Le tennis américain ne découvre plus d’Alex Olmedo

Le tennis américain est à la croisée des chemins et pour tout dire décline de plus en plus, notamment chez les hommes. Et encore cette affirmation est injuste, car le tennis féminin des Etats-Unis ne vaut que par les sœurs Williams, lesquelles ne sont plus aujourd’hui des espoirs après avoir écumé tous les plus grands tournois depuis plus de dix ans. En effet, entre Vénus qui a remporté sept titres en grand chelem (5 Wimbledon et 2 Flushing Meadow), plus un titre olympique, et Serena qui en a gagné treize ( 5 Melbourne, 1 Roland-Garros, 4 Wimbledon et 3 Flushing Meadow), les années 2000 ont quand même été marquées par ces deux sœurs qui, en outre, ont remporté ensemble une douzaine de tournois majeurs en double plus deux titres olympiques dans la spécialité. Mais derrière elles, où est la relève face aux tenniswomen des pays de l’Est européen qui trustent les titres…quand une Williams n’est pas là pour leur enlever? D’ailleurs, au dernier classement WTA, la première américaine est neuvième et c’est…Serena Williams. Ensuite il faut descendre à la trente-sixième place pour trouver la seconde américaine classée (Christina Mac Hale). Bref le désert, à comparer à la situation telle qu’elle était jusque dans les années 80-90 (Maureen Connoly, Doris Hart, Althea Gibson dans les années 50, Darlène Hard au début de la décennie soixante, Billie Jean King quelques années plus tard et Chris Evert entre 1974 et 1981), d’autant qu’au début des années 80 le tennis américain avait reçu le renfort d’une joueuse comme Martina Navratilova (ex-Tchécoslovaquie), après avoir obtenu son passeport des Etats-Unis.

Chez les hommes, ce fut Ivan Lendl qui prit la nationalité américaine dans les années 80, grossissant un peu plus la densité du tennis des Etats-Unis, encore très riche à l’époque. Je dis encore très riche, parce que depuis les années 30 le tennis américain n’a cessé de dominer la planète, sauf dans les années 50 et 60 où la domination fut australienne. En effet, depuis la fin de la décennie 30, le tennis américain a vu l’avènement de quelques uns des plus grands joueurs de l’histoire, tels que Donald Budge et Bobby Riggs dans les années d’avant-guerre, puis, à partir de 1946-1947, Jack Kramer ou Pancho Gonzales, entre autres, qui ne firent pas la carrière qu’ils pourraient faire aujourd’hui en raison du fait que le tennis « open » n’existait pas. La remarque est aussi valable pour les Australiens, comme je l’ai déjà souvent souligné sur ce site. Mais depuis l’ère open, les Américains ont connu quelques monstres sacrés de ce sport, notamment Connors et Mac Enroe dans les années 70 et 80, et à un degré moindre Stan Smith, Arthur Ashe et Vitas Gerulaitis, puis un peu plus tard  Chang, Courier, et surtout les immortels Sampras et Agassi.

Mais aujourd’hui que reste-t-il de tout cela ? Peu de choses, même si ça et là un joueur des Etats-Unis réalise quelque exploit. En fait le dernier grand  joueur s’appelle Andy Roddick, qui remporta l’US Open en 2003 et fut un éphémère numéro un mondial cette même année. Aujourd’hui les Américains ne sont les meilleurs qu’en double avec les frères Bryan (11 titres en grand chelem plus 3 Masters) , avec cette restriction que les meilleurs joueurs de simple négligent le double, contrairement à ce qui se passait jusque dans les années 70, sauf au Jeux Olympiques tous les quatre ans, et au hasard des rencontres de Coupe Davis. Combien d’Américains figurent parmi les dix meilleurs mondiaux au classement technique de l’ATP ? Réponse : deux, avec les méconnus Mardy Fish (neuvième) et John Isner(dixième), deux bons joueurs du niveau des…Français, alors qu’Andy Roddick se traîne à une vingt-huitième place indigne du grand joueur qu’il fut. Suffisant pour battre en Coupe Davis l’équipe de France, mais largement insuffisant pour gagner des tournois du grand chelem, beaucoup trop haut perchés pour eux. Et pourtant, si l’on en croit les nostalgiques de la splendeur du tennis américain, cette situation est anormale, car d’une part il y a encore beaucoup d’argent qui circule dans les cercles de la fédération, et il y a encore de nombreuses académies qui furent dans un passé récent de remarquables usines à champions.

