Stade Rennais, ASSE, LOSC : le présent se rapproche du passé

En consultant le classement du championnat de Ligue 1 de football, on s’aperçoit que le Stade Rennais est sixième à égalité avec l’Olympique Lyonnais qui est cinquième, juste derrière l’AS Saint-Etienne, quatrième, et le Lille Olympique Sporting Club, troisième, en rappelant que le LOSC est le tenant du titre de champion et de la Coupe de France, puisque ce club a fait le doublé l’an passé. Voilà où nous en sommes après 25 journées de championnat. Certes, rien ne dit que ces clubs seront européens au mois de mai à l’issue de la trente huitième journée, mais en attendant les amateurs de football âgés de 50 ans et plus subissent grâce à ces trois clubs une cure de rajeunissement. Ceux-ci en effet figurent parmi les plus glorieux de l’histoire du football français, et chacun à sa façon a laissé une empreinte indélébile dans le cœur des supporters pour de multiples raisons, tenant autant aux résultats qu’à la manière de jouer.

Sur ce plan le Rennes de Jean Prouff a été parmi les équipes qui ont laissé la meilleure image que l’on puisse avoir du football, tellement il était pétillant et tourné vers l’offensive. Evidemment, en disant cela, on pense surtout aux équipes qui ont gagné la Coupe de France en 1965 (contre Sedan) et 1971 (contre Lyon). Il est vrai que dans ces deux équipes il y avait de remarquables techniciens, ce qui était indispensable pour jouer à la manière d’Anderlecht, qui était un des clubs référence en Europe pour ses résultats et son 4-2-4. Dans l’équipe de 1965, les joueurs s’appelaient Lamia le gardien international, les défenseurs Lavaud, Brucato, Boutet et Cardiet, Ascensio et Loncle (remarquable gaucher) au milieu, et chez les attaquants Prigent, Rodighiero, Dubaële et Pellegrni.

De cette équipe ne restera en 1971 que l’arrière gauche Cardiet, mais les autres joueurs n’étaient pas moins talentueux, qu’il s’agisse de Marcel Aubour le gardien, de Cosnard, Cedolin et Chlosta les autres arrières, de Garcia et Naumovic au milieu et des attaquants Guy, Kéruzoré, Betta et Rico. A propos de Marcel Aubour, au demeurant un remarquable gardien, ceux qui ont vu le match contre Lyon en finale se rappellent qu’il joua un moment à la pétanque…avec des artichauts jetés par des spectateurs bretons frustrés d’avoir vu un but refusé, pendant les interminables discussions entre joueurs et arbitre suite à la non validation du but. Fermons la parenthèse, pour ajouter que Rennes n’avait pas volé sa Coupe de France, puisque les Bretons avaient éliminé en demi-finale l’OM de Novi, Gress, Bonnel, Loubet, plus les deux grandes stars du championnat de France de l’époque, Skoblar et Magnusson.

Jusqu’où ira le Stade Rennais cette année ? Je ne sais pas, mais ils ont d’excellents joueurs (M’Vila, Montano, Théophile, Kaan-Bihyk, Pajot, Brahimi, Erding etc.), jeunes pour la plupart, et un des meilleurs entraîneurs de la Ligue 1 depuis des années, Antonetti. Espérons pour eux qu’ils n’auront pas trop de blessés d’ici la fin de la saison, car leur effectif n’est pas très étoffé. Celui de Saint-Etienne ne l’est pas davantage, mais les Verts de 2012 sont quand même pleins de promesses. Eux aussi ont un mélange harmonieux de joueurs expérimentés comme Rufier, Marchal, Battlès, le Roumain Nicolita ou encore Aubameyang, plus quelques jeunes de grand talent tels que Sako ou Kitambala. Et si avec ce groupe l’ASSE retrouvait une partie de son passé ? En fait c’est tout le bonheur qu’on leur souhaite sous la houlette de Rocheteau, l’ancien « Ange Vert », et de l’entraîneur Galtier.

La simple évocation de Rocheteau suffit à rappeler la glorieuse époque des années 70 avec Herbin comme entraîneur, plus des joueurs de grande classe comme Curkovic, Janvion, Lopez, Piazza, Farison, Larqué, Bathenay, Synaeghel, les frères Revelli, ou encore Sarramagna. Cette équipe exerçait une totale domination sur le football français, et figurait parmi les toutes meilleures en Europe, puisqu’elle arriva en demi-finales de la Coupe d’Europe en 1975, et en finale un an plus tard, battue chaque fois par le Bayern de Maier, Beckenbauer, Hoeness, Roth, Kappelmann, Muller et Rummenige. Ils auraient même dû l’emporter à Glasgow en 1976, car le coup franc victorieux de Roth aurait pu ne pas être validé par l’arbitre, et parce que les Stéphanois ont frappé le poteau, sans oublier la blessure de Rocheteau qui ne joua que 8 minutes.

Cela dit, ils furent aussi champions en 1980-81, avec dans leurs rangs des joueurs comme Platini, Battiston, Larios, Rep, ou encore Roussey et Zimako qui accompagnaient les anciens comme Castaneda, Lopez et Janvion. Mais ils le furent aussi bien avant, dans les années 60, et notamment entre 1966 et 1969 où ils ont raflé tous les titres de champion de France, avec Carnus (gardien et rival d’Aubour en équipe de France), Durkovic, Herbin, Bosquier, le tout jeune Larqué, Jacquet, Parizon, Bereta et Keita. Ce dernier (joueur malien) était la grande star de l’équipe qui ne regretta jamais d’avoir payé environ 6000 francs de taxi pour l’amener de Paris à Saint-Etienne…parce que Keita ignorait où se trouvait réellement la ville où il allait exercer ses talents. Salif Keita fera partie des joueurs qui quitteront Saint-Etienne un peu plus tard pour Marseille, l’OM de Leclerc dépouillant littéralement son vieux rival…qu’il n’arrivait pas à dépasser. Keita à Marseille rejoindra notamment Carnus et Bosquier qui jouaient avec lui à l’ASSE, avant de partir faire une belle carrière à l’étranger (F.C. Valence et Sporting Portugal).

