Félicitations à Vinokourov et merci pour l’ensemble de son oeuvre

L’épreuve en ligne de cyclisme sur route aux Jeux Olympiques nous a offert un podium pour le moins surprenant,  avec la victoire du vétéran kazakh Alexandre Vinokourov, devant le Colombien Rigoberto Uran et le Norvégien Kristoff. Qui aurait osé parier sur un tel tiercé au début de la course ? Personne bien entendu, la victoire semblant dévolue à un Britannique, le champion du monde Cavendish. Problème, le cyclisme n’est pas une science exacte, surtout sur les courses d’un jour. Comme disait Jacques Anquetil, après un Paris-Roubaix qu’il aurait sans doute gagné sans une crevaison à quelques kilomètres de l’arrivée (1958), les classiques « c’est une loterie ». Certes le merveilleux rouleur normand n’avait pas tout à fait tort, mais il n’avait pas raison non plus, car c’est aussi souvent le plus fort qui remporte une épreuve d’un jour à l’issue de 220 ou 250 km de course. D’ailleurs, malgré son peu de goût pour ce type d’épreuves, Anquetil a remporté deux belles classiques, Gand-Wevelgem et Liège-Bastogne-Liège, et s’il l’avait réellement voulu il en aurait gagné bien d’autres.

Fermons la parenthèse, en rappelant que Jacques Anquetil fut médaillé olympique à l’âge de 18 ans, en remportant la médaille de bronze lors de l’épreuve du 100 km contre-la-montre par équipes (avec Tonello et Rouer), course qui n’existe plus dans le calendrier de nos jours. A cette époque, je précise que seuls les amateurs ou supposés tels pouvaient participer aux J.O., ce qui explique que peu de grands coureurs professionnels aient remporté une médaille olympique. Cela étant, certains d’entre eux qui ont été champion olympique se sont ensuite illustrés chez les pros, par exemple l’Italien Ercole Baldini qui avait remporté le titre olympique devant le Français Arnaud Geyre à Melbourne en 1956, les Français remportant la médaille d’or par équipes. Pour mémoire, Ercole Baldini, champion du monde de poursuite amateur en 1956, avait aussi battu la même année le record du monde de l’heure que détenait Jacques Anquetil. Il fera une très belle carrière professionnelle, même s’il ne concrétisa pas tout-à-fait les espoirs placés en lui par les tifosi, lesquels pensaient qu’il allait devenir le successeur de Coppi. Il n’empêche, en plus de nombreux succès dans les courses contre-la-montre et dans les semi-classiques italiennes, Baldini gagnera le Giro en 1958, année où il deviendra champion du monde sur route professionnel (à Reims), et remportera le Grand Prix des Nations en 1960. Autant de succès qui peuvent le classer parmi les plus grands champions de l’époque, juste derrière un Louison Bobet ou un Jacques Anquetil.

Parmi les autres champions olympiques qui s’illustrèrent chez les professionnels, il faut citer le Néerlandais Hennie Kuiper qui remporta la médaille d’or de la course individuelle sur route en 1972 à Munich, et qui par la suite deviendra champion du monde professionnel en 1975 (il ne sont que deux, avec Baldini, à avoir réussi le doublé titre olympique – titre mondial), et terminera deux fois à la deuxième place du Tour de France (en 1977 et 1980). En outre, Kuiper s’imposera au Tour de Suisse (1976) et dans plusieurs grandes classiques comme le Tour de Flandres et le Tour de Lombardie en 1981, sans oublier Milan-San Remo en 1985.

En 1988 c’est un Allemand de l’Est, Olaf Ludwig, qui s’imposera à Séoul avant de devenir professionnel sur le tard (à l’âge de 30 ans), suite à la réunification allemande, et d’y rencontrer le succès. Il remportera notamment l’Amstel Gold Race en 1992, ramènera le maillot vert du Tour de France en 1990, l’année de son passage chez les pros, sans oublier le Grand Prix de Francfort en 1994, ou encore les Quatre Jours de Dunkerque et le Grand Prix de Fourmies en 1992.  On imagine quel serait son palmarès s’il avait eu la possibilité de passer professionnel quatre ou cinq ans plus tôt.

A partir de 1996 l’épreuve olympique sur route n’est plus réservée aux seuls amateurs, et bien évidemment son palmarès devient beaucoup plus parlant pour ceux qui s’intéressent au vélo depuis une vingtaine d’années. En 1996, aux J.O. d’Atlanta, le lauréat s’appelait Pascal Richard, un excellent coureur suisse, vainqueur entre autres du Tour de Suisse (1994), du Tour de Romandie (1993 et 1994), de deux belles classiques comme le Tour de Lombardie (1993) et Liège-Bastogne-Liège en 1996, sans oublier son titre mondial en cyclo-cross en 1988.

Ensuite en 2000, à Sydney, ce sera la victoire d’un des plus grands coureurs de ces vingt dernières années, Jan Ullrich, devant un certain Vinokourov et l’Allemand Kloden. Inutile d’insister sur la qualité de ce podium, ces trois coureurs ayant largement contribué à animer les grandes courses à étapes du nouveau siècle.

En 2004, ce sera au tour de Bettini de devenir champion olympique, l’Italien étant considéré parmi les meilleurs coureurs de classiques de sa génération avec ses victoires dans Liège-Bastogne-Liège en 2000 et 2002, le Tour de Lombardie en 2005 et 2006, Milan-San Remo en 2003 ou encore la Clasica San Sebastian en 2003, autant de succès qui s’ajoutent à ses deux titres mondiaux en 2006 et 2007.

