Stade Rennais, ASSE, LOSC : le présent se rapproche du passé

En consultant le classement du championnat de Ligue 1 de football, on s’aperçoit que le Stade Rennais est sixième à égalité avec l’Olympique Lyonnais qui est cinquième, juste derrière l’AS Saint-Etienne, quatrième, et le Lille Olympique Sporting Club, troisième, en rappelant que le LOSC est le tenant du titre de champion et de la Coupe de France, puisque ce club a fait le doublé l’an passé. Voilà où nous en sommes après 25 journées de championnat. Certes, rien ne dit que ces clubs seront européens au mois de mai à l’issue de la trente huitième journée, mais en attendant les amateurs de football âgés de 50 ans et plus subissent grâce à ces trois clubs une cure de rajeunissement. Ceux-ci en effet figurent parmi les plus glorieux de l’histoire du football français, et chacun à sa façon a laissé une empreinte indélébile dans le cœur des supporters pour de multiples raisons, tenant autant aux résultats qu’à la manière de jouer.

Sur ce plan le Rennes de Jean Prouff a été parmi les équipes qui ont laissé la meilleure image que l’on puisse avoir du football, tellement il était pétillant et tourné vers l’offensive. Evidemment, en disant cela, on pense surtout aux équipes qui ont gagné la Coupe de France en 1965 (contre Sedan) et 1971 (contre Lyon). Il est vrai que dans ces deux équipes il y avait de remarquables techniciens, ce qui était indispensable pour jouer à la manière d’Anderlecht, qui était un des clubs référence en Europe pour ses résultats et son 4-2-4. Dans l’équipe de 1965, les joueurs s’appelaient Lamia le gardien international, les défenseurs Lavaud, Brucato, Boutet et Cardiet, Ascensio et Loncle (remarquable gaucher) au milieu, et chez les attaquants Prigent, Rodighiero, Dubaële et Pellegrni.

De cette équipe ne restera en 1971 que l’arrière gauche Cardiet, mais les autres joueurs n’étaient pas moins talentueux, qu’il s’agisse de Marcel Aubour le gardien, de Cosnard, Cedolin et Chlosta les autres arrières, de Garcia et Naumovic au milieu et des attaquants Guy, Kéruzoré, Betta et Rico. A propos de Marcel Aubour, au demeurant un remarquable gardien, ceux qui ont vu le match contre Lyon en finale se rappellent qu’il joua un moment à la pétanque…avec des artichauts jetés par des spectateurs bretons frustrés d’avoir vu un but refusé, pendant les interminables discussions entre joueurs et arbitre suite à la non validation du but. Fermons la parenthèse, pour ajouter que Rennes n’avait pas volé sa Coupe de France, puisque les Bretons avaient éliminé en demi-finale l’OM de Novi, Gress, Bonnel, Loubet, plus les deux grandes stars du championnat de France de l’époque, Skoblar et Magnusson.

Jusqu’où ira le Stade Rennais cette année ? Je ne sais pas, mais ils ont d’excellents joueurs (M’Vila, Montano, Théophile, Kaan-Bihyk, Pajot, Brahimi, Erding etc.), jeunes pour la plupart, et un des meilleurs entraîneurs de la Ligue 1 depuis des années, Antonetti. Espérons pour eux qu’ils n’auront pas trop de blessés d’ici la fin de la saison, car leur effectif n’est pas très étoffé. Celui de Saint-Etienne ne l’est pas davantage, mais les Verts de 2012 sont quand même pleins de promesses. Eux aussi ont un mélange harmonieux de joueurs expérimentés comme Rufier, Marchal, Battlès, le Roumain Nicolita ou encore Aubameyang, plus quelques jeunes de grand talent tels que Sako ou Kitambala. Et si avec ce groupe l’ASSE retrouvait une partie de son passé ? En fait c’est tout le bonheur qu’on leur souhaite sous la houlette de Rocheteau, l’ancien « Ange Vert », et de l’entraîneur Galtier.

La simple évocation de Rocheteau suffit à rappeler la glorieuse époque des années 70 avec Herbin comme entraîneur, plus des joueurs de grande classe comme Curkovic, Janvion, Lopez, Piazza, Farison, Larqué, Bathenay, Synaeghel, les frères Revelli, ou encore Sarramagna. Cette équipe exerçait une totale domination sur le football français, et figurait parmi les toutes meilleures en Europe, puisqu’elle arriva en demi-finales de la Coupe d’Europe en 1975, et en finale un an plus tard, battue chaque fois par le Bayern de Maier, Beckenbauer, Hoeness, Roth, Kappelmann, Muller et Rummenige. Ils auraient même dû l’emporter à Glasgow en 1976, car le coup franc victorieux de Roth aurait pu ne pas être validé par l’arbitre, et parce que les Stéphanois ont frappé le poteau, sans oublier la blessure de Rocheteau qui ne joua que 8 minutes.

Cela dit, ils furent aussi champions en 1980-81, avec dans leurs rangs des joueurs comme Platini, Battiston, Larios, Rep, ou encore Roussey et Zimako qui accompagnaient les anciens comme Castaneda, Lopez et Janvion. Mais ils le furent aussi bien avant, dans les années 60, et notamment entre 1966 et 1969 où ils ont raflé tous les titres de champion de France, avec Carnus (gardien et rival d’Aubour en équipe de France), Durkovic, Herbin, Bosquier, le tout jeune Larqué, Jacquet, Parizon, Bereta et Keita. Ce dernier (joueur malien) était la grande star de l’équipe qui ne regretta jamais d’avoir payé environ 6000 francs de taxi pour l’amener de Paris à Saint-Etienne…parce que Keita ignorait où se trouvait réellement la ville où il allait exercer ses talents. Salif Keita fera partie des joueurs qui quitteront Saint-Etienne un peu plus tard pour Marseille, l’OM de Leclerc dépouillant littéralement son vieux rival…qu’il n’arrivait pas à dépasser. Keita à Marseille rejoindra notamment Carnus et Bosquier qui jouaient avec lui à l’ASSE, avant de partir faire une belle carrière à l’étranger (F.C. Valence et Sporting Portugal).

En remontant un peu plus loin, on trouve trace également d’une équipe de l’ASSE championne de France en 1963 et en 1957. Si je relie ces deux équipes, c’est parce quelques uns de leurs meilleurs joueurs ont connu les deux époques, par exemple Richard Tylinski, Ferrier, ou encore Rachid Mekloufi, un des plus grands joueurs de l’histoire du football français, à la fois buteur et meneur du jeu. Une sorte de Platini avant l’heure. A noter que dans l’équipe de 1957 il y avait aussi le gardien de l’équipe de France en Suède, Abbes, mais aussi, N’Jo Lea et un remarquable Hollandais, Rijvers. Et oui, quand on dit que les Verts c’est la légende du football, on n’a pas tort ! Au total Saint-Etienne c’est quand même 10 titres de champion de France entre 1957 et 1981, 6 Coupes de France entre 1962 et 1977, plus une finale de Coupe d’Europe en 1976. Qui dit mieux ? Personne, à part l’Olympique de Marseille. Même le grand Stade de Reims n’affichait pas un meilleur palmarès, malgré ses deux finales de Coupe d’Europe, et sa victoire en Coupe Latine, ancêtre de la Coupe d’Europe.

Après le Stade Rennais et l’ASSE, passons maintenant au LOSC. Lille est d’ailleurs la première équipe professionnelle à avoir remporté le championnat de France (aujourd’hui Ligue 1) en 1933. Ce championnat s’appelait à l’époque Division nationale, et il se déroulait en deux groupes (A et B), n’ayant rien de géographique puisque dans le groupe A on trouvait, outre l’Olympique Lillois, le FC Sète et l’OGC Nice, et dans le groupe B le F.C Antibes, l’AS Cannes, mais aussi le FC Sochaux, le FC Metz et le Stade Rennais. Le champion de France fut celui qui gagna la finale entre vainqueurs des deux groupes, et Lille battit Cannes (4-3 après prolongations). Dans cette équipe lilloise, les joueurs les plus présents dans les mémoires s’appellent Vandooren, un excellent arrière international (20 sélections) qui plus tard entraînera le club, mais aussi Defossé le gardien, et les attaquants Decottignies et Winckelmans.

Lille sera de nouveau champion de France en 1946, avec une équipe composée de grands noms tels que Sommerlinck l’arrière gauche, mais aussi Bourbotte, Tempowski, Lechantre et la grande vedette du moment, Baratte. Elle remporta le championnat devant…Saint-Etienne (pour un point), alors que Rennes était cinquième. Ensuite le LOSC flirtera avec les premières places, sans toutefois décrocher le titre (second en 1948, 1949, 1950, 1951 et troisième en 1952). Mais ce titre il le décrocheront de nouveau en 1954, devant le grand Stade de Reims, avec des joueurs comme le gardien Ruminski, les arrières Pazur et Lemaître, les demis Bieganski et Sommerlinck (toujours fidèle), et des attaquants comme Strappe plus deux joueurs qui allaient s’illustrer à la Coupe du Monde en Suède en 1958, Douis et Vincent. Ce dernier était à ce moment le meilleur ailier gauche d’Europe, ce qui lui vaudra cette même année 1954 une sélection dans l’équipe du Continent (avec deux autres Français Jonquet et Kopa) qui allait jouer contre l’Angleterre.

Il partira quelques années plus tard au Stade de Reims, car Lille n’avait plus les moyens d’entretenir une grosse équipe de Division1, ce qui est encore un peu le cas à présent en attendant la construction du grand Stade attendu depuis si longtemps et qui devrait être inauguré l’an prochain. Cela dit, Lille gagnera aussi la Coupe de France de 1946 à 1948, puis plus tard en 1953 et 1955. Ce sera le chant du cygne du LOSC, avant de retrouver sa vraie place dans le football français dans les années 2000, avec en point d’orgue son magnifique doublé de l’an passé sous la houlette d’un excellent entraîneur comme Rudy Garcia et des joueurs comme Landreau, Debuchy, Mavuba, Rami, Gervinho, Cabaye, Sow, Obraniak et sa perle rare, le jeune Belge Hazard, que tous les grands clubs européens veulent recruter. Cette année le LOSC a encore tous les atouts pour être candidat à une place en Ligue des Champions, malgré les départs l’été dernier de Rami, Gervinho, Cabaye et celui de Sow (meilleur buteur de L1 en 2011) cet hiver en Turquie. Quant au Stade Rennais et l’ASSE, je les voie bien se qualifier pour la Ligue Europa. Pour ces trois clubs le présent aurait rejoint le passé, du moins en partie.

