Le F.C. Porto, l’exemple à suivre pour l’Olympique Lyonnais

Alors que l’Olympique Lyonnais a disputé mardi soir le match aller des huitièmes de finale de la Ligue des champions, stade que l’O.L. a atteint pour la huitième fois consécutive, j’imagine déjà quelles seront les réactions de son président, J.M. Aulas, s’il ne parvient pas à passer ce premier obstacle dans la phase d’élimination directe de la compétition phare en Europe. Et si je parle ainsi, c’est parce que Lyon a dû se contenter d’un seul but d’avance face à l’Apoel de Nicosie, de loin l’équipe la plus faible de celles encore présentes à ce stade de la compétition, ce qui laisse pour le match retour un suspens auquel personne ne s’attendait pas. D’ailleurs, si l’O.L. ne s’était pas qualifié de manière miraculeuse face à Zagreb, l’O.L. ne serait plus aujourd’hui qu’un bon club français luttant pour arracher une place européenne.

Si j’évoque J.M. Aulas de cette manière, c’est parce qu’on l’entend moins aujourd’hui qu’à l’époque où l’O.L. remportait ses sept titres de champion de France consécutivement (entre 2002 et 2008), ce qui signifie que son club est rentré dans le rang, en se contentant de se qualifier pour la Ligue des Champions (douze fois de suite quand même !), et parce que l’Olympique Lyonnais, encensé et loué par la presse pour sa gestion sportive depuis bientôt deux décennies, n’a plus les moyens d’animer le marche français des transferts, après quelques échecs retentissants accumulés ces dernières années. On peut citer le duo Keita-Bodmer acheté à prix d’or au LOSC, ou encore Gourcuff payé au prix d’un joueur du Real Madrid ou du Barça…et qui n’est plus titulaire aujourd’hui. Cela ne signifie pas que je mésestime le rôle éminent de J.M. Aulas dans le football français, loin de là, qui a fait de son club une véritable référence au niveau national, et a fait connaître l’Olympique Lyonnais au niveau européen. En revanche, lui qui se veut un gagneur invétéré, n’arrive pas à faire de Lyon ce que le F.C.Porto, par exemple a fait avec des moyens plus faibles. J’y reviendrai.

 Les détracteurs de J.M. Aulas lui reprochent aussi, très souvent, d’en vouloir à tout le monde (ou presque) à chaque échec, allant même jusqu’à dénoncer le système, c’est-à-dire le manque de moyens dont disposent les clubs français à l’échelle européenne, pour expliquer le fait que, même au plus fort de sa domination du football français, l’Olympique Lyonnais n’a jamais été en mesure de remporter la Ligue des Champions, comme ce fut le cas autrefois pour le Stade de Reims, deux fois finaliste de la Coupe d’Europe en1956 et 1959 et vainqueur de la Coupe Latine (ancêtre de la Coupe d’Europe) en 1953, ou encore de l’Olympique de Marseille, vainqueur de la Ligue des Champions en 1993, sans oublier l’AS Saint Etienne et l’AS Monaco, finalistes respectivement en 1976 et 2004. Au passage on notera la difficulté qu’ont les clubs français pour se maintenir au plus haut niveau…ce qui n’est pas le cas des grands clubs dans les pays voisins.

En parlant du manque de moyens des clubs français, on peut supposer que J.M. Aulas met de côté aujourd’hui le Paris Saint-Germain, qui bénéficie des fonds des investisseurs qataris. Fermons la parenthèse, pour dire que l’on peut trouver cette attitude du président lyonnais d’autant plus curieuse que J.M. Aulas a presque toujours tout obtenu des instances sportives et politiques de son pays, jusques et y compris la possibilité d’introduire son club en Bourse…avec la réussite que l’on connaît (la valeur de l’action oscille en ce moment entre 4.20 et 4.25 euros contre 24 euros au moment de l’introduction du titre OL Groupe en bourse en février 2007), sans oublier l’introduction des paris sportifs dont il fut un ardent promoteur.

Peut-être J.M. Aulas aurait-il dû gérer son club de manière plus rationnelle, par exemple en faisant des efforts pour donner à son club une politique sportive…adaptée à ses moyens. Quoiqu’il fasse, l’Olympique Lyonnais ne suscitera jamais la ferveur qui est celle du Barça à Barcelone, du Real à Madrid, de Manchester United à Manchester, de l’AC Milan et l’Inter à Milan ou de la Juventus à Turin…ni même l’O.M. à Marseille ou le PSG à Paris. C’est ainsi et pas autrement, et les clubs étrangers que je viens de citer ont une histoire que n’a pas l’Olympique Lyonnais. Ils sont au sommet du football européen depuis beaucoup plus de 50 ans…alors que l’Olympique Lyonnais est au sommet du football français depuis une dizaine ou une douzaine d’années, avec un passé peu fourni sur le plan du palmarès avant la période 2002-2008, se limitant à quatre victoires en Coupe de France (1964,1967,1973,2008), plus une demi-finale en Coupe des Coupes en 1964 avec des joueurs comme Aubour, Djorkaeff, Mignot, Combin, Di Nallo, Rambert, peut-être en valeur absolue la plus belle équipe qu’ait eue le club.

