Kaka, Chalana, Keita…ou les aléas des mouvements de joueurs

Il y a un joueur dans le monde du football dont on ne parle plus beaucoup, sauf en Espagne et au Brésil : il s’appelle Ricardo Izecson dos Santos Leite, que personne ne connaît sous ce nom, mais qui fut Ballon d’Or (en 2007) sous le surnom de Kaka. Il est aussi un des joueurs qui ont coûté le plus cher sur le marché des transferts avec  une transaction de plus de 67 millions d’euros entre le Real Madrid et l’AC Milan en 2009. Bref, un des plus grands flops, comme on dit dans le jargon footballistique, du marché des transferts de ces  dernières décennies. Un de ces flops qui font penser à celui de Didi, quand ce dernier fut transféré en 1959 au Real Madrid…pour ne pas jouer, ou si peu, avec cependant une différence, c’est que Kaka s’est obstiné à respecter son énorme contrat à titre individuel, alors que Didi avait  tout de suite compris qu’il était plus rationnel pour lui de retourner au Brésil dans son ancien club de Botafogo.  Comme je le disais dans un précédent article, Didi ne pouvait pas jouer avec Di Stefano, dans la mesure où ils évoluaient dans une position similaire, ce qui était aussi le cas de Raymond Kopa quand il jouait au Real, sauf que Kopa pouvait aussi jouer en position d’ailier droit et y être le meilleur à ce poste.

Fermons la parenthèse et revenons à Kaka qui, si j’en crois le site web de As, est en vacances au Brésil, après un séjour aux Etats-Unis, avec un de ses glorieux compatriotes, Ronaldo, lui-même ancienne gloire de l’Inter Milan, du Real Madrid et de la Seleçao.  J’aurais dû plutôt dire achève ses grandes vacances, puisqu’il aura eu droit cette année à près de deux mois de détente, compte tenu du fait que Kaka n’est même plus sélectionné en équipe du Brésil. Sa saison s’est donc arrêtée à la mi-mai, après avoir finalement peu joué dans la mesure où l’entraîneur du Real, Mourinho, ne le considère pas comme un joueur titulaire, malgré quelques prestations convaincantes au cours de la saison. A ce propos, le problème dans un club comme le Real Madrid, où les vedettes sont en nombre, est que si l’on n’a pas la confiance totale de l’entraîneur, on ne joue plus ou pas beaucoup. C’est un peu ce qui est arrivé au Franco-Argentin, Gonzalo Higuain, après son opération du dos, sa place étant prise par un autre Français, Karim Benzéma.

Alors où va jouer Kaka la saison prochaine ? Réponse, sans doute au Real Madrid, parce que le Real ne reçoit pas d’offre sérieuse pour le  recrutement de Kaka, même si ce dernier serait prêt dit-on à faire des efforts financiers pour retourner au Milan A.C., qui se refuse à en faire de son côté. En outre le Milan AC ne semble plus rouler sur l’or, ou plutôt son patron (S. Berlusconi) semble avoir passé l’âge de faire des folies pour son club, ce qui signifie que pour recruter il faut d’abord vendre…sans perdre trop d’argent. Quant au Real Madrid il a sans doute commis une grosse erreur au cours du mercato d’hiver, dans la mesure où Kaka aurait pu être transféré au Paris-Saint-Germain, le club parisien ayant essayé vainement d’obtenir en décembre une grosse pointure qui, elle-même aurait pu aider le club à devenir attractif pour d’autres joueurs de renom.

C’est d’ailleurs un peu le cas de nouveau cet été, sauf que le PSG a déjà recruté Lavezzi, qui n’est certes pas une grande star type Messi ou Ronaldo, mais qui en revanche est considéré partout comme un grand joueur. En outre le PSG va disputer la Ligue des Champions…et veut la gagner un jour, ce qui est un argument important pour attirer les joueurs de renom. Tout cela devrait permettre au club parisien de s’offrir un grand attaquant type Higuain, Van Persie, Falcao ou Villa, même si ces joueurs ne sont pas encore à Paris. En outre, comme le club parisien a les moyens de ses ambitions, si un de ces joueurs ne vient pas il pourra toujours se rabattre sur un Cavani ou un Damiao…ce qui ne serait déjà pas mal.

Cela signifie que la venue de Kaka n’est plus une priorité pour les investisseurs qataris parisiens, lesquels ne sont pas prêts à jeter l’argent par les fenêtres, ce qui est parfaitement compréhensible. Alors, pourquoi recruter un Kaka qui coûterait 20 ou 25 millions d’euros plus un salaire très conséquent, qui se situerait au minimum autour de 5 millions d’euros ?  N’oublions pas que le PSG compte déjà dans ses rangs comme milieu offensif Pastore, plus Lavezzi qui peut opérer aussi dans ce rôle, sans oublier le jeune Verratti, alors que viendrait faire Kaka sur le plan sportif ? Avec ce que coûterait Kaka, le PSG peut s’offrir « la moitié » d’un buteur de grande lignée, d’autant plus nécessaire que le club parisien a sans doute manqué le titre l’an passé, faute d’avoir converti les nombreuses occasions de but que l’équipe s’est procurée dans la deuxième partie de la saison.

