Contador est de retour, pour notre plus grand bonheur

Personne ne peut affirmer qu’Alberto Contador gagnera le prochain Tour d’Espagne* qui commencera samedi, mais chacun sait que le crack espagnol s’y présentera en excellente condition physique, comme il l’a prouvé à l’Eneco Tour auquel il a participé la semaine dernière, et qui marquait son retour à la compétition après son injuste suspension décidée en janvier dernier. En revanche ce dont est sûr, c’est que le cyclisme a retrouvé sa figure de proue et que, grâce à lui, nous allons avoir droit à une Vuelta qui fait d’ores et déjà rêver, avec en plus de Contador la participation de coureurs comme Froome, Anton, Gesink, Rodriguez, Menchov, Cobo, Valverde, ces trois derniers coureurs ayant chacun gagné une ou plusieurs fois le Tour d’Espagne. En fait il ne manque qu’Andy Schleck, le grand absent de cette épreuve, pour avoir droit à une course qui va à coup sûr redonner au cyclisme ses lettres de noblesse, après deux épisodes peu glorieux lors du Giro et du Tour de France.

En disant cela certains vont me trouver sévère, mais franchement qui s’est amusé pendant le dernier Tour de France, avec une course cadenassée par l’équipe Sky, sans que son leader, Wiggins, n’ait esquissé la moindre attaque ? Quelle désolation de voir Christopher Froome, second de ce Tour et équipier de luxe de ce même Wiggins, paralysé par la course d’équipe, alors que chacun sentait bien son envie d’attaquer…pour ne pas avoir le regret de perdre un Tour de France à sa portée ! Quelle tristesse aussi de voir des équipiers agissant comme des robots pour emmener leur leader jusqu’à la ligne d’arrivée, sans que ce dernier ne soit visible dans la course ailleurs que sur le podium de l’étape ! Désolé, mais ce n’est pas ce cyclisme-là que les amateurs de vélo de France, de Navarre et d’ailleurs apprécient. Non, les fans de vélo, qu’ils aient pratiqué en compétition ou non, veulent du spectacle. Et pour voir du spectacle, il faut des coureurs qui aient l’esprit offensif, et non celui d’un automate.

C’est pour cela que j’ai vécu très difficilement cette grosse première partie de la saison, et j’avoue qu’en regardant le Tour de France, je ne cessais de penser aux grands absents de l’épreuve. J’imaginais ce que Contador aurait fait s’il avait été là, et quelle aurait été la réaction d’Andy Schleck à une offensive de son meilleur ennemi, le plus jeune des Schleck étant confronté de surcroît à son handicap contre-la-montre…ce qui l’aurait obligé lui aussi à sonner la charge contre ses adversaires. Cependant, quelle que soit la qualité du coureur luxembourgeois, c’est l’absence de Contador entre janvier et août qui a été la plus pénalisante pour le cyclisme. En effet, contrairement à A. Schleck, Contador est présent sur nombre de courses jusqu’au Tour de France, et quand je dis présent cela signifie aussi courir pour gagner. La preuve, Contador a gagné une ou plusieurs fois Paris-Nice, mais aussi le Tour du Pays Basque ou le Tour de Catalogne, sans compter le Giro entre mars et juin. Et ces épreuves il les a gagnées non comme un robot, mais en attaquant à chaque fois.

Bref, Contador est resté un champion à l’ancienne, un champion comme le public les aime, un champion qui apporte à ce sport une dimension peut-être unique dans les sports individuels, même si le cyclisme est aussi un sport d’équipe. C’est d’ailleurs cette ambivalence qui fait la gloire du vélo, mais l’aspect individuel doit toujours primer sur l’aspect collectif, sinon la course est verrouillée…et perd toute son attractivité. A ce propos, nombre des plus grandes épopées du cyclisme se sont faites sur des exploits individuels où la notion d’équipe était très relative, le plus souvent d’ailleurs en montagne, mais pas seulement.