Michel Escatafal


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 3 (cyclisme)

Pour terminer ce volet un peu insolite de l’histoire du sport (merci Claude Sudres!), je vais parler cyclisme évidemment, d’autant que c’est le plus caractéristique dans l’histoire des surnoms. Je vais simplement souligner (à défaut de les citer tous) ceux qui me paraissent les plus distinctifs, tellement les coureurs ont été nombreux à se voir attribuer des surnoms, dont certains au demeurant sont carrément ridicules.  Cela dit commençons par ceux des temps héroïques de ce sport avec, à tout seigneur tout honneur, celui du premier vainqueur du Tour de France (1903), Maurice Garin, surnommé le « Petit Ramoneur » parce qu’il a travaillé dans sa jeunesse dans une entreprise de fumisterie.  Un de ses successeurs (1905), Trousselier, sera appelé « Trou-Trou » ou « Trouston ». Autre grande figure de cette époque, même s’il n’a jamais gagné la Grande Boucle, Eugène Christophe, qui fut d’abord appelé « Le vieux Gaulois » en raison de ses moustaches en forme de guidon, puis « Cri-Cri » vers la fin de sa carrière. Enfin, soulignons aussi le cas du Luxembourgeois de Colombes, François Faber, vainqueur du Tour en 1909, qu’on avait surnommé le « Géant de Colombes » en raison de ses mensurations. Un autre vainqueur du Tour (1910), Octave Lapize, dont les cheveux étaient noirs et bouclés, sera surnommé « Le Frisé ». 

A la fin des années 20 et au début des années 30, Marcel Bidot, l’ancien directeur des équipes de France à l’époque des équipes nationales (1953-1961), sera appelé comme coureur « la Mère Poule » en raison de son dévouement comme équipier. Henri Pélissier, vainqueur du Tour en 1923, était appelé « La Ficelle » parce qu’il était long et sec. A la même période Armand Blanchonnet, champion olympique sur route contre-la-montre en 1924, sera surnommé « Le Phénomène » en raison de ses mensurations avantageuses, lesquelles lui ont aussi valu d’être appelé « King Kong ». Le sprinter Lucien Faucheux, triple vainqueur du Grand Prix de Paris à la Cipale, très musculeux, fut surnommé « Le Gros Lulu » puis plus tard « Le Pape de la Cipale ».  Learco Guerra, le grand champion italien (champion du monde en 1931), fut surnommé « La Locomotive humaine » ou « La Locomotive de Mantoue » en raison de sa puissance dans les contre la montre. André Leducq, grand crack des années 30, fut appelé « Dédé » ou « Joyeux Dédé » en raison de sa bonne humeur communicative, qui plaisait tellement à ses nombreuses supportrices.

Antonin Magne, très connu comme champion du monde ou vainqueur du Tour et, plus encore, comme directeur sportif de Poulidor, était « Tonin » pour tout le monde, ou encore « Le Taciturne » et « La Méthode » pour son souci minutieux de l’organisation. Par son élégance naturelle et sa distinction, Charles Pélissier, excellent routier et cyclo-crossman, fut baptisé « Brummel » du nom d’une célèbre marque de tailleur pour hommes. Louis Aimar, remarquable rouleur, très puissant, (plus de 80 kg) devint « Le Colosse » ou « Le Briseur de chaîne ». Le premier des super champions italiens, Gino Bartali*, un des plus grands coureurs de l’histoire, fut appelé à la fois « L’Homme de Fer » pour sa résistance, mais aussi « Gino Le Pieux » pour ses fortes croyances religieuses, avant de devenir « Il Vecchio » en raison de sa longévité. Maurice Archambaud, fantastique rouleur (Grand Prix des Nations en 1932 et recordman de l’heure), fut appelé « Le Nabot » en raison de sa petite taille.

Marcel Kint, champion du monde en 1938 et vainqueur de nombreuses classiques, fut surnommé « L’Aigle Noir ». Raymond Louviot, petit et courageux, fut appelé « Laripette » par les journalistes. Le fameux sprinter Jeff Scherens, fut appelé « Poeske » qui signifie chat en flamand, parce qu’il avait l’art de sauter ses adversaires sur la ligne. Vicente Trueba, le premier des grands grimpeurs espagnols, fut surnommé « la Puce de Torrelavega » en raison de sa petite taille et du nom de son village. Albéric Schotte, double champion du monde et vainqueur du Tour des Flandres, devint « le dernier des Flandriens ». Gerrit Schulte, un des très rares coureurs à avoir battu Coppi en poursuite, fut appelé « Le Fou Pédalant » en raison de ses longues échappées sur la route. Le pistard, champion du monde de vitesse, Van Vliet, était « Le Professeur » pour sa science du sprint et ses lunettes. Un autre sprinter, Louis Gérardin était pour tout le monde « Toto ». René Vietto, grand grimpeur et vedette du Tour dans les années 30 et 40 fut appelé « Le Roi René ».

Bevilacqua, double champion du monde de poursuite et vainqueur de Paris-Roubaix (1951), fut surnommé par les journalistes « Pauvre Bévilacqua », car dans la montée des cols il sollicitait les poussettes en disant : « Poussez le pauvre Bevilacqua, c’est un bon coureur ». Louis Bobet* fut pour tout le monde « Louison », et Louis Caput, routier-sprinter de poche, était « P’tit Louis ». Quant à Robert Chapatte, excellent coureur et futur grand journaliste, il fut affublé du joli surnom de « Chapatte de Velours ». La particule de Jean de Gribaldy, lui valut d’être appelé « Le Vicomte ».  Jean Dotto, vainqueur de la Vuelta 1955, devint  « Le Vigneron de Cabasse », village où était sa maison dans le Var.  Fachleitner, deuxième du Tour 1947, fut « le Berger de Manosque » du nom de la ville où il résidait. Jean Robic, vainqueur du Tour 1947, était appelé « Biquet », puis « Tête de Cuir » à cause de son casque de cuir un peu ridicule, qu’il était le seul à porter. Tout le monde connaît « Le Pédaleur de charme», trouvaille du chansonnier Jacques Grello pour qualifier Hugo Koblet*. L’autre grand champion suisse, Ferdi Kubler*, qui pédalait avec force grognements, fut surnommé « Le Champion Hennissant ».

Autres grandes figures des années 50, Bernard Gauthier et Raphaël Geminiani. Dans un premier temps Bernard Gauthier, super équipier de Louison Bobet, fut appelé « Cœur de Lion », avant d’être surnommé « Monsieur Bordeaux-Paris » suite à ses quatre victoires dans l’épreuve. Quant à Geminiani, sa gouaille et ses réparties l’ont fait surnommer « Grand Fusil ». En revanche, pour avoir porté le maillot jaune en 1949, Jacques Marinelli, coureur de petite taille qui ne faisait pas beaucoup de bruit, avait été surnommé « La Perruche » par Jacques Goddet. Loretto Petrucci, vainqueur de Milan-San Remo en 1952 et 1953 et de Paris-Bruxelles (1953), fut surnommé « Le Météore ». Cela lui allait d’autant mieux qu’il gagna la quasi totalité de ses succès entre 1951 et 1953. L’ancien équipier de Louison Bobet, Antonin Rolland, toujours un peu renfermé, fut surnommé « Tonin le taciturne ». Robert Varnajo, qui finit sa carrière en devenant un spécialiste du demi-fond, Vendéen d’origine, fut évidemment appelé « Le Chouan ». Le pistard Oscar Plattner, champion du monde professionnel de vitesse en 1952, fut désigné comme « Le Macchiavel du Sprint » pour sa manière de piéger ses adversaires. Peu après, on n’oubliera pas les deux supers grimpeurs que furent Bahamontes et Gaul, appelés respectivement « l’Aigle de Tolède » et « l’Ange de la Montagne ». Leur grand rival, Jacques Anquetil*, gagna le titre de « Maître Jacques » pour la multitude de succès remportés durant sa longue carrière. Autre grand rouleur (recordman de l’heure en 1956), Ercole Baldini, fut appelé « La locomotive de Forli ». Enfin Henri Anglade, avec ses attitudes autoritaires, fut surnommé « Napoléon ». Rien que ça !

Un autre grimpeur de poche, Lily Bergaud, fut appelé « La Puce du Cantal ». Carlesi, pour sa ressemblance avec Coppi, devint « Coppino ». Le pistard Roger Gaignard, ancien apprenti clown, y gagna son surnom de « clown ». Quant à Michel Rousseau, champion olympique et du monde de vitesse, ses grosses cuisses lui valurent d’être appelé « Le Costaud de Vaugirard ». Autre athlète du vélo, Raymond Mastrotto, ancien vainqueur du Dauphiné (1962), devint « le taureau de Nay », localité où il était né. René Privat, ancien vainqueur de Milan-San Remo (1960) fut surnommé, « René la Châtaigne », sans doute en raison de son punch. Rostollan, qui faisait le train pour Jacques Anquetil dans les cols, se vit appelé « Pétrolette ».  Rik Van, Looy, seul coureur à avoir gagné toutes les classiques (entre 1956 et 1968), fut baptisé par les journalistes belges « L’Empereur d’Herentals », en référence à la commune où il habitait. Enfin, qui ne se souvient de l’immortel « Poupou » que fut Raymond Poulidor dans les années 60 et 70 ?

Tout cela nous amène aux années 70, où force est de reconnaître que l’imagination fut nettement moins fertile qu’avant. En tout cas  les surnoms donnés respiraient davantage la banalité, même si parfois on retrouvait quelques traits d’humour comme « Le Cannibale » pour Merckx, « Le Chamois des Abruzzes » pour le grimpeur Vito Taccone, ou « Cuore matto » (cœur fou) pour Bitossi, en proie à des problèmes de palpitations cardiaques. Sinon, appeler Zoetemelk « Le Hollandais de France » ou Thévenet « Nanard » apparaît plutôt comme une évidence, ou du déjà vu comme Beat  Breu, le grimpeur suisse, « La Petite Puce de Saint Gall ». On retiendra quand même pour l’histoire, « Le Blaireau » pour Bernard Hinault*,  « Gibus » pour Gilbert Duclos-Lassalle, « Banban » pour Robert Alban, ou « Il Diavolo » pour Claudio Chiapucci », mais aussi « Jeff » pour J.F. Bernard,  « Le Ricain » pour Greg Lemond, premier grand champion américain ou « La Broche » pour Brochard, champion du monde en 1997.  On n’omettra pas non plus « Jaja » pour Laurent Jalabert, « Perro loco » (chien fou) pour le Suisse Zulle, « Le Dromadaire » pour un autre Suisse, Rominger, ou « Il Magnifico » pour le routier-sprinter italien Cippolini, ni « L’extra-terrestre » pour Indurain, vainqueur de cinq Tours de France et deux Tours d’Italie. Luc Leblanc, ancien champion du monde (1994), fut surnommé « Lucho » à cause de son épouse espagnole, le même surnom que le premier grand coureur colombien Luis Herrera. Pantani fut d’abord E.T. à cause de ses oreilles et de son crâne rasé, avant de devenir «Il Pirata » (Le Pirate).

