Les surnoms donnés aux sportifs : partie 3 (cyclisme)

Pour terminer ce volet un peu insolite de l’histoire du sport (merci Claude Sudres!), je vais parler cyclisme évidemment, d’autant que c’est le plus caractéristique dans l’histoire des surnoms. Je vais simplement souligner (à défaut de les citer tous) ceux qui me paraissent les plus distinctifs, tellement les coureurs ont été nombreux à se voir attribuer des surnoms, dont certains au demeurant sont carrément ridicules.  Cela dit commençons par ceux des temps héroïques de ce sport avec, à tout seigneur tout honneur, celui du premier vainqueur du Tour de France (1903), Maurice Garin, surnommé le « Petit Ramoneur » parce qu’il a travaillé dans sa jeunesse dans une entreprise de fumisterie.  Un de ses successeurs (1905), Trousselier, sera appelé « Trou-Trou » ou « Trouston ». Autre grande figure de cette époque, même s’il n’a jamais gagné la Grande Boucle, Eugène Christophe, qui fut d’abord appelé « Le vieux Gaulois » en raison de ses moustaches en forme de guidon, puis « Cri-Cri » vers la fin de sa carrière. Enfin, soulignons aussi le cas du Luxembourgeois de Colombes, François Faber, vainqueur du Tour en 1909, qu’on avait surnommé le « Géant de Colombes » en raison de ses mensurations. Un autre vainqueur du Tour (1910), Octave Lapize, dont les cheveux étaient noirs et bouclés, sera surnommé « Le Frisé ». 

A la fin des années 20 et au début des années 30, Marcel Bidot, l’ancien directeur des équipes de France à l’époque des équipes nationales (1953-1961), sera appelé comme coureur « la Mère Poule » en raison de son dévouement comme équipier. Henri Pélissier, vainqueur du Tour en 1923, était appelé « La Ficelle » parce qu’il était long et sec. A la même période Armand Blanchonnet, champion olympique sur route contre-la-montre en 1924, sera surnommé « Le Phénomène » en raison de ses mensurations avantageuses, lesquelles lui ont aussi valu d’être appelé « King Kong ». Le sprinter Lucien Faucheux, triple vainqueur du Grand Prix de Paris à la Cipale, très musculeux, fut surnommé « Le Gros Lulu » puis plus tard « Le Pape de la Cipale ».  Learco Guerra, le grand champion italien (champion du monde en 1931), fut surnommé « La Locomotive humaine » ou « La Locomotive de Mantoue » en raison de sa puissance dans les contre la montre. André Leducq, grand crack des années 30, fut appelé « Dédé » ou « Joyeux Dédé » en raison de sa bonne humeur communicative, qui plaisait tellement à ses nombreuses supportrices.

Antonin Magne, très connu comme champion du monde ou vainqueur du Tour et, plus encore, comme directeur sportif de Poulidor, était « Tonin » pour tout le monde, ou encore « Le Taciturne » et « La Méthode » pour son souci minutieux de l’organisation. Par son élégance naturelle et sa distinction, Charles Pélissier, excellent routier et cyclo-crossman, fut baptisé « Brummel » du nom d’une célèbre marque de tailleur pour hommes. Louis Aimar, remarquable rouleur, très puissant, (plus de 80 kg) devint « Le Colosse » ou « Le Briseur de chaîne ». Le premier des super champions italiens, Gino Bartali*, un des plus grands coureurs de l’histoire, fut appelé à la fois « L’Homme de Fer » pour sa résistance, mais aussi « Gino Le Pieux » pour ses fortes croyances religieuses, avant de devenir « Il Vecchio » en raison de sa longévité. Maurice Archambaud, fantastique rouleur (Grand Prix des Nations en 1932 et recordman de l’heure), fut appelé « Le Nabot » en raison de sa petite taille.

Marcel Kint, champion du monde en 1938 et vainqueur de nombreuses classiques, fut surnommé « L’Aigle Noir ». Raymond Louviot, petit et courageux, fut appelé « Laripette » par les journalistes. Le fameux sprinter Jeff Scherens, fut appelé « Poeske » qui signifie chat en flamand, parce qu’il avait l’art de sauter ses adversaires sur la ligne. Vicente Trueba, le premier des grands grimpeurs espagnols, fut surnommé « la Puce de Torrelavega » en raison de sa petite taille et du nom de son village. Albéric Schotte, double champion du monde et vainqueur du Tour des Flandres, devint « le dernier des Flandriens ». Gerrit Schulte, un des très rares coureurs à avoir battu Coppi en poursuite, fut appelé « Le Fou Pédalant » en raison de ses longues échappées sur la route. Le pistard, champion du monde de vitesse, Van Vliet, était « Le Professeur » pour sa science du sprint et ses lunettes. Un autre sprinter, Louis Gérardin était pour tout le monde « Toto ». René Vietto, grand grimpeur et vedette du Tour dans les années 30 et 40 fut appelé « Le Roi René ».

