Les arbitres de rugby m’ont rendu parfois bien malheureux…mais aussi très heureux !

Et bien non, le XV de France n’a toujours pas remporté un titre mondial. Troisième finale, et troisième finale perdue, mais force est de reconnaître que ça se rapproche. Il ne manquait qu’un point. Certes un point c’est beaucoup, mais c’est quand même très peu, si l’on considère que l’arbitrage a quand même beaucoup aidé les Néo-Zélandais…qui toutefois méritaient le titre pour l’ensemble de leur œuvre pendant cette Coupe du Monde. Voilà je n’en dirai pas plus sur cette finale que la France méritait cent fois de gagner, et qui n’a pas donné une bonne image du rugby néo-zélandais que, pourtant, j’ai toujours apprécié. Mais là c’était trop de pression, presque malsaine, à l’image du traitement infligé à Parra par McCaw. Et quand je lis sur le site web de l’Equipe, que le New Zealand Herald évoque sur son  site une possible fourchette de Dussautoir sur McCaw pendant la finale, je suis carrément écoeuré par cette presse néo-zélandaise qui confond presque le rugby avec la guerre. Non, il faut savoir raison garder, le rugby doit rester un sport, et si possible un sport de gentlemen, fut-il joué par des voyous.

Revenons à présent sur cette Coupe du Monde 2011 pour noter, comme l’a dit A. Penaud dans l’Equipe, que le point qui a manqué au XV de France « symbolise sûrement tout ce qui n’a pas été construit durant quatre ans ». Je suis évidemment d’accord avec cet ancien grand joueur, mais j’ajouterais que le dernier avatar de l’ère Lièvremont fut de refuser encore une fois de faire jouer Parra à son vrai poste…pour ne pas vouloir choisir entre lui et Yachvilli. Quelle constance dans l’incompréhensible, d’autant qu’en tant qu’ancien international, Lièvremont savait bien que Parra n’était pas à sa place à l’ouverture, alors qu’on avait dans l’effectif un vrai, un grand demi d’ouverture, Trinh-Duc, et qu’il y avait même comme remplaçant éventuel Doussain, demi d’ouverture de formation, installé à la mêlée par Elissalde au Stade Toulousain depuis l’année passée.  Cela prouve quand même un certain empirisme de la part de Lièvremont et ce, jusqu’au dernier match de la Coupe du Monde. Certes aujourd’hui, suite à cette finale, il est encensé par tous ceux qui le clouaient au pilori après le match contre les Tonga, mais il y a quand même eu pendant ces quatre ans des manques criants dans cette équipe, sans parler de cette manie de faire opérer les joueurs à un autre poste que celui qu’ils occupent habituellement. 

Les All Blacks, par exemple, ont remplacé, ou plutôt essayé de remplacer Carter par un vrai demi d’ouverture, ce qui était logique. Certes il peut y avoir des circonstances qui font qu’on peut utiliser un joueur à un poste plutôt qu’un autre, mais cela ne peut être que ponctuel. Il peut aussi arriver qu’un sélectionneur ait à se disposition deux supers joueurs à un même poste, auquel cas il est tentant pour lui de faire jouer les deux à des postes où l’adaptation sera facile, comme centre et ouvreur, ou encore arrière et ailier. A ce propos, je me rappelle quand j’étais très jeune avoir vu les Anglais aligner en même temps deux ouvreurs au talent exceptionnel, Richard Sharp et B. Risman, ce dernier placé au centre. Cela dit, cette association ne dura que le temps d’un tournoi (1961), Sharp finissant par s’imposer, et devenir un des plus grands numéros 10 de l’histoire.  J’ai aussi en mémoire le positionnement au poste de centre de Tony O’Reilly, l’Irlandais, un ailier comme le rugby en a peu connu, avec un succès très mitigé. Cela étant, il peut aussi y avoir des joueurs capables d’opérer à divers postes sans que cela n’affecte leur rendement. Parmi eux je citerais Martine, Gachassin, Maso, Aguirre, Blanco, et plus près de nous Michalak et Elissalde, pour ne citer que des joueurs des lignes arrière, ce qui n’empêche pas qu’ils ne furent jamais aussi bons qu’installés à leur poste de prédilection.

