Le Masters arrive trop tard dans la saison

Le tournoi des Masters qui vient d’avoir lieu à Londres est devenu au fil des ans une institution du tennis, au point de concurrencer un temps les tournois de Grand chelem, notamment Melbourne, ce qui aurait été une injustice, car c’est une chose de gagner trois ou quatre matches, et c’en est une autre d’en remporter sept. Certes cette Coupe des Maîtres, comme on l’appelle en Espagne, réunit théoriquement chaque année depuis 1970 (premier vainqueur l’Américain Stan Smith), les huit meilleurs joueurs de l’année, mais cette épreuve ne désigne pas nécessairement le meilleur joueur de la saison.

En fait, pour être franc, je considère comme presque tout le monde que le meilleur joueur de l’année est celui qui a remporté le plus nombre de tournois du grand chelem. Cette année le meilleur a incontestablement été le Serbe Novak Djokovic, lequel a remporté le petit chelem, avec une victoire à Melbourne, une à Wimbledon et une autre à Flushing Meadow. Et n’oublions pas non plus qu’il fut demi-finaliste à Roland-Garros, ne s’inclinant qu’en demi-finale après un match magnifique contre Federer. Enfin, sur l’ensemble de l’année, Djokovic a remporté dix titres et n’a subi que six défaites en soixante seize matches officiels, un bilan digne des meilleurs joueurs de l’histoire, par exemple Roger Federer.

Federer qui termine cette année en boulet de canon, après être descendu à la quatrième place mondiale, presque infamante pour lui, puisqu’il vient de remporter coup sur coup le tournoi de Bâle, plus celui de Bercy et enfin le Masters, ce qui porte son total à quatre pour cette saison. Surtout, c’est la première fois depuis 2002 qu’il ne remporte pas un tournoi du grand chelem, ce qui a fait dire à de nombreux observateurs que son déclin était consommé…ce qui reste à confirmer après cette fin de saison. En tant que fan de tennis je m’en réjouis, même si hier soir j’aurais bien aimé que Tsonga remporte le Masters, une compétition qui, comme toutes les autres, sourit rarement aux tennismen français, puisque Tsonga est seulement le second joueur français a avoir été jusqu’en finale de l’épreuve, après Sébastien Grosjean en 2001 (battu par Hewit). En revanche cette victoire à Londres a permis à Roger Federer de battre un nouveau record, en remportant le Masters pour la sixième fois, effaçant des tablettes le Tchèque devenu Américain, Ivan Lendl, qui l’avait emporté à cinq reprises entre 1981 et 1987.

Le tournoi des Masters n’a plus tout à fait le prestige qu’il avait dans les années 70 ou 80. Ce tournoi en effet, pour prestigieux qu’il soit, vient trop tard dans la saison, une saison au demeurant beaucoup trop longue, puisqu’elle commence au tout début de l’année pour s’achever fin novembre, voire début décembre avec la finale de la Coupe Davis. Certes les meilleurs joueurs s’octroient des plages de repos, disputant essentiellement les Masters Séries, ce qui laisse la possibilité à ceux qui sont juste en dessous des meilleurs de remporter çà et là quelques tournois, mais le tennis perd en crédibilité à multiplier les épreuves de janvier à novembre. En fait la vraie saison s’arrête à l’US Open (début septembre), et il serait logique que le Masters soit disputé dans les deux ou trois semaines qui suivent la finale du dernier tournoi du grand chelem.

Cela étant,  il y a aussi une autre solution, à savoir faire disputer le Masters au tout début de l’année suivante, comme ce fut le cas pendant quelques années à partir de 1978. Cependant il faut ajouter pour être juste, qu’à cette époque les Internationaux d’Australie (qui avaient lieu au moment des fêtes de fin d’année) étaient loin de jouir du même prestige qu’aujourd’hui, ce qui incitait les meilleurs joueurs, donc les qualifiés pour le Masters,  à se préparer pour cette épreuve au détriment du tournoi australien disputé sur herbe…qui n’intéressait plus personne ou presque.  D’ailleurs la simple lecture du palmarès des deux tournois entre 1978 et 1980 donne une idée de l’intérêt manifesté par les meilleurs joueurs.

En effet en janvier 1978, donc comptant comme Masters 1977, c’est Jimmy Connors qui l’emporta, puis en janvier 1979, ce fut John Mac Enroe, avant que Bjorn Borg ne l’emporte en janvier 1980 et en janvier 1981. En revanche pendant la même période (entre 1977 et 1980), les champions d’Australie ont été l’Américain Vitas Gerulaitis (son seul titre du grand chelem), puis l’Argentin Vilas en 1978 et 1979 alors qu’il n’était pas du tout un joueur de gazon…et un autre Américain, Brian Teacher  en 1980, dont ce fut le seul grand succès. Dommage que Borg n’ait pas gagné pendant cette période l’US Open, ce qui l’aurait obligé à aller en Australie pour conquérir le grand chelem !

Comme ce ne fut point le cas, nombre de personnes  se sont interrogées  à l’époque pour savoir s’il ne fallait pas remplacer les Internationaux d’Australie par le tournoi des Masters pour le grand chelem. La question s’est aussi posée chez les féminines puisqu’entre 77 et 80, le Masters féminin a été remporté par Chris Evert (1977 et 1978), puis Martina Navratilova (1979) et Tracy Austin en 1980, alors que les gagnantes à Melbourne ont été respectivement Evone Goolagong (qui était en fin de carrière) en 1977, puis Christine O’Neil en 1978, Kathy Jordan en 1979 et Hanna Mandlikova en 1980.

Heureusement cette idée de changer les épreuves comptant pour le grand chelem fut abandonnée, et quelques années plus tard le tournoi australien retrouva tout son lustre en changeant de date, passant de la période des fêtes de fin d’année à la fin janvier, et de surface, puisqu’on remplaça le  gazon par une surface synthétique. Du coup, plus personne de nos jours ne s’imagine vouloir inclure le Masters dans le grand chelem d’autant, comme je l’ai dit précédemment, que les joueurs arrivent éreintés à ce tournoi, alors que la participation aux Internationaux d’Australie est identique à celle des trois autres tournois majeurs. Quant au tournoi des Masters, il n’est ni plus ni moins que la Super finale des tournois appelés Masters 1000.

Pour autant cette année encore la participation au tournoi des Masters fut exceptionnelle, car tous les meilleurs étaient à Londres cette semaine (Djokovic, Nadal, Federer, Ferrer, Tsonga, Berdych), à l’exception d’Andy Murray qui blessé a dû laisser sa place au Serbe Tipsarevic. Par parenthèse on comprend pourquoi l’équipe de France de Coupe Davis, privée de Tsonga, n’avait l’an passé aucune chance face à l’équipe de Serbie.  Et puisque je parle de Coupe Davis, est-il normal de faire disputer une finale de Coupe Davis début décembre ? Ne pourrait-on pas trouver une date en septembre ? Décidément  en tennis, comme dans beaucoup d’autres sports, les saisons n’en finissent pas…au détriment de la santé des joueurs et des joueuses. Est-ce bien raisonnable ?

Michel Escatafal

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