parra en équipe de France, il n’était pas le buteur attitré de son club de Bourgoin. Cela dit, certains vont dire qu’avec Wisnieski, excellent buteur et véritable ouvreur, le problème serait  plus simple. Ouf, j’espère que vous avez suivi, car tous ces commentaires à l’emporte-pièce ne font que démontrer à quel point c’est le capharnaüm dans le XV de France !

Et pourtant je pense que le XV de France peut encore être sacré champion du monde dans trois semaines. Comment puis-je m’avancer à ce point ? D’abord parce que le rugby a moins de dix nations qui comptent dans le monde. Ensuite pour des raisons objectives tenant au tirage des phases finales et au déroulement de la compétition, avec d’un côté l’hémisphère Nord et de l’autre l’hémisphère Sud. Enfin parce que l’histoire du XV de France est suffisamment riche pour nous faire savoir que ce dernier n’est jamais aussi performant que lorsqu’on l’a enterré, comme s’il avait besoin d’être au fond du trou pour redevenir une équipe, voire même parfois une grande équipe, comme en témoigne la victoire sur le Pays de Galles lors du dernier Tournoi après la déroute contre l’Italie. Grande équipe, je ne sais pas si notre XV national actuel peut espérer mériter un jour ce qualificatif, car manifestement une grande équipe comporte en son sein de grands ou de très grands joueurs, figurant parmi les meilleurs du monde. C’était le cas de l’équipe de 58-59 avec les Lourdais et Lucien Mias, comme c’était le cas en 1966 avec notamment  Gachassin, les Boniface, Darrouy, Dauga, Spanghero emmenés par Crauste, ou comme en 1977 avec Aguirre, Bertranne, Sangali, et le meilleur pack que nous ayons peut-être jamais possédé (Skrela, Rives, Bastiat, Palmié, Imbernon, Paparembored, Paco, Cholley) sous les ordres de Fouroux.

En parlant de Fouroux, cela me permet de faire la liaison avec l’aventure de l’équipe de France en 1987, dont il était le sélectionneur, lors de la Coupe du Monde en Nouvelle-Zélande et en Australie, en rappelant que c’était la première fois qu’était organisée cette compétition, ce qui m’autorise à rendre hommage à Albert Ferrasse, l’ancien président de la FFR, qui avait beaucoup œuvré pour sa naissance. Continuons dans l’histoire en rappelant que Jacques Fouroux avait déjà été un grand capitaine, à défaut d’être un grand joueur, et que son emprise sur les hommes était très importante. Sur le plan des résultats, quand l’équipe de France était arrivée à la Coupe du Monde, elle venait de réaliser le grand chelem, en faisant l’admiration des Britanniques, lesquels estimaient que « seuls les Français sont touchés par cette inspiration qui parfois confine au génie ». Evidemment on n’a jamais dit pareille chose à propos de l’équipe de Lièvremont. Dans son équipe, surtout celle du dernier Tournoi et celle qui opère actuellement en Nouvelle-Zélande, il n’y a pas l’équivalent derrière de Blanco, Sella, Charvet, Lagisquet, Mesnel ou Berbizier. En fait il n’y a qu’au niveau du pack, et encore, que l’on puisse espérer soutenir la comparaison. Ce n’est pas suffisant, on en conviendra.

Pour autant, le début de la Coupe du Monde en 1987 ne fut pas brillant, avec un match nul contre l’Ecosse, qui  permettait à notre équipe d’éviter la Nouvelle-Zélande en quart de finale. Néanmoins le XV de France n’avait dû son salut qu’à une transformation manquée de Gavin Hastings à la dernière minute, et au fait qu’il ait marqué trois essais contre deux aux Ecossais, pourtant loin d’être des foudres de guerre. Au match suivant, les Français n’avaient pas non plus fait grosse impression  en dominant la Roumanie  sur un score très lourd (55-12), des Roumains que les Irlandais avaient écrasée peu avant (60-0). Ce fut l’occasion pour Fouroux, qui n’était pas Lièvremont, de mettre dans le bain D. Camberabero, qui avait remplacé au pied levé Lafond blessé juste avant le départ. Ce même Camberabero, ouvreur de formation mais capable de jouer à l’arrière ou à l’aile, allait lors du match suivant remporté contre le Zimbawe (70-12) marquer 30 points, et battre le record de son père Guy (27) établi contre l’Italie vingt ans auparavant. Cela dit, cette victoire ne rassurait personne tellement les Français avaient gâché d’occasions.

Le moins que l’on puisse dire est que nos Bleus n’avaient pas vraiment convaincu jusque là, mais ils étaient qualifiés  pour les quarts de finale où ils allaient affronter  les Fidji, équipe qui comportait dans ses rangs quelques bons joueurs, notamment l’ailier Damu et surtout l’ouvreur Koraduadua. Match a priori facile, un peu comme les Tonga hier, que les Français remportèrent, mais au prix de quelques souffrances dues à de nombreuses errances en défense, notamment la paire de centre Mesnel-Sella qui n’avait jamais joué ensemble à ce poste. Comme quoi, même avec un grand talent, il faut quand même avoir joué ensemble un minimum, et mieux vaut jouer à son poste. Or Mesnel était d’abord un ouvreur…mais n’était pas botteur, ce qui avait incité Fouroux à faire jouer Laporte à l’ouverture. Finalement le XV de France battit les Fidji (31-16) en ayant marqué quatre essais, mais notre équipe n’avait absolument pas rassuré les supporters, lesquels se demandaient à quelle sauce allaient être mangé nos Tricolores contre l’Australie en demi-finale. Ils se trompaient lourdement !