Cela étant le déclin des Etats-Unis et de l’Australie, et plus généralement des grands pays à tradition tennistique, a coïncidé avec l’apparition des joueurs venus des pays de l’Est européen, appartenant  à l’ex-Union Soviétique ou satellites de cet empire (ex-Yougoslavie, ex-Tchécoslovaquie etc…). Ces joueurs ou joueuses furent longtemps très peu nombreux sur le circuit, du moins jusqu’à la fin des années 80, dans la mesure où le tennis était un sport professionnel, donc incompatible avec les lois de l’amateurisme en vigueur dans les pays communistes. Malgré tout certains arrivèrent jusqu’au plus haut niveau, et, parmi ceux-ci, je citerais le Tchécoslovaque Drobny dans les années 40 et 50, son compatriote Kodes dans les années 70, les Roumains Nastase et Tiriac à la même époque, en plus de Lendl lui aussi tchécoslovaque avant sa naturalisation américaine. Chez les femmes, on ressortira la Hongroise Zsuzsa Körmoczy, connue en France parce qu’elle remporta Roland-Garros en 1958, ou encore la Yougoslave Mima Jausovec (années 70 et 80) et la Roumaine Virginia Ruzici, qui ont elles aussi gagné Roland-Garros respectivement en 1977 et 1978, puis Hana Mandlikova et bien sûr Martina Navratilova qui étaient encore tchécoslovaques au début des années 80, dont j’ai parlé dans un précédent article. Tous furent en quelque sorte des précurseurs pour ceux qui sont au sommet du tennis à notre époque.

Mais revenons au tennis américain pour évoquer le souvenir de quelques joueurs de très grande classe, aujourd’hui oubliés du grand public. Je ne parlerais pas de nouveau de Jack Kramer, ni de Pancho Gonzales à qui j’ai consacré un article sur ce site.  En revanche, il faut savoir que face à la domination australienne dans les années cinquante, il y eut quelques joueurs qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, ce qui signifie que leur talent était immense. Arriver à battre Rosewall en finale de Forest-Hills en 1955, comme le fit Tony Trabert, relevait de l’exploit dans la mesure où Rosewall était déjà très fort à l’époque. Et ce succès de Trabert n’était pas un hasard, puisqu’il a aussi remporté deux fois Roland-Garros en 1954 et 1955, plus Wimbledon en 1955, ratant le grand chelem cette même année en Australie où il fut demi-finaliste (éliminé par Rosewall).

Plus tard, chez les professionnels, Trabert deviendra champion du monde professionnel en 1956 aux dépens de l’extraordinaire Pancho Gonzales. Bref un très grand joueur, véritable force de la nature, adepte du service-volée avec un service surpuissant, excellent en revers aussi. En fait il ne lui manquait qu’un grand coup droit pour être encore plus performant. Hélas pour lui, sa carrière professionnelle sera courte, en raison de multiples blessures engendrées par un entraînement sans doute trop intensif et un jeu exigeant de sa part beaucoup d’efforts. Pour l’anecdote, il faut aussi souligner qu’il a joui d’une extraordinaire popularité en France, non seulement pour ses victoires à Roland-Garros, mais parce qu’il vécut quelques années à Paris, une ville qu’il adorait.

Autre excellent joueur dont je voudrais parler, Vic Seixas, appelé « Adonis » par ses admiratrices. Il remporta Wimbledon en 1953 et s’imposa à Forest-Hills en 1954, année où il réussit à conquérir enfin la Coupe Davis, une épreuve dans laquelle il a gagné 24 simples et 14 doubles. C’était un excellent technicien, avec un service puissant, une belle volée et un très bon coup droit d’attaque. Et plus que tout, c’était un furieux combattant qui ne s’avouait jamais battu. La preuve, en 1957, pour son dernier match de Coupe Davis, il s’imposa 13-11 lors du cinquième set devant l’Australien Mal Anderson, à l’époque numéro deux mondial, et son cadet de douze ans.

