Souvenirs olympiques de Londres…et d’ailleurs

Ce matin en me levant je me disais que la fête était finie et que les Jeux Olympiques de Londres sont à remiser dans l’armoire aux souvenirs, en attendant de se retrouver dans quatre ans au Brésil, à Rio de Janeiro. Au passage ce sera la première fois que les J.O. auront lieu dans un pays d’Amérique du Sud, continent en plein développement économique avec pour figure de proue précisément le Brésil. Celui-ci, en 2016, aura largement dépassé notre pays en termes de PIB, et sera sur le point de rattraper l’Allemagne, pour se classer en cinquième position dans le monde pour ce qui concerne les richesses nationales produites. Cela pourrait signifier que dans les années à venir, seuls les pays émergents pourront organiser les grandes compétitions mondiales, ce qui est déjà une réalité puisque la Coupe du Monde de football aura lieu en Russie en 2018 et au Qatar en 2022, après avoir eu lieu en Afrique du Sud en 2010. Quant aux J.O., il se pourrait qu’ils aient lieu en Turquie en 2020, même si Tokyo et Madrid sont en lice.

Fermons la parenthèse pour voir ce que l’on retiendra de ces Jeux de Londres, en notant d’abord que les Britanniques ont fait preuve d’un chauvinisme exacerbé, comme on en avait rarement vu depuis bien des années. Il est vrai que la Grande-Bretagne n’est plus depuis bien longtemps la première puissance mondiale, puisqu’en termes  de produit intérieur brut, elle se situait fin 2011 au septième rang mondial. Quelle déchéance en comparant à la situation de ce pays au début du siècle précédent.  Cela dit, pour être honnête, c’est aussi un peu le cas de France, même si notre pays a un peu mieux résisté que nos voisins d’outre Manche. C’est peut-être pour cela que l’on a senti  un tel chauvinisme chez les Britanniques, plus particulièrement les Anglais, comme si ces Jeux étaient pour eux la dernière manifestation d’une puissance perdue, au point qu’on les sentait prêts à tout pour récolter des médailles, comme en témoigne la tricherie de leurs pistards dans la vitesse par équipes. Aurions-nous eu pareille attitude si les Jeux s’étaient déroulés à Paris ? Sans doute pas, les Français ayant moins l’esprit de compétition que les Britanniques.

Cela ne veut pas dire pour autant que les Français ne soient pas touchés par cette déviation, souvent engendrée par le sport, qu’est le chauvinisme ou si l’on préfère le nationalisme. En tout cas on sentait chez nos voisins britanniques une réelle obsession pour que ces J.O. fussent réussis, et ils le furent notamment sur le plan sportif,  puisque la Grande Bretagne se classe au troisième  rang des médailles derrière les Etats-Unis et la Chine avec 29 médailles d’or, ce qui montre au passage les bienfaits d’être le pays organisateur.  Si je fais cette remarque, c’est parce qu’en lisant El País ce matin, j’ai découvert que l’Espagne avait pulvérisé son record lors des J.O. de Barcelone en 1992 avec 13 médailles d’or et 22 au total, alors que depuis cette époque jamais nos amis espagnols n’ont comptabilisé plus de 5 médailles d’or, comme à Atlanta et Pékin, et 3 seulement cette année.

Quant à la France, elle se situe au septième rang de ces J.O. de Londres ce qui est tout à fait honorable, en rappelant que cette comptabilisation est basée sur le nombre de médailles d’or (11). Toutefois en comptabilisant toutes les médailles, la Grande-Bretagne (65 médailles) est quatrième, devancée par la Russie (82) qui a conservé une partie des structures de l’ex-URSS, alors que la France (34 médailles) est dixième, devancée par le Japon (38) et l’Australie (35). A ce propos, il est curieux de noter que cette année on parle essentiellement chez nous des médailles d’or récoltées par la France…parce que cela améliore son rang. Cela prouve que nous aussi savons  être chauvins à l’occasion. Et l’on me permettra de l’être en disant que parmi tous les titres attribués, un des plus beaux restera celui du handball, la France réalisant un exploit presqu’unique dans l’histoire (depuis 1972) en conservant le titre gagné aux jeux précédents (seule l’ex-URSS unifiée l’avait fait en 1992).

Cependant il y a une statistique indiscutable qui concerne notre pays, à savoir l’extraordinaire évolution du nombre de médailles enregistré par le passé avec celui des temps modernes. En disant cela je me base évidemment sur les Jeux Olympiques depuis 1952, date qui correspond à la première participation de l’Union Soviétique, celle-ci s’étant classée première au classement des médailles à sept reprises en neuf participations. Voilà pourquoi cette date n’est pas prise au hasard, et force est de constater que jusqu’à la disparition de l’Union Soviétique (1991), notre pays n’avait jamais dépassé le chiffre de 18 médailles (1952), sauf en 1984 à Los Angeles (28)… année du boycott d’une bonne partie des pays communistes, ces derniers suivant l’exemple de l’ex-URSS.

