Les surnoms donnés aux sportifs : partie 1 (F1-boxe)

En consultant pour la énième fois le dictionnaire International du Cyclisme de Claude Sudres, j’ai eu soudain envie d’écrire sur les surnoms donnés aux sportifs. En effet, dans le monde du sport on aime bien donner des surnoms aux champions…sans que parfois cela corresponde à des caractéristiques bien particulières de ce sportif. Parfois aussi, on utilise les mêmes surnoms pour des champions de sports très différents. Ainsi, on a appelé Alain Prost*, « le Professeur », comme ce fut le cas pour Laurent Fignon. Au passage nous devons reconnaître que cela allait aussi bien à l’un qu’à l’autre, tellement les deux hommes avaient la science de la course, qui au volant de sa Mac Laren, de sa Ferrari ou de sa Williams, qui sur son vélo. Par ailleurs, dans certains sports comme la boxe, c’est un mélange de beaucoup de choses, la ville ou encore l’Etat où le boxeur est né, mais aussi son style ou ses qualités de frappeur. Si j’ai évoqué la boxe, la F1 ou le cyclisme, j’aurais aussi dû parler du rugby, c’est parce que c’est surtout dans ces sports que l’on appelle souvent les champions par leur surnom.

Passons un petit moment sur la F1, en rappelant que Fangio fut le « Maestro », tout simplement parce qu’il fut longtemps le recordman des victoires en grand prix (25), mais surtout parce que jusqu’à Michael Schumacher (7 titres), il fut le seul pilote à avoir été cinq fois champion du monde. D’ailleurs quand on trouvait que quelqu’un allait trop vite au volant on lui faisait la remarque suivante : « Tu te prends pour Fangio » ?  Remarque faite notamment par Madame Prost, femme d’Alain, après un Grand prix de France houleux pour son mari. A propos de Schumacher, chacun sait que pour le grand public il reste « le Baron rouge », grâce à ses succès sur Ferrari, même si aujourd’hui il pilote pour Mercedes.

Parmi les autres surnoms très connus, les plus anciens se rappellent du célèbre « Pétoulet », dont on avait affublé Maurice Trintignant (2 victoires à Monaco), dans les années 50, sans que l’on sache exactement pourquoi. A peu près à la même époque, on se rappelle de Villoresi (pilote Ferrari) que tout le monde appelait « Gigi », de l’Argentin Froilan Gonzales (2 victoires) que l’on avait surnommé « El Cabezon » (le têtu), de Stirling Moss, sans doute le meilleur pilote après la retraite de Fangio, que l’on avait qualifié de « champion sans couronne » à force de flirter avec le titre de champion du mode, puis un peu plus tard de Von Trips (2 victoires au début des années 60)que l’on appelait « Taffy », sans oublier John Surtees, multiple champion du monde moto et champion du monde de F1 en 1964, qui était surnommé « Big John »…sans qu’il soit si gros que cela.

Jim Clark*, un des trois ou quatre plus grands pilotes de l’histoire, sera appelé « l’Ecossais Volant » dans les années 60. Dans les années 70, les surnoms vont fleurir avec « Lole » pour Reutemann, le pilote argentin aux 12 victoires, mais aussi Jean-Pierre Jarier, surnommé « Godasse de Plomb », tellement il était rapide  à défaut  de savoir gagner ou plutôt d’éviter la malchance. A  cette époque et jusque dans les années 80, on n’oubliera pas Niki Lauda (triple champion du monde) que l’on avait surnommé « l’ordinateur », ce qui correspondait parfaitement à sa manière d’évoluer sur la piste.  Peu après que Niki Lauda eut quitté la formule 1, nous allions avoir sans doute le plus fabuleux duel de la discipline (fin des années 80 et début des années 90) avec en face d’Alain Prost, « le Professeur », « Magic » Senna*, dont certains disent qu’il fut le pilote le plus rapide en valeur absolue de la discipline. « Magic », reconnaissons que cela lui allait tellement bien !