Fermons la parenthèse, pour se rappeler un évènement qui fut jugé considérable à l’époque, et qui n’est pas sans rappeler l’aventure que vient de vivre le XV de France, à savoir le premier grand chelem de l’équipe de France dans le Tournoi des 5 Nations en 1968. Curieusement, jamais la France n’avait réussi à réaliser le grand chelem jusque-là, même si elle passa très près en 1955. Cette année-là en effet, le XV de France avait remporté trois victoires successives dans le Tournoi, et rencontrait le Pays de Galles à Colombes pour ce qui était attendu comme la consécration d’une saison exceptionnelle où la France, après avoir nettement battu l’Ecosse à Colombes (15-0), puis l’Irlande (5-3) et l’Angleterre (16-9) chez elles, n’avait plus qu’à dominer les Gallois pour remporter seule le Tournoi pour la première fois, et réaliser du même coup le grand chelem. Hélas, contre toute attente, notre équipe commandée par Jean Prat fut battue par Galles (16-11), après toutefois avoir joué toute la seconde mi-temps à 14, suite à une blessure au genou du troisième ligne aile Domec. Et on allait attendre l’année 1968 pour remporter enfin quatre victoires, ce que même la super équipe de Mias en 1959 ou celle de Moncla en 1960, ou encore celle de Crauste en 1966, n’avait pas réussi à faire.

En 1968 donc, nous étions en pleine  guerre  picrocholine entre tenants d’une équipe offensive avec Gachassin à l’ouverture, et les autres préférant la sécurité avec les frères Camberabero à la charnière, Guy étant aussi un buteur exceptionnel. Tout cela laissant penser à certains, qu’avec les Camberabero on pouvait mettre n’importe qui dans la ligne de  trois-quarts. On commença donc le 13 janvier par un match à Murrayfield contre l’Ecosse, que la France remporta (8-6) grâce à une transformation du bord de la touche de Guy Camberabero dans un vent tourbillonant…et à la maladresse des buteurs Ecossais. Cela nous fait beaucoup penser à la demi-finale du XV de France face aux Gallois à la Coupe du monde  cette année. Ensuite, sous la pression de l’opinion, les sélectionneurs changèrent de charnière pour jouer contre l’Irlande à Colombes, en sélectionnant à la place des Camberabero, la paire improvisée Maso en 10 et Fouroux en 9. Mais une blessure de Maso dans la semaine précédant le match, obligea les sélectionneurs à rappeler Gachassin, et pour garder de l’homogénéité à la charnière on décida de titulariser J.H. Mir à la mêlée, pour reconstituer la paire de demis du F.C. Lourdes, en lieu et place de Fouroux. Quel tact de la part des sélectionneurs ! Surtout si l’on songe que  sans la blessure de Maso, on allait avoir comme demis deux joueurs qui n’avaient jamais joué ensemble. Comprenne qui pourra !

 Cela dit, la France remporta ce match (16-6) grâce à deux essais magnifiques marqués par Campaes et Dauga. En revanche la prestation du pack fut plutôt quelconque, comme contre l’Ecosse, malgré quelques grands noms dans ses rangs comme Christian Carrère le capitaine, mais aussi Dauga, Spanghero, Cester ou Gruarin. Allait-on malgré tout faire confiance à cette équipe qui venait de remporter deux victoires de suite pour jouer à Colombes contre l’Angleterre ? Et bien non, parce qu’entre temps il y avait eu un match où le XV de France était opposé à une sélection du Sud-Est, lors d’une rencontre à Grenoble disputée dans le cadre des festivités des Jeux Olympiques. Et le XV de France fut battu 11-9, ce qui amena les sélectionneurs à modifier la moitié de l’équipe pour le match contre l’Angleterre. On rappela les frères Camberabero, en plaçant Gachassin…au centre à la place de Trillo, et en remplaçant toute la première ligne, avec comme talonneur un certain Yachvilli (père de Dimitri), Dauga faisant aussi les frais de ce bouleversement remplacé par Plantefol.