Enfin, plus récemment nous avons été habitué au « Boss » pour Lance Armstrong, à « Vino » pour Vinokourov, à « Gibo » pour Simoni, à «Il piccolo principe » (le Petit prince) pour Damiano Cunego, vainqueur du Giro en 2004 à 23 ans, « Ivan le Terrible » pour Ivan Basso », « Le Requin de Messine » pour son équipier de la Liquigas, Nibali, « Le Cobra » pour Ricco, pour ses attaques tranchantes, « Balaverde » pour Valverde, « Spartacus » pour Cancellara, sans oublier évidemment « El Pistolero », parce qu’après chaque victoire, Alberto Contador*, le grand absent du prochain Tour de France pour une misérable affaire de traces de clembutérol, fait avec sa main un geste comme s’il tirait avec un pistolet. Là aussi, j’ai sans doute oublié nombre de champions, mais sur 250 coureurs au moins qui ont été surnommés, je n’ai retenu que ceux qui me venaient à l’esprit. Je voudrais toutefois en ajouter deux, à savoir Fausto Coppi surnommé « le Campionissmo », parce qu’il fut le plus grand coureur de l’histoire du cyclisme*, à la fois extraordinaire rouleur, fantastique poursuiteur et le meilleur grimpeur qui ait jamais existé. Quant au second, Roger Rivière*,  qui n’avait pas de surnom, je l’ai appelé « Le Voltigeur », pour sa facilité déconcertante dans l’effort, notamment dans l’exercice du contre-la-montre. Aucun autre rouleur, pas même Coppi ou Anquetil, n’était aussi fort que lui sur des distances de moins de 75 kilomètres. C’est pour cela que j’aurais aussi pu l’appeler « Superman », d’autant que sur la piste, en poursuite, il fut le seul à pouvoir se vanter d’être imbattable pendant sa courte carrière.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces coureurs sur le blog


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 2 (rugby)

La deuxième partie de ce petit récapitulatif va concerner un des deux sports (avec le vélo) pour lequel j’ai le plus d’affection, le rugby, sans doute parce qu’il m’a fait connaître, avec l’athlétisme, mes premiers émois de sportif. Commençons donc par une première remarque, à savoir que l’on était plus imaginatif autrefois qu’aujourd’hui…à moins que l’évolution du sport professionnel ne se limite à appeler les sportifs par les premières lettres de leur nom ou prénom. En tout cas il y quelques décennies l’imagination était davantage au pouvoir qu’aujourd’hui, notamment chez les rugbymen.

Prenons l’exemple du rugby à XIII, en évoquant celui qui fut le plus glorieux de ses représentants au début des années 50, Puig-Aubert*, surnommé « Pipette », à cause des nombreuses cigarettes qu’il fumait à longueur de temps et des boissons fortes dont il était friand. Le cas de Gilbert Benausse, autre joueur au talent immense, sans doute le meilleur demi d’ouverture des deux rugbys à sa grande époque (au milieu des années 50), est différent, puisqu’on l’appela tout simplement « Gijou ». Quant à André Savonne, célèbre ailier treiziste avignonnais des années 50, ce fut son style très engagé qui le fit surnommer « le Bison ». Pour le pilier Georges Aillères en revanche, c’est surtout sa morphologie qui l’avait fait surnommée « le Cube », ce qui ne l’empêchait pas d’être un joueur de grande classe.

Passons au rugby à XV maintenant, avec pour premier nom qui me vient à l’esprit celui que l’on a appelé « Le Lion de Swansea », qui a joué dans les années 40 au F.C. Lourdes et au Stadoceste Tarbais. Il fut 21 fois international, et gagna ce surnom lors d’un match contre le Pays de Galles, que le XV de France remporta (11-3), à l’issue d’une rencontre extrêmement violente où les deux packs s’affrontèrent dans un terrible combat. Ensuite évidemment il y a Jean Prat*, que les Britanniques surnommèrent « Monsieur Rugby ». Autre grand capitaine, Lucien Mias fut appelé « Docteur Pack », d’une part parce qu’il était médecin et parce qu’il fut un avant de grande lignée, faisant évoluer  le jeu d’avant comme peu de joueurs avant lui.

Un peu plus tard, plusieurs autres joueurs du grand F.C.Lourdes eurent droit à leur surnom, Pierre Lacaze dit « Papillon », parce qu’il débuta  aux Papillons de Pontacq. L’autre, est un des plus grands attaquants de l’histoire du rugby, Roger Martine*, surnommé « Bichon »…parce que la patronne du Café de la Poste à Lourdes où il avait ses habitudes, le trouvait mignon et l’avait appelé « Mon petit bichon ».  Un autre immense joueur, Jean Barthe, à  la fois le meilleur troisième ligne centre à XV et, plus tard, le meilleur avant à XIII, fut surnommé « Jeanjean » à cause évidemment de son prénom. De la même génération que ces joueurs, il faut aussi citer Michel Vannier, qui fut longtemps l’inamovible arrière du XV de France, et qui dut son surnom de « Brin d’Osier »à une grave blessure au genou lors de la glorieuse tournée du XV de France en Afrique du Sud en 1958*. A la même époque opérait quelqu’un dont on allait parler très longtemps, Pierre Albaladejo, trente fois international entre 1954 et 1964, qui fut surnommé « Bala », mais aussi « Monsieur Drop » en raison des trois drops réussis lors d’un France-Irlande en 1960 et des quatre qui permirent la victoire de l’US Dacquoise sur la Section Paloise en 1959 (12-11).

Autre joueur célèbre avec un surnom qui ne l’était pas moins, Amédée Domenech, dit « le Duc », surnommé ainsi par Jean Prat lui-même. Il ne fut pas le seul grand pilier à avoir un surnom, puisqu’Alfred Roques fut surnommé « The Rock » par Denis Lalanne (grand reporter de l’Equipe) lors de la tournée en Afrique du Sud en 1958, où il avait dominé tous les terribles piliers sud-africains qui lui avaient été opposé. Alfred Roques fut aussi appelé « Le Pépé du Quercy », pour sa longévité. Un peu plus tard, Michel Crauste sera lui aussi affublé de deux surnoms, « Le Mongol » pour ses charges dévastatrices, et plus tard « Attila », trouvaille de Roger Couderc lors d’une rencontre télévisée du XV de France. Ce même Roger Couderc donnera à Jean Gachassin, le magnifique ailier et ouvreur de Lourdes et du XV de France, le surnom de « Peter Pan » en raison de sa petite taille (1.62m). A la même époque il y eut aussi les frères Boniface*, appelés « les Boni », et leur compère de l’attaque montoise, Christian Darrouy, qui fut capitaine du XV de France, surnommé « l’Eliacin à réaction » par Antoine Blondin. Un autre ailier, Dupuy, était beaucoup plus connu avec son surnom « Pipiou » qu’avec son vrai prénom (Jean-Vincent). Dupuy, le Tarbais, fut considéré comme le meilleur ailier du monde au début des années 60. Il fit aussi partie de la fameuse tournée en Afrique du Sud en 1958. Dans les années 60, on n’oubliera pas les frères Camberabero, que tout le monde appelait « les Cambé », surnom qui restera à leur fils et neveu Didier, qui fut l’un des grands protagonistes du XV de France au cours de la Coupe du Monde 1987.

A cheval sur les années 60 et 70, il faut aussi signaler « Le Grand Ferré » surnom de Benoît Dauga, le célèbre avant du Stade montois et du XV de France. Autre grand avant de l’AS Béziers et de l’équipe de France, Alain Estève fut appelé « La Grand », en raison de sa taille (2.02m).  Son coéquipier biterrois et du XV de France, Michel Palmié, fut pour sa part appelé « La Palme » ou « Ramsès ». Un peu plus tard on parlera du « Petit Caporal » à propos de Jacques Fouroux, le capitaine d’un des deux ou trois plus grands XV de France de l’histoire, vainqueur du Tournoi 1977 avec les mêmes quinze joueurs. Robert  Paparemborde qui appartenait à cette équipe, fut pour sa part surnommé « Patou ». Quelques années plus tard, un autre Estève (Patrick), joueur du RC. Narbonne, fut affublé de plusieurs surnoms puisqu’on l’appela « la Pointe », « TGV », et même « Flint » (silex en français), tout cela soulignant sa vitesse et son tranchant. Autre Narbonnais célèbre, Didier Codorniou fut surnommé « Le Petit Prince », en raison à la fois de sa petite taille et de son aptitude à voir le jeu et à faire jouer ses partenaires. Plus tard (années 90 et 2000) Thomas Casteignède, l’emblématique attaquant du XV de France et du Stade Toulousain, aura droit lui aussi à ce même surnom.

Dans la fameuse équipe finaliste de la Coupe du Monde 1987, en évoquant Blanco, on parlait du « Pelé Blanc », parce qu’aux yeux de beaucoup, en France et ailleurs, Serge Blanco était le meilleur joueur du monde. Laurent Rodriguez pour sa part sera appelé « Lolo » en référence évidemment à son prénom. Dans les années 90, il y aura deux avants qui seront aussi connus sous leur surnom que sous leur nom, les deux copains que furent Marc de Rougemont, dit « Le Rouge », talonneur du RC Toulon et du XV de France, et Christian Califano, surnommé « Cali » ou « Le Calife », célèbre pilier du Stade Toulousain et de l’équipe de France. A la fin des années 90, l’ailier Bernat-Salles était « Bernie », et son compère de la ligne de trois-quarts, Emile N’Tamack, était appelé « Milou » ou encore « la Panthère noire », pour l’amplitude de sa foulée. L’actuel sélectionneur de l’Equipe de France, Philippe Saint-André, fut affublé d’un surnom curieux, « Le Goret ». L’ouvreur Christophe Lamaison, qui détient le record de points marqués par un joueur du XV de France, était pour tous les amateurs de rugby, « Titou ». Le troisième ligne Olivier Magne était appelé « Charly », ce qui ne s’invente pas.

En revanche on appelait Fabien Pelous, le grand seconde ligne du XV de France et du Stade Toulousain, « le Pélican », sans que j’en ai trop compris la raison. Enfin, de cette équipe de 1999 qui atteignit la finale de la Coupe du Monde, on retiendra aussi qu’Olivier Brouzet était appelé tout naturellement « La Brouze ». Rien d’original ! Plus près de nous, il y a J.M. Hernandez, le rugbyman du Racing Métro, qui joua longtemps au Stade Français, sera surnommé « El Mago » (le Magicien) pour ses performances en club et en équipe d’Argentine. On n’oubliera pas non plus Sébastien Chabal, joueur hyper médiatisé en raison de son physique et de son look, qui porte plusieurs surnoms tels que « Caveman » (homme des cavernes), « L’Animal » ou encore « Attila », et aujourd’hui en Australie il est devenu « BOB », dont on dit que ce serait le diminutif de « Beast of Balmain » (la bête de Balmain). A force cela frise carrément le ridicule !