Bevilacqua, double champion du monde de poursuite et vainqueur de Paris-Roubaix (1951), fut surnommé par les journalistes « Pauvre Bévilacqua », car dans la montée des cols il sollicitait les poussettes en disant : « Poussez le pauvre Bevilacqua, c’est un bon coureur ». Louis Bobet* fut pour tout le monde « Louison », et Louis Caput, routier-sprinter de poche, était « P’tit Louis ». Quant à Robert Chapatte, excellent coureur et futur grand journaliste, il fut affublé du joli surnom de « Chapatte de Velours ». La particule de Jean de Gribaldy, lui valut d’être appelé « Le Vicomte ».  Jean Dotto, vainqueur de la Vuelta 1955, devint  « Le Vigneron de Cabasse », village où était sa maison dans le Var.  Fachleitner, deuxième du Tour 1947, fut « le Berger de Manosque » du nom de la ville où il résidait. Jean Robic, vainqueur du Tour 1947, était appelé « Biquet », puis « Tête de Cuir » à cause de son casque de cuir un peu ridicule, qu’il était le seul à porter. Tout le monde connaît « Le Pédaleur de charme», trouvaille du chansonnier Jacques Grello pour qualifier Hugo Koblet*. L’autre grand champion suisse, Ferdi Kubler*, qui pédalait avec force grognements, fut surnommé « Le Champion Hennissant ».

Autres grandes figures des années 50, Bernard Gauthier et Raphaël Geminiani. Dans un premier temps Bernard Gauthier, super équipier de Louison Bobet, fut appelé « Cœur de Lion », avant d’être surnommé « Monsieur Bordeaux-Paris » suite à ses quatre victoires dans l’épreuve. Quant à Geminiani, sa gouaille et ses réparties l’ont fait surnommer « Grand Fusil ». En revanche, pour avoir porté le maillot jaune en 1949, Jacques Marinelli, coureur de petite taille qui ne faisait pas beaucoup de bruit, avait été surnommé « La Perruche » par Jacques Goddet. Loretto Petrucci, vainqueur de Milan-San Remo en 1952 et 1953 et de Paris-Bruxelles (1953), fut surnommé « Le Météore ». Cela lui allait d’autant mieux qu’il gagna la quasi totalité de ses succès entre 1951 et 1953. L’ancien équipier de Louison Bobet, Antonin Rolland, toujours un peu renfermé, fut surnommé « Tonin le taciturne ». Robert Varnajo, qui finit sa carrière en devenant un spécialiste du demi-fond, Vendéen d’origine, fut évidemment appelé « Le Chouan ». Le pistard Oscar Plattner, champion du monde professionnel de vitesse en 1952, fut désigné comme « Le Macchiavel du Sprint » pour sa manière de piéger ses adversaires. Peu après, on n’oubliera pas les deux supers grimpeurs que furent Bahamontes et Gaul, appelés respectivement « l’Aigle de Tolède » et « l’Ange de la Montagne ». Leur grand rival, Jacques Anquetil*, gagna le titre de « Maître Jacques » pour la multitude de succès remportés durant sa longue carrière. Autre grand rouleur (recordman de l’heure en 1956), Ercole Baldini, fut appelé « La locomotive de Forli ». Enfin Henri Anglade, avec ses attitudes autoritaires, fut surnommé « Napoléon ». Rien que ça !

Un autre grimpeur de poche, Lily Bergaud, fut appelé « La Puce du Cantal ». Carlesi, pour sa ressemblance avec Coppi, devint « Coppino ». Le pistard Roger Gaignard, ancien apprenti clown, y gagna son surnom de « clown ». Quant à Michel Rousseau, champion olympique et du monde de vitesse, ses grosses cuisses lui valurent d’être appelé « Le Costaud de Vaugirard ». Autre athlète du vélo, Raymond Mastrotto, ancien vainqueur du Dauphiné (1962), devint « le taureau de Nay », localité où il était né. René Privat, ancien vainqueur de Milan-San Remo (1960) fut surnommé, « René la Châtaigne », sans doute en raison de son punch. Rostollan, qui faisait le train pour Jacques Anquetil dans les cols, se vit appelé « Pétrolette ».  Rik Van, Looy, seul coureur à avoir gagné toutes les classiques (entre 1956 et 1968), fut baptisé par les journalistes belges « L’Empereur d’Herentals », en référence à la commune où il habitait. Enfin, qui ne se souvient de l’immortel « Poupou » que fut Raymond Poulidor dans les années 60 et 70 ?