Oui, J.M. Aulas aurait dû faire preuve à une certaine époque d’un peu plus réalisme quant à l’évolution de son club. Si une non-qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions serait une catastrophe sportive, vu le standing de son adversaire en huitième de finale, en revanche une non qualification en fin de saison pour la Ligue des Champions ne devrait pas être le drame que cela représenterait aux yeux de J.M. Aulas, notamment sur le plan financier. Il est vrai que, s’il parait normal qu’en juin le nouveau PSG, version qatarie, remporte le championnat, et que l’OM se qualifie pour la Ligue des Champions au vu de son passé et parce que l’OM marche fort après un début de saison difficile, voir Montpellier La Paillade se qualifier pour cette même Ligue des Champions au détriment de l’Olympique Lyonnais, avec une équipe composée uniquement de bons joueurs de Ligue 1, serait une forme d’humiliation pour un club ayant régné presque sans partage pendant sept ans sur le football français.

Une équipe qui a encore quelques grands noms dans ses rangs (Lloris, Bastos, Lisandro etc.), mais qui n’a plus rien gagné depuis la fin de la saison 2007-2008, où l’O.L. avait réalisé pour la première fois le doublé Coupe-Championnat. Et qu’arriva-t-il à la fin de cette saison glorieuse? Tout simplement, J.M. Aulas décida de remplacer son entraîneur, Alain Perrin, par un autre, Claude Puel, qui avait bien réussi…à Lille, et qui, d’après J.M. Aulas, allait permettre à son O.L. de franchir la dernière marche de son ascension, celle qui allait le conduire à une victoire en Ligue des Champions. Hélas pour J.M. Aulas, si Alain Perrin ne pouvait être comparé à Mourinho, Puel ne pouvait pas davantage soutenir la comparaison avec un Guardiola, un Lippi ou un Ancelotti. Et au lieu de poursuivre sa progression et de continuer à régner sur le football français, l’Olympique Lyonnais n’allait cesser de régresser dans la hiérarchie de la Ligue 1, malgré une place de demi-finaliste en Ligue des Champions en 2010, en ayant battu les Girondins de Bordeaux en quart de finale après avoir éliminé le Real en huitième.

Exploit sans lendemain, comme si c’était trop beau pour être vrai. Sans lendemain aussi parce que certains joueurs cadres sont partis, comme Juninho ou Benzema, ou avaient vieilli, comme Cris. Et comme on s’était trompé sur les remplaçants, il arriva inéluctablement ce qui devait arriver, à savoir l’échec, un échec qui rappelle un peu celui du grand Stade de Reims au début des années 60, lequel ne s’en remit jamais. Espérons que l’Olympique Lyonnais n’imite pas son glorieux prédécesseur, ou plutôt devrais-je dire ses glorieux prédécesseurs, car on peut mettre dans le lot l’AS Saint-Etienne, qui n’est plus que l’ombre du club qui menaçait le Bayern  de Munich dans les années 70, et faisait peur à tous les plus grands clubs européens. En parlant du Bayern, comme du reste je pourrais le faire d’Arsenal, je ne suis pas sûr que ces clubs aient des moyens tellement plus considérables que ceux de l’Olympique Lyonnais il y a quatre ou cinq ans. Et je pourrais surtout ajouter dans le lot le F.C. Porto, champion incontesté des clubs portugais avec le Benfica de Lisbonne, à qui l’Olympique Lyonnais aurait dû essayer de ressembler.

Au fait, est-ce que l’effectif de Porto a été tellement supérieur à celui de l’Olympique Lyonnais dans ses meilleures années? Sans doute pas. Est-ce que le F.C. Porto dispose de moyens financiers aussi conséquents que ceux des grands clubs européens? Non, et pourtant le F.C. Porto rivalise depuis bien longtemps avec les grands d’Europe. N’oublions pas que le F.C. Porto a remporté 2 fois la Ligue des champions anciennement appelée Coupe d’Europe des clubs champions (1987 et 2004), la Coupe Intercontinentale (1987 et 2004) devenu le championnat du monde des clubs, et la  Coupe de l’UEFA (2003) devenue la Ligue Europa dont le F.C. Porto est tenant du titre, sans parler de ses vingt cinq titres de champion du Portugal. Bref, un grand d’Europe sur le plan des résultats, pour ne pas dire un très grand, puisqu’il soutient la comparaison avec les plus grands clubs du continent (12e meilleur club de tous les temps d’après l’actualisation annuelle du classement historique de la FIFA).