Enfin en 2008, ce sera au tour de l’Espagnol Samuel Sanchez de s’attribuer l’or olympique. Certes son palmarès n’est pas comparable à celui des coureurs que je viens de citer, mais c’est un magnifique collectionneur de places d’honneur dans les grandes courses, notamment ses  deuxième (2009) et troisième(2007)  places aux Tour d’Espagne, plus sa quatrième place au Tour de France 2010 transformée en troisième place par l’action de l’UCI et de l’AMA, qui ont enlevé à Alberto Contador son succès dans le Tour 2010.

Au passage, et même s’il ne figure pas parmi les meilleurs coureurs de son temps, on aura une pensée pour Fabio Casartelli, jeune coureur italien (22 ans) couronné champion olympique devant Davide Rebellin lors des J.O. de Barcelone en 1992,  malheureusement décédé lors du Tour de France 1995, suite à une chute dans la descente du Portet d’Aspet, et qui aurait sans doute fait une belle carrière, surtout en pensant à l’excellent Tour de Suisse qu’il avait réalisé l’année de son décès.

Et tout ceci nous amène à parler d’Alexandre Vinokourov, dont je rappelle qu’il figure en bonne place parmi les plus beaux palmarès depuis 1945 (voir palmarès grandes épreuves sur route sur ce site). C’est donc un très grand champion qui a été couronné à Londres hier… à la Vinokourov, cette victoire rappelant celle qu’il avait obtenue à l’arrivée sur les Champs Elysées lors du  Tour de France 2005. Le champion kazakh, en effet, a la chance d’être un coureur très complet, bon rouleur, bon grimpeur, vrai puncheur…et surtout très malin. Son sens de la course est extraordinairement développé, et cela lui a permis de briller sur tous les terrains. Rappelons qu’il a remporté la Vuelta en 2006 avec à la clé trois victoires d’étapes dont une en altitude et une autre contre-la-montre, battant de plus d’une minute l’Espagnol Valverde. Il a aussi  terminé sur le podium (3è) du Tour de France 2006, et gagné  le Tour de Suisse en 2003,  le Dauphiné en 1999, et deux fois Paris-Nice en 2002 et 2003. A cela s’ajoutent deux victoires dans Liège-Bastogne-Liège en 2005 et 2010 et l’Amstel Gold Race en 2003. Rien que cela en impose aux yeux des vrais amateurs de vélo. Je précise bien des vrais amateurs de vélo, et non de ceux qui passent leur temps à décortiquer les affaires de dopage ou les supputations sur la manière dont on peut acheter une course. Si j’évoque cela, c’est parce qu’après son triomphe à Londres, tout le monde a rappelé sa suspension pour dopage en 2007 et, sur certains forums, la manière dont il aurait acheté Liège-Bastogne-Liège en 2010. Pitoyable!

En tout cas, le champion kazakh aura soigné sa sortie en se retirant au sommet, privilège rare chez les grands champions, et il l’a fait alors que l’an passé tout le monde le voyait se retirer après sa fracture du fémur dans le Tour de France. Sur ce plan il me fait penser à Bernard Hinault qui a mis fin à sa carrière sur une deuxième place au Tour de France et sur une victoire dans la Coors Classic en 1986, alors que beaucoup pensaient qu’il ne retrouverait pas l’intégralité de ses moyens après son opération du genou en 1983. Quelle différence avec des coureurs comme  Coppi ou Merckx qui n’ont pas su s’arrêter à temps et qui ont fait la ou les saisons de trop !  Vinokourov, en revanche, tire sa révérence  sur un titre olympique, qui plus est avec la manière. Et comme pour Bernard Hinault, nombre d’observateurs pensent qu’il aurait pu être compétitif au moins une saison de plus. Cela étant, il a raison de vouloir faire partager son savoir et servir de guide, dès la saison prochaine, à ceux qui vont appartenir à son équipe fétiche, Astana, notamment les jeunes kazakhs. Qui sait si Vinokourov ne va pas apporter à Nibali, qui aurait signé chez Astana, ce qui lui manque encore pour concrétiser tout son potentiel ?

Vinokourov  n’a pas besoin d’oreillettes pour savoir ce qu’il a à faire dans une course. D’ailleurs il est vraisemblable que si les oreillettes avaient été autorisées lors de l’épreuve olympique, « Vino » n’aurait pas gagné. Au passage, j’en profite pour souligner que cette course olympique a été une des plus ouvertes auxquelles il nous ait été donné d’assister ces derniers temps, surtout par comparaison avec les courses monotones et soporifiques qui nous ont été infligées depuis le début de cette année. Preuve que le cyclisme doit impérativement revenir à ses fondamentaux, où le talent individuel doit passer au-dessus du potentiel collectif d’une équipe. Si cette course s’était déroulée comme toutes les autres, avec des équipes de neuf ou dix coureurs, il est quasi certain que l’on n’aurait pas eu une épreuve aussi débridée. Au contraire nous aurions eu une course cadenassée, où allaient se dégager dans les deux cents derniers mètres un Cavendish ou un Greipel. Tout cela me fait dire, une nouvelle fois, que les fans de cyclisme peuvent féliciter sans retenue Vinokourov pour son or olympique, et le remercier pour l’ensemble son œuvre.

Michel Escatafal

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