Lionel Nallet, autre avant du XV de France du Racing Métro est appelé aussi « La Nalle », ce qui n’a rien d’inédit, pas plus que le surnom d’un autre joueur de  l’équipe de France lors de la dernière Coupe du Monde, Yachvilli, appelé  « Le Yach ». Plus original est le surnom de William Servat, le talonneur du Stade Toulousain et du XV de France, surnommé « La Bûche », ainsi que celui du capitaine du XV de France et de Toulouse, Thierry Dussautoir, surnommé «The Dark Destroyeur »(le sombre destructeur).  Mais je garde pour la bonne bouche un joueur pour qui j’ai toujours eu la plus grande admiration, Jean-Baptiste Elissalde*, l’actuel entraîneur adjoint du Stade Toulousain, surnommé « Le Rat », mais que pour ma part j’ai appelé « le Mozart du rugby », ce qui est plus joli, et correspond mieux à sa personnalité. Bien entendu, je n’ai pas cité les surnoms de tous les joueurs qui en ont un, car ce serait trop fastidieux. Je me suis donc contenté d’en énumérer  quelques uns qui me venaient à l’idée, ce qui fait déjà pas mal de monde ayant marqué l’histoire de notre rugby.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces joueurs ou à leur équipe sur le blog


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 1 (F1-boxe)

En consultant pour la énième fois le dictionnaire International du Cyclisme de Claude Sudres, j’ai eu soudain envie d’écrire sur les surnoms donnés aux sportifs. En effet, dans le monde du sport on aime bien donner des surnoms aux champions…sans que parfois cela corresponde à des caractéristiques bien particulières de ce sportif. Parfois aussi, on utilise les mêmes surnoms pour des champions de sports très différents. Ainsi, on a appelé Alain Prost*, « le Professeur », comme ce fut le cas pour Laurent Fignon. Au passage nous devons reconnaître que cela allait aussi bien à l’un qu’à l’autre, tellement les deux hommes avaient la science de la course, qui au volant de sa Mac Laren, de sa Ferrari ou de sa Williams, qui sur son vélo. Par ailleurs, dans certains sports comme la boxe, c’est un mélange de beaucoup de choses, la ville ou encore l’Etat où le boxeur est né, mais aussi son style ou ses qualités de frappeur. Si j’ai évoqué la boxe, la F1 ou le cyclisme, j’aurais aussi dû parler du rugby, c’est parce que c’est surtout dans ces sports que l’on appelle souvent les champions par leur surnom.

Passons un petit moment sur la F1, en rappelant que Fangio fut le « Maestro », tout simplement parce qu’il fut longtemps le recordman des victoires en grand prix (25), mais surtout parce que jusqu’à Michael Schumacher (7 titres), il fut le seul pilote à avoir été cinq fois champion du monde. D’ailleurs quand on trouvait que quelqu’un allait trop vite au volant on lui faisait la remarque suivante : « Tu te prends pour Fangio » ?  Remarque faite notamment par Madame Prost, femme d’Alain, après un Grand prix de France houleux pour son mari. A propos de Schumacher, chacun sait que pour le grand public il reste « le Baron rouge », grâce à ses succès sur Ferrari, même si aujourd’hui il pilote pour Mercedes.

Parmi les autres surnoms très connus, les plus anciens se rappellent du célèbre « Pétoulet », dont on avait affublé Maurice Trintignant (2 victoires à Monaco), dans les années 50, sans que l’on sache exactement pourquoi. A peu près à la même époque, on se rappelle de Villoresi (pilote Ferrari) que tout le monde appelait « Gigi », de l’Argentin Froilan Gonzales (2 victoires) que l’on avait surnommé « El Cabezon » (le têtu), de Stirling Moss, sans doute le meilleur pilote après la retraite de Fangio, que l’on avait qualifié de « champion sans couronne » à force de flirter avec le titre de champion du mode, puis un peu plus tard de Von Trips (2 victoires au début des années 60)que l’on appelait « Taffy », sans oublier John Surtees, multiple champion du monde moto et champion du monde de F1 en 1964, qui était surnommé « Big John »…sans qu’il soit si gros que cela.

Jim Clark*, un des trois ou quatre plus grands pilotes de l’histoire, sera appelé « l’Ecossais Volant » dans les années 60. Dans les années 70, les surnoms vont fleurir avec « Lole » pour Reutemann, le pilote argentin aux 12 victoires, mais aussi Jean-Pierre Jarier, surnommé « Godasse de Plomb », tellement il était rapide  à défaut  de savoir gagner ou plutôt d’éviter la malchance. A  cette époque et jusque dans les années 80, on n’oubliera pas Niki Lauda (triple champion du monde) que l’on avait surnommé « l’ordinateur », ce qui correspondait parfaitement à sa manière d’évoluer sur la piste.  Peu après que Niki Lauda eut quitté la formule 1, nous allions avoir sans doute le plus fabuleux duel de la discipline (fin des années 80 et début des années 90) avec en face d’Alain Prost, « le Professeur », « Magic » Senna*, dont certains disent qu’il fut le pilote le plus rapide en valeur absolue de la discipline. « Magic », reconnaissons que cela lui allait tellement bien !

Pour être juste, et sans être trop chauvin, deux Français en plus de Prost se seront distingués chez Ferrari, tout en étant reconnu par leur surnom, à savoir René Arnoux dit « Néné » et Jean Alesi, que beaucoup de journalistes ont appelé « Jean d’Avignon », sa ville de naissance. Enfin, un peu plus tard, vers la fin de la décennie 90, la Formule 1 a connu « le Finlandais volant », surnom de Mikka Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, le seul vrai rival du « Baron Rouge » (Schumacher), pendant ses années Ferrari.  Un autre Finlandais, lui succéda pour le titre de champion du monde en 2007, Raikkonen, surnommé « Ice Man » (l’homme de glace) pour sa manière d’être dans les paddocks, mais pas du tout dans la vie car c’est un bon vivant. Ses principaux concurrents cette année, pour son retour en F1, pourraient bien être « El Toro de Asturias »(le Taureau des Asturies), Fernando Alonso, le double champion du monde espagnol, et « Baby Schumi » surnom de Sebastian Vettel*, qui semble marcher sur les traces de son illustre compatriote, Schumacher (souvent appelé « Schumi »), puisqu’à moins de 25 ans, il a déjà remporté deux titres mondiaux et 21 victoires.

Mais la Formule 1, comme je l’ai déjà précisé, n’est pas le seul sport où l’on attribue des surnoms. La boxe en est aussi très friande, et nous en avons eu là aussi une quantité énorme, surtout jusque dans les années 80, à savoir pendant l’âge d’or de ce sport. Je ne vais bien sûr en citer que quelques uns, tellement la liste serait longue, ce qui sera une excuse si j’oublie un « inoubliable ».  Je commencerais par Georges Carpentier, sans doute le plus grand boxeur français de l’histoire, que l’on avait surnommé en Amérique « The Orchid man » (L’homme à l’orchidée), en raison de la beauté de sa boxe, son fair-play, et son élégance toute française qui fascinait ses admirateurs et, plus encore peut-être, ses admiratrices. Il fut battu lors d’un championnat du monde des poids lourds encore fameux aux Etats-Unis (2 juillet 1921), par Jack Dempsey que les Américains appelait « le Tueur de Manassa », du nom de la ville où il était né, et aussi parce qu’il pulvérisait ses adversaires.

Parmi les autres boxeurs aux surnoms célèbres, il y eut Joe Louis, le fameux poids lourd noir des années 30 et 40, surnommé « The Brown Bomber » (le Bombardier Brun), qui remportait la quasi-totalité de ses victoires par K.O. technique. En fait, il sera invaincu durant toute la première partie de sa carrière, avant de remonter sur le ring pour des raisons économiques et de subir trois défaites, dont deux par les poings d’Ezzard Charles, surnommé « Le Cobra de Cincinnati », un des deux ou trois meilleurs mi-lourds de l’histoire, qui combattit contre lui en poids lourds, et Rocky Marciano*, surnommé « The Rock from Brockton », du nom lui aussi de son lieu de naissance dans le Massachussets. Rocky Marciano, rappelons-le, fut le seul boxeur de l’histoire des poids lourds qui se retira invaincu à l’issue de sa carrière professionnelle.

A peu près à cette époque, n’oublions pas Marcel Cerdan, notre Français champion du Monde des poids moyens, mort tragiquement dans un accident d’avion en 1949, l’année où il conquit son titre mondial, surnommé le « Bombardier Marocain », parce que sa famille s’était installée au Maroc pendant sa jeunesse. A noter qu’il eut son accident d’avion en allant aux Etats-Unis pour s’entraîner et combattre dans un match revanche contre le prestigieux Jack de la Motta, surnommé « The Raging Bull » pour sa rage de vaincre.  Cerdan faillit d’ailleurs être vengé par un autre Français, Robert Villemain, surnommé « French Bulldog », qui fut volé de la victoire au Madison Square Garden de New-York contre La Motta, par deux juges qui furent suspendus par la suite. A noter que La Motta ne consentit jamais à lui accorder une revanche titre mondial en jeu.

Villemain aura aussi eu l’honneur de croiser les gants avec une des quatre ou cinq figures les plus marquantes de l’histoire de la boxe anglaise, Ray Robinson*, dit Sugar Robinson. « Sugar », un surnom qui allait tellement bien à ce merveilleux boxeur qui avait tous les dons, au point d’être sans doute le plus beau boxeur qui soit jamais monté sur un ring jusque-là. A noter que, même si Robinson l’emporta face à Villemain, celui-ci réussit à le mettre au tapis, ce qui à cette époque était un véritable exploit. Un des rares boxeurs à avoir dominé Robinson fut Carl Olson, surnommé « Bobo », sans que l’on sache trop pourquoi, champion du monde des poids moyens en 1953 et 1954, et qui échoua pour le titre des poids mi-lourds face à l’autre gloire de la catégorie, Archie Moore*, surnommé « Old Mongoose » (Vieille Mangouste  en français).