Pour être juste, et sans être trop chauvin, deux Français en plus de Prost se seront distingués chez Ferrari, tout en étant reconnu par leur surnom, à savoir René Arnoux dit « Néné » et Jean Alesi, que beaucoup de journalistes ont appelé « Jean d’Avignon », sa ville de naissance. Enfin, un peu plus tard, vers la fin de la décennie 90, la Formule 1 a connu « le Finlandais volant », surnom de Mikka Hakkinen, double champion du monde en 1998 et 1999, le seul vrai rival du « Baron Rouge » (Schumacher), pendant ses années Ferrari.  Un autre Finlandais, lui succéda pour le titre de champion du monde en 2007, Raikkonen, surnommé « Ice Man » (l’homme de glace) pour sa manière d’être dans les paddocks, mais pas du tout dans la vie car c’est un bon vivant. Ses principaux concurrents cette année, pour son retour en F1, pourraient bien être « El Toro de Asturias »(le Taureau des Asturies), Fernando Alonso, le double champion du monde espagnol, et « Baby Schumi » surnom de Sebastian Vettel*, qui semble marcher sur les traces de son illustre compatriote, Schumacher (souvent appelé « Schumi »), puisqu’à moins de 25 ans, il a déjà remporté deux titres mondiaux et 21 victoires.

Mais la Formule 1, comme je l’ai déjà précisé, n’est pas le seul sport où l’on attribue des surnoms. La boxe en est aussi très friande, et nous en avons eu là aussi une quantité énorme, surtout jusque dans les années 80, à savoir pendant l’âge d’or de ce sport. Je ne vais bien sûr en citer que quelques uns, tellement la liste serait longue, ce qui sera une excuse si j’oublie un « inoubliable ».  Je commencerais par Georges Carpentier, sans doute le plus grand boxeur français de l’histoire, que l’on avait surnommé en Amérique « The Orchid man » (L’homme à l’orchidée), en raison de la beauté de sa boxe, son fair-play, et son élégance toute française qui fascinait ses admirateurs et, plus encore peut-être, ses admiratrices. Il fut battu lors d’un championnat du monde des poids lourds encore fameux aux Etats-Unis (2 juillet 1921), par Jack Dempsey que les Américains appelait « le Tueur de Manassa », du nom de la ville où il était né, et aussi parce qu’il pulvérisait ses adversaires.

Parmi les autres boxeurs aux surnoms célèbres, il y eut Joe Louis, le fameux poids lourd noir des années 30 et 40, surnommé « The Brown Bomber » (le Bombardier Brun), qui remportait la quasi-totalité de ses victoires par K.O. technique. En fait, il sera invaincu durant toute la première partie de sa carrière, avant de remonter sur le ring pour des raisons économiques et de subir trois défaites, dont deux par les poings d’Ezzard Charles, surnommé « Le Cobra de Cincinnati », un des deux ou trois meilleurs mi-lourds de l’histoire, qui combattit contre lui en poids lourds, et Rocky Marciano*, surnommé « The Rock from Brockton », du nom lui aussi de son lieu de naissance dans le Massachussets. Rocky Marciano, rappelons-le, fut le seul boxeur de l’histoire des poids lourds qui se retira invaincu à l’issue de sa carrière professionnelle.

A peu près à cette époque, n’oublions pas Marcel Cerdan, notre Français champion du Monde des poids moyens, mort tragiquement dans un accident d’avion en 1949, l’année où il conquit son titre mondial, surnommé le « Bombardier Marocain », parce que sa famille s’était installée au Maroc pendant sa jeunesse. A noter qu’il eut son accident d’avion en allant aux Etats-Unis pour s’entraîner et combattre dans un match revanche contre le prestigieux Jack de la Motta, surnommé « The Raging Bull » pour sa rage de vaincre.  Cerdan faillit d’ailleurs être vengé par un autre Français, Robert Villemain, surnommé « French Bulldog », qui fut volé de la victoire au Madison Square Garden de New-York contre La Motta, par deux juges qui furent suspendus par la suite. A noter que La Motta ne consentit jamais à lui accorder une revanche titre mondial en jeu.