Tout cela nous amène aux années 70, où force est de reconnaître que l’imagination fut nettement moins fertile qu’avant. En tout cas  les surnoms donnés respiraient davantage la banalité, même si parfois on retrouvait quelques traits d’humour comme « Le Cannibale » pour Merckx, « Le Chamois des Abruzzes » pour le grimpeur Vito Taccone, ou « Cuore matto » (cœur fou) pour Bitossi, en proie à des problèmes de palpitations cardiaques. Sinon, appeler Zoetemelk « Le Hollandais de France » ou Thévenet « Nanard » apparaît plutôt comme une évidence, ou du déjà vu comme Beat  Breu, le grimpeur suisse, « La Petite Puce de Saint Gall ». On retiendra quand même pour l’histoire, « Le Blaireau » pour Bernard Hinault*,  « Gibus » pour Gilbert Duclos-Lassalle, « Banban » pour Robert Alban, ou « Il Diavolo » pour Claudio Chiapucci », mais aussi « Jeff » pour J.F. Bernard,  « Le Ricain » pour Greg Lemond, premier grand champion américain ou « La Broche » pour Brochard, champion du monde en 1997.  On n’omettra pas non plus « Jaja » pour Laurent Jalabert, « Perro loco » (chien fou) pour le Suisse Zulle, « Le Dromadaire » pour un autre Suisse, Rominger, ou « Il Magnifico » pour le routier-sprinter italien Cippolini, ni « L’extra-terrestre » pour Indurain, vainqueur de cinq Tours de France et deux Tours d’Italie. Luc Leblanc, ancien champion du monde (1994), fut surnommé « Lucho » à cause de son épouse espagnole, le même surnom que le premier grand coureur colombien Luis Herrera. Pantani fut d’abord E.T. à cause de ses oreilles et de son crâne rasé, avant de devenir «Il Pirata » (Le Pirate).

Enfin, plus récemment nous avons été habitué au « Boss » pour Lance Armstrong, à « Vino » pour Vinokourov, à « Gibo » pour Simoni, à «Il piccolo principe » (le Petit prince) pour Damiano Cunego, vainqueur du Giro en 2004 à 23 ans, « Ivan le Terrible » pour Ivan Basso », « Le Requin de Messine » pour son équipier de la Liquigas, Nibali, « Le Cobra » pour Ricco, pour ses attaques tranchantes, « Balaverde » pour Valverde, « Spartacus » pour Cancellara, sans oublier évidemment « El Pistolero », parce qu’après chaque victoire, Alberto Contador*, le grand absent du prochain Tour de France pour une misérable affaire de traces de clembutérol, fait avec sa main un geste comme s’il tirait avec un pistolet. Là aussi, j’ai sans doute oublié nombre de champions, mais sur 250 coureurs au moins qui ont été surnommés, je n’ai retenu que ceux qui me venaient à l’esprit. Je voudrais toutefois en ajouter deux, à savoir Fausto Coppi surnommé « le Campionissmo », parce qu’il fut le plus grand coureur de l’histoire du cyclisme*, à la fois extraordinaire rouleur, fantastique poursuiteur et le meilleur grimpeur qui ait jamais existé. Quant au second, Roger Rivière*,  qui n’avait pas de surnom, je l’ai appelé « Le Voltigeur », pour sa facilité déconcertante dans l’effort, notamment dans l’exercice du contre-la-montre. Aucun autre rouleur, pas même Coppi ou Anquetil, n’était aussi fort que lui sur des distances de moins de 75 kilomètres. C’est pour cela que j’aurais aussi pu l’appeler « Superman », d’autant que sur la piste, en poursuite, il fut le seul à pouvoir se vanter d’être imbattable pendant sa courte carrière.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces coureurs sur le blog


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 2 (rugby)

La deuxième partie de ce petit récapitulatif va concerner un des deux sports (avec le vélo) pour lequel j’ai le plus d’affection, le rugby, sans doute parce qu’il m’a fait connaître, avec l’athlétisme, mes premiers émois de sportif. Commençons donc par une première remarque, à savoir que l’on était plus imaginatif autrefois qu’aujourd’hui…à moins que l’évolution du sport professionnel ne se limite à appeler les sportifs par les premières lettres de leur nom ou prénom. En tout cas il y quelques décennies l’imagination était davantage au pouvoir qu’aujourd’hui, notamment chez les rugbymen.

