58 ans qu’un pilote italien n’a pas été champion du monde de F1

Cette fois c’est fait, comme la quasi-totalité des plus grands pilotes de l’histoire, Sebastian Vettel est champion du monde de Formule 1 pour la deuxième année consécutive, ce qui lui permet de continuer à piétiner les meilleures statistiques à son profit. Il fut le plus jeune champion du monde de F1 de l’histoire, et il est à présent le plus jeune double champion du monde. Mieux encore, beaucoup mieux même, alors que l’an passé sa saison avait été émaillée par quelques erreurs qui auraient pu être rédhibitoires s’il n’avait pas disposé de la meilleure machine (Red Bull), cette année il a quasiment fait un parcours sans faute au volant de sa RB7, comme seuls savent le faire les plus grands champions de la discipline. Et semble-t-il ce n’est pas fini, car d’une part son écurie est désormais à son entière disposition, et d’autre part celle-ci dispose à présent des structures et d’un moteur (Renault) capables de lui permettre de rivaliser sur la durée avec Mac Laren, Mercedes qui finira tôt ou tard par retrouver les toutes premières places, et Ferrari qui n’a pas engagé l’an dernier à prix d’or Alonso pour finir deuxième ou troisième des championnats pilotes et constructeurs.

En parlant de Ferrari, je suis toujours étonné de voir que le pays qui abrite la plus prestigieuse des écuries, présente en Formule 1 sans discontinuer depuis les débuts du championnat du monde en 1950, qui a remporté 216 victoires et obtenu 205 pole positions, qui pèse 16 titres mondiaux chez les constructeurs et 15 chez les pilotes (Ascari, Fangio, Hawthorn, Ph. Hill, Surtees, Lauda, Scheckter, Schumacher), n’ait pas permis à un pilote italien de coiffer la couronne mondiale depuis Ascari en 1953. Plus grave encore, comment se fait-il qu’un pilote italien ne gagne jamais, en rappelant que les Italiens n’ont été que 13 à remporter au moins un grand prix, et que leur total de victoires est famélique(45) puisqu’il n’atteint même pas le nombre de victoires remportées par le seul Alain Prost. Et encore sur ces 45 victoires, 24 ont été remportées entre 1950 et 1966, dont 13 pour  le seul Ascari. Il est vrai que l’accident de Lorenzo Bandini à Monaco en 1967 a pesé lourd dans ce maigre bilan de l’Italie, un des pays fondateurs de la Formule 1 .

Rappelons les faits, Bandini était encore un grand espoir de la F1 en 1967, même s’il n’avait remporté qu’une victoire en 1964 (grand prix d’Autriche), évoluant dans l’ombre de Baghetti d’abord et ensuite de John Surtees, lequel sera champion du monde en cette année 1964. Mais suite au départ de Surtees à la fin de la saison 1966, Bandini se voyait propulsé comme premier pilote en 1967, avec pour équipiers le jeune Néo-Zélandais Chris Amon, plus Scarfiotti et Parkes dont la priorité était le programme Sport-Prototype. Ferrari n’ayant pas participé à la première course à Kyalami en Afrique du Sud, tout le monde était impatient de voir comment allaient se comporter les 312, équipées d’un moteur à 36 soupapes et d’échappements appelés « spaghetti » en raison de leur forme curieuse. En fait la Ferrari était bien née, puisque Bandini manquait de peu la pole position dont s’emparait Brabham. Mais au départ Bandini surprenait Brabham qui allait abandonner peu après…en laissant beaucoup d’huile sur la piste, ce qui allait inciter Bandini à la prudence à la chicane du port, au contraire d’Hulme, lui aussi sur Brabham, et Stewart sur BRM qui le doublèrent à cet endroit.

Vexé, Bandini se lança alors dans un grand numéro pour reprendre la première place. Mission difficile, mais pas impossible, puisque un peu plus tard Stewart dut abandonner suite à une transmission cassée. Restait à dépasser Hulme sur une voiture moins agile que la Brabham, ce qui n’était pas sans risque. Et ce qui devait arriver arriva, avec Bandini voyant sa Ferrari lui échapper à cette même chicane, et se voyant projeté vers les barrières quasiment au même endroit où, en 1955, Ascari eut son accident avec sa Lancia. La voiture de Bandini se retourna et s’enflamma aussitôt, spectacle horrible pour les spectateurs et les téléspectateurs. Bandini succombera à ses brûlures trois jours plus tard, ce qui entraîna une violente campagne de presse contre Enzo Ferrari lui-même, lequel jura ensuite qu’il n’engagerait plus de pilote italien chez Ferrari, promesse qui ne fut tenue que partiellement, mais qui ne fut pas sans conséquences pour le sport automobile italien.