Parfois même, ce fut une horreur pour  nos couleurs, comme à Rome en 1960 où notre délégation recueillit 5 breloques, dont 2 en argent  avec Jazy sur 1500m et le quatre de pointe en aviron,  et 3 en bronze pour Abdou Seye sur 200m, une en lutte et une  en équitation. En employant le mot horreur j’exagère un peu pour ce qui me concerne car, même si j’étais très jeune à l’époque, j’avais été fou de joie avec les médailles de Jazy et de Seye. Nous n’avions guère fait mieux à Montréal en 1976 avec 9 médailles dont 2 en or (Drut au 110m haies et une en saut d’obstacles), 3 en argent (Morelon en vitesse, plus une en escrime et une en haltérophilie) et  4 en bronze (deux en escrime, une en gymnastique artistique et une en judo). Là au contraire, j’avais été très déçu en constatant l’impuissance de Morelon à remonter le Tchécoslovaque Tkac dans la manche décisive de la finale de la vitesse. En revanche, depuis 1992, nous ne sommes  jamais descendus en dessous de 29 médailles (1992) et de 7 médailles d’or (2008).

Cette année notre total de médailles aurait dû être encore meilleur, s’il n’y avait pas eu la défaillance complète de l’escrime, sport  qui reste à ce jour notre plus grand pourvoyeur de médailles (115) aux Jeux Olympiques. Pour mémoire l’escrime est un des rares sports ayant toujours figuré au programme des J.O. d’été, avec l’athlétisme, la gymnastique et la natation. Je n’ai pas de grandes connaissances sur l’escrime, mais ce que je sais c’est que notre pays a toujours eu jusqu’à ces dernières années des  grands champions, de Christian d’Oriola (2 fois champion olympique au fleuret individuel) dans les années 50 à un autre fleurétiste, Brice Guyart, dernier champion olympique individuel (Athènes en 2004), en passant par Laura Flessel (médaille d’or à l’épée en 1996 à Alanta). Le bilan de ces Jeux 2012 en escrime est affligeant, puisque  nous n’avons pas récolté la moindre médaille, ce qui n’était jamais arrivé depuis 1960. Quel gâchis, et ce n’est pas fini si les règlements de compte au niveau fédéral ne font pas place immédiatement à l’union sacrée, pour redresser la spirale négative dans laquelle se trouve ce sport depuis quelques temps.

Cela étant, globalement, ces Jeux auront été assez réussis pour notre pays, car chacun sait bien qu’il ne sert à rien de se lamenter sur la perte de médailles quasiment acquises. La chute, par exemple, fait partie de la nature du sport, et elle touche les meilleurs comme les autres. Qui aurait imaginé qu’Absalon puisse tomber dans l’épreuve de VTT, dont il était le grand favori ? A ce sujet, on observera que le cyclisme reste un sport sur lequel on peut compter encore aujourd’hui, ce qui me réjouit à titre personnel, même si j’ai du mal à accepter la défaite de nos sprinters sur la piste. On peut se réjouir aussi des progrès de la natation, la France devenant une place forte sur le plan mondial contrairement hélas à l’athlétisme, qui ne survit dans notre pays que par deux ou trois champions exceptionnels.

Problème, l’athlétisme est le sport olympique numéro un, et nous sommes toujours aussi faibles sur le stade olympique, malgré notre médaille d’or (Lavillenie à la perche) et notre médaille d’argent (Mekhissi au 3000m steeple). Mais derrière il n’y a pas grand monde à part quelques juniors prometteurs et surtout Lemaitre sur 100 et 200m, en espérant qu’il évite à l’avenir de se prendre pour ce qu’il n’est pas encore.  En écrivant cela je fais allusion à ce qu’il disait à propos de Bolt, affirmant que personne n’était imbattable. Plus inquiétant encore, j’ai l’impression que Lemaitre ne progresse plus…en souhaitant qu’il me démente d’ici la fin de la saison et les années suivantes. Cela dit, son évolution n’est pas comparable à celle de Renaud Lavillenie dans sa discipline du saut à la perche.

Ce dernier en effet  maîtrise de mieux en mieux son sujet, au point d’être capable de sortir à chaque grande occasion le saut qui lui permet de battre ses adversaires. En revanche Christophe Lemaitre semble avoir besoin de donner une orientation différente à sa préparation. On a déjà vu aux championnats d’Europe en juin qu’il n’était pas aussi souverain qu’en 2010 ou en 2011. A Londres cela s’est confirmé,  et pourtant s’il veut être un jour champion olympique il lui faudra battre des coureurs comme Blake ou Weir qui ont à peu près le même âge que lui, sans parler de Bolt qui n’a que 26 ans. Dur programme qui exige beaucoup, beaucoup de travail…ce dont Lemaitre est sans doute convaincu !

Michel Escatafal

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