Prenons l’exemple du rugby à XIII, en évoquant celui qui fut le plus glorieux de ses représentants au début des années 50, Puig-Aubert*, surnommé « Pipette », à cause des nombreuses cigarettes qu’il fumait à longueur de temps et des boissons fortes dont il était friand. Le cas de Gilbert Benausse, autre joueur au talent immense, sans doute le meilleur demi d’ouverture des deux rugbys à sa grande époque (au milieu des années 50), est différent, puisqu’on l’appela tout simplement « Gijou ». Quant à André Savonne, célèbre ailier treiziste avignonnais des années 50, ce fut son style très engagé qui le fit surnommer « le Bison ». Pour le pilier Georges Aillères en revanche, c’est surtout sa morphologie qui l’avait fait surnommée « le Cube », ce qui ne l’empêchait pas d’être un joueur de grande classe.

Passons au rugby à XV maintenant, avec pour premier nom qui me vient à l’esprit celui que l’on a appelé « Le Lion de Swansea », qui a joué dans les années 40 au F.C. Lourdes et au Stadoceste Tarbais. Il fut 21 fois international, et gagna ce surnom lors d’un match contre le Pays de Galles, que le XV de France remporta (11-3), à l’issue d’une rencontre extrêmement violente où les deux packs s’affrontèrent dans un terrible combat. Ensuite évidemment il y a Jean Prat*, que les Britanniques surnommèrent « Monsieur Rugby ». Autre grand capitaine, Lucien Mias fut appelé « Docteur Pack », d’une part parce qu’il était médecin et parce qu’il fut un avant de grande lignée, faisant évoluer  le jeu d’avant comme peu de joueurs avant lui.

Un peu plus tard, plusieurs autres joueurs du grand F.C.Lourdes eurent droit à leur surnom, Pierre Lacaze dit « Papillon », parce qu’il débuta  aux Papillons de Pontacq. L’autre, est un des plus grands attaquants de l’histoire du rugby, Roger Martine*, surnommé « Bichon »…parce que la patronne du Café de la Poste à Lourdes où il avait ses habitudes, le trouvait mignon et l’avait appelé « Mon petit bichon ».  Un autre immense joueur, Jean Barthe, à  la fois le meilleur troisième ligne centre à XV et, plus tard, le meilleur avant à XIII, fut surnommé « Jeanjean » à cause évidemment de son prénom. De la même génération que ces joueurs, il faut aussi citer Michel Vannier, qui fut longtemps l’inamovible arrière du XV de France, et qui dut son surnom de « Brin d’Osier »à une grave blessure au genou lors de la glorieuse tournée du XV de France en Afrique du Sud en 1958*. A la même époque opérait quelqu’un dont on allait parler très longtemps, Pierre Albaladejo, trente fois international entre 1954 et 1964, qui fut surnommé « Bala », mais aussi « Monsieur Drop » en raison des trois drops réussis lors d’un France-Irlande en 1960 et des quatre qui permirent la victoire de l’US Dacquoise sur la Section Paloise en 1959 (12-11).