Partiellement, parce que Ferrari fit courir parfois un pilote italien, mais jamais un pilote de premier plan (De Adamich, Merzario), sauf à considérer Andretti comme italien bien qu’ayant aussi la nationalité américaine (il est arrivé aux Etats-Unis à l’âge de 15 ans), jusqu’à Alboreto qui termina second du championnat du monde en 1985 (derrière Prost), premier pilote italien à être en mesure de disputer le titre depuis 1953. Certes Castellotti a pris la troisième place du championnat en 1955, très loin de Fangio et Moss qui avec leur Mercedes avaient écrasé la concurrence, tout comme Musso en 1957, lui aussi très loin des deux cracks de l’époque, Fangio étant sur Maserati et Moss sur Vanwall.  Et après plus rien ou presque jusqu’en 1984, à part la quatrième place prise au championnat du monde par Bandini en 1964. Ensuite De Angelis terminera à la troisième place du championnat en 1984 sur Lotus, comme Patrese sur Williams en 1989, très loin cependant du tandem Prost-Senna qui dominait la compétition autant que Fangio et Moss dans les années 50, puis de nouveau en 1991, avant d’obtenir la deuxième place en 1992. Patrese est d’ailleurs avec ses 6 victoires à la deuxième place au nombre de grands prix remportés par un Italien, derrière Ascari  et devant Alboreto (5).

Et pendant ce temps  Ferrari remportait des victoires et des titres mondiaux constructeurs, même si la Scuderia a aussi connu sa période de disette. En effet après deux titres constructeurs obtenus en 1961 et 1964, il fallut attendre 1975 pour voir « le cheval cabré » sur la plus haute marche du podium chez les constructeurs, titre conservé les deux années suivantes, puis conquis de nouveau en 1979, 1982, et en 1983 avec son tandem français Arnoux-Tambay. Ensuite il fallut attendre 1999 pour voir Ferrari renouer avec le titre constructeurs (avec notamment Schumacher au volant), titre que cette écurie s’octroya tous les ans jusqu’en 2008, à l’exception des années 2005 et 2006 où Renault s’imposa, soit un bilan tout simplement extraordinaire. Et cela fait dire aux Italiens que si Ferrari avait fait confiance sur la durée à un ou plusieurs pilotes italiens, après la mort de Lorenzo Bandini en 1967 et jusqu’en 1984 avec l’arrivée d’Alboreto, peut-être que les résultats auraient été différents. En tout cas, Alboreto a apporté la preuve en 1985 qu’un pilote italien sur Ferrari pouvait disputer le titre mondial. Cela étant la politique de la maison est clairement, depuis le milieu des années 60, d’engager des pilotes non italiens, par peur sans doute de voir les tifosi être doublement exigeants.

Dommage quand même, car le championnat du monde de F1 à ses débuts a connu quelques pilotes italiens qui ont largement contribué à rendre cette discipline ce qu’elle est aujourd’hui. Je n’en citerais que deux, et tout d’abord  le premier champion du monde de F1 en 1950, qui est aussi le premier vainqueur de grand prix (à Silverstone), Giuseppe Farina. Seuls les plus anciens se rappellent de lui, mais il appartient à la grande histoire du sport automobile avec ses 33 grands prix disputés entre 1950 et 1955, et un total de victoires conséquent pour l’époque (5).  En revanche son oncle est encore très connu puisqu’il s’appelait Pinin Farina.  Ensuite il y a bien entendu Alberto Ascari, un des plus grands pilotes de tous les temps, lui-même fils d’un grand champion italien, prénommé Antonio.

Alberto Ascari en effet fut deux fois champion du monde sur Ferrari en 1952 et 1953, remporta 13 victoires en 32 grands prix, dont 6 pour la seule année 1952 (tous les grands prix sauf le grand prix de Suisse). Il a commencé la compétition à l’âge de 18 ans par la moto (1936), dont il devint très vite une vedette. Ensuite, à partir de 1940, il passe aux quatre roues, mais sa carrière sera contrariée par la guerre, période pendant laquelle il lui fut impossible de courir. Après avoir participé à diverses compétitions, il entre chez Alfa Romeo en 1948, puis l’année suivante chez Ferrari où il va conquérir ses deux titres de champion du monde (1952 et 1953). Ensuite en 1954 il pilotera pour Lancia jusqu’à sa mort accidentelle en 1955.

Cette année-là en effet, il est victime d’une sortie de piste à Monaco et plonge dans l’eau du port, d’où il sort indemne. Quatre jours plus tard, à peine sorti de l’hôpital il se rend à Monza pour voir Castellotti qui essaie une Ferrari Sport. Hélas pour lui, la passion est tellement forte que même en tenue de ville il demande à essayer le bolide. Il ne fera que deux tours de circuit avant d’être victime d’un accident, et de mourir dans l’ambulance qui le transportait à l’hôpital. Coïncidence, son père était mort 30 ans auparavant quasiment de la même façon à Montlhéry, pas casqué, un 26 du mois, et au même âge (37 ans).  Le sport automobile était vraiment cruel à ces époques.

Michel Escatafal

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