En remontant un peu plus loin, on trouve trace également d’une équipe de l’ASSE championne de France en 1963 et en 1957. Si je relie ces deux équipes, c’est parce quelques uns de leurs meilleurs joueurs ont connu les deux époques, par exemple Richard Tylinski, Ferrier, ou encore Rachid Mekloufi, un des plus grands joueurs de l’histoire du football français, à la fois buteur et meneur du jeu. Une sorte de Platini avant l’heure. A noter que dans l’équipe de 1957 il y avait aussi le gardien de l’équipe de France en Suède, Abbes, mais aussi, N’Jo Lea et un remarquable Hollandais, Rijvers. Et oui, quand on dit que les Verts c’est la légende du football, on n’a pas tort ! Au total Saint-Etienne c’est quand même 10 titres de champion de France entre 1957 et 1981, 6 Coupes de France entre 1962 et 1977, plus une finale de Coupe d’Europe en 1976. Qui dit mieux ? Personne, à part l’Olympique de Marseille. Même le grand Stade de Reims n’affichait pas un meilleur palmarès, malgré ses deux finales de Coupe d’Europe, et sa victoire en Coupe Latine, ancêtre de la Coupe d’Europe.

Après le Stade Rennais et l’ASSE, passons maintenant au LOSC. Lille est d’ailleurs la première équipe professionnelle à avoir remporté le championnat de France (aujourd’hui Ligue 1) en 1933. Ce championnat s’appelait à l’époque Division nationale, et il se déroulait en deux groupes (A et B), n’ayant rien de géographique puisque dans le groupe A on trouvait, outre l’Olympique Lillois, le FC Sète et l’OGC Nice, et dans le groupe B le F.C Antibes, l’AS Cannes, mais aussi le FC Sochaux, le FC Metz et le Stade Rennais. Le champion de France fut celui qui gagna la finale entre vainqueurs des deux groupes, et Lille battit Cannes (4-3 après prolongations). Dans cette équipe lilloise, les joueurs les plus présents dans les mémoires s’appellent Vandooren, un excellent arrière international (20 sélections) qui plus tard entraînera le club, mais aussi Defossé le gardien, et les attaquants Decottignies et Winckelmans.

Lille sera de nouveau champion de France en 1946, avec une équipe composée de grands noms tels que Sommerlinck l’arrière gauche, mais aussi Bourbotte, Tempowski, Lechantre et la grande vedette du moment, Baratte. Elle remporta le championnat devant…Saint-Etienne (pour un point), alors que Rennes était cinquième. Ensuite le LOSC flirtera avec les premières places, sans toutefois décrocher le titre (second en 1948, 1949, 1950, 1951 et troisième en 1952). Mais ce titre il le décrocheront de nouveau en 1954, devant le grand Stade de Reims, avec des joueurs comme le gardien Ruminski, les arrières Pazur et Lemaître, les demis Bieganski et Sommerlinck (toujours fidèle), et des attaquants comme Strappe plus deux joueurs qui allaient s’illustrer à la Coupe du Monde en Suède en 1958, Douis et Vincent. Ce dernier était à ce moment le meilleur ailier gauche d’Europe, ce qui lui vaudra cette même année 1954 une sélection dans l’équipe du Continent (avec deux autres Français Jonquet et Kopa) qui allait jouer contre l’Angleterre.

Il partira quelques années plus tard au Stade de Reims, car Lille n’avait plus les moyens d’entretenir une grosse équipe de Division1, ce qui est encore un peu le cas à présent en attendant la construction du grand Stade attendu depuis si longtemps et qui devrait être inauguré l’an prochain. Cela dit, Lille gagnera aussi la Coupe de France de 1946 à 1948, puis plus tard en 1953 et 1955. Ce sera le chant du cygne du LOSC, avant de retrouver sa vraie place dans le football français dans les années 2000, avec en point d’orgue son magnifique doublé de l’an passé sous la houlette d’un excellent entraîneur comme Rudy Garcia et des joueurs comme Landreau, Debuchy, Mavuba, Rami, Gervinho, Cabaye, Sow, Obraniak et sa perle rare, le jeune Belge Hazard, que tous les grands clubs européens veulent recruter. Cette année le LOSC a encore tous les atouts pour être candidat à une place en Ligue des Champions, malgré les départs l’été dernier de Rami, Gervinho, Cabaye et celui de Sow (meilleur buteur de L1 en 2011) cet hiver en Turquie. Quant au Stade Rennais et l’ASSE, je les voie bien se qualifier pour la Ligue Europa. Pour ces trois clubs le présent aurait rejoint le passé, du moins en partie.

Michel Escatafal

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One Comment on “Stade Rennais, ASSE, LOSC : le présent se rapproche du passé”

  1. Un beau retour dans le passé qui nous montre que ces clubs ont une histoire qu’il ne souhaite que répéter…
    Quand on voit le niveau du LOSC ces dernières saisons, ils font vraiment parti des grands de la Ligue 1… le Stade Rennais ne gère pas assez bien les départs de joueur de l’effectif… c’est pour cela qu’il reste scotché au place de LIgue Europa…
    Quand à l’ASSE espérons qu’ils nous feront rêver comme il y’a trente ans… en tout cas il y’a des joueurs qui sont vraiment bons tel que Aubameyang qui enchaine les belles performances


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