Autre joueur célèbre avec un surnom qui ne l’était pas moins, Amédée Domenech, dit « le Duc », surnommé ainsi par Jean Prat lui-même. Il ne fut pas le seul grand pilier à avoir un surnom, puisqu’Alfred Roques fut surnommé « The Rock » par Denis Lalanne (grand reporter de l’Equipe) lors de la tournée en Afrique du Sud en 1958, où il avait dominé tous les terribles piliers sud-africains qui lui avaient été opposé. Alfred Roques fut aussi appelé « Le Pépé du Quercy », pour sa longévité. Un peu plus tard, Michel Crauste sera lui aussi affublé de deux surnoms, « Le Mongol » pour ses charges dévastatrices, et plus tard « Attila », trouvaille de Roger Couderc lors d’une rencontre télévisée du XV de France. Ce même Roger Couderc donnera à Jean Gachassin, le magnifique ailier et ouvreur de Lourdes et du XV de France, le surnom de « Peter Pan » en raison de sa petite taille (1.62m). A la même époque il y eut aussi les frères Boniface*, appelés « les Boni », et leur compère de l’attaque montoise, Christian Darrouy, qui fut capitaine du XV de France, surnommé « l’Eliacin à réaction » par Antoine Blondin. Un autre ailier, Dupuy, était beaucoup plus connu avec son surnom « Pipiou » qu’avec son vrai prénom (Jean-Vincent). Dupuy, le Tarbais, fut considéré comme le meilleur ailier du monde au début des années 60. Il fit aussi partie de la fameuse tournée en Afrique du Sud en 1958. Dans les années 60, on n’oubliera pas les frères Camberabero, que tout le monde appelait « les Cambé », surnom qui restera à leur fils et neveu Didier, qui fut l’un des grands protagonistes du XV de France au cours de la Coupe du Monde 1987.

A cheval sur les années 60 et 70, il faut aussi signaler « Le Grand Ferré » surnom de Benoît Dauga, le célèbre avant du Stade montois et du XV de France. Autre grand avant de l’AS Béziers et de l’équipe de France, Alain Estève fut appelé « La Grand », en raison de sa taille (2.02m).  Son coéquipier biterrois et du XV de France, Michel Palmié, fut pour sa part appelé « La Palme » ou « Ramsès ». Un peu plus tard on parlera du « Petit Caporal » à propos de Jacques Fouroux, le capitaine d’un des deux ou trois plus grands XV de France de l’histoire, vainqueur du Tournoi 1977 avec les mêmes quinze joueurs. Robert  Paparemborde qui appartenait à cette équipe, fut pour sa part surnommé « Patou ». Quelques années plus tard, un autre Estève (Patrick), joueur du RC. Narbonne, fut affublé de plusieurs surnoms puisqu’on l’appela « la Pointe », « TGV », et même « Flint » (silex en français), tout cela soulignant sa vitesse et son tranchant. Autre Narbonnais célèbre, Didier Codorniou fut surnommé « Le Petit Prince », en raison à la fois de sa petite taille et de son aptitude à voir le jeu et à faire jouer ses partenaires. Plus tard (années 90 et 2000) Thomas Casteignède, l’emblématique attaquant du XV de France et du Stade Toulousain, aura droit lui aussi à ce même surnom.

Dans la fameuse équipe finaliste de la Coupe du Monde 1987, en évoquant Blanco, on parlait du « Pelé Blanc », parce qu’aux yeux de beaucoup, en France et ailleurs, Serge Blanco était le meilleur joueur du monde. Laurent Rodriguez pour sa part sera appelé « Lolo » en référence évidemment à son prénom. Dans les années 90, il y aura deux avants qui seront aussi connus sous leur surnom que sous leur nom, les deux copains que furent Marc de Rougemont, dit « Le Rouge », talonneur du RC Toulon et du XV de France, et Christian Califano, surnommé « Cali » ou « Le Calife », célèbre pilier du Stade Toulousain et de l’équipe de France. A la fin des années 90, l’ailier Bernat-Salles était « Bernie », et son compère de la ligne de trois-quarts, Emile N’Tamack, était appelé « Milou » ou encore « la Panthère noire », pour l’amplitude de sa foulée. L’actuel sélectionneur de l’Equipe de France, Philippe Saint-André, fut affublé d’un surnom curieux, « Le Goret ». L’ouvreur Christophe Lamaison, qui détient le record de points marqués par un joueur du XV de France, était pour tous les amateurs de rugby, « Titou ». Le troisième ligne Olivier Magne était appelé « Charly », ce qui ne s’invente pas.

En revanche on appelait Fabien Pelous, le grand seconde ligne du XV de France et du Stade Toulousain, « le Pélican », sans que j’en ai trop compris la raison. Enfin, de cette équipe de 1999 qui atteignit la finale de la Coupe du Monde, on retiendra aussi qu’Olivier Brouzet était appelé tout naturellement « La Brouze ». Rien d’original ! Plus près de nous, il y a J.M. Hernandez, le rugbyman du Racing Métro, qui joua longtemps au Stade Français, sera surnommé « El Mago » (le Magicien) pour ses performances en club et en équipe d’Argentine. On n’oubliera pas non plus Sébastien Chabal, joueur hyper médiatisé en raison de son physique et de son look, qui porte plusieurs surnoms tels que « Caveman » (homme des cavernes), « L’Animal » ou encore « Attila », et aujourd’hui en Australie il est devenu « BOB », dont on dit que ce serait le diminutif de « Beast of Balmain » (la bête de Balmain). A force cela frise carrément le ridicule !