Plus tard, dans les années 60 et 70, ce seront les boxeurs poids lourds qui tiendront le haut du pavé avec Mohammed Ali* surnommé « The Greatest », qui affrontera des boxeurs comme Charles Liston, surnommé « Sonny », puis Joe Frazier, surnommé « Smoking Joe », ou encore Georges Foreman, appelé « Big Georges », sans oublier Ken Norton dont le surnom était « The Black Hercules ». Ensuite ce sera la grande période des poids welters et moyens, avec Ray Leonard, qui lui aussi eut droit pour son élégance dans les gestes d’être appelé « Sugar ». Ray Sugar Leonard fut opposé dans sa merveilleuse carrière à des boxeurs dotés d’un immense talent, comme Benitez que l’on appelait aussi « El Radar » pour la précision de ses coups, mais aussi Roberto Duran, surnommé « Manos de Piedra » (mains de pierre), ou encore Thomas Hearns, un terrible puncheur que l’on désigna sous le surnom de « Hit Man », sans oublier évidemment Marvin Hagler, surnommé « Marvelous », qui offrit au monde de la boxe, en avril 1987, un match du siècle contre Leonard*. Enfin, plus près de nous, on signalera dans les années 80 et 90, les poids lourds Mike Tyson, surnommé « Iron Mike » ou « Kid Dynamite », tellement ses frappes étaient lourdes et puissantes, mais aussi Lennox Lewis, le Britannique, surnommé « The Lion », dernier poids lourd susceptible d’être comparé aux plus grands de l’histoire.

Aujourd’hui, hélas, la boxe n’étant plus ce qu’elle était, les grandes figures de ce sport ne sont plus très nombreuses à avoir leur nom et leur surnom en lettres d’or. Il y a tout d’abord les frères Klitschko, à savoir Vitali, surnommé « Ironfist » (poing de fer), et son frère Wladimir, appelé « Doctor » parce qu’il est diplômé de Sciences sportives, les deux hommes dominant depuis plus de dix ans la catégorie poids lourds, du moins ce qu’il en reste. Ensuite on citera les deux meilleurs ennemis de la catégorie des welters et super welters, Manny Pacquiao, surnommé « Pac-Man », qui battit en 2008 Oscar de la Hoya, surnommé « Golden Boy », et Floyd Mayweather, invaincu après 42 combats, surnommé « Pretty Boy » parce qu’il est toujours resté intact physiquement. A noter que cela fait maintenant quatre ans que le monde de la boxe, et ses fans, attendent une confrontation entre les deux meilleurs boxeurs actuels mais, signe de la dégénérescence de ce sport, jamais jusque-là on a réussi à mettre sur pied ce combat qui, seul, pourrait permettre à la boxe de faire un retour sur son passé.

Michel Escatafal

*Un article a été consacré à ces sportifs sur le blog


Le F.C. Porto, l’exemple à suivre pour l’Olympique Lyonnais

Alors que l’Olympique Lyonnais a disputé mardi soir le match aller des huitièmes de finale de la Ligue des champions, stade que l’O.L. a atteint pour la huitième fois consécutive, j’imagine déjà quelles seront les réactions de son président, J.M. Aulas, s’il ne parvient pas à passer ce premier obstacle dans la phase d’élimination directe de la compétition phare en Europe. Et si je parle ainsi, c’est parce que Lyon a dû se contenter d’un seul but d’avance face à l’Apoel de Nicosie, de loin l’équipe la plus faible de celles encore présentes à ce stade de la compétition, ce qui laisse pour le match retour un suspens auquel personne ne s’attendait pas. D’ailleurs, si l’O.L. ne s’était pas qualifié de manière miraculeuse face à Zagreb, l’O.L. ne serait plus aujourd’hui qu’un bon club français luttant pour arracher une place européenne.

Si j’évoque J.M. Aulas de cette manière, c’est parce qu’on l’entend moins aujourd’hui qu’à l’époque où l’O.L. remportait ses sept titres de champion de France consécutivement (entre 2002 et 2008), ce qui signifie que son club est rentré dans le rang, en se contentant de se qualifier pour la Ligue des Champions (douze fois de suite quand même !), et parce que l’Olympique Lyonnais, encensé et loué par la presse pour sa gestion sportive depuis bientôt deux décennies, n’a plus les moyens d’animer le marche français des transferts, après quelques échecs retentissants accumulés ces dernières années. On peut citer le duo Keita-Bodmer acheté à prix d’or au LOSC, ou encore Gourcuff payé au prix d’un joueur du Real Madrid ou du Barça…et qui n’est plus titulaire aujourd’hui. Cela ne signifie pas que je mésestime le rôle éminent de J.M. Aulas dans le football français, loin de là, qui a fait de son club une véritable référence au niveau national, et a fait connaître l’Olympique Lyonnais au niveau européen. En revanche, lui qui se veut un gagneur invétéré, n’arrive pas à faire de Lyon ce que le F.C.Porto, par exemple a fait avec des moyens plus faibles. J’y reviendrai.

 Les détracteurs de J.M. Aulas lui reprochent aussi, très souvent, d’en vouloir à tout le monde (ou presque) à chaque échec, allant même jusqu’à dénoncer le système, c’est-à-dire le manque de moyens dont disposent les clubs français à l’échelle européenne, pour expliquer le fait que, même au plus fort de sa domination du football français, l’Olympique Lyonnais n’a jamais été en mesure de remporter la Ligue des Champions, comme ce fut le cas autrefois pour le Stade de Reims, deux fois finaliste de la Coupe d’Europe en1956 et 1959 et vainqueur de la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en 1953, ou encore de l’Olympique de Marseille, vainqueur de la Ligue des Champions en 1993, sans oublier l’AS Saint Etienne et l’AS Monaco, finalistes respectivement en 1976 et 2004. Au passage on notera la difficulté qu’ont les clubs français pour se maintenir au plus haut niveau…ce qui n’est pas le cas des grands clubs dans les pays voisins.

En parlant du manque de moyens des clubs français, on peut supposer que J.M. Aulas met de côté aujourd’hui le Paris Saint-Germain, qui bénéficie des fonds des investisseurs qataris. Fermons la parenthèse, pour dire que l’on peut trouver cette attitude du président lyonnais d’autant plus curieuse que J.M. Aulas a presque toujours tout obtenu des instances sportives et politiques de son pays, jusques et y compris la possibilité d’introduire son club en Bourse…avec la réussite que l’on connaît (la valeur de l’action oscille en ce moment entre 4.20 et 4.25 euros contre 24 euros au moment de l’introduction du titre OL Groupe en bourse en février 2007), sans oublier l’introduction des paris sportifs dont il fut un ardent promoteur.

Peut-être J.M. Aulas aurait-il dû gérer son club de manière plus rationnelle, par exemple en faisant des efforts pour donner à son club une politique sportive…adaptée à ses moyens. Quoiqu’il fasse, l’Olympique Lyonnais ne suscitera jamais la ferveur qui est celle du Barça à Barcelone, du Real à Madrid, de Manchester United à Manchester, de l’AC Milan et l’Inter à Milan ou de la Juventus à Turin…ni même l’O.M. à Marseille ou le PSG à Paris. C’est ainsi et pas autrement, et les clubs étrangers que je viens de citer ont une histoire que n’a pas l’Olympique Lyonnais. Ils sont au sommet du football européen depuis beaucoup plus de 50 ans…alors que l’Olympique Lyonnais est au sommet du football français depuis une dizaine ou une douzaine d’années, avec un passé peu fourni sur le plan du palmarès avant la période 2002-2008, se limitant à quatre victoires en Coupe de France (1964,1967,1973,2008), plus une demi-finale en Coupe des Coupes en 1964 avec des joueurs comme Aubour, Djorkaeff, Mignot, Combin, Di Nallo, Rambert, peut-être en valeur absolue la plus belle équipe qu’ait eue le club.

Oui, J.M. Aulas aurait dû faire preuve à une certaine époque d’un peu plus réalisme quant à l’évolution de son club. Si une non-qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions serait une catastrophe sportive, vu le standing de son adversaire en huitième de finale, en revanche une non qualification en fin de saison pour la Ligue des Champions ne devrait pas être le drame que cela représenterait aux yeux de J.M. Aulas, notamment sur le plan financier. Il est vrai que, s’il parait normal qu’en juin le nouveau PSG, version qatarie, remporte le championnat, et que l’OM se qualifie pour la Ligue des Champions au vu de son passé et parce que l’OM marche fort après un début de saison difficile, voir Montpellier La Paillade se qualifier pour cette même Ligue des Champions au détriment de l’Olympique Lyonnais, avec une équipe composée uniquement de bons joueurs de Ligue 1, serait une forme d’humiliation pour un club ayant régné presque sans partage pendant sept ans sur le football français.

Une équipe qui a encore quelques grands noms dans ses rangs (Lloris, Bastos, Lisandro etc.), mais qui n’a plus rien gagné depuis la fin de la saison 2007-2008, où l’O.L. avait réalisé pour la première fois le doublé Coupe-Championnat. Et qu’arriva-t-il à la fin de cette saison glorieuse? Tout simplement, J.M. Aulas décida de remplacer son entraîneur, Alain Perrin, par un autre, Claude Puel, qui avait bien réussi…à Lille, et qui, d’après J.M. Aulas, allait permettre à son O.L. de franchir la dernière marche de son ascension, celle qui allait le conduire à une victoire en Ligue des Champions. Hélas pour J.M. Aulas, si Alain Perrin ne pouvait être comparé à Mourinho, Puel ne pouvait pas davantage soutenir la comparaison avec un Guardiola, un Lippi ou un Ancelotti. Et au lieu de poursuivre sa progression et de continuer à régner sur le football français, l’Olympique Lyonnais n’allait cesser de régresser dans la hiérarchie de la Ligue 1, malgré une place de demi-finaliste en Ligue des Champions en 2010, en ayant battu les Girondins de Bordeaux en quart de finale après avoir éliminé le Real en huitième.

Exploit sans lendemain, comme si c’était trop beau pour être vrai. Sans lendemain aussi parce que certains joueurs cadres sont partis, comme Juninho ou Benzema, ou avaient vieilli, comme Cris. Et comme on s’était trompé sur les remplaçants, il arriva inéluctablement ce qui devait arriver, à savoir l’échec, un échec qui rappelle un peu celui du grand Stade de Reims au début des années 60, lequel ne s’en remit jamais. Espérons que l’Olympique Lyonnais n’imite pas son glorieux prédécesseur, ou plutôt devrais-je dire ses glorieux prédécesseurs, car on peut mettre dans le lot l’AS Saint-Etienne, qui n’est plus que l’ombre du club qui menaçait le Bayern  de Munich dans les années 70, et faisait peur à tous les plus grands clubs européens. En parlant du Bayern, comme du reste je pourrais le faire d’Arsenal, je ne suis pas sûr que ces clubs aient des moyens tellement plus considérables que ceux de l’Olympique Lyonnais il y a quatre ou cinq ans. Et je pourrais surtout ajouter dans le lot le F.C. Porto, champion incontesté des clubs portugais avec le Benfica de Lisbonne, à qui l’Olympique Lyonnais aurait dû essayer de ressembler.