Cette fois Fouroux avait retrouvé tous ses joueurs, et alignait sa meilleure équipe* avec Mesnel à l’ouverture et Didier Camberabero à l’aile, avec la charge de buteur. Je ne vais pas décrire cette rencontre dont j’ai déjà parlé dans un précédent article, sauf pour souligner que ce fut un match exceptionnel, que nombre d’observateurs ont qualifié de « match du siècle ». Une rencontre indécise jusqu’au bout, puisque le score était de  21-21 à la soixante quatrième minute, puis 24-24 à l’issue de la première minute des arrêts de jeu, avec une égalisation pleine de sang-froid de Camberabero. Mais ce n’était pas fini car les Français, sur une relance depuis leurs quarante mètres, allaient marquer un essai ou la presque totalité de l’équipe avait touché le ballon, Blanco finissant le travail en plongeant tout près du drapeau de touche, ce qui n’empêcha pas Camberabero de transformer cet essai extraordinaire. La France était en finale contre la Nouvelle-Zélande en ayant battu à Sydney l’Australie chez elle, une équipe d’Australie avec ses Campese, Herbert, Lynagh, Farr-Jones, Poidevin, Campbell et Lawton, une équipe qui allait remporter la Coupe du Monde quatre ans plus tard. Quel exploit monumental !

Il l’était tellement que les Français de Fouroux et du capitaine Dubroca avaient déjà disputé leur finale avant la vraie contre les Néo-Zélandais. Les deux équipes se présentaient en ce 20 juin 1987 avec leur équipe type.  Les All Blacks qui jouaient chez eux, avaient un profond désir de revanche après avoir été nettement battus (16-3) à Nantes en novembre de l’année précédente. En fait  on y a cru jusqu’à la mi-temps atteinte sur le score de 9 points à 3, les Français marquant sur la seule pénalité tentée par Camberabero juste avant la mi-temps. Des Français qui avaient souffert d’un arbitrage pour le moins très sévère en deux occasions, ce qui permit à Fox,  le buteur néo-zélandais, de réussir deux pénalités très importantes. En revanche en deuxième mi-temps, les All Blacks ont fait parler leur classe avec des joueurs comme Kirwan, Fox, Kirk, Michael Jones, Shelford, les deux Whetton ou le talonneur Fitzpatrick,, mais aussi leur cohésion, et leur condition physique. Ils marquèrent trois essais contre un aux Français, lesquels allaient en outre se faire pénaliser pour de trop nombreuses fautes. Les Néo-Zélandais qui n’avaient pas beaucoup souffert pour battre les Gallois, étaient beaucoup plus frais que les Français qui avaient bataillé jusqu’à la dernière minute contre les Australiens, et aussi sans doute un peu plus forts.

L’histoire peut-elle se répéter au moins jusqu’au 23 octobre ? Difficile à envisager a priori, mais pas impossible, car les adversaires du XV de France  ne sont pas non plus d’une grande sérénité, y compris les All Blacks. Ces derniers vont devoir se passer jusqu’à la finale de Carter, et sans doute en quart de finale de leur emblématique capitaine Mac Caw. Or, sans ces deux joueurs, les Blacks ne sont plus tout à fait les Blacks. Ensuite l’Australie a paru très poussive et sans solution contre l’Irlande en match de poule.  Enfin si les Français battent les Anglais, ils rencontreront en demi-finale  le vainqueur du match entre l’Irlande et le Pays de Galles. Angleterre, Irlande, Galles, aucun adversaire n’ayant de quoi effrayer des Français habitués à les rencontrer et même à les battre le plus souvent, sauf peut-être les Anglais. Quant aux Sud-Africains et autres Argentins, eux non plus n’ont pas paru irrésistibles en phase de poule. Bref, c’est un tableau très ouvert pour la France, et ce ne serait pas une grande surprise de les retrouver en finale. N’oublions pas que notre pack est très fort en mêlée, et que nos adversaires concèdent beaucoup de pénalités dans ce secteur. Et si Parra et Yachvilli sont loin d’être les meilleurs demis de la planète rugby, ils ont un pourcentage de réussite excellent dans les tirs au but. Alors, qui sait ? Après tout il n’est pas interdit de rêver.

Michel Escatafal

*Equipe de France 1987 en demi-finale et en finale de la Coupe du Monde : Blanco ; D. Camberabero, Sella, Charvet, Lagisquet ; Mesnel, Berbizier ; Erbani, Rodriguez, Champ ; Condom, Lorieux ; Garuet, Dubroca, Ondarts.