L’autodestruction du cyclisme…

Trois commentaires sur un article consacré au vainqueur du Tour de France 2011, une douzaine sur la chute de F. Schleck, et une multitude sur les affaires concernant Armstrong. On voit immédiatement les priorités de certains forumers sur un site consacré au cyclisme (Cyclism’Actu)! Certes Evans n’a rien d’un coureur glamour, et il ne fait pas parler de lui à tout propos, mais ce n’est pas une raison pour s’intéresser davantage à des témoignages de coureurs sur des faits passés il y a plus de dix ans, plutôt qu’à ce que dit et pense sur la course le favori de ce Tour. Au fond, le cyclisme est train de s’autodétruire chaque jour un peu plus, avec la bienveillante attitude de ceux qui devraient le défendre. Par exemple en acceptant que l’on frappe d’ostracisme certains de ses meilleurs éléments, pour des motifs souvent très discutables, et en faisant preuve de chauvinisme quand on évoque le nom de certains coureurs liés à des affaires présumées de dopage. Ainsi, en France, tout coureur français ou francophone est digne de foi, mais malheur à celui qui est étranger, plus particulièrement espagnol ou américain, d’où le tintamarre constant sur Armstrong et à un degré moindre sur Contador.

Le cyclisme est le seul sport qui veut la destruction de ses stars, contrairement aux autres sports où les supporteurs leur vouent une admiration sans bornes, presque débile, y compris quand celles-ci se livrent à des frasques jugées ridicules par le commun des mortels. Toucher à Messi ou C. Ronaldo sur un forum quelconque est immédiatement sanctionné durement par les autres forumers, ceux-ci ne supportant pas que l’on égratigne un tant soit peu leurs idoles. On leur pardonne tout, au point de voir des forumers français s’inquiéter (à tort d’ailleurs parce qu’ils ne seront finalement pas concernés) qu’on prenne 75% des revenus dépassant le million d’euros à leurs héros…alors qu’eux (les pauvres!) ne gagnent souvent que le SMIC…quand ils ont un travail.

C’est toute la différence entre le supporteur de foot et celui du vélo. J’aurais même envie de dire entre les supporteurs du sport en général et ceux du cyclisme en particulier. Si Armstrong ou Contador étaient footballeurs, tennismen, rugbymen ou pilotes de F1, ils seraient des vedettes intouchables, adulées et admirées. En revanche, le fait d’être ou d’avoir été les meilleurs coureurs cyclistes sur route du nouveau siècle les voue à être lynchés publiquement, et à susciter les passions les plus malsaines. On en arrive même à souhaiter qu’on leur retire tous les titres gagnés à la sueur de leur front…pour les donner à des coureurs ayant été suspendus pour dopage !

C’est cela le monde du cyclisme d’aujourd’hui, avec une fédération qui ne cesse de céder aux diktats de toutes les instances antidopage, comme pour demander pardon de tout ce que peuvent faire ou ne pas faire les coureurs, et des supporters qui, en grand nombre, soutiennent cette chasse aux sorcières sans en mesurer les conséquences pour un sport qu’ils sont  censés aimer. Ils ne se rendent même pas compte qu’après avoir tué la piste, on est en train de mettre à mal la route, au point que celle-ci ne survit que grâce au Tour de France et accessoirement au Giro. Mais que se passera-t-il le jour où les télévisions auront partout la même attitude qu’en Allemagne? Et bien, le cyclisme sur route mourra de sa plus belle mort…après avoir été (peut-être) guéri de tous ses maux. Et qu’on ne vienne pas me dire que j’exagère, car c’est déjà le cas pour la piste…avec l’accord du CIO qui n’accorde qu’un coureur par nation à la vitesse masculine aux J.O., après avoir supprimé la poursuite et le kilomètre, alors que l’athlétisme, la natation ou le tennis en ont davantage. C’est comme si pour le 100m en athlétisme on n’acceptait qu’un seul Américain, un seul Jamaïcain et un seul ThaIlandais!

Bien sûr, il faut lutter contre le dopage, je le redis encore une fois, mais de grâce ne soyons pas plus royalistes que le roi. Pourquoi le cyclisme serait-il la cause à lui seul de toutes les dérives ou de tous les maux du sport de haute compétition? Pourquoi le cyclisme devrait-il payer seul les effets nuisibles engendrés par un argent toujours plus présent dans les grandes compétitions sportives? Et surtout, pourquoi ceux qui se disent amoureux du vélo s’acharnent-ils à participer à sa destruction méthodique? Voilà de bonnes questions que certains devraient se poser, plutôt que s’ériger en censeurs de pacotille, parlant de choses qu’ils ignorent.

La supériorité du foot, du rugby ou du tennis sur le vélo, est que les gens qui en parlent le font avec amour, même s’ils n’ont jamais pratiqué ces sports et même s’ils n’ont qu’une vague idée des règles qui les régissent. Ce n’est pas le cas du vélo, car ceux qui l’ont pratiqué en compétition sont souvent frustrés de n’avoir jamais rien gagné, ou d’avoir été incapables de persévérer. Quant aux autres c’est pire, car ils veulent parler doctement de choses qu’ils ignorent. Grimper le Tourmalet, le Granon ou l’Izoard, est quand même un exercice très différent qu’affronter la pente de la sortie de son garage ou regarder les coureurs à la télévision en mangeant une glace ou en savourant une bière. Dans le premier cas on a un (petit, très petit) aperçu de l’effort demandé à nos champions, alors que dans l’autre on a tout le temps de se poser la question de savoir si un tel a pris ou non un produit interdit, même si tout le monde (heureusement!) n’est pas dans ce cas.

Pour ma part, et pour avoir beaucoup souffert sur un vélo dans les nombreuses côtes qui jalonnent les parcours du Lot-et-Garonne, du Jura ou du Doubs, ou pour avoir eu beaucoup de mal à grimper nombre de cols dans le Massif Central, les Pyrénées, les Alpes ou les Vosges, je me contente de savourer le plaisir de voir attaquer un Contador ou un A. Schleck (pour ne citer qu’eux). En revanche, je reconnais volontiers ne jamais me poser la question de savoir ce qu’ils ont pris ou pas pris, pour être capables de nous offrir un spectacle aussi grandiose que celui qu’ils nous ont offert dans la montée de Verbier en 2009, ou dans celle du Tourmalet en 2010, où, malgré le brouillard,  nous avions les yeux illuminés par ce duel qui rappelait celui d’Anquetil et Poulidor en 1964 dans le Puy-de-Dôme. Cette attitude est d’autant plus rationnelle que, compte tenu de la sévérité des contrôles auxquels les coureurs sont astreints chaque jour, chaque semaine, chaque mois, on est au moins certain d’avoir à faire à des sportifs exempts de tout reproche dans la lutte contre le dopage. La preuve, s’ils sont malades, ils ne peuvent même pas se soigner comme chacun d’entre nous…si l’on a un rhume.

Michel Escatafal

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3 commentaires on “L’autodestruction du cyclisme…”

  1. redtorso dit :

    Michel ……Merci de me préciser ce que c’est un coureur glamour 🙂 ? j’avoue avoir du mal …..là à piger ?????

  2. joel suire dit :

    le cyclisme est en train de devenir un vrai sport mondial,devant d’autres « grand »sports(voir US,amerique du sud et autres) suivez mon regard !!!! @plus d’un ex 1ere caté ffc pas « frustré »


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