A propos du porte-drapeau aux J.O.

Parmi les questions qui ont récemment agité le monde du sport dans notre pays, il y a eu le choix du porte-drapeau aux prochains Jeux Olympiques de Londres, même si l’on ne perçoit pas exactement ce que ce choix représente comme symbole, et surtout pourquoi choisir une telle plutôt qu’un tel. Devait-on privilégier un sport dont on ne parle réellement que tous les quatre ans au moment des J.O., ou bien devait-on faire appel pour défiler en tête de notre délégation à une star planétaire, comme l’a fait la Serbie en choissisant pour porte-drapeau le numéro un mondial du tennis, Novak Djokovic ? Apparemment on a beaucoup cogité dans les rangs du Comité Olympique Français, puisqu’il a fallu un certain temps pour décider qui aura cet honneur, même si  on avait bien avancé sur le sujet dans la mesure où depuis quelque temps  ils n’étaient  plus que deux en lice : Laura Flessel et Tony Parker, après que furent éliminés les handballeurs Nikola Karabatic et Jérôme Fernandez, le cycliste VTT Julien Absalon et le nageur Alain Bernard. Et comme attendu c’est Laura Flessel qui a été choisie.

Force est de constater que le choix était difficile, d’autant que de nombreux critères interpellaient ceux qui devaient choisir. Pour ce qui me concerne, le choix était clair : notre porte-drapeau devait être le basketteur  Tony Parker. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est le sportif français le plus connu dans le monde, compte tenu de son statut de star NBA, et en outre il a toujours manifesté une extraordinaire envie de jouer en Equipe de France, payant même de sa poche et encourageant ses équipiers à faire de même, pour arracher aux franchises NBA l’autorisation de disputer les championnats planétaires et continentaux. Même si Tony Parker gagne beaucoup d’argent, c’est quand même un magnifique symbole qu’y être de sa poche pour porter les couleurs de son pays, attitude à comparer avec celle d’autres sportifs qui, à la moindre compétition internationale, négocient durement leurs primes de match…bien avant le début de cette compétition.

En fait, Tony Parker a ressuscité à sa façon l’esprit originel des J.O., qui ne concernaient que les sportifs amateurs, ceux-ci ne devant pas toucher le moindre centime pour leur participation aux Jeux. Certes on va me rétorquer que parler amateurisme pour un sportif gagnant plus de 10 millions de dollars par an, est un peu osé, mais le geste est là : les basketteurs français ne réclament rien pour jouer en Equipe de France. Bravo à eux ! En disant cela,  il faut rappeler qu’il aura fallu attendre 1992 et les J.O. de Barcelone, sous l’impulsion du président du Comité Olympique International de l’époque, J.A. Samaranch, pour voir les meilleurs professionnels du basket et du tennis, mais aussi du cyclisme sur route,  se disputer le titre olympique soit avec leur équipe nationale  ou à titre individuel.  Mais pour revenir à Tony Parker, cela aurait été aussi un formidable atout que l’avoir pour porte-drapeau dans l’optique d’une candidature aux J.O. de 2024…qu’il pourrait défendre avec la même foi que celle qu’il manifeste à la tête de notre équipe nationale de basket, dont il est le capitaine et le meneur de jeu.  Cela dit, je n’ai pas été choqué du choix de Laura Flessel (double championne olympique à l’épée aux J.O. d’Atlanta en 1996), à la fois pour l’ensemble de son œuvre, et parce que cela va permettre de parler encore un peu plus d’un sport peu médiatisé, l’escrime, mais qui a rapporté beaucoup de médailles à la France aux Jeux Olympiques et aux championnats du monde.

Ce sera la cinquième fois depuis 1960 qu’un escrimeur défile en tête de notre délégation olympique, les quatre autres étant Chr. D’Oriola en 1960 à Rome, Magnan en 1972 à Munich, Riboud en 1988 à Séoul et Lamour en 1992 à Barcelone. D’ailleurs l’escrime est le sport qui a fourni le plus de porte-drapeaux olympiques, en dehors de l’athlétisme à une époque où le nombre de sports représentés était beaucoup plus faible. A côté de l’escrime, les autres sports ont été mis à la portion congrue depuis Rome en 1960, dans la mesure où il y a eu  deux athlètes porte-drapeaux, Macquet  en 1964 à Tokyo et M.J. Pérec en 1996 à Atlanta, une nageuse, Christine Caron en 1968 à Mexico, un cycliste sur piste, Morelon en 1976, deux judokas, Parisi en 1984 à Los Angeles et Douillet en 2000 à Sydney, un handballeur, Jackson Richardson en 2004, et un kayakiste, Estanguet en 2008 à Pékin.

