L’Inter de Milan : une riche histoire en bleu et noir

Après sa victoire au stade Vélodrome, il y a deux semaines, l’Olympique de Marseille a une bonne chance de se qualifier pour les1/4 de finales de la Ligue des Champions (une épreuve que l’OM est le seul club français à avoir remportée)  face à une équipe, l’Inter de Milan, classée actuellement à la 7è place du championnat d’Italie, à 11 points de la première place qualificative pour la Ligue des Champions. Au passage on notera que la situation des deux clubs est quasiment identique dans leur championnat respectif. Cela étant, le F.C.Internazionale Milano, plus connu sous le nom d’Inter de Milan, reste l’un des clubs les plus prestigieux dans le monde avec ses multiples trophées nationaux, européens et mondiaux. Par ailleurs on rappellera que le nom curieux que porte ce club est dû au fait que ses fondateurs (Suisses et Italiens) ne supportaient pas que l’on refuse aux étrangers la possibilité d’y jouer. Plus de cent ans après, ces mêmes fondateurs seraient heureux de constater que, de nos jours, il y a dans ce club (comme dans nombre de grands clubs en Italie et ailleurs) beaucoup plus de joueurs étrangers que nationaux.

L’Inter de Milan, « grand d’Europe » s’il en est, a connu dans son histoire deux époques où son équipe a dominé le monde. La première à l’époque d’Helenio Herrera comme entraîneur, vainqueur de la Coupe d’Europe des clubs champions ( ancêtre de la Ligue des Champions) en 1964 et 1965, avec de surcroît une victoire ces deux années en Coupe Intercontinentale, remplacée en 2006 par l’actuelle Coupe du Monde des clubs. Au passage, il faut aussi noter que cet Inter avait pour président Angelo Moratti, père de l’actuel président Massimo Moratti, la famille Moratti ayant fait fortune dans l’industrie pétrolière. Le fils Moratti peut s’enorgueillir pour sa part d’une Ligue des Champions en 2010 et du titre de champion du monde des clubs la même année (en plus du doublé Coupe-championnat), ainsi que la Coupe de l’UEFA 1998, avec dans l’équipe cette année-là des joueurs comme le Brésilien Ronaldo, Roberto Baggio, le Néerlandais Bergkamp ou Youri Djorkaeff qui allait remporter cette même année la Coupe du Monde avec l’équipe de France. Bref, un palmarès extraordinaire pour ce club, auquel il faut ajouter 18 championnats d’Italie, dont 5 consécutivement entre 2006 et 2010, 7 Coupes d’Italie et 2 autres Coupes de l’UEFA entre 1991 et 1994.

Une des particularités de l’Inter à ses grandes époques, au milieu des années soixante et en fin de la décennie 2000, fut  d’avoir utilisé un système de jeu controversé, le « catenaccio » comme on disait autrefois, où l’efficacité défensive prime sur tout le reste. Jose Mourinho, l’emblématique entraîneur de l’équipe vainqueur de  la Ligue des Champions 2010,  avait en effet imposé un jeu extrêmement restrictif au point qu’on avait vu jouer lors de la finale contre le Bayern de Munich, Samuel Eto’o, grand chasseur de buts devant l’éternel…au pose d’arrière droit. Cela avait valu des commentaires acerbes de la part de nombreux commentateurs, y compris venant de personnalités extérieures au football, comme le basketteur vedette de la NBA, Steve Nash, qui avait estimé que l’Inter avait joué « avec 11 gardiens de but », ce qui lui avait  valu une forte réplique de Mourinho, ce dernier  lui disant qu’il ne connaissait rien au football.  Il est clair que sur ce plan, cet Inter-là, même en ayant tout gagné, était loin de faire l’unanimité comme par exemple le F.C. de Barcelone entraîné par Guardiola, avec ses Messi, Xavi, ou encore dans les années 2007 à 2009 avec Eto’o et Thierry Henry, tous ces joueurs et leurs coéquipiers formant une équipe portée vers l’offensive au jeu infiniment plus « léché ». Pour mémoire, au cours de la saison 2008-2009, le trio d’attaque Messi, Eto’o et Henry a inscrit 100 buts dans la saison dont 72 en Liga (record).

Cela rappelle aux plus anciens les querelles sur le jeu de l’Inter, version Helenio Herrera, irrésistible en 1964-1965 et battu en finale de la Coupe d’Europe 1967 par le Celtic de Glasgow de l’entraîneur Stein, avec des joueurs comme les arrières Mac Neil et  Gemmel, le milieu Murdoch, ou les attaquants Johnstone (ailier minuscule et redoutable) surnommé « La Puce du Celtic », Wallace ou Lennox. Cette victoire des Ecossais avait procuré un plaisir intense à ceux qui avaient suivi ce match, car le Celtic de Glasgow avait remporté  la victoire au prix d’une débauche de football offensif, qui contrastait tellement avec le « béton » milanais. Et ce « béton » fonctionnait d’autant mieux jusqu’à la 63è minute, que l’Inter avait ouvert le score sur pénalty (Mazzola) à la 8è minute.  Cela étant, si tous ceux qui aiment le football et qui ont vu cette finale se rappellent du Celtic de Glasgow, personne ne se rappelle du nom des finalistes de la Coupe d’Europe en 1964 et 1965. Et  pourtant, ces années-là, l’Inter avait battu deux grands clubs, à savoir le Real Madrid où jouaient encore Santamaria, Di Stefano, Puskas et Gento en plus du grand espoir qu’était à l’époque l’ailier Amancio et du Français (ancien rémois) Lucien Muller, et le Benfica de Costa Pereira, Cavem, Germano, Coluna, Augusto, Torres, Simoes et Eusebio, ces deux clubs ayant gagné à l’époque 7 Coupes d’Europe des clubs champions à eux seuls sur les 10 qui avaient été disputées !

