Teófilo Stevenson et Felix Savón, les deux joyaux de la boxe cubaine

Merveilleux styliste, redoutable frappeur avec un direct du droit capable de faire tomber n’importe quel adversaire, athlète magnifique (1.90 m et 93 kilos), Teófilo Stevenson , décédé hier soir d’une crise cardiaque à l’âge de soixante ans,  fut à coup sûr un des grands champions de l’histoire de la boxe. N’oublions pas qu’il remporta le titre olympique chez les poids lourds en 1972, 1976 (année où furent aussi couronnés Léonard et les frères Spink) et 1980, qu’il fut aussi trois fois champion du monde amateurs en 1974, 1978 chez les poids lourds et en 1986 chez les super-lourds (catégorie qui n’existe que chez les amateurs), et qu’il remporta dans sa carrière 301 victoires en 321 combats. Mais il aurait peut-être pu figurer parmi les plus grands champions, au même titre qu’un Marciano, un Mohammed Ali, un Joe Frazier et un George Foreman qui le précédèrent en 1964 et 1968 sur la plus haute marche du podium olympique en poids lourds, ou un Mark Tyson…s’il était né américain ou français. Et oui, Stevenson étant cubain, donc né dans un pays communiste, il lui était interdit de monnayer sa valeur chez les professionnels, comme on le lui a souvent proposé, sauf à quitter son pays et à faire fi de la révolution cubaine dont il était un ardent défenseur.

Néanmoins pour ceux qui douteraient de la valeur de ses performances, parce qu’elles n’avaient eu pour unique théâtre que des combats amateurs, je rappellerais qu’en 1976,  aux J.O. de Montreal,  il mit K.O. à la première reprise en demi-finale l’Américain John Tate qui conquit en 1979 le titre mondial version WBA. C’est quand même une référence à prendre en compte, surtout si l’on ajoute que lors de ces Jeux 1976, il avait défait ses trois premiers concurrents en 7minutes et 22 secondes ! Quatre ans plus tôt, en 1972 aux J.O. de Munich, son adversaire en finale préféra lui laisser le titre sans combattre. En 1980, à Moscou, l’absence des Américains pour cause de boycott empêcha d’en savoir un peu plus sur la valeur de Stevenson à cette époque, car son adversaire en finale, le Soviétique Zayev qui lui rendait 16 cm, n’avait absolument pas les armes pour inquiéter le boxeur Cubain.

Il ne pourra pas davantage se mesurer aux Américains en 1984…de nouveau pour cause de boycott, les Soviétiques et plus généralement la plupart des pays communistes rendant la pareille aux Américains qui avaient boycotté les J.O. de Moscou en 1980 pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan. Cela étant, le cru 1984 chez les poids lourds ou les super-lourds américains ou européens n’étant pas des meilleurs, cela ne nous aurait pas appris grand-chose sur l’état de forme de Stevenson, alors âgé de 32 ans, deux ans avant de raccrocher les gants pour rejoindre l’encadrement de la Fédération cubaine de boxe comme entraîneur. A ce titre,  il participa à l’éclosion de celui qui allait lui succéder dans le cœur des Cubains, Felix Savón qui, curieusement,  aura quasiment le même parcours que lui une vingtaine d’années après.

Felix Savón fut lui aussi triple champion olympique des poids lourds en 1992, 1996 et 2000 et, mieux encore que son illustre prédécesseur et entraîneur,  remporta six fois le titre de champion du monde amateur entre 1986 et 1997. Certes, lors de ses victoires aux J.O. il n’affronta jamais des foudres de guerre, à part peut-être le Russe Ibragimov (en 2000) qui obtint le titre mondial WBO des lourds en 2007. En revanche, hors Jeux Olympiques,  au cours de sa carrière amateur  Savón eut à affronter des adversaires de qualité comme Brewster,  qui fut champion WBO des lourds entre 2004 et 2006, et qui battit notamment Wladimir Klitschko par K.O. à l’étonnement général, ce dernier ayant été champion olympique à Atlanta en 1996 avant de dominer  avec son frère la catégorie des poids lourds depuis bientôt dix ans. Il s’imposa également face à l’Américain Briggs qui s’octroya la ceinture mondiale des lourds, version WBO en 2006, au Polonais Golota qui fut un des meilleurs poids lourds mondiaux dans les années 90 ou encore à l’Ouzbek Chagaev qui détint la couronne WBA des lourds en 2007 et 2008. Bref, comme Stevenson, il est vraiment dommage que Felix Savón n’ait jamais voulu franchir le Rubicon pour boxer chez les professionnels, car il aurait pu réussir une grande carrière, à l’instar des frères ukrainiens Klitschko un peu plus tard.

Savón, comme Stevenson, était très grand (1m96) et bénéficiait à ce titre d’une allonge exceptionnelle, qui lui permettait de gérer ses combats à sa guise. Son palmarès, sur le strict plan du nombre de combats gagnés, est tout aussi fabuleux que celui de Stevenson, puisqu’il a remporté 363 victoires en 380 combats. Lui aussi aurait pu faire fortune chez les professionnels mais, bien que né dans une famille pauvre, il a préféré rester fidèle à son pays et à son leader, Fidel Castro. Il a refusé, notamment dans les années 90, des propositions ô combien alléchantes pour affronter Tyson et Holyfield, les deux meilleurs poids lourds de la décennie avec le Britannique Lennox Lewis. Il a même avoué qu’on lui avait proposé dix millions de dollars pour un combat contre Tyson qui, à son meilleur niveau, était considéré comme imbattable. Qui sait ce que Savón aurait pu faire face à un pareil adversaire ? Personne ne pourra le dire, pas plus qu’on ne saura jamais si Stevenson était au niveau d’Ali, Foreman ou Frazier. En tout cas le seul fait que les techniciens et les promoteurs aient regretté la fidélité de Stevenson et Savón à la boxe amateur,  signifie qu’ils avaient peut-être leur chance contre ces monstres sacrés du ring.

Michel Escatafal

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One Comment on “Teófilo Stevenson et Felix Savón, les deux joyaux de la boxe cubaine”

  1. Vinosse dit :

    Mézalor, à Cuba, la dictature, comment s’exerce-t-elle ?


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