Les exploits de Charly Gaul dans le Monte Bondone (Giro 1956), ou dans les cols de la Chartreuse (Tour 1958), doivent tout à l’extraordinaire facilité du grimpeur luxembourgeois à se jouer du mauvais temps et des pentes les plus raides dans les massifs montagneux. Eddy Merck, lui-même, n’a-t-il pas réussi quelques uns de ses grands exploits à partir d’une initiative individuelle, par exemple dans le Tour 1969, entre Luchon et Mourenx, après un raid solitaire de 140 km. Et Bernard Hinault dans Liège-Bastogne-Liège en 1980, arrivant avec près de neuf minutes d’avance sur son second après une échappée solitaire dans le froid et la pluie…après avoir envisagé à plusieurs reprises d’abandonner ? Je n’oublie pas évidemment l’envolée d’Alberto Contador, poursuivi par Andy Schleck, vers la station suisse de Verbier dans le Tour 2009, en rappelant que Contador était très isolé dans une formation Astana surtout au service d’Armstrong.  Je pourrais aussi évoquer les raids solitaires de coureurs comme Coppi ou Koblet qui se faisaient tout naturellement, parce que ces champions ne sentaient pas les pédales ces jours-là ou qu’ils éprouvaient une irrépressible envie de se surpasser, tout cela n’ayant strictement rien à voir avec la manière de courir d’un Wiggins dans son équipe Sky.

Voilà pourquoi je suis tellement heureux, comme nombre d’amateurs de vélo, du retour d’Alberto Contador dans les pelotons. A ce propos j’ai noté que dans les divers forums, il y a beaucoup moins de haine qui transparaît à travers les commentaires des forumers, comme si ces gens venaient de réaliser que leur sport avait besoin du Pistolero, afin qu’il ne subisse pas les vents mauvais de la robotisation. Comme s’ils s’étaient aperçus que le coureur espagnol était tout simplement humain dans ses performances et son approche du vélo. Au passage je rappellerais aux détracteurs de Contador (il en reste encore quelques uns !) qu’il lui est arrivé de subir quelques défaillances mémorables, contrairement à d’autres auxquels on ne fait aucun reproche en matière de dopage.

Je n’en citerais qu’une que l’on a découverte en direct à la télévision lors du Paris-Nice 2009, alors que le champion espagnol semblait avoir course gagnée, incapable de suivre la tête de course dans les dix derniers kilomètres de l’étape Manosque-Fayence, au cours desquels il perdit trois minutes. Et pourtant c’était sur des routes escarpées ! Et pourtant la veille Contador avait fait la preuve de sa supériorité dans la Montagne de Lure où il était arrivé détaché ! Cela dit, bien qu’ayant perdu a priori toute chance de gagner ce Paris-Nice, le campionissimo de Pinto s’est lancé le lendemain dans une attaque folle pour essayer au moins de remporter la dernière étape et, qui sait, de refaire son retard. Son baroud d’honneur aura été vain finalement, mais quel panache…à côté de ce que nous offrent certains coureurs pourtant très réputés !

Un dernier mot enfin, qui montre qu’Alberto Contador est non seulement un coureur incomparable, mais aussi un gentleman à tous points de vue : son investissement dans des œuvres caritatives. Ce lundi en effet, dans le cadre de sa fondation, le champion de Pinto (sa ville natale) a consacré une partie de sa journée à faire en sorte qu’on récupère pendant la Vuelta un maximum de vélos, pour les envoyer à des jeunes africains qui ne peuvent se les offrir, leur permettant entre autres d’aller à l’école. Il veut aussi créer une école de cyclisme pour les jeunes en collaboration avec une association d’handicapés, afin d’offrir aux handicapés comme aux valides la possibilité de s’exprimer sur une bicyclette. Oui, c’est tout cela Alberto Contador, à la fois un immense coureur, mais aussi un homme qui sait ce qu’il doit au vélo. Pour toutes ces raisons il mérite le respect de chacun d’entre nous, et je n’ai pas peur de dire que la honte ne peut qu’envahir ceux qui l’ont hué l’an passé au départ du Tour de France, ou ceux qui n’ont cessé de le vilipender sur la route ou dans les journaux, alors que le cyclisme a tellement besoin de coureurs comme lui. En tout cas, pour ma part, je souhaite la victoire d’Alberto Contador dans la prochaine Vuelta…comme vous l’aviez deviné !

Michel Escatafal

*En fin de semaine je vous proposerais un bref historique du Tour d’Espagne

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One Comment on “Contador est de retour, pour notre plus grand bonheur”

  1. vinosse dit :

    Déjà, la première étape…(hier)


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