Au fait, est-ce que l’effectif de Porto a été tellement supérieur à celui de l’Olympique Lyonnais dans ses meilleures années? Sans doute pas. Est-ce que le F.C. Porto dispose de moyens financiers aussi conséquents que ceux des grands clubs européens? Non, et pourtant le F.C. Porto rivalise depuis bien longtemps avec les grands d’Europe. N’oublions pas que le F.C. Porto a remporté 2 fois la Ligue des champions anciennement appelée Coupe d’Europe des clubs champions (1987 et 2004), la Coupe Intercontinentale (1987 et 2004) devenu le championnat du monde des clubs, et la  Coupe de l’UEFA (2003) devenue la Ligue Europa dont le F.C. Porto est tenant du titre, sans parler de ses vingt cinq titres de champion du Portugal. Bref, un grand d’Europe sur le plan des résultats, pour ne pas dire un très grand, puisqu’il soutient la comparaison avec les plus grands clubs du continent (12e meilleur club de tous les temps d’après l’actualisation annuelle du classement historique de la FIFA).

 C’est donc bien cet exemple que l’Olympique Lyonnais aurait dû suivre, et non pas s’imaginer qu’il allait pouvoir rivaliser avec les monstres sacrés du football européen…qui sont nombreux à avoir des cadres techniques ou des joueurs en provenance du F.C. Porto, Mourinho et Villas Boas les entraîneurs aujourd’hui au Real et à Chelsea, mais aussi des joueurs comme Falcao, vendu l’an passé plus de 40 millions d’euros à l’Atletico de Madrid, mais aussi Luis Fabiano qui fit les beaux jours du F.C. Séville, ou encore Pepe qui joue au Real, sans oublier Lisandro Lopez qui joue…à l’Olympique Lyonnais, autant d’entraîneurs et de joueurs arrivés au club sans être les stars qu’ils sont devenus. En tout cas, cela montre que la cellule de recrutement de Porto se trompe rarement dans ses choix, tant sur les techniciens que sur les joueurs…lesquels sont revendus cinq ou dix fois leur prix d’achat aux plus grands clubs européens. Mais ces ventes n’affaiblissent pas pour autant la valeur de l’équipe qui sait parfaitement se renouveler.

 Un simple exemple suffit à illustrer la différence entre Porto et Lyon : Aly Cissokho, acheté par l’O.L. plus de 10 millions d’euros à Porto en 2010, était un joueur opérant en 2007-2008 à…Gueugnon, club de Ligue 2 française. Mais là où la différence est criante, c’est quand on voit le nombre de joueurs vendus par l’Olympique Lyonnais, notamment Diarra, Tiago, Essien, Abidal et Malouda, sans parler de Ben Arfa et surtout Benzema, qui ont dû rapporter ensemble (dans les années allant de 2006 à 2010) entre 100 et 150 millions d’euros. Et par qui les a-t-on remplacés ? Réponse, par des joueurs loin de valoir les partants, à part Lisandro et encore, alors que le F.C.Porto ne cesse de recruter des joueurs qui deviennent par la suite des grandes vedettes, comme par exemple le Brésilien Hulk que l’on va s’arracher l’été prochain avec des offres allant de 50 à 80 millions d’euros. Qui voudrait mettre plus de 20 millions d’euros pour un seul joueur de l’O.L. ? Personne, je dis bien personne !

Et cela me fait dire qu’au lieu de vendre des joueurs pour les remplacer par d’autres presque aussi chers, ou changer d’entraîneur après un doublé, peut-être que l’Olympique Lyonnais aurait dû essayer de travailler dans la durée tant pour ses joueurs cadres que pour ses techniciens, ce qui ne l’aurait pas empêché pas de réaliser quelques belles opérations financières. Et surtout insister davantage encore sur la formation maison qui lui a déjà donné des joueurs comme Ben Arfa et surtout Karim Benzema, aujourd’hui un des meilleurs joueurs du monde, titulaire au Real Madrid, sans parler de Gonalons ou Lacazette, jeune joueur qui, mardi soir, a marqué le but vainqueur contre Nicosie. Dans le même ordre d’idées, peut-être aussi que J.M. Aulas aurait dû comprendre que dans son club la partie sportive doit être séparée de la partie administrative, par exemple comme à Barcelone où Guardiola a les pleins pouvoirs sur la gestion de l’effectif qui lui est attribué.

Voilà quelques réflexions qui me viennent à l’idée sur un club qui a énormément progressé au début des années 2000, et là on peut dire un grand merci à J.M. Aulas, mais qui semble plafonner depuis quelques années, et surtout depuis le départ de Perrin, dernier entraîneur titré du club. Cela dit, et c’est sans doute ce qui est le plus rassurant, les évènements vont contraindre J.M. Aulas à réduire de plus en plus la voilure en ce qui concerne les investissements de joueurs, et à faire davantage confiance à sa formation. A ce propos, on observe qu’il a préféré un entraîneur « maison », Rémy Garde, qui, pour le moment, obtient d’aussi bons résultats que Claude Puel. En outre l’équipe est composée avec de nombreux jeunes joueurs (Gonalons, Fofana, Lovren, Lacazette) qui devraient atteindre leur meilleur rendement dans les années à venir. Et qui sait si ce n’est pas la meilleure façon pour franchir ce cap…jusqu’alors infranchissable. Après tout, y-avait-il tellement plus de joueurs de grande notoriété à l’AS Monaco en 2004, quand ce club atteignit la finale de la Ligue des Champions…battue par le F.C. Porto. Porto et Monaco plus riches que Lyon à l’époque et même aujourd’hui ? Cela m’étonnerait. Raison de plus pour prendre le F.C. Porto pour exemple, et non les grands clubs ayant une riche histoire.

Escatafal


Contador traité comme Scipion

Contador condamné ! Une condamnation scandaleuse pour sa sévérité, à propos de laquelle je reparlerai un peu plus loin. Mais avant toute chose je suis attristé non seulement devant cette sentence ô combien injuste, mais aussi par l’affligeante médiocrité des commentaires. Et quand j’écris « affligeante », je devrais même employer le mot « effrayante », avec des gens qui déclarent qu’il faudrait presque appliquer  la peine de mort au coureur espagnol…parce qu’il se serait peut-être dopé, ce que personnellement je n’ai jamais cru. Et je le crois encore moins depuis la démonstration qu’il a faite l’an passé au Giro où, hyper surveillé par les instances anti-dopage (24 contrôles tous négatifs),il a écrasé la concurrence à la manière d’un Hinault des grands jours, d’un Merckx plus cannibale que jamais ou d’un Coppi au sommet de son art. Un Giro qu’il va perdre sur le tapis vert, alors qu’il avait l’autorisation d’y participer par l’UCI, comme du reste le Tour de France 2010, plus les autres courses de moindre notoriété qu’il a remportées, suite au jugement du TAS rendu public hier.

Et si certains s’imaginent que mon jugement sur la sévérité de certains commentateurs sur les sites français est déformé, qu’ils regardent les réactions de certains forumers soi-disant « amateurs de vélo », avec les inévitables réflexions sur les Espagnols qui seraient beaucoup plus laxistes que les Français. Comme si dans notre pays il n’y avait que des gens intègres ! En tout cas des réflexions qui montrent que certains habitants de notre pays sont à la fois haineux et envieux. Et dire que la France, un si beau pays, est le premier a avoir fait une Révolution pour chasser l’obscurantisme et avoir longtemps incarné les valeurs de la dignité et de la fraternité entre les hommes. Que reste-t-il de tout cela ?

Cela dit, il y a quand même matière à s’interroger sur ce jugement rendu hier, dans la mesure où le TAS donne deux ans de suspension à Contador, tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de preuve qu’il se soit dopé. Certes je n’ai jamais pratiqué le droit que j’ai étudié à la fac, mais un tel jugement m’apparaît hautement critiquable, même si la justice sportive est différente de la justice civile en ce qui concerne la preuve de la faute. Il n’empêche, un tel jugement est contre toute logique, contre le principe même de la justice, et de la présomption d’innocence. Une telle sanction aussi peu étayée ouvre la porte à toutes les dérives, et ce d’autant plus qu’à cette époque, seuls trois ou quatre laboratoires pouvaient trouver une aussi infime quantité de produit interdit. En outre, la définition du dopage est « l’usage de substances ou de méthodes artificielles pour améliorer le rendement sportif ». Bien entendu, personne de bonne foi n’acceptera l’idée que Contador ait pu voir ses performances améliorées avec une si petite quantité d’anabolisant et, s’il fallait en avoir la preuve, il suffit de se référer à la performance ô combien décevante qu’il a réalisée lors de l’étape c.l.m. de ce Tour  2010 qui lui  a été fatal. Voilà pour les faits !

Oui, comment peut-on condamner quelqu’un sur des présomptions de culpabilité? En effet, le TAS affirme « qu’aussi bien le scénario de la contamination de la viande que celui de la transfusion sanguine, étaient, en théorie, des explications possibles pour justifier un contrôle antidopage positif mais qu’ils étaient tous deux hautement improbables ». Du coup, pour étayer leur jugement, les juges disent que « de l’avis de la formation arbitrale et sur la base des preuves produites, la présence de clembutérol a été plus vraisemblablement causée par l’ingestion de suppléments nutritifs contaminés ». Très bien, sauf qu’on est dans une nouvelle hypothèse qui n’apparaît pas plus clairement que les autres.

En fait l’AMA et l’UCI voulaient une sentence sévère pour justifier de leur crédibilité. Problème, jamais l’AMA n’a paru aussi peu crédible quand on pense au nombre de dossiers de dopage avérés, à propos desquelles elle n’a exigé aucune investigation supplémentaire après des sanctions de pure forme. Quant à l’UCI, elle pourrait contribuer à complètement ruiner le champion espagnol, si ce dernier devait régler les 2.5 millions d’euros (70% du salaire) que la fédération internationale réclame en cas de sanction égale à deux ans, sans parler des prix que Contador a reçus de ses victoires entre juillet 2010 et février 2012 et qu’il devra rendre, sans parler aussi de ses frais de tribunal et d’avocats. Bref, il fallait faire rendre gorge à Contador , tout en l’empêchant de pouvoir participer aux J.O. de Londres, ce qui explique, aux yeux des journaux espagnols, l’incompréhension sur la date de début de la suspension. Cela étant, une chose est sûre : avec cette sanction impitoyable pour ne pas dire pitoyable, encore une fois, c’est le cyclisme qui trinque !

