Contador est digne des plus grands, mais les Français n’aiment pas les gagnants

« L’aigle déploya ses ailes et s’envola majestueusement, comme si ce morceau de terre et de laves était trop petit pour lui! Quelle attaque, Messeigneurs, et quel pied de nez à ceux qui ont essayé de le salir, sachant très bien que cet homme était une providence pour le vélo. Oui, Alberto Contador est grand, presqu’ aussi grand que Coppi, sauf qu’il n’a pas un Bartali ou un Koblet pour le rendre encore plus gigantesque. En tout cas les Italiens, beaux joueurs, n’ont pas de superlatifs pour vanter la gloire de celui qui a gagné tous les grands tours qu’il a courus depuis 2007. Même Nibali semblait admiratif, ce qui démontre à tous ceux qui critiquent le Pistolero, que ses pairs n’ont aucun doute sur ses performances. Finalement nous, les amateurs de vélo, avons beaucoup de chance que Dieu ou Dame nature nous offre de temps en temps cet immense plaisir d’assister à une giclette d’un des trois ou quatre sportifs du vingt et unième siècle. Un dernier mot enfin, après une telle démonstration, et quoiqu’il arrive dans ce Giro, Contador a montré qu’il n’avait pas besoin de se doper pour gagner ». En fait pour moi, « Alberto Contador est un immense champion qui joue sobre et juste. Quand l’aigle déploie ses ailes on a l’impression que la route est trop petite pour lui. Mais ses concurrents sont aussi très valeureux, et eux aussi sont des oiseaux capables de voler gaiement et très vite. Sachons jouir sans arrière-pensée du spectacle que nous offrent ces preux chevaliers à l’âme créatrice, dessinant le cadre aimable des joies et des plaisirs des amoureux du vélo ».

Voilà ce que j’écrivais sur Alberto Contador pendant le Giro (le jour de sa victoire à l’Etna) sur le site de Cyclism’Actu, que je recommande à tous les amoureux du cyclisme. Je n’ai évidemment pas changé d’avis, et je revendique mon admiration sans borne pour Contador, comme par le passé pour Coppi, Koblet, Bobet, Rivière, Anquetil, Hinault ou Fignon. Depuis il y a eu le Tour de France, et certains (surtout en France) ont été très heureux de voir Contador perdre un grand tour pour la première fois depuis 2007, oubliant au passage qu’il avait subi trois chutes pendant ce Tour de France, dont une sérieuse ayant causé un fort traumatisme sur un genou, lesquelles ajoutées à la fatigue d’un Giro extrêmement difficile, certains ont même dit démesuré, l’ont privé d’une partie de ses forces vives dans la dernière semaine. Malgré tout il a terminé à la cinquième place, performance d’autant plus méritante que son équipe avait plusieurs de ses membres fatigués  par le Giro. Cela dit, malgré tous ces malheurs, à commencer par un début de saison tronqué par une préparation perturbée en raison de cette misérable affaire de clembutérol…toujours pas résolue un an et trois mois plus tard ce qui montre son inanité, il a quand même accompli une belle saison, avec une victoire au Giro, mais aussi au Tour de Murcie, et au Tour de Catalogne. Bref, un bilan tout à fait excellent pour tout autre coureur, mais insuffisant pour « Le Pistolero » dans la mesure où on attendait qu’il fasse le doublé Giro-Tour. On ne prête qu’aux riches !

Ce qui me gêne le plus chez les détracteurs de Contador, c’est qu’on ne veuille pas reconnaître en France que c’est un immense champion, ce qui est reconnu partout ailleurs dans la planète vélo. Les Italiens l’apprécient, les gens du Bénélux le respectent, les Américains ont une admiration sincère pour lui depuis le Tour 2009 et sa cohabitation « musclée » avec Armstrong, autre mal aimé des Français malgré ses sept Tours de France, bref il n’y a qu’en France qu’il soit vilipendé au point d’être sifflé honteusement lors de la présentation du Tour de France en Vendée cette année…ce qui démontre une nouvelle fois que les Français n’aiment pas les gagnants, ce que nous savions depuis très longtemps. La preuve, rappelons-nous l’extraordinaire popularité dans les années 60 de Poulidor par rapport à Anquetil, pour lequel nombre de Français avaient la même aversion qu’ils ont aujourd’hui pour Contador. Le plus terrible est que dans un cas comme dans l’autre on ressent ou on ressentait un sentiment de haine, d’autant plus injustifié qu’il s’agit de sport. Dans le cas de Contador c’est même violent, comme en témoignent les attaques qu’il subit dans notre pays sur les divers forums consacrés au vélo. Et le pire est que ces attaques viennent de gens qui disent aimer le cyclisme…ce qui n’est pas le cas. Quand on aime le cyclisme on respecte les coureurs, et on ne les assassine pas via le clavier d’un ordinateur ou en les sifflant lors de la présentation d’une course.