Ce fut un match bizzare que les Français remportèrent avec beaucoup de chance, après avoir été menés 6-3 à la pause. Heureusement les Français savaient encore attaquer, et après une attaque classique avec l’arrière Claude Lacaze  intercalé qui alla jusqu’à l’aile de Campaes, celui-ci décocha un coup de pied de recentrage que Gachassin récupéra dans l’en-but.  Avec la transformation de Guy Camberabero, et deux drops de Lacaze et Lilian Camberabero, les Français remportèrent ce match (14-9). Mais les Anglais pouvaient être frustrés…par l’arbitrage, M. Laidlaw (Ecossais) ayant refusé deux essais aux Anglais, l’un pour un en-avant qu’il fut sans doute le seul à voir, et l’autre qui aurait dû être accordé, l’ailier anglais ayant glissé jusque dans l’en but. Comme quoi, il est arrivé que l’arbitre soit de notre côté, comme du reste lors du match France-Nlle Zélande en 2007. Cela dit, revenons au Tournoi 1968 pour constater que le XV de France, après cette troisième journée, était seul en tête avec trois victoires. Plus qu’une et c’était le grand chelem !

Allait-on de nouveau bouleverser l’équipe pour ce dernier match ou garder la même ? En fait, il y aura trois changements, avec d’abord l’arrivée de Greffe au poste de troisième ligne centre ce qui eut pour effet de déplacer  W. Spanghero comme flanker. Ce changement était dicté par les circonstances, puisque Salut était blessé. En revanche on décida de changer la paire de centres du match contre l’Angleterre, Gachassin-Lux, pour la remplacer par une association Maso-Dourthe. Les Français n’étaient pas favoris face à une équipe galloise où l’on découvrait une paire de demis, Edwards-Barry John, dont beaucoup disent qu’elle fut la meilleure de l’histoire du rugby. Certes ces deux pépites n’étaient pas encore au niveau auquel elles allaient évoluer les années suivantes, certes aussi l’équipe galloise était loin d’être au niveau de certaines de ses devancières, mais le match se jouait à Cardiff où il était toujours difficile de gagner. En outre, ce jour-là le terrain était boueux et le vent était de la partie, et chacun savait que les Français n’aimaient guère ce type de conditions pour pouvoir s’exprimer. D’ailleurs à la mi-temps les Gallois menaient 9-3, grace à un essai (qui valait trois points à l’époque) de leur ailier Ken Jones, et à deux pénalités. Mais ce jour-là les dieux du rugby étaient avec nous, les Gallois manquant deux pénalités faciles face au vent, alors que les Français réussissaient à marquer deux essais par Carrère, suite à un drop contré de Lilian Camberabero, et par ce même Lilian Camberabero, les deux étant toutefois entachés de hors-jeu des avants français. Guy Camberabero complétant le score par un drop et une pénalité. C’était quasiment du 100% pour les Camberabero !

Malgré tout les Français avaient eu beaucoup de réussite, et pouvaient dire une nouvelle fois merci à l’arbitre, le même que contre l’Angleterre.  Mais le grand chelem était enfin réalisé, une première depuis 1906 pour le XV de France. C’est pour cela qu’il ne faut pas désespérer pour le titre de champion du monde, parce qu’un jour ou l’autre la France enlèvera la Coupe du Monde, et comblera ce vide dans son palmarès. Le plus étonnant est que ce premier grand chelem fut réalisé avec une équipe somme toute moins forte que celles que j’ai évoqué précédemment, celles de 1955, 1959, 1960 ou encore celle de 1966, avec l’épisode de la fameuse passe de Gachassin à Darrouy rabattu par le vent sur Stuart Watkins, qui permit aux Gallois de l’emporter sur le score de 9 à 8…comme cette année en demi-finale de la Coupe du Monde, mais cette fois avec un résultat inversé. Et pour compléter la comparaison entre l’équipe vainqueur du grand chelem en 1968, et l’équipe battue dimanche en finale de la Coupe du Monde, on dira aussi que le XV de France finaliste de 2011 était sans doute moins fort que celui de 1987, ou encore que celui qui s’inclina en 1995 sur des décisions arbitrales très controversées en demi-finale  contre le vainqueur, l’Afrique du Sud, pays organisateur. Finalement l’arbitre c’est une fois d’un côté et une fois de l’autre ! C’est pour cela que je n’aurais pas dû me mettre en colère contre M. Joubert,

Michel Escatafal

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2 commentaires on “Les arbitres de rugby m’ont rendu parfois bien malheureux…mais aussi très heureux !”

  1. Toujours assez particulier que le métier d’arbitre… on oublie souvent qu’ils sont humains et qu’ils ont autant voir plus de pression sur leur épaules lors des rencontres… alors un match face aux All Blacs dans leur antre… forcément des décisions discutables allaient apparaitre…

  2. mary dit :

    Vous avez bien fait de parler des arbitres de cette manière. Excellent!


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