Ouf, l’Aviron Bayonnais est sauvé!

Après avoir dû son salut en 2010 à la relégation administrative de l’US Montauban (en dépôt de bilan), l’Aviron Bayonnais, club basque au passé prestigieux, a réussi cette année encore à éviter la relégation en Pro B. Certes ce fut d’extrême justesse, mais, par rapport à la saison 2010, la différence est très importante dans la mesure où l’Aviron Bayonnais a sauvé sa place sur le terrain. Juste récompense, si l’on ose dire, pour une équipe qui a engagé à grands frais des joueurs comme Heymans, Philips, Lauaki, Tialata, Chisholm ou Rokocoko, tous internationaux renommés, ce qui fait dire à certains supporters que l’équipe basque n’aurait jamais dû se trouver dans cette situation. En tout cas, même si je fais partie de ceux qui pensent, hélas, que le rugby dans les petites villes n’a pas un grand avenir, cela fait toujours plaisir de voir des clubs comme l’Aviron Bayonnais, affronter dans le Top 14, et parfois tenir la dragée haute aux clubs à gros budget des grandes villes comme le Stade Toulousain, le Racing, le Stade Français, l’ASM Clermont, ou encore le RC Toulon, qui disposent de moyens supérieurs.

Cela dit, quand je parlais d’histoire, celle de l’Aviron Bayonnais est une des plus belles que l’on ait connues dans le rugby amateur français, puisque l’Aviron bayonnais fut quand même trois fois champion de France. D’ailleurs ce fut ce club qui, le premier, inscrivit son nom au palmarès du championnat de France (1913) en n’étant pas issu d’une très grande ville, l’Aviron Bayonnais des frères Forgues battant en finale le SCUF (universitaires parisiens), club omnisport dont le président était Charles Brennus, qui a donné son nom au célèbre bouclier remis au champion de France.

Les Bayonnais allèrent aussi plusieurs fois en finale du championnat, en 1922, 1923, avant de l’emporter de nouveau en 1934 avec des joueurs comme l’ailier Celhay, un certain Elissalde à l’ouverture (aucun lien de parenté avec Jean Baptiste), ou encore le talonneur Ainciart qui fut six fois international entre 1933 et 1938. Cette année-là, les Bayonnais battirent en finale à Toulouse leurs cousins basques du Biarritz Olympique, qui allaient l’emporter l’année suivante, et qui eux aussi possédaient quelques grands joueurs comme les trois-quarts Cussac et Haget, ou les secondes lignes Ithurra et Lefort.

En 1943, les Bayonnais renouvelèrent leur exploit de 1934 en devenant champions l’année du rétablissement de la compétition officielle (avec deux zones Nord et Sud), après trois ans sans championnat à cause de la guerre et de l’occupation. Cette équipe de l’Aviron Bayonnais fut sans doute la plus prestigieuse, avec des noms qui marqueront l’histoire de notre rugby, notamment l’arrière Alvarez, le toujours jeune M. Celhay, capitaine et déjà champion en 1934 à l’aile, et qui opérait au centre en 1943 avec un certain Jean Dauger qui a donné son nom au stade, un des plus grands attaquants français de tous les temps au même titre que les Lourdais Maurice Prat et Martine dans les années 50, les Boniface dans les années 60, ou encore Maso et Trillo un peu plus tard (fin des années 60 et début des années 70), sans oublier Bertranne et Sangali (années 70), Codorniou fin de la décennie 70 et début 1980), Sella (années 80), Charvet (années 80 et 90) ou Jauzion de nos jours.

L’Aviron Bayonnais ira de nouveau en finale en 1944, battu par l’USA Perpignan (20-5), avant une longue disette qui durera jusqu’en 1982. Il est vrai qu’à la fin des années 40, notre rugby allait entrer sous la domination totale du F.C. Lourdais à partir de 1948, puis d’Agen et Béziers dans les décennies 70 et 80, avant le long règne en cours du Stade Toulousain. En 1982, l’Aviron Bayonnais sera en effet de nouveau battu en finale (18-9) par le SU Agenais de Sella, Delage, Erbani et Dubroca. Cette équipe bayonnaise avait vraiment fière allure avec une très belle paire de centres internationale, Perrier (4 sélections en 1982) et Belascain (18 sélections entre 1977 et 1982), l’ailier Laurent Pardo (14 sélections entre 1980 et 1982), le capitaine et troisième ligne Pétrissans, sans oublier le pilier Dospital (25 sélections entre 1974 et 1985).

Mais l’apport de l’Aviron Bayonnais à notre rugby ne se limitera pas à ces titres ou à ces finales, car ce club donnera aussi à notre rugby, de la fin de la guerre à nos jours, quelques joueurs de grand talent qui marqueront l’histoire de l’équipe de France. Parmi ceux-ci nous pouvons citer le troisième ligne Robert Baulon (19 sélections de 1954 à 1958), qui fit partie de la glorieuse tournée en Afrique du Sud en 1958, Paul Labadie le talonneur (21 sélections entre 1952 et 1957), Jacques Rollet (5 sélections entre 1960 et 1963) lui aussi talonneur, l’ailier Duprat (15 sélections entre 1966 et 1972), Iraçabal, le pilier aux 34 sélections entre 1968 et 1974,  l’ailier Lagisquet (32 sélections entre 1983 et 1989) qui fut finaliste de la Coupe du Monde 1987, l’ouvreur Christophe Lamaison (37 sélections et 380 points inscrits ce qui est le record en France).

Souhaitons à ce club au passé glorieux de continuer sur sa lancée, même si, comme moi, beaucoup pensent qu’avec le professionnalisme de plus en plus exacerbé dans le rugby, il faudra qu’un jour ou l’autre les dirigeants de l’Aviron Bayonnais et du Biarritz Olympique se décident à fusionner les deux clubs, seule solution pour que le Pays Basque reste une force vive de notre rugby, face aux clubs des grandes métropoles régionales ou locales. Cette fusion serait d’autant mieux acceptée, qu’outre la proximité géographique des deux villes, le nouveau club pourrait jouer alternativement au stade Jean Dauger à Bayonne (17.000 places) ou à Aguiléra à Biarritz (15.000 places). En tout cas le rugby sans un grand club du Pays Basque ne serait plus vraiment le rugby.

Michel Escatafal

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