Lionel Nallet, autre avant du XV de France du Racing Métro est appelé aussi « La Nalle », ce qui n’a rien d’inédit, pas plus que le surnom d’un autre joueur de  l’équipe de France lors de la dernière Coupe du Monde, Yachvilli, appelé  « Le Yach ». Plus original est le surnom de William Servat, le talonneur du Stade Toulousain et du XV de France, surnommé « La Bûche », ainsi que celui du capitaine du XV de France et de Toulouse, Thierry Dussautoir, surnommé «The Dark Destroyeur »(le sombre destructeur).  Mais je garde pour la bonne bouche un joueur pour qui j’ai toujours eu la plus grande admiration, Jean-Baptiste Elissalde*, l’actuel entraîneur adjoint du Stade Toulousain, surnommé « Le Rat », mais que pour ma part j’ai appelé « le Mozart du rugby », ce qui est plus joli, et correspond mieux à sa personnalité. Bien entendu, je n’ai pas cité les surnoms de tous les joueurs qui en ont un, car ce serait trop fastidieux. Je me suis donc contenté d’en énumérer  quelques uns qui me venaient à l’idée, ce qui fait déjà pas mal de monde ayant marqué l’histoire de notre rugby.

Michel Escatafal

*un article a été consacré à ces joueurs ou à leur équipe sur le blog


Les surnoms donnés aux sportifs : partie 1 (F1-boxe)

En consultant pour la énième fois le dictionnaire International du Cyclisme de Claude Sudres, j’ai eu soudain envie d’écrire sur les surnoms donnés aux sportifs. En effet, dans le monde du sport on aime bien donner des surnoms aux champions…sans que parfois cela corresponde à des caractéristiques bien particulières de ce sportif. Parfois aussi, on utilise les mêmes surnoms pour des champions de sports très différents. Ainsi, on a appelé Alain Prost*, « le Professeur », comme ce fut le cas pour Laurent Fignon. Au passage nous devons reconnaître que cela allait aussi bien à l’un qu’à l’autre, tellement les deux hommes avaient la science de la course, qui au volant de sa Mac Laren, de sa Ferrari ou de sa Williams, qui sur son vélo. Par ailleurs, dans certains sports comme la boxe, c’est un mélange de beaucoup de choses, la ville ou encore l’Etat où le boxeur est né, mais aussi son style ou ses qualités de frappeur. Si j’ai évoqué la boxe, la F1 ou le cyclisme, j’aurais aussi dû parler du rugby, c’est parce que c’est surtout dans ces sports que l’on appelle souvent les champions par leur surnom.

Passons un petit moment sur la F1, en rappelant que Fangio fut le « Maestro », tout simplement parce qu’il fut longtemps le recordman des victoires en grand prix (25), mais surtout parce que jusqu’à Michael Schumacher (7 titres), il fut le seul pilote à avoir été cinq fois champion du monde. D’ailleurs quand on trouvait que quelqu’un allait trop vite au volant on lui faisait la remarque suivante : « Tu te prends pour Fangio » ?  Remarque faite notamment par Madame Prost, femme d’Alain, après un Grand prix de France houleux pour son mari. A propos de Schumacher, chacun sait que pour le grand public il reste « le Baron rouge », grâce à ses succès sur Ferrari, même si aujourd’hui il pilote pour Mercedes.

Parmi les autres surnoms très connus, les plus anciens se rappellent du célèbre « Pétoulet », dont on avait affublé Maurice Trintignant (2 victoires à Monaco), dans les années 50, sans que l’on sache exactement pourquoi. A peu près à la même époque, on se rappelle de Villoresi (pilote Ferrari) que tout le monde appelait « Gigi », de l’Argentin Froilan Gonzales (2 victoires) que l’on avait surnommé « El Cabezon » (le têtu), de Stirling Moss, sans doute le meilleur pilote après la retraite de Fangio, que l’on avait qualifié de « champion sans couronne » à force de flirter avec le titre de champion du mode, puis un peu plus tard de Von Trips (2 victoires au début des années 60)que l’on appelait « Taffy », sans oublier John Surtees, multiple champion du monde moto et champion du monde de F1 en 1964, qui était surnommé « Big John »…sans qu’il soit si gros que cela.