Mais pour revenir au rôle de porte-drapeau, est-ce si important de l’être pour un athlète ? Sans doute pas, puisque certains compétiteurs pensent que cela leur fait perdre à la fois du temps et de la concentration juste avant les épreuves. Pour le reste, la cérémonie d’ouverture est surtout une messe grandiose qui met en lumière le faste exagéré des Jeux Olympiques version moderne, surtout depuis l’entrée du monde professionnel, avec ses stars, dans les compétitions olympiques.  A ce propos, faut-il le regretter ou en être heureux? Sur le plan sportif c’est sans doute un plus, même si dans les sports hyper médiatisés que sont le football, le tennis ou le cyclisme sur route, une médaille d’or aux J.O. est loin d’avoir la portée d’une victoire dans les grandes compétitions de ces sports.

A qui fera-t-on croire qu’un titre olympique vaut une victoire à Roland-Garros ou à Wimbledon pour un joueur de tennis, ou au Tour de France ou au Giro pour un routier professionnel ?  A ce propos, et cela permettrait d’alléger le calendrier du tennis pour ne citer que ce sport, j’aurais préféré une compétition par équipes tous les quatre ans aux Jeux Olympiques, sur le mode et à la place de la Coupe Davis ou de la Fed Cup, lesquelles ont beaucoup perdu de leur prestige. En disant cela je sais bien que je commets un sacrilège, mais la réalité est là, pour aussi cruelle qu’elle soit. Pour ce qui concerne le cyclisme sur route, on pourrait imaginer de ressusciter un contre-la-montre par équipes nationales sur une distance à déterminer entre 50 et 100 kilomètres. Enfin, on pourrait imaginer que le football ne soit représenté aux J.O. que par les féminines, pour leur donner une exposition qu’elles n’ont pas, y compris chez nous bien qu’elles remportent des titres (deux Ligues des champions consécutives pour les Lyonnaises).

Fermons la parenthèse, pour regretter encore une fois le gigantisme des Jeux, comme je le soulignais dans un article précédent, en notant que si cela continue, bientôt il n’y aura plus de pays pour les organiser. Certes il y a des infrastructures qui peuvent servir pour l’avenir, que ce soit pour le sport en lui-même (stade nautique, vélodrome, palais des sports etc.), ou encore pour bénéficier  des logements qui ont été créés pour le village olympique.  Mais le plus souvent le coût de ces infrastructures est sans commune mesure avec leur réelle utilité une fois les jeux terminés. Rappelons-nous au passage les problèmes rencontrés en 1976 par la ville de Montréal, les J.O. étant devenus un véritable cauchemar en raison d’une augmentation des coûts de…427%.  Ce n’est qu’un exemple, mais cela démontre qu’il faudra un jour ou l’autre revenir en arrière sur ce gigantisme, et, retrouver quelque peu l’esprit des Jeux en privilégiant un peu plus de modestie en ce qui concerne les installations, et en valorisant les « petits sports » qui souffrent évidemment de la comparaison avec les grands sports professionnels, y compris l’athlétisme et la natation qui ont réussi à conserver une place de choix dans le concert olympique. La preuve, moi-même je privilégiais Tony Parker comme porte-drapeau plutôt que Laura Flessel…même si j’avais mes bonnes raisons dans le contexte actuel.

Les « petits sports », sans aucune idée péjorative en disant cela, méritent en effet au moins tous les quatre ans d’avoir une exposition qui leur est de plus en plus refusée, face aux évolutions des grandes stars professionnelles du football, du basket, du tennis ou du cyclisme sur route. Et si je dis cela c’est parce qu’il s’agit d’une évolution irréversible…qui existait déjà à l’époque des J.O. amateurs, même si ce n’était pas aussi criant. Prenons quelques exemples édifiants à ce propos dans des époques déjà très lointaines. Pour les Français, les Jeux de Melbourne (1956) évoquent irrésistiblement la victoire d’Alain Mimoun au marathon. En revanche personne ou presque ne se souvient de la deuxième médaille d’or consécutive de Christian d’Oriola au fleuret, après celle gagnée aux J.O. d’Helsinki en 1952, exploit d’autant plus grand que ce même d’Oriola avait déjà remporté la médaille d’argent aux Jeux de Londres en 1948, battu par un autre Français dont quasiment personne ne connaît le nom, Jean Buhan.