Heureusement dans ce mauvais feuilleton qui dure depuis 536 jours, il y a la réaction des coureurs ou des anciens coureurs, qu’il s’agisse d’Indurain, Merckx ou Oscar Pereiro, lui-même vainqueur du Tour de France suite au déclassement de Landis. Si j’ajoute cette précision c’est pour saluer la réaction d’Andy Schleck, une réaction qui l’honore, ce qui est normal car c’est un champion. Evidemment il ne peut pas avoir la même réaction que les forumers qui ont tous couru après la gloire, parfois et même souvent après la victoire, ou tout simplement qui ne sont jamais monté sur un vélo de compétition sur la route ou sur une piste. J’observe la même retenue chez Scarponi. Bravo Messieurs! Cela prouve que vous avez l’intelligence du cœur, ce qui fait d’autant plus regretter la réaction de certains personnages évoluant dans le monde du vélo depuis des décennies…qui semblent découvrir le problème du dopage dans le cyclisme en particulier, et le sport en général. Et puisque ce blog est consacré à l’histoire du sport, je voudrais rappeler que dans le monde du vélo il y a déjà eu des injustices énormes sous couvert de lutte contre le dopage, même si la sentence finale, pour dure qu’elle fût pour les protagonistes, n’a rien à voir avec celle qui frappe Contador.

Nous étions vers la fin du Giro 1969, très exactement le 2 juin,  et Eddy Merckx, le grand Eddy Merckx avait dominé tous ses rivaux dans l’ascension des Trois Cimes du Lavaredo, une ascension d’autant plus difficile qu’elle se faisait sous la neige. A trois jours de l’arrivée, personne ne doute qu’il a remporté son second Giro avec son avance de 1mn14s sur Gimondi, son seul véritable interlocuteur, mais qui lui était un peu inférieur partout. Toutefois, c’était sans compter sur le contrôle antidopage qui faisait apparaître des traces d’un stimulant, dont j’ai oublié le nom, dans ses urines. Merckx eut beau protester de son innocence, eut beau recevoir les témoignages de sympathie du médecin contrôleur lui affirmant qu’il le croyait innocent, Merckx sera déclassé, la contre-expertise s’avérant elle-aussi positive, une contre-expertise à laquelle Merckx ne fut pas conviée sous le fallacieux prétexte qu’on ne pouvait pas le joindre…alors qu’il était resté cloîtré dans son hôtel.

Et si l’on ajoute que les mauvaises langues affirmaient que le médecin contrôleur était un intime de Gimondi, il faut reconnaître qu’Eddy Merckx avait le droit de croire au complot, même s’il reçut le réconfort de certains coureurs italiens, notamment Vito Taccone, Paolini…et Felice Gimondi, lequel allait hériter de la victoire finale. Personne ne saura ce qui s’était passé réellement en cette fin de Giro, mais force est de reconnaître qu’Eddy Merck, qui jure encore aujourd’hui qu’il ne s’était pas dopé, subit l’opprobre ce jour-là, et que cet évènement allait le suivre jusqu’à la fin de sa carrière. Et encore avait-il la chance qu’à cette époque il n’y ait pas internet, sinon j’imagine la réaction des forumers à propos de cette affaire, certains n’hésitant pas à la rappeler quand Merckx s’indigne de ce que vient de subir Contador…alors que nombre de ces forumers excités n’ont pas connu l’époque Merckx.

Autre rappel qui remonte à 1966, avec le record de l’heure non homologué de J. Anquetil, lequel avait couvert 47.493 km, soit 146 mètres de plus que Roger Rivière en 1958, ce qui était un sacré exploit. Et pourtant ce record n’a jamais existé sur les tablettes des records…faute pour Anquetil de satisfaire au contrôle antidopage, dont les modalités étaient différentes selon les fédérations. En outre, au moment de sa tentative, il était prévu que Jacques Anquetil ne serait pas ennuyé par un quelconque contrôle. Résultat, le coureur normand fit cet exploit pour rien, ce qui n’empêcha pas tout le monde de saluer la portée de sa performance exceptionnelle…alors qu’il avait presque 33 ans. Et pour terminer sur le sujet, il faut noter que si Anquetil a eu recours dans sa carrière à des stimulants, cela ne l’a pas empêché de faire une carrière qui a duré treize longues années. Cependant force est de reconnaître que les contrôles antidopage ont permis de rendre le cyclisme moins dangereux pour ses pratiquants au plus haut niveau et, accessoirement, ont permis ces dernières années de ramener le cyclisme à ses bases antérieures, avec des poids légers qui grimpent mieux que des coureurs de 80 kg et plus, ce qui n’était plus la cas à une certaine époque. Ce n’est pas une raison pour faire du zèle vis-à-vis de certains coureurs au moindre problème. Bref, il y a la loi et l’esprit de la loi !

Un dernier mot enfin pour raconter un épisode historique que j’évoquais sur Cyclism’Actu, dont je recommande une nouvelle fois la lecture. Fermons la parenthèse, pour s’interroger sur la manière dont un certain Caton, moraliste vétilleux, essaya de détruire la réputation de Scipion l’Africain. Nous étions en 187 av. J.C., et Caton était tribun, ce qui lui permit  de demander à Scipion et à son frère Lucius qui revenaient d’Asie en triomphateurs, de rendre compte au Sénat des sommes versées par Antiochus comme prise de guerre. C’était certes une requête parfaitement légitime, mais qui surprit les Romains parce qu’elle mettait en doute la probité  du vainqueur de Zama, laquelle en fait était au-dessus de tout soupçon.

On ne comprend toujours pas la raison qui poussa Caton à faire cela. Peut-être voulut-il simplement rétablir le principe, qui commençait à tomber en désuétude à cette époque, que les généraux, quels que fussent leur nom et leur mérite, eussent à rendre des comptes? Peut-être aussi y avait-il là dessous une violente antipathie pour le clan Scipion, esthétisant, hellénisant et modernisant pour l’époque? Sans doute un peu des deux. En tout cas cette prétention coalisa contre celui qui l’avançait nombre de gens lettrés de Rome.

Il n’empêche, Scipion fut convoqué devant l’Assemblée pour s’expliquer. Le châtiment fut épargné à Scipion grâce à un certain Tiberius Gracchus (père des Gracques) qui avait épousé Cornelia, sa fille, sans pour autant être son ami. Mais il fut convoqué une seconde fois, et cette fois refusa de se présenter. Rempli d’amertume, il préféra se retirer dans sa villa de Literne où il résida jusqu’à sa mort. Cela dit, Caton n’était pas un saint, comme en témoigne ce qui ressort de son Traité sur l’Agriculture. Par exemple, il nourrissait ses esclaves d’olives pourries, leur faisait boire de l’eau coupée de vinaigre, les habillait de haillons. Quand ces esclaves étaient vieux et usés, pour ne pas nourrir de bouches inutiles, il les vendait pêle-mêle avec les bœufs hors de service et la ferraille hors d’usage. Bref, Caton était un monument d’avarice qui ne pensait qu’à l’argent…au nom de la morale.

Dans tout cela n’y-a-t-il pas quelque analogie avec le cas Contador ? Après tout que reproche-t-on surtout à Contador, glorieux vainqueur de six grands tours ? De s’être dopé ? Mais si c’était le cas, il y a longtemps que son cas serait réglé et il finirait de purger sa suspension de deux ans. En plus, il n’y a pas la moindre preuve qu’il ait pris un produit pour améliorer ses performances, donc si l’on s’est acharné sur son cas, c’est tout simplement pour faire un exemple. Mais alors pourquoi l’AMA réagit-elle ainsi chaque fois qu’un cycliste de grande notoriété rencontre un problème…et très rarement pour les autres sportifs ? Là est toute la question, et c’est pour cela que l’AMA a remporté une victoire à la Pyrrhus, et que le cyclisme vient de subir une terrible défaite. J’ose simplement espérer qu’à l’inverse de Scipion, Contador persistera dans son idée de remonter sur son vélo pour prouver de nouveau à tous ses détracteurs qu’il fait partie de la plus belle histoire du cyclisme, quitte à continuer à susciter, plus particulièrement en France, une jalousie aussi morbide que ridicule.  Et qu’il me permette de faire une suggestion, à savoir profiter de ces six mois pour travailler sur la piste afin de s’attaquer en fin de saison au record de l’heure, lequel a besoin d’un sérieux rafraîchissement.

Michel Escatafal


Le rugby pro ne peut exister que dans les grandes villes

En ce début d’année un débat resurgit dans le rugby français pour savoir si l’on doit augmenter le nombre de clubs admis dans le Top 14, anciennement appelé championnat  de France. En fait le but de ces discussions est le passage de 14 à 16 clubs pour l’élite, passage soutenu par je ne sais trop qui, mais qui verra sans doute le jour dans les années qui viennent. Pourquoi revenir en arrière avec 16 clubs dans l’élite, alors que tous les amoureux de ce sport sont inquiets de voir les meilleurs joueurs enfiler les matches comme des perles… jusqu’au moment où survient la blessure, la blessure grave qui met entre parenthèses pour un long moment la carrière des joueurs. Certaines mauvaises langues suggèrent que c’est pour sauver l’Aviron Bayonnais et le Biarritz Olympique de Serge Blanco, solution que ce dernier refuserait même en cas de relégation du B.O., mais ce n’est pas uniquement à cause de cela.

En effet, aujourd’hui le rugby ce n’est plus de la joyeuse rigolade comme à l’époque où il était amateur, parce qu’il y a des millions et des millions d’euros en jeu, et que des investisseurs de haute volée ont décidé de s’impliquer dans ce rugby devenu ultra professionnel, au même titre que le football, même si les sommes en jeu sont encore loin d’être au niveau de celles des « manchots ». Et pour générer des rentrées d’argent et attirer les sponsors, il faut de l’exposition, donc avoir un nombre toujours plus important de matches à disputer…pour faire plaisir aux chaînes de télévision. En fait, si je devais faire la comparaison, je dirais plutôt que le rugby me fait penser à la NBA, en raison du petit nombre de pays le pratiquant au plus haut niveau (Grande Bretagne, France, Irlande, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud), plus quelques nations n’existant qu’a travers leur équipe nationale formée avec des joueurs opérant en Europe ou en Australie et Nouvelle-Zélande (Argentine, Italie, Fidji, Tonga, Samoa, voire Etats-Unis et Canada). Néanmoins, malgré son absence d’universalité, le rugby professionnel, à l’exemple de la NBA (toutes proportions gardées), génère des ressources considérables à l’intérieur de son circuit fermé.