Chacun a le droit d’avoir ses préférences ou ses affinités vis-à-vis d’un ou plusieurs coureurs, mais on n’a pas le droit de les critiquer comme s’ils avaient commis un crime abominable, soit parce qu’ils ont subi un contrôle anormal ou même positif, ou parce qu’ils ont gagné en profitant de circonstances favorables, lesquelles font partie de la course, ou pour toute autre raison. Cela me fait penser un peu à ce qui est arrivé à Fausto Coppi dans les années cinquante, où les Italiens n’ont pas hésité à le clouer au pilori parce qu’il a eu le malheur de tomber amoureux d’une femme mariée, la célèbre « Dame Blanche ». Et cet amour allait tellement en contrarier certains, qui bien sûr n’avaient jamais eu de liaison extraconjugale durant leur existence, que le lendemain d’un de ses plus beaux triomphes, le championnat du monde 1953 à Lugano, on ne verra plus que Coppi dans les bras de sa belle…alors qu’on aurait dû se contenter de souligner son extraordinaire démonstration de force où il avait laissé son second, Germain Derycke, à plus de six minutes.

Si j’évoque cela, c’est pour montrer la bêtise des gens, une bêtise qui n’empêche pas les superchampions de courir et de briller, sachant trouver au fond d’eux-mêmes la motivation pour surmonter leurs difficultés. Dans le cas de Coppi, en 1953, après un début de saison plutôt terne, il avait remporté le Giro à l’issue d’un des plus beaux duels de l’histoire du vélo, si ce n’est le plus beau, avec Hugo Koblet, mais aussi le championnat du monde et avait même vaincu deux fois en poursuite le champion du monde lui-même, l’Australien Patterson, titré en 1952 et 1953 (sans la présence de Coppi). Alors on va me dire que certains trichent pour réussir leurs performances et d’autres non. On sanctifie certains coureurs alors qu’on en lynche d’autres sans trop savoir pourquoi. C’est une attitude que je n’ai pas parce que je suis fou d’amour pour le cyclisme sur route comme sur piste.

Et si je parle de la piste c’est parce que les gens trouvent normal qu’on n’en parle qu’une fois par an, au moment des championnats du monde, et tous les quatre ans à l’occasion des Jeux Olympiques, seuls évènements retransmis en clair sur les chaînes publiques françaises. En revanche pas la moindre image des autres compétitions de Coupe du Monde. D’ailleurs qui connaît l’existence de la Coupe du Monde de cyclisme sur piste ? Quasiment personne et, pour dire vrai, ceux qui se passionnent pour les doses infimes de clembutérol trouvées dans les urines de Contador se moquent complètement de la piste. D’ailleurs, en France, la moindre information liée au dopage suscite immédiatement des dizaines de commentaires sur les divers forums de sport en général et de cyclisme en particulier, alors que les victoires de Baugé ou de nos sprinters (vitesse par équipe) aux championnats du monde ne suscitent que  trois ou quatre commentaires, et aucun à propos de la Coupe du Monde.

Conclusion, il n’ y a rien d’étonnant au fait que la France attende  toujours depuis 1985 le successeur de Bernard Hinault au palmarès du Tour de France, depuis 1989 celui de Laurent Fignon au palmarès du Giro, et depuis 1995 celui de Laurent Jalabert au palmarès de la Vuelta, sans parler du championnat du monde sur route que la France n’a pas gagné depuis la victoire de Brochard en 1997. Et en poursuite, spécialité où les Français ont beaucoup brillé (Anquetil, Rivière, Bouvet, Delattre, Bondue, Moreau), nous attendons depuis 1998 un successeur à Ermenault. Mais au fond, est-ce que nous méritons mieux ? Sans doute pas, car la France n’est pas un pays sportif comme le sont les pays voisins…qu’on accuse de tous les maux parce qu’ils nous battent. Que n’a-t-on dit de l’Espagne, parce qu’elle domine le football mondial grâce à ses clubs et à son équipe nationale, le basket avec les Américains, parce qu’elle compte parmi ses figures de proue, Alonso en F1, Lorenzo et Pedrosa en moto GP, Nadal en tennis et… Contador en cyclisme ?

Michel Escatafal

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One Comment on “Contador est digne des plus grands, mais les Français n’aiment pas les gagnants”

  1. Il faut avouer qu’en France on a en effet jamais apprécier ceux qui gagner tout le temps, mais le contrôle « anormal » a quand même largement encorner son image… ces justifications étaient assez légère, lorsqu’on aura un champion sans ce genre de scandale… je pense qu’on le verra d’un meilleur oeil… même si Contador reste un compétiteur et un athlète performant.


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