En 1964, qui a réussi à donner à la France sa seule médaille d’or le dernier jour des compétitions ? Réponse un cavalier, qui s’appelait lui aussi d’Oriola puisque son vrai nom était Pierre Jonquères d’Oriola. C’était un cousin de Christian, et il avait déjà remporté une médaille d’or dans sa carrière en 1952 à Helsinki sur un cheval qui s’appelait Ali Baba. Là, son cheval avait pour nom Lutteur B, et il allait réaliser un sans-faute qui permettait à la délégation française de ne pas rentrer bredouille, et de faire enfin entendre la Marseillaise à Tokyo. Hélas, quand notre hymne national retentit, il n’y avait quasiment plus de Français pour l’entendre, car cette victoire de Jonquères d’Oriola survenait alors que chacun faisait ses préparatifs pour rentrer en France. Et puis franchement, qui se souciait du concours de jumping, suite aux déceptions relatives dues aux médailles d’argent de Christine Caron sur 100m dos, ou de Maryvonne Dupureur en athlétisme sur 800m, sans oublier la cinquième place d’Alain Gootvallès en natation (100m nage libre) et plus encore la déconvenue de Michel Jazy, archi favori sur 5000m et qui n’avait terminé que quatrième sur la cendrée mouillée du stade olympique. Je pourrais continuer ainsi longtemps.

Mais tout cela n’était rien à côté du souvenir qu’a laissé la « Dream Team » américaine de basket aux J.O. de Barcelone en 1992, avec ses stars NBA Jordan, Pippen, Larry Bird, Magic Johnson, David Robinson, qui avaient monopolisé l’attention de tous les médias pendant deux semaines, eux qui étaient déjà repus de gloire parce qu’ils étaient les meilleurs des meilleurs basketteurs de la planète. Heureusement pour nous Français il y avait eu la médaille d’or sur 400m de Marie-Jo Pérec, mais elle ne fut pas la seule puisque les Français s’offrirent sept autres médailles d’or, sans que personne ne se souvienne du nom de ceux qui avaient remporté ces médailles. Et pourtant eux aussi étaient devenus champions olympiques, les judokas Catherine Fleury et Cécile Nowak, les escrimeurs Omnès (fleuret) et Skrecki (épée), le tireur à l’arc Flute, le véliplanchiste David, et les régateurs  Hénard et Loday.

Tout cela pour dire que les Jeux de Barcelone avaient marqué un tournant, parce que pour la première fois il y avait des grandes stars du sport professionnel, qui en plus pour certaines d’entre elles ne vivaient pas au village olympique, préférant des hôtels qui avaient été loués pour eux, ce qui les coupait de facto des autres sportifs, amateurs pour la plupart. Et depuis 1992, on devine les évolutions…Cela dit, nous Français sommes très heureux à l’idée que l’équipe de France de basket soit représentée par d’authentiques stars ou joueurs majeurs de la NBA, comme Tony Parker, Joakim Noah, Nicolas Batum, Boris Diaw ou Kevin Séraphin. Et pour peu qu’ils tiennent leur rang, ils vont monopoliser l’attention pendant deux semaines avec l’espoir qu’on les retrouve en finale face à leurs collègues américains qu’ils côtoient toute l’année. Et pendant ce temps les judokas, les escrimeurs, les lutteurs, les véliplanchistes remporteront des médailles d’or, d’argent ou de bronze…presque dans l’indifférence. Le sport est cruel lui aussi, preuve que les J.O. ne remplissent plus leur office.

Michel Escatafal

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One Comment on “A propos du porte-drapeau aux J.O.”

  1. maisonneuve jennica dit :

    meme si il y avait des regles de la hauteur d’une residendence je me clinerai sans riposter parce que j’adore le sport et je n’ai pas manquer une partie des jo durant les vacation d;ete c’etait vraiment coooooooooooooooooooooooollllllllllllllllllllllllllllll


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