Comme quoi, finalement, le résultat prime toujours sur la manière, même si les deux ensemble c’est encore mieux…ce qui est possible, comme en témoigne de nos jours le Barça, ou encore comme l’a prouvé le grand Real de Di Stefano, Puskas et Kopa au milieu et à la fin des années 50. Cela étant, il faut aussi reconnaître que si cet Inter de Milan du milieu des années 60 n’avait pas le jeu emballant qui était la marque de fabrique du  Real Madrid entre 1956 et 1960, il n’en avait pas non plus les joueurs. Donc, l’Inter jouait avec ses armes, qui n’étaient quand même pas des « pétards mouillés », où l’efficacité était mise au premier rang, avec une rigueur extrême dans le système de jeu imposé par l’entraîneur français Helenio Herrera, et auquel adhéraient pleinement des  joueurs de grand talent comme Sarti le gardien, Facchetti, premier arrière latéral à se comporter comme un ailier, mais aussi Guarneri, Picchi, Jaïr, Mazzola qui marqua deux buts dans la finale de 1964 comme Milito en 2010, sans oublier Suarez qui remporta le Ballon d’Or en 1960, et l’inimitable gaucher Mario Corso.

En 2010 aussi, la grande force de l’Inter, version José Mourinho, était de jouer avec un système à la fois rigoureux et parfaitement respecté par les joueurs qui composaient l’équipe. Toutefois celle-ci semblait moins brillante que ses devancières quant au nombre d’éléments de grande classe, seuls Maicon,  l’emblématique capitaine Zanetti, Sneijder, Eto’o et Milito, pouvant supporter la comparaison avec les joueurs cités auparavant. Et Mourinho avait d’autant plus de mérite d’avoir tiré le maximum de cette équipe, qu’elle n’arrivait jamais auparavant en finale, ni même en demi-finale de la Ligue des Champions. D’ailleurs depuis le départ de Mourinho, l’Inter s’est contenté de remporter la Coupe d’Italie en 2011, alors que l’année précédente elle avait tout gagné. Comme quoi, même si ce sont les joueurs qui sont sur le terrain, l’entraîneur a quand même un rôle important à jouer. D’ailleurs pourquoi certains entraîneurs réussissent partout, comme Herrera ou Mourinho, et d’autres non ?

Un dernier mot enfin : il y a quand même une énorme différence entre l’Inter de 1964-1965 et celui de 2010, à savoir que l’Inter des années 60 était d’abord une équipe italienne, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. En effet, en dehors du président (Moratti fils), qu’y-a-t-il d’Italien dans l’Inter de nos jours ? Par exemple en finale de la Ligue des Champions 2010, l’entraîneur était portugais (remplacé l’année suivante par le Brésilien Léonardo, actuel directeur sportif du PSG) et sur les 14 joueurs qui avaient foulé la pelouse, un seul était italien, Materazzi…entré en jeu à la 90è minute. Sinon il y avait 3 Brésiliens (Julio César le gardien, Lucio et Maicon), 4 Argentins (Samuel, Zanetti, Cambiasso, Milito), un Macédonien (Pandev), un Camerounais( Eto’o), un Néerlandais (Sneijder), un Roumain (Chivu), un Ghanéen (Muntari), un Serbe(Stankovic). Et dans l’équipe qui dispute le championnat cette année, les Italiens ne sont guère plus nombreux, même si le club a de nouveau un entraîneur originaire de la péninsule (Ranieri)…qui pourrait ne plus l’être très longtemps si l’OM élimine l’Inter.  En revanche, dans l’équipe type, le seul Italien qui soit vraiment titulaire est le buteur Pazzini.

C’est ce qui s’appelle la mondialisation du football, ou simplement renouer avec son histoire pour l’Inter. En revanche, comme je l’ai dit précédemment, dans les équipes de l’Inter en 1964 et 1965, il n’y avait que deux ou trois étrangers, les  Espagnols Suarez et Peiro et le Brésilien Jaïr. Ceux-ci avaient succédé à quelques grandes figures du football international comme le buteur néerlandais Servaas Wilkes (entre 1949 et 1952), l’attaquant hongrois (né en France) Itsvan Nyers (entre 1948 et 1954), le Suédois Nacka Skoglund, remarquable ailier gauche de l’équipe de Suède finaliste de la Coupe du Monde 1958, l’Argentin Angelillo, redoutable buteur (meilleur buteur du championnat d’Italie en 1959) surnommé « patte de velours » tellement il était fin techniquement, son compatriote Maschio qui, comme Angellilo,  joua par la suite avec la sélection italienne en devenant même le capitaine lors de la Coupe du Monde au Chili en 1962. Ces joueurs avaient  précédé les Allemands Rummenige (dans les années 80), un peu plus tard Matthaus ou encore Brehme de 1988 à 1992, et Klinsmann qui les rejoindra en 1989, en plus de ceux déjà cités ayant remporté la Ligue des Champions 2010 et la Coupe de l’UEFA en 1998.

Michel Escatafal

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One Comment on “L’Inter de Milan : une riche histoire en bleu et noir”

  1. Une grande équipe, surtout en 2010 où Mourinho a fait un travail dantesque…
    En ce qui concerne celle de Ranieri, elle inquiète plus… Marseille les a éliminé, ils ont fait preuve de naïveté lors de l’égalisation…
    Une saison noire de la part des milanais qui devront mieux jouer l’année prochaine.


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