Le tennis féminin tchèque : un réservoir inépuisable

En tennis il arrive parfois que la logique ne soit pas respectée dans le classement technique ATP ou celui de la WTA. Ainsi, comme l’an passé,  c’est la Danoise Caroline Wozniacki qui se retrouve en tête du classement mondial, sans avoir remporté de tournoi majeur.  En outre elle n’a même pas gagné le Masters. Elle me fait penser un peu à Marcelo Rios, joueur de tennis chilien, qui fut numéro un mondial en 1998 sans avoir gagné de tournoi du grand chelem, ou encore à Dinara Safina ou Jelena Jankovic qui, elles aussi, furent en 2009 numéro un mondiale sans victoire dans un des quatre grands tournois. Si je dis cela c’est parce que, outre l’anomalie que constitue le fait d’être numéro un juste sur la régularité, ce Masters féminin  pourrait enfin avoir marqué le retour de la domination d’une joueuse comme le tennis féminin en a connu régulièrement avec Chris Evert, Martina Navratilova, Monica Seles, Steffi Graf, Martina Hingis ou encore Serena Williams pour ne citer qu’elles.

Cette championne s’appelle Petra Kvitova. Elle est tchèque, a vingt et un ans, et pousse un cri strident chaque fois qu’elle fait un point gagnant…ou que son adversaire fait faute. Et même si elle échoue de cent quinze points pour la première place mondiale, c’est quand même elle qui mérite le titre de championne du monde cette année, car elle a gagné à Wimbledon et remporté le Masters. En revanche la numéro une officielle, la Danoise Wozniacki, a dû se contenter de deux demi-finales à Melbourne et à l’US Open. Petra Kvitova me fait penser à un des plus grands joueurs de l’histoire, le Tchèque naturalisé américain, Ivan Lendl, dont les plus de quarante ans n’ont pas oublié les grands duels avec Mac Enroe, notamment la finale de Roland-Garros en 1984, mais aussi avec Noah (son cadet de moins de deux mois), ou encore Henri Leconte, considéré longtemps comme sa bête noire. Comme Lendl en effet, Petra Kvitova joue plutôt du fond du court, a un grand service et un remarquable coup droit. En revanche elle est gauchère et frappe son revers à deux mains, alors que Lendl est droitier et jouait son revers à une main.  Nous ne pouvons évidemment que lui souhaiter le même succès que Lendl, lequel fut deux cent soixante dix semaines numéro un mondial et  remporta huit  tournois du grand chelem. Pour cela elle devra acquérir la légendaire sécurité du joueur tchéco-américain. 

Mais elle est aussi dans la lignée des grandes joueuses tchèques, toutes issues d’un réservoir qui semble inépuisable, en particulier  Martina Navratilova, gauchère elle aussi, naturalisée américaine (1981), mais également Jana  Novotna, Helena Sukova et Hana Mandlikova, naturalisée australienne (1988).   J’ai déjà parlé à plusieurs reprises sur ce site de Martina Navratilova, joueuse solide, magnifique attaquante, très adroite à la volée qui concluait souvent un coup droit de préparation puissant et précis, le tout adossé à un excellent service. Bref, une des meilleures joueuses de l’histoire du jeu si ce n’est la meilleure, avec notamment ses  dix-huit  victoires en simple dans les tournois  du grand chelem, dont neuf  Wimbledon, plus trente et une victoires en double et dix en double mixte, sans compter le grand chelem sur deux saisons en 1983-1984 qui valait bien ceux de Maureen Connoly en 1953, ou de Margaret Court en 1970, et même celui de Steffi Graf en 1988. A l’aise sur toutes les surfaces,  elle gagnait presque toujours.  Elle était tellement forte que son entraîneur, Mike Estep, estimait que Martina Navratilova sur un set aurait pu inquiéter bon nombre de joueurs de son époque.  D’ailleurs elle-même pensait qu’elle pourrait être l’égale des hommes s’ils avaient droit, contre elle, à une seule balle au service. Pour mémoire, on rappellera qu’en 1983 elle ne subira qu’une seule défaite en douze mois (80 rencontres), à Roland-Garros face à Kathy Horvath, performance supérieure à celles qui avaient dominé le tennis féminin auparavant (Margaret Court, Billie Jean King notamment), et même après.