Jim Clark*, un des trois ou quatre plus grands pilotes de l’histoire, sera appelé « l’Ecossais Volant » dans les années 60. Dans les années 70, les surnoms vont fleurir avec « Lole » pour Reutemann, le pilote argentin aux 12 victoires, mais aussi Jean-Pierre Jarier, surnommé « Godasse de Plomb », tellement il était rapide  à défaut  de savoir gagner ou plutôt d’éviter la malchance. A  cette époque et jusque dans les années 80, on n’oubliera pas Niki Lauda (triple champion du monde) que l’on avait surnommé « l’ordinateur », ce qui correspondait parfaitement à sa manière d’évoluer sur la piste.  Peu après que Niki Lauda eut quitté la formule 1, nous allions avoir sans doute le plus fabuleux duel de la discipline (fin des années 80 et début des années 90) avec en face d’Alain Prost, « le Professeur », « Magic » Senna*, dont certains disent qu’il fut le pilote le plus rapide en valeur absolue de la discipline. « Magic », reconnaissons que cela lui allait tellement bien !

Pour être juste, et sans être trop chauvin, deux Français en plus de Prost se seront distingués chez Ferrari, tout en étant reconnu par leur surnom, à savoir René Arnoux dit « Néné » et Jean Alesi, que beaucoup de journalistes ont appelé « Jean d’Avignon », sa ville de naissance. Enfin, un peu plus tard, vers la fin de la décennie 90, la Formule 1 a connu « le Finlandais volant », surnom de Mikka Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, le seul vrai rival du « Baron Rouge » (Schumacher), pendant ses années Ferrari.  Un autre Finlandais, lui succéda pour le titre de champion du monde en 2007, Raikkonen, surnommé « Ice Man » (l’homme de glace) pour sa manière d’être dans les paddocks, mais pas du tout dans la vie car c’est un bon vivant. Ses principaux concurrents cette année, pour son retour en F1, pourraient bien être « El Toro de Asturias »(le Taureau des Asturies), Fernando Alonso, le double champion du monde espagnol, et « Baby Schumi » surnom de Sebastian Vettel*, qui semble marcher sur les traces de son illustre compatriote, Schumacher (souvent appelé « Schumi »), puisqu’à moins de 25 ans, il a déjà remporté deux titres mondiaux et 21 victoires.

Mais la Formule 1, comme je l’ai déjà précisé, n’est pas le seul sport où l’on attribue des surnoms. La boxe en est aussi très friande, et nous en avons eu là aussi une quantité énorme, surtout jusque dans les années 80, à savoir pendant l’âge d’or de ce sport. Je ne vais bien sûr en citer que quelques uns, tellement la liste serait longue, ce qui sera une excuse si j’oublie un « inoubliable ».  Je commencerais par Georges Carpentier, sans doute le plus grand boxeur français de l’histoire, que l’on avait surnommé en Amérique « The Orchid man » (L’homme à l’orchidée), en raison de la beauté de sa boxe, son fair-play, et son élégance toute française qui fascinait ses admirateurs et, plus encore peut-être, ses admiratrices. Il fut battu lors d’un championnat du monde des poids lourds encore fameux aux Etats-Unis (2 juillet 1921), par Jack Dempsey que les Américains appelait « le Tueur de Manassa », du nom de la ville où il était né, et aussi parce qu’il pulvérisait ses adversaires.

Parmi les autres boxeurs aux surnoms célèbres, il y eut Joe Louis, le fameux poids lourd noir des années 30 et 40, surnommé « The Brown Bomber » (le Bombardier Brun), qui remportait la quasi-totalité de ses victoires par K.O. technique. En fait, il sera invaincu durant toute la première partie de sa carrière, avant de remonter sur le ring pour des raisons économiques et de subir trois défaites, dont deux par les poings d’Ezzard Charles, surnommé « Le Cobra de Cincinnati », un des deux ou trois meilleurs mi-lourds de l’histoire, qui combattit contre lui en poids lourds, et Rocky Marciano*, surnommé « The Rock from Brockton », du nom lui aussi de son lieu de naissance dans le Massachussets. Rocky Marciano, rappelons-le, fut le seul boxeur de l’histoire des poids lourds qui se retira invaincu à l’issue de sa carrière professionnelle.