 C’est donc bien cet exemple que l’Olympique Lyonnais aurait dû suivre, et non pas s’imaginer qu’il allait pouvoir rivaliser avec les monstres sacrés du football européen…qui sont nombreux à avoir des cadres techniques ou des joueurs en provenance du F.C. Porto, Mourinho et Villas Boas les entraîneurs aujourd’hui au Real et à Chelsea, mais aussi des joueurs comme Falcao, vendu l’an passé plus de 40 millions d’euros à l’Atletico de Madrid, mais aussi Luis Fabiano qui fit les beaux jours du F.C. Séville, ou encore Pepe qui joue au Real, sans oublier Lisandro Lopez qui joue…à l’Olympique Lyonnais, autant d’entraîneurs et de joueurs arrivés au club sans être les stars qu’ils sont devenus. En tout cas, cela montre que la cellule de recrutement de Porto se trompe rarement dans ses choix, tant sur les techniciens que sur les joueurs…lesquels sont revendus cinq ou dix fois leur prix d’achat aux plus grands clubs européens. Mais ces ventes n’affaiblissent pas pour autant la valeur de l’équipe qui sait parfaitement se renouveler.

 Un simple exemple suffit à illustrer la différence entre Porto et Lyon : Aly Cissokho, acheté par l’O.L. plus de 10 millions d’euros à Porto en 2010, était un joueur opérant en 2007-2008 à…Gueugnon, club de Ligue 2 française. Mais là où la différence est criante, c’est quand on voit le nombre de joueurs vendus par l’Olympique Lyonnais, notamment Diarra, Tiago, Essien, Abidal et Malouda, sans parler de Ben Arfa et surtout Benzema, qui ont dû rapporter ensemble (dans les années allant de 2006 à 2010) entre 100 et 150 millions d’euros. Et par qui les a-t-on remplacés ? Réponse, par des joueurs loin de valoir les partants, à part Lisandro et encore, alors que le F.C.Porto ne cesse de recruter des joueurs qui deviennent par la suite des grandes vedettes, comme par exemple le Brésilien Hulk que l’on va s’arracher l’été prochain avec des offres allant de 50 à 80 millions d’euros. Qui voudrait mettre plus de 20 millions d’euros pour un seul joueur de l’O.L. ? Personne, je dis bien personne !

Et cela me fait dire qu’au lieu de vendre des joueurs pour les remplacer par d’autres presque aussi chers, ou changer d’entraîneur après un doublé, peut-être que l’Olympique Lyonnais aurait dû essayer de travailler dans la durée tant pour ses joueurs cadres que pour ses techniciens, ce qui ne l’aurait pas empêché pas de réaliser quelques belles opérations financières. Et surtout insister davantage encore sur la formation maison qui lui a déjà donné des joueurs comme Ben Arfa et surtout Karim Benzema, aujourd’hui un des meilleurs joueurs du monde, titulaire au Real Madrid, sans parler de Gonalons ou Lacazette, jeune joueur qui, mardi soir, a marqué le but vainqueur contre Nicosie. Dans le même ordre d’idées, peut-être aussi que J.M. Aulas aurait dû comprendre que dans son club la partie sportive doit être séparée de la partie administrative, par exemple comme à Barcelone où Guardiola a les pleins pouvoirs sur la gestion de l’effectif qui lui est attribué.

Voilà quelques réflexions qui me viennent à l’idée sur un club qui a énormément progressé au début des années 2000, et là on peut dire un grand merci à J.M. Aulas, mais qui semble plafonner depuis quelques années, et surtout depuis le départ de Perrin, dernier entraîneur titré du club. Cela dit, et c’est sans doute ce qui est le plus rassurant, les évènements vont contraindre J.M. Aulas à réduire de plus en plus la voilure en ce qui concerne les investissements de joueurs, et à faire davantage confiance à sa formation. A ce propos, on observe qu’il a préféré un entraîneur « maison », Rémy Garde, qui, pour le moment, obtient d’aussi bons résultats que Claude Puel. En outre l’équipe est composée avec de nombreux jeunes joueurs (Gonalons, Fofana, Lovren, Lacazette) qui devraient atteindre leur meilleur rendement dans les années à venir. Et qui sait si ce n’est pas la meilleure façon pour franchir ce cap…jusqu’alors infranchissable. Après tout, y-avait-il tellement plus de joueurs de grande notoriété à l’AS Monaco en 2004, quand ce club atteignit la finale de la Ligue des Champions…battue par le F.C. Porto. Porto et Monaco plus riches que Lyon à l’époque et même aujourd’hui ? Cela m’étonnerait. Raison de plus pour prendre le F.C. Porto pour exemple, et non les grands clubs ayant une riche histoire.

Escatafal

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