Ensuite il faut évoquer Hana Mandlikova, fille d’un athlète, excellent sprinter qui réalisa 10s2 au 100m (1961) et 20s8 au 200m (1959), que j’ai eu la chance de voir jouer assez souvent. Avec  son éternel bandeau qui lui traversait le front, elle s’est faite remarquer très jeune par ses résultats, puisqu’à  dix-huit ans (1980) elle se hissa jusqu’en demi-finale à Roland-Garros, en prenant un set à Chris Evert, la grande rivale de Martina Navratilova. J’aimais bien son style aérien sur le court, sa merveilleuse technique qui lui permettait de bien jouer au fond du court, mais aussi de monter avec succès à la volée. La preuve, en 1981, après avoir remporté Roland-Garros elle alla en finale à Wimbledon, battue par Chris Evert. Elle se retirera des courts, forte de quatre titres en grand chelem, dont deux en Australie et un à l’US Open, mais son palmarès aurait dû être plus riche encore sans une grande nervosité qu’elle ne parvenait pas toujours à dominer.  Vers la fin de sa carrière elle remportera Flushing Meadow en double avec …Martina Navratilova.  Avant sa naturalisation elle remportera trois Fed Cups pour la Tchécoslovaquie.

Autre grande joueuse tchèque, Helena Sukova, fille d’une excellente joueuse, Vera Sukova, qui fut finaliste à Wimbledon en 1962, et qui avait gagné le double mixte à Roland-Garros sous son nom de jeune fille, Puzejova, avec son compatriote Javorsky. A la fin de sa carrière, Vera devenue Sukova prit les fonctions de capitaine des équipes tchèques, et put ainsi diriger sa fille, Helena, qui fut en 1980 la meilleure junior de Tchécoslovaquie. Ensuite cette dernière eut un très beau parcours  avec quatre finales dans les tournois du grand chelem (Australie et Us Open), et surtout  neuf titres majeurs en double, avec Claudia Kohde à Flushing Meadow en 1985 et Wimbledon en 1987, un en fin de carrière (1992) en Australie avec Arantxa Sanchez, les autres étant tous obtenus avec sa compatriote Jana Novotna. En outre elle remportera  quatre Fed Cups entre 1983 et 1988. En fait le principal problème d’Helena Sukova fut d’être joueuse à l’époque de Martina  Navratilova et Chris Evert, et ensuite de Steffi  Graf, trois des meilleures tenniswomen de l’histoire. Il n’empêche, avec ses dix titres en simple et ses  soixante neuf  titres en double, sans compter le double mixte où elle remportera quatre victoires dans les tournois du grand chelem, elle aura fait dans l’ensemble un beau parcours.

J’ai déjà cité  Jana Novotna, comme partenaire de double d’Helena Sukova, mais Jana Novotna fut aussi une grande joueuse de simple, comme en témoignent ses vingt-quatre titres, dont un à Wimbledon où elle battit en finale Nathalie Tauziat (1998), et ses soixante seize titres en double dont douze en grand chelem avec comme partenaires outre H. Sukova , Gigi Fernanadez ou encore A. Sanchez, Lindsay Davenpoort ou Martina Hingis, auxquels on peut ajouter quatre titres en double mixte.  A noter qu’elle remporta son dernier titre en double(1999) à Toronto avec…Mary Pierce. C’était une joueuse extrêmement complète avec un remarquable jeu de service-volée. D’ailleurs c’est sans doute une des joueuses qui est le plus monté au filet dans sa carrière, ce qui ne l’empêchait pas d’être solide au fond du court. Cet ensemble de qualités lui a permis d’être à l’aise sur toutes les surfaces, même si  c’est sur herbe qu’elle a remporté son plus grand succès, je devrais même dire ses plus grands succès puisque sur ses  douze titres en double en grand chelem, il y en eut quatre à Wimbledon, un de plus qu’à Roland-Garros et Flushing Meadow , les deux autres ayant été acquis à Melbourne. Enfin on notera qu’elle fut une des  quinze  femmes à avoir remporté plus de cinq cents matches en carrière depuis les débuts de l’ère open.

J’aurais aussi pu parler de Regina Marsikova, qui fit une bonne carrière entre 1974 et 1993, étant trois fois de suite demi-finaliste à Roland-Garros entre 1977 et 1979, elle aussi très bonne joueuse de double, ou encore de Renata Tomanova, qui fit l’essentiel de sa carrière dans les années 70 et 80, finaliste à Roland-Garros en 1976 et en Australie en 1977. Capable de bien jouer sur toutes les surfaces, c’était une joueuse portée constamment sur l’attaque. Mais ces joueuses furent loin du niveau atteint par celles que j’ai citées précédemment, ce qui n’empêche pas qu’elles confirmèrent  la richesse de ce tennis tchèque qui a tellement apporté au tennis féminin. De quoi rendre jaloux les Français que nous sommes, bien que nous ayons eu la chance d’avoir à la fin des années 1990 et dans la décennie 2000, deux jeunes femmes, Mary Pierce et Amélie Mauresmo, qui ont marqué elles aussi leur époque. On a l’impression que ce temps paraît déjà très lointain !

Michel Escatafal

Publicités

One Comment on “Le tennis féminin tchèque : un réservoir inépuisable”

  1. Cela fait plaisir de voir de nouveaux talents comme ça et espérons qu’en France on en verra très rapidement au sommet du tennis mondial.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s