Et c’est précisément à cause de tout cet argent qui coule à flot sur le rugby, que l’on enregistre ces débats entre ceux qui veulent que le rugby de club soit de plus en plus professionnel, quitte à donner des sommes très importantes aux meilleurs joueurs (nationaux ou étrangers ), et d’autres qui voudraient que le professionnalisme reste raisonnable. Problème, quand on vit dans le sport professionnel, on ne peut qu’avancer vers le toujours plus grand, plus gros, plus haut, plus fort et plus structuré, parce qu’à ce niveau le sport est aussi un spectacle. C’est valable pour les clubs, mais aussi pour les joueurs. Et tout cela se paie très cher, au point d’avoir aujourd’hui dans le Top 14 cinq clubs ayant un budget compris entre 20 et 33 millions d’euros, à savoir le Stade Toulousain (33.1 M), l’ASM Clermont-Ferrand (24.1 m), le Racing-Métro92 (22.4 m), le Stade Français (21.3 m) et le RC Toulon ( 20 M). Tous ces clubs sont dirigés comme des grandes entreprises, sont soutenus par des entités financières importantes, et leurs dirigeants sont des gens qui veulent faire évoluer le rugby vers un sommet d’excellence et de professionnalisme…que même nombre de clubs de football de Ligue 1 pourraient leur envier.

Voilà pourquoi des gens comme Mourad Boudjellal (Toulon) ou Jacky Lorenzetti (Racing Métro) , qui vient de se séparer immédiatement et sans délai de son meilleur produit marketing, Sébastien Chabal, suite à un désaccord et un échange houleux avec l’entraîneur Pierre Berbizier, détonnent quelque peu dans un milieu qui, parfois, ne semble pas réaliser ce qui lui arrive. Et oui, il faut s’y faire, le rugby des champs ou si l’on préfère le rugby de Papa ou Grand-Papa, avec ceux qu’on appelait les « gros pardessus » en parlant des dirigeants de la fédération, n’existe plus. Aujourd’hui c’est le rugby du vingt et unième siècle qui a pris le pas sur le rugby tel qu’on le pratiquait et le connaissait jusqu’à la fin du siècle précédent. Il n’a rien à voir non plus avec le professionnalisme du rugby à XIII, instauré dans notre pays en 1934 par un immense joueur, Jean Galia, sport qui donnera à la France son premier titre mondial (officieux) dans un sport collectif (1951), avec ses Puig-Aubert, Merquey, Dop, Brousse, Calixte, Rinaldi ou Ponsinet.

A propos de Puig-Aubert et Merquey, je ferais une petite parenthèse pour dire que ces joueurs qui ont marqué ce que l’on appelait le Jeu à XIII venaient du rugby XV où ils étaient déja des vedettes. Puig-Aubert fut un arrière champion de France avec l’USAP 1944, Merquey fut un centre international à XV en 1950, comme l’étaient aussi Roger Arcalis à l’arrière en 1950 et 1951, et plus tard les Lourdais Jean Barthe, qui était à la fin des années 50 le meilleur troisième ligne centre du monde, Pierre Lacaze, l’arrière de la victoire sur les Springboks en 1958, ou encore Quaglio le coéquipier de Lucien Mias au S.C. Mazamet, pilier de cette même équipe de France en Afrique du Sud, le Palois Claude Mantoulan, un des attaquants français les plus doués au début des années 60, sans oublier Jean Capdouze, autre centre de talent qui fut champion de France avec la Section Paloise en 1964. Tous ces joueurs ont marqué leur époque dans les deux rugby, preuve que la classe a toujours été suffisante pour briller à XV ou à XIII. D’autres en revanche choisiront le chemin inverse, mais infiniment moins nombreux. Je n’en citerais que trois, à savoir Jean Daugé le fameux centre bayonnais de la fin des années 40 et du début des années 50, François Labazuy le demi de mêlée du grand Lourdes, et Jo Maso qui fera les beaux jours de Toulon, de Narbonne et du XV de France dans les années 60 et 70. Cela étant, de nos jours le rugby à XIII, surtout en France, ne fait pas du tout le poids avec le XV, les meilleurs treizistes rejoignant peu à peu les meilleures équipes ou franchises à XV, et cela est valable même en Australie où le XIII est pourtant sport national, par exemple S.B. Williams, l’ancien joueur du R.C. Toulon.

Fermons cette parenthèse treiziste, pour dire que de nos jours il n’y a plus de place dans la haute élite pour les petits clubs, ni pour les petites villes, parce que le rugby du vingt et unième siècle va vers le gigantisme à tous points de vue, et que gigantisme ne rime pas avec petite ville. Ce n’est pas pour rien si les clubs à gros budgets, dont j’ai parlé précédemment, sont ceux de villes comme Paris, Toulouse, Clermont-Ferrand ou Toulon, dont les agglomérations dépassent toutes 300.000 habitants. A ces clubs il faut ajouter Montpellier Hérault Rugby qui, d’ailleurs, fut finaliste l’an passé du championnat de France. Et les autres clubs me direz-vous ? Et bien, ils sont condamnés à évoluer un jour en deuxième division à l’exception du Lyon OU et de l’Union Bordeaux-Bègles, qui viennent de monter en Top 14, en attendant le F.C. de Grenoble et peut-être un jour un club de Marseille. C’est peut-être dommage, mais c’est une évolution irréversible.

Cela étant, sur le plan historique, on ne fait que revenir aux origines de ce sport, puisque les premières équipes championnes de France s’appelèrent le R.C. France (1892, 1900, 1902), ancêtre du Racing Métro, le Stade Français (1893, 1894, 1895, 1897, 1898, 1903, 1908), l’Olympique, composé de laissés pour compte du Racing (1896) donc une équipe parisienne, le Stade Bordelais (1899, 1901, 1904, 1905, 1906,1907,1909, 1911), le F.C. Lyon (1910), le Stade Toulousain (1912), avant que la première équipe d’une petite ville finisse enfin par l’emporter en 1913, l’Aviron Bayonnais. Ces clubs de petites villes vont longtemps faire jeu égal avec les clubs des grosses villes. Clermont-Ferrand, par exemple, a dû attendre le professionnalisme et l’année 2010 pour remporter le Bouclier de Brennus, alors que l’US Quillan avait été champion de France en 1929. Il est vrai que cette équipe, fleuron sportif d’un village de 3.000 habitants, avait été construite de toutes pièces par un riche chapelier (Jean Bourrel), lequel avait recruté dix joueurs parmi les meilleurs en 1928 pour arriver cette même année en finale (battu par la Section Paloise 6-4) et rafler le titre de champion de France l’année suivante contre le F.C. Lézignan…avant de retomber très vite dans l’anonymat.

Ensuite jusqu’à la fin des années 40, plusieurs clubs de petites villes s’illustrèrent, notamment le C.S. Vienne, le Biarritz Olympique, ou encore au début des années 50 l’US Carmaux à côté d’autres appartenant à des cités un peu plus importantes comme Agen, Castres, Pau ou Perpignan. Cela dit, le plus grand club de cette époque était celui d’une petite ville d’à peine 15.000 habitants, Lourdes, qui avait eu la chance d’être devenue un lieu de pélérinage parmi les plus fréquentés dans le monde, ce qui laissait aux joueurs du club non fonctionnaires des possibilités importantes pour trouver un emploi à leur convenance. Mais le F.C. Lourdes, huit fois champion de France entre 1948 et 1968 dont 7 fois entre 1948 et 1960, allait devenir aussi un lieu de pèlerinage…du rugby, grâce à l’action et à l’aura d’un joueur, Jean Prat, que les inventeurs du rugby (les Britanniques) ont appelé « Monsieur Rugby », lequel, comme disait Denis Lalanne, a le premier compris que le rugby était un jeu anglais, donc tout dans l’effacement de la personnalité au seul bénéfice de l’équipe. Et c’est comme cela que le F.C. Lourdes allait planer pendant un peu plus d’une décennie sur le rugby français, et donner à l’équipe de France nombre de joueurs d’une des plus belles équipes de l’histoire du rugby international (1958-1959). Aujourd’hui le F .C. Lourdes, que j’ai tellement admiré quand j’ai commencé à toucher mes premiers ballons de rugby, est en Fédérale 1. Bonjour tristesse !

Ensuite ce sera le règne de deux équipes dont l’une, l’A.S. Béziers, est actuellement dernière de Pro D2, alors que l’autre, le S.U. Agenais, est arrivé à retrouver le Top 14 où il fait bonne figure cette année. Néanmoins, on voit quand même que l’ancien club de Razat, Lacroix, Zani ou Echavé (champion en 1962, 1965 et 1966), peine à se maintenir au plus haut niveau. En revanche, comme je viens de le dire, on a complètement oublié le Béziers des Dedieu, Danos, Gensane, Vidal ou Barrière (champion en 1961), comme celui des Astre, Cabrol, Cantoni, Estève, Saisset, Palmié, Paco ou Vaquerin, qui a dominé la décennie 70 et la moitié de celle des années 80. Et pourtant ce Béziers là a presque autant dominé le rugby français que le grand F.C. Lourdes vingt ans auparavant, l’empreinte internationale en moins. Quant aux autres clubs qui ont réussi à grapiller un Bouclier de Brennus entre 1960 et 1990, ils ont depuis longtemps quitté les avant-postes du rugby français. Parmi eux on citera le Stade Montois des frères Boniface (champion en 1963), la Section Paloise de Moncla, Saux et Piqué(en 1964), l’U.S. Montauban de Cabanier (en 1967), la Voulte Sportif des frères Camberabero( en 1970), ou encore le Stado Tarbais de Sillières et Abadie (en 1973), sans oublier le R.C. Narbonnais de Codorniou, Sangali et Claude Spanghero (en 1979), tout cela nous amenant au début du long règne du Stade Toulousain, 11 titres depuis 1985, année où il conquit le Bouclier de Brennus avec dans ses rangs  un certain Guy Novès, plus Charvet, Bonneval, Gabernet et les frères Portolan.

A propos du Satde Toulousain, qui allait remporter également 4 Coupes d’Europe depuis sa création en 1995 (le Real Madrid du rugby), on soulignera que ce fut le club qui sut le mieux franchir le pas du professionnalisme, avec un mélange de formation (Jauzion, Michalak, Poitrenaud) et de joueurs de talent recrutés à l’extérieur (Elissalde, Dussautoir). Les autres lauréats depuis 1985 appartiennent à la fois aux clubs des grandes villes (Stade Français, Toulon, Bègles, Clermont), mais aussi de plus petites agglomérations comme Agen, Castres, Biarritz (3 titres) et même Perpignan. Toutefois ces équipes, qui sont encore en Top 14, ont parfois toutes les peines du monde à s’y maintenir, à part Castres, et  figurent dans la deuxième moitié du classement du Top 14, certaines d’entre elles pour la première fois, comme le Biarritz Olympique ou l’USA Perpignan. Gageons que les années à venir seront encore plus difficiles pour les clubs de ces villes car, manifestement, la course aux armements dans l’élite est de plus en plus exacerbée. Il n’y qu’à voir les noms venant de l’étranger figurant dans nos meilleures équipes pour en témoigner (Wilkinson, Albacete, Mac Allister, Burgess, François Steyn, Hernandez, Sivivatu etc). Et ce n’est apparement qu’un début.

Michel Escatafal