Dans ce cas, comme disent mes amis espagnols, il va falloir s’y faire : Kaka restera au Real au moins une année de plus, à moins d’une colossale surprise…qui l’arrangerait bien. En effet le Real voudrait recruter Modric, et là on parle de 40 millions d’euros, et d’autre part j’ai cru lire dans As que le Real doit encore la moitié du transfert signé avec le Milan AC.  Et oui, j’ai bien l’impression que les dirigeants du Real auraient été bien inspirés de laisser partir Kaka cet hiver à Paris, même si apparemment ce n’était pas l’avis de Mourinho.  En tout cas, crise économique oblige, il semble que les clubs espagnols soient un peu plus regardants qu’avant pour se lancer dans des surenchères coûteuses, afin d’arracher à la concurrence les meilleurs joueurs. C’est aussi le cas de l’Italie. En revanche, en Angleterre ce type de problème n’existe toujours pas, même si Manchester United paraît moins riche depuis quelque temps. En France, il y a les deux cas, avec un club aux moyens très importants, le Paris-Saint-Germain, et beaucoup d’autres qui survivent en vendant leurs meilleurs joueurs.

Autre remarque à propos du football espagnol, l’argent dépensé par le F.C. Barcelone pour récupérer des joueurs formés au club et partis avant d’avoir pu intégrer l’équipe première est tout simplement stupéfiant. Pourquoi au fait avoir laissé partir ces joueurs qui devaient être extrêmement talentueux puisqu’on les a fait revenir au prix fort? Fabregas en effet a été récupéré auprès d’Arsenal pour une trentaine de millions d’euros et Alba auprès de Valence pour 14 millions d’euros. Presque une cinquantaine de millions d’euros pour faire revenir au club formateur deux joueurs qu’on n’avait pas su garder ! Cela étant Alba a eu la chance d’être positionné comme arrière latéral par l’entraîneur de Valence, Unai Emery, ce qui n’avait jamais été essayé auparavant. Il n’empêche, parfois les clubs y compris les plus grands ne savent pas déceler les vraies pépites, malgré leur armée de techniciens.  En France l’exemple qui me vient à l’esprit est celui de Trezeguet, qui n’a pas été retenu par le PSG après un essai en juin 1995. Quand on pense à la carrière de ce joueur depuis son arrivée à Monaco (1995), un tel couac paraît hallucinant !

Et comme nous sommes sur un site évoquant l’histoire du sport, je voudrais parler d’un transfert très onéreux (en 1984) qui fut un échec complet pour le club qui s’est attaché ses services, les Girondins de Bordeaux. Et pourtant il concernait un des tous meilleurs joueurs du monde, le Portugais Fernando Chalana, meneur de jeu de l’équipe du Portugal, demi-finaliste du championnat d’Europe des Nations en 1984, éliminée par la France après prolongations. Dans cette compétition, Chalana avait été tout simplement le meilleur joueur après Michel Platini. Le prix de son transfert avait fait couler beaucoup d’encre (18 millions de francs), mais à Bordeaux chacun était persuadé que Claude Bez, le président de l’époque, avait fait une bonne affaire. Hélas pour les Girondins, ce ne sera pas le cas en raison essentiellement  des nombreuses blessures de Chalana, lequel ne disputa que 22 matches en trois saisons pour un seul but marqué (sur pénalty). Du coup il revint d’où il venait, au Benfica de Lisbonne, sans jamais retrouver son niveau de 1984. Dommage pour les Girondins qui, avec le Chalana de l’Euro 1984, auraient sans doute éliminé la Juventus de Turin en demi-finale de la Coupe d’Europe 1985.

En revanche, il peut aussi arriver qu’un club fasse une affaire en or…sans quasiment débourser un sou. Ce fut le cas de l’AS Saint-Etienne en  1967, qui vit un jour débarquer un joueur de 21 ans en provenance  du Mali,  Salif Keita, après avoir fait le trajet Orly-Saint-Etienne en taxi. Il avait été recommandé au club stéphanois par un supporter des Verts vivant au Mali, les dirigeants stéphanois de l’époque lui ayant envoyé un billet d’avion pour faire un essai. Il paraît que le taxi coûta environ 1000 francs au club stéphanois, mais quelle aubaine !  En effet, entre 1967 et 1972, Salif Keita allait marquer 142 buts pour l’AS Saint-Etienne en 186 matches, le premier  lors de son premier match de championnat après 7 minutes de jeu.

Ensuite il sera  transféré à l’Olympique de Marseille où il retrouva un autre grand buteur, Josip Skoblar. Il ne resta qu’un an à Marseille inscrivant 12 buts en 23 rencontres, avant de partir en Espagne (CF Valence) et un peu plus tard au Portugal (Sporting Lisbonne), où il continuera à marquer des buts. En tout cas, si l’on pose la question aux dirigeants ou amateurs de football à Saint-Etienne, tous diront que jamais l’ASSE n’a fait une aussi belle affaire qu’avec ce génial attaquant. Cela dit la belle histoire entre Keita et l’ASSE finira mal en raison de son transfert houleux à l’Olympique de Marseille, le club marseillais ayant récupéré le joueur grâce à une clause libératoire de 10.000 francs, somme dérisoire pour un attaquant de cette classe, inscrite dans le contrat de Keita par les dirigeants stéphanois, mais interdite par les règlements. Du coup l’AS Saint-Etienne fut condamnée  à une amende de 30.000 francs, et Keita fut suspendu pour une durée de six mois, ce qui explique le faible nombre de matches joués avec le club marseillais au cours de la saison 1972-1973. Dommage que les dirigeants stéphanois n’aient pas su garder leur joyau malien, car avec lui en 1975, 1976 et 1977, peut-être que l’ASSE aurait remporté la Coupe d’Europe.

Michel Escatafal

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