Grosjean en 2012 fait penser à Cevert en 1971

Quel suspens et que de rebondissements hier, dans ce Grand Prix d’Europe à Valence remporté par Fernando Alonso! J’écrivais il y a quelques jours un article sur l’Espagne, et je disais qu’Alonso figurait parmi les deux ou trois meilleurs pilotes de Formule1. Et bien, je crois que je vais finir par affiner mon jugement en considérant que c’est tout simplement le meilleur. Pas nécessairement le plus rapide, même s’il reste à démontrer qu’il existe un pilote plus véloce que lui en course, mais en tout cas certainement le plus complet, ce qui signifie qu’il est celui qui tire le mieux la quintessence de la machine qu’il a dans les mains. D’ailleurs qui oserait prétendre que cette année Ferrari a la meilleure voiture du plateau ? Personne.

Et pourtant Alonso est le seul pilote en 2012 à avoir remporté deux grands prix, ce qui lui permet d’être en tête du championnat du monde. Hier encore, il a gagné le Grand Prix d’Europe à Valence en partant de la sixième ligne, sur un circuit où il est très difficile de doubler. Il fut d’ailleurs quasiment le seul à ne pas avoir eu de problème, et à profiter pleinement des circonstances de course, avec d’une part l’arrivée de la voiture de sécurité à une trentaine de tours de la fin, et de la malchance de Vettel et Grosjean, tous deux victimes d’une stupide panne électrique. Cela veut dire qu’il y a eu une part de chance dans cette victoire, mais la chance ne fait-elle pas partie de la compétition…et de la panoplie des plus grands champions ?

En évoquant le nom de Grosjean, je veux en profiter pour affirmer que la France détient avec lui un pilote de premier plan, comme nous n’en avons pas eu depuis très longtemps. Certains vont me reprocher de m’emballer un peu vite, mais j’observe d’abord que Romain Grosjean est un pilote très rapide, et cela personne ne le conteste. La preuve, il domine régulièrement Kimi Raikkonen en qualifications, même si ce dernier n’a jamais été un monstre le samedi malgré ses 16 poles position. Mais Grosjean fait aussi quasiment jeu égal avec son coéquipier en course, ce qui est une sacrée référence car Raikkonen compte 36 meilleurs tours en course à son compteur (troisième meilleur total de l’histoire). Et si ce dernier a vingt points de plus que Grosjean au classement du championnat du monde, c’est tout simplement parce que le pilote finlandais finit toutes ses courses (contrairement à son passé en WRC), et sait jusqu’où on peut aller trop loin pour éviter toute erreur redhibitoire. Il sait aussi qu’en ne prenant pas de risque inutile, il finira avec de gros points compte tenu de la qualité de sa voiture, la Lotus étant une des meilleures du plateau.

Avant d’intégrer le team Lotus, Romain Grosjean avait  déjà fait la preuve de sa rapidité en GP2, discipline dans laquelle il a enlevé le titre en 2011, après en avoir perdu un qui lui tendait les bras trois ans auparavant par la faute d’erreurs…qu’il ne commet plus aujourd’hui. Même dans les quelques grands prix qu’il a disputés chez Renault en 2009, il avait été loin d’être ridicule face à Alonso, sur qui tous les efforts de l’équipe étaient concentrés, ce qui n’avait pas empêché Renault  et Briatore de le renvoyer à ses chères études à la fin de la saison. Ils avaient bien fait, même si la décision était beaucoup trop sévère, car cela à permis à Grosjean de se remettre en question, de revenir en GP2 et d’emmagasiner de la confiance pour  pouvoir enfin faire ses preuves en F1. Il lui reste simplement à acquérir de l’expérience aux côtés de Raikkonen et dans son excellente équipe Lotus, mais d’ores et déjà il est considéré comme une valeur sûre de la Formule 1, alors que les doutes assaillaient nombre d’observateurs et de supporteurs de la discipline il y a seulement trois mois.