Enfin, je voudrais aussi souligner la performance d’Alex Olmedo, péruvien naturalisé américain, surnommé « Le Che » en raison de ses origines, à la fois rapide et résistant, doté d’un remarquable service et d’une volée qui ne l’était pas moins. L’arrivée au sommet du tennis mondial de ce grand jeune homme (1m85) va être à la fois fulgurante et très controversée, dans la mesure où il fut sélectionné pour la première fois dans l’équipe américaine de Coupe Davis en 1958, alors qu’il avait à peine vingt-deux ans, et surtout parce qu’à l’époque il était presque inconnu (onzième joueur américain) sinon comme excellent joueur de double, sauf en Californie du Sud, dont le président de la Ligue (Perry Jones) était le sélectionneur. En outre, pour couronner le tout, Olmedo ne voulait pas faire son service militaire en tant qu’Américain. Tout cela déclencha un véritable scandale, les Américains ne comprenant pas qu’on sélectionne un tel joueur pour reconquérir la Coupe Davis, prenant en plus la place d’un véritable Américain, Richardson, considéré comme le numéro un des Etats-Unis. Malheur au sélectionneur en cas d’échec, même si ledit sélectionneur pouvait se targuer du soutien de Jack Kramer !

Mais d’échec il n’y eut point, car Olmedo fut tout simplement extraordinaire tant en finale interzones contre l’Italie, qu’en Challenge Round contre l’Australie, en rappelant qu’à cette époque le vainqueur de la Coupe Davis l’année précédente était automatiquement qualifié pour la finale. Contre l’Italie, Olmedo battit Pietrangeli, puis Sirola, redoutables joueurs de Coupe Davis mais plutôt spécialistes de la terre battue, puis remporta le double contre les mêmes avec pour partenaire…Richardson, avec qui il avait remporté le double à Forest-Hills. Les Américains grâce à une victoire totale (5-0) gagnèrent le droit de défier les Australiens. Bien entendu Olmedo conserva sa place, tout en étant attendu au tournant pour affronter les meilleurs joueurs du monde chez eux, sur herbe. Des Australiens, Cooper et Anderson, qui accumulaient les victoires en grand Chelems (trois pour Cooper et une pour Anderson), et qui étaient respectivement numéro un et deux sur le plan mondial.

 Résultat, Olmedo battit Cooper et Anderson, les deux fois en quatre sets, et remporta le double avec Richardson contre la meilleure équipe de l’époque (Fraser-Anderson) à l’issue d’un match extraordinaire en cinq sets (10-12, 3-6, 16-14, 6-3, 7-5) après avoir sauvé deux balles de match, les Etats-Unis l’emportant au final par trois victoires à deux, puisque Mac Kay, l’autre Américain, avait logiquement perdu ses deux simples. Les Etats-Unis remportaient de nouveau la Coupe Davis, ce qui n’était arrivé qu’une fois depuis 1949 (en 1954), et qu’ils ne remporteront de nouveau qu’en 1963. Et tout cela grâce à Olmedo, qui devint immédiatement un héros aux Etats-Unis…et au Pérou. Il allait continuer sur sa lancée l’année suivante en remportant coup sur coup les Internationaux d’Australie, battant en finale Neale Fraser, puis Wimbledon où cette fois il défit Rod Laver qui disputait sa première finale en grand chelem. Peu après il céda aux sollicitations de Jack Kramer pour intégrer le circuit professionnel à la fin de cette année 1959, qu’il conclut sur un échec en finale à Forest Hills contre Neale Fraser, et en Coupe Davis. La roue avait tourné en un an, et elle allait tourner d’autant plus vite qu’il ne fera rien de notable chez les professionnels. Il n’empêche, à cette époque les Etats-Unis étaient à tout moment capables de sortir de leur chapeau un joueur de grande classe. Cela ne semble plus pouvoir être le cas de nos jours.

Michel Escatafal

Publicités

One Comment on “Le tennis américain ne découvre plus d’Alex Olmedo”

  1. […] dans les années 50, Darlène Hard au début de la décennie soixante, Billie Jean King … Lire tout l’article… Pour aller plus loin : Althea Gibson: PersistenceAs part of the acclaimed Sports Virtues series, […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s