A peu près à cette époque, n’oublions pas Marcel Cerdan, notre Français champion du Monde des poids moyens, mort tragiquement dans un accident d’avion en 1949, l’année où il conquit son titre mondial, surnommé le « Bombardier Marocain », parce que sa famille s’était installée au Maroc pendant sa jeunesse. A noter qu’il eut son accident d’avion en allant aux Etats-Unis pour s’entraîner et combattre dans un match revanche contre le prestigieux Jack de la Motta, surnommé « The Raging Bull » pour sa rage de vaincre.  Cerdan faillit d’ailleurs être vengé par un autre Français, Robert Villemain, surnommé « French Bulldog », qui fut volé de la victoire au Madison Square Garden de New-York contre La Motta, par deux juges qui furent suspendus par la suite. A noter que La Motta ne consentit jamais à lui accorder une revanche titre mondial en jeu.

Villemain aura aussi eu l’honneur de croiser les gants avec une des quatre ou cinq figures les plus marquantes de l’histoire de la boxe anglaise, Ray Robinson*, dit Sugar Robinson. « Sugar », un surnom qui allait tellement bien à ce merveilleux boxeur qui avait tous les dons, au point d’être sans doute le plus beau boxeur qui soit jamais monté sur un ring jusque-là. A noter que, même si Robinson l’emporta face à Villemain, celui-ci réussit à le mettre au tapis, ce qui à cette époque était un véritable exploit. Un des rares boxeurs à avoir dominé Robinson fut Carl Olson, surnommé « Bobo », sans que l’on sache trop pourquoi, champion du monde des poids moyens en 1953 et 1954, et qui échoua pour le titre des poids mi-lourds face à l’autre gloire de la catégorie, Archie Moore*, surnommé « Old Mongoose » (Vieille Mangouste  en français).

Plus tard, dans les années 60 et 70, ce seront les boxeurs poids lourds qui tiendront le haut du pavé avec Mohammed Ali* surnommé « The Greatest », qui affrontera des boxeurs comme Charles Liston, surnommé « Sonny », puis Joe Frazier, surnommé « Smoking Joe », ou encore Georges Foreman, appelé « Big Georges », sans oublier Ken Norton dont le surnom était « The Black Hercules ». Ensuite ce sera la grande période des poids welters et moyens, avec Ray Leonard, qui lui aussi eut droit pour son élégance dans les gestes d’être appelé « Sugar ». Ray Sugar Leonard fut opposé dans sa merveilleuse carrière à des boxeurs dotés d’un immense talent, comme Benitez que l’on appelait aussi « El Radar » pour la précision de ses coups, mais aussi Roberto Duran, surnommé « Manos de Piedra » (mains de pierre), ou encore Thomas Hearns, un terrible puncheur que l’on désigna sous le surnom de « Hit Man », sans oublier évidemment Marvin Hagler, surnommé « Marvelous », qui offrit au monde de la boxe, en avril 1987, un match du siècle contre Leonard*. Enfin, plus près de nous, on signalera dans les années 80 et 90, les poids lourds Mike Tyson, surnommé « Iron Mike » ou « Kid Dynamite », tellement ses frappes étaient lourdes et puissantes, mais aussi Lennox Lewis, le Britannique, surnommé « The Lion », dernier poids lourd susceptible d’être comparé aux plus grands de l’histoire.

Aujourd’hui, hélas, la boxe n’étant plus ce qu’elle était, les grandes figures de ce sport ne sont plus très nombreuses à avoir leur nom et leur surnom en lettres d’or. Il y a tout d’abord les frères Klitschko, à savoir Vitali, surnommé « Ironfist » (poing de fer), et son frère Wladimir, appelé « Doctor » parce qu’il est diplômé de Sciences sportives, les deux hommes dominant depuis plus de dix ans la catégorie poids lourds, du moins ce qu’il en reste. Ensuite on citera les deux meilleurs ennemis de la catégorie des welters et super welters, Manny Pacquiao, surnommé « Pac-Man », qui battit en 2008 Oscar de la Hoya, surnommé « Golden Boy », et Floyd Mayweather, invaincu après 42 combats, surnommé « Pretty Boy » parce qu’il est toujours resté intact physiquement. A noter que cela fait maintenant quatre ans que le monde de la boxe, et ses fans, attendent une confrontation entre les deux meilleurs boxeurs actuels mais, signe de la dégénérescence de ce sport, jamais jusque-là on a réussi à mettre sur pied ce combat qui, seul, pourrait permettre à la boxe de faire un retour sur son passé.

Michel Escatafal

*Un article a été consacré à ces sportifs sur le blog