Un dernier mot enfin sur ce Grand Prix d’Europe, pour souligner la beauté et l’intensité de cette épreuve, avec un vainqueur double champion du monde, Alonso, qui l’emporte devant le champion du monde 2007, Raikkonen, à 6 secondes, le troisième étant le septuple champion du monde, Michael Schumacher, ce qui nous offrait un podium avec 10 titres mondiaux. Du jamais vu en F1 ! Par ailleurs, on notera que 8 pilotes ont terminé la course en moins de 25 secondes, même si l’intervention de la voiture de sécurité peu avant la mi-course a facilité ce resserrement. Il n’empêche, cette saison les performances sont très proches entre les voitures, comme en témoignent les résultats des qualifications de samedi où il y avait encore 12 pilotes en deux dixièmes de secondes juste avant la fin de la Q2 !

Cela me fait penser au résultat du Grand Prix d’Italie, le 3 septembre 1971 à Monza. Ce jour-là, les cinq premiers ont franchi la ligne d’arrivée séparés dans un mouchoir de poche, et l’expression n’est pas galvaudée. En effet le vainqueur, le Britannique Peter Gethin (BRM), est entré dans l’histoire en remportant son unique victoire, après avoir été remercié par l’équipe Mac Laren en cours de saison pour manque de résultats, mais aussi et surtout en devançant son suivant, le Suédois Petterson (March) de 1/100 de seconde, le Français François Cevert (Tyrrell) de 9/100, le Britannique Hailwood (Surtees) de 18/100 et le Néo-Zélandais Ganley (BRM) de 61/100. Cinq pilotes à l’arrivée d’un grand prix se tenant en six dixièmes de secondes ! Extraordinaire !

Ce grand prix à Monza, resté célèbre à jamais par son final, me fait penser que cette année-là François Cevert accumulait les bonnes performances…comme Romain Grosjean cette saison, avant de s’imposer en octobre au Grand Prix des Etats-Unis (Watkins-Glens) avec plus de 40 secondes sur son suivant, le Suisse Siffert. Cette victoire, la seule de sa carrière (il est mort très tôt, en 1973, lors des essais du GP des Etats-Unis), l’avait véritablement consacré parmi les tous meilleurs pilotes, puisqu’il termina à la troisième place du championnat du monde, remporté par son équipier Jackie Stewart. Mais avant d’en arriver là, François Cevert avait quelque peu galéré, malgré un talent incontestable découvert très tôt.

En 1967, après avoir remporté le volant Shell et la monoplace Alpine qui allait avec, François Cevert fut loin d’obtenir les résultats qu’il attendait en Formule 3, au point que l’année suivante il fut obligé d’acheter une Techno grâce à l’aide d’un sponsor qui connaissait ses qualités, et qui sans doute comptait bien exploiter un peu l’image de ce jeune homme beau comme un dieu. Cette fois la réussite fut au rendez-vous, puisqu’il fut sacré champion de France de Formule 3 en 1968. Ce titre lui permit d’accéder à la Formule 2 l’année suivante, où il eut l’occasion de se frotter avec succès aux meilleurs pilotes, notamment celui qui allait devenir plus tard son coéquipier, Jacky Stewart. Et c’est tout naturellement qu’en 1970 il accéda à la F1 au volant d’une March-Ford, se classant sixième à Monza devant le rapide Chris Amon, lui aussi sur March-Ford. Enfin, en 1971, il entrait de plein pied dans la discipline avec une des meilleures voitures, la Tyrrell-Ford, ce qui lui permettra de concrétiser le renouveau du sport automobile français, amorcé quelques années auparavant par son beau-frère J.P. Beltoise, mais pas encore matérialisé par une victoire dans un grand prix du championnat du monde de F1.

François Cevert combla donc ce vide grâce à sa victoire au Grand Prix des Etats-Unis 1971,  victoire qui avait d’autant plus réjoui le cœur des Français que cela faisait treize ans qu’un pilote français n’avait pas gagné un grand prix. Le dernier était Maurice Trintignant qui l’avait emporté à Monaco sur Ferrari (comme en 1955). Or si l’on fait les bons calculs, cela fait seize ans qu’Olivier Panis s’est imposé à Monaco sur sa Ligier à moteur Mugen Honda, dernière victoire française en Formule1. Oui, il est vraiment temps que Grosjean reprenne le flambeau, et pour ma part, je le verrais bien s’imposer en Hongrie, fin juillet, sur un circuit qui devrait convenir à sa Lotus. Cela étant, peu importe l’endroit pourvu que Grosjean gagne !

Michel Escatafal

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