Villemain aura aussi eu l’honneur de croiser les gants avec une des quatre ou cinq figures les plus marquantes de l’histoire de la boxe anglaise, Ray Robinson*, dit Sugar Robinson. « Sugar », un surnom qui allait tellement bien à ce merveilleux boxeur qui avait tous les dons, au point d’être sans doute le plus beau boxeur qui soit jamais monté sur un ring jusque-là. A noter que, même si Robinson l’emporta face à Villemain, celui-ci réussit à le mettre au tapis, ce qui à cette époque était un véritable exploit. Un des rares boxeurs à avoir dominé Robinson fut Carl Olson, surnommé « Bobo », sans que l’on sache trop pourquoi, champion du monde des poids moyens en 1953 et 1954, et qui échoua pour le titre des poids mi-lourds face à l’autre gloire de la catégorie, Archie Moore*, surnommé « Old Mongoose » (Vieille Mangouste  en français).

Plus tard, dans les années 60 et 70, ce seront les boxeurs poids lourds qui tiendront le haut du pavé avec Mohammed Ali* surnommé « The Greatest », qui affrontera des boxeurs comme Charles Liston, surnommé « Sonny », puis Joe Frazier, surnommé « Smoking Joe », ou encore Georges Foreman, appelé « Big Georges », sans oublier Ken Norton dont le surnom était « The Black Hercules ». Ensuite ce sera la grande période des poids welters et moyens, avec Ray Leonard, qui lui aussi eut droit pour son élégance dans les gestes d’être appelé « Sugar ». Ray Sugar Leonard fut opposé dans sa merveilleuse carrière à des boxeurs dotés d’un immense talent, comme Benitez que l’on appelait aussi « El Radar » pour la précision de ses coups, mais aussi Roberto Duran, surnommé « Manos de Piedra » (mains de pierre), ou encore Thomas Hearns, un terrible puncheur que l’on désigna sous le surnom de « Hit Man », sans oublier évidemment Marvin Hagler, surnommé « Marvelous », qui offrit au monde de la boxe, en avril 1987, un match du siècle contre Leonard*. Enfin, plus près de nous, on signalera dans les années 80 et 90, les poids lourds Mike Tyson, surnommé « Iron Mike » ou « Kid Dynamite », tellement ses frappes étaient lourdes et puissantes, mais aussi Lennox Lewis, le Britannique, surnommé « The Lion », dernier poids lourd susceptible d’être comparé aux plus grands de l’histoire.

Aujourd’hui, hélas, la boxe n’étant plus ce qu’elle était, les grandes figures de ce sport ne sont plus très nombreuses à avoir leur nom et leur surnom en lettres d’or. Il y a tout d’abord les frères Klitschko, à savoir Vitali, surnommé « Ironfist » (poing de fer), et son frère Wladimir, appelé « Doctor » parce qu’il est diplômé de Sciences sportives, les deux hommes dominant depuis plus de dix ans la catégorie poids lourds, du moins ce qu’il en reste. Ensuite on citera les deux meilleurs ennemis de la catégorie des welters et super welters, Manny Pacquiao, surnommé « Pac-Man », qui battit en 2008 Oscar de la Hoya, surnommé « Golden Boy », et Floyd Mayweather, invaincu après 42 combats, surnommé « Pretty Boy » parce qu’il est toujours resté intact physiquement. A noter que cela fait maintenant quatre ans que le monde de la boxe, et ses fans, attendent une confrontation entre les deux meilleurs boxeurs actuels mais, signe de la dégénérescence de ce sport, jamais jusque-là on a réussi à mettre sur pied ce combat qui, seul, pourrait permettre à la boxe de faire un retour sur son passé.

Michel Escatafal

*Un article a été consacré à ces sportifs sur le blog

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One Comment on “Les surnoms donnés aux sportifs : partie 1 (F1-boxe)”

  1. Eric LAHMY dit :

    Cher ami, très bon article: Trintignant avait été surnommé Pétoulet parce qu’un jour, sa voiture ne démarrant pas, on avait trouvé des « pétoules » (crottes de petits animaux) quelque part dans le moteur de sa voiture, et qui l’avaient manifestement encrassé. C’était raconté dans ses mémoires, que j’ai lues dans une autre vie…


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